mardi 7 juillet 2026
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[DESIGN PARADE] La Villa Noailles toujours en parade

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© Camille Calvo

L’année 2026 marque les 20 ans du festival consacré au design d’objet à Hyères et les 10 ans de la déclinaison toulonnaise dédiée à l’architecture intérieure. Organisé par la Villa Noailles, le festival se dédie depuis sa fondation au soutien à la jeune création internationale, tout en affirmant son rôle de laboratoire esthétique.

Au cœur de la Parade, deux concours, récompensés par différents prix, réunissent dix finalistes en design d’objet et dix en architecture intérieure. Leurs projets sont exceptionnellement, pour cette édition anniversaire, exposés tout l’été dans les espaces de la fameuse villa conçue par Robert Mallet-Stevens à Hyères.

Éco-conception

Sans thématique cette année, il est précisé dans le règlement que le concours design d’objet ne concerne ni le domaine du stylisme de mode ni celui du graphisme, que les projets éco-conçus, sans utilisation de matériaux non recyclables sont favorisés, et que seuls les objets pour le quotidien ou pour la maison sont pris en compte.

Parmi les designers retenus figure notamment Eduardo Altamirano, dont le travail mêle artisanat latino-américain et narration sculpturale. Tin Ayala développe quant à elle une recherche autour des fibres naturelles et des savoir-faire vernaculaires andins. Camille Calvo s’intéresse aux relations entre couleur, décor et espace domestique, tandis que Gaspard Fleury-Dugy explore les usages transformables et les formes modulaires. Maïté Seimetz travaille elle des objets à forte dimension tactile, attachés aux gestes artisanaux et aux textures sensibles.

Repenser « la pièce idéale »

Quant au concours d’architecture intérieure de Toulon, il a demandé à ses candidats d’imaginer « une pièce à vivre » au sein de la Villa Noailles, réalisable avec un budget de 1 500 euros TTC. En filigrane, une réflexion sur les nouveaux modes d’habiter et sur les formes contemporaines de l’espace intérieur méditerranéen.

Parmi les projets retenus, Valentin Bayoud développe une approche scénographique de l’habitat modulable. Boris Cojean travaille sur des ambiances immersives à travers les jeux de lumière, de texture et de perception sensorielle. Le designer coréen Jaemo Lee propose une installation minimaliste explorant la relation émotionnelle à l’espace. Simon Searle et Victoire Lesthevenon interrogent les nouveaux usages domestiques à travers une réflexion sur le décor contemporain et les matériaux.

Histoire de Génération(s)

Cette édition anniversaire est également marquée par l’exposition 20+10 : Génération(s) Design Parade. Conçue comme une traversée historique du festival, elle réunit designers, architectes d’intérieur et créateurs passés par la Villa Noailles, aujourd’hui devenus des figures importantes de la scène internationale.

Parallèlement, l’exposition Suivez le fil ! Design et Textile, présentée à l’Hôtel des Arts TPM, explore les liens entre textile, espace et architecture intérieure à travers des œuvres issues du Centre Pompidou, du Mobilier national, du Centre national des arts plastiques et du musée des Arts décoratifs.

MARC VOIRY

Design Parade

Festival du 25 au 28 juin, expositions ouvertes jusqu’au 30 août

Villa Noailles, Hyères

Suivez le fil ! Design et Textile
27 juin au 31 octobre

Hôtel des Arts, Toulon

20+10 : Génération(s) Design Parade

Jusqu’au 30 août
Médiathèque Chalucet Salle d’exposition (ancienne chapelle), Toulon

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[CRAC] Une fabrique du regard

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Vue de l’exposition « Lucy McKenzie : Plastic Newspaper », 2026, Crac Occitanie, Sète. © Useful Art Services.

Plastic Newspaper est la première exposition monographique de Lucy McKenzie en France, qui s’inscrit dans un projet itinérant passé en 2024 par le centre d’art Z33 à Hasselt (Belgique), et en 2025 par le fjk3 – Contemporary Art Space de Vienne (Autriche). Une artiste écossaise (née en 1977 à Glasgow) aujourd’hui basée à Bruxelles, qui s’intéresse particulièrement aux inventions culturelles flirtant avec le divertissement, transformant le quotidien en spectacle permanent. En faisant référence notamment aux panoramas peints et aux dispositifs muséographiques du XIXe siècle, où se mêlaient art, science et divertissement.

