lundi 9 février 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Accueil Blog Page 13

Un nouvel avenir pour Le Moulin

0

Un Moulin, des paroles, et des actes. Ce 14 janvier à la Cité de la Musique, à l’occasion d’une rencontre professionnelle autour de l’avenir du Moulin, la Ville de Marseille a dévoilé son plan pour relancer la salle historique de Saint Just. Sise boulevard Perrin dans le 13e arrondissement, elle avait été cédée au printemps 2024 à la Ville de Marseille par la famille propriétaire. Depuis, beaucoup se demandaient quel serait l’avenir de ce haut-lieu de la nuit marseillaise. Bonne nouvelle, elle restera un espace de diffusion culturel, après un appel à projets à venir en février 2026.

Parmi les critères qui seront retenu par la Ville, outre le prolongement d’un projet culturel et artistique tourné vers la musique, apparaissent l’ancrage dans le territoire et l’ouverture aux habitants du quartier, l’inclusivité et la diversité culturelle, les dynamiques partenariales ou l’écologie du projet. Côté calendrier, la sélection finale aura lieu en juin, pour une réouverture espérée avant la fin de l’année.

Une histoire à relancer

Ancien cinéma de quartier devenu salle de concerts en 1989, Le Moulin a connu d’importants travaux dans les années 2010, pour aboutir en 2012 à la réouverture d’un espace à part : une salle triplement modulable, pour une jauge à dimension variable pouvant atteindre les 1500 places. La programmation, elle, s’était petit à petit concentrée sur la scène rap hexagonale, avant de se raréfier ces dernières années.

Vendue à la Ville en 2024, l’espace a été cédé totalement à nu : plus d’équipements, ni de matériel – il n’y avait même plus d’extincteurs. Depuis quelques mois, le bâtiment a tout de même été mis à disposition de l’association Le Nomad’, qui y a installé provisoirement ses bureaux et activités.

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Les légendes ont la peau dure

0
Eliana Figueroa et Matias Santos - danseurs du Ballet Teatro Colon© X-DR

Le programme est proposé par Jean-Charles Gil, ancien directeur du Ballet d’Europe et danseur étoile fétiche de Roland Petit. C’est un hommage à sa ville et à la danse qu’il aime, et qu’il a dansée, fondée sur l’excellence d’une technique académique, une connaissance historique rigoureuse des répertoires romantique et moderne, et un attrait pour des années 70 pop et colorées.

Reprendre ces répertoires du XXème siècle à l’opéra, avec son orchestre, tend à affirmer l’opportunité, à côté de la création contemporaine, de conserver et donner à voir les plus beaux moments de ces grands ballets, qui constituent une mémoire de la danse. Discutable parce qu’essentiellement performative, éminemment genrée et intrinsèquement douloureuse pour les interprètes, mais qu’il serait regrettable de perdre faute de danseurs combattants : le public friand de cette danse et adepte de cet art sportif est nombreux, et les deux représentations affichent d’ores et déjà complet.

Marseille au coeur

Il faut dire Marseille fait figure d’exception dans l’histoire du ballet. Avec Marius Petipa tout d’abord, qui a écrit en 50 ans (de 1860 à 1910) plus de 60 ballets classiques, en les imposant comme un spectacle détaché de l’opéra, et en fixant le déroulement formel des pas-de-deux (adage, variation masculine et féminine, coda). Le programme permettra de voir les plus célèbres de ces duos codifiés et genrés, extraits de La Bayadère, La Belle au bois dormant et bien sûr Le Lac des cygnes.

Petipa est un Marseillais qui a fait l’essentiel de sa carrière à Saint -Pétersbourg avec les Ballets russes, comme Maurice Béjart à Paris puis Bruxelles (1960-1987) et Lausanne (1990-2007). La danse de Béjart, profondément musicale, abandonne le pas-de-deux pour des duos et des variations moins formalisés, et une liberté narrative où les idées s’incarnent comme dans Liebe und Tod, dans Bakhti, d’inspiration indienne, dans le Soldat amoureux, où le soliste enchaîne des doubles tours et batteries virtuoses sur une chanson populaire italienne.

