mardi 7 juillet 2026
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L’Etrangère

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@Tandem Films

L’eau, la nuit, les cris, la panique, les corps qui luttent pour ne pas se noyer, s’accrochent les uns aux autres. Puis, la fuite dans les bois devant les policiers et les chiens. L’Etrangère  commence, comme beaucoup de films sur l’immigration clandestine, par cette arrivée chaotique. La caméra suit Selma (Zar Amir Ebrahimi ), une Syrienne qui fuit le régime de Bachar al-Assad, laissant derrière elle, un mari dont elle n’a plus de nouvelles depuis son arrestation par les sbires du régime, sa mère et son petit garçon, Rami.

Arrêtée en Hongrie, Selma devrait selon les accords européens y rester. Mais professeur de français, elle a choisi la France. La voilà sans papier, cumulant les boulots non déclarés, à la plonge dans un resto bordelais, femme de ménage dans des bureaux, hébergée par des compatriotes qui la protègent autant qu’ils la surveillent. Étrangère, illégale, invisibilisée mais ne perdant jamais espoir. Déterminée à régulariser sa situation, à faire venir son fils auquel elle téléphone tous les jours, elle se soumet à des procédures que là encore les cinéastes nous ont rendu familières. La réalisatrice se démarquera de ces récits en traitant son sujet comme un mélodrame, une tragédie romantique et un parcours d’émancipation.

Selma rencontre Jérôme (Alexis Manenti), un avocat installé dans une confortable conjugalité bourgeoise qui ne le satisfait plus. Entre eux, naît un amour impossible, mais libérateur pour les deux. Se donner l’espace de vivre. S’autoriser le bonheur. Ou comme le mari de Selma (Amr Waked) revenu des terribles geôles syriennes, le soulagement coupable devant la mort d’un codétenu parce qu’il laisse plus de place pour déplier ses jambes. Le film explore le sentiment de l’exil, met en scène avec délicatesse et pudeur le déchirement de Selma entre son passé et son avenir, son mari et son amant. Une des plus belles scènes du film les met tous trois en présence. Sans éclat, par le truchement d’une traduction inutile, assurée par Selma, le mari entre arabe et anglais, malgré sa détresse, justifie au-delà de la culpabilité, ce besoin légitime de respirer.

Film pudique, délicat servi avec intelligence par la musique originale de Valentin Hadjadj, qui épouse le rythme de la narration et se glisse dans ses silences.

L’exil suppose un déplacement physique mais aussi un déplacement mental et émotionnel. Pour aller de l’avant, c’est sans doute Rami qui a la bonne solution. Il a laissé à Damas bombardé, Nani, l’ami imaginaire qui l’aidait à supporter confinement et solitude. A sa mère qui lui demande pourquoi il ne l’a pas emmené avec lui, Rami répond que Nani est mort sous les décombres du quartier.

ELISE PADOVANI

Le film en compétition officielle a été présenté le 2 avril 2026 au cinéma Artplexe en présence de Gaya Jiji et de Valentin Hadjadj

En salle le 17 juin

[VAR OPÉRA] Quand Le Barbier de Séville rase gratis

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Éléonore Gagey © X-DR

Initié par le Conseil départemental du Var en partenariat avec l’Opéra de Toulon, Var Opéra est désormais un rendez-vous populaire de l’été provençal. Cette année, c’est Il Barbiere di Siviglia de Gioachino Rossini qui est à l’honneur, sous le titre Figaro ci, Figaro là. Un programme d’extraits d’une heure, conçu pour les scènes à ciel ouvert, interprété par l’Orchestre de l’Opéra de Toulon et trois solistes, sous la direction d’Hélio Vida.

La tournée débute le mercredi 8 juillet à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, sur le parvis de la Basilique, cadre saisissant pour une ouverture en fanfare. Le lendemain, c’est Vidauban qui accueille le spectacle place Georges-Clemenceau. Saint-Paul-en-Forêt prend le relais le vendredi 10 juillet place du Champ de Foire, avant que Brignoles n’ouvre ses portes place Saint-Pierre le samedi 11 juillet. La tournée se poursuivra le 13 juillet à Cavalaire-sur-Mer sur l’esplanade Saint-Estelle et le 15 juillet au Castellet.

