jeudi 26 mars 2026
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Un Voyage accidentel et musical

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Sharon Tulloch © Lawrence Damalric

Comment transposer un traumatisme collectif tel que les effondrements de Noailles le 5 novembre 2018 en une geste artistique ? Sharon Tulloch s’est assurément posé cette question pour concevoir son Voyage accidentel. L’ouvrage publié chez Editions Commune début 2024 est devenu en deux ans une lecture musicale où l’introspection le dispute à la proposition scénique.

Avec force ellipses, l’autrice-performeuse lit des extraits de son journal qui, en fait, commence pour elle au printemps 2019 avec un arrêté de péril frappant son immeuble rue Clovis Hugues. Sur scène, elle essaime les feuilles de son texte et, parfois, s’assoit sur une sorte d’escabeau qui lui sert aussi de pupitre. Avec une aisance chorégraphique certaine, et avec sa pointe d’accent british, elle est d’autant plus légitime à donner à son témoignage un tour sensible.

Sans se revendiquer porte-parole c’est en tant que femme artiste et créole – elle a des origines anglaises, jamaïcaines et sud-américaines – qu’elle se livre sur scène. La présence d’un contrebassiste à ses côtés (formidable Emmanuel Reymond, ancien de Poum-Tchak) lui permet de donner à son journal les atours d’un dialogue.

La contrebasse sait se faire baroque, ou même bluesy, à l’évocation de Belle de Mai. Un montage de photos et de « pocket films », parfois en split-screen, donne des accents documentaires à la proposition. Et pendant une heure, l’autrice/lectrice/performeuse ne nous lâche pas.

LAURENT DUSSUTOUR

Spectacle donné le 21 février à la Cité de la Musique, Marseille.

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Faire vivre la tradition du séan-nos

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© Colm Moore

Zébuline. Pouvez-vous expliquer au public français ce qu’est la tradition du séan-nos et ce qu’il représente pour vous ?
Séamus.
Nous avons grandi dans le Connemara, une région irlandophone. Nous avons donc été élevés en parlant l’irlandais comme langue maternelle, et nous n’avons appris l’anglais que plus tard. Une grande partie de notre quotidien était enracinée dans la musique irlandaise, dans la langue irlandaise, et dans le chant sean-nós, qui est la plus ancienne forme de musique orale encore pratiquée aujourd’hui sur l’île. Le terme signifie « l’ancien style », et il englobe à la fois la tradition du chant et celle de la danse. C’est une forme d’art extrêmement riche, avec une grande diversité de mesures, de tonalités, de rythmes, de tempos, d’intensités et de récits — des chants d’amour et de célébration jusqu’aux complaintes. Elle préserve une grande part de ce que nous sommes en tant que peuple et permet de maintenir vivantes ces histoires et ces traditions.

Vous avez une chanson sur votre EP intitulée Caisléan an tSléibhe. Une chanson qui a un lien avec votre famille.
Caoimhe. L’une des raisons pour lesquelles la tradition du sean-nós est vraiment dans notre sang, c’est que deux de nos arrière-grands-oncles étaient compositeurs et poètes. L’un d’eux, Michéal, a écrit Caisléan an tSléibhe. Cette chanson est très spéciale pour nous, c’est une fenêtre sur leur manière de vivre qui capture un moment de leur jeunesse où ils allaient à des fêtes et écoutaient la musique de l’époque.

S. Il y avait aussi une autre chanson sur les grands bateaux à vapeur qui arrivaient dans la région, et sur les équipages — principalement venus d’Écosse — qui s’y installaient, créant un échange entre ces deux pays. Ce qui est fascinant, c’est que nous pouvons comprendre cela sans lire de livres ni consulter d’archives : nous l’apprenons à travers la chanson, les paroles et la mélodie.

