mardi 13 octobre 2026
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Rentrée littéraire : « Parle-moi de chez nous », l’île natale de Jeanine Cummins

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Jeannine Cummins © X DR

En 2020, Jeanine Cummins était accusée d’inauthenticité et d’appropriation culturelle : en tant qu’autrice blanche, elle ne pouvait écrire avec justesse sur le parcours migratoire d’une mère mexicaine poursuivie par un cartel de la drogue. 

Parle-moi de chez nous constitue une réponse littéraire, romanesque, à cette vague de contestation. L’autrice déploie l’histoire de quatre générations de femmes portoricaines, marquées par un mariage « mixte » mais aussi un déni d’identité multiple, espagnole, noire et indienne. Elles subiront le rejet raciste de la classe dirigeante coloniale portoricaine, puis de l’Amérique ségrégationniste, puis des latinos, qui ne distinguent pas en elles le métissage. Mais surtout, elles souffriront toutes d’une assimilation choisie qui les éloigne intimement d’elles-mêmes et de leur désir.

Avec ces quatre femmes nous traversons le siècle agité de Porto Rico et de ses relations avec les États-Unis tutélaires. De Maria Teresa on saura peu, sinon que sa beauté de femme brune la place à distance de la classe dirigeante, très riche, à laquelle son mari appartient à San Juan. Elle transmet sa beauté et son sens des affaires à sa fille Rafa, qui quittera l’île avec son mari irlandais ; à Ruth, sa petite-fille si assimilée qu’elle en perd son espagnol natal ; à Daisy, son arrière-petite-fille en quête de ses origines visibles sur sa peau et revendiquées par son frère Charles, devenu Carlos. 

Parle moi de chez nous – Jeannine Cunnins

Au plaisir des récits croisés

Les courts chapitres emportent, passant d’une époque à l’autre, d’une histoire de femme à une autre, remontant et redescendant le temps, prenant ancrage dans la conscience vacillante de Daisy, victime d’un accident durant l’ouragan de 2023. Ils disent, avec l’élan romanesque des meilleurs sagas états-uniennes et sud-américaines, la violence faite aux épouses racisées et aux enfants métissés. 

Ce « chez nous » est ancré dans l’histoire politique complexe de Puerto Rico. L’île caribéenne, voisine de Cuba, hésite toujours à devenir un État américain, à demander l’indépendance, ou à garder son statut mixte (métissé ?) d’autonomie/dépendance qui laisse perdurer une sous-citoyenneté américaine, sans droit de vote pour les présidentielles.

D’autres thèmes parcourent le roman mosaïque, en particulier la dépendance aux réseaux sociaux : le retour au pays natal est aussi un décrochage de l’emprise numérique, et la recherche d’une réussite sociale par l’initiative commerciale non coloniale, non capitaliste, plutôt artisanale et recyclée. Car rien n’est révolutionnaire chez ces femmes plutôt individualistes qui s’affrontent aussi, perdent la mémoire ou l’effacent et finissent, face à l’ouragan qui les oblige, à ne plus taire ce qu’elles sont.

La puissance du roman tient à son écriture sensuelle, sensorielle, et aux relations sororales, maternelles, filiales, magnifiquement explorées. Tout comme la conjugalité, côté femme, ce qui n’est pas si courant dans les sagas romanesques. Les dialogues, les scènes d’enfance, de rencontres amoureuses, de quête intime, d’humiliation sociale et familiale, touchent par leur authenticité, mais surtout par la force d’une narration dont le rythme puissant est savamment distillé. Jusqu’au bout d’un voyage où ceux qu’on a aimés reviennent, sans réparer, mais en réconciliant. 

AGNÈS FRESCHEL

Parle-moi de chez nous, Jeanine Cummins
Éditions Philippe Rey
Traduction Christine Auché, Paru le 20 août

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La Prédiction des oscillations

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Tout part d’une rencontre, celle entre Daniele Schön et Benjamin Dupé. Deux univers se croisent : l’un est à la fois violoncelliste et chercheur en neurosciences, l’autre compositeur et musicien électronique. Ensemble, ils créent La Prédiction des oscillations, une « forme inclassable » à la lisière de la science, de la musique et du théâtre. À travers récits et expériences participatives, le spectacle explore le fonctionnement du cerveau et interroge notre tendance à le considérer comme une simple super machine. Empreinte à la fois d’humour et de poésie, la création abandonne tout esprit didactique pour tisser un dialogue subtil entre discours scientifiques, moments musicaux et jeu théâtral. Une expérience vivante qui promet de bousculer notre manière de voir et d’utiliser notre cerveau.

