vendredi 10 avril 2026
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Deux rois(nos présidents)

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© Valentine CHAUVIN

Depuis le début de la Ve République, les présidents successifs ont su, à l’envi mais pas toujours à dessein, jouer de leur image. Peut-être est-ce d’ailleurs une nécessité dans un régime si fortement présidentiel, qui fait du chef de l’État le visage officiel du pays pour le temps de son mandat… Depuis 2019, Léo Cohen-Paperman de la Cie Les Animaux en Paradis s’intéresse à ces personnages médiatiques et politiques dans sa série théâtrale 8 Rois (nos présidents). Chaque épisode est consacré à un président, et explore par ce biais une époque. Le théâtre du Train Bleu accueille deux de ces pièces : Le Dîner chez les Français de V. Giscard-d’Estaing et Génération Mitterrand

La première est une comédie musicale déjantée qui met en scène « VGE » et son épouse Anne-Aymone, dans un de leurs repas chez des concitoyens – habitude prise par le couple pour « regarder la France au fond des yeux » selon les mots du président. Très vite, ce dîner s’avère être une métaphore de son mandat, et les conversations se font le reflet des tensions qui ont marqué l’époque (lire notre critique sur journalzebuline.com). 

La seconde donne la parole à trois personnages ayant, dans leur jeunesse, appartenu à la Génération Mitterrand et qui ont depuis emprunté des chemins idéologiques bien différents. Chacun·e d’entre eux livre son récit, son parcours, ses déceptions politiques, et donne à voir et à entendre sa version du président Mitterrand. 

CHLOÉ MACAIRE 

Génération Mitterrand 
Jours impairs, du 5 au 23 juillet 
Le Dîner chez les Français 
Du 5 au 24 juillet 
Théâtre du Train Bleu, Avignon

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Ulysse à Gaza

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ULYSSE A GAZA (Cie le bar de la poste) © Th. Vaude
ULYSSE A GAZA (Cie le bar de la poste) © Th. Vaude

La compagnie marseillaise Le Bar de la Poste présente Ulysse à Gaza, un appel théâtral écrit en 2010 par le dramaturge israélien Gilad Evron. Véritable cri d’alerte en direction de ses compatriotes, ce texte interroge la responsabilité morale et collective face au blocus imposé à la bande de Gaza, que l’auteur décrit comme « une prison à ciel ouvert ». « Comment accepter un siège qui, selon les faits et les documents officiels, dont certains issus de Tsahal même, ne laisse à cette population que le minimum d’approvisionnement et peu d’espoir de rêver à un avenir meilleur » écrivait l’auteur en… 2011. Quinze ans plus tard, cette œuvre, dépassée pa l’actualité, continue à questionner : comment continuer à vivre « normalement » aux portes, franchies, de l’inacceptable ? 

En choisissant de monter ce texte rare et engagé, La Compagnie marseillaise du Bar de la Poste poursuit son travail autour du théâtre documentaire et propose une mise en scène qui donne toute sa place à la complexité et à la force de la parole d’Evron. Entre tragédie, absurde et éclats de comédie humaine, la pièce interroge les mécanismes de l’oubli, du refoulement, mais aussi ceux de la Résistance. 

ANNE MARIE THOMAZEAU

Ulysse à Gaza
Du 5 au 15 juillet à 14h45 
Théâtre du Verbe Fou

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Viril(e.s)

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Viril(e.s) © X-DR
Viril(e.s) © X-DR

La Cie DTM de Montreuil dirigée par Marie Mahé, jeune créatrice talentueuse, revient dans le Off avec son spectacle présenté en 2023. Il bouscule les idées reçues sur la féminité et la virilité, le rôle de l’éducation, de la transmission familiale et ce qu’elle peuvent avoir d’étouffant. Marie Mahé parle du genre et de la construction des identités avec des textes écrits à partir de témoignages pour essayer de sortir des stéréotypes. Quatre comédiennes et un comédien occupent la scène avec une grande énergie, partageant leurs souvenirs d’enfance, leurs interrogations. « Qu’est-ce qui va pas chez moi ? ».

Comment se construire dans un monde qui change trop vite, comment trouver sa place, comment s’accepter et accepter les autres ? Interrogations multiples sur cette scène nue, occupée seulement par des chaises d’écoliers.

