mardi 13 octobre 2026
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Festival du Moulin

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Sacha Vaughan © Lénaïc Lannoy

À la rentrée, c’est à Bormes-les-Mimosas que se cache l’un des plus beaux rendez-vous des musiques actuelles. Organisé par la municipalité, l’association Global-Art, et la scène de musiques actuelles du Var Tandem83, il réunit chaque année une programmation attentive aux airs du temps. Cette année, les 4 et 5 septembre, le gros de la programmation est assuré par la scène rock marseillaise : Sasha Vaughan, Jules Henriel, Brother Junior, La Flemme et Tessina. Pas marseillais mais tout aussi intéressant, le festival accueillera également la pop-jazz du groupe Camille & Les Garçons.

N.S.

4 et 5 septembre
Place Saint-François, Bormes-les-Mimosas

« Glaneuses et glaneurs » : une cartographie sensible du monde avec les diplomé·e·s des Beaux-arts de Marseille

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© M.V.

Glaneuses et glaneurs propose de considérer les pratiques artistiques comme autant de façons de « glaner » dans l’environnement, qu’il soit physique ou intellectuel. Dans les travaux des 36 jeunes artistes et designers présents, l’acte de glaner devient moins une collecte qu’une manière de prêter attention aux relations : entre les êtres, les matières, les territoires et les mémoires. Les pratiques sont multiples et les médiums variés : peinture, sculpture, photographie, installation, design, performance, vidéo. 

Terre et ciel

À l’entrée de l’exposition on découvre une constellation de cinq vases en céramique de Yijie Fan, présentés sur des socles à différentes hauteurs, titrée Mémoire du sol, portant sur tous leurs côtés des empreintes de sol récoltées par l’artiste. Tout autour, plusieurs œuvres qui regardent du côté du ciel, de la spiritualité, des rêves : Promenade stellaire de Valentin Aubert, une structure en tiges et plateaux de métal fine et légère, telle une cartographie en 3D, accueillant diverses sphères en verre coloré, réalisées lors d’un workshop avec le Cirva. 

Esprit es-tu là ? d’Elliot Fortin, une vidéo documentaire d’une trentaine de minutes, accompagnée d’un petit carnet de photographies et de dessins rêveurs, réalisée lors de son séjour au sein de la communauté spirituelle de la Vale do Amanhecer au Brésil, où on découvre une communauté baignant dans un syncrétisme religieux total, qui compte des milliers d’habitants et de médiums résidents. Ou bien encore un tableau de Victoire Junot, La chimère et les endormies, à l’aspect de conte doux, et une série de 16 dessins aux traits fins de Kaki Weiss, Cantique des oiseaux, réalisés sur set de table jaune, figurant sur chacun un homme ou une femme à tête d’oiseau et au corps nu, en train de danser.

Intimes

En peinture, à côté des propositions à tendance surréaliste amusante et inquiétante de Mathilde Jardin (Les jeux sont faits – Communion, colza et gymnastique – Tubercules) on trouve plusieurs travaux figuratifs liés aux relations familiales ou intimes : une peinture qui regarde pour retenir avec Florian Leu et ses deux portraits attentionnés de grand-mère, accrochés côte à côte, Nonna et Mamie. Et dispersés dans plusieurs espaces de l’exposition, les œuvres d’Emilie Martinez Ngombet, une constellation autour de la transmission, de la filiation et des gestes domestiques : portrait de Sophie Akendengue, assise cigarette à la main au coin d’une table, regard perçant. Main de maman et Structure de soutien, petite peinture à l’huile sur bois posée à l’horizontale sur un petit support en plâtre et en grès, au-dessus desquels est installée Aux tresses que j’ai coupées, deux suspensions composées de mèches synthétiques et de grès blanc. Et Triptyque autour de la table, huile sur un bloc de bois aux côtés biseautés, représentant une sorte d’architecture familiale : ombre de dossier de chaise, bras nu et main ouverte, verre de vin, femme assise.

Dans ce même registre, une vidéo d’une dizaine de minutes signée Zoé Bardot, J’aime tout (extrait). L’artiste est filmée en train d’ouvrir de vieilles portes, fermées depuis longtemps, dont les serrures résistent, de sa maison familiale, et redécouvre en les commentant espaces, objets et histoires intimes. 