C.L.

27 août
Le Cube, Aix-en-Provence

Rentrée littéraire : « Sauf la frontière » d’Elisa Shua Dusapin, une histoire intime du Moyen Orient

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Elisa Shua Dusapin © X DR

Le 7 octobre 2023, au petit matin, Elisa Shua Dusapin quitte le festival littéraire de Beyrouth où elle a été invitée pour descendre vers le Sud-Liban. Elle ignore encore tout de la tragédie qui vient de se dérouler de l’autre côté de la frontière. Confinée à Beyrouth en état d’urgence, elle parvient à regagner l’Europe. Mais l’autrice ne tient pas en place. Quelques mois plus tard, elle repart s’installer à Amman, en Jordanie, pays dont elle ne connaît ni la langue ni les usages. Elle décide d’apprendre l’arabe, arpente la ville et intègre une formation de plomberie aux côtés de femmes jordaniennes, vingt-quatre apprenties âgées de 18 à 60 ans, abayas relevées sur des baskets colorées, caisse à outils à l’épaule. Dans un pays où l’eau manque et où ce métier reste perçu comme une affaire d’hommes, cette coopérative fondée par une femme du nom d’Asma devient un lieu d’émancipation.

Sauf la frontiere – Elisa Shua Dusapin

Zones et checkpoints

Parallèlement, elle fréquente un cercle de parole de réfugiés syriens organisé sur le modèle de la diwaniya. Durant le temps où se consume une bougie, on interroge à voix haute ce qu’on a laissé derrière soi en fuyant son pays ou comment pardonner quand la blessure reste ouverte. Elle y croise Hassan, originaire d’Alep, qui a tout perdu, sa maison, sa femme, ses enfants.

Le récit se déplace ensuite vers Israël, Jérusalem, Tel-Aviv puis la Cisjordanie. Son périple l’emmène sur les bords du Jourdain à sec, le long du mur érigé depuis 2002, dans les entrelacs des zones A, B et C héritées des accords d’Oslo, à se heurter aux multiples checkpoints. À Ramallah, elle rencontre Salim, la quarantaine, qui tente de faire renaître une bibliothèque dans un ancien centre culturel.

Fille d’un père français et d’une mère sud-coréenne, élevée entre Paris, Séoul et Porrentruy (Suisse), Elisa Shua Dusapin, qui avec ce texte évolue dans une partie du monde où on ne l’attendait pas, revendique ce besoin de franchir les lignes. Sans grandiloquence ni prise de position tranchée, elle rapporte des faits, tout en laissant deviner de quel côté penche son cœur, celui des plus fragiles.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Sauf la frontière - Elisa Shua Dusapin
éditions Zoé
En librairies le 26 août 

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Le festival « De Vives Voix » va faire résonner Marseille

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Walid Ben Selim © AK BERLIN ; Rebecca Roger Cruz © Anne Laure Etienne

Top départ au Parc Longchamp ce 30 août. Les traditionnels chanteurs de jardins investissent les parcs de Marseille. Tout au long de la journée, différents chœurs feront résonner leurs chants, surgissant au détour d’une allée pour annoncer, en musique, l’ouverture de l’édition du festival De Vives Voix. 

Quelques jours plus tard, le 3 septembre, l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul accueille l’Ensemble vocal Gyptis, dirigé par Bénédicte Pereira, pour la Misatango du compositeur argentin Martin Palmeri. Calquée sur les mêmes mouvements qu’une messe en latin classique, à laquelle se mêlent les harmoniques et les rythmes syncopés d’un tango, elle est aujourd’hui l’une des œuvres vocales les plus jouées en Europe. Bandonéon, cordes et piano épousent les voix des vingt-quatre choristes amateurs de l’ensemble marseillais. 

