mardi 7 juillet 2026
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Siska, la sister de Marseille

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Siska © Clement Puig

Elle a été l’illustre chanteuse du groupe Watcha Clan. Qui a connu le succès bien au delà de Marseille, parcourant le monde avec plus de 100 dates annuelles. Puis Sista Ka, comme on l’appelait alors, a commencé sa carrière solo et est devenue Siska. Changement de rythme – dans la musique et dans la vie – et voilà que le succès lui sourit encore. Pas étonnant, faut écouter la qualité de la production musicale, le sens de la mélodie, et le charisme de la chanteuse dès le premier album. Fini la jungle et la drum and bass de Watcha Clan, place désormais à une trip-hop lancinante empreinte de soul. Une musique qu’elle compose dans une maison proche de la mer, loin des tumultes du centre-ville.

C’est pourtant dans le centre-ville de Marseille que tout a commencé pour elle. Native des quartiers Nord, elle s’installe « en communauté » disait-elle à Zébuline en 2022 et rencontre une bande musiciens avec qui elle fonde son premier groupe Axxam. C’est toute cette histoire marseillaise, et tout ce talent, qui attend le public le 13 juillet, pour une des nombreuses belles soirées martégales de l’été.

NICOLAS SANTUCCI

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Moloch/Monolyth

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Moloch/Monolyth © Lily Bineau

Le groupe bordelais de folk-rock Moloch/Monolyth sera lui aussi en concert sur la scène de la Cours de l’Île le 27 juillet. Influencés collectivement par le rock des années 90-2000, leurs chansons rappellent les Pixies, Nirvana, ou encore Eel avec des mélodies qui restent dans la tête et des textes très intimes sur l’amour, la mort, la parentalité, à la manière de Sufjan Stevens. Nostalgie assumée et relève assurée pour ce groupe d’amis formés il y a quinze ans, qui a évolué depuis sa création.

Des titres comme I can’t be yours ou Suns, aux sons de guitare électriques saturées, sont accompagnés par les voix de la chanteuse/batteuse Ita, grave et envoûtante et du fondateur originel du groupe, Michaël Martin. La balade How strange is it to miss you when you’re right next to me, chantée par Ita, plonge dans un état de triste rêverie, avant de revenir sur des sons plus rock avec le nihiliste Thérèse nothing after. Attention à ne pas tomber dans la molocholie !

M.L.
27 juillet

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Le Livrodrome au bord de l’eau

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Actions mediation © Les Beaux Yeux

Le Livrodrome, « grand parc d’attractions littéraires itinérant », est de retour à Martigues, étape finale de son Tour de France 2026, parti le 18 juin de Savigny-sur-Orge. Le 1er juillet, rendez-vous est donné aux adolescents et aux pré-adolescents de 10 à 18 ans ainsi qu’à leurs familles, non plus au camping de l’Arquet comme précédemment, mais dans le jardin de Ferrières, ombragé de grands arbres, le long de l’étang de Berre. En cas de pluie, tout le monde pourra se replier à la médiathèque Louis Aragon.

Des animations en continu de 10h à 18h

Le Livrodrome, c’est l’occasion de faire la rencontre d’auteurs, d’illustrateurs, et découvrir toute la richesse du secteur du livre jeunesse. L’éditeur Thierry Magnier, dont le catalogue compte de beaux romans tels que Star-crossed lovers, Un ours dans la bergerie ou Pieds nus dans la nuit, sera présent. Les bibliothécaires martégaux seront bien-sûr mobilisés pour animer cette journée, avec de nombreux ateliers et attractions. Au programme : boîte à tatouages et cabine d’ordonnances littéraires, scrabble géant en bande-dessinée, roulette d’écriture créative, bookclub, livre sonore, bibliothèque suspendue… Le public devrait aussi apprécier la pratique du Beach volley littéraire, car oui, on peut allier sport et lecture !