La direction musicale est confiée à Hélio Vida, dont la connaissance précise de la partition de Rossini et la capacité à faire sonner un orchestre en extérieur constituent des atouts évidents pour une tournée de ce format. Pianiste et chef d’orchestre originaire de Patos de Minas au Brésil, il dirige l’Opéra studio OperAvenir du Théâtre de Bâle, où il a forgé une réputation solide dans le répertoire rossinien.

Au casting

Le baryton Carlos Natale incarne Figaro, personnage central de l’œuvre, barbier débrouillard et maître de l’intrigue, dont l’aria Largo al factotum reste l’un des morceaux les plus célèbres du répertoire lyrique. Né à Buenos Aires, il a commencé à chanter dès l’âge de quatre ans avec l’orchestre de tango de son père avant de se tourner vers l’art lyrique. Il est depuis invité sur les scènes les plus importantes d’Europe.

Éléonore Gagey prête sa voix à Rosina, jeune pupille sous tutelle dont la verve et l’intelligence musicale font toute la séduction du personnage. La mezzo-soprano française a déjà incarné Rosina à plusieurs reprises et aborde le rôle avec une ligne vocale d’une grande élégance.

Enfin, le ténor néo-zélandais Zachary McCulloch complète le trio dans le rôle du comte Almaviva, prétendant dissimulé sous plusieurs déguisements tout au long de l’œuvre. Reconnu pour son lyrisme agile, il a chanté des rôles de bel canto avec les plus grandes compagnies d’Europe, et d’Amérique du Nord.

Les six concerts sont entièrement gratuits et sans réservation. Une occasion accessible à tous de découvrir ou retrouver Rossini dans des lieux de caractère, au cœur de l’été varois.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Var Opéra
Du 8 au 15 juillet
Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, Vidauban, Saint-Paul-en-Forêt, Brignoles, Cavalaire-sur-Mer, Castellet

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[SAISON MÉDITERRANEE] La belle Saison

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La Boite Ouverte, 2018 par Kegham Djeghalian Jr

« Ne quittez pas la Méditerranée sans lui dire que vous l’avez aimée », écrivait la poétesse Etel Adnan. Ces mots résonnent avec cette Saison Méditerranée lancée le 15 mai dernier. Voulue par Emmanuel Macron en 2023, le commissariat confié à Julie Kretzschmar, cette Saison déploie une panoplie d’événements et d’expositions en tout genre sur tout le territoire national. L’idée : célébrer les liens qui unissent les deux rives mais aussi offrir aux artistes un espace où proposer leur regard sur une Méditerranée plurielle, traversée par les questions de mémoire, d’identité et de transmission. Pendant toute la Saison, expositions, photographie, arts visuels, théâtre, musique et danse s’entremêlent dans le paysage culturel.

Des expositions à foison

Symbole de cette union entre les deux rives, c’est à Marseille que s’est ouverte la Saison Méditerranée. Du 15 au 24 mai, la Cité phocéenne vernissait plusieurs expositions, dont beaucoup sont encore à visiter cet été. À commencer par l’installation Mar Nostro, du collectif UV LAB, dans les jardins du Palais du Pharo. Conçue comme une « coquille poreuse », inspirée des circulations entre les continents, cette installation célèbre à la fois les échanges, les migrations et toutes les cultures qui façonnent la Méditerranée.

À quelques pas de là, La Citadelle : Résistance et désobéissance prend comme point de départ l’emprisonnement d’Habib Bourguiba à Marseille entre 1939 et 1942 pour interroger les mémoires coloniales franco-tunisiennes. À travers archives, créations sonores et recherches artistiques, l’exposition questionne les héritages de cette histoire commune et leurs résonances.

À la Friche Belle de Mai, plusieurs expositions prolongent ces réflexions. Avec Les rêves n’ont pas de titre, Zineb Sedira transforme l’espace en décor de cinéma. Entre souvenirs personnels, histoire familiale et mémoire postcoloniale de l’Algérie, l’artiste rend hommage au cinéma militant des années 1960. Plus loin, Abdessamad El Montassir propose avec Sur les ruines, les pierres fleurissent une plongée dans les mémoires enfouies du Sahara occidental, à travers films, photographies, créations sonores et sculptures.

De la photographie

La photographie occupe une place importante dans cette Saison Méditerranée. Au Centre Photographique de Marseille, Photo Kegham de Gaza : une archive inachevable retrace l’histoire du premier studio photographique professionnel de Gaza, fondé en 1944 par Kegham Djeghalian. À partir de négatifs et de souvenirs retrouvés par son petit-fils, l’exposition compose une histoire visuelle et sensible de Gaza. À la Bibliothèque de l’Alcazar, Photographier le Liban (1864-1970) réunit 77 photographies anciennes issues de la Bibliothèque orientale de Beyrouth. Un voyage dans l’histoire du Liban à travers plus d’un siècle d’images.