Vous avez aussi appris beaucoup de chansons auprès du poète Micheál Ó Cuaig ?
S. Micheál Ó Cuaig, ainsi que d’autres enseignants que nous avons eus pendant notre enfance — dont l’un était un descendant de Joe Heaney, un chanteur renommé de notre région — ont joué un rôle déterminant. Nous avons d’abord appris les chansons, leurs histoires, et la manière de les interpréter en solo. La chanson prime sur le chanteur : tout repose sur la façon dont on transmet le message et l’émotion. Quand nous étions plus jeunes, nous chantions souvent en harmonie — en canon, en rondes, à trois voix — et nous nous sommes demandé si nous pouvions intégrer cela au sean-nós, qui se joue en solo normalement.

Avec nos arrangements — harmonies et instruments — nous cherchons à transmettre le message de la chanson à des publics qui ne comprennent pas forcément les paroles. Nous voulons que le public sente qu’il peut aussi trouver sa place dans la culture et la musique irlandaise. Je trouve magnifique que chacun puisse affirmer son identité dans son propre territoire, mais aussi à travers d’autres traditions et cultures.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAVINIA SCOTT

Séamus et Caoimhe Uí Fhlatharta
7 mars
Cité de la Musique, Marseille

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Punition défaillante

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© G.C.

Plus encore que d’habitude durant cette 5e saison des Procès du siècle, la session du 2 mars s’est avérée frustrante. Non par manque d’intérêt ! Au contraire : pour traiter le thème du jour, Allez directement à la case prison ! Punir ou réparer, il aurait fallu un format plus long, tant il mobilise de complexités. Au côté du journaliste de Libération Thomas Legrand, qui animait la soirée, son ex-collègue Dominique Simonnot, désormais Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Et Gwénola Ricordeau, sociologue, criminologue, abolitionniste. « L’abolitionnisme pénal », précisait-elle, à savoir un mouvement à la fois intellectuel et militant qui s’est particulièrement développé aux États-Unis, dans une continuité historique avec les luttes pour l’abolition de l’esclavage, et consiste à remettre en question le système pénal dans son ensemble (tribunaux, police, prisons).

Le système carcéral en crise

Dominique Simonnot exerce depuis 2020 ses fonctions ; elle est aux premières loges pour dresser un constat effarant de l’état des prisons en France. Surpopulation, rats, punaises de lit, gale, manque d’accès aux soins… « Notre société est de plus en plus répressive et punitive, alors que cela ne marche pas ! Comment espérer qu’il sorte quelque chose de bon de telles conditions de vie ? » Mais si elle estime qu’il faudrait décélérer les incarcérations et améliorer l’ordinaire des prisonniers, elle n’en pense pas moins qu’« on n’a rien inventé qui remplace la prison ; il y a des gens dont je suis contente qu’ils ne soient plus parmi nous ! »

Dans son ouvrage Surveiller et punir (1975), Michel Foucault écrivait pourtant qu’emprisonner encourage les récidives, en stigmatisant et désocialisant les délinquants. Gwénola Ricordeau est quant à elle convaincue, qu’« à l’échelle de l’Histoire de l’humanité, la prison est anecdotique. Dire cela n’implique pas de revenir à un passé fantasmé, ni de folkloriser les peuples qui s’en passent, mais remettre en question le fait que ce soit un horizon indépassable ».

Le temps a manqué, hélas, malgré quelques échanges avec le public, pour évoquer d’autres possibles, la prévention ou les dispositifs de justice réparatrice, par exemple, qui permettent de nouer un dialogue entre auteurs de violences et victimes, et visent le renforcement du tissu social plutôt que l’exclusion.

GAËLLE CLOAREC

Le prochain Procès du siècle, « Les jeux vidéo, nouveau terrain de jeu des luttes sociales ? », aura lieu le 9 mars.