Théâtre d’illusions

Le titre Plastic Newspaper renvoie d’ailleurs à une notion élaborée par l’historienne Vanessa R. Schwartz pour désigner des formes médiatiques hybrides, combinant images, sons et espaces pour produire une représentation spectaculaire du réel.

Utilisant notamment sa maîtrise de techniques traditionnelles – trompe-l’œil, imitation de matières, peinture décorative – Lucy McKenzie propose ainsi dans les différentes espaces du Crac un ensemble d’installations immersives et d’objets hybrides.

Parmi les dispositifs présentés figurent une façade de magasin fictive grandeur nature (The Faux Sports Shop), interrogeant le shopping, des mannequins en fibre de verre, imitant des statues classiques en bronze, sur lesquels elle fixe le visage sculpté de Zoya Kosmodemyanskaya, icône de la résistance soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Ou bien encore des cires anatomiques issues d’une collection médicale conservées à l’Université de Montpellier, qui étaient présentées sur un mode forain à Paris à la fin du XIXe siècle, entre instruction, science, curiosité et amusement.

Également présentées, des fresques monumentales (Mural Proposal for Jeffrey Epstein’s New York Townhouse (Filming of American Psycho)) et des installations évoquant des dispositifs anciens d’animation visuelle, notamment deux wagons de train dans lesquels on peut s’asseoir, discuter, s’embrasser et observer sans fin le paysage peint fixé sur un tambour mécanique (Moving Panorama (Trans Siberian)).

Trompe-l’œil 

Accompagné d’une critique féministe des structures de pouvoir, qui mobilise les codes de la mode, de la statuaire et de la culture de masse, un ensemble d’œuvres qui jouent sur la séduction visuelle, en révélant les mécanismes de construction des images et questionnant la manière dont les images produisent du désir, du pouvoir et de la croyance. Une exposition où le « trompe-l’œil » invite à interroger ce que l’on voit, et comment on le voit.

MARC VOIRY

Plastic Newspaper

Jusqu’au 6 septembre

Crac Occitanie, Sète

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Quand l’enfant grandit

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Gabin (C) Arizona Films

En  2013 Maxence Voiseux avait réalisé son premier court métrage, Des Hommes et des bêtes, où il filmait André Lourdel et son fils Hubert, éleveurs et vendeurs de bovins,  dans l’Artois.  Trois ans plus tard, il consacre son premier long documentaire, Les Héritiers, à Hubert  et ses deux frères qui travaillent tous dans les métiers de la viande. C’est lors de ce tournage qu’il  rencontre Gabin, âgé de huit ans, fils de Dominique, un des frères et de Christiane, sa femme. Il décide de filmer  cet enfant car «il était plus drôle et plus irrévérencieux que ses frères et ses cousins. Il osait déjà exprimer ses sentiments, ses volontés et pleurer, ce qui est rare dans cette famille. ». Ce qu’il va faire de 2019 à 2025. C’est le petit dernier d’une fratrie et pour Dominique, qui a consacré sa vie à sa boucherie, il est évident que Gabin prendra sa succession. Mais Gabin, lui, voudrait  faire un métier avec les animaux vivants.  Comment résister à cette pression paternelle ? Il n’est pas à l’aise à l’école. « Je me méfie, confie-t-il. On y fonctionne en bandes séparées. Je m’entendrais bien avec les filles ; les garçons ne comprennent pas les choses ! »…Gabin s’inquiète; sa mère s’est installée en 2012 mais malgré un travail acharné, la ferme est presque en faillite, confie-t-il à son amie, Lilou. « On n’a pas de  matériel, juste un tracteur et une remorque. Rien que de penser perdre les vaches, ça me fait mal au cœur ! »