Voyage au Conservatoire

La cour du Conservatoire Pierre Barbizet sera l’écrin les 4, 5 et 6 septembre de propositions musicales voyageuses. Walid Ben Selim, chanteur né au Maroc et porte-voix de la poésie soufie de Rûmî ou Ibn Arabi fera dialoguer sa voix avec la harpe de Marie Marguerite Cano, dans le programme Here and Now, pont entre Orient et Occident. Le lendemain, Rebecca Roger Cruz, met à l’honneur la chanson latino-américaine, le flamenco et le rock psychédélique. Entourée de quatre musiciens, elle présentera son premier album, coproduit notamment par le festival Les Suds, à Arles, La Cité de la Musique de Marseille et le Théâtre Durance, Scène nationale. Le 6 septembre, toujours au Conservatoire, on pourra découvrir Anima Terrania. Le projet est né d’un coup de foudre artistique entre Letizia Giuntini, chanteuse corse formée au chant traditionnel et les violoncellistes de Moïta. Pour l’occasion, la formation sera renforcée par les élèves violoncellistes du Conservatoire Pierre Barbizet, sous la direction de Marine Rodallec.Escales à l’Archipel 49Une bonne partie de la seconde moitié du festival se déroulera à Archipel 49, la Maison du Chant, des Musiques et du Conte, un des fiefs de la pratique chorale marseillaise. Le lieu ouvrira sa saison avec une cantèra, moment convivial où chanteurs amateurs se réunissent pour entonner des airs a cappella. Entrée libre à quiconque veut chanter ou simplement écouter.

Le 22 septembre, le Duo Lavoà Lapò – Damien Toumi et Mànu Théron– y revisitera le répertoire occitan à deux voix et deux percussions, entre inventions facétieuses et transes polyrythmiques. Trois jours plus tard Eléonore Bovon montera sur scène pour Protest’ Song un spectacle parlé-chanté coécrit avec Philippe Nauze, où elle interroge son enfance de fille de pasteur à travers archives et souvenirs. Elle sera accompagnée par le chœur Passions, né de son travail de transmission des chants traditionnels italiens.

Le week-end suivant, le 26 septembre, c’est l’Ensemble Marani qui régale et nous fait découvrir cette tradition ancestrale géorgienne où le chant polyphonique est lié à la communauté dans tous les moments de la vie : cérémonies de mariage ou de funérailles, liturgie, travail, berceuses, danses ou banquets. 

Femmes du sud

Le festival se conclura à la Cité de la Musique de Marseille par deux soirées consacrées aux voix féminines méditerranéennes. Le 9 octobre, le duo LEÏ – Laurène Barnel et Carine Habauzit – présentera Feu de vie, création pour voix et synthétiseurs puisant ses inspirations entre Méditerranée et Moyen-Orient, convoquant les figures de Sapphô ou Hildegard von Bingen. Le lendemain, ce sont les Dames de la Joliette – Sylvie Paz, Maura Guerrera, Kalliroi Raouzeou et Annie Maltinti – qui clôtureront la programmation avec Tamborradas de Amor, spectacle mêlant poésie, polyphonies et percussions traditionnelles, en hommage aux femmes du peuple qui, selon la légende, repoussèrent en 1524 les troupes de Charles Quint dans le quartier de la Joliette.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

De Vives Voix
Du 30 août au 10 octobre
Divers lieux, Marseille

La vie à hauteur de pieds

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portrait Thammavongsa

Ning fut boxeuse, autrefois. Aujourd’hui, pour les clientes de son salon, elle n’est qu’une employée parmi d’autres, toutes prénommées Susan par commodité, toutes vêtues du même pantalon et du même t-shirt noir. Interchangeables dans le regard de leurs clients, les Susan polissent, vernissent, conseillent sur la teinte qui ornera les mains. Elles sont aussi des oreilles aux confessions que les clientes laissent échapper, rendez-vous après rendez-vous, sur leurs amours, leurs carrières, leurs familles. Les Susan n’ont pas envers leurs clients une bienveillance complaisante. Bien au contraire, elles cultivent une forme de cynisme, de rugosité, de dureté, qui mettent en exergue les rapports de classe. Les Susan sont des immigrées – le pays d’origine n’est jamais nommé, mais on devine l’Asie, la Chine, le Vietnam ou le Laos, patrie de l’autrice – et elles échangent des commentaires – pas toujours sympathiques – dans une langue que les clientes ne comprennent pas. Leur quotidien est fait de précarité, de soumission et du rêve farouche de s’en sortir.

La couleur qui vous plaira

En l’espace d’une seule journée, deux mondes se frôlent sans presque jamais se mêler, les uns dans les fauteuils confortables, les autres à leurs genoux, à hauteur de pieds. « C’est un moment très intime de découvrir les pieds de quelqu’un. Même quand on est nue avec une personne, on ne voit pas ses pieds. », exprime la Susan en chef, réactivant la dialectique du maître et de l’esclave.