500 chèques-lire seront offerts aux adolescents, qui pourront les utiliser directement dans l’espace tenu par les librairies indépendantes L’Alinéa et L’Argonaute. Par ailleurs, un recueil de six nouvelles signées par des auteurs jeunesse (Baptiste Beaulieu, Mickaël Brun-Arnaud, Lily-Belle de Chollet, Olivier Gay, Anne Goscinny et Adèle Tariel) sera distribué gratuitement au format papier. Chaque nouvelle étant accompagnée d’une bande son créée spécialement pour le Livrodrome par le compositeur Jérôme Hoffmann (Braquage Sonore & Cie).

Toutes et tous héros

Cet événement s’inscrit dans le cadre de la 12e édition de l’événement Partir en livre, organisé par le Centre national du livre. Comme le défend Régine Hatchondo, présidente du CNL, en appelant à une mobilisation collective pour transmettre le goût de la lecture, « lire est un temps essentiel, un temps pour soi, qu’il faut absolument préserver ». D’après la dernière étude publiée par l’institution (Les jeunes français et la lecture, 14 avril 2026), elle connaît un recul préoccupant chez les jeunes de 7 à 19 ans : ils passent dix fois plus de temps sur leurs écrans (3 heures par jour) qu’à lire des livres (18 minutes par jour). Alors que ses bienfaits ne sont plus à prouver : la lecture améliore la concentration, le développement cognitif, la mémoire, l’imagination, l’ouverture d’esprit, la capacité d’empathie, le raisonnement, l’apprentissage, l’esprit critique… Autant de facultés nécessaires à une vie riche et bonne, ainsi qu’à l’exercice démocratique, pour ces citoyens en devenir.

Le thème de Partir en livre cette année, « Nos petits et grands héros », est parfait pour inspirer les adolescents : la littérature foisonne de figures héroïques auxquelles s’identifier, des Trois mousquetaires aux héroïnes subversives de Marion Brunet, en passant par les anti-héros des plus improbables, comme le Tobie Lolness de Timothée de Fontebelle, qui ne fait que 2 millimètres de haut mais reste dans la mémoire de tous ses lecteurs.

GAËLLE CLOAREC

Livrodrome
1er juillet
Jardin de Ferrières

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Liquid Jane et Lwanbe : double talent

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Liquid Jane © Lénaïc Lannoy

Le dernier jour d’août, la cour de l’Île recevra l’ultime double concert d’un été martégal complètement fada. L’occasion de réunir deux artistes féminines qui mêlent chacune dans leurs univers propres la puissance de leurs voix et auras.

Artiste marseillaise, la chanteuse et musicienne Jeanne Carrion, Liquid Jane à la scène, ne cesse d’affuter le talent brut que l’on avait joie à découvrir dans le duo rock féminin Claude Fernand. Se lançant il y a quelques années dans une carrière solo accompagnée de son frère, Jules Carrion, et de Théo Panchevre, l’artiste creuse avec son tout frais deuxième EP – On a passé le pire – un sillon néo-soul profond. Forte d’une voix remarquable par son coffre et sa maîtrise, Liquid Jane, accompagnée de sa guitare, étoffe ses compositions de textes nourris à l’expérience réaliste et cathartique de l’amour. Ainsi, les quatre titres de ce nouvel opus se savourent encore mieux en live, et développent l’impatience de découvrir la suite.

Dans un autre registre, la chanteuse d’origine réunionnaise Lwanbe invente une musique entre rap et chanson dans un kréol ilien qu’elle qualifie d’« imparfait et personnel ». L’artiste s’accompagne sur scène d’un kayamb – instrument de percussion idiophone (dont le son est produit par la matériau lui même) utilisé traditionnellement dans le maloya, et tisse des chansons – interprétées seule en scène ou en trio – profondément teintées du genre musical et enrobées de flow hip-hop, synthétiseurs et autres machines. Ainsi va la singularité de son style. Joies, rages, sujets politiques comme personnels nourrissent la prose de Lwanbe, dont la musique ne semble souffrir d’aucuns carcans.

