lundi 18 mai 2026
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Luma Arles ouvre ses expositions d’été

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© Gerhard Richter 2026

À Luma Arles, un ensemble de nouvelles expositions s’installent ce 1er mai dans la Tour et dans les bâtiments du Parc des Ateliers. Il y a d’abord Overpainted Photographs de Gerhard Richter, un ensemble où la peinture altère des images photographiques, interrogeant la notion de vérité et la stabilité du visible. Delta de Verena Paravel, une installation filmique ancrée dans l’écosystème du delta du Rhône. In the Veins de Camille Henrot, une installation immersive qui s’attache aux circulations invisibles – émotions, récits, croyances – qui traversent les individus et les générations.

In Search of… Incredible de Julianknxx mêle poésie, image et performance autour des questions de mémoire et de transmission. 100 ans de Cahiers d’Art célèbre un siècle d’archives et de pensée critique. Enfin, le sixième chapitre des Archives Hans Ulrich Obrist est consacré à l’architecte Zaha Hadid. Un article plus complet sera à lire très rapidement sur Zébuline.

Camille Henrot, In the Veins (image extraite de la vidéo), 2026.
© ADAGP Camille Henrot. Avec l’aimable autorisation de l’artiste,
Mennour et Hauser & Wirth
M.V.

Overpainted Photographs - In Search of… Incredible

Jusqu’au 10 janvier 2027

Delta - In the Veins - 100 ans de Cahiers d’Art - Archives Hans Ulrich Obrist

Jusqu’au 21 mars 2027

Luma, Arles

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Big Youth & The Abyssinians

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The Abyssinians © X-DR

L’équipe du Dodu, issue en grande partie du Molotov, remet à l’ordre du jour l’histoire d’amour entre Marseille et le reggae, en proposant un plateau Big Youth & The Abyssinians. Le premier est considéré comme l’un des premiers MC, faisant valoir sa « grande gueule », forgée dans les ghettos de Kingston, sur les faces B de 45 tours dès le début des années 1970, jusqu’à continuer à poser son flow sur des productions hexagonales, après avoir été adoubé par les punks anglais. Les seconds, trio vocal dans la tradition jamaïcaine, sont des pourvoyeurs d’hymnes rastafariens, comme Satta Massagana (1971), chanté en grande partie en Amharique, l’une des principales langues de l’Ethiopie, et toujours remixé par des artistes contemporains.

L.D.
5 mai
Le Dodu, Marseille

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Fireclub

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Fireclub © Jonathan Lhote

Comme s’il n’y avait pas assez de La Flemme, Technopolice, Avee Mana, ou Schmilblick… voilà un nouveau groupe de rock marseillais qui pointe le bout de son nez ! Il s’agit cette fois de Fireclub, et c’est dans le temple de cette scène que la formation célèbre la sortie de son premier album : L’Intermédiaire ce 30 avril. Pour ceux qui ne connaissent pas encore Fireclub, il s’agit d’un objet hybride, déroutant, qui mêle ambiance disco, énégies électro, et riffs punk. Un ovni à décourvrir sur scène, l’occasion aussi de se procurer cet album, sorti sur vinyle s’il vous plait.

 N.S.
30 avril
L’Intermédiaire, Marseille

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Chinese Man Records Party

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Chinese Man ©Leïla Macaire

22 ans. Bel âge pour aller bouger sa tête dans une soirée électro. C’est aussi l’âge qu’a le label Chinese Man, illustre représentant de la scène électronique marseillaise, qui s’occupe notamment de Sctach Bandits Crew, Baja Frequencia, Isadora ou Youthstar. Invité par l’Espace Julien cette année comme label associé, Chinese Man clôture sa saison avec une soirée dopée aux talents maisons. On verra Bold (le trio formé par High Ku, Jay et Youthstar) ; puis Matteo, Maddy V et des guests à découvrir. Hip-hop, trip-hop, trap, dub… tout ce qui fait le sel de Chinese Man se donne rendez-vous au cœur de Marseille, pour une nuit que les amateurs du genre ne louperont pas.