En fond de scène une grande toile de l’artiste Docteur Bergman représente la copie du Patrocle de David. Un buste d’homme, de dos, imposant, écrasant. Le langage est cru, sans tabou ; ça rit, ça gueule, ça chante, ça saute. Ça vit ! « Je parle de ma génération telle que je la vois » dit la metteuse en scène qui a aussi assuré l’écriture.

CHRIS BOURGUE

Du 5 au 26 juillet
11. Avignon à 16h20

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Du charbon dans les veines

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charbon
© Grégoire Matzneff

Dans le OFF 2024, on découvrait cette nouvelle pièce de Jean-Philippe Daguerre. Coup de foudre général de la presse, des professionnels et surtout du public. Cinq nominations à la cérémonie des Molières ont couronné cet engouement général. Tous ont été subjugués par cette histoire ancrée en juin 1958, à Noeud-les-Mines où les poussières de charbon s’incrustent dans les poumons des ouvriers et dans les aliments qu’il faut scrupuleusement nettoyer. Ici on a pour héros un certain Raymond Kopa, issu de l’immigration polonaise installée dans le nord de la France. On s’ébahit devant la fée télévision qui réunit famille et amis dans le café du coin. Voici  une histoire généreuse, des dialogues riches qui serrent la gorge ou déclenchent un rire franc, des comédiens de talent, un metteur en scène, l’auteur lui-même, discret et efficace, le tout dans un décor impressionnant signé Antoine Milian, éclairé de quelques notes d’accordéon. Un plaisir théâtral total.

JEAN-LOUIS CHÂLES

Du 5 au 26 juillet
Théâtre du Chien qui fume, 10h

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H#mlet, d’après Shakespeare

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H#mlet, d’après Shakespeare
© X-DR

Il est fou Hamlet entre sa joie de jouer la folie et sa colère qui gronde ; il est fou Victor Duez en comédien solaire et solitaire sur ce plateau tout en chambre d’ado pour endosser tout ça ; il est fou Christophe Luthringer dans cette poignante et poétique mise en scène entre Darkvador et Eminem. Mise en scène d’un Hamlet seul au plateau avec tout ce monde dans sa tête, d’où sortent des poupées, des sons, l’envie ou pas d’Ophélie… Seul !  a- t’on besoin d’un adversaire pour un combat d’épée au théâtre ? Le tragique de celui qui se bat est immense : se battre contre soi, contre son ombre, contre Claudius son oncle et meurtrier de son père, contre sa mère qui s’est remariée si vite. 

« Être ou ne pas être ? ». Quitte à se poser la question autant être seul et cette folle mise en scène fait transparaître la joie de cet acteur qui comme Hamlet joue des autres, joue des vidéos si drôles et des apparitions, bien sûr, d’une mère insupportable.

« Être ou pas ? être est la question »  est un autre traduction (To be or not, to be), pas si fantaisiste : il est bien là ce comédien savoureux et sensuel, précis et pas si seul que ça on vous dit ; il a ses marionnettes à hurler de rire,  il a ce bâton tête de mort, forcément, il a des partenaires oh combien sympathique tel un R2D2 qui l’attend devant sa porte !  Il y a des figurines de Star War,  il y a les Doors, les Floyd,  il y a du rock : car il joue de la guitare le bougre. C’est un bel Hamlet intelligent et rare.

RÉGIS VLACHOS

Du 5 au 26 juillet
Théâtre Le Cabestan

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Sous les étoiles du Lubéron

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Mur Murs (C) Ciné Tamaris

Films, expositions, mini concerts en juillet

Créée en 2022, l’association Les rendez-vous d’Agnès  organise chaque été  dans le Lubéron un hommage à Agnès Varda ; projections de films,  expositions, concerts. Cette année, pas moins de 6 lieux. Après une projection « hors les murs » au Cinématographe de Château Arnoux où Agnès Varda avait tourné avec JR le documentaire Visages, villages, ce sont les villages de Buoux, Joucas, Bonnieux et Cucuron où on pourra voir des films de la cinéaste  ainsi que le  film  d’un autre réalisateur en écho avec son travail. Des séances en plein air à la tombée de la nuit.

