mardi 13 octobre 2026
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À Correns, renaître de ses cendres

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© Zoé Lemonnier

Zébuline. Comment décririez-vous ce qu’a vécu le village cet été ?
Sylvie Aniorte Paz.
Le Haut-Var et sa population, les exploitations agricoles, les villages et la nature ont souffert d’une série de méga-feux longs très impactant pour la nature et le vivant. Le feu est rentré pratiquement dans le cœur du village, et l’incendie a ravagé ce que le journal de France 3 a décrit comme un « jardin d’Eden ». Le feu a détruit beaucoup, mais pas détruit la force des habitants ni leur solidarité. La crise climatique prépare un terrain miné pour toutes les régions. Correns et son territoire doivent être pensés comme un laboratoire d’idées : prévenir, transformer, réunir.

Quelles sont les répercussions sur la saison ?
Dans ce contexte inédit, nous débutons la saison sous le signe de la solidarité, avec des opérations de soutien en faveur des sinistré·es. Le spectacle vivant et la transmission des musiques traditionnelles sont au cœur de notre métier : c’est l’ADN de notre lieu, de la résidence artistique à notre festival, fin mai, qui fêtera ses 30 ans. Cette année, le fil rouge est bien sûr la Nature. Nous orientons une grande partie de nos ateliers, concerts et actions culturelles pour recréer du lien, ouvrir un espace de dialogue pour les habitant·es éprouvé·es. Ensemble, il nous faudra transformer ce traumatisme en nouvelles forces, d’une certaine façon, renaître de ses cendres.

Pouvez-vous nous en tracer les grandes lignes ?
La nouvelle saison sera placée sous le signe du Vivant et de la Mini-Nature. Cette thématique est une idée proposée par la marraine artiste de la nouvelle édition, l’instrumentiste et chanteuse iranienne Shadi Fathi. L’image de la miniature persane – composition rigoureuse qui raconte chasse, musiciens, château, fontaines, guerre – synthétise l’essentiel. Elle parvient, dans ses chefs-d’œuvre, à aborder des questions complexes liées à la nature, dans un espace poétique différent.

Concrètement, comment s’organise la solidarité ?
Les musiciens corrensois, en solidarité avec le CCFF (réserve communale de sécurité civile feux et forêt du Var) souhaite participer à l’achat de matériel de protection. Ils organisent plusieurs événements : un grand concert familial le 5 septembre avec sept groupes de musique qui se relaieront sur scène. La chanteuse et cheffe de chœur Sylvia Auclair y sera aussi présente avec sa chorale MezzeM. Le 12 septembre, l’humoriste Laura Calu, native de Correns, jouera son spectacle et reversera l’intégralité des entrées aux sinistré·es. D’autres actions sont à venir : exposition photos, performances autour de la Mémoire, ateliers d’éducation à l’environnement pour les enfants…

Quels rendez-vous du Chantier peut-on déjà noter ?
À ce stade, nous donnons rendez-vous au public aux dates suivantes : le 9 octobre 2026, à la salle de la Fraternelle avec un ciné-concert de Johanni Curtet autour du cinéma mongol. Musicien, compositeur et ethnomusicologue, il est spécialiste du chant diphonique et de la musique traditionnelle mongole. Le 20 novembre, avec le concert du trio féminin La Soubirane, à l’issue d’une résidence de création qui s’interroge sur la nature sacrée et tisse un répertoire sensible. À la rentrée, le Chantier ouvre aussi les portes d’un nouvel atelier de percussions à l’année, dirigé par le percussionniste Nicola Marinoni.

Et pour la suite ?
Les résidences du Chantier débuteront en janvier. Nous accueillerons la chanteuse sicilienne Maura Guerrera pour sa nouvelle création avec l’instrumentiste Malik Ziad et le chanteur Manu Théron. Le Chantier renouera aussi avec sa grande tradition de bals trad et folk, ainsi qu’avec les rencontres tout au long de l’année. Nous initierons également des partenariats, notamment avec la Cité de la Musique de Marseille, le festival de Chaillol, et dans le Var avec des structures telles que l’association varoise Mundozika. Nous sommes ouvert·es aux propositions et prenons dès à présent contact avec des lieux, des exploitations agricoles et des écomusées pour penser ensemble des concerts insolites au cœur de la Provence verte et de ses alentours.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNE-MARIE THOMAZEAU