Marseille célèbre ses pépites

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© A.-M.T

C’est au 90 boulevard des Dames, dans un immeuble art déco chargé d’histoire, que Benoît Payan a choisi de dévoiler les trois premiers lauréats de l’initiative. Ce bâtiment du 2e arrondissement abrita jadis le siège de la Compagnie de navigation Paquet -pionnière de la liaison maritime Marseille-Maroc- puis celui des Chargeurs réunis, avant de devenir propriété de la Ville en 1972. Depuis 2021, il accueille des tournages de courts-métrages et de séries. Demain, il deviendra un « lieu totem » dédié à la filière cinéma.

Le projet, baptisé « Les Dames », est porté par Adim Provence, filiale de Vinci Construction, et le Collectif Marseille Devant ! Il associe espaces de production et de post-production, salles de formation, lieux de rencontre, salle de projection et restaurant en rooftop ouvert au grand public. L’architecte associé Emmanuel Dujardin, du cabinet Rougerie + Tangram, en a détaillé la vision : « Le bâtiment, art déco 1938, est très caractéristique : verticalité affirmée, bas-reliefs, colonnes cannelées qui rappellent l’Afrique et le Maroc. Notre idée est de renforcer tout ça, de redonner à ce bâtiment un très fort caractère patrimonial. » L’entrée principale débouchera sur un hall dédié au cinéma, avec métal et ferronnerie ; un café s’ouvrira sur la rue. Au sous-sol, un jardin prendra place en cœur d’îlot, et un rooftop végétalisé couronnera l’ensemble, conçu comme une « bulle de fraîcheur en cœur de ville ».

Pour le maire de Marseille, ce projet incarne une politique plus large. « On ne donne pas un bâtiment, avec cette architecture et cette histoires remarquables pour faire simplement de la valorisation. On veut donner du sens, renouveler les objectifs du lieu, sans dénaturer la nature de ces pépites patrimoniales. » Une cession conditionnelle du bâtiment sera soumise au vote du Conseil municipal.

La Pointe et le Tore

Deux autres lauréats ont également été désignés. Au 62 corniche Kennedy (7e), en surplomb du Vallon des Auffes, le projet « La Pointe » mise sur un espace de restauration sous forme de halle méditerranéenne, des résidences d’artistes et une programmation culturelle accessible à tous.

Plus au nord, le Pavillon du Partage des eaux accueillera le collectif Objectif Tore et son projet « Les Gardiens de la mémoire et de l’eau ». Le Tore (4e), reconnaissable à sa verrière octogonale construite entre 1898 et 1901, faisait alors partie de l’ensemble hydraulique qui alimentait en eau douce les nouveaux quartiers ayant émergé au Nord du Centre-ville. Il deviendra un un lieu hybride mêlant culture, art et enjeux citoyens autour de la ressource hydrique, géré selon une démarche participative. Pour ce dernier lieu la Ville opte pour un bail de longue durée plutôt qu’une cession.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Marseille, le Dream Port de Claude McKay

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© A.-M.T

C’était la fête à l’Alcazar. Le 22 février on clôturait avec le Banjo Mémory group uneincroyable semaine dédiée à McKay, aux sons du jazz qui habite Banjo, roman culte qui raconte le Marseille interlope des années 1920, celui du Port et du « quartier réservé ». Charlie-Camille Flores, directeur de l’Alcazar est ravi : « le succès a été immense. 1300 personnes ont participé à ces rencontres ».

Tout est parti de Richard Bradbury, professeur de littérature caribéenne à l’Université d’Exeter et de son souhait de remettre à l’Alcazar des archives en sa possession. Pourquoi Marseille ? Parce que c’est la ville au monde où McKay se sentait le mieux, témoigne l’universitaire.

Sous sa plume humaniste, le monde entier se croise dans les ruelles du Panier, grouillantes de misère humaine mais aussi de l’espoir d’un nouveau départ. Populaire, multiculturelle, la ville avait tout pour séduire l’écrivain jamaïcain, figure majeure de la Harlem Renaissance qui dénonça dans des textes comme Harlem Shadows et Home to Harlem le racisme et l’oppression des Noirs.