Le 16 juillet à 18h, à la Maison du Livre et de la Culture de Bonnieux, ce sera la comédie musicale Les Demoiselles de Rochefort (1967) et le lendemain, en partenariat avec Terra incognita, à Joucas, le premier film en couleurs d’Agnès, Le Bonheur. Les deux jours suivants, 18 et 19 juillet, c’est à Buoux que la manifestation se poursuivra avec le documentaire de Gilles Perret, La Ferme des Bertrand  (https://journalzebuline.fr/jusqua-la-fin-des-foins) et  Mur Murs, un voyage d’Agnès à Los Angelès  pour admirer ses « murals ». Un film qui n’a pas pris une ride. Buffet avant les projections.

Pour terminer,  c’est au cinéma Le Cigalon de Cucuron que sont proposés deux documentaires Black Panthers (1968) et Salut les Cubains (1963), un puzzle photographique et musical.

Elise Padovani

https://www.lesrendezvousdagnes.fr

Pour réserver : +33 6 95 53 15 21

NÔT

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nôt
© Pedro Macedo

Parce qu’il a été trahi, il a juré de faire exécuter chaque matin la femme qu’il aura épousée la veille. Alors Shéhérazade parle. Chaque nuit. Des histoires qui s’enchaînent, se tressent, et s’interrompent à l’aube pour retarder la mort. C’est dans cette frénésie vitale et fabulatrice que Marlene Monteiro Freitas ancre NÔT, création envoûtante, et première œuvre chorégraphique à ouvrir, en 79 éditions, la Cour d’honneur du Festival d’Avignon le 5 juillet prochain. La chorégraphe capverdienne y engage les corps dans un rituel d’histoires suspendues, de récits diffractés, de vérités remodelées. Une nuit de plus, dit-elle. Comme une réponse obstinée à la logique du pouvoir qui se voudrait définitif, tranchant. Une nuit de plus, comme Shéhérazade qui, conte après conte, retarde l’issue.

Éloge de la différance

Ici, la danse prend le relais de la parole: elle interrompt, elle prolonge, elle résiste. La gestuelle de Marlene Monteiro Freitas est un débordement : visages contractés, mouvements heurtés, rythmes dissonants. Dans la Cour d’honneur du Palais des papes, les huit interprètes surgissent, masqués, grimés, démesurés. Des fantômes bavards qui, à défaut de parler, dansent pour ne pas mourir. La scène est un champ de forces : beauté et grotesque, désir et cruauté, rire et tension. 

On retrouvera sans nul doute la signature de Monteiro Freitas : foisonnement visuel, théâtralité débordante, ambiguïté et beauté queer comme ligne directrice. Mais NÔT creusera un sillon moins obscur : celui qui croit encore possible de différer l’exécution.

SUZANNE CANESSA

Du 5 au 11 juillet
Cour d’honneur du Palais des Papes

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Fusées

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Fusées, Jeanne Candel, 2025 © Jean-Louis Fernandez
Fusées, Jeanne Candel, 2025 © Jean-Louis Fernandez

Actrice, metteuse en scène et codirectrice du théâtre de l’Aquarium à Paris, Jeanne Candel a créé Fusées en 2024 avec ses complices Vladislav Galard, Sarah Le Picard, Jan Peters et Claudine.

Simon (Cie La Vie brève). La pièce raconte les aventures galactiques de deux astronautes égarés dans l’univers. Elle s’inspire du film Out of the Present d’Andrej Ujica, et refuse les écrans et les moyens numériques pour se concentrer sur trois bouts de ficelle bien agencés. 

Un théâtre artisanal revendiqué par Jeanne Candel, qui aime mêler comique et inquiétude, absurde et profondeur, envolées et matières triviales, musique et poésie, simplicité de trait et baroquisme des couleurs et des matières. 

Fusées est en tournée depuis un an et adresse sa fantaisie à tous les publics à partir de 6 ans. Kyrilet Boris (Vladislav Galard et Jan Peters), assistent de loin à l’agonie de la planète. Boris en pleure,  Kyril en rit. Le tout est accompagné des mélodies de Schütz, Bach, Tom Waits ou Schumann, qui gravitent sur les notes d’un piano retourné ou d’une cithare bricolée. Car les instruments, aussi, sont artisanaux et bizarres, ravivant par leur présence les émotions qui tournent dans l’intergalactique intérieur.