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Friche Belle de Mai : deux expositions et un kaléidoscope de relations

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Valentin Aubert, Exposition Glaneuses et Glaneurs © Valentin Aubert

En parallèle d’art-o-rama, deux expositions ouvrent également leurs portes ce vendredi 28 août à la Friche. Portée par la plateforme de recherche pluridisciplinaire The Racial Imaginary Institute et installée dans la Salle des machines, Unworlding est une exposition collective, qui postule que la destruction du monde tel qu’on le connait nous offre la possibilité de le réinventer. Les œuvres des treize artistes invité·es sont ainsi des travaux de déconstruction au sens littéral du mot, qui transforme objets et images pour faire émerger des structures nouvelles.

Art marseillais 

L’École des Beaux-Arts de Marseille investit la Tour de la Friche avec une exposition consacrée à ses nouveaux·elles diplômé·es en art et design, intitulée Glaneuses et Glaneurs. La commissaire Chloé Bonnie More a proposé aux 37 artistes issu·es de l’école de travailler à partir d’éléments « glanés » dans leur environnement physique et intellectuel, allant d’objets à des archives ou même de simples gestes aperçus, donnant ainsi naissance à des formes multiples qui célèbrent l’attention au détail et l’importance de la mise en relation. 

Cette journée de rentrée se conclura sur le toit-terrasse de la Friche, avec un prélude à la Fiesta des Suds. Au programme de cette soirée donnée dans le cadre du festival On Air, la DJ Sharouh marie les multiples musiques du pourtour méditerranéen avec une électro puissante, et Shahzen ouvre les esthétiques clubs les plus percussives aux transes collectives. 

C.M. 

Unworlding 
Du 29 août au 11 octobre 

Glaneuses et Glaneurs 
Du 29 août au 4 octobre
Friche la Belle de Mai, Marseille

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Les congés n’ont reposé personne

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90 ans après les premiers congés payés nous avons sans doute vécu, sauf années de nos guerres, le plus terrible été du siècle. La canicule a tué, les incendies ont ravagé nos vies, et nous avons tous, toutes, recherché en vain des ilots de fraicheur nocturne, vers l’altitude, les lacs, la mer, qui ne soulageaient pas davantage qu’un bain tiédasse. Nous avons tous, toutes, regardé les noyé·es de Ceuta, décompté les morts sur la route de Méditerranée centrale, à Gaza, au Soudan, constaté l’alarmante augmentation du nombre de pauvres en France. Nous avons, tous et toutes, déploré, plus ou moins outrés ou résignés, que ces morts et ces souffrances des peuples déclenchent dans notre forteresse européenne un rejet massif plutôt qu’une solidarité nécessaire, humaine et morale.

Défaites

Abattu·es par ces épreuves nous revenons, défaits, défaites, vers nos activités de rentrée. Notre encore président a quant à lui bonne mine, il a fait du jet ski, surfant sur les vagues de son inconséquence, tandis que son gouvernement mentait allègrement sur l’impréparation aux méga-incendies des Landes et du Var. Emmanuel finissant semble en bonne forme, tout comme Marine Le Pen, radieuse, reposée, qui sait qu’elle n’aura pas à faire campagne pour le remplacer. Que sa condamnation importe peu, qu’il faut surtout qu’elle se taise, se débarrasse de Bardella, drague les classes populaires en leur promettant qu’elle les délivrera de ceux qui sont juste un peu plus pauvres, un peu moins blancs, un peu moins intégré·es qu’elleux. 

Une fois encore le tour de passe-passe de l’extrême droite fonctionne. Il est pourtant éprouvé, de Benito à Donald en passant par Poutine et Bolsonaro. Il consiste à faire fructifier les intérêts des capitalistes en remplaçant la lutte des classes par le rejet du plus pauvre, de l’étranger, y compris lorsqu’il nous constitue intimement. La droite affolée, même gaullienne, emboîte le pas de cette idéologie meurtrière qui gagne la planète pour sauver le grand capital. Elle creuse les inégalités, enrichit les riches jusqu’à l’écœurement, abandonne les pauvres, les étudiants, les malades, les faibles, les femmes violentées… et les classes dites moyennes qui glissent lentement vers la pauvreté.