Pour l’adolescent, la pression est forte. On le voit grandir entre les exigences de son père et l’affection de sa mère avec qui il a une tendre complicité.  A 14 ans il doit décider de son avenir .Quel lycée ? En internat ? « Du moment que tu bosses, je m’en fous » lui lance son père, déçu qu’il ne choisisse pas de s’orienter vers la boucherie. Ce sera un lycée agricole. On le voit avec ses camarades à l’internat, dans les alpages où il fait son stage, apprenant, avec un berger, à dresser un chien de troupeau. Le petit Gabin est devenu grand.  Il ira jusqu’au bout de ses rêves même si c’est dur de laisser sa mère, épuisée…Pour sortir de leur lassitude, Dominique et Christiane vont aussi faire des choix,  qu’on vous laisse découvrir. Des personnages attachants, des prés, les gestes du travail des champs, des visages, tout est filmé avec soin et justesse.

Si vous n’aimez pas la campagne, si vous n’aimez pas les paysages, si vous n’aimez pas les bêtes, n’allez pas voir Gabin ! Si non, courez- y et vous y rencontrerez des gens très attachants que vous quitterez à regret.

Annie Gava

Gabin sortira en salles le18 novembre

 © Arizona distribution

[FESTIVAL D’ÉTÉ DE CHÂTEAUVALLON] Papillon, œillets et cigarières

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Beauséjour © Christophe Bernard

Le site de Châteauvallon a été conquis par les Varois, qui ont construit l’amphithéâtre, soutenu la programmation du temps où le FN tenait Toulon, et ont vécu depuis 60 ans dans ce lieu des soirées intenses, mémorables, de musique, de danse, de théâtre. Programmer chaque année un festival à la hauteur de la beauté et de l’histoire du lieu est un défi, que la programmation 2026 relève avec brio… Ce sera la dernière de Charles Berling, qui prend sa retraite de directeur – mais pas d’artiste ! Il laisse à sa succession un théâtre créé pour lui à Toulon, et un Festival unique par son cadre, et son histoire.

La venue de Nelken dans l’amphithéâtre est certainement l’événement de cette édition 2026. La pièce, légendaire, de Pina Bausch, reprise par son Tanztheater de Wuppertal, se danse sur un épais tapis d’œillets roses. Elle est une des plus belles, des plus tragiques de la chorégraphe, celle où la fragilité des corps, des gestes, se violente, se menace. Les quatre dates (du 9 au 12 juillet) sont les seules en France de la tournée internationale. Des films sur Pina Bausch, dont le sublime Pina de Wim Wenders, seront projetés à 19 h.

Portraits de femmes

Mais comme les années précédentes le Festival débute avec lyrisme, en juin (26, 28 et 30 juin), par une grande production de l’Opéra de Toulon. Madame Butterfly est un opéra étonnant, parce que la musique de Puccini est sublime, mais aussi parce que le personnage de la Japonaise trompée et délaissée est de fait au centre de la musique. Ce papillon, incarné par Sunyoung Seo, soprano sud-coréenne, se brûle les ailes, détruite par la domination coloniale et masculine. Elle ne se révolte pas, mais dit, en renonçant, toute la violence d’une femme, puis d’une mère, dupée et arrachée à sa culture.

Les Résistantes, quant à elles, sont passées à l’action. Philippe Collin et Charles Berling, ainsi que Violaine Ballet à la création sonore, s’attachent au destin de Geneviève de Gaulle, Mila Racine et Lucie Aubrac, figures essentielles de la Résistance. Comme lors de leur dernière collaboration sur Léon Blum, le spectacle part d’un podcast de Radio France, regroupe musiciens et amateurs autour d’un plateau radio qui se transforme en scène du monde. Et aiguise notre conscience politique en rappelant les fondements de notre République, mais aussi l’invisibilisation de nos héroïnes (4 juillet).

Danser le désir et les générations

Autre femme, autre opéra, autre danse. Avec Carmen Abou Lagraa transforme l’opéra de Bizet et son féminicide en une danse aux Carmens multiples, où la gitane est incarnée par les femmes, et les hommes, du Ballet de Tunis. Un chant à la liberté des corps, qui ne retient de l’opéra que ses élans de désirs, de liberté et de plaisir, et non ses meurtres, possession et jalousies (24 et 25 juillet).