Avec ce premier roman, lauréat du Giller Prize 2025 – l’équivalent canadien du Goncourt –, Souvankham Thammavongsa s’impose, à l’instar d’Ocean Vuong, comme l’une des voix les plus précises de la nouvelle littérature nord-américaine. Née en 1978 dans un camp de réfugiés laotiens en Thaïlande, poète et romancière installée à Toronto, elle avait déjà remporté le Giller Prize en 2020 pour son recueil de nouvelles Comment prononcer couteau. Elle devient ainsi l’une des rares auteurs à avoir reçu deux fois cette distinction, 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La couleur qui vous plaira de Souvankham Thammavongsa
Éditions La Croisée - 22 €
Paru le 20 août 

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Hip Hop Non Stop : La Ville dit stop

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Hip Hop Non Stop, Battle © X-DR

Ce 31 juillet sur le Vieux Port, le Rat Luciano, Rim K, ou Don Choa enflamment la scène flottante, face à la mairie de Marseille, et face à une foule composée de milliers de Marseillais et de touristes mélangés. La ferveur des images fait vite le tour des réseaux sociaux, et Marseille se voit une fois encore en capitale incontestée du rap en France. Pourtant, quelques jours plus tôt, la Ville venait de saborder un des rendez-vous qui maillaient l’année hip-hop marseillaise, Hip Hop Non Stop. Une coupe sèche et tardive des subventions pour un événement qui prônait la gratuité, l’émergence et la parité dans sa programmation depuis 2021. Plusieurs semaines après l’annonce de cette annulation, Urban Prod, l’association organisatrice, explique à Zébuline n’avoir toujours pas reçu d’explications concrètes sur les raisons de cette décision. 

La sixième édition de HHNS devait se tenir du 10 au 13 septembre, avec comme chaque année, un parcours dans plusieurs lieux de Marseille, principalement du centre ville et des quartiers Nord. Des concerts de rap, mais aussi de la danse, et du graff, le plus souvent portés par des jeunes talents et collectifs de Marseille et sa proche région. Mais cette promesse tenait grâce au soutien de la Ville, qui en assurait presque exclusivement le financement. Pour un budget de 145 000 €, 120 000 était abondé par la mairie centrale et plusieurs mairies de secteur (1/7, 2/3, 4/5 et 6/8). 

Après les élections, cette même architecture devait être reconduite dans les grandes lignes pour l’édition 2026. « On a fait une réunion avec toutes les mairies concernées en mai. Toutes sont présentes, à l’exception de la mairie des 2/3, qui ne vient pas. Quant à la mairie centrale, elle affiche son soutien a priori », explique Cédric Claquin, directeur adjoint de l’association Urban Prod. 

Le vote de la subvention est prévu quelques semaines plus tard, le 26 juin, mais Cédric Claquin affirme n’avoir plus aucune nouvelle de la mairie, malgré ses relances. C’est finalement le 15 juillet qu’on lui indique que la subvention a été retirée du vote. Le sort de l’édition 2026 est scellé, malgré une programmation déjà largement ficelée. 

Allô Mairie 

En privé, on lui indique que la mairie « se pose des questions » sur le modèle économique original de cet événement, qui repose à la fois sur des subventions de la mairie centrale et des marchés des mairies de secteur. Original peut-être, mais rien d’illégal assure Cédric Claquin. 

En public, les raisons de ce retrait sont différentes. Après l’annonce de l’annulation de l’édition 2026 par Hip Hop Non Stop sur les réseaux sociaux, la presse demande une réaction à la Ville, qui se contente d’un communiqué de presse nébuleux. Il y est notamment écrit que « comme à chaque début de mandature, les politiques publiques sont réévaluées afin de répondre aux nouvelles priorités fixées par la municipalité. Cette démarche conduit à faire évoluer les dispositifs de soutien : certains projets arrivent à leur terme, tandis que de nouvelles initiatives émergent pour accompagner les transformations du paysage culturel marseillais. Ou, plus loin, que « cette décision s’inscrit dans une volonté de réorienter les politiques en faveur des cultures urbaines afin de leur donner un nouvel élan ». 