AGNÈS FRESCHEL

Du 6 au 8 juillet à 11h et 18h
Théâtre Benoît XII

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De génération en génération

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Tiago Rodrigues, 2025 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Zébuline : Quelles sont  les caractéristiques de cette 79e édition ?

Tiago Rodrigues : Nous poursuivons la route d’un festival de création. Cette année nous programmons quarante-deux spectacles, plus de la moitié viennent pour la première fois, plus de la moitié sont en première mondiale et  n’ont jamais été vus, plus de la moitié sont portés par des femmes…

Vous aimez cet équilibre,  en particulier entre ce que l’on retrouve et ce que l’on découvre.

Oui. La création c’est l’improbable, le matrimoine, c’est aussi les retrouvailles avec les dernières œuvres des grands noms, Ostermeier, Anne Teresa de Keersmaeker ou Marthaler, et la découverte d’autres dont on ne sait pas encore prononcer le nom…

Parmi ces retours, Le Soulier de satin dans la Cour d’honneur ?

C’est un retour multiple. Celui de Claudel bien sûr, clin d’œil à la version de Vitez, en 1987, dont tous les festivaliers historiques se souviennent. Celui de la Comédie-Française dans la Cour, celui d’Eric Ruf, dont c’est la dernière mise en scène en tant qu’administrateur de la Comédie-Française, celui de Didier Sandre qui jouait Rodrigue dans la mise en scène de Vitez, celui de Marina Hands, qui reprend le rôle de Prouhèze, que jouait sa mère Ludmila Mikaël… Ce sont des couches et des couches d’histoires et de confidences, notre public adore ce labyrinthe historique, tous ces fantômes bienveillants qui habitent la Cour. Ce sera un spectacle fleuve, avec plusieurs entractes, différent de la version parisienne, adaptée pour l’extérieur et le lieu. Une vraie nuit blanche avec cafés et plusieurs entractes, comme celle de Vitez. Évidemment la Comédie-Française est ici chez elle…

Vous programmez aussi des projets inattendus, risqués, politiques

C’est une des missions du Festival. Il s’agit d’être à la hauteur de notre histoire avant tout en la poursuivant. En 1947 après la guerre, Jean Vilar voulait un festival populaire, démocratique et républicain.  Aujourd’hui le lexique aussi s’est démocratisé, et on ne peut plus dire ces mots sans dire progressiste, international, féministe et anti-raciste

Avec Claire Hédouin, ou les Radios live, ou le Procès Pélicot vous programmez des formes inattendues, à la limite du théâtre

C’est aussi une de nos missions, dans la continuité de Jean Vilar : renouveler le rapport avec le public, chercher les formes qui le permettent. Avec Que ma joie demeure l’an dernier, avec le Prélude de Pan cette année, Claire Hédouin, que nous accueillons en partenariat avec Villeneuve-en-scène, travaille sur l’espace vivant. Il ne s’agit plus seulement de sortir du bâti, mais d’inventer un nouveau rapport ente le vivant et les arts vivants. 

Quant aux formes qui émanent du journalisme, elle renversent le théâtre documentaire en quelque sorte, une forme très présente sur les scènes. Avec Aurélie Charon, ce sont les journalistes qui font du théâtre, et les témoins qui portent leur propre parole. Caroline Gillet innove elle aussi, avec One’s own room Inside Kaboul où elle nous plonge dans la solitude d’une femme afghane enfermée.  Ces formes m’intéressent, j’aime qu’on se confronte à des spectacles où on se demande « Qu’est-ce que c’est, du théâtre, du reportage, du débat ? ». C’est comme cela que les formes avancent.

Pour Gisèle Pelicot la démarche de Milo Rau est  différente. Elle s’inscrit dans la décision  de Gisèle Pelicot  de rendre public son procès, pour que « la honte change de camp ». La première lecture a eu lieu à Vienne, il s’agit de rendre hommage au courage de cette femme.  Ce sont les paroles telles qu’elles ont été tenues qui sont lues par des comédiens, mais aussi par des figures publiques. Ce procès eu lieu ici, à Avignon, il a eu un très fort impact dans la ville.

