mardi 7 juillet 2026
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30 ans et toutes ses danses

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FdM2026_XXL_Sofiane Chalal ©Monia Pavoni

Créé en 1996 par Apolline Quintrand, le Festival a toujours permis aux Marseillais d’accueillir les plus grand·es artistes du monde, surtout les chorégraphes, tout en ne négligeant pas la création régionale, et en produisant les artistes de la ville. En 20 ans les plus grands noms de la danse se sont succédé sur les scènes d’une cité qui a aussi appris avec son festival à faire de ses parcs, de ses musées, des lieux d’accueil public. Jan Goossens a repris le flambeau après 20 ans pour 6 éditions qui ont orienté les regards vers la création méditerranéenne et africaine, et proposé de grands projets participatifs ancrés dans une ville cosmopolite.

À la tête du Festival depuis 2022, Marie Didier poursuit le travail de démocratisation culturelle et d’échos du monde. Elle développe des actions culturelles à l’année auprès des étudiants et des scolaires, met en place une politique tarifaire à 10 € (1€ pour les places solidaires). Elle permet ainsi à tous et toutes de « faire » le festival, qui dure désormais près de quatre semaines, brasse tous les arts et propose 65 rendez-vous publics. Soit, en 2026, 31 propositions artistiques dont 23 spectacles, 4 films, 5 ateliers de danse et 3 DJ sets, sans oublier une sieste collective.

Reposant, comme depuis 30 ans, sur un équilibre entre propositions internationales et production locale, le Festival démontre que Marseille est une ville monde : les artistes marseillais, aixois parfois, s’appellent Éric Minh Cuong Castaing, Marine Relinger, Édith Amsellem, Taoufiq Izzeddiou, Marina Gomes, Oona Doherty, (La)Horde, Dorothée Munyaneza ou Chabana. Certains sont nés à Marseille, d’autres s’y sont installés depuis peu, par choix ou au terme d’un exil. À leurs côtés des artistes venus de 17 pays du monde, à la croisée de l’Europe et de la Méditerranée.

Un festival de créations

Si cette édition s’inscrit dans un principe de continuité et de développement, elle affirme quelques valeurs fortes : l’inclusivité, puisque la plupart des spectacles sont accessibles aux malentendants, et cinq aux déficients visuels, et que la question du validisme s’y décline en débats et en spectacle ( _pArc_ au Ballet de Marseille) ; l’égalité femme/homme, puisque la parité est atteinte « non seulement dans le nombre de spectacles créés par des femmes mais aussi dans les moyens de création qui leur sont attribués », comme le souligne Julie Chenot, présidente du festival ; dans le défense des œuvres nouvelles, puisque 20 créations seront présentées au festival, qui proposera aussi une re-création, 3 premières françaises, et 5 projets de co-créations impliquant plus de 500 personnes.

Un choix qui n’est pas anodin dans un secteur en crise économique. Il inscrit le festival dans le présent du monde. Car, comme l’explique Marie Didier : « sur le fond les œuvres n’évitent rien : elles regardent la dureté du monde en face, explorent nos fractures, interrogent nos clivages. » Mais sur les formes, toute revendicatrices qu’elles soient, sont éclatantes de vie : quand Sofiane Chalal veut lutter contre la grossophobie, il met en scène quatre danseuses XXL qui s’opposent aux insultes par la joie et la force des corps. Quand le projet Nouba-ti veut sortir les femmes méditerranéennes de l’oppression ou l’invisibilité, ce sont 10 artistEs qui s’unissent en collectif, affirment que c’est leur tour, et créent ensemble films, musiques, performances et textes.

Ces spectacles « opposent à la peur de l’autre la rencontre entre les cultures » et « hybrident les luttes et les formes, détournent les codes, ouvrent les brèches. » Elles construisent un formidable espace de convivialité, de liberté, et d’avenir.