« Une réponse lénifiante dans la novlangue politique » tacle Cédric Claquin, pour qui le communiqué n’est que du « bullshit, qui donne les mauvaises raisons ». Pour lui, une des raisons est la défiance que porte la mairie centrale pour cet événement, lancé en début de première mandature par les mairies de secteur, et qu’elle ne contrôle donc pas, n’impulse pas. 

Depuis le coup de fil du 15 juillet, Cédric Claquin n’a presque plus eu aucun contact avec la mairie, sinon une promesse de rendez-vous à la rentrée, déjà repoussé une fois. C’est d’ailleurs en lisantla presse, qui relaie le communiqué de la Ville, qu’il apprend que la mairie s’engage à payer les sommes déjà engagées. « Ce qu’en privé on ne m’avait pas confirmé », explique-t-il. Côté mairie, on joue du scratch, et le même communiqué paru dans la presse quelques semaines plus tôt est envoyé à Zébuline. Aucun élu ne prendra la parole jusqu’au moment où l’on écrit article. 

Non stop ? 

Reste que les nombreux messages de soutien reçus par Urban Prod les invitent à ne pas baisser les bras, et n’excluent pas un retour en 2027. « Même si la Ville dit que “certains projets sont arrivés à leur terme”, nous on n’est pas arrivé à notre terme ! », poursuit Cédric Claquin, qui a déjà quelques idées pour le futur : « On a un espace de mutualisation pour faire un truc, peut-être qu’en 2027, on peut arriver groupé à la mairie, et leur demander s’ils sont intéressés par le hip-hop ? » 

NICOLAS SANTUCCI


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Rentrée littéraire : les femmes libres de Carla Demierre et Maxime Schwartz

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Maxime schwartz © Phillipe Rey / Carla demierre © Dorothée Thébert

Élise Müller naît en 1861 dans le canton du Valais. Fille d’un marchand hongrois et d’une Genevoise, elle commence à travailler à quinze ans dans une maison de commerce. À trente ans, elle se découvre des dons de médium, entre en transe, dit communiquer avec Victor Hugo, puis avec Cagliostro, dont l’esprit devient son guide spirituel, son « régisseur caché dans la coulisse », comme l’écrira plus tard le psychologue Théodore Flournoy. Elle prend un pseudonyme : Hélène Smith.

Elle incarne successivement une princesse hindoue, Marie-Antoinette et une voyageuse interplanétaire qui décrit la topographie de Mars, invente une langue et un alphabet que le grand linguiste Ferdinand de Saussure prendra la peine d’étudier. Flournoy, fasciné, mène sur elle une étude clinique et en tire Des Indes à la planète Mars, publié en 1899, succès international, qui s’inscrit dans les débuts de la psychanalyse. Élise Müller peint aussi des toiles issues de ses transes. Deux tableaux ont survécu, dont l’un est aujourd’hui conservé au Centre Pompidou.

Au-delà du personnage fantasque, on découvre tout ce que la médiumnité a apporté à cette héroïne. Dans une société où les femmes sont reléguées à la domesticité, le spiritisme ouvre une brèche insolite. Le mouvement spirite accordait aux femmes le pouvoir de prendre la parole en public ; la médium ne parlant pas en son nom, on l’écoute. Pour Élise Müller, le bénéfice est concret. La médiumnité lui offre une identité publique et une émancipation économique sans passer par le mariage.

C’est cette histoire folle que Carla Demierre a choisi de raconter dans La Fille de Mars en suivant Sybil Brown, enquêtrice de la SARP – Société américaine pour la recherche psychique – qui embarque sur un paquebot qui la conduit vers Hélène Smith. Au contact de celle-ci, la chercheuse commence, elle aussi, à envisager sa propre vie sous l’angle de l’émancipation.

Carla Demierre a travaillé à partir des travaux de Flournoy, consulté les archives minces et éparpillées : une petite liasse de dessins cosmiques, les deux tableaux, des revues scientifiques et spirites. Si l’ouvrage reste largement romanesque, il parvient à restituer la troublante modernité de cette femme du XIXe siècle qui s’était inventé une vie à la mesure de son imagination.

La scandaleuse

Carla demierre, La fille de Mars

À quelques milliers de kilomètres de Genève et quelques décennies plus tôt, naît Victoria Woodhull en 1838 dans l’Ohio, septième enfant d’une famille qui tient de la foire itinérante : un père escroc, une mère illettrée adepte du magnétisme animal, une fratrie baladée sur les routes de l’Amérique pionnière pour vendre des potions miraculeuses et dire la bonne aventure. À quinze ans, Victoria épouse un médecin pour échapper à sa famille et tombe de Charybde en Scylla : le mari est alcoolique et coureur.