N.S.
2 mai
Espace Julien, Marseille

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Miossec

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Miossec © X-DR

Figure majeure de la chanson française, Miossec explore depuis ses débuts toutes les facettes de l’écriture. Révélé en 1995 avec Boire, le Brestois impose depuis sa voix singulière, brute et sincère. Avec Simplifier, son dernier album sorti en 2023, il revient à l’essentiel. Porté par des rythmiques simples et des influences hip-hop, le disque privilégie une forme épurée et retrouve des thématiques familières: désenchantement, quotidien, temps qui passe. Accompagné de Stéphane Fromentin (guitare) et Nicolas Méheust (claviers), Miossec prolonge sur scène cette matière sonore, revisitant et réinventant son répertoire. En première partie, Mathilde ouvre la soirée avec un univers pop sensible, entre claviers et guitares, mêlant mélancolie et douceur.

C.L.
29 avril
Espace Julien,Marseille
Une proposition de La Mesón.

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Faire place aux histoires

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Dès l’ouverture, à l’Institut culturel italien, la couleur est donnée. Claudio Milanesi rappelle qu’il faut désormais se rendre à l’évidence : du Nobel attribué à Annie Ernaux à l’ouverture du Prix Strega à la non-fiction, le genre n’est plus marginal. Il est en train de remodeler en profondeur notre rapport à la littérature. La suite du festival ne cessera de le confirmer.

À l’EJCAM le matin même, puis le lendemain à l’Hôtel d’Olivary, la question ukrainienne s’impose comme un point nodal du programme, notamment lors de la rencontre Comprendre la situation en Ukraine avec Constantin Sigov et Sergiy Kvit. Dans leur sillage, Tetyana Ogarkova et Anastasia Fomitchova ouvrent de nouvelles perspectives : écrire, ici, consiste à documenter la guerre, à maintenir des lignes de vérité dans un contexte saturé de récits concurrents.

Mémoire, langue et récits fragmentés

Invitée d’honneur, Helena Janeczek prolonge ce déplacement. Première femme lauréate du Prix Strega, elle a consacré une grande partie de son œuvre à raconter une histoire familiale traversée par la déportation et l’exil – des Juifs polonais passés par l’Allemagne puis l’Italie.
Pour elle, la fiction ne disparaît jamais : elle subsiste, y compris dans les récits les plus soucieux de coller à l’Histoire. La mémoire, avance-t-elle, consiste précisément à combler ses lacunes. Interviewée avec une émotion palpable par Federica Gianni, dont le travail de thèse a porté, entre autres, sur son œuvre, elle revient sur les identités fragmentées, les langues qui circulent et se répondent. Dans un italien étonnamment limpide pour les francophones, Helena Janeczek répond avec un plaidoyer pour les dialectes, qu’elle envisage comme un moteur paradoxal du multilinguisme et, peut-être, de l’entente entre les peuples. Du milanais au catalan, tant de similarités demeurent, argue-t-elle, évoquant Mar García Puig, invitée lors du festival dans une rencontre présentée par Ikram Chilah.

Avec Sylvie Tanette, le festival semble revenir à un terrain plus proche : le récit d’une fille d’immigrés italiens venus élire domicile à Marseille. Mais Une vieille colère (2024) marque pour l’autrice un basculement : pour la première fois, la romancière renonce à la fiction. À l’oral comme à l’écrit, elle impressionne par la netteté de sa pensée autant que par une forme de candeur. Notamment lorsqu’elle avoue ne comprendre souvent ce qu’elle a écrit qu’après coup. Ce terrain vague australien qui surgit dans son récit, elle ne réalise que bien plus tard qu’il reconstruit celui de son enfance phocéenne – le mot, dit-elle, a un sens, pour une génération qui a entremêlé le récit de ses origines à ceux des mythologies grecques et romaines. La non-fiction devient alors un moyen d’affronter ce qui résiste : une histoire familiale marquée par des zones troubles, par des vérités difficiles à regarder. La colère demeure, intacte, mais elle se double d’un humour sec, presque inattendu.

Le soir, François Beaune prolonge cette attention au réel dans une veillée où chacun est invité à partager une histoire vécue. Autour de vin et de victuailles, les récits circulent, se répondent, s’agrègent – comme une archive vivante en train de se constituer.

