lundi 18 mai 2026
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Poésie flamboyante

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Falmarès © X-DR

Falmarès nous convie dans son paysage intérieur. Il nous invite à entrer dans son jardin, celui des flamboyants. Et on s’y trouve particulièrement bien.

Poète, peintre, dessinateur et ambassadeur de la paix, le jeune auteur est né en 2001 à Conakry. À quatorze ans, après la perte de sa mère, il quitte la Guinée. Ce sera le désert, les horreurs de la Libye, la Méditerranée sur un zodiac surchargé, les camps italiens où il commence à écrire parce qu’il n’avait « rien à lire », puis la France. Nantes, comme port d’attache et comme terre d’écriture. Il y suit des ateliers d’écriture pour jeunes migrants et bénéficie de belles rencontres littéraires En 2018, il publie son premier recueil. En 2020, le Prix lycée poésie de l’Unicef salue une voix singulière. En 2023, Catalogue d’un exilé (Flammarion) qui raconte son périple jusqu’en France, le révèle au grand public.

Ce nouveau recueil est structuré en plusieurs livres parmi lesquels Les flamboyants, Le rythme du tambour, Catalogue d’âme sœur, Festins. Et en effet, l’ouvrage, incandescent, flamboie. On y trouve des griots et des contrôles d’identité, des arbres à palabres et des frontières arrogantes, la kora mandingue et « le chant de la flûte peule avec son sourire grave qui réveille l’enfance au pays des chimères ». Une grand-mère avec le tabac noir sous la langue. Annatina, « silhouette féminine au visage de miel dans les quartiers tempêtes », les prières de Mami Wata. La nostalgie d’un pays où « les plantations chantaient d’énormes cantiques sur les collines argileuses et la fille du fleuve contemplait une chose étrangère à la lumière de la nature. » On y découvre l’art d’écouter le silence des vents, le frissonnement des vagues, la parole muette des choses.

Poésie d’exil

Falmarès « fils de la kora, dompteur des mers et des mauvais vents », ne se positionne jamais en victime mais en poète qui chante et revendique. « Ne me fermez pas votre porte, insolente frontière, car j’ai ce qui vous manque ». Il invoque la grandeur de l’homme, la possibilité de s’inventer un destin plus solaire, plus légitime qu’il affirme, page après page, avec une force tranquille et une générosité débordante.

Les textes sont bruts, comme venus d’une lointaine terre d’enfance. Foisonnants. Touchants. Au cœur du recueil, le flamboyant, bien sûr, cet arbre rouge sang que toute l’Afrique de l’Ouest connaît, et métaphore centrale : une beauté qui résiste et fleurit précisément là où on ne l’attendait plus. Comme la poésie elle-même. Comme Falmarès.

Le jardin des flamboyants est un hymne. Celui d’un exilé devenu poète, « qui a fait de la langue française sa patrie et de la poésie sa liberté la plus profonde ». À lire, ou mieux : à dire à voix haute, et à offrir sans modération.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le jardin des flamboyants, de Falmarès
Flammarion - 21,50 €

« Aimer quelqu’un, c’est aussi le laisser vivre ce qu’il a à vivre »

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Fabien Gorgeart © YanRB

Zébuline. Dans vos films, vous avez exploré la GPA, le placement familial, et aujourd’hui une question plus inattendue comme le divorce religieux… On a l’impression que vous creusez toujours, sous des formes différentes, ce qui fait famille. D’où vient ce fil chez vous ?
Fabien Gorgeart. Je pense que ça vient d’une histoire personnelle, celle que je raconte dans La Vraie famille. Ça a été un événement fondateur, à la fois marquant et un peu traumatique. Et puis il y a eu le divorce de mes parents quand j’étais enfant. Mes premiers réflexes d’écriture allaient toujours vers ces questions-là, presque malgré moi. Ce n’est pas quelque chose que j’ai décidé, c’est là que se trouve mon inspiration. Alors à force, j’ai continué à creuser. Ce film me permettait de poursuivre cette exploration, mais avec un nouveau terrain de jeu, plus ouvert à la comédie, tout en gardant une interrogation sur les liens, sur nos histoires d’amour passées et présentes.