Elle le quitte. Avec sa sœur Tennessee, elle part à New York, se lie avec Cornelius Vanderbilt, magnat des chemins de fer, avide de communiquer avec sa mère défunte par l’intermédiaire de médiums. Avec lui, elles ouvrent 1870 la première maison de courtage à Wall Street dirigée par des femmes et vont gagner beaucoup d’argent. Victoria le réinvestit dans un journal, le Woodhull and Claflin’s Weekly, qui tire à plus de cent mille exemplaires et publie la première traduction américaine du Manifeste du Parti communiste. Dans ses pages, elle défend le suffrage féminin, la journée de huit heures, le salaire égal, l’amour libre, des jupes courtes pour ne pas traîner dans la boue. La presse la surnomme « Madame Satan ».

En 1872, elle se porte candidate à l’élection présidentielle américaine, sous l’étiquette du parti des droits égaux qu’elle a elle-même fondé, avec pour colistier l’abolitionniste Frederick Douglass. Les femmes n’ont pas encore le droit de voter, mais rien ne leur interdit de se présenter. Le jour du scrutin, elle est en prison, arrêtée pour avoir publié dans son journal l’histoire d’un adultère impliquant un pasteur de Brooklyn, récit authentique, mais qui, en raison de la loi sur l’obscénité, lui vaudra plusieurs semaines de cellule. 

La suite est tout aussi vertigineuse. Elle s’installe en Angleterre, épouse un riche banquier, devient châtelaine d’un manoir, fonde une école de village.

Premier roman éblouissant

Maxim Schwartz, Le dernier présage de Victoria Woodhall

Maxime Schwartz aurait pu se contenter d’une biographie de Victoria et cela aurait déjà été sacrément passionnant. Mais avec ce premier roman, il révèle une plume brillante, acerbe, d’un humour fou. Le Dernier Présage de Victoria Woodhull commence le dernier jour de l’héroïne. Le 9 juin 1927, Victoria annonce à son domestique, Ménélas Daisastre, jeune Marseillais traumatisé par la Grande Guerre, exilé dans ce manoir anglais, qu’elle va mourir. Son perroquet Paradise a disparu. C’est un présage. À quatre-vingt-huit ans, elle est coutumière des prédictions catastrophiques, mais cette fois, elle a décidé que c’était la bonne.

Cette dernière journée rocambolesque est narrée depuis le regard de l’improbable Ménélas. Tandis que la vieille dame arpente ses souvenirs, la vie extraordinaire de Victoria se déploie.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La Fille de Mars de Carla Demierre
Éditions Corti - 19 €
Le Dernier Présage de Victoria Woodhull de Maxime Schwartz
Éditions Philippe Rey - 18 €
Parus le 20 août 

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art-o-rama, l’art de la découverte

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Good Weather, Raque Ford

Fidèle à son ADN curatorial, art-o-rama 2026 fait de nouveau la part belle aux présentations monographiques, permettant ainsi à plusieurs galeries de déployer un univers artistique cohérent plutôt que quelques œuvres isolées.

Parmi celles-ci, la galerie Good Weather (Chicago / Little Rock / North Little Rock) consacre ainsi son stand à Raque Ford, artiste américaine, dont le cœur de pratique est axé sur le langage. Elle crée des œuvres qui se situent à la frontière de la peinture, de la sculpture et de la poésie, « explorant la manière dont l’identité se façonne à partir des restes de la culture populaire, de la musique et de la vie nocturne ».

Dittrich & Schlechtriem (Berlin) présente Lukas Städler, artiste et photographe, ancien danseur de salon et designer de mode, dont le travail explore l’identité queer. 

La Galerie Maubert (Paris) consacre son espace à Nicolas Daubanes, dont les œuvres abordent les questions d’enfermement, de mémoire politique et de violence institutionnelle. Utilisant aussi bien le dessin que la sculpture ou des matériaux issus de l’univers carcéral, il développe une réflexion sur les rapports entre pouvoir, justice et liberté.