Mourad Merzouki, dans Beauséjour (16 et 17 juillet) fait dialoguer deux générations de danseurs autour du style souvent imité mais toujours singulier de sa compagnie Käfig. Le hip-hop défendu par sa génération a perdu de l’ampleur, mais pas sa joie !

C’est aussi de la danse qui conclura le festival, avec la création de No Mundo / En ce monde de Franck Micheletti : Kubilai Khan Investigations, KKI pour les intimes, se produira dans plusieurs espaces du site, pour huit performances en déambulation, poursuivant son investigation du corps déplacé, et de ses liens à la nature et au son (28 juillet).

AGNÈS FRESCHEL

Festival d’été
Du 26 juin au 28 juillet
Châteauvallon, scène nationale d’Ollioules

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Cartographie des marges

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Exposition Prête à partir d'Ahram lee © CAIRN

Présentée jusqu’au 16 août au Cairn – Centre d’art informel de recherche sur la nature, l’exposition Prête à partir conclue le travail de résidence mené par Ahram Lee depuis le printemps 2025. L’artiste y explore des espaces intermédiaires et des empreintes discrètes résultant de transformations diverses du paysage, en privilégiant « une économie de moyens propre à son vocabulaire plastique ». Son regard s’attache à ce qui manque, à ce qui disparaît ou demeure en périphérie du regard, les bords de route, les traces laissées par des usages anciens ou des transformations récentes : « l’envers d’une carte » en quelque sorte.

Arbres coupés et toponymie

Ainsi, au cœur de l’exposition, une série d’œuvres sur papier suspendues prend pour point de départ des souches d’arbres récemment abattus le long de la RN85. Des empreintes circulaires, réalisées à partir des coupes de troncs, qui composent une forme de cartographie flottante et fragile.

Sur les murs, une constellation de fragments de bois gravés où apparaissent des noms de rues de Digne-les-Bains qui ne renvoient pas à des patronymes, mais à des expressions, des lieux ou des usages liés au territoire. Comme la rue « Prête à partir », qui donne son titre à l’exposition : une alerte ancienne liée aux risques d’inondation provoqués par les crues des rivières environnantes. À travers cette proposition, l’artiste met en lumière une mémoire vernaculaire inscrite dans la langue même de la ville, liée à la géographie, aux catastrophes naturelles et aux usages du paysage.

MARC VOIRY

Prête à partir

Jusqu’au 16 août

CAIRN - Centre d’Art Informel de Recherche sur la Nature

Digne-les-Bains

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[BIENNALE D’AIX] Création et patrimoine à Aix-en-Provence

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Jeanne Vicerial. Buste n°1 Minerva, "celle qui mesure", 2024 Cordes, fils, bronze-travail à la main. Courtoisie de l'artiste et Templon, Paris–Bruxelles–New York © Laurent Edeline

Du 13 juin au 4 octobre, la Biennale d’Aix-en-Provence donne carte blanche à l’artiste Jeanne Vicerial pour une exposition-parcours intitulée Incarnation. Première artiste en France à obtenir un doctorat SACRe (Sciences, Arts, Création, Recherche), elle a construit un langage plastique singulier à partir du fil textile, donnant naissance à des figures anthropomorphes en noir et blanc monumentales, interrogeant le corps féminin, ses métamorphoses et ses représentations à travers l’histoire de l’art, le sacré ou encore la mythologie.

Rituel, mémoire et création

Incarnation relie quatre lieux patrimoniaux de la ville : le Musée des Tapisseries, le musée du Pavillon de Vendôme, la galerie des sculptures du Musée Granet et la Chapelle de la Visitation, chacun de ces lieux développant « une dimension différente de cette idée d’incarnation ».

Au Pavillon de Vendôme, le visiteur découvre le processus de création de l’artiste, tandis que le Musée des Tapisseries accueille les costumes réalisés pour Atys, le ballet-opéra chorégraphié par Angelin Preljocaj. La Chapelle de la Visitation accueille quant à elle des œuvres réunies dans une dimension plus rituelle et spirituelle. Enfin, la galerie des sculptures du Musée Granet présente des photographies réalisées avec la photographe Leslie Moquin.

