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Mourir sur scène

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L'Angelo del Focolare © Masiar Pasquali - Picolo Teatro Milano

L’Ange du foyer est un poème victorien ardemment critiqué par Virginia Woolf, un tableau célèbre de Max Ernst qui éclate, terrifié, l’image de la nation mère confrontée au franquisme, une appropriation catholique de la servitude des virginales vestales antiques, une figure de la femme au service du feu qui couve, infini, dans les foyers dominés par des dieux et des hommes violents qui disent aimer.

Emma Dante s’empare de la figure pour mettre en scène le féminicide. La dramaturge (autrice, metteuse en scène, chorégraphe et scénographe) sait faire vibrer la scène et les spectateurs d’émotions qu’elle ne retient pas et exacerbe, toujours à la limite d’un pathos qui vous emporte par instants comme un ouragan et vous laisse pantois, mais comme plus fort et plus vibrant du monde. 

Représenter la barbarie

La dramaturge préfère la catégorie « théâtre social » à celle de « théâtre politique » : ses pièces, Le Sorelle Macaluso, Ballarini, Misericordia… prennent clairement le parti des femmes du peuple.  Son Angelo est une épouse confrontée à la violence de son mari, devant sa belle-mère qui dénie et son fils qui subit. 

Concrètement, dans ce théâtre où les corps parlent autant que les mots, la valse du mariage se transforme en danse macabre, les étreintes en emprises, les caresses en coups. Jusqu’à la mort, chaque soir, puisque chaque matin la femme assassinée et niée recommence, le crâne en sang, à servir le foyer, à encaisser coups sur coups jusqu’à mourir, dans une séquence de violence répétée infiniment. 

Le texte, en dialecte des Pouilles pour l’essentiel, est surtitré en italien et en français. À la création au mythique Piccolo, la pièce a duré 1h08, et les applaudissements plus de 4 minutes. 

Agnès Freschel

L’Angelo del focolare
Du 15 au 17 janvier
Scène nationale Châteauvallon Liberté
Châteauvallon, Ollioules

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Avignon : Le Grand Canyon est à Roussillon

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© Kevin Buy

Thelma, Louise et nous, le road movie de deux françaises d’aujourd’hui, part du Finistère pour se conclure dans les ocres de Roussillon. Sur scène Nolwenn le Doth, la bretonne échouée à Avignon, cofondatrice avec Anna Pabst de la compagnie Le Bleu d’Armand, dont les Héroïnes et autres Chevaleresse ont marqué la scène féministe avignonnaise. 

Est-ce la proximité d’un tribunal où s’est jugée l’affaire Pélicot ? Le sujet de la domination masculiniste, du viol et de la violence verbale et symbolique des hommes prend une profondeur particulière dans la ville : le Théâtre des Halles, où le spectacle était programmé par la Scène nationale de Cavaillon, affichait complet à chacune de ses représentations. 

Les deux actrices autrices jonglent avec drôlerie et intelligence entre le film et leur propre fiction : ces deux femmes qui portent leurs prénoms, Anna et Nolwenn, veulent revivre aujourd’hui le parcours de Thelma et Louise, leur film culte, qu’elles résument et analysent en quelques images puis quelques scènes. Pour ce faire, la brune et la blonde, drôles, fortes et émouvantes, alternent avec intelligence les moments d’adresse au public et les scènes du film, et incarnent aussi les personnages masculins avec une belle lourdeur comique. Elles installent ainsi une complicité immédiate avec des spectateurices qui riront souvent, mais seront aussi sensiblement ému·es. 

Progrès féministe ? 

Car les scènes des deux fictions emboîtées révèlent, par leurs similitudes et leurs différences, l’évolution du rapport homme-femme en 35 ans : le viol n’est plus infamant pour la victime, la sororité s’est affirmée, les flics protègent et ne tuent pas, et plus personne n’accuserait Thelma et Louise d’être un film anti-hommes. Vraiment ? 

Ce sont aussi ces similitudes qu’elles relèvent : si le film de Ridley Scott, écrit par une femme, Callie Khouri, a été violemment critiqué en 1991 comme il ne pourrait plus l’être aujourd’hui, les masculinistes sont toujours là. Mais on peut choisir, comme Nolwenn et Anna de se battre contre eux, voire de les convaincre, plutôt que de faire exploser les camions citernes et de se jeter du haut du grand canyon…  On peut choisir de se retrouver dans le canyon provençal, décor d’un film qui clôt le spectacle, où des femmes s’avancent vers le sublime précipice, pour seulement le contempler. 