Contrefeux misérables

Face au tour de passe-passe la gauche réagit mal. Refusant, pour les plus socio-démocrates, de remettre en cause le capitalisme financier qui détruit la planète mais qui leur semble une loi naturelle. Quant aux autres, ils refusent de s’accorder sur un fonctionnement démocratique qui ne serait pas fait de coups de force, mais d’un programme commun. 

Est-il encore temps ? les midterms américaines vont-elles, une fois de plus, réorienter la politique mondiale, et la nôtre ?  

Pour l’heure le peuple de France, les enseignant·es, les étudiant·es, les artistes, les salarié·es, les retraité·es, les commerçant·es, les sans-emploi s’apprêtent à retrouver leurs classes, leurs bureaux, leurs scènes, leurs activités, leurs collègues, leurs boutiques. La rentrée littéraire affiche une belle résistance au suprémacisme de Bolloré/Grasset, l’art contemporain s’expose dans ses différences et sa générosité dans toutes les friches anciennes et nouvelles. Il y a sans doute là, encore, un désir de combat, ou du moins quelque possibilité de plaisir intime. Le pire n’est jamais sûr. 

Mais il est de plus en plus probable.

AGNÈS FRESCHEL

N.B. : Nous lancions en juin un appel à soutien. La presse est un puissant levier de résistance, Bolloré le sait bien. La culture est un puissant outil de conscientisation, Bolloré le sait mieux encore. 
Zébuline continue à travailler, dans la difficulté. Quelques-uns nous ont aidés, en renouvelant des partenariats, en faisant des dons, en s’abonnant. Nous n’étions pas sûrs de tenir jusqu’à cette rentrée, vous nous y avez aidés. Merci, si vous le pouvez, de continuer !

Rentrée littéraire : amour, extrême droite et Chili avec « Ne cherche pas le chaos » de Marion Brunet 

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Marion Brunet © Pascal Ito

Marion Brunet est une autrice engagée. Ce qui l’inspire, ce sont les gens en galère, les exclus, les laissés pour compte auxquels elle aime donner vie dans des romans noirs et sociaux comme L’Été circulaire (Albin Michel) pour lequel elle a été lauréate du Grand Prix de littérature policière 2018 ou Vanda (Albin Michel) portrait d’une femme seule et précaire vivant dans un cabanon au bord de la mer avec son fils de six ans. 

Ne cherche pas le chaos a pour toile de fond le Chili et son passé politique tragique. C’est pourtant l’histoire d’amour que l’on retient, celle entre un père et sa fille et la difficulté à transmettre une histoire indicible. Et ce sont sans doute les silences et les non-dits, les vrais héros de ce roman touchant.

Pablo, exilé chilien installé en France depuis plus de trente ans a vécu avec Florence, décoratrice dans le cinéma. Ensemble ils ont eu Victoria, puis se sont séparés. Florence aime la ville, les milieux artistiques, s’étourdir dans les « flux constants » de Paris, les artifices du cinéma. Pablo le solitaire, le bourru, est heureux dans une maison de Bretagne en partageant le quotidien des cabossés du village au bistrot du coin ou chez le kiné. C’est lui qui aura la garde de Victoria. C’est lui qui l’élèvera.

Extrême retour  

Taiseux, Pablo ne parle jamais ni de son enfance, ni de sa jeunesse. Aux questions de sa fille, c’est l’omerta. Mais un jour, tout juste majeure, Victoria part seule au Chili, laissant son père sans nouvelles. Pour la retrouver, Pablo est acculé à revenir dans le pays qu’il a fui. Santiago, Valparaiso, les villes, les bruits, les odeurs, « les marques américaines qui puent la défaite » l’histoire le rattrape, le passé que l’on tente d’oublier mais que l’on ne fera jamais disparaître. 

Au Chili, Victoria découvre une famille, des amis, le drame d’une vie… Nous sommes en décembre 2025. Le leader d’extrême droite Antonio Kast opposé à la candidate communiste, va bientôt remporter une victoire retentissante avec 58,2 % des voix. Celle-ci marque le retour de l’extrême droite à la présidence du Chili, 35 ans après la fin de la dictature de Pinochet.  