La Saison Méditerranée s’invite également aux Rencontres d’Arles (6 juillet- 4 octobre), à travers des expositions qui explorent les liens entre mémoire et héritage coloniaux. Avec Le Roman algérien, un nouveau chapitre, Katia Kameli poursuit le dialogue engagé par Assia Djebar autour de la mémoire algérienne. Dans Goudron : Tanger- Le Cap, Bruno Boudjelal propose une traversée photographique du continent africain qui flirte entre les promesses et les désillusions des indépendances. Plus contemplative, Anne-Lise Broyer mêle photographie, littérature et archéologie dans Méditerranée – est-ce là que l’on habitait ?

Mais aussi des arts vivants

La Saison Méditerranée se vit aussi sur scène. Au Festival d’Avignon, Ahmed El Attar présente Salma, mon amour (5-8, 17-24 juillet) et retrace l’histoire d’une riche famille égyptienne dont le quotidien bascule après les événements du 7-Octobre. Le metteur en scène interroge les conséquences intimes des bouleversements politiques. «Qui paie le prix de la violence et de l’inhumanité ? Que se passe-t-il après l’horreur, la destruction, le traumatisme ? »

À Arles, le festival Les Suds place sa 31e édition sous le signe de Madre Nostrum (13-17 juillet) et met les femmes méditerranéennes à l’honneur ! Chants de femmes du Maroc rural, créations inspirées des traditions arabes donnent à entendre la Méditerranée. Dans la continuité, le chanteur et poète égyptien Abdullah Miniawy (3 juillet) sera l’un des temps forts de Marseille Jazz des Cinq Continents avec Peacock Dreams. Entre poésie arabe, soufie et jazz contemporain, il promet une expérience musicale envoûtante. Enfin, côté danse, à Marseille, la comédienne et chorégraphe libanaise Nivine Kallas présente SāHO (27, 28 juin) à La Criée. Une danse qui parle de l’enfance et de l’école mais aussi de silence et de contrôle au Liban. La Saison Méditerranée ne fait que commencer et se poursuit tout l’été jusqu’à l’automne, dans toute la région.

CARLA LORANG

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[LÉZARDONS DANS LA RUE] Festoyons dans le Vaucluse

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How much we carry, Cirque Immersif © Edouard Barra

Le festival cultive sa marque de fabrique : les ouvertures en musique, avec les forces vives locales. Le jeudi 18 juin, ce sont les enfants du Conservatoire qui tiennent le haut du pavé, avec saxophones, trompettes, tubas, trombones et percussions. La singularité, c’est qu’ici les élèves se forment directement à l’école – le Conservatoire vient à eux, et non l’inverse. Pour ses 10 ans, Lézardons dans la rue s’adjoint aussi les services de Gratte-Ciel : habituée, comme son nom l’indique, à tutoyer les sommets, la compagnie arlésienne imagine une forme de proximité pour l’occasion, venant chahuter le discours officiel à base de feux d’artifices et autres explosives surprises (Fuego, 18 juin).

Autre expérience de proximité : les acrobaties qui émergent au milieu du public, que ce soit sur le bitume de la rue Danton, ou dans la verdure du jardin Martine Fromont. Le bien nommé Cirque immersif décline ces nouvelles expériences stimulantes qu’offre le cirque contemporain, quand il abolit la distance entre artistes et spectateurs, faisant côtoyer les agrès les plus surprenants – ici, une perche en constant déséquilibre (How much we carry, le 19 juin).

La médiathèque des Carmes joue aussi le jeu : en ses spacieux rayonnages lumineux qui savent si bien accueillir le public au sein de cet ancien couvent du XVIe siècle, deux doux allumés revisitent Don Quichotte, et la fantaisie de Cervantes prend vie (Théâtre du vide poches, les 19 et 20 juin).