MARC VOIRY

Glaneuses et glaneurs 
Jusqu’au 4 octobre 
Friche la Belle de Mai, Marseille

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Les dites piafs

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© Mairie 1&7

Lors de la dernière édition d’Avant le soir, en 2025, le collectif Le Dragglomérat avait remporté un franc succès avec leur concert Fo·lles. Et les deux drag-queens confirment cette année ce succès auprès du public marseillais avec un nouveau spectacle.

Celui-ci aurait dû s’appeler Chat·tes ou Cochon·nes, expliquent-elles, et elles avaient « un super programme pour ça » mais leur producteur s’y est opposé – après tout Avant le soir est un évènement familial. Elles ont donc choisi le titre bien moins explicite Coco·tte·s, terme qui désignait jadis les prostituées, ont conçu un programme musical porté sur les oiseaux, un répertoire foisonnant qu’elles font remonter jusqu’au XIVe siècle avec l’aubade Rossignolet du bois.

Poule-itiquement correct 

Les performeuses, accompagnées au piano par Roberto Bello, n’épargnent presque aucun style. De l’air de beuverie Summer is coming in, première chanson profane enregistrée en Angleterre, à une version française de Papageno-Papagena extrait de La Flûte enchantée, en passant par Le Faux-cul de Coccinelle et une interlude pianistique avec La poule de Haydn, elles retracent une étonnante histoire de la musique. Et surtout des textes : dans beaucoup de chansons, les noms d’oiseaux permettent d’évoquer des sujets tabous, comme l’homosexualité. C’est le cas dans Les Pingouins de Juliette Greco dont les paroles évoquent les relations homosexuelles et en particulier entre pingouines, écrit à une époque où le jeu de mot n’était pas aussi évident qu’aujourd’hui.

Ces sous-entendus, qu’ils soient de nature sexuelle ou ouvertement politique comme dans Poulailler’s Song de Souchon, dont Oral de Luxe propose une reprise particulièrement saisissante, s’inscrivent parfaitement dans la tradition drag, dont l’art du jeu de mot a toujours fait partie. Un brillant terrain de jeu pour les deux chanteuses qui s’en donne à cœur joie, égrainant la représentation de petites leçons d’ornithologie plus ou moins scientifique – leur explication de la différence entre pingouins et manchots est correcte, le fait que « les coucous, c’est ceux qui se mettent des plumes dans le… » peut-être un peu moins…

Le succès de Coco·tte·s rappelle que « familial » et « grand public » ne signifient pas nécessaire consensuel ou politiquement correct, mais seulement rassembleur. 

CHLOÉ MACAIRE 

Coco·tte·s 
a été donné le 26 août
Square Albrecht (Marseille) dans le cadre d’Avant le soir 

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Rentrée littéraire : « L’Âge de déplaire », premier roman d’Abibou Diouf

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L'age de déplaire - Abibou Diouf

Le roman s’ouvre sur la mort du père du personnage principal, Fadel, jeune homme qui partage sa vie entre Paris et le Sénégal « Je suis né à Dakar, une ville où l’air est saturé d’un virilisme qui s’infiltre partout : dans les corps, les démarches, les regards, les intonations et jusque dans les silences. ». En France, il découvre une liberté nouvelle. À chacun de ses retours au pays, sa vie est soumise à nouveau à la hiérarchie familiale, au poids de la tradition, aux velléités de sa mère et de son frère ainé Malick, de le marier. Mais à Dakar, il retrouve aussi un personnage : « Fadel le Fou », artiste marginal, qui vit dans une cahute sur l’île de Ngor et dont l’existence défie l’ordre social. Le roman construit un jeu de miroirs entre le Fadel qui se conforme encore et celui qui s’est affranchi depuis bien longtemps du regard de sa société.

Le roman retrace l’histoire d’une pression : celle que l’on impose aux jeunes garçons : « Sois un homme ! Depuis l’enfance cette phrase m’a été jetée au visage comme une injonction. Une identité définie par les autres, par l’histoire, la culture, la religion, l’État, la famille, la norme sociale. Aucune marge de liberté. Aucune brèche pour respirer. »

Voix de l’émancipation

Le frère de Fadel, Malick, incarne la voix du reproche, lorsque le narrateur choisit de vivre en France : « On n’aurait jamais dû te laisser partir ; L’Occident t’a oxydé. Toubabisé. Et la France veut faire de toi un « woke ». Un homme déconstruit. À force tu ne seras plus un homme du tout. »

Dans ce premier roman très réussi, Abibou Diouf interroge dans un style enlevé et qui fait souvent référence à des maximes africaines, la fabrique des masculinités, les violences symboliques exercées au nom de la communauté, et le poids du silence au sein des familles sénégalaises.