Comment avez-vous pensé le casting, notamment avec Lyes Salem, et quelle place ont les acteurs dans votre écriture ?
J’ai écrit pour Lyes Salem et pour Mélanie Thierry. On avait travaillé ensemble sur mon film précédent et j’avais très envie de les retrouver. Lyes est quelqu’un de très inspirant, c’est lui qui s’est imposé immédiatement en écrivant. Les acteurs sont au cœur du processus : j’écris en pensant à eux, à leur manière de parler, à leur énergie. Et puis il y a une confiance qui s’installe, une liberté dans le travail, qui permet d’aller vers quelque chose de très vivant.

Lyes Salem, votre personnage de mari délaissé est souvent en retrait, mis de côté par les autres et par l’intrigue. Était-il difficile à construire ?
Lyes Salem. Au départ, oui, parce que je ne comprenais pas complètement sa place. On en a beaucoup parlé. Et puis j’ai trouvé une entrée : ne pas en faire un personnage jaloux, mais quelqu’un qui comprend très vite ce qui est en train de se jouer. Il accompagne, autant qu’il peut, ce que traverse sa femme. Et ça m’a intéressé de me dire que le personnage devenait une réponse possible à la question du film : aimer quelqu’un, c’est aussi le laisser vivre ce qu’il a à vivre. Dans l’univers de Fabien, je me sens très à l’aise. Il y a un naturalisme « plus plus » -quelque chose de très proche de la vie, mais qui reste du jeu. Ça donne beaucoup de liberté.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

C’est quoi l’amour ?, de Fabien Gorgeart
En salles le 6 mai

La rencontre a eu lieu dans le cadre d’une projection organisée par le cinéma Les Variétés à Marseille.

« Éditer, c’est résister »

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Stanislas Nordey © Jean-Louis Fernandez

Zébuline : Vous êtes un acteur célèbre, un metteur en scène reconnu depuis près de 40 ans, vous avez dirigé le Théâtre National de Strasbourg et son école supérieure … Qu’est ce qui vous amène à vous tourner vers une petite maison d’édition théâtrale de province ?

Stanislas Nordey : D’abord, c’est en tant qu’acteur et metteur en scène que je reprends cette maison, que j’ai toujours aimée. Ces livres d’Espaces 34, je les ai toujours saisis quand je les rencontrais en librairie, et je les achetais sans les ouvrir ou regarder la quatrième de couverture.

Pourquoi ?

Sabine Chevallier, qui dirigeait cette maison depuis les années 90, a toujours eu une ligne éditoriale très claire, qui ressemble à mes choix artistiques, qui travaillent à la frontière du politique et du poétique. Quand elle a décidé de passer la main j’ai cherché qui pourrait la remplacer, j’ai appelé ceux que j’imaginais à cette place d’éditeur de théâtre… et je me suis dis pourquoi pas moi ? Je me demandais si j’en avais le droit…

Le droit ?

Bon, j’avais la légitimité par rapports aux auteurs et autrices contemporain·es, j’avais aussi une idée de l’économie des maisons d’édition de niche comme celle-ci, dont le but est de se maintenir à flot et pas de gagner de l’argent… Je savais aussi que je pourrais y être un directeur artistique bénévole, et que la seule salariée serait Chantal Regairaz, qui au TNS s’occupait des auteurs-autrices. Mais je ne connaissais rien à la mise en pages, à la diffusion… même si au fond, en tant que metteur en scène et acteur, j’ai aussi la capacité de faire passer des textes, aux acteurs et actrices, metteur·es en scène, directeurs et directrices… en les connaissant vraiment, et en sachant vraiment ce qui, dans les nouvelles publications ou le répertoire d’Espaces 34, va leur parler, pour créer ces textes, les dire…