Made in Italy

À La Manufacture, la Biennale d’Aix, dont l’Italie est le pays invité, propose, en partenariat avec l’association Parallax, La mode italienne de Marino Parisotto. L’exposition met en lumière cette figure de la photographie de mode des années 1990 et du début des années 2000, disparu en 2022, ayant collaboré avec de nombreuses maisons emblématiques du luxe italien et international. Une exposition qui insiste sur la place singulière qu’occupe l’argentique dans son travail, où « le hasard devient composant » et « l’erreur devient caractère ».

Ré-ouverture estivale


La bastide du Jas de Bouffan, propriété des Cezanne à la fin du XIXe siècle, terrain de jeu du jeune Paul, avec ses grands murs où il a peint ses premières œuvres, dont certaines étaient revenues à Aix pour la grande exposition de l’été 2025, avait rouvert quelques semaines ses portes au public pour l’occasion. Elles s’étaient ensuite refermées, pour que les travaux de restauration puissent se poursuivre. Elles se ré-ouvrent de nouveau en cet été 2026 (jusqu’au 31 octobre) en commençant par une soirée surprise organisée par la Biennale ce 14 juin.

MARC VOIRY

Incarnation

Du 13 juin au 4 octobre

Musée des Tapisseries, Musée du Pavillon de Vendôme, Musée Granet et Chapelle de la Visitation

La mode italienne de Marino Parisotto

Du 13 juin au 31 juillet

La Manufacture

Ré-ouverture de la bastide du Jas de Bouffan

Du 15 juin au 31 octobre

Soirée surprise la 14 juin

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Une odyssée humaniste au cœur du vivant

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Le-Village des sourds © X-DR

Fidèle à l’esprit insufflé par Serge Barbuscia, le Théâtre du Balcon se fait le réceptacle des palpitations du monde, et déploie une programmation à l’audace rare. Entre théâtre de mémoire revisité, écritures contemporaines engagées et envolées transdisciplinaires, chaque journée s’articule comme un voyage au bout de l’altérité. Les spectateurs sont invités à une traversée intellectuelle et sensorielle permanente, ponctuée par la traditionnelle respiration du jeudi.

Éclats de la pensée

Le programme s’ouvre dès 10 h avec la délicatesse de La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, dans une mise en scène subtile signée Philippe Person. Cette œuvre charnière explore avec tendresse la fragilité des êtres intérieurs, les fêlures familiales et les paradis artificiels que l’on se construit pour échapper à la brutalité du réel. Un prélude poétique d’une profonde sensibilité humaine.

À midi, le théâtre se mue en agora philosophique avec la présentation deLa Peste d’Albert Camus. Portée par le Théâtre national du Luxembourg et magnifiée par la mise en scène de Frank Hoffmann, cette adaptation réunit sur scène Marie Jung et François Camus. Par le prisme de l’allégorie camusienne, le spectacle interroge avec force les notions de responsabilité collective, de sursaut moral et de fraternité indéfectible face aux obscurantismes. Un dialogue qui se prolonge à 13h30 avec L’Étrangère de Jean-Baptiste Barbuscia, relecture lumineuse et féministe qui donne enfin la voix au personnage de Marie Cardona.

Des odyssées intimes

À 15h15, les frontières s’effacent pour laisser place au Syndrome d’Ulysse, une odyssée théâtrale et musicale co-écrite par Ali Babar Kenjah etSerge Barbuscia, sous la direction musicale de Jérémy Bourges. Cette pièce interroge l’identité et tisse un pont fraternel entre le mythe antique et les exils contemporains. À 17 h, l’émotion se fait vibrante avec Charlotte, d’après David Foenkinos. Mis en scène par Thierry Surace, ce spectacle retrace le destin foudroyé de l’artiste Charlotte Salomon, hymne bouleversant à la puissance salvatrice de la création.

La fin de journée gagne en légèreté et en souffle à 18h45 avec Voltige. Écrit et mis en scène par Éric Metayer, avec la complicité de Dorine Bourneton, ce récit enjoué célèbre la première femme handicapée pilote de voltige. Un élan irrésistible de liberté et de dépassement.