Quant à Bombon Projects (Barcelone), elle met en lumière Enric Farrés Duran, avec une performance El feedback francés (2026) (Le feedback français), qui se déroulera les 28 et 29 août dans l’espace « Films & Conversations » du salon, en lien avec un long métrage actuellement en post-production. 

Dialogues entre galeries

Autre marque de fabrique d’art-o-rama, les stands en dialogue, qui invitent deux galeries à construire ensemble un projet d’exposition commun. Plus qu’un simple partage d’espace, il s’agit de favoriser les échanges entre scènes artistiques, les rapprochements esthétiques et les collaborations internationales.

Parmi les projets présentés, celui réunissant DS Galerie (Paris) et Xxijra Hii (Londres) avec des œuvres de Max Blotas et Glen Pudvine, le premier réalisant des installations liées à l’architecture d’espaces collectifs, le second des peintures de nus aux corps singuliers. 

Le rapprochement entre Season 4 Episode 6 (Londres) et LAILA (Sydney) met en regard les œuvres des australiens Christina May Carey et Michael Sandford. Les deux artistes partagent un intérêt pour les dispositifs de surveillance, la première à travers des installations vidéo, le second par des dessins à la craie non fixés réalisés sur des tableaux récupérés.

La scène méditerranéenne sera notamment représentée par Spiaggia Libera (Marseille), associée à Punta Gallery (Sofia). Leur projet réunit Veronika Desova, Slava George et Elvire Ménétrier autour de recherches qui croisent peinture, installation et expérimentations formelles, entre corps, mythe et architecture.

L’art au Sud

Parmi les nombreux prix qui seront distribués lors du salon, le Prix Région Sud Art s’adresse chaque année aux artistes issus des écoles d’art de Provence-Alpes-Côte d’Azur diplômé·es du DNSEP depuis cinq ans maximum. Pour cette édition 2026, quatre artistes ont été sélectionné·es: Maïssane Alibrahimi, Louise Belin, Marine Pistien et Nina Boughanim qui exposeront leurs travaux dans le Show-room du salon. Tandis que la lauréate 2025 du prix, Juliette George, est, comme de tradition, l’artiste invitée d’art-o-rama.

MARC VOIRY

art-o-rama 
Du 28 au 30 août
Friche la Belle de Mai, Marseille

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Le poids des morts

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angelin preljocaj requiems © Yang Wang Paris

La mort accompagne depuis longtemps le désir de modernité de la danse. Elle faisait déjà du Roméo et Juliette d’Angelin Preljocaj une pièce inoubliable. Dans le pas de deux final, Roméo empoigne Juliette inerte et tente de lui insuffler les gestes qui avaient éclairé sa vie ; réveillée trop tard, elle les lui rend avec moins de force, mais le même désespoir.

Requiem(s) revient à plusieurs reprises sur cette image. Duos, trios et ensembles se construisent entre corps vivants et corps abandonnés à leur poids. On relève, traîne, porte, enlace ; l’élan se brise contre l’inertie. Ce travail redoutable exige des dix-neuf interprètes une technique souveraine : donner sa vérité au relâchement sans perdre la précision du geste. Le chaos vient régulièrement rompre les architectures, jusque dans une bande sonore remarquablement pensée. La fureur mélancolique de System of a Down surprend davantage que Ligeti, Bach ou Messiaen, mais s’impose. On ne sait plus si la paix se trouve dans la frénésie des vivants ou dans la douce quiétude des morts. 

Libérer la vie

La voix de Gilles Deleuze prolonge le travail engagé par le chorégraphe dans Deleuze/Hendrix : corps et pensée, existence et idée ne sont jamais compartimentés. Évoquant Primo Levi et la « honte d’être un homme », le philosophe assigne à l’art la tâche de « libérer la vie que l’homme a emprisonnée ». La Shoah élargit ainsi le deuil intime aux morts de l’Histoire. Plus loin, des voix marquées par l’âge racontent la perte d’un nouveau-né et retrouvent dans le récit une tendresse et une vigueur intactes.

Cette porosité gagne toute la pièce. Sur Messiaen, fait rare chez Preljocaj, la mélopée semble un instant dicter sa ligne à la danse, sans que celle-ci devienne mimétique. Les vidéos de Nicolas Clauss, qui évoquent Bill Viola, reprennent l’image sur laquelle s’achevait Mythologies : Requiem(s) commence là où l’œuvre précédente finissait. Les costumes gothiques d’Eleonora Peronetti, les Pietà, les figures renaissantes et les poupées de Noces composent moins un musée de la mort qu’un répertoire de formes sans cesse réanimées. Vie et mort travaillent ici plus que jamais le même corps.