Les lire aussi. Vous vous définissez comme un lecteur de théâtre, alors que la pratique des lecteurs s’oriente majoritairement vers le roman…

Oui. D’ailleurs, au fond, je me rends compte que je suis allé très logiquement vers l’édition de théâtre. D’abord parce que j’aime les textes écrits. Je fais partie de ces vieux crocodiles qui croient encore que le théâtre se fabrique dans l’épaisseur d’une langue creusée par un auteur, un poète, qu’un metteur en scène porte sur un plateau…

On voit pourtant de plus en plus, sur scène mais aussi dans les maisons d’édition théâtrales, des textes portés par des auteurs/metteurs en scène qui travaillent leur écriture au plateau…

Oui. Personnellement j’aime bien quand la langue est première, quand le dramatique prend naissance dans le poétique. Lorsque la langue s’affirme hors du cadre de scène, le metteur en scène et l’acteur doivent se demander comment l’y porter. C’est ce qui m’intéresse, au théâtre.

Vous avez porté sur scène un texte important pour l’histoire de l’édition, La Question d’Henry Alleg, qui révélait la torture en Algérie, et a valu un procès à Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit.

Oui. Effectivement, pour moi, éditer c’est résister. J’ai été marqué par la dernière scène de Fahrenheit 51, par cette idée que chacun devient un livre pour résister. Le livre est la trace du théâtre, aux deux sens du mot : il trace une ligne directrice, il garde une trace mémorielle.

Pourtant l’édition est en danger, les auteurs des éditions Grasset prennent la tangente pour fuir la mainmise de Bolloré…

Quelque part, nous avons la chance de ne pas être à cette échelle ! L’édition indépendante, de théâtre, dans l’Hérault, c’est une niche ! même si j’ai conscience que ma notoriété permet aujourd’hui une plus grande visibilité. Mais nous n’avons pas les problèmes de rachat des maisons parisiennes. Notre problème, c’est plutôt que les aides à l’édition se raréfient. Il y a trois ans, sur les 12 titres annuels du catalogue, 9 ont été aidés. Aujourd’hui, c’est plutôt 3. Et évidemment l’édition théâtrale ne vit pas de ses ventes, qui sont faibles. À part Wajdi Mouawad qui est au programme du Bac, aucun auteur dramatique ne gagne sa vie avec ses livres, parfois avec ses droits de représentation…

Mais je reste persuadé qu’il ne faut pas déserter cet endroit de l’édition. Qu’il faut que les livres vivent, que les auteurs doivent être aidés. J’ai lu tous les auteurs du catalogue, plus de 300 titres, pour pouvoir les défendre, les porter. Chacun est singulier…

Et quels sont les nouveaux projets d’Espaces 34 ?

D’abord, continuer le travail de Sabine Chevallier, remarquable en tous points, y compris dans l’équilibre économique qu’elle a maintenu dans ce difficile contexte. Ses collections françaises et étrangères, sa collection Hors cadre sur des textes qui ne se disent pas directement dramatiques, sa collection jeunesse. C’est incroyable l’inventivité de forme des auteurs jeunesse de théâtre, ils imaginent des biais pour s’adresser au enfants ou aux jeunes qui travaillent un imaginaire foisonnant, des métaphores…

Vous annoncez des nouveautés…

Pour l’instant j’ai continué les projets d’édition de Sabine Chevallier, mais depuis septembre je suis entièrement responsable des parutions. Sont donc publiés deux livres de Claudine Galéa, Tango dans Hors cadre (voir ci-contre, ndlr) et Leurs coeurs se balancer en Jeunesse. Et deux de Gwendoline Soublin, en théâtre contemporain et en Jeunesse. Je vais aussi créer d’autres collections, en commençant par Les Introuvables, consacrés à des perles inconnues du répertoire, comme L’Orestie de Pasolini, un inédit de Gabily, Zoologie. Je pense aussi à une collection Mémoires, qui se penchera sur les archives de spectacles, en commençant par Jean-Pierre Vincent… Et je vais éditer un Théâtre complet de Claudine Galéa, que j’aime beaucoup, qui était déjà éditée par Sabine Chevallier, et a été une de mes autrices associée au TNS.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