S’émanciper, à un prix. Aucune libération ne se fait sans arrachement. Pour se choisir, Fadel doit accepter de perdre une part de ce qui l’a construit, de trahir l’héritage pour ne pas se trahir soi-même. À sa suite, on entre avec conviction dans l’Âge de déplaire.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

L'Âge de déplaire, Abibou Diouf, 
Éditions Albin Michel
Paru le 19 août 

Rentrée littéraire : « La Piqûre d’abeille » de Paul Murray, le roman choral disponible en français 

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La piqûre d'abeille - Paul Murray

Alors que le garage automobile de Dickies Barnes est en train de couler, il passe son temps dans les bois à construire un bunker pour survivre à la fin du monde, au grand dam de sa femme Imelda et de leurs enfants Cass et PJ. Chacun de son côté, les membres de la famille Barnes s’écroulent en l’espace de quelques mois. Pourtant l’histoire semble avoir commencé vingt ans plus tôt, lors d’un mariage gâché par une piqûre d’abeille. 

Roman choral à la précision narrative exemplaire, La piqûre d’abeille fait d’un récit de famille nucléaire ordinaire une véritable épopée, où les apparences s’avèrent toujours trompeuses et dont les secrets se relèvent avec patience. 

Partiellement justes

Cass et PJ, dont les points de vue ouvrent le roman, dressent de leurs parents des portraits très unidimensionnels : des caricatures de couple hétérosexuels en perdition, de femme fatale sur le déclin et de père de famille fuyant ses responsabilités. Chacun des regards portés sur l’autre s’avère juste, Paul Murray s’en assure, mais dans une certaine mesure seulement. Un chapitre après l’autre, les personnages se débarrassent des jugements superficiels, se laissent aller à déballer leurs secrets, et l’auteur à inventer de nouvelles formes de dire ce qui devait rester caché. 

Ainsi, Imelda dont la vie a basculé, s’époumone, sans ponctuation, pour rétablir une vérité bafouée, et retrouver un semblant de contrôle qui lui échappe. L’expérimentation textuelle parfaitement maitrisée reste accessible et brillante : on défait, couche après couche, la délicatesse d’un père en proie au doute, et la naïveté de la jeunesse est rendue avec beaucoup de sérieux, les points de vue enfantins apparaissant avec justesse. 

Il ne s’agit pas dans ce roman, de désigner la source du mensonge, mais plutôt de chercher dans quelle mesure ce que l’on distingue de l’autre le définit réellement. La Piqûre d’abeille raconte la portée d’effets papillon multiples qui viennent refaire surface dans chacune des vies de ses personnages principaux. La famille nucléaire devient alors un théâtre en huis clos de ce que chacun perçoit des autres et fait du secret la clé vers d’autres réalités arbitraires. À la gêne que l’on ressent face à ses parents succède la prise de conscience qu’ils ne sont que des êtres humains, faillibles, et qu’ils existent eux aussi pour la première fois. 

La crise climatique et l’évocation d’une fin du monde actuel parcourt le récit comme un spectre omniprésent, pour atteindre un paroxysme digne des meilleurs thrillers. La piqûre d’abeille raconte finalement la fatalité anthropocentrique selon laquelle le monde qui nous entoure sombrera inévitablement dans le chaos, conséquence d’un éclatement familial dramatique, ou d’un simple malentendu. 

NEMO TURBANT

La Piqûre d’abeille, de Paul Murray
Traduction Pierre Demarty
Albin Michel - 24,90€ 
Paru le 19 aout 

Rentrée littéraire : « Le Livre de la disparition », ou le rire glaçant d’Ibtisam Azem

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Ibtisam Azem ©X DR

Matin ordinaire à Tel-Aviv. Les cafés ouvrent leurs volets, les voitures roulent. Mais quelque chose cloche. Les ouvrières horticoles, les serveurs et les chauffeurs n’ont pas pris leur poste. Les check-points sont déserts. Quatre millions de Palestiniens ont disparu sans trace, sans explications, sans revendication. Le pays est à l’arrêt. Et une question est sur toutes les lèvres : « que s’est-il passé ? » 

L’idée de cette dystopie, qui pousse à son paroxysme le souhait porté par la frange dure de la population israélienne, est géniale. Dans Le Livre de la disparition, la romancière palestinienne Ibtisam Azem s’en empare avec délectation. Publié en arabe en 2014, il est enfin traduit en français.