Réfugiés du quotidien

Citons enfin un road movie de deux pieds nickelés à bord d’une Twingo (Goodbye persil, L’arbre à vaches, les 19 et 20 juin), la relecture du répertoire de Céline Dion par deux ferventes fans (D’amour et d’amitié, Vraiment super, le 19 juin), une fresque autobiographique du danseur Kader Attou, puissante comme un uppercut collectif (Prélude Out, Accrorap, le 20 juin), et un final avec une compagnie atypique : T’es rien sans la terre. Fédérée autour des valeurs écologiques de sa fondatrice Aurélie Dauphin venue du Cirque du Soleil, la troupe réunit des acrobates d’horizons variés, formés dans la rue en Guinée ou en Thaïlande, comme dans de prestigieuses écoles marocaine, américaine, suisse ou espagnole. Pour Petit Frère, cinq artistes se font fi des frontières et des obstacles, explorant symboliquement la quête d’un avenir meilleur, faisant de la solidarité une valeur essentielle, pour la survie du circassien en performance comme de tous les réfugiés au quotidien.

JULIE BORDENAVE

Lézardons dans la rue
18 au 20 juin
Pertuis

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[FLÂNERIES D’ART CONTEMPORAIN] À Aix, l’art contemporain dans son jardin

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© X-DR

Fondée en 2002 par la comédienne Andréa Ferréol, ce rendez-vous adoré du public aixois, doit sa longévité à l’enthousiasme et à la détermination de sa fondatrice qui porte chaque année ce projet avec la même conviction : faire découvrir l’art contemporain en ouvrant au public les plus beaux jardins d’Aix-en-Provence, gratuitement.

Les 20 et 21 juin, trois jardins du centre historique – Mérindol, des Étuves, des Guerriers – accueilleront peintres, sculpteurs, photographes, céramistes, musiciens, comédiens et danseurs. La programmation de cette édition anniversaire est dense. Parmi les exposants, Peter Knapp, photographe et directeur artistique suisse, figure centrale de la presse des années 1960-1970, présente son travail au Jardin des Étuves. Le street-art est représenté par Thoma Vuille, connu sous le nom de M. Chat, dont le personnage jaune est devenu l’une des icônes du genre en France, et par César Malfi, dont les fresques – certaines, comme celle de 1300 m2 installées à l’aéroport de Nice, sont gigantesques – et puisent dans le répertoire de l’art antique. Au jardin Mérindol, les sculptures de Fabrice Magnée – des personnages assemblés à partir de vieux clous de parfois 800 ans d’âge –, qui avaient été déjà remarquées l’an dernier, s’exposent à nouveau avec leur imaginaire poétique.

Concerts et lectures

Les concerts jalonnent les deux journées. Le vendredi soir, le guitariste Emmanuel Rossfelder, Victoire de la Musique 2004, partage la soirée d’ouverture à La Manufacture avec le mandoliniste Vincent Beer-Demander. Le samedi, le pianiste Jean-François Zygel, dont les spectacles d’improvisations font la joie de la vie musicale française, se produit en fin d’après-midi au jardin des Étuves. Le dimanche, le duo piano-soprano Antoine Palloc et clôt la programmation musicale.

On pourra aussi entendre le pianiste Nans Bart, la harpiste Amelya Saad Wu et le violoniste Christian Fromentin. Les lectures occupent également une place importante. Béatrice Agenin et Andréa Ferréol liront des lettres entre l’écrivaine Colette et l’actrice Marguerite Moreno ; Samuel Labarthe et Pierre Santini donnent voix à la correspondance entre Clémenceau et Monet. Le dimanche, David Foenkinos, auteur de Charlotte et de La Délicatesse, prend la parole au jardin des Étuves. Enfin, Le G.U.I.D. du Ballet Preljocaj investit pour sa part le jardin des Guerriers avec des extraits du répertoire d’Angelin Preljocaj.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les Flâneries d'art contemporain
20 et 21 juin
JardinsMérindol, des Étuves, des Guerriers
Aix-en-Provence

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[Les Fadas du Monde] Au fil de l’eau à Martigues

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Isaya © X-DR

Ils n’aiment pas du tout qu’on dise « festival ». Les Fadas du monde ont été conçus, et restent un état d’esprit. Celui de la Venise provençale, qui construit son été au fil de l’eau, emmenée par l’esprit de ses canaux où le sel se mêle à l’eau douce, la vie ouvrière à celle des pêcheurs, des commerçants, des plaisanciers. Tous et toutes « fada·de·s » du monde, amoureux de la vie, qui savent mettre quelques grains de sable dans les rouages pour arrêter un peu la machine, et penser l’avenir.