AGNÈS FRESCHEL

Festival de Marseille
Du 14 juin au 8 juillet
Divers lieux, Marseille

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Festival de Marseille : le défilé libératoire d’Édith Amsellem

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FdM2026_Le Grand Défilé Edith Amsellem©Edith Amsellem et Marguerite Ruggirello

Qu’est-ce que la mode ? Génératrice des profits les plus extravagants des milliardaires français, elle se définit comme le goût passager d’une époque, et a codifié la cérémonie du défilé, c’est-à-dire l’exhibition de corps en mouvements, généralement féminins, sur un promenoir, dit catwalk, face à un public commentateurs snobs et d’acheteurs bien assis. Mais la mode inspire aussi les plasticiens, s’expose au musée, invente la slow fashion week [voir p.15] et permet à Édith Amsellem, de parler des corps exhibés, des corps oubliés, des corps minorisés.

L’artiste marseillaise a toujours fait sortir le théâtre de ses gonds habituels. Ses premières apparitions d’actrice ont pris place dans des taxis, dans la série d’Anne Pleis Taxis-Théâtre, qui avait pour décor Marseille, au début des années 2000. Avec la compagnie En rang d’oignon, créée en 2005, puis avec sa compagnie ERd’O, elle a créé des spectacles hors des lieux habituels, pour en faire surgir des sens inattendus mais pas incongrus, présents dans les textes. Ainsi jouer Les liaisons dangereuses sur des terrains de sport permettait de présenter chaque lettre, chaque scène, comme un combat, avec victoire et défaite de Merteuil ou Valmont. Jouer Yvonne princesse de Bourgogne sur des jeux d’enfants figurait l’immaturité des personnages et interrogeait l’imaginaire des princesses d’enfance.

Derrière les costumes

Depuis 2024, elle travaille sur le vêtement, et le défilé. Les Beautés, son premier essai, faisait parader des réfugiés affublés de bleu blanc rouge, de rêve de gloire, de récits d’exil, qu’ils livraient au gré de leurs changements de costumes. Les Superbes donnaient la parole, sur le même principe, à des jeunes gens qui faisaient circuler sur le catwalk leurs difficultés à se construire.

Le Grand défilé ne regroupe que des femmes, trans ou cis, et explore les stéréotypes de genre, dont le vêtement est le plus évident. Séparation des rayons dans les magasins, contraintes des talons, des jupes, de l’onglerie, du maquillage, du lissage, des bijoux, des tatouages, port pudique du voile, de la perruque et autres « couvrez ce sein que je ne saurais voir »… Ces modes, acceptées voire revendiqués et outrées par les femmes, parlent de nos soumissions et renoncements, de nos arrangements et contradictions. Qui vont défiler, portés par 12 femmes (3 pros, 9 amatrices) qui ont des choses à dire.

AGNÈS FRESCHEL

Le Grand défilé
Les 20 et 21 juin à 17h et 20h
Jeanne Barret, Marseille

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Au Festival de Marseille, Oona Doherty à fleur de cuir

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FdM2026_Leather Jacket_Oona Doherty (c) Luca Truffarelli

Tout est, chez Oona Doherty, affaire de choc. Choc des cultures, choc des genres, choc des esthétiques. Un goût du heurt et de la collision, puisé dans l’esthétique du bien-nommé bounce (rebond) qui lui permet de regarder autrement les gestes que l’on croit trop brutaux, trop vulgaires, trop masculins, pour y déceler une pure beauté. Depuis Hope Hunt and the Ascension into Lazarus, Hard to be soft ou Navy Blue, la chorégraphe nord-irlandaise – désormais installée à Marseille – travaille ce point de tension où la rage sociale devient grâce. Colère pure, mais beauté aussi, dans ces gestes cabossés qu’elle ne polit jamais : elle les tient, les écoute, les travaille jusqu’à ce qu’ils deviennent langue.