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM
31 août

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Léonie Pernet et Ayo Okakita : électronique introspective

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Léonie Pernet © X-DR

Festival aux esthétiques variés et éclectiques, les Fadas de musique proposent une soirée singulière, aux couleurs de la musique électronique. Ce 20 juillet dans la Cour de l’Île, le public aura l’occasion de découvrir les compositions pop de l’étoile montante, Léonie Pernet, et en première partie, l’atmosphère captivante de l’artiste japonaise, Ayu Okakita. Compositrices et multi-instrumentistes, les deux artistes puisent dans l’électro, le piano, la voix et des textes raffinés qui parlent de leurs vies intérieures.

À la croisée de l’électro et de la chanson pop, Léonie Pernet présentait en 2025 son 3e opus, Poèmes Pulverisés, un titre inspiré par le recueil de poésie de René Char. La chanteuse reprend le leitmotiv de l’eau, un aspect qui coule toujours à travers ses textes, ici, un élément qui constitue la traversée. Dans la chanson finale, elle relie son lieu de naissance à la patrie de son père biologique, « du Niger au ciel calcaire du 51 ». Le public tend alors l’oreille à une musique tant pop que mélancolique, un langage poétique et toujours introspectif.

Autant de caractéristiques qui marquent les projets d’Ayu Okakita, des compositions à la fois éthérées et énigmatiques. En 2025, elle sortait Yumekura, composé avec Marc Teitler et Bernd Wuertz. L’opus mêle une rythmique texturée à une ambiance sombre, indéterminable, gravitant entre électronica, post-punk et pop Japonaise. Un concert au bord de l’étang de Berre, qui transporte le public aux rives du Japon jusqu’au frontières du Niger.

LAVINIA SCOTT
20 juillet

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Le Bien et La Flemme : le rock marseillais prend l’A55

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La Flemme © Louis Lantheaume

Martigues met cet été une fois encore le rock à l’honneur. Tessina et Monoch/Monolyth le 27 juillet [lire précédemment], puis La Flemme et Le Bien le 10 août. Le premier est désormais une formation bien connue des amateurs du genre dans le Sud et certainement plus loin en France et en Europe. Groupe marseillais à l’énergie punk enthousiasmante, qui mêle sourire, accords de guitares granuleux, et notes incisives de clavier. Monté en une nuit, par Jules Massa, Stella Lopez et Charles Priem, La Flemme a fait depuis pas mal de scènes européennes, et sorti son premier album : La Fête, paru en avril 2025, un neuf-titres puissant, rieur, et élégant. 

Marseillais également, Le Bien est aussi de la partie ce 10 août. Voilà un groupe qui sait – ou pas – se définir : « Groupuscule manichéen d’outsiders vouant leur existence misérable à une quête d’absolu illusoire, mais palpitante. » Ou plus loin : « pop de guimauve […] sacrifiée sur l’autel de la négation, méticuleusement gâchée par les saillies punk, la sidération des abstractions bruitistes et le vague-à-l’âme kraut tirant vers l’éternel. » Reste que leur musique marque ceux qui ont les croisés dans les salles marseillaises. Objet unique, à la fantaisie soignée, Le Bien est à découvrir sur scène, pourquoi pas en plein air, pourquoi pas gratuitement, pourquoi pas à Martigues ce 10 août.

N.S.