De très belles pages de Lazzini seront aussi dansées sur la scène de l’Opéra de Marseille, où certaines furent créées : le chorégraphe, qui quant à lui est né à Nice, dirigea le Chœur de ballet de l’opéra de Marseille avant la création du Ballet National de Marseille par Roland Petit, et Gaston Defferre, en 1972. De Joseph Lazzini, chorégraphe inventif qui a participé à la libération de la danse académique avant la vague de la nouvelle danse française et américaine, on pourra voir deux Pas-de-deux, écrit sur les 1ère et 3ème symphonies de Mahler.

Car une des qualités du programme est aussi de relier le ballet à la musique orchestrale : Minkus, Tchaïkovski et Mahler seront interprétés par l’orchestre de l’opéra, dirigé par Ermanno Florio. Dans un programme où l’on peut noter l’absence totale de femmes à la baguette musicale et chorégraphique : les danseuses ne sont que des étoiles qui brillent au ciel d’un univers très masculin où les danseurs, aussi, sont des objets scintillants.

Le répertoire, c’est aussi cela.

Agnès Freschel

Marseille danse ses légendes

les 24 et 25 janvier

Opéra de Marseille

Retrouvez nos articles Scènes ici

Un Conte (de Monte Cristi) revisité

0
© L.S

Pour leur premier évènement de l’année, le Pôle culturel Miremont au Plan de Cuques proposait une création particulière : Monte-Cristo revisité. Créé en 2024 dans le cadre du festival Oh les beaux jours, ce spectacle immersif allie spoken-word et composition musicale électronique (Fred Nevché) aux illustrations d’Alfred (Lionel Papagalli), auteur de bande dessinée.

La disposition scénique est simple : une table où s’installe Fred Nevché, avec son ordinateur et un micro, et pour accompagner en images, une projection où le public observe les dessins réalisés sous caméra. Entremêlant passages du roman et extraits des mémoires d’Alexandre Dumas, le musicien-poète bascule entre la vie fictive d’Edmond Dantès et la vie, réelle, d’Alexandre Dumas, et tente par là d’explorer les origines de ce grand roman français.

Des illustrations pour accompagner la performance

Les premières images débutent par la page blanche, mais ce schéma (un peu répétitif à la troisième reprise) est changé lors de la fuite de Dantès. Lorsqu’il se retrouve jeté à la mer, le dessinateur utilise des techniques de sérigraphie de différentes couleurs et un montage vidéo pour insuffler du mouvement à l’illustration. Plus tard, lors de la découverte du trésor, l’illustrateur place ses mains devant la caméra avant d’en dégager une aperçue, comme si le spectateur se retrouvait à la place de Dantès qui le découvre. Côté musique, la page ne l’emporte jamais sur la voix, rythmée et théâtrale, si bien qu’on a tendance à l’oublier. Malheureusement les passages qui sont seulement instrumentaux laissent à désirer : les beats électroniques sont redondants, de manière générale, les éléments musicaux ne ramènent pas à l’histoire racontée, et ne traduisent pas la nature épique de l’œuvre.

L’homme derrière le Comte

Loin de s’étaler sur l’histoire que l’on connaît déjà si bien, l’artiste multiple dirige notre regard vers un homme mystérieux derrière le rideau. On y découvre les débuts d’un homme « aux yeux bleus » et aux « cheveux crépus ». Fils du Général Dumas, il est descendant du surnommé « marquis » de La Pailleterie et de Marie Cessette Dumas. Cette dernière, achetée en tant qu’esclave par le marquis, puis affranchie, sera par la suite vendue – avec ses enfants. Alexandre de La Pailleterie rachète enfin son fils, et tous rentrent de l’île Saint Domingue en Normandie. Mais lors de son entrée dans l’armée, le futur Général décide de garder le nom de sa mère, Dumas, et son fils (l’écrivain) honorera cette tradition. Le roman serait-il alors un clin d’œil, voire un hommage à Marie Cessette Dumas, née à Monte Cristi – une région de l’île de Saint Domingue – et qui fut la matriarche du Général Dumas, Dumas, l’écrivain, et son petit-fils, le dramaturge ? Fred Nevché pose la question : et si l’art révélait une partie de l’histoire cachée ?

LAVINIA SCOTT
Spectacle donné le 16 janvier au Pôle Culturel Miremont.