L’art du rebond

Avec Leather Jacket, la chorégraphe nord-irlandaise revient à une pièce fondatrice, créée il y a onze ans sous forme de solo. Elle en réécrit la matière pour un groupe, en plein air, au Théâtre de la Sucrière. Un passage du corps seul au chœur, de l’énergie intime à la contamination collective. Sans narration, sans texte ni décor, la pièce mise sur ce qui reste quand tout disparaît : les corps, les appuis, les souffles, le son direct du mouvement. On y retrouvera ces bounces, rebonds pratiqués chaque jour par Oona Doherty, et ces étirements poussés jusqu’à devenir rythme, rituel, presque transe. Puis la composition inédite de Luca Truffarelli et Federico Ortica, trempée dans la house et l’électro, fera monter l’ensemble vers une piste où la troupe claque, vibre, insiste, jusqu’à faire de la scène une piste, et de la troupe une « chorale physique ».

En amont, l’atelier gratuit proposé le 21 juin à la Friche aux danseur·ses professionnel·les et avancé·es permettra d’entrer dans cette grammaire brute, théâtrale et cinématographique. Le 4 juillet, la veste de cuir devrait moins blinder les peaux que les mettre à vif.

SUZANNE CANESSA

Leather Jacket
4 juillet
Théâtre de la Sucrière, Marseille

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« Quand on est fatigué, on est vrai »

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FdM2026 Border Dance Taoufiq Izeddiou © mohammed lamqayssi

Créée au Festival de Marseille, Border Dance prolonge la recherche de Taoufiq Izeddiou sur la transe, le geste partagé et la puissance politique des corps. Entre rituels gnawa, flamenco et danse contemporaine, le chorégraphe réunit professionnel·les et amateur·ices marseillais·es dans une traversée où le commun se danse.

Zébuline. Vous vivez entre Marrakech, Aix-en-Provence et Marseille. Comment cet ancrage nourrit-il votre travail sur le collectif ?
Taoufiq Izeddiou. Je suis installé à Aix-en-Provence depuis 2013, et j’ai beaucoup travaillé sur le terrain, avec ses besoins, ses attentes, ses inattendus. Ce qui continue à me passionner, c’est l’espace public, le rapport à l’autre, à sa ville, à sa communauté. Avec Danser ma ville, on a réuni beaucoup de monde. Cela répond à ce qui nous manque aujourd’hui : l’étreinte, le sourire, le contact, faire corps avec les autres, le toucher, le lâcher-prise. Beaucoup de gens habitent au même endroit et ne se rencontrent jamais. La danse permet de créer des communautés, des familles de sens. Elle propose un temps d’arrêt, de regard, d’écoute. Des personnes de langues, d’origines, de croyances différentes peuvent alors s’écouter et faire un pas de danse ensemble. L’écoute et le regard sont la colonne vertébrale de cette proposition.

La transe et l’épuisement traversent Border Dance. Qu’est-ce qui apparaît quand le corps fatigue ?
Ce qui m’intéresse dans la transe, c’est le lâcher-prise. Si ça lâche dans la tête, ça peut lâcher dans le corps. C’est une forme de dépassement. Quand on est épuisé, c’est là que ça commence pour nous : comment aller plus loin, laisser sortir des choses conscientes ou inconscientes ? La transe est un moteur pour faire apparaître des danses qui ne sont pas forcément écrites ou codées, mais qui s’appuient sur le vécu, la pensée, la mémoire. Pour moi, quand on est fatigué, on est vrai, très vrai. On n’est plus dans le spectaculaire, dans le fait de fournir de l’énergie, de la technique, de la présence. On est dans une autre présence. On se découvre autrement : debout, assis, parfois sans muscle. Et là, on passe d’un corps politique à un corps poétique.

Border Dance fait dialoguer gnawa, flamenco et danse contemporaine. Comment regardez-vous les danses traditionnelles ?
Border Dance est une suite logique après Danser ma ville, mais avec une pièce partagée entre danseurs professionnels et amateurs avancés. J’ai vu certains potentiels se révéler chez les participants, et j’ai eu envie de partager la scène avec eux. Tous ont des danses en eux. Quand on révèle leurs danses d’enfance, leurs danses d’origine, que ce soit celtique, tango, flamenco ou gnawa, quelque chose se décontracte dans le corps : une liberté, une libération. En même temps, je suis danseur contemporain, je suis dans une danse créative. Je cherche de nouvelles interprétations, parce que la danse se renouvelle sans cesse. J’arrive d’une trilogie autour de la transe, et je tombe ici dans une autre forme de transe : le flamenco. Il faut protéger les amateurs pour qu’ils ne soient ni décor, ni accessoires, ni figurants, mais présents entièrement. C’est un très beau challenge, un stress aussi, et un pas vers l’inconnu.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Border Dance
26 et 27 juin
Théâtre Joliette, Marseille.