Au cœur du roman, deux hommes. Ariel Levy est journaliste israélien, progressiste, athée, convaincu d’appartenir au camp de la paix. Alaa Assaf est cameraman palestinien, petit-fils de Teta, grand-mère qui vient de mourir. Ils sont voisins à Tel-Aviv, se respectent, se déclarent amis. 

Puis vient le matin sans Palestiniens. L’État d’urgence est déclaré. Les recherches battent leur plein. Si les extrémistes et les colons se félicitent de voir le pays, « nettoyé », la majorité de la population, est hébétée. D’autres, comme Ariel, sont saisis de culpabilité. 

Le carnet rouge

Pour trouver des indices, ce dernier pénètre dans l’appartement de son ami. Il y découvre un carnet rouge, le journal d’Alaa. Au fil des pages, le juif mesure l’abîme qui les sépare et dont il n’avait pas conscience. Dans ses écrits, le palestinien consigne les souvenirs de sa grand-mère Teta qui vivait à Jaffa en 1948, année de la Nakba, « la catastrophe ». Les Juifs occupent la ville, chassent la population arabe qui passe de 100 000 à 4 000 habitants. Tandis que son mari s’exile à Beyrouth, Teta, bien qu’expulsée, choisit de rester dans la ville. Un jour, elle retourne dans sa maison espérant récupérer les rideaux qu’elle a cousus. Un couple de juifs y est installé. Elle repart les mains vides. Ariel prend peu à peu conscience, avec difficulté, du poids que porte son ami dans un pays qui lui demande de sourire et d’être reconnaissant.

La colère contenue

Il se souvient d’un accès de fureur d’Alaa, un soir où Ariel lui avait fait observer, avec la bienveillance du libéral convaincu, qu’il vivait tout de même dans un État moderne, avec des libertés qu’envieraient les réfugiés de Beyrouth. Alaa avait explosé. 

La Disparition fait surgir avec clarté ce qu’Azem fait murmurer à travers la voix d’Ariel : « Que s’est-il passé à tes citoyens sains d’esprit, ô patrie ? Depuis que nous avons établi cet État, creusons-nous notre tombe de nos propres mains ? Allons-nous exécuter l’agenda des colons et réaliser leurs rêves ? Ce sont les premiers ennemis de l’État. »

Le génie d’Ibtisam Azem est de mettre en lumière, en creux, l’importance d’une présence quotidienne et de montrer à quel point l’économie, la culture, le quotidien d’Israël repose sur une présence palestinienne indispensable tant le destin des deux peuples est intriqué.

Ibtisam Azem est née et a grandi, près de Jaffa. Elle est fille et petite-fille de déplacés de 1948. Elle a étudié à l’Université hébraïque de Jérusalem, à Freiburg en Allemagne, avant de s’installer à New York où elle travaille comme journaliste. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le Livre de la disparition, Ibtisam Azem
Éditions Globe – 21€
Traduit de l'arabe par Leïla Tahir
Paru le 26 août

À Éguilles, Cathy Heiting pique au vif

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CH Trio au féminin - Siège de coté

L’inlassable contre-diva provençale Cathy Heiting présentait ce soir-là son nouveau projet en trio consacré à la condition féminine avec la pianiste la plus swinguante des alentours, Maryline Ferrero, et la batteuse Aurélie Agullo, issue d’univers plus rock. Croisant des extraits de « Convenances et bonnes manières », un manuel de « savoir-vivre » à l’usage des femmes paru en 1964, qu’elle a retrouvé dans les affaires de sa mère, avec des standards de jazz agrémentés de quelques incartades hors-piste, le trio déroule un set féministe et narquois du meilleur aloi. 

Revendication et joie de vivre

C’est une lecture musicale délicieusement subversive qui se déploie et les thèmes interprétés font écho aux extraits choisis, telle cette livraison de A Child Is Born lors du tableau rétrospectivement hilarant consacré à l’éducation des enfants. Pendant que la leadeuse lit avec une conviction débordante de second degré, la pianiste égraine quelques notes bleues, et la batteuse, elle, développe quelques piques percussives bien senties. La fin du programme se dirige vers l’émotion, avec quelques mots personnels adressés par Heiting à sa mère, soulignés par une interprétation de Piensa en mi (ce boléro composé en 1935 revigoré par l’interprétation de Luz Casal dans Talons Aiguilles d’Almodovar en 1991). 