Retrouvez nos articles Musiques ici

« Diamanti », habilleuses de rêves

0

Diamanti est un récit encadré dans la grande tradition narrative des contes. Un film dans le film, s’inscrivant lui-même dans d’autres films références. Un hommage au septième art et aux femmes. Aux actrices et à celles qui les habillent – couturières, chapelières, brodeuses, teinturières, stylistes. Les premières incarnant ici les secondes. Toutes comparées par le réalisateur à des « diamants », résistantes, précieuses, offrant mille facettes.

C’est l’été romain. Dans un jardin, une vingtaine d’actrices de tous âges- un vrai vaginodrome, raille l’une d’elles, et deux hommes sont attablés autour de plats de lasagnes. Le réalisateur interprété par Ferzan Özpetek en personne, les a convoqués pour la lecture du scénario de son prochain film : Diamanti. Un film où les femmes seront « les protagonistes absolues ».

Les voix off de chaque lecteur-trice nous téléportent dans ce film, et les années 70. On est à Rome. Dans un fameux atelier de création pour théâtre et cinéma, la Sartoria Canova, dirigé par deux sœurs : Alberta (Luisa Ranieri) et Gabriella (Jasmine Trinca). La première inflexible, menant ses équipes à la baguette, en mode Meryl Streep du Diable s’habille en Prada, la deuxième cassée par un drame personnel, douce et triste. La commande en urgence d’un cinéaste réputé, pour un film se déroulant au XVIIIème siècle, et l’arrivée d’une terrifique costumière oscarisée pour mener ce projet, vont mettre tout l’atelier sous pression. On passe du lieu d’un travail qui occupe les journées et parfois les nuits mais solidarise les femmes, au domicile de chacune où elles sont isolées : de l’épouse battue à la célibataire libérée jouissant d’amants de passage, de la mère démunie face à son ado dépressif à celle abandonnée en charge d’un garçonnet. A l’Atelier, Silvana (Mara Venier), figure  nourricière, déesse de la pasta, dont on devine la solitude, les materne toutes. Les destins des « patronnes » s’esquissent : amour perdu pour Alberta, deuil impossible pour Gabriella. Ensemble, ces femmes sont tout. Fortes et solidaires jusqu’au crime, prêtes aux défis. Seules, elles redeviennent vulnérables, soumises aux diktats sociaux.

Satin et crinoline

Le film s’habille de styles divers : un soupçon de comédie musicale, un peu de mélo, une pincée de comédie romantique glamour, une pointe de drame social, une rasade d’extravagances felliniennes…

Dans ce récit choral, les hommes restent au second plan, moins brillants : un cinéaste exigeant, un panel de pères (le despotique, l’absent, le démissionnaire), un mari violent et odieux ou des chics types sans oublier les jeunes livreurs ou acteurs à moitié nus que les couturières espiègles s’amusent à mesurer au centimètre.  

Les drapés coulent à l’écran, perles et galons, jupes à paniers et coiffes à la Fontange ; 160 mètres de tissu doublé de crinoline noire pour la robe rouge en bouquet final.

Avec la complicité du chef costumier Stefano Ciammitti, Ferzan Özpetek célèbre les grands noms italiens de la discipline ( tous des hommes) : Pierro Gherardi (et ses robes sculptures pour Mina), Piro Tosi (chef costumier de Visconti), ou Danilo Donati (primé pour le Casanova de Fellini). On voit les robes inoubliables de Claudia dans Le Guépard et de Romy dans Ludwig.

Un film dédié in fine à Mariangela Melato, Virna Lisi et Monica Vitti. Trois actrices avec lesquelles Ferzan Özpetek aurait rêvé tourner, aujourd’hui disparues, mais éternelles comme les diamants.

ELISE PADOVANI

Sortie le 21 janvier 2026

Avignon en hiver

0
Les Meutes © Vincent Berenger

Le festival d’hiver des scènes d’Avignon évolue, dans une certaine idée de la continuité, devenue aujourd’hui marginale. Ainsi Julien Gélas invite Nicolas Pagnol au théâtre du Chêne noir hérité de son père. Les textes de Marcel Pagnol y seront dits par… Vincent Fernandel. Le fils de Gérard Gélas programme aussi sa propre adaptation du Horla de Maupassant, adapté à l’ère de l’I.A.