Marion Brunet a longtemps écrit pour la jeunesse (elle a remporté le prix Astrid-Lindgren 2025) et on retrouve ici ce regard frontal sur les hommes et les évènements, ainsi qu’une écriture fonctionnelle qui avance sans chercher l’effet de style. Sur la longueur, cela peut lasser : le cours du récit se déroule sur un narratif historique, richement documenté, mais parfois un peu plaqué. Il n’en reste pas moins que sur le fond, Brunet tape toujours juste. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Ne cherche pas le chaos de Marion Brunet
Albin Michel - 21,90 €
Paru le 19 août

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Kouss·Kouss

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© X-DR

Placé sous le signe des herbes et des aromates, le festival Kouss·Kouss anime la cité phocéenne jusqu’au 6 septembre. Initiée par les Grandes Tables, cette fête culinaire réunit près de 300 restaurants et commerces partenaires. Un événement à la fois gourmand et festif qui promet des moments de partage autour de grandes tablées, des rencontres avec des chefs, mais aussi des soirées musicales, des projections et des cueillettes en tout genre. Si, en 2025, la vedette était le pois chiche, cette année, les végétaux sont au cœur des rendez-vous, notamment à travers une résidence au Château d’If avec Floriane Facchini et Clarisse Le Bas. Mais couscous rime avant tout avec partage, sept soirées Couscous en partage permettront de distribuer près de 10 000 couscous gratuits dans toute la ville.

C.L.

21 août au 6 septembre
Divers lieux
, Marseille

La Guinguette Sonore

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© Clara Rosier

Si l’on écoute à l’oreille d’un coquillage sur la plage de la Romaniquette à Istres, les 28 et 29 août, il y a plus de chance d’entendre le son des guitares électriques que le bruit de la mer. Et c’est tant mieux. Le festival Guinguette Sonore revient pour une neuvième édition, toujours dans une atmosphère rock et à taille humaine. Deux scènes accueilleront cette année des jolis noms comme Johnny Mafia, Tessina, Mata Hari ou Fragile. Notons aussi que le festival renouvelle son dispositif « Octopulse », un concert chansigné à destination des personnes sourdes et malentendantes. Cette année, c’est le groupe marseillais La Flemme qui se pliera à l’exercice.

Journal Zébuline

28 et 29 août
Plage de la Romaniquette, Istres 

Paréidolie : les multiples visages du dessin

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Carlos Kusnir, Sans titre, 2025, Crayon sur papier, 33x46cm Courtesy de l'artiste et de la Galerie Eric Dupont

Depuis sa création en 2014, Paréidolie a fait du dessin contemporain son unique objet d’exploration. Dans un format de salon intimiste privilégiant les échanges entre galeristes, artistes, collectionneurs, commissaires d’exposition et amateurs, le dessin y est envisagé dans toute son amplitude : œuvres sur papier, installations dessinées, pratiques éditoriales, animation, peinture ou sculpture, lorsque celles-ci entretiennent un rapport direct avec le geste graphique. 

Traversée des pratiques 

Parmi les galeries sélectionnées pour cette nouvelle édition, la Galerie 8+4 réunit cinq artistes aux approches très différentes : Pierre Buraglio, figure majeure de l’art français, avec une sélection de dessins attestant d’une pratique tournée vers l’art sacré ; Philippe Cognée, centré sur l’idée de vanité, entre figuration et abstraction; Ludivine Venet, aux paysages réalisés sur feuilles de pierre ; Les sœurs Chevalme, avec un nouveau projet sur les traces contemporaines de la ségrégation ; ainsi que le maître japonais du néo-manga, Yūichi Yokoyama, avec des collages.

La Galerie Éric Dupont proposera également un ensemble des plus éclectiques du salon, avec des œuvres inédites de Damien Cabanes, Carlos Kusnir, Didier Mencoboni, Victor Kalinosi Mutale, Roméo Mivekannin, Katarzyna Wiesiolek et du musicien Keziah Jones, dont la pratique plastique dialogue depuis plusieurs années avec son travail musical.