SUZANNE CANESSA

Requiem(s) a été donné du 28 au 30 juillet au Théâtre de l’Archevêché, à Aix-en-Provence.

À Riez, on dévore les journaux et les livres

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© N.C.

Ils ont ouvert leur Librairie Jaubert depuis bientôt 27 ans. Mais ils y sont rarement ensemble, vu l’amplitude des horaires. La librairie Jaubert est ouverte 7 jours sur 7, toute l’année, sauf le 1er mai, dès 7 heures du matin. Il faut dire qu’elle est aussi un très actif marchand de presse, et que tous les titres quotidiens, régionaux et nationaux accueillent le visiteur à l’entrée, tandis que toute la presse magazine s’étale dans la dernière salle. La troisième. 

La deuxième est consacrée à la littérature jeunesse et aux jeux. La première, la plus grande pièce, après quelques rayons papèterie, guides touristiques et cartes IGN, est le cœur battant de cette librairie apparemment ordinaire mais très particulière : des dizaines d’avis sur les livres sont suspendus au-dessus des ouvrages, écrits par Aline ou Pascal Jaubert. Qui lisent tout ce qu’ils vendent, soit 150 à 200 livres par an chacun. Jamais les mêmes, « sauf si on veut confirmer un Coup de cœur. » Les deux libraires décernent ce label, le leur, à quelques ouvrages qu’ils chérissent particulièrement et mettent en avant. « Les gens viennent chez nous parce qu’ils savent qu’ils vont y trouver un conseil, qu’on va leur proposer des livres qu’on a choisi pour eux. On connait les gens qui vivent ici. Et ailleurs, nos clients font des kilomètres parfois pour venir à Riez faire leurs emplettes de littérature. », explique Pascal Jaubert. 

Pluralisme et contact

Dans la longue pièce les titres se mélangent. Pas question ici de classement par genre : des policiers, des thrillers, des romans d’horreur, voisinent avec « la blanche », les poches avec les reliés et les brochés. Peu de beaux livres, de théâtre, de poésie : c’est le roman qui règne en maitre absolu des lieux. 

Et cela marche : bien sûr Aline Jaubert souligne que les temps sont durs, mais elle dit aussi que les jeunes reviennent à la lecture, au livre, au papier, voire à la presse. Que quelque chose s’amorce depuis le Covid dans les Alpes-de-Haute-Provence, un autre rapport au réel et aux technologies, guidé par une volonté de contact. Et Pascal se prend à rêver d’un classement de ses livres « par degré d’émotion, par sentiment » et se réjouit surtout quand un lecteur « tombe amoureux d’un livre qu’il n’aurait jamais pensé acheter ». 

Pourtant devenir libraires n’était pas pour lui une évidence. D’abord apiculteur, puis restaurateur, Pascal Jaubert était surtout un grand lecteur de presse. Comme son grand-père « autodidacte qui allait chaque jour sur le tourniquet du marchand de presse et prenait tout, de Présent à L’Huma. » Vendre la presse reste pour eux une priorité, et ils se réjouissent du retour de La Marseillaise dans les Alpes, déplorent de ne plus recevoir Var Matin, défendent un pluralisme régional qui ne peut selon eux « se résumer à La Provence ». 

La lecture comme éblouissement

Mais Aline a toujours été une grande lectrice de romans, de tous types, et a refilé le virus à son mari, qui avoue que la lecture est devenue pour lui « un éblouissement ». Leur salon annuel, qui a lieu le premier week-end d’août affiche des records de ventes : plus de 3 000 livres y sont vendus chaque année depuis 14 ans. Les trente auteurices présent·es ce en 2026 – dont René Frégni, Karine Giebel, Marcus Malte ou JR Ellory – ont vendu et dédicacé entre 50 et 300 romans chacun·e. Ce qui est exceptionnel lors d’un événement littéraire.

S’inscrire dans un réseau comme les libraires du Sud ? Demander des subventions ? Le couple y songe, mais reste jaloux de son indépendance, de ses choix de lecture assumés, subjectifs, émotifs, résolument romanesques. Guidés par le plaisir de lire. Ou plutôt : de dévorer !

AGNÈS FRESCHEL


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