Un autre père presque fondateur du Off reste aux commandes : Serge Barbuscia (Théâtre du Balcon) est président des Scènes d’Avignon, et propose une édition des 20 ans qui s’attache à rendre hommage : ainsi le 27 janvier une pause déjeuner sera proposée autour d’André Benedetto, dramaturge qui créa le premier festival Off en 1966, dans un élan politique qui annonçait les jolis jours de Mai… et les frictions fécondes du In et du Off.

Mais cette édition de Fest’hiver ouvre aussi largement les portes de la capitale du théâtre à de nouvelles formes, de nouveaux lieux, et des talents qui vivent hors des remparts et de la ville. Ainsi le 23 janvier les ateliers collectifs de la Cie Sortie 23 invitent le public aux Bains Pommer, magnifique lieu patrimonial récemment restauré. La soirée des 20 ans se tiendra à LaScierie, dans l’esprit de ce tiers lieu industriel, avec DJ, rencontres et guinguette bio.

Du théâtre des femmes

Mais l’essentiel à Avignon restera toujours le théâtre ! L’Entrepôt (Cie Mise en scènes) et le Festival d’Avignon sont partenaires des Scènes d’Avignon*, et chacun propose un ou plusieurs spectacles, qui souvent entrent en résonance avec leur dernière ou leur future programmation d’été.

Ainsi le Festival d’Avignon programme La Lettre de Milo Rau à la Fabrica ; Judith Desse, à l’Entrepôt propose Colette au pays du Soleil levant un émouvant quintet écrit dans une maison de retraite, où les danseurs ont les corps recouverts d’argile, qui deviendra poussière.

Les femmes sont aussi beaucoup plus présentes sur les plateaux des Scènes d’Avignon, qui restent majoritairement, mais plus uniquement, dirigées par des hommes. Et les metteuses en scène proviennent de toute la région : ainsi Wilma Levy (Cie marseillaise Des Passages), après Héroïnes, travaille avec Charlie Radix sur la sororité, et le lien de la politique et de l’intime. Eloïse Mercier (Cie toulonnaise Microscopique) joue Les Meutes avec Gauthier Bauxebelt, un duo dans l’air du conte à la prose ciselée, avec Lou, les loups et leurs meutes plus ou moins sauvages. Marie Provence (Cie marseillaise 7e Ciel) reprend La Stupéfaction, où un trio d’êtres cabossés se confronte et s’entraide. Enfin la Cie marseillaise Le Vaisseau propose sa deuxième création, écrite et mise en scène par Nina Ayachi et Clara Chrétien : Le Cabaret des Oiseaux, une lutte conte les portes fermées et la mort, dans un registre pourtant burlesque, aussi…

Agnès Freschel

Fest’hiver
Du 23 janvier au 1er février
Divers lieux, Avignon
*Théâtre des Halles, du Balcon, de Chêne noir, du Chien qui fume, des Carmes et Transversal

Retrouvez nos articles Scènes ici

Invitation au voyage

0
© Marseille Concerts

Toujours rattachée au répertoire baroque italien, l’œuvre de Domenico Scarlatti a pourtant marqué l’histoire de la musique espagnole. C’est du moins la lecture qu’en propose l’interprétation fine et personnelle de Jean-François Dichamp, idéale dans le cadre des désormais immanquables récitals du dimanche matin au Foyer de l’Opéra. Le clavier galant mais fiévreux de l’Italien longuement établi à la cour de Madrid y rencontre le piano post-romantique, pétri de références à Goya, d’Enrique Granados. Dextérité, vocalité, mais également conjugaison sensible de grotesque et sublime unissent ces deux compositeurs pourtant éloignés de près de deux siècles.

Danses de l’intime

Héritières des suites de danse, les sonates de Scarlatti sont en effet marquées de pulsations et de syncopes proches de leur imaginaire et de leurs tempi. C’est notamment le cas de la K193, virtuose, riche en ornements princiers, et de la K414, aux martèlements particulièrement obsédants. Mises en perspective, les Goyescas de Granados lui répondent avec panache, mais également en creusant le versant sentimental qui s’y laissait deviner. Elles s’y apposent notamment dans leur recours aux appogiatures, magnifiées par le toucher délicat de Jean-François Dichamp.