Enfin, les soirées du Balcon s’organisent en deux temps forts inclusifs, à 20h35. Du 4 au 14 juillet, Le Village des sourds de Léonore Confino (mise en scène Catherine Schaub) propose une expérience bilingue français/LSF d’une rare force émotionnelle. Du 15 au 25 juillet, c’est Le Patron d’Alfred Alexandre, sous la direction d’Ewlyne Guillaume et porté par le CDN de Guyane, qui vient clore la nuit en explorant avec superbe les dynamiques du pouvoir et de l’émancipation.

DANIELLE DUFOUR-VERNA

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Aix en Juin donne le la

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ORFEO VACILLA, Marie Molliens © Christophe Raynaud de Lage

Avant que ne se lèvent les rideaux de juillet, Aix en Juin remet le Festival en circulation, à Aix-en-Provence comme dans le plus vaste Pays d’Aix. Du 12 au 30 juin, trente-huit manifestations entièrement gratuites – concerts, spectacles tout public, master classes, ateliers et cycle cinéma – composent ce prélude généreux où se croisent artistes invités, jeunes talents de l’Académie, amateurs et publics curieux. Le 12 juin, le très attendu Panorama ouvrira la marche place des Prêcheurs, avec les équipes du Festival et les artistes de l’édition 2026, entre échanges et interventions musicales.

La fête hors les murs
Dès le 13 juin, le « Parcours initiatique » associera le Collectif Meute, Passerelles et des musiciens de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée dans une performance collective nourrie de projets participatifs. Puis Aix en Juin prendra le large. Les 19 et 20 juin, l’abbaye de Silvacane, à La Roque-d’Anthéron, accueillera Les Voix de Silvacane, parenthèse vocale dans l’écrin cistercien : Ana Silvera et Saied Silbak y feront entendre Songs We Carry, entre folk, oud, chant arabe classique et mémoire ladino ; l’Ensemble vocal Aix-Marseille Université rejoindra la chanteuse sarde Alessandra Soro, tandis qu’Emma Fekete, future Papagena de La Flûte enchantée, proposera un récital avec guitare.

Du 21 au 25 juin, le CIAM, Centre international des arts en mouvement, ouvrira ses pistes à ORFEO VACILLA, Cirque et voix lyrique en Zone Instable. La compagnie Rasposo y relira Orphée et Eurydice de Gluck dans une réécriture de Marie Molliens où fil, voltige et voix de contre-ténor feront vaciller le mythe du côté de la fragilité humaine. Le 24 juin, au Pavillon Noir, le trio algérien TinniT fera tinter son jazz méditerranéen, entre groove nord-africain et écriture contemporaine.

L’Académie en lumière

Du 25 au 30 juin, les concerts de l’Académie prendront le relais au Pavillon Noir. Sous l’œil de Darrell Babidge, Dorothea Röschmann et Leonardo García-Alarcón, les jeunes artistes de la Résidence Voix offriront plusieurs récitals d’airs d’opéra, dont l’un sera repris à L’Étincelle de Venelles, autre escale hors d’Aix. Côté instruments et composition, Pierre-Laurent Aimard, Marco Stroppa et Clara Iannotta accompagneront quatre pianistes et quatre compositeurs vers deux concerts de répertoire moderne et contemporain. Les 26 et 27 juin, à la Manufacture, la Compagnie Du Schmock proposera un spectacle d’objet inspiré de La Flûte enchantée.

Au Grand Théâtre de Provence, les masterclass publiques permettront d’approcher le travail de transmission au plus près, tandis que le cycle cinéma fera écho aux opéras de juillet. Enfin, le 29 juin, Parades transformera de nouveau le cours Mirabeau en grande scène lyrique : Leonardo García-Alarcón y dirigera les solistes de La Flûte enchantée, Cappella Mediterranea et le Chœur de chambre de Namur.Une fête finale avant l’ultime journée de l’Académie, pour rappeler que, bien avant juillet, Aix chante déjà – et bien au-delà de ses murs.