Agnès freschel

Thelma, Louise et moi a été joué au Théâtre des halles, Avignon, dans le cadre de la programmation de la Scène nationale de Cavaillon

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Nous nous sommes tant appauvris

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Les sondages pour les élections municipales font apparaître une progression nette des intentions de vote pour le Rassemblement national. Partout dans la région il menace de remporter des villes, de gauche, de droite, petites et grandes, pauvres ou riches. Et si le gouvernement Lecornu II est censuré sous peu, les élections législatives pourraient avoir lieu en même temps que les municipales, délocaliser les enjeux et offrir le pays tout entier au parti d’extrême droite, aujourd’hui ou dans un an. 

Comment est-ce possible ? Comment le pays qui a inventé les droits de l’Homme et qui garde un PIB florissant, une puissance militaire toujours dissuasive et un p·matrimoine culturel sans égal peut-il à ce point sombrer dans la démence sénile et livrer son âme aux forces obscures ?

Bon. Vous trouvez la formule un peu forte ? Précisons. 

Les remparts s’effondrent

Le rassemblement national est héritier du nazisme, il a été fondé par un homme qui a pratiqué la torture en Algérie, raillé la Shoah et a été de multiples fois condamné. 

Mais visiblement, au vu des sondages, cette histoire ne constitue plus un rempart contre le RN. La fille Le Pen est à ce jour inéligible pour avoir détourné des fonds européens, le lisse Bardella botte en touche quand on rappelle ses relations avec le GUD dissous pour ses actions violentes… mais le vote Rassemblement national monte, inexorable, en dépit de la violence raciste, homophobe et sexiste de l’extrême droite qui perdurent. Comme si le peuple qui a inventé la laïcité pouvait être défendu depuis ses « racines chrétiennes » et exclure l’étranger et le différent, le « rouquin » disait Le Pen père. Comme si la « préférence nationale » n’était pas si contraire, finalement, à l’esprit de notre nation.

Cet appauvrissement politique qui permet, comme on se lâche, de voter RN, s’explique aussi par l’abstention : 80 % des plus de 70 ans votent, alors que les 18-25 ans, désormais inscrits automatiquement sur les listes électorales, sont presque la moitié à s’abstenir, y compris aux premiers tours de scrutins très ouverts. Une forte abstention des jeunes qui explique aussi mathématiquement le vote RN : les jeunes, lorsqu’ils votent, choisissent majoritairement la gauche, mais ils se sentent de moins en moins concernés par une démocratie représentative qui les représente peu.

Le présent s’oblitère

Peut-on le leur reprocher ? Comment avoir confiance dans une démocratie qui laisse si peu d’avenir, de présent, à ses jeunes gens ? Il est devenu impossible à un étudiant, à un stagiaire, un apprenti, un salarié en CDD, de se loger hors d’une colocation. Vivre avec un Smic sans aide parentale ou sociale n’est plus tenable tant les coûts de l’énergie, des transports, du logement, de la nourriture se sont envolés. Et décrocher un CDI semble à la plupart un horizon inatteignable. 

Cet appauvrissement ne touche pas que les plus jeunes et ne se réduit pas à l’envolée des prix et au gel des indices. Alors que les fortunes françaises atteignent des sommets exponentiels les Français souffrent d’un manque croissant d’accès aux soins, à l’éducation, au logement, au départ en vacances, à la retraite. Les conquêtes sociales de l’après-guerre sont une à une remises en cause et l’angoisse concrète s’empare d’un peuple dont une part croissante ne mange pas à sa faim (6 % des Français) ou renonce à se chauffer correctement l’hiver (15 % des français). Est-ce leur nouvelle désespérance qui explique, en France, la montée du vote RN ? 

Les extrêmes ne se rejoignent pas

Les ouvriers et les employés votent désormais majoritairement RN, ou LFI. Mais leur état d’esprit  les différencie très nettement : les électeurs du RN se disent majoritairement insatisfaits ou très insatisfaits de leur vie, alors qu’ils sont moins de 17 % à LFI.

À ce peuple Français désespéré qui vote désormais RN, il faut rappeler que les représentants qu’ils élisent détruisent régulièrement leurs droits acquis, soutiennent la réforme des retraites, s’opposent à la taxation des hauts revenus, et au financement de la vie associative, des services publics de santé et d’éducation, aux allocations handicaps et au régime de l’intermittence, tout en méprisant le changement climatique. Ce sont eux qui, de concert avec la droite et la macronie, détruisent la possibilité des jours heureux…

La désespérance dans laquelle ils sombrent et nous précipitent n’est pas une fatalité : la France est un pays riche, qui peut prendre soin de tous ses enfants, anciens et nouveaux, quels que soient leur origine, leur genre, leur religion et leur degrés de validité. 