Los Requiebros et le Fandango de Candil se révèlent ainsi à la fois dépouillés et tourmentés. L’opéra n’est jamais loin, notamment lorsque surgit le chant profond de La Maja y el Ruiseñor, ou la mélancolie grave d’El Amor y la Muerte. Mais le baroque des sonates K25 et K8 ne pâlit pourtant pas face à de tels déchaînements de lyrisme et de mélancolie. La première convoque le spectre du contrepoint et de la fugue, où la main gauche sert de point d’ancrage. La seconde, dans ses retards, chromatismes et jeux d’imitation, se révèle d’une foudroyante modernité.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été joué à l’Opéra de Marseille le 18 janvier dans le cadre de la saison Marseille Concerts.

Retrouvez nos articles Musiques ici

Entre cultures autochtones et rythmes syncrétiques

0
Zawia Fama © X-DR

Animé par Yassine Laroussi, le groupe Zawia Fama s’est formé autour de musiciens venus de divers horizons, leur point commun est la ville de Marseille comme port d’attache. Empruntant son nom aux zawias, confréries ancestrales qui rassemblent des disciples autour de pratiques mystiques et de rituels collectifs, le groupe conjugue fraternité et diversité.

L’autre partie du nom, Fama, est un prénom donné principalement en Afrique de l’Ouest, lié aux langues et culture mandingues comme le bambara, où il signifie « reine » ou « celle qui est honorée ». Fama est aussi un hommage à la grand-mère de Yassine auprès de laquelle il apprend les valeurs d’hospitalité et de dignité.

Musique gnawa et soin des âmes

Le répertoire gnawi, ou musique gnaoua, puise ses racines dans le lien historique et culturel entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Introduite au Maroc et en Algérie dès le XVe siècle par des esclaves originaires du Ghana, de la Guinée et du Mali, cette tradition musicale reflète un syncrétisme entre les rythmes hypnotiques et polyrythmiques subsahariens, les pratiques animistes et les influences soufies maghrébines arabes et amazighes.

Les Gnaouas, musiciens nomades, ont développé ce répertoire d’une zaouïa à l’autre, parcourant les confréries mystiques, mêlant invocations aux djinns et saints aux rythmes des percussions et chants d’Afrique de l’Ouest. Le guembri (luth à trois cordes), les qaraqeb (crotales métalliques) et le tbel (tambour) incarnent cette hybridité, où les polyrythmies ternaires et binaires du golfe de Guinée se superposent à des structures nord-africaines.

Pour Yassine Laroussi, animateur du groupe « chacun est porteur de sa culture et de ses influences musicales. Zawia Fama est comme un mausolée imaginaire qui permet d’abriter cette diversité et permet son harmonisation et son alchimie. Au croisement d’emprunts musicaux circulants, il en sort un cocktail au groove percutant et une invitation dans l’univers de la transe. »

Une identité musicale hybride qui se construit au fil du parcours entre le Maroc et Marseille comme un carnet de voyage. Par essence, les musiciens de Zawia Fama sont un peu troubadours, porteurs et transmetteurs de culture, la musique gnawie est leur point central. Cette musique de liberté se nourrit des rythmiques africaines se sublime par des expressions de transes corporelles et d’un imaginaire très coloré.

Avec des titres emblématiques comme Yemma ou Amazighia, le voyage est assuré jusqu’à Tiznit (Maroc), haut lieu de la culture amazighe. À l’occasion de Yennayer, Nouvel An amazigh 2976, cette chanson célèbre la fierté d’une identité amazighe affranchie d’un monde mortifère cerné par les frontières, celles dressées par les États-nations comme celles, plus bruyante que jamais, des velléités de guerre.

La scène marseillaise occupe une place particulière pour le groupe qui s’y produit régulièrement, la prochaine date du 23 janvier à la brasserie Zoumaï, sera de nouveau l’occasion de retrouver un public fidèle et de partager la nouvelle année, sous le signe de la paix et de la tolérance.

SAMIA CHABANI

Zawia Fama
23 janvier
Brasserie Zoumaï, Marseille

Retrouvez nos articles Musiques ici

T’as essayé le curcuma ?