Les Fadas du monde sont nés en 2019, après l’arrêt du Festival de Martigues, qui revisitait la notion de « folklore », cet anglicisme qui désigne en français les arts populaires liés à chaque terroir. Repéré et fédérateur, ce festival « danses, musiques et voix du monde » devait, pour la mairie, être remplacé « par une façon plus contemporaine de célébrer la culture populaire ». C’est dans cet esprit que la municipalité, communiste depuis 1968, a inventé les Fadas du Monde, qu’elle définit comme « une nouvelle démarche en faveur des droits culturels ».

Florian Salazar-Martin, maire-adjoint « non à la culture mais à une délégation transversale sur l’environnement, les transitions, l’aménagement du territoire et la culture » aime aussi relier les arts et leur pratique, leur fabrique, et l’esprit critique qu’ils suscitent lorsqu’on les partage dans l’espace public. Il a donc conçu les Fadas – terme choisi pour désigner « celles et ceux qui se laissent toucher par les fées », et bien sûr « pour la connotation provençale, et populaire » – comme « une nouvelle forme d’action publique avec les habitantes et les habitants », qui « couvre tous les champs artistiques » et « s’élabore avec tous et toutes tout au long de l’année. » Tout en « trouvant sa place en juillet et août », admet-il « au cœur des festivités estivales ».

Programmer local, penser global

Même s’il n’est pas facile de se repérer dans une programmation foisonnante qui se construit aussi au fil de l’eau, l’été des Fadas du Monde décline ses formes avec quelques constantes repérables !

Les Fadas de musique se retrouvent chaque lundi dans la Cour de l’Île. Cette année les artistes marseillai·ses seront particulièrement présent·es, et on retrouvera le reggae de Siska, le duo gémellaire Isaya, le duo dream folk Tessina, le Cabaret Cagole nomade, DJ Carlala et Liquid Jane ! On verra aussi le garage punk de La Flemme et la « pop ratée » de Le Bien. Sans oublier le flamenco Juan Carmona, d’Aubagne, et le gala des dix ans de Lyrique en Provence, emmené par la mezzo-soprano Sophie Pondjiclis, à la carrière internationale, mais formée au Conservatoire de Marseille et… martégale !

Ce soutien aux artistes de la région, qui se retrouve aussi dans les compagnies de théâtre programmées (Cie Janette) est pour Florian Salazar-Martin une évidence : il s’agit de « prendre soin de l’écosystème culturel », sans pour autant négliger de faire venir les voisins d’Occitanie ou le monde plus lointain (Lucas Santtana, Brasiliano, Bia Ferreira, figure du féminisme noir queer et antiraciste…).

D’autres rendez-vous ? L’ouverture le 30 juin avec La dernière (tournée) de Radio Nova, les ciné-fadas, qui s’arrêtent chaque jeudi dans un quartier avec des films tous publics, qui vont d’Astérix et Obélix de Chabat et Fureur de Bruce Lee à des films plus engagés, comme Kneecap, En fanfare ou Chien de la casse

Au village sans prétention

Ce non-festival d’été a même un temps fort, dans un espace village à la base nautique de Tholon. Les horaires et détails sont à découvrir sur place, mais tout s’y déroule chaque jour de 18 h à minuit, avec un marché des assos, des ateliers créatifs pour les enfants, des spectacles et des concerts chaque soir (Surcouf de la Cie Sacékripa, Les Josianes, circassiennes ardéchoises et féministes…), des scènes ouvertes et des jams sessions, un banquet aux saveurs martégales, des karaokés avec orchestre, des discussions et rencontres organisées et animées par Nora Hamadi, une Boum Boom, et la retransmission de la Coupe du monde de foot. Vraiment fada, fan de chichourle…

AGNÈS FRESCHEL

Les Fadas du monde

À partir du 30 juin

Divers lieux, Martigues

Le Village des Fadas

Du 7 au 12 juillet

Base nautique de Tholon, Martigues

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[Musées de Nîmes] Peintures à l’huile et eau en peinture

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About the Face, 2023, oil on canvas, 200 × 150 × 5 cm.. Courtesy of Tursic & Mille © Tursic & Mille

Depuis leurs débuts à la fin des années 1990, sous des faux airs de barbouille nonchalante, la peinture virtuose du duo formé par Ida Tursic et Wilfried Mille est un champ d’expérimentation permanent, où les images se confrontent les unes aux autres, entre références à l’histoire de l’art, imagerie populaire, paysages en crise et prolifération visuelle contemporaine. Un espace de friction où se produisent les « dissonances » revendiquées par le titre de l’exposition, dont l’un des exemples paradigmatiques pourrait être Mélancolie, huile sur toile exposée dans la dernière salle du parcours : une femme assise sur un canapé, immobile et confortable, regardant le spectateur, tandis qu’une forêt brûle derrière elle.