La prestation se termine entre revendication (You don’t owe me « Je ne t’appartiens pas » de Lesley Gove en 1963 : le premier hit féministe étatsunien) et joie de vivre avec notamment James Brown… une sorte de braquage bien senti sur un monument de soul écrit par un vieux macho que l’on dirait masculiniste de nos jours.

LAURENT DUSSUTOUR

Concert donné le 22 août au domaine Camaïssette, Éguilles. 

À venir
23 septembre
Hôtel C2, Marseille

La « Maison forestière » à la Friche : François Cervantès écrit les histoires des autres

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Elle fait partie de ces grandes comédiennes, rares, capables de vous emporter d’un geste, d’un regard, et d’assumer l’excès avec une justesse de ton et de tempo qui n’appartiennent qu’à elle. Elle donne tant à ses rôles que ses personnages, toujours, semblent se nourrir d’elle. Elle a choisi de jouer La Maison forestière parce que cette histoire, douloureuse, est aussi, un peu, la sienne. Celle d’une enfance où la violence familiale était, « les jours de grand vent », en embuscade.

Elle sera seule en scène. Ou pas tout à fait, car François Cervantès n’est jamais loin des plateaux lorsqu’il crée. Son univers, celui de sa compagnie de théâtre L’Entreprise est singulier. Poétique, littéraire, et théâtral seulement s’il en montre les coutures, et s’il intègre les gens, les spectateurs, à ce qu’il propose. Son écriture elle-même n’est jamais frontale. Elle procède. Avance. Se commente, s’échappe quand elle approche du but, qu’elle va révéler quelque chose, s’élève, s’envole, digresse, et puis plonge et revient vers le nœud. Qui se donne à voir sans réellement se dénouer, juste pour toucher au plus près d’un mystère. 

Appropriation intime

Son écriture théâtrale est fondée sur les histoires des autres, qu’on devine toujours, à divers degrés, proches de la sienne. Il écoute, fait parler, puise, et puis écrit, très loin d’un théâtre documentaire exact, revendiquant de s’approprier les récits pour toucher le fond, et rendre sensible, pour tous, les histoires vraies qu’il transcrit sans les trahir, mais en les transformant en objet littéraire, en objet dramatique. Depuis la Table du Fond qu’il a joué dans des salles de classes dans les années 1990, jusqu’au Repas des gens qui se prenait sur la scène comme en famille, il invite le spectateur à sa table de travail de la langue, de la matière.

La Maison forestière est fondée sur un récit vrai, douloureux, celui d’une enfant qui subit une terrible violence de la part de son père, dans une maison forestière où ils vivent isolés. Ce récit lui a été confié sans qu’il le suscite vraiment, et la pièce raconte à la fois cette confession, cette confiance ; l’écriture, en train d’avancer ; et les scènes d’enfance, les processus d’oubli, de dénégation. Puis comment les histoires, les fictions, le jeu, l’imaginaire ont permis à cette enfant de se construire, malgré tout. Et de réussir sa vie, de diriger un théâtre, de relire le texte, d’en être émue, de l’approuver, de le donner à jouer à cette grande actrice. Qui décidément ne sera pas seule en scène.

AGNÈS FRESCHEL

La Maison forestière
Du 8 au 12 septembre
Les Plateaux
Friche la Belle de Mai, Marseille

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S’élever ensemble

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©Samuel Buton - Cie XY

La Biennale d’Aix va repartir pour son second temps, automnal, du 12 septembre au 14 novembre mais certains, impatients, démarrent avant l’heure. L’institut de l’Image propose des Voyages en Italie qui traversent le néoréalisme, passent par Nanni Moretti et s’arrêtent aux Merveilles, les expos de Ghita Skali et Jeanne Vicérial se poursuivent et Les Théâtres invitent dès le 9 septembre à s’envoler sur leur terrasse…

C’est au Collectif XY que le lancement est confié. Après son triomphe unanime à Montpellier danse puis dans la Cour d’Honneur durant le Festival d’Avignon, XY va commencer par tendre la mainau public pour de Tendres Suspensions. L’inviter à monter sur les épaules, à être porté par le collectif, à faire partie de l’aventure. Plusieurs petits rendez-vous sont ainsi fixés dans la ville, jusqu’au Grand Rendez-vous, le 12 septembre. 