0
© X-DR

T’as essayé le curcuma ? est un fanzine réalisé par un collectif d’entraide handie, qui rassemble des textes militants, des témoignages, des poèmes, lus à la librairie Transit lors d’une soirée dédiée à l’antivalidisme l’année dernière. Pour célébrer la sortie du fanzine, et dans la continuité de ce premier événement, une scène ouverte avait lieu vendredi 16 janvier, autour du validisme, des maladies chroniques et du handicap.

Accueilli.es par la librairie l’Hydre à milles tête, les organisateurices de la soirée avaient disposé des chaises, des transats, et dégagé le passage central pour permettre un accès PMR à la salle du fond. « On avait envie ce soir de tendre le micro à d’autres voix pour dire ce qui ne se dit pas, visibiliser l’invisible et raconter ce que ça fait de vivre dans un monde validiste. ». Au cours de la soirée, les lectures s’enchaînent et chaque témoignage semble faire écho. Rire du validisme, rire de la violence institutionnelle et systémique est une pratique de soin et d’insurrection collective qui empouvoire et accompagne la colère. Écrire et témoigner participe à une archive et une politisation collective des expériences handies.  Le collectif antivalidiste de Marseille prend la parole et rappelle l’importance de les visibiliser ldans les luttes intersectionnelles, mais aussi de la présence de corps et de point de vues handis aux prides radicales, aux manifestations féministes et antiracistes. Les personnes en situations de handicap sont régulièrement exclues du discours militant. Parce que les manifestations et les lieux de réunion ne sont pas accessibles, parce que leurs expériences sont injustement considérées comme minoritaires, l’occasion de s’adresser à des pairs handis dans un contexte militant, d’échange d’informations, d’organisation politique collective, est profondément révolutionnaire.

NEMO TURBANT

Conter la Sicile

0

Constant Spina est né en Sicile en 1992. Il est journaliste, auteur, fondateur du média Manifesto XXI et vit en France depuis près de quinze ans. Publié en 2023 aux éditions Trouble, son premier essai Manifeste pour une démocratie déviante – Amours queers face au fascisme présente, à travers une analyse politique et autobiographique de la montée du fascisme, les pratiques queers de tendresse radicale comme des outils de résistance. Paru également aux éditions Trouble, son premier roman, Lettre infinie, a fait l’objet d’une relecture particulièrement enthousiaste par l’artiste et traducteur Sarah Netter, qui modère avec bienveillance cette rencontre à la librairie de la Friche

Constant Spina lui raconte l’émergence de son style d’écriture hybride, entre la théorie et la fiction, né de la volonté de faire exister des plumes et faire émerger des écritures queer, au sein de l’aventure Manifesto XXI depuis 2014. « Quand j’ai commencé à écrire, assez jeune, j’écrivais surtout de la fiction et des histoires, des contes. Lettre Infinie, c’est un peu un ensemble d’écrits de mon adolescence ». À la suite d’une longue période d’hospitalisation, l’envie de se replonger dans une mémoire d’enfant le submerge et avec elle, le besoin d’écrire sur la Sicile.

« C’est une terre qui se prête à l’écriture. Comme elle n’a pas pu produire sa propre histoire vis-à-vis du pouvoir hégémonique du nord de l’Italie, elle se raconte beaucoup par des contes oraux, par des légendes qui empruntent des récits à des régions proches pour pouvoir comprendre sa propre identité. ».

Sarah Netter revient d’ailleurs sur la précision géographique qui accompagne le récit : « On en a discuté en comité de relecture. Ce que j’ai trouvé très beau, c’est l’alternance entre une écriture très simple, très directe, mais aussi des mots beaucoup plus complexes pour décrire la géographie, la roche. Pouvoir se situer spatialement dans le récit, permet d’accompagner les allers-retours passés-présents, les croisements narratifs entre la lettre et le conte. »