Jeux de mots

Un autre paysage en feu, In Between, diptyque représentant une maison de banlieue consumée par les flammes sous un ciel rose délavé, se trouve également dans cette salle, nommée par les artistes Salle Mélancolie. Elle est précédée, dans le sens de la visite, par la Salle du bonheur, la Salle noire, la Salle obscénité, la Salle accident – et la Salle Lavis en rose : la plus vaste salle de l’exposition, avec une dizaine de grands tableaux, baignés d’un lavis rose qui agit comme un filtre uniforme. Et l’un des jeux de mots dont le duo semble assez friand : dans la Salle bonheur, un tableau représentant un gros lapin ahuri, rapidement brossé, aux deux pattes avant hilarantes, est titré Lapin Ture. Auparavant on aura croisé, sur le seuil de l’exposition, un Autoportrait, toile sur laquelle figurent : une auto -de facture enfantine, un porc -façon naturaliste rapide, et un trait noir horizontal -épuisé et vaguement dégoulinant. Auto-porc-trait.

Environnement pictural

De la Salle bonheur à la Salle Mélancolie, c’est toute une peinture à la fois farceuse et inquiète, à la vitalité détonante, qui se déploie, en faisant affleurer constamment le désordre du monde. Et qui, tout en jouant avec les images et les mises en abyme, à travers des tableaux de différents formats, du petit au très grand, présentés parfois en série répétitive, représentant des paysages, des portraits et des personnages dans différentes situations, affirme en permanence sa présence physique : tâches, dégoulinures, éclaboussures, épaisseur de la matière, accidents de surface, gestes visibles et traces de fabrication.

Dissonances à géométries variables

Jusqu’au 11 octobre

Carré d’art

Inscrite dans le cycle d’expositions « Eau, source d’inspirations », qui associe plusieurs établissements municipaux – le Muséum d’histoire naturelle, le musée des Beaux-Arts, le musée du Vieux Nîmes, le musée des Cultures taurines – l’exposition Lumières et ténèbres, la fascination de l’eau propose au rez-de-chaussée du musée des Beaux-Arts un parcours à travers plus de quatre-vingts œuvres, la plupart de la fin XIXe au début XXe siècle.

Des ténèbres vers la lumière

Le parcours est organisé en trois sections : « Monstres et tempêtes, entre réel et imaginaire », « Sources et ressource : l’eau salvatrice », « Effets et reflets, une beauté fascinante », auxquelles s’ajoute un espace consacré à deux vidéos de Sophie Calle, issues de sa série Voir la mer, pour laquelle elle a invité des habitants d’Istanbul, et pourtant n’ayant jamais vu la mer, à la regarder pour la première fois.

Une exposition qui se développe « à rebours », en partant des monstres, des tempêtes et des visions inquiétantes pour se diriger progressivement vers la lumière et les jeux de reflets.

Créatures

Au centre de l’espace de la première section est exposée un marbre léger et gracieux de Denys Puech, représentant une sirène ailée, qui sort des flots en emportant sur son épaule gauche un jeune homme, posé sur un socle-vitrine où se trouvent des fossiles d’ammonites, de poissons et de gouttes de pluie. Tout autour, en dessins, gravures et peintures, d’autres personnages (la Loreleï d’Adelaïde Salles-Wagner, le Laocoon de Paul Dardé), des scènes mythologiques (Daphnis et Chloé de Charles-Edouard Delort), des marines tempêtueuses (François Barry) des éditions anciennes sous vitrine, des projets de fontaines.

Dans la section « Source et ressources », l’eau est abordée sous l’angle de « la (re)naissance, la vie, la purification et la guérison ». On y trouve notamment des baigneuses (Laurens P.Aigul), des lavandières (Sarkis Diranian), des Danaïdes (Tony Robert-Fleury) et Le retour du troupeau au gué de l’Arc d’Émile Loubon.

Enfin dans la section « Effets et reflets », qui clôture le parcours, des rivières (Maison sur l’eau – Antoine Ponchin), des canaux (Venise – Louis Etienne Dauphin), des étangs (Pêche à l’épervier, Martigues – Félix Ziem) ou des bords de mer (Les rochers de la corniche et de la Pointe-Rouge – Raphaël Ponson), qui deviennent des laboratoires pour peindre la lumière, dans des tableaux souvent construits autour d’équilibres sophistiqués entre ciel et eau.