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Le Bien © Ludivine Hamoniaux

Finir en beauté

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© TighriUzar

Dimanche, la grande scène du Village se clôturera par une soirée sous le signe de la danse et du partage avec, en tête d’affiche, un concert du trio kabyle Tighri Uzar

« De la musique orientale pour la clôture, c’est une couleur qu’on voit peu. » Mauve Ferry, chargée de projet à la direction culturelle de Martigues, se réjouit de la venue de Tighri Uzar et du collectif marseillais Twerkistan pour la clôture du Village des Fadas du Monde, le 12 juillet. De 18h à minuit, performances, concert et DJ set mettront le feu à la grande scène. Avec en ouverture la musicienne déjantée Anne-Laure Carette qui proposera un dance-floor junior mêlant musique, chorégraphies participatives et moments d’échanges. Les enfants pourront aussi s’essayer au théâtre, avec beaucoup d’humour. 

Les chants kabyles à l’honneur 

Pour cette soirée de clôture, la grande scène recevra les trois sœurs du groupe Tighri Uzar, accompagnées exceptionnellement par Karim Hennad au chant et à la mandole. Depuis 2009, Nadia, Samia et Naima reprennent des chants traditionnels kabyles.« Ces chants sont notre matrimoine. Transmis de mères en filles par l’oralité. En kabyle, neouech signifie “chant à cappella” » explique Nadia, percussionniste et chanteuse du groupe.

Le trio a joué sur de grandes scènes parisiennes, comme l’Olympia, la fondation Cartier, ou encore lors de la Journée de l’Amitié organisée par Mediapart. « Nous défendons des valeurs féministes, pour la liberté d’expression » continue l’artiste. Tighri Uzar signifie « la voie des racines ». Et en les écoutant, l’émotion de générations de femmes transparaît. « Ces chants nous viennent de notre mère. Elles parlent de la douleur des femmes, de l’exil, de l’attachement à la nature aussi, très important dans notre culture ». À Martigues, Tighri Uzar proposera un concert mêlant chants traditionnels festifs, compositions originales et moments d’échanges avec le public pour un moment qui s’annonce d’une grande intensité. 

L’heure du Twerkistan

Pour finir en beauté, la ville a choisi un collectif bien connu des soirées marseillaises : le Twerkistan ! Pour leur première fois à Martigues, ielles vont transporter le public avec leur énergie shatta, afro, hip hop… Kermittta, Pak Djeen ou encore DJ Nasty N vont enflammer la soirée pendant deux heures de show. Wahid, programmateur et membre du collectif, voit la soirée comme un « carnaval festif et organique », avec des déambulations dans le public.« Notre particularité, c’est de faire venir des gens sur scène, de les inviter à danser ! » Pour cette première, 800 personnes sont prévues devant la grande scène. « Et si c’est plus c’est encore mieux ! On a hâte de voir si les habitants de Martigues sont aussi chauds qu’à Marseille ! »Challenge accepté ? 


MONA LOBERT 

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Une semaine pour refaire le monde

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© atoll_K

Plus qu’un lieu, le Village est un moment de l’été où, depuis 2023, les Fadas du Monde se déclinent en ateliers artistiques et sportifs, en concerts, spectacles, rencontres thématiques, artistiques et culinaires, pour tous les âges ! Le programme se construit en amont, avec les propositions des habitant·es, des associations, des maisons de quartier et centres sociaux. Et il s’improvise encore sur place, durant toute la semaine, et permet de partager de bons moments en famille, entre ami·es et avec des inconnu·es.

Le lieu

La base nautique municipale de Tholon, habitée toute l’année par le Club de Voile de Martigues, est située au bord de l’eau, offrant des espaces naturels paisibles, arborés et ombragés.

Les inscriptions aux ateliers, à la scène ouverte, au banquet, aux missions quotidiennes pour les personnes volontaires, se font à l’accueil à l’entrée. 

La grande scène, la scène du bois et la scène du bord de l’eau permettent d’accueillir les différentes propositions à l’échelle qui leur est adaptée

Safe, responsable et partagé

Un espace est aménagé au bord de l’eau pour dîner : tables, bancs, foodtrucks et buvette associative, planchas en libre-service pour se restaurer en famille ou entre ami·e·s.

Il s’agit pour chacun·e d’être en sécurité : un dispositif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles est mis en place avec application d’alerte et stand de prévention.

