mercredi 26 août 2026
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Ecologie, mon amour

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L'Ecologie des sentiments (C) Tandem

L’Écologie des sentiments, est- ce un nouveau concept philosophique ? Non, c’est le titre du premier long métrage d’Alexandre Steiger, acteur et romancier. Un film qui s’inscrit très naturellement dans la suite de ses courts, Pourquoi j’ai écrit la Bible et De longs discours dans vos cheveux. Une exploration des sentiments dans un monde en crise.

 Raconter une histoire de gens que rien ne prédestinait à se rencontrer et qui vont se découvrir. Félix (Andranic Manet) le réceptionniste d’un petit hôtel parisien, introverti, rêveur, timide, sur couvé par son père, Serge et Lola (Salomé Rose Stein), jeune militante écologiste, éprise de liberté, indignée devant un monde qui ne lui convient pas et qu’elle voudrait changer. Lola est venue à Paris pour retrouver des activistes du collectif « Anima » et préparer une action au Salon de l’Agriculture. Et c’est ainsi qu’elle réserve une chambre, si possible écolo, dans l’Hôtel du 1er Consul, un hôtel hors du temps, au décor désuet, aux longs couloirs, que tient Serge, le père de Félix. Un hôtel, lieu de tous les possibles, où une erreur d’attribution de chambre peut vous faire découvrir dans la salle de bain, un homme allongé dans la baignoire. Où une panne d’électricité peut provoquer une étincelle et faire se confier deux êtres que tout sépare. Mots qui s’esquissent, gestes maladroits de Félix : voulant éclairer la chambre de Lola avec des bougeoirs, il met le feu aux petits tableaux qu’elle avait peints sur… du papier toilette. Si Félix est timide et malhabile, le « chef » du collectif, Abraham (Abraham Wapler), sûr de lui, n’hésite pas à venir retrouver Lola dans sa chambre. « Tu diriges un collectif animaliste ou un collectif de drague ? Je préfère être celle qui drague ! lui lance -t-elle, le mettant dans son lit.   Il y a aussi Hélène (Florence Janas), la mère de Félix qui s’enferme régulièrement dans un placard ; Corinne (Charlotte Laemmel) la femme de ménage, qui allongée dans une chambre, regarde la télé ! Il y a les agriculteurs logeant dans le même hôtel qui boivent et font la fête. Tous dansent, bourrés, au rythme de Cambodia de Kim Wilde même Felix qui tient une vache gonflable. Alexandre Steiger filme ses personnages avec douceur.  Son regard ne juge pas, n’explique pas. La mise en scène privilégie les circulations, les hésitations, les moments suspendus. Rien ne presse. On sent que ce qui se crée entre Lola et Félix s’inscrit dans ce monde fragile ; ils cherchent une manière plus juste d’y vivre mais aussi de cohabiter avec leurs propres fragilités. Cette double recherche donne au film une tonalité singulière, à la fois légère et mélancolique. « J’ai toujours défini ce film comme un Labiche dans un Rohmer ou un Rohmer dans un Labiche. Dès le début, j’avais le désir de mélanger les tons. À la fois dans l’écriture, mais aussi à l’image » précise le cinéaste Alexandre Steiger qui interprète Serge. Tous les acteurs sont excellents.

L’Ecologie des sentiments est un film qui fait dialoguer la question écologique et la question sentimentale, non pas sur le mode du manifeste, mais à travers les comportements, les maladresses et les contradictions du quotidien. Un film qui ne cherche pas à convaincre, mais à déplacer, peut-être un peu, notre manière de regarder.

Il sort en salles le 8 juillet

Annie Gava

Avignon, l’urgence de dire

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Celles et ceux qui l’aiment à la folie y reviennent comme à un rendez-vous avec un proche, des amis, des parents, le bled, son village. Aller à Avignon pour « faire le festival » est, pour des centaines de milliers de Français, un moment qui compte infiniment et intimement. Qui bouleverse, fait surgir des idées nouvelles, aide à répandre et démocratiser les pensées qui peinent à toucher les consciences. Les radicales, les complexes, les dialectiques, les non-binaires, celles qui soutiennent le peuple violenté, ici ou ailleurs.  