Chez Anne-Sarah Bénichou, les visiteurs retrouveront notamment Massinissa Selmani, dont les dessins, nourris d’archives de presse et d’observation politique, construisent des récits où l’humour le dispute à l’absurde, aux côtés de Cyrielle Gulacsy, Chourouk Hriech et Maxime Verdier.

Binome présentera un duo show avec Corinne Mercadier, dont le travail photographique et performatif dialogue constamment avec le dessin, et AurelK avec des dessins entre esquisse et impression, espaces mentaux réalisés au pastel sec et au fusain. Tandis que la Galerie Papillon réunira deux duos : VOID (Arnaud Eeckhout et Mauro Vitturini) et Berdaguer & Péjus, artistes dont les recherches plastiques croisent architecture et sciences.

Hommages 

Au sein de la foisonnante programmation associée, deux hommages vont être rendus : le premier à Louis Soutter (1871-1942), invité d’honneur de cette édition. L’une des grandes figures de l’Art Brut, dont l’œuvre, composée notamment de nombreux carnets et de dessins à l’encre, au crayon ou réalisés directement au doigt, continue d’influencer de nombreux artistes contemporains. 

Le second à Nicolas Rubinstein (1964-2025), artiste qui vivait et travaillait à Marseille, décédé l’an dernier, qui, à travers ses sculptures, installations et dessins, nourris de détournements et d’humour noir, cherchait « l’os » partout – dans le vivant, la pierre ou l’architecture.

MARC VOIRY

Pareidolie
Du 28 au 30 août
Château de Servières, Marseille

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Memory of Princess Mumbi : Love Story à Umata

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Quel drôle de film qui se projette dans un futur et revient sans cesse sur le passé ! Qui se procrée de scène en scène, se clone sur les écrans, passe du documentaire à la romance, du film d’action au conte indo-africain, du clip musical pop au péplum ! D’une Afrique fantasmée à une Suisse devenue une Nordanie tout aussi fantaisiste. Du vrai-faux au faux-vrai. Un film qui perd ses couleurs pour les retrouver et se retourne comme un gant ! Making of des tâtonnements à la recherche d’un arc dramatique et d’une perspective. Un film kaléidoscopique qui, tenant à la fois du bricolage poétique et du savant montage, déroute -au sens premier du terme en s’échappant des sentiers battus ou en les rebattant joyeusement.

On est en 2099. Après la grande guerre de 2073 à l’issue de laquelle les technologies modernes ont été prohibées, et d’anciens royaumes ont ressuscité. Un monde rétro-futuriste. Kuve (Ibraham Joseph) se souvient de 2093. Il voyage alors dans le royaume d’Umata aux villes aériennes, agglomérats de structures en bois sur pilotis, comme si une intelligence artificielle avait réinterprété les villages africains de pêcheurs, en châteaux dans le ciel, version Miyazaki. Kuve et Damien veulent faire un doc sur la guerre et récolter les témoignages des anciens combattants. Damien parfois interpellé, restera toujours hors champ. Kuve sera au premier plan. Il tiendra le premier rôle avec Mumbi (lumineuse Shandra Apondi ) qu’il rencontre sur le casting. Elle a été promise dès son enfance à un prince qui s’appelle Prince, mais se rêve actrice. Elle change le projet cinématographique initial. Il s’agira désormais de réaliser un film qui rende heureux. De l’amour, de l’action et tant de jolies choses. Sans l’aide de l’Intelligence Artificielle qu’elle déteste. Kuve et Damien trichent. Et intègrent dans leur montage des images générées par des logiciels que le générique citera.

Bien vite, la vie double la fiction. Les baisers de cinéma deviennent de vrais baisers. Et Kuve et Mumbi, des Bonnie and Clyde en cavale. Les amants se sépareront. Se retrouveront. Dans le tourbillon de la vie et des scenarii. La guerre dont l’humanité ne semble pas pouvoir se passer, les rattrapera au Royaume de Pesa. A nouveau réunis, en trio cette fois, avec l’époux princier de Mumbi. Pour un nouveau tournage mené par un autre réalisateur.