Des lave-vaisselles mobiles permettent de ne pas avoir de vaisselle jetable sur le site, qui est équipé de tri des déchets quadriflux.

Les activités quotidiennes

Le Marché des Fadas est installé au cœur du village. C’est une allée entière composée de stands en bois, façon guinguette, qui célèbre l’engagement et la créativité des associations et artistes de Martigues et ses alentours qui s’identifient aux valeurs des Fadas du Monde. Une invitation à la rencontre !

Les sports se pratiquent et se célèbrent : les terrains de pétanque sont en accès libre (boules disponibles à l’accueil), sept machines à jongler géantes, pour adultes et enfants, sont installée au bord de l’eau (du mardi au jeudi) et les matches de la Coupe du monde sont retransmis sur grand écran.

La détente aussi se pratique avec insistance : une Zone zen propose des ateliers d’art thérapie, un coin jeux est animé par la médiathèque et un expert des échecs et la Case à palabres propose d’expérimenter henné africain, thé vert et tresses brésiliennes…

Il sera aussi question d’éco-responsabilité avec l’association Neede, de culture scientifique avec l’association Les Petits Débrouillards, et de Plastoc-toc avec l’association Milvi.

L’espace des P’tits Fadas accueille les enfants de 6 à 12 ans, accompagnés d’un adulte, pour des ateliers de construction plastique, de dessin et peinture, en vue de l’élaboration d’une œuvre collective.

Le Village des Fadas du Monde

Du mardi 7 au dimanche 12 juillet

Tous les jours de 18h à minuit

Base nautique municipale de Tholon

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Fraises et cerises

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Très gros plans sur un vinyle qui tourne, sur une feuille de cannabis dessinée sur un mug et des mains tavelées. Un casque, un micro, le visage tanné de Philippe Rebbot. On est dans un studio radiophonique. Ambiance feutrée, intime, jazzy, le medium grave de la voix de l’acteur raconte l’origine. Serge Pomalovski qui ressemblait à Don Quichotte, a rencontré des années auparavant Jeanne Bergère, pourfendeuse d’injustices, guerrière comme Jeanne d’Arc, mais ni pucelle, ni royaliste. Elle a donné un micro à Serge qui ne l’a plus quitté. Amour fondateur, disparu mais qui sourit encore sur la photo, incarné par la jeune Ariane Ascaride en égérie des luttes. Pourtant les haut-parleurs diffusent le message : « Aujourd’hui, pas de météo : tout est gris, tout est noir au camping Le temps des Cerises ». On est en juin mais le printemps des utopies a du plomb dans l’aile. Les seuls auditeurs de cette radio libre très très locale, abritée dans un petit bungalow délabré, sont les six résidents à l’année qui vont être expulsés. Le lieu, niché en montagne près d’un lac idyllique va fermer pour laisser place à une base nautique de loisirs. Les activistes cagoulés en mode FNLC auprès desquels Serge, guidé par un drone diffusant tour à tour l’Internationale et la chevauchée des Walkyries, cherche de l’aide, le renvoient à sa ringardise.

On est dans un monde clos, à la marge, quoiqu’hétéronormé. Les personnages sont  précaires, fragiles et attachants : il y a le jeune Manu (Quentin Dolmaire) qui construit sa cabane en lisant La vie dans les bois d’Henri Thoreau. Lana del Vélo (Kim Higelin) la nomade qui « a quitté le troupeau » et dont Manu tombe amoureux comme autrefois Serge de Jeanne. Il y a Léa (Estelle Meyer) auxiliaire de vie dans un ehpad, enceinte de son compagnon Karim (Oussama Kheddam), un homme angoissé, passionné de biologie végétale qui ramasse les poubelles avec Raymond (Grégory Montel). Il y a surtout Jocelyne (excellente Florence Loiret-Caille), manutentionnaire dans une supérette, qui traîne sa jambe comme ses désillusions, et dont le cœur se voudrait de pierre face au tendre Raymond, « l’homme-camion », ancien humoriste, transi d’amour pour elle. Ce cœur qui fait boum boum et dont le battement se slamera triomphalement.