Séduit par l’idéal communiste, il voyage en URSS dans les années 1920. Sa vie intime est marquée par des attirances pour les deux sexes. Ces multiples visages font de lui l’une des figures les plus fascinantes de la littérature afro-américaine. Pour Bradbury la littérature de McKay, d’une précision remarquable, le place parmi les grands écrivains de la première moitié du 20e siècle. Et pourtant, une partie de sa biographie reste inédite. Pourquoi ? Un éditeur auprès de qui Bradbury avait cherché, sans succès, à faire publier Romance in Marseille, répond : « Il est trop noir, trop engagé politiquement, trop sexuellement différent, Il est trop tout. »

Romance in Marseille

Pour McKay, Marseille n’a pas été une évidence. C’est d’abord un choc. « J’ai essayé Marseille, mais c’est une ville répugnante. », écrit-il en 1923. Puis, le regard change : « Peut-être que j’aimerais écrire un roman sur Marseille. » Et finalement : « C’est le port le plus intéressant où j’ai débarqué. C’est à la fois repoussant et merveilleux. Marseille est vraiment l’endroit que je préfère au monde. C’est un port de rêve ».

En 1943, avec l’opération Sultan, les Allemands détruisent le décor de ses livres. Mais la mémoire de ce port fourmillant subsiste dans les pages de Banjo et de Romance in Marseille dans lequel McKay raconte l’histoire -un fait réel- de Lafala, docker ouest-africain qui s’embarque clandestinement sur un paquebot. Découvert par l’équipage, il est enfermé dans un local glacé et arrive aux États-Unis les pieds gelés, entraînant l’amputation de ses deux jambes.

La semaine a proposé un programme dense : conférences sur le quartier réservé (Martin Huc), la traduction (Françoise Bordarier), l’édition des inédits (Armando Coxe), la correspondance entre McKay et le poète malgache Rabearivelo (Claire Riffard, CNRS), ou encore les poètes contemporains qui s’en inspirent (Sylvain Pattieu, Estelle Sarah-Bulle). Le Collectif James Baldwin et la Banjo Society d’Aix-Marseille Université ont également pris la parole. Côté images, le documentaire Claude McKay, de Harlem à Marseille (Matthieu Verdeil, 2021) et le film Big Fella (1937), tourné à Marseille d’après Banjo, ont fait salle comble.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La semaine s’est déroulée du 17 au 22 février à l’Alcazar

Sous cette pluie de fer. De feu d’acier de sang.

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La nomination de Catherine Pégard comme ministre de la culture ne fait la Une d’aucun journal –même pas du nôtre – ; le sujet culturel est absent du débat public des municipales ; le régime de l’intermittence est à nouveau attaqué, au risque de l’annulation des festivals de l’été ; les aides l’emploi se tarissent, et de nombreuses collectivités, par obligation budgétaire ou par choix idéologique, ont renoncé à financer la culture publique. 

Le secteur culturel survivra-t-il à ce désintérêt généralisé, ainsi qu’aux attaques renouvelées de ceux qui n’admettent pas les activités non rentables, c’est-à-dire celles qui n’enrichissent pas leurs poches, mais nos esprits ? mais nos âmes ? 

Les poètes et les stratèges

Les poètes et les artistes disent la guerre, la réalité de sa violence sur nos corps. Ils savent nous prévenir, nous prémunir, bien mieux que les stratèges. Ils agissent sur nos esprits et nos âmes.

Prévert dans Barbara fait ressentir le bombardement de Brest, la destruction d’un amour, de la joie, de l’avenir, comme Picasso dans Guernica expose le tragique éclatement des corps, Duras dans Hiroshima mon amour l’absolue horreur nucléaire, Rossellini dans Allemagne année zéro le désarroi des enfants allemands sur les gravats d’un nazisme en ruine, qui agit encore sur les esprits.