GR 2013 : une marche féministe

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Abigaël Lordon © Magda

Pour comprendre le livre d’Abigaël Lordon, il faut d’abord appréhender le chemin qu’elle emprunte. Le GR 2013 est le premier sentier métropolitain officiel et balisé au monde. Son tracé de 365 kilomètres en forme de huit s’étire autour de l’étang de Berre et du massif de l’Étoile. Initié en 2010 par Baptiste Lanaspeze, fondateur des Éditions Wild Project, dans le cadre d’une mission d’éditorialisation de la programmation artistique commandée par Marseille-Provence 2013, le sentier est finalisé en 2012 et le balisage posé en mars 2013.

Il traverse 38 communes sur un territoire de 3 000 km². Ce qui le distingue des GR classiques, c’est son ambition. Il ne s’agit pas d’un simple itinéraire de randonnée mais constitue un récit de territoire. En proposant d’arpenter des zones urbaines et périurbaines, il traverse des paysages contrastés – autoroutes et rivières, pavillons et collines, zones industrielles, commerciales, naturelles. Couronné de la Médaille d’Urbanisme de l’Académie d’architecture et désigné « meilleur nouveau sentier » par le National Geographic, il a accueilli plus de 150 000 randonneurs dès 2013.

C’est sur ce sentier qu’Abigaël Lordon, 28 ans, part seule un lundi d’été, pour revenir trois semaines et 365 kilomètres plus tard après avoir traversé, villes et village. Marseille bien sûr mais aussi Auriol, Allauch, le plateau de l’Arbois, le Camp des mille, Martigues, Salon, Vitrolles…

Marcher pour résister

Le journal graphique qu’elle en tire, publié avec le soutien du Bureau des Guides – l’association qui regroupe les artistes-marcheurs initiateurs du sentier et en assure son animation – ne ressemble pas à un carnet de randonnée ordinaire. Le sous-titre, géographe intime et braconnage féministe, dit la posture. Lordon raconte qu’elle est « partie marcher en tant qu’être humain » et qu’elle a été « constamment ramenée à son corps féminin ».

Les remarques récoltées sur le chemin – « c’est courageux », « vous dormez dans la rue ? »,« vous n’avez pas peur toute seule », « vous êtes d’une nature indépendante » – en témoignent. Des déclarations bienveillantes qui sont autant de révélations inconscientes sur ce que signifie encore, pour une femme, occuper seule l’espace public. Les titres des chapitres ou de portions de textes tout comme les dessins, naïfs, sont autant de propositions poétiques : « conversations philarmoniques », « mille feuilles », « paysages sciences-fictives », « vibrations souterraines » ou « trajectoires célestes ».

Ce livre revendique sa dimension politique comme étant le récit d’un éveil féministe. Avec ses pieds, dit Lordon, elle a « sculpté une forme de résistance à un ensemble d’oppressions visibles et invisibles […] sans le savoir, le GR 2013 est devenu mon parcours symbolique d’émancipation. »

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Marcher vers soi,Abigaël London
Bureau des Guides GR 2013 / Éditions Wildproject - 20 €

Petite ville, grand Salon

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© Salon du Livre de Gémenos

Il ne faut pas juger un livre à sa couverture, et encore moins la qualité des évènements culturels d’une commune à sa taille. Depuis 5 ans, la ville de Gémenos organise un Salon du Livre à la programmation riche et aux invités de renom.