Les chevaliers des ondes

 A défaut de changer la société, ces personnages dans leur routine construisent un collectif, et dans l’adversité, retrouvent la force et la fierté d’être « les chevaliers des ondes » -plutôt positives et résolument libres. Leur choral se structure en chapitres, flanqués d’un prologue et d’un épilogue. Comme les différents morceaux d’un album. Les séquences se suivent, se superposent, patinent à l’instar des discours de vœux des présidents de la République successifs, vendus en DVD au supermarché. On revient en arrière. On mixe. Les dialogues au lyrisme assumé se font drôles, émouvants, décalés. Le réalisateur réinterprète la comédie romantique avec inventivité et espièglerie. S’aventure dans un La La Land en réfectoire. Son naturalisme social se mâtine de poésie, d’onirisme, d’un surréalisme d’irruptions incongrues.

La nostalgie ici n’est pas réactionnaire. Elle ouvre sur des utopies renouvelées. Le titre, hommage ouvert à l’inoubliable et étrange chanson de John Lennon Strawberry Fields Forever, célèbre la force de l’imagination et son éternité.

ELISE PADOVANI

Un Champ de fraises pour l’éternité d’ Alain Raoust

En salle le 1er juillet

Nightborn (YÖN LAPSI) : Lorsque l’enfant paraît

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©Pietari Peltola

 Saga (Seidi Haarla) et son mari Jon (Rupert Grint) arrivent par une route de terre à une maison abandonnée au cœur d’une forêt nordique : il est anglais, elle est finlandaise et enceinte. Fuck London ! ils ont décidé de fonder leur foyer là, en harmonie avec la nature. De construire une famille parfaite. Saga rêve d’avoir un enfant aussi adorable que sa nièce si blonde et si angélique. « Tu es trop romantique » ironisera la mère de Saga, aussi peu maternelle que possible et peu disposée à jouer la grand-mère.

Les désirs normés de Saga virent au cauchemar. Le bébé naît en la déchirant, se montre agressif, suce le sang de ses seins, produit des sons gutturaux, pleure à la lumière… Il est laid et poilu. La réalisatrice se garde longtemps de le montrer de face mais on perçoit la surprise gênée de la famille et des amis venus célébrer la naissance. Tous font comme si de rien n’était.

Pour expliquer le comportement de plus en plus étrange de Saga et de son fils, ils se réfèrent à la dépression postpartum – car « c’est toujours la faute de la mère ». Jon pourtant bienveillant craque. Le couple se défait. Et Saga se retrouve seule pour affronter la monstruosité de ce petit troll que la forêt environnante protège comme son fils.

 Né de la Nuit est un film de « mauvais genre » non dénué d’humour noir. Le sang gicle sur les visages, la viande se dévore crue. Le monde « civilisé » est pulvérisé par les forces occultes de la forêt. La maison, qui se transforme au fil des étapes du drame, et la chambre d’enfant « idéale », explosent. La peau de Saga se fait écorce. Les racines des arbres reprennent possession des lieux.

Horreur, gore et fantastique dynamitent les repères rationnels. Les contes de Grimm et d’Andersen ne sont jamais loin.

Mais Nightborn, c’est surtout une fable sur la maternité, sur la pression sociale que subit une néo-mère, sur la complexité de ses sentiments pour son bébé. Un être tiers qui déstabilise les relations du couple, un « étranger qui vient de l’intérieur », un être nouveau qui ne répond pas forcément aux attentes de ses parents et qu’on apprend peu à peu à connaître.

ELISE PADOVANI

Né de la nuit de Hanna Bergholm

En compétition officielle à la 76è Berlinale

En salle le 17 juin 2026