Hériter sans détour

Le lendemain, un dialogue rare se noue entre Vanessa Springora et Francesca Melandri, toutes deux réunies autour des liens entre mémoire intime et histoire collective. Leur point commun est frappant : en 2022, la guerre en Ukraine interrompt leurs projets d’écriture respectifs. Toutes deux se tournent alors vers leurs histoires familiales. Vanessa Springora évoque, dans la lignée d’Annie Ernaux, un désir d’« archéologie de soi », du côté paternel – où elle découvre des vérités qui ont nourri les récits instables de son père, jusqu’à l’ombre d’un grand-père engagé aux côtés de l’armée nazie. Francesca Melandri, de son côté, revient sur l’histoire d’un père impliqué dans la campagne italienne en Russie – c’est-à-dire, souligne-t-elle, sur le territoire de l’Ukraine actuelle, « car personne ne le rappelle ». Entre elles, une même exigence : ni expliquer, ni absoudre. Mais comprendre.Une idée commune s’impose : « plus on écrit, plus on se rend compte que l’indicible existe.» Ni justification, ni absolution. Plutôt un geste commun : comprendre sans simplifier, ouvrir des lignes de réflexion plutôt que clore les récits.

La politique écrite au féminin

On est frappée, surtout, par la rareté d’un tel moment. Quand a-t-on vu, en littérature, des autrices ausculter ainsi leurs héritages politiques familiaux ? Quand les a-t-on entendues discuter, ensemble, de politique internationale avec une telle précision, et un tel souci de l’écoute ? Dans sa capacité à ne jamais réellement théoriser ce qu’il met en place, Effets Réels célèbre autant qu’il rend possible une manière singulière et précieuse de faire de la littérature. Une respiration – dont on espère qu’elle saura durer.

SUZANNE CANESSA
Le festival a eu lieu dans divers lieux à Aix et Marseille du 10 au 12 avril et a été organisé par Ikram Chilah, Federica Gianni et Claudio Milanesi.

Un regard glacé

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Avant, Constance Debré était avocate, elle entrait dans les prisons régulièrement. Aujourd’hui, elle y retourne, mais en tant qu’écrivaine. Pour ce nouvel ouvrage, Protocoles, elle s’est plongée pendant deux ans dans la lecture des protocoles d’exécution : par balle, par injection, par pendaison, par électrocution…

Là-bas, « la loi supprime les questions » et perpétue les exécutions. C’est bien du pays aux 50 étoiles dont il est question, qui applique des règles administratives – absurdes – conformément à des lois que l’on pourrait qualifier d’inhumaines. Les méthodes sont listées et les protocoles détaillés… Cette rationalité froide et millimétrée, qui ne fonctionne pas à tous les coups, contrairement à ce que l’on pourrait croire – « 30% des exécutions capitales échouent » – donne le tournis. Poussée à l’extrême ici, par l’accumulation de descriptions, on se demande comment son existence peut être encore légitimée de nos jours.

Sans artifice, sans euphémisme, sans consolation, l’œuvre de l’autrice se déroule brute et frontale. Constance Debré poursuit son travail de déconstruction : l’hétérosexualité dans Play boy, la maternité dans Love Me Tender, la famille dans Nom. L’absurdité des règles et des lois de nos sociétés face au chaos, ici. Dans ce nouveau roman, pas un mot futile, ni un brin d’émotion partagée. Mais que construit-elle, que ressent-elle face à cela ? Nous n’avons aucun indice, nous ignorons d’où elle parle ou encore la manière dont cela l’affecte, ou pas. C’est peut-être de ce manque de « situé » que vient l’exaspération : où veut-elle en venir, quel message envoie-t-elle au monde ? On ressort de ce nouveau livre avec une enclume dans l’estomac et une détestation de l’humanité au cœur.

Surplombant et moralisateur

Au fil des pages, elle dévoile, en parallèle des protocoles de mises à mort, des bribes de sa propre vie, traitées comme des faits divers sans passion, sans lien et sans amour… Depuis la sortie du livre, Constance Debré donne de nombreuses interviews. Elle évoque, non sans cynisme une « pornographie du réel ». Comme si elle imaginait une fascination vis-à-vis de ce théâtre de la mort. Une projection personnelle, peut-être, comme si nous allions nous extasier de ce récit, avec un plaisir coupable salissant et mal assumé. Pourquoi le proposer, sinon uniquement pour nous montrer à quel point l’humain est médiocre ?