On ne s’attardera pas sur cette trame rocambolesque. Alternent scènes filmées, projections des rushes, extraits de faux films jalonnant la carrière de Kuve devenue au fil des années, une star internationale. Les films s’emboîtent en poupées russes. Les écrans dans l’écran se multiplient.  Résolument méta, fourmillant d’inventions visuelles, A la Mémoire de la Princesse Mumbi n’est en rien un exercice purement formel. Damien Hauser qui dédicace son film à son frère disparu, interroge la vérité du cinéma, et s’émerveille de son pouvoir de transformer des larmes de chagrin en larmes de joie.

ELISE PADOVANI

Memory of Princess Mumbi de Damien Hauser

Sortie le 26 août 2026

On the sea : Eaux profondes

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@Optimale distribution

Gris bleu. Bleu gris. Teintes sombres, froides, sourdes, avec une courte parenthèse en rose et azur : le film d’Helen Walsh pourrait se lire par la couleur de la photo dirigée par Sam Goldie. Le film est d’atmosphère. On est au nord du Pays de Galles, sur une côte sauvage. Jack (Barry Ward) la cinquantaine et son frère Dylan (Celyn Jones) sont associés dans une petite entreprise mytilicole, fragilisée par les grandes pêcheries concurrentes. Un travail d’hommes, physique, éreintant, qui ouvre le film en mode documentaire : ratissage des bancs de moules dans l’eau glaciale, mise en caisses et chargement dans les camions, sous le ciel gris. Jack est marié depuis des décennies à la douce Maggie (Liz White), rencontrée au lycée. Leur fils Tom (Henry Lawfull) refuse de travailler avec son père et son oncle comme ses trois cousins germains et a de mauvaises fréquentations. Jack est en rémission d’un cancer et n’a que peu d’autorité sur Tom. D’emblée les tensions entre les frères et dans le couple sont palpables. Dans ce milieu fermé où tout le monde se connaît depuis des générations, entre la mer, le pub et l’église, les vies semblent déjà écrites et les rôles distribués. On y est solidaire et quand le vieux pêcheur de coquilles St Jacques, Bernie (Danny Webb) est amputé à la suite d’un accident provoqué par les amis de Tom, Jack s’en occupe comme on s’est occupé de lui pendant sa maladie. Il est enraciné dans ce lieu. « Je suis d’ici » répète-t-il à Daniel (Lorne Mac Fadyen) le jeune matelot itinérant, homosexuel, dont il tombe amoureux. Jack accepte peu à peu ce désir-là, cet amour-là. Malgré l’homophobie ambiante, le mépris de son frère qui veut en profiter pour l’éjecter de leur affaire, malgré la peur de perdre sa famille et Maggie qu’il aime sincèrement, il va accepter de ne plus mentir et d’être ce qu’il a toujours été.

Le personnage ne verbalise pas ses sentiments, fermé comme les moules qu’il récolte. Mais sur le beau visage buriné de l’acteur qui l’incarne -l’excellent Barry Ward qu’on a vu dans le Jimmy’s Hall de Ken Loach, se lisent en gros plans, toutes les nuances de ses déchirements. Le film avance par touches délicates, prévisibles mais justes.

Si le scénario du coming-out tardif d’un homme marié n’est pas d’une grande originalité, la prégnance des lieux et l’approche des personnages font naître une réelle émotion. Le bruit des vagues accompagne le drame. Symbolique des eaux profondes, noires, tumultueuses qui peuvent devenir claires et luminescentes pour un baptême et une renaissance. On the sea – dont le titre français Face à la mer n’est pas tout à fait la traduction, est bien immersif. A la fois violent et d’une grande douceur.