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Dorothée Munyaneza : l’art de réparer

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FdM2026 Version(s) DorotheÌe Munyaneza©Maya Mihindou

Zébuline. Vous êtes à la fois chorégraphe, danseuse, chanteuse et autrice. Comment décririez-vous votre univers artistique ?
Dorothée Munyaneza.
J’ai eu la chance de grandir dans une famille où l’on chantait et dansait beaucoup. Mes grands-mères ont été mes premières formatrices : elles étaient très douées dans le chant, la danse et me racontaient beaucoup de récits, de mythes. Cela a profondément nourri mon rapport à la création. La danse, la chorégraphie, la musique, le texte sont un tout pour moi. Je les lie ensemble pour créer mes performances. Mon univers est avant tout motivé par le récit : qu’est-ce qu’on raconte ? Ce qui m’intéresse, c’est de centrer des corps et des récits souvent à la marge, peu ou pas entendus.

La mémoire, les récits invisibilisés et la réparation occupent une place importante dans votre travail. Pourquoi est-il essentiel pour vous de revenir à ces questions ?
La création artistique a pour moi une dimension politique, intime et collective. Je ne crée pas hors-sol. En tant que rwandaise, je porte en moi l’histoire et l’héritage de mon pays. Je vis en Europe depuis près de trente ans et je suis sensible aux sujets qui touchent les sociétés dans lesquelles j’évolue, notamment à Marseille. Je m’intéresse aux personnes qui sont à la marge. Mais la marge n’est pas qu’un endroit de domination, c’est aussi un endroit de force, de lien et d’élan. Comment crée-t-on du pouvoir à cet endroit-là ? L’art est aussi une tentative de réparation, de liens rompus par les ruptures historiques, coloniales, esclavagistes. En mettant sur un plateau des personnes afro-descendantes, c’est aussi une forme de réparation de cette dispersion. Par la chorégraphie, par la voix ou la musique, on vient porter une mémoire. Quand on est encore là, quand on respire, quand on se meut, quand on chante, quand on joue, il y a cette résistance à l’anéantissement, particulièrement pour des personnes issues de peuples ayant subi ou subissant encore des violences qui les rendent invisibles.

Les 6 et 7 juillet, vous présentez Version(s) au Théâtre de la Criée. Que raconte ce spectacle ?
C’est un portrait sensible de Christian Nka qui, à travers le geste de la boxe, les mots et la musique, célèbre une vie. Christian Nka est une figure des quartiers Nord de Marseille. Il a été éducateur, champion de boxe. C’est une légende. Et qui dit légende dit plusieurs versions. Comment se raconte-t-on ? Comment créer un portrait à la fois intime, lié à une histoire, un parcours, une vie ? C’est un hommage, mais aussi une œuvre poétique qui parle de masculinité, de paternité et de virilité. À travers lui, je parle d’autres hommes noirs, métis, non-blancs, qui font face à des violences ou doivent incarner une certaine masculinité pour survivre. C’est une manière de parler de ce dont on hérite, de créer du lien et de continuer à proposer d’autres versions. Quand je l’ai rencontré, nous avons beaucoup parlé des rôles que l’on incarne dès le plus jeune âge. Dans nos sociétés, nous sommes nombreux·es à être pris dans ces performances. Ce n’est pas seulement Christian, c’est nous tous·tes. Mais je ne pouvais pas parler de n’importe qui pour raconter ces différents rôles que l’on porte en nous. Avec lui, cela relevait de l’intuition. C’était lui que je voulais mettre sur le plateau, lui que je voulais célébrer.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CARLA LORANG