Pourquoi la sphère littéraire médiatique aime-t-elle tant les auteurices cyniques, qui incarnent des postures surplombantes et moralisatrices ? Cela reste un mystère, ou peut-être un problème de déconstruction, justement. Protocoles est un texte écrit sans générosité, dans lequel ne subsiste aucun espoir. Cette désincarnation laisse finalement les lecteurs et les lectrices flotter à la surface. Mettre nos schémas en pièce sans imaginer ce qui peut être construit sur leurs ruines ne nous aidera probablement pas. Qu’avons-nous à inventer plutôt qu’à détruire ? #nofutur ? Un acte littéraire qui ne nourrit aucun imaginaire qui nous ferait miroiter un avenir désirable.

ÉLODIE MOLLÉ

Protocoles – Ici on achète les âmes, de Constance Debré

Éditions Flammarion - 19 €Paru le 07 janvier 2026

La voix des anonymes

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Lyonel Trouillot © X-DR

Dans un pays qui n’est jamais nommé, mais que l’on reconnaît facilement comme étant Haïti, un jeune homme écrit une longue lettre à son oncle alors qu’il a été dépêché pour dresser l’inventaire d’une bibliothèque, dans une « petite ville du bord de mer ». Dès son arrivée, il fait face à de violents maux de tête, puis se sent progressivement envahi par des figures et des voix qui le hantent pendant son sommeil. La narration du jeune homme, au départ très académique, semble se libérer peu à peu, tandis que le récit se transforme en roman choral.

Des fantômes obsédants

Mais bien plus que ce jeune homme, fils adoptif d’un riche politicien, le personnage central est Manie, la « petite bossue de la rue des Fronts-forts ». Sa voix est d’ailleurs la première offerte aux lecteurs parmi celles de ces « anonymes » que Lyonel Trouillot veut faire entendre. À travers ses évocations parfois naïves, parfois cruellement réalistes, elle donne à voir la misère sociale et psychologique des laissés-pour-compte de Port-au-Prince et l’emprise grandissante des sectes évangélistes sur cette population.

Échos de la violence

L’anonymat est ici inversé : tous les personnages ont des noms, sauf celui qui, par sa naissance et son éducation, est appelé à faire partie de la sphère du pouvoir en Haïti. Depuis la bibliothèque qu’il a la charge d’examiner, il entend les échos des affrontements qui secouent le pays : guerre des gangs, fuite des politiques, violences à l’encontre du peuple.

Lyonel Trouillot vit aujourd’hui encore en Haïti. Avec Bréviaire des anonymes, il lutte contre l’oubli de son pays, plongé dans une crise profonde depuis 2021 dans l’indifférence générale, mais aussi contre celui des premières victimes de cette situation : les femmes, les enfants et les marginaux.

GABRIELLE BONNET

Bréviaire des anonymes de Lyonnel Trouillot, Actes Sud

Chanter la révolte et la nostalgie

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Claude McKay © Everett Collection Inc

Le fort lien qui unit l’auteur de Banjo à Marseille n’est plus à démontrer. L’écrivain jamaïcain, qui a vécu aux États-Unis avant de vagabonder en Europe et en Afrique du Nord, s’est implanté dans la cité phocéenne entre 1923 et 1928. Du 17 au 21 février, la bibliothèque de l’Alcazar lui a consacré plusieurs événements dans le cadre d’une rétrospective intitulée « Claude McKay, back to Marseille ». La maison d’édition marseillaise Héliotropismes s’était déjà penchée sur l’œuvre de l’écrivain, en publiant notamment en 2022 son autobiographie, Un sacré bout de chemin. C’est au tour d’Hors d’atteinte, également basée à Marseille, de s’y consacrer avec la publication d’une sélection de poèmes rassemblés sous le titre Nous qui nous révoltons.

Une sélection de poèmes en version bilingue

Cette édition bilingue permet d’apprécier à la fois les poèmes dans leur version originale, en créole jamaïcain et en anglais « standard », ainsi que le travail des trois traductrices pour tenter de faire entendre le rythme puissant et la couleur des mots de McKay. Les poèmes présentés dans cette édition ont été choisis parmi les Complete Poems (2008) qui réunissent quatre recueils publiés entre 1912 et 1922, auxquels s’ajoutent d’autres poèmes datant de 1910 à 1940. Dans Nous qui nous révoltons, ces poèmes sont répartis en six ensembles (Jeunesse jamaïcaine, Racisme et résistance, Engagement politique et conscience sociale, Les ombres de Harlem, Exils et Vagabondages) et abordent des thématiques aussi variées que les violences raciales, le rapport à la nature, l’amitié ou encore la nostalgie du pays natal. L’un de ces poèmes rapproche avec tendresse « les collines de Jamaïque » et les champs provençaux par l’intermédiaire d’une couleur, le rouge, commune aux poinsettias et aux coquelicots.