À noter que tous les espaces de l’exposition sont accompagnés par des propositions sonores conçues, au-delà des sons de vagues relaxantes émanant des vidéos de Sophie Calle, avec le Conservatoire de Nîmes, alliant récits et compositions musicales.

Lumières et ténèbres, la fascination de l’eau

Jusqu’au 17 novembre

Musée des Beaux-Arts

MARC VOIRY

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L’héritage Inca à Draguignan

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Bouteille sculpturale. Personnage zoomorphe Cupisnique 2007.16.11. Culture Cupisnique (1500-500 a.C.) Céramique modelée, peinte et gravée. 26,5 x 16,5 x 18 cm. Museo de Arte de Lima Donation Collection Petrus et Verónica Fernandini Photographe : Daniel Giannoni

235 œuvres, trois millénaires d’histoire et un voyage à plus de 12 000 km de la France. À Draguignan, l’Hôtel départemental des expositions du Var accueille l’exposition Incas : l’héritage sacré des Andes, du 20 juin au 27 septembre. Consacrée à l’histoire des civilisations anciennes dans cette région du Pérou, l’exposition se concentre sur la notion de sacralité. Un choix qui s’explique par l’importance du divin dans ces cultures, et qui a permis « aux Incas d’avoir autorité sur ce vaste territoire », nous apprend Carole Fraresso, commissaire de l’exposition et archéométallurgiste, experte de l’orfèvrerie andine et d’art précolombien.

Au programme de l’exposition : céramiques, textiles, plumasserie et orfèvrerie. Une sélection d’objets d’une grande diversité dont « l’état de conservation est étonnant », explique Carole Fraresso. L’ingénierie, qui a fait l’une des forces des civilisations incas, n’est pas non plus laissée de côté. Parmi ces innovations notables étudiées : les puquios, ces puits souterrains permettant la récupération d’eau venue des sommets enneigés.

Des quatre coins du globe

Si l’exposition devait à l’origine débuter le 13 juin, son lancement a été repoussé au 20 juin en raison d’une organisation titanesque. De nombreuses œuvres présentées arrivent directement du Pérou, et plus particulièrement du musée d’art de Lima et du musée Larco. « À eux seuls, ils représentent la colonne vertébrale de l’exposition », soit près de la moitié de l’exposition selon la commissaire. D’autres musées européens prennent aussi part au projet, parmi eux : le British Museum, le Quai Branly, le Musée des Amériques d’Auch et de Madrid. « Une exposition digne des grandes expositions parisiennes ou des capitales du monde par l’importance des objets et de leur provenance », se réjouit sa commissaire.

Carole Fraresso le rappelle, si la civilisation inca est célèbre, le mythe qui l’entoure depuis plus de cinq siècles dépend d’un regard chrétien et européen. En cause : « Les expéditions espagnoles du XVIe siècle et les rapports de ces chroniqueurs, seuls récits de cette époque ». L’exposition Incas : l’héritage sacré des Andes apportera certainement un nouveau regard sur cette civilisation.

FANTINE LAMBEY

Incas : l’héritage sacré des Andes
Du 20 juin au 27 septembre
Hôtel des expositions, Draguignan

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Sous le soleil sicilien

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Eté 1997. Un camp de vacances pas comme les autres, un lieu où se ressourcent de jeunes adolescentes, géré par l’hôpital qui les soigne. Exercices collectifs pour retrouver son corps. Une jeune fille, blonde, diaphane, toute de blanc vêtue, s’éloigne du groupe. Elle lit, se baigne dans la piscine, et est rejointe par la brune Irène. Dès les premiers regards, le courant passe entre elles. Ensemble, elles se promènent, partent à la découverte de la nature, des grottes. Il n’est pas question pour Irène à la fin du séjour de quitter Clara, qu’elle voudrait inviter chez elle pour les vacances. Impossible ? Elle va donc l’emmener… ailleurs.