SUZANNE CANESSA

Aix en juin
Du 12 au 30 juin
Aix-en-Provence, La Roque-d’Anthéron, Venelles et environs

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Faire durer les Festivals

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© Yann Bouvier

La conférence de presse organisée par la Région Sud le avait notamment pour but d’affirmer qu’elle « voit la culture non pas comme une dépense mais comme une identité », selon les mots de sa vice-présidente chargée de la culture et du patrimoine culturel Sophie Joissains. Cette « identité » de « terre de festivals » a conduit la région à se distinguer d’autres collectivités qui se sont désengagées brutalement du financement de la culture, comme le Pays de Loire. Mais si la baisse des subventions à la Culture a été moins brutale et moins notable (entre 5 et 10% selon les opérateurs), Sophie Joissains explique, avec regret, que la baisse des dotations d’État a amené la Région à se recentrer sur ses compétences obligatoires, tout en maintenant « autant que possible » son soutien, « essentiel aussi pour l’attractivité du territoire ».

D’ailleurs, les représentant·es des festivals n’aborderont jamais les difficultés financières qu’ils rencontrent tous pourtant, en raison de cette baisse générale des subventions régionales, qui se combine à d’autres désengagements locaux, et à une hausse des coûts.

Le coût environnemental, au contraire, a occupé une place centrale dans les prises de parole. Chacun·e abordé les dispositions mises en place pour minimiser l’impact environnemental des festivals, qui nécessitent souvent une mutualisation des transports techniques, et une réflexion sur les déplacements du public. À ce sujet Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie artistique, a annoncé la création d’un pacte intitulé « Transition en scène » donnant des directives pour une meilleure soutenabilité des institutions signataires.

Durabilité

Tiago Rodrigues, le directeur du Festival d’Avignon (voir p 68 et 69) qui fête cette année ses 80 ans, s’interroge : « Comment exister encore dans 80 ans ? ». Le bouleversement climatique impacte particulièrement le Festival d’Avignon, qui subit les canicules de plein fouet, et a adapté ses horaires, en prévoyant une pause durant les heures les plus chaudes. Mais la question dépasse les enjeux environnementaux : il s’agit aussi de faire vivre l’héritage de la décentralisation initiée par Jean Vilar qui a installé le plus grand festival de théâtre dans la Cité des Papes. Mais « comment décentraliser au plus près quand on représente nous-mêmes une nouvelle centralisation ? ».

Cette question est au cœur du projet du Festival de Chaillol depuis 30 ans, comme l’explique son directeur Michaël Dian. Proposer l’excellence musicale dans les villages des Hautes Alpes est l’essence même de sa démarche qui « concerne » aujourd’hui « tous les habitants ». Une démarche à laquelle Les Rencontres d’Arles (voir p 42 et 43) travaillent aussi, en particulier étendant leurs expositions jusqu’en octobre : Aurélie de Lanlay, directrice adjointe du Festival, soulignait le succès de La rentrée en images, fréquentée par 4800 lycéens en 2025.

Car cette richesse tient aussi de la diversité des arts représentés dans ces festivals – malgré l’étonnante omission de la danse durant la conférence, le Festival de Marseille étant absent. Comme le souligne Hugo Lucchino, nouveau directeur de la Villa Noailles, le festival est « le seul en France à faire découvrir la création contemporaine dans les domaines de la mode, de l’architecture ».

Lyrique

La continuité que toustes appellent de leurs vœux prend des airs de résurrection pour les Chorégies d’Orange (voir p 84), représentées pour l’occasion par leur président Richard Galy, qui est également président de la Commission Rayonnement culturel de la Région. Cet été, explique l’édile, marque le début d’une restructuration du plus vieux festival de France, ce qui passe par un changement de statut et l’embauche d’un nouveau directeur artistique pour l’édition prochaine.

Nouveau directeur également, Ted Hufman confirme la démocratisation en cours du Festival d’Aix (voir p 26 et 29), avec Aix en juin, en entré libre, qui s’étoffe, et les programmes qui se sont ouverts au jazz et aux musiques de la Méditerranée.