À commencer par la franco-suédoise Johana Gustawsson, présidente de cette édition et dont la saga Sang va bientôt donner lieu à une adaptation télévisée. Et son invité d’honneur, Jean-Paul Delfino, romancier et auteur de livres sur la musique brésilienne, qui donnera un grand entretien à la Médiathèque le jeudi 7 mai, et participera à une rencontre avec l’illustrateur Stéphan Plana. Cette rencontre sera animée par Anne-Marie Thomazeau, journaliste et collaboratrice de Zébuline, comme le seront le panel « Féminin pluriel et masculin singulier » qui réunira les romancier·ères Agnès de Clairville et Robert Rossi, et Lucie Ramognino, éditrice du jeu des 7 familles des femmes artistes ; et la rencontre « Héros et Héroïnes » avec les auteurices Laurine Roux, François Kasbi et Arnaud Ramsey.

Le Sud et ses héros

Certaines discussions aborderont d’autres disciplines artistiques, comme l’architecture avec l’autrice Brigitte Benkemoun et l’architecte Jean-Louis André dans « Nos maisons ont la parole », ou le cinéma dans un dialogue entre Nicolas Pagnol, petit-fils de Marcel, et l’acteur Philippe Ariotti. La programmation met également en avant des figures artistiques importantes de notre région, à l’image de l’intitulé certes attendu de l’un des cafés littéraires du samedi, « Paul Cézanne toujours à redécouvrir ».

Enfin, l’historien et académicien Pascal Ory présentera dans une conférence « Qu’est-ce qu’une nation ? Une histoire mondiale » son essai éponyme, puis le journaliste franco-suisse proposera une réflexion sur les États-Unis de Trump et le regard qu’elles portent sur l’Europe avec son ouvrage Cette Amérique qui nous déteste.

Dans ce foisonnement littéraire, le Sud demeure au cœur de la programmation. Le dimanche, une rencontre, intitulée « Marseille au cœur », accueillera l’écrivain René Frégni pour son dernier livre Marseille, exploration amoureuse et sensuelle de la Cité phocéenne en collaboration avec la photographe Frédérique Marie Minana. Il conversera avec Mathilda di Matteo, autrice du roman social La Bonne-Mère, et Belinda Cannone dont l’ouvrage Venir d’une mer est une exploration intime de ses origines.

CHLOÉ MACAIRE 
Du 7 au 10 mai
Divers lieux, Gémenos

Les auteurs·ices en tournée

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lisavoisard©MalikBeytrison-

Lectures à voix haute, ateliers créatifs, le dispositif met la jeunesse à l’honneur avec pour ambition de faire de la librairie un espace vivant de partage accessible à tous. Cinq artistes sont à l’affiche de cette édition. Magali Arnal, autrice-illustratrice bretonne connue pour ses histoires de véhicules, encadrera à Cagnes-sur-Mer, le 28 mai, puis le lendemain à la librairie le Poisson Lune à Marseille, des moments créatifs autour de son univers : création de faux objets archéologiques en aluminium repoussé inspirés de l’art scythe, et décors en papier découpé.

Anna Wanda Gogusey, illustratrice au style figuratif et impertinent – elle travaille aujourd’hui pour la presse, pour des institutions culturelles, pour des collectifs rocks et féministes underground, et pour l’édition –, invite les enfants à piocher un sujet, un verbe et un complément dans des boîtes mystère pour illustrer la phrase absurde qui en résulte, une façon jouissive d’entrer dans la création. Elle sera présente le 20 mai à Marseille, aux librairies Le Petit Pantagruel et Nozika, puis le 21 mai à Château-Arnoux.

De son côté, Jean-Claude Mourlevat, l’une des figures majeures de la littérature jeunesse française, lauréat du prix commémoratif Astrid Lindgren en 2021, proposera des lectures musicales, le 28 mai à la médiathèque de Barcelonnette et le 30 mai dans le cadre du festival Les Voix Partagées à Lauris. C’est au théâtre enfin, que nous convie Edouard Signolet, auteur, librettiste et metteur en scène formé à la Comédie-Française, pour des séances ludiques le 23 mai à la Librairie du coin à Rians, et chez Quartiers libres à Vitrolles.