Quoi de mieux qu’une île pour s’isoler du monde qui leur pèse, des traitements, de la routine. Les voilà parties sur l’isola di Favignana où elles s’installent pour vivre leurs vacances : l’eau turquoise où elles se sentent renaitre, ondines d’un été. Les grottes où l’on s’abrite du soleil qui peut brûler la peau fragile. La peau qu’on caresse en soignant. Ensemble puis bientôt au milieu des autres. Des jeunes comme elles, garçons et filles, du pays ou en vacances, avec lesquels se nouent des relations d’été. Comme pour tous les adolescents. Premiers baisers. La caméra Hi8 fixe ces moments où l’on oublie tout, les fixant pour toujours. Un véritable élan de vie malgré les cauchemars, les vertiges, les maux de tête. Sous le soleil sicilien, la maladie reste dans l’ombre.

Quell’estate con Irène, présenté dans la section Generation 14 plus de la 74e Berlinale est le deuxième long-métrage de Carlo Sironi après Sole. Ce film, précise le réalisateur, est né du désir de raconter ce moment où les premières impressions de la vie nous marquent fortement. « Cet été que nous n’oublierons jamais. Je voulais réaliser un film qui ait la texture d’un rêve éveillé et la précision chirurgicale des souvenirs fondateurs. » Un film dont il a eu l’idée en écoutant To Wish Impossible Things de The Cure.Un film sensuel, solaire remarquablement interprété par Noée Abita (Iréne) et Camilla Brandenburg (Clara)

ANNIE GAVA
À Berlin

Quell’estate con Irène, de Carlo Sironi

[LES ESCAPADES] Concerts et convictions

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La Louuve © X-DR

Voyager sans quitter la ville, c’est la promesse que tient chaque été le festival Les Escapades, qui compte bien renouveler cet engagement pour sa 16e édition. Organisé par le Théâtre Durance, Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban, le festival se réinvente cette année avec une troisième soirée de concerts. Du 18 au 20 juin, huit groupes aussi enchanteurs qu’éclectiques se succéderont sur le plateau des Lauzières, investi pour l’occasion par un village qui proposera de quoi boire et manger. Entre les différents concerts, le Buffet Sonore y déambulera avec sa caravane rouge. Au menu, des rythmes funk, afro et électro.

Le monde à l’honneur

La chanteuse ALA.NI ouvrira le bal le 18 juin avec ses influences soul, enrichies de deux ans en Jamaïque. Elle sera suivie de Mélissa Laveaux, qui raconte dans son dernier album la mort et la maladie, sans abandonner son registre folk pop et les sonorités haïtiennes qui lui sont chères.

La fête reprendra le vendredi 19 juin avec la performance de OTTiLiE [B], artiste des Hautes-Alpes qui quittera ce soir-là son univers post-numérique pour donner un concert acoustique. Le groupe de rock psychédélique Karma Sheen devait lui succéder, mais après une annulation de dernière minute, c’est finalement Atomic Pin Pong et sa « chanson world explosive » qui prend le relais. La DJ franco-algérienne La Louuve clôturera cette soirée avec du raï, du gnawa et de l’électro.

Pour la dernière journée du festival, le groupe franco-syrien Sarāb viendra faire résonner ses textes engagés dans un univers de post-punk aux sonorités arabes. C’est le quatuor féminin Friedberg, connu pour sa chanson Go Wild, qui mettra fin à cette nouvelle édition des Escapades dans un joyeux mélange d’indie pop, d’électro et de rock.

L’idéal social du festival

Fil rouge de cet événement, l’engagement assumé du festival. « On a une volonté d’amener une parole forte sur le plateau, et des artistes qui s’inscrivent dans des mixités de style, de genre, de pays », explique Élodie Presles, directrice du Théâtre Durance. Une décision qui ne se limite pas aux Escapades. « Tous les spectacles que l’on programme dans l’année sont très engagés. On veut montrer la complexité de la société par le prisme du regard des artistes. »

Le public est amené à découvrir une autre manière de célébrer. « On veut contribuer à alimenter la pensée critique, dans le contexte de simplification qui existe aujourd’hui ». En plus des artistes émergents programmés, c’est donc tout un monde inclusif que le festival crée : accessibilité du site aux personnes à mobilité réduite, dispositif d’aide à l’écoute pour les personnes malentendantes, prévention sur les risques de violences sexuelles et sexistes…

La spécialité du festival reste sa gratuité. « Ça nous a permis d’amener des gens qui ne seraient pas venus si c’était payant, et de rassembler les communes à proximité », raconte Élodie Presles. Elle ne cache pas sa crainte que la réalité économique les rattrape. « Mais on trouvera des solutions », conclut-elle.

IVANIE LEGRAIN

Les Escapades

Du 18 au 20 juin

Théâtre Durance, Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban

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