C’est aussi la première fois que la danse ouvre la Cour d’Honneur…

Oui, Marlene Monteiro Freitas ouvre la cour avec Nôt, mais elle n’est pas seulement une chorégraphe  invitée, elle est l’artiste complice de cette édition, comme Boris Charmatz l’était l’an dernier. Lui avait proposé trois formes très différentes, avec Marlene, on a exploré plus largement sa bibliothèque, les musiques et les pensées qu’elle aime. C’est une artiste très présente à Paris, mais n’était venue à Avignon qu’avec (M)imosa en 2011 avec Cecilia Bengolea et François Chaignaud. C’est la première fois qu’elle vient pour son propre travail.

Cette complicité, donc, se traduit par l’ouverture de la Cour d’Honneur, liée au chef-d’œuvre de la langue invitée, les 1001 Nuits. Le duo RI TE où elle danse avec Israël Galvan et qui joue sur une complicité dissemblable autour  du flamenco. Le duo Jonas&Lander, avec qui elle travaille depuis longtemps et l’invitation de Georges Didi-Huberman au Café des idées. C’est une lectrice vorace  et  inspirée de sa pensée  de l’art et de la philosophie. Et le cycle Pedro Costa au cinéma l’utopia qui complète ce volet de la programmation conçu par Marlene, qui m’a influencé au-delà de cela par des dialogues constants. 

Vous parliez de la langue invitée, la langue arabe. Pourquoi ce choix ? 

Le principe d’inviter une langue est en place depuis 3 ans, et après l’anglais et l’espagnol, cela me semblait évident. Parce qu’elle est la troisième langue parlée dans le monde, et parce qu’elle est la deuxième parlée en France. La richesse patrimoniale traverse ce festival, tout est traduit en arabe…

Avez-vous fait un travail auprès du public français arabophone ? 

Oui, cette langue, et en particulier le partenariat avec l’institut du monde arabe et le spectacle autour d’Oum Kalthoum, nous a permis, contrairement aux langues invitées les années précédentes,  d’aller vers des publics nouveaux, arabophones, du territoire. Des collégiens, des lycéens des spécialités théâtre, intéressés par les répertoires en langue arabe, même si beaucoup le parlent et ne  le lisent pas, et que les langues arabes sont multiples. Nous avons collaboré avec les bibliothèques d’Avignon, cherché des fables inspirées du territoire, travaillé avec des associations du champ social et médico-social, avec la Maison de s femmes. Une approche du public qui est clairement inédite pour nous. Bouchra Ouizguen, chorégraphe marocaine,  a travaillé avec des amateurs du territoire et présentera They always come back le 4 juillet en avant-première, puis les 5 et 6 pour deux représentations gratuites devant le Palais des Papes. 

Il semble qu’on entendra peu la langue arabe, il y a beaucoup de danse et peu de théâtre….

Oui, je comprends cette remarque. On aurait pu avoir plus de théâtre en langue arabe, on en aura d’ailleurs l’année prochaine, programmer des formes théâtrales prend plus de temps. Mais on entendra de l’arabe, des arabes, de Syrie, de Palestine, d’Égypte, d’Algérie. Nour, programmé avec l’Institut du Monde Arabe, fera le tour des poésies de ces pays, en faisant entendre à la fois leur richesses et leurs différences. Le Syrien Wael Kadour, le Palestinien Bashar Murkus écrivent et jouent en arabe. Et on va  voir la langue, tout sera sous titré en arabe, il est déjà dans toutes nos pages de programme. 

D’ailleurs les spectacles de danse parlent aussi. Ils expriment  l’exil forcé, le corps déraciné, d’une façon particulière, ce qu’on verra dans le spectacle produit avec les hivernales du tunisien Mohamed Toukabri. On entendra aussi la langue arabe dans les radio live d’Aurélie Charon. Et puis on pensera aussi le rapport à la langue arabe en France, les problématiques de l’enseignement, des ces arabophones analphabètes dans leur langue faute d’enseignement de l’écrit. Au Café des idées Leila Slimani parlera aussi de son rapport à la langue arabe. Ce qui m’intéresse, c’est que le festival bruisse de langues différentes et de pensées sur la langue. On s’assume polyglottes et internationaux. 