Un poète précurseur et actuel

McKay, grand lecteur de Villon, Baudelaire, Byron ou encore Keats, utilise généralement des formes poétiques classiques, comme la ballade et le sonnet, et met souvent un refrain ou une structure cyclique qui rappelle le blues. Parmi les poèmes choisis figure « If We Must Die » (Si nous devons mourir), qui devint un symbole de la lutte contre les violences raciales lors du sanglant « Red Summer » en 1919 aux États-Unis. Il fut l’un de textes fondateurs du Harlem Renaissance, ce mouvement culturel, artistique et politique de renouveau de la culture afro-américaine qui s’est développé dans les années 20 et 30. Pourtant, McKay ne s’est jamais « considéré comme un poète noir », selon ses propres dires, et cette apparente absence d’engagement lui a parfois été reprochée. Il n’empêche que son chant de révolte, qui a inspiré jadis les poètes de la Négritude, est aujourd’hui encore d’une criante actualité.

GABRIELLE BONNET

Claude McKay, Nous qui nous révoltons, Traduit du créole jamaïcain par Karine Guerre et de l’anglais (États-Unis) par Gaëlle Cogan et Michaëla Cogan, Édition dirigée par Matthieu Verdeil

Faire tanguer les certitudes

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Claudine Galéa © Jean-Louis Fernandez

Elle a tenu, dans les années 90, la rubrique culture de La Marseillaise, succédant à Jean-Claude Izzo. A été un peu comédienne au Théâtre de Lenche, dirigé par Maurice Vinçon. Puis elle s’est consacrée à l’écriture, théâtrale, mais aussi radiophonique, et romanesque, portant la même attention poétique à ses albums jeunesse qu’à son roman sur son enfance marseillaise, entre quartiers est et quartiers nord, ou à son récit d’amour sur Patti Smith.

Personnages récurrents de ses propres livres, la Jeune fille qu’elle fut -plus ou moins- côtoie souvent l’autrice qu’elle est devenue, et qui la regarde être. Tango, une des dernières parutions de la collection Hors cadre d’Espaces 34 (voir ci-contre), reprend ce principe à l’œuvre aussi dans Hurlevent, qui vient de paraitre aux Solitaires Intempestifs.

Dans les deux livres, elle travaille sur la réception d’œuvres problématiques où des hommes fragiles, mystérieux et violents, Heathcliff et Paul/Marlon Brando, sont désirés par des femmes parce que fragiles et violents.

Devenir libre prend du temps

Claudine Galéa, qui a lu Sarraute, ne définit pas des personnages, plutôt des instances de parole. Elle écrit sans ponctuation, sans autre respiration que les blancs de la page, les marges, et les rythmes, les énumérations de verbes succédant aux isolements d’un adjectif choisi, aux triades de réalités qui ont plusieurs faces.

Dans Tango la langue est particulièrement crue, au sens où aucune sauce, aucune cuisson ne vient troubler les viol, sodomie, suicide dans la baignoire ou balle dans le ventre que le film met en scène. Le scandale de l’agression sexuelle réelle de Maria Schneider par Brando n’est pas occulté, mais Claudine Galéa explore surtout l’autre scandale, celui d’un désir de souffrance, de violence, d’une pulsion de mort qui accompagne la jouissance, et l’existence même du corps. Elle laisse aussi transparaître, au détour d’une page, qu’elle fut une enfant violentée.

Aujourd’hui, avec son regard queer, libéré, l’autrice a le courage de ne pas trouver refuge dans une attitude morale. Elle affronte la noirceur, les élans inexpliqués du corps, la soif juvénile de jouir, et la proximité si dérangeante entre ce que l’on désire et ce que l’on tue. Elle explore des interstices noirs que les plus jeunes ne comprendront certainement pas : les femmes de 60 ans ont dû apprendre à désirer ceux qui les opprimaient , les violentaient parfois. Elles admirent toutes celles qui, aujourd’hui, savent faire autrement, et détester Marlon Brando, Woody Allen et Depardieu sans avoir pour autant à renier les jeunes filles qu’elles ont été.

Agnès FRESCHEL

Tango

Claudine Galéa

Espaces 34