Ce que les stratèges, les historiens, les politologues ne nous disent pas et que les poètes, les cinéastes, les peintres nous apprennent, c’est à éprouver la souffrance de l’autre, sous les bombes, pour s’en souvenir, et proscrire le recours à la pluie d’acier et de sang. Contrairement à ce que prétend notre Président, construire des bombes, les essayer, les exhiber, ne nous rend pas plus forts, plus dissuasifs. Simplement plus résignés à la guerre, voire à la guerre nucléaire, c’est à dire à la fin de tout. Mais qui peut donc la désirer ? 

Inutiles brasiers

Car bombarder les peuples n’a jamais résolu les conflits. Robert Pape, professeur à l’université de Chicago, a établi dans Bombarder pour vaincre. Puissance aérienne et coercition dans la guerre que les bombardements, lorsqu’ils ne sont pas un appui d’une attaque terrestre, n’ont jamais abouti à un changement de régime. Mais ont confortés les tyrans, et poussés à plus de violence envers leurs peuples.

L’étude de Robert Pape remonte pourtant jusqu’à la Première Guerre mondiale, c’est à dire aux premiers bombardements aériens. Il remet clairement en cause l’efficacité des bombardements de Hiroshima et Nagasaki dans la capitulation du Japon : les États-Unis voulaient tester leurs bombes, alors même que la victoire dans le Pacifique était acquise. 

Marseille sous les bombes américaines 

À Marseille, un traumatisme majeur n’a jamais été dit, parce qu’il remettait en cause les équilibres politiques après la guerre : en 1944 les communistes devaient être écartés du pouvoir municipal, et les pro-américains installés dans une mairie en ruine. 

Pourtant le 27 mai 1944, une pluie de fer, de feu, d’acier, de sang s’est aussi abattue sur Marseille. Faisant 4500 victimes civiles, près de 1800 morts, des dizaines de milliers de délogés. Les sept vagues de bombardiers de l’US Air Force ont, en quelques heures, expulsé du monde des vivants plus de victimes qu’à Brest en 4 ans de bombardements. Ils n’ont atteint aucun de leurs objectifs stratégiques, raté le port, détruit en partie Saint-Charles sans songer que la destruction d’une gare terminale n’affectait pas le transport des troupes et des armes. C’est l’armée d’Afrique qui, quelques semaines après, s’est emparée de Marseille avec l’aide de la Résistance mobilisée par un journal clandestin, La Marseillaise. 

La liberté viendra d’Eluard

En 1944, les avions de la Royal Air Force ont largué en France une arme d’une autre force. Des centaines de milliers d’exemplaires du poème de Paul Eluard qui circulait comme un tract depuis 1942.

Sur toute chair accordée                            
Sur le front de mes amis                            
Sur chaque main qui se tend                            
J’écris ton nom[ …]
Et par le pouvoir d’un mot                    
Je recommence ma vie                    
Je suis né pour te connaître                    
Pour te nommer                    
Liberté 

L’expression d’une vie battante, certainement plus efficace que les bombes aveugles pour mettre fin à une guerre. 

Agnès Freschel


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À Marseille, le printemps est baroque

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L’ensemble Orfeo Futuro © X-DR

Cette année, le festival rend hommage à l’essence du baroque, forgé et développé grâce aux multiples influences de chaque pays, chaque ville, chaque cour, dans un fascinant jeu de va-et-vient artistique. On visitera Leipzig avec Bach, Rome et Vilnius, l’Italie du jeune Haendel et, plus loin dans la programmation, Londres et Paris aux sonorités de la viole de gambe. On rendra hommage à Monteverdi, Valentini, Scarlatti… Toute la fine fleur des compositeurs de l’époque se donnera rendez-vous à Marseille pour trois semaines de belle musique et de découverte à l’invitation de Mars en Baroque.