Version(s)
6 et 7 juillet
La Criée, Théâtre national de Marseille

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XXL

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FdM2026_XXL_Sofiane Chalal ©Monia Pavoni

Sofiane Chalal fait de nouveau du corps « hors norme » un territoire de danse avec XXL, présenté en avant-première du 18 au 20 juin à la Friche la Belle de Mai (création en octobre au Manège, Maubeuge). Le danseur-chorégraphe, après s’être distingué lors de battles de danse urbaine jusqu’à obtenir un titre de vice-champion du monde en 2008, et, dix ans après, celui de la « Red Bull Dance Your Style », avait déjà pris pour sujet son propre corps, obèse, dans Ma part d’ombre, solo présenté notamment au Théâtre des Bernardines en 2023. Pour cela, il lui avait fallu surmonter des moqueries féroces et s’affranchir du regard des autres.

Entouré cette fois-ci de trois interprètes, issues des cultures hip-hop, il continue de transcender l’expérience de la stigmatisation en force créatrice. Le plateau devient un espace de réinvention où se déploie une « danse des transformations », les corps évoluant entre puissance, fragilité et affirmation de soi. Une création loin d’une approche documentaire, utilisant les ressources du langage chorégraphique pour questionner les regards et déplacer les imaginaires.

M.V.

18 au 20 juin

Friche la Belle de Mai
, Marseille

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En même temps

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FdM2026En Même temps_Olivia Grandville©Cesar Vayssie

Depuis plusieurs décennies, Olivia Grandville, ancienne ballerine de l’Opéra de Paris devenue chorégraphe puis directrice du CCN La Rochelle (depuis 2022), développe un travail qui tisse des liens étroits entre les images, la musique et la danse. Avec En même temps, qu’elle crée sur la scène de La Criée, elle s’intéresse à l’unisson, cette situation où plusieurs corps exécutent simultanément les mêmes gestes. Derrière cette apparente harmonie se cache une question plus complexe : que révèle le fait d’agir ensemble ?

Portée par neuf interprètes, la pièce explore notamment l’ambivalence des chorégraphies de masse : les mouvements synchronisés peuvent évoquer la célébration, la joie du collectif ou le partage d’une énergie commune, mais peuvent aussi renvoyer à des phénomènes de conformisme, d’embrigadement ou de contrôle. Poussant cette logique jusqu’à son point de rupture, accompagnée d’une création vidéo de César Vayssié et d’une musique composée par Benoît de Villeneuve et Benjamin Morando, une invitation à réfléchir, avec humour et lucidité, à la tension permanente entre appartenance et singularité.

M.V.

27 et 28 juin

La Criée, Théâtre national de Marseille

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Après moi, le déluge

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FdM2026 Après moi le déluge (LA) Horde © Gael Le Astier-Perret

Tout juste crée à Montpellier Danse, Après moi, le déluge, la troisième création de (La)Horde pour les danseurs du Ballet national de Marseille, arrive au Festival de Marseille. Une proposition chorégraphique qui s’inscrit dans une réflexion – accompagnée par le regard extérieur de l’écrivain de science-fiction Alain Damasio – sur les bouleversements particulièrement anxiogènes qui traversent le monde contemporain.

Dans un espace qui se transforme progressivement sous les yeux du public, comme si le décor lui-même était affecté par les secousses d’une époque en crise, les 16 interprètes évoluent entre révolte, solidarité et épuisement, ruptures, renversements et métamorphoses. Des scènes qui s’enchaînent comme autant de rituels, des corps qui se portent, se soutiennent, se déforment ou s’effondrent, explorant à la fois leur vulnérabilité et leur capacité de résistance face à l’incertitude.

M.V.