La Suisse sera représentée en la personne de Lisa Voisard, illustratrice et créatrice de livres éducatifs. Elle viendra présenter ses « rama » (Ornithorama, Arborama, Insectorama, Florama) ouvrages mêlant science naturelle et poésie visuelle et animer des activités d’observation et de dessin floral chez Mazette à Marseille le 15 mai, et à la Soupe de l’Espace à Hyères et au Bateau lavoir à La Garde le 16 mai.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Tournez jeunesse !
Du 15 au 30 mai
Divers lieux, Région Sud

À Maupetit, une belle partie de golfe

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© Bernard Plossu

La Ciotat n’est certainement une ville comme les autres. Une ville de contraste, de lumière, d’un peuple vivant, travailleur, qui sait aussi apprécier l’oisiveté de la chaleur, le repos de la mer. Il n’en fallait pas plus pour attirer la curiosité naturelle de Bernard Plossu, illustre photographe dont on a la chance qu’il vive dans notre région, et qui a su en tirer, au cours de ses déambulations pédestres, son âme et sa beauté.

Voilà pourquoi l’éditeur arlésien Arnaud Bizalion a décidé de réunir des centaines de ces clichés ciotadens dans son ouvrage La Ciotat, récits du Golfe d’amour, tout juste paru. Des photos de Bernard Plossu, mais aussi des textes de Michel Cornille, Jean-Louis Tixier et Marie-Paule Viale, qui racontent les liens que plusieurs grands noms – auteurs, cinéastes, scientifiques – ont eu avec cette ville.

Comme un Fresson

Au gré des pages, on apprendra ainsi la vie mouvementée de Louis Marin, directeur de la librairie royale au XVIIIe siècle, né à La Ciotat, et qui passa quelques années réduit à l’esclavage, avant de devenir un des hommes de lettres les plus importants de son siècle. Les mots qu’a eu Ferdinand de Lesseps, ingénieur qui perça le canal de Suez, et qui inaugura aussi les chantiers navals de La Ciotat en 1869. Passent également par là Simone Veil, Georges Braque, Henry Miller et même Boby Lapointe.

Des grands noms, des petites histoires, qui se mêlent à la grande. Une gloriole qui contraste avec la poétique du rien de Bernard Plossu. Dans ses clichés, comme souvent, il saisit l’instant, son propre instant, donne de l’importance au banal, aux odeurs, aux sentiments, aux anonymes.

C’est d’ailleurs cela que l’on ressent sur les tirages exposés au premier étage de la librairie Maupetit. Des photos le plus souvent en couleur, sorties du légendaire atelier Fresson, dont le procédé de révélation des couleurs reste secret, et qui donne aux images une saturation unique, où l’on pourrait croire qu’il ne s’agit pas là de photo, mais de dessins au crayon gras. Une exposition visible gratuitement jusqu’au 9 mai, où l’on pourra également se procurer l’ouvrage.

NICOLAS SANTUCCI

La Ciotat, récits du Golfe d’amour

Arnaud Bizalion Éditeur – 45€

Roman-photos

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Vincent Quivy © Olivier Dion

Vincent Quivy cite en exergue de son nouveau roman, Un léger soupçon d’innocence, ces mots de Letizia Battaglia : la photographie est la vie racontée. Son texte en quelque sorte épouse cette approche. Soixante courts ou très courts chapitres correspondent à soixante photos qui chacune illustrent un moment de la vie du narrateur Bixente et de ceux qui l’entourent : ses parents, son frère, sa sœur et ses amis surfeurs, sa petite-amie Lou et celle de Val d’Huart, Tickie, qu’il aime secrètement.