Interstellaire même… Votre spectacle, La Distance, est une dystopie qui retrace un dialogue épistolaire entre un père et sa fille. Lui habitant une Terre devenue désertique, elle ayant choisi l’exil sur Mars…

Dystopique je ne dirai pas ça, je l’ai pensé comme une anticipation malheureusement, cela ne dépeint pas une société imaginaire, il est probable que la terre devienne inhabitable. On est loin de la fantaisie, les données scientifiques  sont documentaires… Je situe cela dans 50 ans , en 2077, la fille est sur Mars, il s’agit aussi de savoir comment dialoguer avec autant de distance, comment rendre compte des troubles de ces deux mondes, comment aussi le conflit de génération se poursuit, conflit que l’on trouve aujourd’hui entre une jeunesse qui se sent sacrifiée par les modes de consommation de notre génération.

Notre génération… vous vous projetez plutôt dans le père ? 

J’ai l’âge d’Adama Diop, comédien  avec qui je travaille depuis 4 ans, depuis La Cerisaie, et Dans la mesure de l’impossible. Alison Deschamps est une brillante et très prometteuse, et très jeune comédienne. Je l’ai vue dans des projets d’école du TNB (École supérieure d’art dramatique de Bretagne ndlr), elle est bouleversante. Avec eux on a commencé  à imaginer une correspondance, avec une dimension de transmission évidement, due à nos âges respectifs.

Comment se traduit sur scène cette Distance ?

Tout l’enjeu de la mise en scène repose sur ce défi de créer une distance alors qu’ils partagent le plateau. J’ai pensé à la circularité, donc à une tournette, ils ne se rencontrent jamais. Ou presque. Peut-être une fois. Les grandes décisions je les prends à la fin, la procrastination est un ressort de la création … 

Vous écrivez donc jusqu’au bout, et changez vos textes au plateau ? 

J’écris surtout au plateau. Je viens de finir le texte hier (entretien réalisé le 20 juin ndlr ), il est très inspiré des recherches faites en répétition, j’écris tous les matins pour répéter l’après-midi. Ce que je cherche, c’est écrire des pièces qui sont des imaginations partagées. Cela rend le processus d’écriture fiévreux et intéressant. On se demande ce qu’on va jouer et pas seulement comment on va le jouer. Toute l’équipe de création participe à l’écriture, mais surtout les comédiens.  J’écris le texte, mais il vient d’eux. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

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Le Canard Sauvage

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© Debora Mittelstaedt

Régulièrement, Thomas Ostermeier retrouve son Opéra d’Avignon. En 2004, un salon était surplombé par aquarium géant pour Nora et la Maison de poupée d’Ibsen. En 2012, Ibsen encore : le quatrième mur s’effondrait pour les besoins d’une assemblée générale scène-salle dans Un ennemi du peuple . En 2015, un détour par Shakespeare : au sein d’une boîte noire, cernée de mignardises à l’italienne, rôdait le plus sociopathe des monarques, Richard III. 

Cette année Ostermeier retrouve Henrik Ibsen pour Le Canard Sauvage. Au même titre que Un ennemi du peuple, publié deux ans plus tard, la pièce questionne la vérité. Au culte de la loyauté, exalté par le héros Un ennemi, le protagoniste central du Canard répond par le bon usage du mensonge.

Une fois encore, le co-directeur de la Schaubühne-Berlin écaille le vernis qui enlumine une famille en apparence sans histoire. Fidèle à ses approches, le dramaturge s’approprie le texte original dont il resserre la durée et actualise le vocabulaire. D’autre part, les caractères féminins sont étoffés, en harmonie avec les inclinations du moment. 

De quelle manière Thomas-le rusé aborde-t-il un espace qu’il connaît mieux que jamais ? On n’en dira pas plus, sinon que ça tourner et tournebouler, cet été à l’Opéra du Grand Avignon.  

MICHEL FLANDRIN

Du 5 au 16 juillet, 17h
Opéra du Grand Avignon

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