5 au 7 juillet

La Criée, Théâtre national de Marseille

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NON + ULTRAS

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FdM2026 NON+ULTRAS_Moritz Ostruchnjak©Franziska Strauss

NON + ULTRAS est une création « pour huit danseurs et cinq-cents écharpes », qui transforme la culture des supporters de football en matière chorégraphique. Issu du graffiti et du breakdance, le chorégraphe allemand Moritz Ostruschnjak y interroge le stade comme espace de construction d’identités collectives et de fascination pour des figures héroïques, en empruntant aux codes visuels et gestuels des groupes ultras. Sur scène, les écharpes deviennent successivement drapeaux, masques, armes symboliques ou objets rituels, tandis que les interprètes reprennent les chants, les postures et les mouvements de foule associés aux tribunes sportives.

Associant danse, vidéo et collage sonore, images de matchs, de rassemblements et de soulèvements avec des hymnes sportifs, musiques populaires et sons venus d’horizons multiples, un spectacle qui questionne une société fascinée par les images, les célébrités et les figures de pouvoir, tout en donnant à voir l’énergie spectaculaire des foules contemporaines.

M.V.

30 juin et 1er juillet

Friche la Belle de Mai, Marseille

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Qui trop embrasse…

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© Vincent Lajus

L’idée, pourtant, avait tout pour séduire. Ramener Les Noces de Figaro à l’Odéon, dans une forme annoncée comme réduite, c’était rappeler que l’opéra mozartien n’a rien d’un monument intimidant réservé à quelques initiés. Une « folle journée » peut tenir dans la proximité d’un théâtre, retrouver sa vivacité populaire, son nerf de comédie, son insolence première. La production d’Opéra Éclaté / Opéra des Landes semblait d’ailleurs avoir fait ses preuves : costumes de David Belugou d’une simplicité de bon goût, scénographie lisible de Frank Aracil, élégance modeste plutôt que pauvreté revendiquée. Loin, donc, de tout élitisme. Peut-être un peu trop loin.

Car la réduction orchestrale confiée à l’Orchestre Opéra des Landes atteint vite sa limite. Les pupitres sont si nus que tout s’entend : le moindre couac, la moindre inexactitude, le moindre flottement de mise en place. Sous la direction de Gaspard Brécourt, les décalages avec le plateau deviennent nombreux, et l’on finit par entendre moins la transparence mozartienne que la fragilité du dispositif. Dommage, car le plateau ne démérite pas. Jean-Gabriel Saint-Martin campe un Figaro solide et généreux ; Judith Fa dessine une Suzanne habile, vive, toujours aux aguets ; Charlotte Despaux offre à la Comtesse une belle texture, plus noble que plaintive. Le Chérubin d’Estelle Mazzillo est vocalement consistant, et joue scéniquement d’une gaucherie plutôt sympathique. Barberine a la légèreté fraîche d’Agathe Petitjean, tandis qu’Ahlima Mhamdi prête à Marcelline une qualité sombrée étrange mais bienvenue. Matthieu Toulouse tient Bartolo avec efficacité, et Anas Séguin donne au Comte une solidité rare : drôle, oui, mais jamais inoffensif, toujours traversé d’une menace sociale et sexuelle qui rappelle que la farce a des dents.

D’une barrière à l’autre

Restait l’autre belle idée : faire entendre Beaumarchais autant que Mozart. Rendre au texte sa profondeur grinçante, son intelligence politique, sa cruauté de salon. On imaginait quelques scènes choisies, accompagnées d’airs capables de les éclairer, de les prolonger, de les contredire. C’est l’inverse qui advient. Rien, ou presque, n’est sacrifié de la partition – surtout pas les grandes longueurs de la fin du deuxième acte et du début du troisième – tandis que le théâtre vient s’ajouter comme un supplément mal intégré. Les chanteurs ont des qualités de comédiens, certes, mais le texte parlé ne semble pas avoir été travaillé pour lui-même.

Et cette barrière-là devient infranchissable lorsqu’on comprend qu’aucun surtitrage n’a été prévu. Ici, ceux qui ne connaissent pas leurs Noces cœur restent dehors. Beaucoup, d’ailleurs, quittent l’Odéon à l’entracte.

SUZANNE CANESSA

Les Noces de Figaro ont été jouées les 4 et 5 juin au Théâtre de l’Odéon dans le cadre de la saison de l’Opéra de Marseille.

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