Le roman nous replonge dans les années 1990 au Pays Basque français, qui à l’époque est marqué par les soubresauts de la violence politique de l’ETA. Si l’Espagne connait bien davantage que la France des attentats, il n’en reste pas moins vrai que Bayonne et sa région servent de zone de repli aux nationalistes et connaissent des attaques.

La littérature espagnole d’ailleurs a son grand roman de la terreur basque avec Patria, d’Arumburu, paru en 2016, qui sera adapté en série.

Le roman français de Vincent Quivy n’a pas cette opulence. Le jeune héros-narrateur a 17 ans. Peu avant les épreuves du bac, il est kidnappé, chez sa mère. Menotté, le visage recouvert, il est laissé, assis sur une chaise, dans une ferme de l’arrière-pays, pendant plusieurs jours, en subissant des interrogatoires de l’antiterrorisme, après l’attaque de la gendarmerie de Bidart. Nous sommes en 1994, sous le second mandat de Mitterrand, ami de la famille.

Comment enquêter, comprendre pourquoi il a subi ce sort, lui Bixente, qui n’est qu’un jeune surfeur de la plage des Casernes ou de celle d’Hossegor ? Quel rôle ont joué certaines photos, le montrant aux côtés de militants basques, lors de fêtes ou soirées ? Pourquoi son meilleur ami, Val a-t-il été jeté en prison pour l’affaire de Bidart ? Bixente se demande s’il y a moyen de faire reconnaître son innocence, s’il a eu raison de faire confiance à ses amis, à sa famille.

Les photos représentent des moments arrêtés de l’enfance, de l’adolescence, d’un mariage, d’un anniversaire, du temps qui a passé. Les photographies sortent aussi du cadre intime : photos dans les journaux, photos de police. Sont-elles des preuves, des images illusoires ? La vie avance en tournant les pages d’un album. La grand-mère d’Hendaye meurt, la mère de Bixente, malade, elle aussi disparaît. Le père s’efface à nouveau. La vie d’adulte mettra fin aux amitiés ; chacun suivra sa route.

Marie du Crest.

Vincent Quivy Un léger soupçon d’innocence, éditions du Rocher, 2026, 281 pages, 19,90 €

Dao, duo de célébrations

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Dao d’Alain Gomis © 2026 - Les films du Worso

Dao s’ouvre sur un prologue singulier et émouvant. On y rencontre les deux personnages principaux à l’heure où le film n’est encore qu’un projet en construction. Des actrices noires, pour la plupart non professionnelles, âgées d’une cinquantaine d’années, se succèdent devant la caméra d’Alain Gomis. Elles découvrent un texte qu’elles acceptent de lire ou non ; se livrent sur leur rapport souvent difficile au monde, au regard des autres, à leur précarité. Une parole rare que le réalisateur ne pouvait se résoudre à couper au montage. Mais également une belle idée de mise en scène, qui rappelle qu’un cinéma volontiers qualifié de naturaliste ou de documentaire pour son usage de la caméra à l’épaule ou de dialogues improvisés est avant tout le fruit d’un travail colossal, et d’un autre mode de composition – celui qu’Agnès Varda qualifiait de « cinécriture ». C’est ainsi que nous faisons la connaissance d’une fille et d’une mère, se reconnaissant le temps d’une lecture commune : Katy Corréa, comédienne non professionnelle dotée d’une aura sensible,et D’Johé Kouadio, formée, entre autres, à l’école Kourtrajmé, tombent littéralement dans les bras l’une de l’autre. Le récit peut alors commencer, et fera l’objet, par endroits, de nouveaux retours à des lectures entre comédiens pour souder les liens entre des personnages toujours plus nombreux.