Terres de métamorphoses

Thésée, ou « l’enfant sans genre », écrit à ses êtres chers une lettre infinie. En essayant d’ouvrir la tombe trouvée dans leur jardin, Thésée et ses adelphes arpentent une terre blessée, où les légendes et les religions se confondent, où la réalité surgit parfois et transperce le conte. « Il y a des passages qui parlent de la militarisation de l’île, de ces avions qui vont vers la Palestine en octobre 2023 et qu’on voit passer devant la maison ». Car les enfants ont parfois, une capacité de réécriture instinctive des événements terribles auxquels iels font face. Se raconter, c’est ouvrir une brèche ; c’est permettre d’accéder à une dimension malléable où la souffrance, notamment celle d’une enfance queer en territoire fasciste, est également source de récits sensationnels et de métamorphoses stratégiques. « Je me suis rendu compte qu’enfant, j’avais les idées très claires sur plein de choses, notamment sur qui j’étais, comment mon corps était. Quand j’étais enfant, je voyais le diable. Je n’arrivais pas à dormir parce que l’histoire du diable, elle est réelle, et je pense que c’était aussi la façon dont l’enfant que j’étais se disait : OK, je ne devrais pas être comme ça. »

La couverture de Lettre Infinie est un ex-voto, réalisé à partir de l’illustration de Francesco de Marco, un enfant sicilien, et en hommage sans doute, à cette lucidité transformatrice de l’enfance : « C’est l’Etna en éruption, avec tout le feu qui descend et les gens qui fuient. Et tout autour, il y a des nuages. Je pense qu’il a remercié l’Etna de ne pas avoir tué des gens pendant une éruption. Apolline Labrosse, qui a réalisé la couverture, est partie du dessin de cet enfant, du ciel qu’on voyait, là-bas au coucher de soleil. ».

En postface, Constant Spina s’adonne à un court essai sur la pensée méridionale. « la Sicile continue d’être une terre d’extraction européenne […] l’idée qu’abattre le capitalisme et le fascisme passe par l’insurrection méridionale en Italie, c’est un peu le fond de la pensée méridionale, ça raconte d’autres Méditerranées. ». En rupture avec le ton poétique du conte, cet éclaircissement sur l’histoire politique de la Sicile est aussi une façon de contextualiser le récit. La fable poétique qui précède cette postface prend alors, dans sa forme même, une dimension politique. Lettre Infinie, s’affirme comme un espace-temps liminal aux multiples couches narratives, au sein duquel la fiction et la poésie s’affirment comme des outils de transmission de savoirs, des clés de résistance à une surveillance littéraire et à un élitisme militant.

NEMO TURBANT

Constant Spina© X-DR

Une réalité rêvée

0
Corinne@LucieAssiat

Chimères tropicales porte bien son nom : le roman nous transporte dans une forêt dense, magique et inquiétante, où l’on croise des êtres hybrides, mi-morts mi-vivants, mi-humains mi-animaux, et où le rêve semble plus puissant que le réel.

Le récit se construit autour de l’histoire d’Ariane, ou plutôt de ses pensées et de ses émotions. Le lecteur comprend peu à peu que l’intrigue s’entrelace avec le déroulé chaotique du tournage du film Fitzcarraldo, tourné en 1982 par Werner Herzog, et dont Ariane est une fervente admiratrice. Celui-ci est marqué par deux crashs aériens, qui constituent le point de départ de l’obsession d’Ariane pour la recherche de trois enfants rescapés, perdus au beau milieu de la jungle.

Les allers-retours entre l’angoisse d’Ariane, infirmière à Paris et les tentatives de survie des enfants en milieu hostile se succèdent, accompagnés par les commentaires de la narratrice. Celle-ci explique à plusieurs reprises qu’« Ariane a parfois du mal à accepter la réalité ». De fait, peu à peu, la frontière entre le réel et l’imaginaire, entre l’inconscient et le conscient, se brouillent. Dans la forêt, les repères se perdent, transformant le récit en une réflexion hallucinée sur notre rapport à la nature, à la folie et à la création artistique.

L’admiration et le respect de l’autrice pour la forêt tropicale jaillissent à chaque page de ce roman déroutant. Comme dans le réalisme magique sud-américain dont elle semble s’inspirer, Corinne Morel Darleux fait se côtoyer avec habilité le merveilleux et le familier, le réel et l’irréel. Une image, commune aux Chimères et au film de Herzog, le résume avec force et poésie : « Un voilier se détache de la canopée ».

GABRIELLE BONNET

Chimères tropicales, de Corinne Morel Darleux
Éditions Dalva - 21,50 €