Conçu au lendemain de la guerre pour le In, aux prémices de 68 pour le Off, « Avignon » est un formidable outil de démocratisation culturelle, de combat politique, d’émancipation individuelle. Multiple et pluraliste, c’est aussi un lieu où les idées peuvent s’affronter violemment ; où les spectateurs peuvent aller jusqu’à agresser les artistes, comme Rebecca Chaillon il y a trois ans. 

Poumon économique du territoire, les festivals sont pourtant ignorés, fuis ou réprouvés par une partie des habitants : ils modèlent l’habitat adapté à la location estivale, font grimper les prix aux terrasses, crispent les frontières sociales entre l’intra et l’extra muros, enrichissent ceux qui possèdent mais créent nuisances et bruits pour ceux qui habitent. Sont-ils encore inamovibles ? Persisteront-ils dans leur capacité à créer du sens et du lien ?

Avignon peut disparaître 

Les Festivals d’Avignon, qui semblent un pilier indispensable, solide, de notre démocratie culturelle, sont aujourd’hui menacés par un ensemble de décisions politiques nationales et locales. Le Off grâce au travail d’AF&C, cherche à échapper aux dérives marchandes et à fixer des cadres aux marchands de sommeil et de spectacle, mais de nombreuses compagnies ne prennent plus le risque financier de rester durant tout le festival. 

Le dispositif de soutien à l’emploi culturel pour les salles de petites jauges (APAJ) a été sabré par le ministère de la Culture, les subventions des compagnies sont en berne, celles des lieux avignonnais viennent d’être baissées, pour certaines, de 5% en cours d’année par la nouvelle municipalité. « Faire Avignon », pour les artistes, coûte de plus en plus cher, et rapporte de moins en moins de « dates » programmées par les diffuseurs publics et privés, eux-mêmes en mal de financements. 

La nuit avant l’aurore 

Le In n’est pas épargné par la difficulté grandissante de produire des spectacles. Il ne l’est pas non plus par la canicule qui va asphyxier la ville et exige de prévoir équipements, navettes, et aménagements coûteux. Les corps, cet été, vont souffrir, les parades être moins joyeuses, et les nuits mêmes plus accablantes. 

Mais In et Off proposent une offre de spectacles incomparable, des moments de pensée commune, des révolutions possibles des esprits. Ainsi le Festival se conclura par une Aube des Questions, qui rappelle celle que Giraudoux évoquait dans Électre en 1937. Déjà, il attendait l’aurore après la guerre qui s’annonçait. Une aurore qui a créé le Festival.

Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire ?(…)

Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore. 

AGNÈS FRESCHEL


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Danser/Conjurer le sort

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© X-DR

Mnemosyne theater, une jeune compagnie qui s’attache à faire revivre la mémoire au présent, fait renaitre un phénomène historique hallucinant : à Strasbourg, en 1518, des centaines de personnes se sont mises à danser. Des gens se sont épuisés sans qu’on sache pourquoi. Jean Teulé en fit un roman 500 ans après, en 2018 : Entrez dans la danse. Théo Bianconi, auteur et metteur en scène du spectacle, déplace cette épidémie dans un pays et un temps proche des nôtres.

Les pieds saignent et ne s’arrêtent pas, l’inertie, le centrifuge font mouche et entrainent de plus en plus de…folles, de fous ? Cette peste dansante se répand comme une traînée de poudre. Certains en meurent. Que leur est-il arrivé ? Quel est ce pouvoir de la danse ? Mais que fait la police alors ? Ou plutôt que fait l’État, que font les hommes politiques qui s’inquiètent de ce phénomène ? Le spectacle est évidemment traversé de débats politiques et la troupe de jeunes comédiens fait son premier festival. Une belle entrée dans la danse !