Dès le 5 mars, avec Come Bach, Vincent Beer-Demander ouvre les festivités à l’Archipel 49 en adaptant à la mandoline les grandes fugues et danses de Bach, en miroir avec des compositeurs contemporains. Le lendemain, à l’Église Notre-Dame-du-Mont, l’ensemble Orfeo Futuro, en collaboration avec l’Istituto Italiano di Cultura, nous embarque sur les traces d’Haendel en Italie, où il séjourna jeune et s’imprégna d’un art lyrique flamboyant qui marquera toute sa carrière.

On entendra des extraits d’Aminta e Fillide, Ariodante, Giulio Cesare et Rinaldo. Le 7 mars, Bach nous donne rendez-vous à Leipzig, très exactement en 1726 : les treize artistes de La Chapelle Rhénane interpréteront des pièces sacrées qu’il y composa (Église Notre-Dame-du-Mont).

Un programme original attend le public le 8 mars au Foyer Reyer de l’Opéra de Marseille : De Rome à Vilnius. La mezzo-soprano Renata Dubinskaite et l’organiste Filip Hrubý explorent le patrimoine lituanien et les œuvres de grands maîtres romains, comme Palestrina, qui inspirèrent la cour des Vasa et la République des Deux Nations. Le même jour, à l’Église de Meyrargues, Concerto Soave fait dialoguer Bach et Vivaldi à Venise, et le clavecin de Jean-Marc Aymes avec le violoncelle de Marine Rodallec.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Mars en Baroque
Du 5 au 27 mars
Divers lieux, Marseille

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Kutu

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© X-DR

Un pied en France, un autre en Ethiopie, les deux pieds dans le groove. Kutu c’est un joyeux mélange de musique traditionnelle éthiopienne, d’électro et de jazz. Fondé par le violoniste de jazz Theo Ceccaldi et la chanteuse Hewan – puis rejoints par plusieurs musicien·nes – la formation présente ce 7 mars sur la scène de l’Espace Julien son deuxième album, Marda, sorti en 2025. On y retrouve la folie instrumentale, le sens de l’improvisation, et l’héliotropisme fiévreux de leurs compositions.

N.S.

7 mars

Espace Julien, Marseille

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La toxicomanie mise en pièce

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Hautes Perchées © Jean-Louis Fernandez

Zébuline. Depuis le début, vous inscrivez votre théâtre dans des problématiques sociales liées à la prise en charge des personnes et aux marginalités. Qu’est-ce qui vous a amené à ce type de démarche ?

Maurin Ollès. C’est d’abord la rencontre avec des éducateurs et des éducatrices, et la fascination que je pouvais avoir pour ce métier. Je les sentais enrichis de leur travail, des gens avec qui ils travaillaient, qu’ils accompagnaient, dont ils s’occupaient. Et, hors de leur métier, ils continuaient à être des personnes ouvertes aux autres. C’est aussi une envie de parler des services publics, dans une démarche militante.

Après une première pièce sur la jeunesse délinquante et la justice des mineurs, puis sur la vie d’un garçon autiste de sa naissance à l’âge adulte, vous vous intéressez ici aux usagers de drogue et plus particulièrement aux usagères. Comment est né ce projet ?

J’ai donné un atelier dans une communauté thérapeutique. Ce sont des lieux où les gens viennent pour arrêter de consommer et essayer de reprendre une vie plus tranquille. J’ai été marqué par ces personnes, qui ont perdu confiance en elles, et pour qui faire du théâtre prend beaucoup de sens, il y a une vraie vertu thérapeutique. Mais c’est aussi un lieu qui me posait parfois question, par rapport à des éducateurs qui parlaient à des gens qui avaient plus de 60 ans un peu comme à des enfants. Et un lieu où il y avait beaucoup d’hommes et très peu de femmes, ce qui m’a également interrogé.

Comment avez-vous travaillé sur la mise en scène ?