ELISE PADOVANI

Face à la mer d’Helen Walsh

En salle le 26 août

Dans les chambres du Château

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© Agnès Freschel

Le Festival de musique de chambre de Salon de Provence existe depuis 34 ans. Il a été fondé par de très grands virtuoses, Éric le Sage, Paul Meyer et Emmanuel Pahud, qui aiment à jouer ensemble, à inviter des musiciens complices, de jeunes virtuoses, de jeunes ensembles, à se joindre à eux, pour partager, entre eux et avec le public les plus belles pages du répertoire chambriste. En toute simplicité et générosité, les concerts au Château de l’Empéri et de l’Abbaye de Sainte Croix permettent de ressentir l’exceptionnel partage que nécessite la musique de chambre. À quelques mètres du public, sur une scène triangulaire d’où le son direct se déploie à merveille, les solistes sont à vue, à découvert, offerts. Leurs regards, les départs, le souffle qu’ils prennent ensemble avant d’aborder les mouvements les plus virtuoses, la concentration, toute différente, qu’ils partagent avant d’entamer les plus intimes et douloureux, tout cela se voit et s’éprouve, comme une vibration qui envahit le public et faire taire jusqu’aux cigales de la cour d’honneur du château médiéval. Ajoutez à cela des feuilles de salle détaillées, qui permettent à chacun·e de comprendre le programme et donne d’excellents repères d’écoute, et vous aurez posé le cadre d’un festival qui a enchainé trois concerts exceptionnels par jour, du 1e au 9 aout.

Le programme proposé le 4 août, Château populaire, commençait par De Falla et se concluait par l’octuor du jeune Mendelsson. Avec pour fil rouge l’inspiration puisée par les compositeurs dans les chansons populaires. La musique dite savante (comme si les musiques populaires ne savaient pas) n’a pas attendu la globalisation des échanges et la circulation des enregistrements pour s’inspirer des mélodies, des rythmes et des dynamiques des musiques populaires.

Les Canciones populares de Manuel de Falla (1925) font voyager dans les provinces espagnoles. Jouées en trio par divers instruments, leur adaptation pour violon (Daishin Kashimoto), contrebasse (Olivier Thierry) et marimba (Ria Ideta) était parfois surprenante, mais sublime dans Asturianas, petit bijou d’émotion pure, où le marimba donnait à la basse continue une couleur boisée étonnante…

Le Quatuor pour flûte et cordes de Mozart, joué debout, a permis une fois de plus d’admirer les phrasés si élégants d’Emmanuel Pahud, avançant avec une simplicité d’évidence, celle de la maitrise, dans ces mouvements si exigeants, accompagné sans faillir par Maja Avramović (violon), Paul Zientara (alto) et Claudio Bohórquez (violoncelle).

Mais c’est le Quintette pour clarinette et cordes de Weber qui offrit le plus beau moment de la première partie : la clarinette de Paul Meyer répondit au Quatuor Integra, dont l’unité sonore, la fougue, la précision, la communion, s’était mise à l’écoute du soliste, qui le leur rendait bien. Le clarinettiste a entrainé le quatuor japonais (Kyoka Misawa et Rintaro Kikuno (violons), Itsuki Yamamoto (alto) et Ye Un Park (violoncelle)) à une allure folle de l’Allegro au Rondo final, épuisant, en passant par la beauté altière de la Fantasia.

Feu d’artifice et calvacade

Au second acte entrait en scène Vassily Chmykov. La réputation du jeune violoniste français (27 ans), né et formé à Monaco, n’est déjà plus à faire. Son son naturelllement ample et profond, sa technique hallucinante, son sens du phrasé apparurent dès les premières notes de la Sarabande d’Halvorsen sur le thème de Haendel, rendu célèbre par Barry Lyndon. Tricotant avec l’altiste Paul Zientara un festival de questions/réponses, reprises et variations, chants contrariés à deux voix concurrentes ou complices, ces 10 minutes sans interruption furent un véritable feu d’artifice.

Dans l’Octuor de Mendelssohn, il dirigeait parfaitement le quatuor Integra auxquels s’étaient adjoints Daishin Kashimoto, Paul Zientara et Claudio Bohórquez. Composé juste un siècle avant les canciones de De Falla, l’Octuor est une pièce de jeunesse à l’écriture très complexe – chacune des huit parties est indépendante- et très impressionnante en concert, parce que les huit solistes sont confrontés à des unissons soudains, des contrechants décalés, des mini fugues, des tempis changeants et fougueux qui exigent une attention de tous les instants et un sens exceptionnel des équilibres sonores entre les interprètes. Pièce de jeunesse, pas toujours passionnante dans son discours, son exécution publique reste un exploit de chaque instant. Applaudi comme il se doit débout, parce que les exploits musicaux épatent aussi ceux qui les reçoivent.

 AGNÈS FRESCHEL