D’un rite à l’autre

Autre très belle idée, celle de conjuguer en montage alterné les deux célébrations rituelles qui jalonnent la vie de Gloria : le mariage de sa fille en banlieue parisienne, et la cérémonie funéraire dédiée à son père, en Guinée-Bissau. Redouté par l’indépendante Gloria, qui ne nourrit à l’égard des hommes que rancœur et méfiance, le mariage de Nour est filmé avec une joie mais également une mélancolie certaine, que son achèvement dans une nuit marquée par une énième dispute entre cousins conclut sur une note douce-amère. À l’inverse, la cérémonie funéraire consacrant le père mort en ancêtre, après avoir fait l’objet d’effusions douloureuses – dont, admettons-le, de dispensables exécutions animales rituelles – se conclut sur une certaine sérénité. Durant les trois heures qui constituent le film, le temps passe à une allure folle. Il faut dire que la caméra sait capter des moments collectifs riches et expansifs, et de belles interventions de comédiens complices : Thomas Ngijol esquissant une tentative, rhétorique ou non, de coming-out, mais également Samir Guesmi, Nicolas Bouchaud … Et de nombreux comédiens et figurants, proches de la famille d’Alain Gomis, livrant au fil des déambulations des confidences que le réalisateur ignorait – notamment ce cousin racontant la mort de son père, tué par une mine alors qu’il livrait des armes aux indépendantistes.
Une belle et étonnante traversée.

SUZANNE CANESSA
Alain Gomis, Dao, 3h04, sortie le 29 avril
Le film sera projeté en avant-première le 23 avril aux Variétés et au Pathé Joliette à Marseille

L’amour sans mode d’emploi

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C’est quoi l’amour ? de Fabien Goreart © Deuxieme ligne films - Petit Film - France 3 cinema

Après Diane a les épaules, qui abordait la GPA à partir d’un attachement qui déborde, puis La Vraie famille, directement nourri de son histoire personnelle autour du placement familial, Fabien Gorgeart continue de filmer les liens au moment où ils se déplacent. Dans C’est quoi l’amour, une procédure de divorce religieux entre deux ex-conjoints restés en bons termes vient dérégler une situation que l’on croyait stabilisée.

Le film, affublé d’un titre bien moins délicat que ne l’est son intrigue, avance sans chercher à expliciter ni à reconstituer ce qui a eu lieu. Le comique n’est ni un objectif ni un contrepoint : il surgit des situations, des réactions, de dialogues qui restent au plus près du réel – et qui laissent affleurer une émotion plus sourde. Gorgeart ne change pas de terrain, mais déplace légèrement son geste.

Du centre commercial au Vatican

Laure Calamy et Vincent Macaigne forment un couple d’une évidence rare. Rien n’est appuyé, mais une histoire circule entre eux. Leur complicité, tangible à l’écran sans effort, tient sans doute aussi à un parcours commun, au théâtre et au cinéma, qui remonte à près de deux décennies.

Déjà présents dans La Vraie famille, Lyes Salem et Mélanie Thierry incarnent ici deux personnages secondaires particulièrement justes. Lui, en époux relégué au second plan, observe, accompagne, laisse faire avec une forme de bonhomie qui finit par décaler le regard. Elle, hérite d’une partition plus ingrate : il fallait bien tout son talent pour incarner cette catholique un peu rigide, sœur de curé, incapable d’envisager de ne pas se marier à l’église. Sans jamais basculer dans la caricature, Mélanie Thierry tient sa ligne avec une générosité et un engagement qui la rendent immédiatement crédible.

Dans ce jeu de déplacements, Céleste Brunnquell trouve naturellement sa place. Déjà remarquée dans En thérapie, elle confirme une présence très singulière, à cet endroit fragile où l’adolescence se prolonge encore dans les débuts de l’âge adulte.

Le film s’ouvre dans un centre commercial à Angoulême et se termine à Rome, au Vatican. On passe de l’un à l’autre sans que rien ne soit surligné. C’est la première fois que ces personnages s’y rendent – et on se surprend à se demander quand, pour la dernière fois, un événement de ce type a été filmé de cette manière dans un film, qui plus est grand public.

SUZANNE CANESSA