RÉGIS VLACHOS

du 3 au 25 juillet à 12h 

relâche les 9, 16, 23 juillet

Tremplin théâtre

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Thélonius & Lola

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© Fred Saurel

Un chien qui parle, chante, philosophe, grogne un peu ; une fillette qui désobéit pour mieux comprendre le monde ; des cartons qui deviennent rues, abris, frontières. La mise en scène d’Agnès Régolo accepte franchement le régime du conte. Elle ne cherche pas à masquer la métaphore : Thélonius est sans collier comme d’autres sont sans papiers, et une société entière s’organise pour l’expulser.

Le procédé est parfois appuyé, le texte de Serge Kribus quelquefois porte les marques d’un autre temps théâtral, plus didactique. Mais sa netteté fait aussi sa force. Face à Ligia Aranda Martínez, lumineuse, gardant dans la voix une légère intonation espagnole qui déplace le propos, Antoine Laudet compose un Thélonius tendre, méfiant, drôle, jamais réduit au symbole. Les chansons de Guillaume Saurel donnent au spectacle son élan de road-movie miniature, son obstination joyeuse.

Du 7 au 23 juillet à 10h10

relâche les 12 et 19 juillet

Le Totem

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Incorrigibles

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© X-DR

Entre 1859 et 1905, des femmes furent envoyées au bagne de Guyane, dans une logique coloniale où la peine ne s’arrêtait pas à l’enfermement. Il fallait encore travailler, obéir, peupler. Océane Chapuis et Jeanne Zerwetz partent de ce fait historique précis sans en faire ni une fresque scolaire, ni un tableau misérabiliste. La pièce choisit la danse, c’est-à-dire le corps, pour raconter ce que l’administration pénitentiaire et coloniale a voulu confisquer aux femmes : le mouvement, le désir, le choix.

La forme est brève, mais très construite. Elle raconte la contrainte, l’attente, la surveillance, la tentative d’échappée. Les corps sont empêchés, mais jamais punis par la chorégraphie. Ils se superposent, s’étreignent, s’accroissent, comme s’ils cherchaient à fabriquer plus d’espace que la scène ne leur en donne. Les visages, les regards, les ruptures de rythme ouvrent le récit. Incorrigibles montre ainsi l’inventivité de corps que l’on voudrait assigner, et qui trouvent pourtant le moyen de se déployer.

Du 12 au 16 juillet à 11h

Chapelle du Verbe Incarné

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Et Dieu créa le swing

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© Swing Cockt’Elles

L’intrigue semble née d’un pari innocent, voire d’une plaisanterie : raconter l’histoire du monde, des femmes, du féminisme, de l’opéra et du jazz, dans un joyeux désordre, et sans jamais recourir à un autre texte que celui de chansons existantes. Avec pour exception le pastiche et les jeux de mots les plus tarabiscotés – mention spéciale à la pauvre Aziza de Balavoine devenue, en plein medley italo-variété, une ode à la pizza.

Conçu et mis en scène par Alain Sachs, le spectacle maintient le public hilare une bonne heure et demie. Le mérite en revient aux arrangements et réécritures tous terrains d’Annabelle Sodi-Thibault, mais également à l’énergie carnassière de ses interprètes. Les Swing Cockt’Elles — autour d’Annabelle Sodi-Thibault, Morgane Touzalin-Macabiau, Alice Buro, Anne Herrscher enchaînent les tenues improbables et les vocalises éblouissantes. Elles naviguent de la variété au rap, en passant par l’opéra. Jusqu’à mélanger La Traviata aux improbables onomatopées de Lady Gaga ! Au piano, Jonathan Soucasse se révèle d’une solidité à tout épreuve, fort d’un humour et d’une présence qui se marient à merveille avec ceux des chanteuses. Le temps d’un très beau Amsterdam ou d’un détour par le Je suis de celles de Bénabar – entre autres – le trio n’oublie pas non plus de darder ses fous rires de quelques sanglots. Une réussite totale.

Les 4, 6, 10, 12, 14, 16, 18, 20 et 24 juillet à 15h05

Théâtre 3S

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Garçon

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© X-DR

Qu’est-ce qu’être un garçon ?À la demande du metteur en scène Thomas Fourneau, Simon Grandgeat a enquêté auprès de collégiens, pour écrire au plus vrai. L’équipe de la compagnie marseillaise La Paloma l’y a rejoint en résidence. Le résultat : un spectacle enlevé, vivant, touchant dans lequel les deux jeunes interprètes se sont investis avec ferveur.