Reste que pour le lyrique, les financements publics demeurent importants. Avec ses 11 millions de subventions, le Festival d’art lyrique est mieux doté que le Festival d’Avignon (moins de 8 millions pour le In et le Off) ou que les Rencontres d’Arles (moins de 4 millions). Alors même qu’il concerne moins de spectateurs et génère moins de retombées économiques pour le territoire, l’impérieuse nécessité de faire des économies ne remet pas en cause sa primauté.

L’opéra n’a pas de prix, mais les autres festivals sont tout aussi essentiels !

CHLOÉ et AGNÈS FRESCHEL

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Poussière d’étoiles, nos festivals

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Il est un discours discriminatoire qui court les présentations de festivals et les déclarations de politique culturelle. Il s’agirait, année après année, de « rajeunir les publics », voire de « dépoussiérer le théâtre » pour les autres. Lorsqu’un directeur de théâtre choisit pour « son » public des œuvres simplifiées et « dynamisées » pour « dépoussiérer » sa programmation, il renonce, de fait, à la pensée complexe. Celle d’Edgar Morin, centenaire qui donnait des leçons de jeunesse si souvent à Avignon. Qui expliquait si bien que se débarrasser des aspérités et des traces du temps, c’est céder à l’idée que le présent doit s’adapter à la vitesse imposée du monde, et interdire l’avenir en niant la mort.   

Le théâtre n’est pas un yaourt nature, un tweet, une distraction. Il peut construire des digues, imposer des arrêts, des catharsis, provoquer des entailles profondes. Il est puissant. Il n’existe que s’il bouleverse, que s’il change nos vies intimes et modifie le cours du monde. Quand je dis le théâtre, je veux dire tous les arts du partage, de la scène et des rues. Tout cela vibre ensemble, creuse, s’empoussière, salit, se détrempe de larmes, va chercher dans les replis de l’histoire, se nourrit de contradictions, d’émotions, de souvenirs, de douleurs. L’avenir ne se construit pas sans remuer la poussière, le théâtre non plus. Nos festivals.

Les festivals résistent

Aujourd’hui tous sont entrés en résistance. Leur existence est clairement menacée par la perspective du RN au pouvoir. Déjà, dans les communes qu’il gouverne, il annule, détruit, à Vauvert, Six-Fours… L’extrême droite s’empare aujourd’hui des manifestations culturelles pour parfaire sa fabrique de l’opinion, entamée dans les médias et les réseaux sociaux. Ceux-ci ont déjà imposé l’idée que les gens cultivés sont une « élite intellectuelle », pour mieux masquer le véritable élitisme, de classe. Les simplifications médiatiques ont déjà contaminé les discours publics, qui répètent qu’il faut économiser l’argent public dans une activité qui rapporte pourtant, en termes de retombées économiques, 6 fois son coût aux terres de festivals. Et en termes de retombées intimes, tant de joie, qu’ils combattent plus que tout, parce que le désespoir ranci est leur fonds de commerce, le terreau des replis identitaires.

Transgénérationnez ! 

Quant à la nécessité de rajeunissement du public, et aux commentaires sur les têtes grises majoritaires dans les festivals de classique, lyrique, jazz, danse et théâtre, ils deviennent insultants à force d’être répétés comme une évidence. Insultants pour les jeunes, qui seraient incapables d’ingérer autre chose que du look et des musiques actuelles qui font bouger les corps. Insultants pour les vieux et les vieilles qui ont le droit d’aller au théâtre et au concert sans s’y sentir indésirés. 

Les têtes grises (ou teintées) sont majoritaires dans le public parce qu’elles sont majoritaires dans la France adulte (+ de 18 ans), dont la moyenne d’âge avoisine les 50 ans. Ce qui est exactement l’âge moyen des spectateurs du Festival d’Avignon. On ne fabriquera pas le public de demain en culpabilisant celui d’aujourd’hui d’aimer le théâtre. 

Alors, festivalez, sans culpabilité, sans retenue, quel que soit votre âge. Sortez des schémas qu’on vous impose, allez voir ailleurs, plus profondément, soulevez la poussière. L’été des festivals commence. Il ne sera le dernier que si on les laisse faire. 

AGNÈS FRESCHEL


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