Le porté comme métaphore

Les acrobates de XY enthousiasment les publics des théâtres et de la rue par leur façon si sensible, si simplement humaine, de faire corps commun. Parce que les artistes n’ont que leurs corps pour exprimer, leurs voix pour chanter. Le main-à-main, spécialité d’un collectif qui se passe d’agrès, de scénographie et de costumes, devient une métaphore de ce que peuvent les êtres humains lorsqu’ils prennent simplement appui les uns sur les autres, hommes et femmes, X et Y, et qu’iels plongent, confiant·es, depuis trois étages de corps, dans les bras ouverts de leurs collègues qui les recueillent, les projettent aussi dans les hauteurs, vers des sauts périlleux où le péril parait apprivoisé, maitrisé par le collectif. 

Ensemble iels inventent des pyramides qui tremblent, des animaux fantastiques, des écroulements aussi, dont iels se relèvent. Porteurs solides, porté·es graciles et corps intermédiaires forment une humanité commune qui chante et résiste, et oppose aux agressions du monde non des tours de magie, des discours, des écrans, mais une communauté d’individu·es qui s’épaulent, s’embrassent, se reçoivent, s’équilibrent. Et ne cesse de prodiguer cette joie du cirque, de l’exploit physique, du risque maitrisé, du risque pris. Ce frisson qui saisit et ouvre les portes de l’imaginaire, dès l’enfance.

AGNÈS FRESCHEL

Tendres suspensions
9 septembre
Grand Théâtre de Provence, Aix

Le Grand Rendez-vous
12 septembre
Place Romée de Villeneuve, Aix
Une programmation du Grand Théâtre de Provence dans le cadre de la Biennale d’Aix.

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« Unworlding » : réinventer le monde à la Friche 

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I Love Gaza - Shareef Sahran © M.V.

Une exposition portéé par The Racial Imaginary Institute, plateforme fondée par la poète Claudia Rankine et le photographe John Lucas, qui travaille sur les constructions raciales à travers l’art, la recherche et la pensée. « Unworlding » : dé-assembler un monde construit par des histoires de colonialisme, racisme, déplacement de populations, dépossession des territoires. Parmi la quinzaine d’artistes présents, plusieurs, américain·e·s, sont en résidence à la Fondation Camargo à Cassis.

Défaire

L’un des exemples les plus littéraux de la notion de « défaire » se trouve sur une petite étagère blanche, où est exposé, par Sonya Clark, sous le titre Unraveled ce qu’il reste d’un drapeau confédéré (associé à la défense de l’esclavage et à la suprématie blanche) détricoté : du coton dénoué, réduit à des fils, rassemblés en trois petits tas, rouge, blanc, bleu. Une œuvre non spectaculaire, qui a demandé patience, attention et travail partagé.

Chez Adam Pendleton, c’est l’image d’un monument qui est soumise à la déconstruction. Notes on the Robert E. Lee Monument, Richmond VA (figure) est une vidéo en noir et blanc (de 7 minutes) qui se focalise sur la statue équestre du général confédéré Robert E. Lee à Richmond, en Virginie. Un monument devenu le point central des manifestations de Black Lives Matter en 2020, à la suite du meurtre de George Floyd. Parcourue de flashes lumineux et d’obscurité, la caméra tourne autour de la statue clôturée, recouverte de graffitis et slogans (« ACAB », « I Can’t Breathe »…), transformant la statue confédérée en symbole de résistance antiraciste.

Notes on the Robert E. Lee Monument, Richmond VA – Adam Pendleton © M.V.
Salvage – Rana Batrawi © M.V.

Gaza 

Plusieurs œuvres font directement référence à Gaza : à l’entrée de l’exposition, Salvage de Rana Batrawi est une sculpture-installation de trois mètres d’envergure, réalisée à partir de gravats provenant de bâtiments détruits à Gaza lors de la guerre de 2021. Un tas gris dans lesquelles se trouvent des traces de vie : des photographies, une télévision qui grésille, un livre (Men in the sun de Ghassan Kanafani). Une mémoire, une identité et des émotions qui résistent au milieu des décombres. 

Juste à côté, sous le titre I love Gaza de Shareef Sarhan, une installation constituée d’un ensemble de petits blocs de béton posés individuellement sur des socles, sérigraphiés, sur tous leurs côtés, d’images d’immeubles, transpercés de fers à béton sectionnés. Quelques mètres plus loin, trois photographies d’Amer Nasser : En attendant le cessez-le-feu, En attendant le retour et En attendant la reconstruction, documentant, dans une temporalité étrange, à la fois suspendue et suivant son cours, des signaux de vie.

MARC VOIRY

Unworlding
Jusqu’au 11 octobre
Friche la Belle de Mai, Marseille

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