Le plateau est astucieusement occupé par trois espaces de jeu, trois lieux de vie, successivement éclairés. Au début, un père parle de la disparition de son « garçon ». Veuf, surchargé de travail il l’a confié à sa sœur, célibataire, qui vit à la campagne. L’adolescent a changé de collège, a perdu ses copains de la ville. Isolé, déboussolé, il devient violent. Une copine de classe lui apporte les devoirs. Peu à peu, un lien se crée. Il lui parle de son refus d’obéir. Mais malgré son attirance, il est violent avec elle… Joseph Lemarignier joue les deux rôles masculins, Sophie Claret les trois femmes. Les changements se font à vue, le jeu est fluide, contrasté, juste. L’histoire touchante se déroule à un rythme soutenu, souligné par une bande son très pertinente.

CHRIS BOURGUE

Du 9 au 13 juillet à 20h45

L’Entrepôt

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Noces de Cristal

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En 2009, la comédienne Audrey Vernon crée Comment épouser un milliardaire, un one-woman-show dans lequel son personnage plus ou moins ingénu est sur le point d’épouser l’un des hommes les plus riches du monde et explique, à la veille de ses noces comment elle s’y est pris. Un clin d’œil au film avec Marylin Monroe, prémisse décalée à partir de laquelle elle décryptait le fonctionnement de l’économie mondialisée et des rapports de classe.

Plus de 15 ans plus tard, alors que son personnage est désormais bien ancré dans les cercles d’ultra-riches et célèbre ses Noces de Cristal, Audrey Vernon fait le point avec un Comment épouser un milliardaire 2. Car, depuis, le nombre de milliardaires a été multiplié par plus de 4, leur fortune cumulée par plus de 8, et les conséquences de cela sont toujours plus violentes et dangereuses.

C.M.

Du 4 au 23 juillet à 20h30

relâche les vendredis

Train Bleu

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Olympe(s)

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« Toutes les femmes naissent libres et égales en droit ». C’est pour ces quelques mots, qui ouvre sa subversive Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qu’Olympe de Gouges est la plus connue. L’histoire la retient comme révolutionnaire et figure pionnière du mouvement pour le droit des femmes – le terme même de féminisme serait anachronique -, moins comme artiste. Elle était pourtant autrice et metteuse en scène et son engagement découlait en partie de la misogynie à laquelle elle était confrontée à ce titre.

Avec Olympe(s), l’autrice Rachel Arditi et la metteuse en scène Justine Heynemann rendent un étonnant hommage à De Gouges, sous la forme d’une comédie musicale épique qui rappelle sa place singulière en tant que femme de théâtre, fait dialoguer sa voix avec d’autres révolutionnaires et artistes, et interroge par ce biais la place de la parole des femmes et de l’engagement politique dans la création artistique.

C.M.

Du 4 au 25 juillet à 21h

relâche les lundis

La Scala Provence

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Le Dernier Aïd

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Le Dernier Aïd, c’est l’histoire d’un sacrifice. Non seulement celui, rituel, d’un agneau, mais aussi celui d’une boucherie halal, à Port-de-Bouc. Wacil Ben Messaoud, fils dudit boucher, a décidé de ne pas reprendre l’affaire familiale, pour pouvoir réaliser son rêve : devenir comédien. Aujourd’hui membre de la compagnie Kourtrajmé, le comédien – qui signe aussi le texte et la mise en scène de ce seul en scène autobiographique – revient sur cette journée et explore ainsi sa relation avec son père, déçu mais fier.

Il se glisse dans le rôle de différents personnages de sa famille, et d’autres qui faisait partie de son quotidien de l’époque, apprentis, client·es… puis se lance dans une découpe de viande chorégraphiée, illustrant le savoir-faire qui lui a été transmis depuis son adolescence. Le poids de son héritage personnel, en tension avec ses volontés d’émancipation.

CHLOÉ MACAIRE

Du 7 au 23 juillet à 11h

relâche les jours pairs

Le 11, Espaces Mistral

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