J’ai très vite eu l’idée qu’il y aurait des musiciens, et que les personnages principaux seraient féminins. Et plusieurs institutions représentées : l’institution sanitaire, l’institution judiciaire et le monde de la recherche aussi, qui fait partie des rencontres qui ont été marquantes. Je suis donc arrivé avec ces envies-là, en proposant aux actrices et acteurs des personnages, des situations, et on a fait beaucoup d’improvisation. Le spectacle s’est construit à partir de là, dans les allers-retours entre les personnes concernées, les improvisations des acteurs actrices, et mes envies.

C’est un spectacle foisonnant, qui dresse le portrait de beaucoup de personnages. Il y a beaucoup de scènes qui s’enchaînent, avec des transitions assez rapides. Et trois musiciens au plateau qui jouent aussi des personnages. La musique nous permet de venir à la fois déréaliser et raconter l’histoire d’une autre manière. On fait beaucoup de reprises de chansons, qui viennent nous parler aussi des personnages, d’une autre façon.

Pourquoi ce titre « Hautes perchées » ?

Il y a « perchées » qui raconte que lorsqu’on prend des drogues, on est perché, c’est un jeu de mot avec ça, qui me permet aussi de féminiser le titre, pour signifier que c’est surtout les femmes dans le monde des drogues qui nous intéressent ici.

Et puis j’avais envie de quelque chose qui soit assez positif, assez joyeux, parce qu’on m’a beaucoup dit, au cours de mes entretiens, de ne pas trop dramatiser avec ce sujet-là. On pense à des films un peu gore, un peu tristes, quand on parle des drogues. Donc, j’avais envie de quelque chose qui tire vers le haut.

ENTRETIEN REALISE PAR MARC VOIRY

Hautes perchées

Du 10 au 14 mars

La Criée, Théâtre national de Marseille

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Un gramme d’univers

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© X-DR

« L’eau est cachée dans l’air ; l’air est caché dans l’eau… » Le texte de Nathalie Papin évoque les suites de mots ludiques, comme la fameuse comptine Trois p’tits chats, mais n’en est pas moins rigoureux sur le plan scientifique. Rapidement, on passe de la chimie à la physique, celle d’un monde familier à tous les enfants : les histoires qu’ils se racontent en faisant feu imaginaire du moindre objet à leur portée, pour peu qu’il ait une caractéristique évocatrice.

D’un baluchon de tissu gris, Isabelle Hervouët déballe « de tout petits morceaux d’univers » une louche tordue, une pomme de pin, une vieille tringle… Ils ont beau être un poil sales, voire carrément cassés, « tous ces bouts, mis bout à bout, ça tient ! » s’étonne-t-elle, en s’efforçant de maintenir droit un gros œuf rose dans un nid de fils électriques de toutes les couleurs. Voilà, cette plume lâchée du bout du bras, qui flotte au rythme d’un souffle retenu vers le sol, c’est « un gramme d’univers » !

Seule au plateau, mais dialoguant avec un petit engin à la voix électronique, la comédienne et metteuse en scène de Skappa & Associés s’adresse aux très jeunes enfants, dès 12 mois, comme à des personnes capables de comprendre, fort sensibles à la poésie. En présentant ces matériaux de bric et de broc, colifichets brillants ou duveteux, tels qu’il s’en trouve dans les malles aux trésors enfantines, elle joue de leur équilibre instable comme d’une propriété précieuse. Petit à petit, avec l’éclairage subtil du décor, ils forment une « autre scène » onirique en ombres chinoises sur l’écran du fond. Et c’est déjà fini ! Une demi-heure, cela passe vite, mais c’est suffisant pour en mettre plein les mirettes de ces spectateurs qui pour certains, voient là leur toute première représentation.

GAËLLE CLOAREC

Des équilibres ou comment ça tient s'est joué du 25 au 28 février au Théâtre Massalia, Marseille.

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