Agnès Freschel


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CAN 2025 : Les binationaux et la géopolitique du ballon rond 

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Brahim Diaz , Luca Zidane, Pape Gueye © Tnk1PrdZ

C’est une compétition qui fait vibrer tout un continent et Marseille avec elle, tout en relançant le débat sur la nationalité sportive. Parmi les 24 équipes engagées, 21 comptent des binationaux. Ces profils, souvent formés en Europe, renforcent considérablement des sélections comme le Maroc  où brillent Achraf Hakimi et Brahim Diaz (nés en Espagne) ou Noussair Mazraoui (nés aux Pays-Bas) ; l’Algérie avec Ryad Mahrez, Ismael Bennacer et Luca Zidane, ou encore le Sénégal avec Pape Gueye. 

Ces sélections africaines, revitalisées par leurs diasporas, suscitent autant d’enthousiasme que de débats autour de la nationalité sportive. Nationalité civile ou sportive ? Il convient de rappeler que la nationalité civile, acquise par filiation ou naissance est inaliénable : nul besoin d’en faire la demande si elle découle du droit du sang. Le droit international privé admet d’ailleurs le cumul de plusieurs nationalités, parfois jusqu’à trois selon les États. En revanche, la nationalité sportive obéit à des règles précises édictées par la FIFA. Un joueur déjà sélectionné par un pays peut en changer, à condition d’avoir eu moins de 21 ans lors de sa dernière apparition, de ne pas avoir disputé plus de trois matchs officiels (hors phases finales) et d’observer un délai de trois ans avant de représenter une nouvelle nation. 

Footballeurs du monde

Ces assouplissements récents permettent une plus grande mobilité aux jeunes binationaux, non sans tensions. La figure de Luca Zidane, né à Marseille, formé en Espagne, éligible avec l’Algérie via ses grands-parents paternels, et titulaire des Fennecs à la CAN 2025, est à ce titre emblématique. Il fait le choix de jouer sous les couleurs de l’Algérie. Pour ces footballeurs, choisir une sélection nationale tient autant à l’origine familiale qu’aux opportunités professionnelles. Leur trajectoire traduit la fluidité d’un marché du travail globalisé, où le sentiment d’appartenance devient une variable stratégique plutôt qu’exclusive. 

Achraf Hakimi (Maroc, né en Espagne), Pape Gueye (Sénégal, formé au Havre) ou Eduardo Camavinga (France, né en Angola, origines RD Congo) symbolisent cette mobilité assumée. Dans son essai The Road to Somewhere (2017), le journaliste britannique David Goodhart oppose les « somewheres », attachés à un ancrage territorial et identitaire, aux « anywheres », citoyens du monde, mobiles, cosmopolites et adaptables. 

Ces « anywheres » du football incarnent une génération fluide, naviguant entre plusieurs appartenances, à la croisée des racines et des ambitions transnationales. Ils disposent de supporters à leur image, aussi présents en Afrique qu’à travers les diasporas mondialisées. Cette nouvelle donne autour de la notabilité des anywheres suscite le plus grand intérêt des marques comme des politiques, comme l’illustre la récente création du Haut Commissariat aux diasporas par Emmanuel Macron. Espérons que cette dimension participe de l’esprit compétitif propre au sport et que le meilleur gagne !

SAMIA CHABANI


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Nos articles Diasporik, conçus en collaboration avec l’association Ancrages sont également disponible en intégralité sur leur site

Neige

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Neige © Christophe Raynaud de Lage

Après Mon Cœur en 2019, une pièce très remarquée sur le scandale du Mediator, Pauline Bureau s’intéresse au merveilleux, avec Neige, présentée aux Salins ces 15 et 16 janvier. Dans cette pièce, une réécriture du conte de Blanche-Neige, la metteuse en scène s’intéresse au « passage de l’adolescence à l’âge adulte ». Neige, le personnage principal, cherche à s’affranchir de sa mère autoritaire, et disparaît dans la forêt. C’est le début d’une errance magique, dans un magnifique décor réalisé par les Ateliers de la Comédie de Saint-Étienne. Créé en 2023, la pièce a reçu deux Molière en 2024 (spectacle jeune public, et création visuelle et sonore).

Nicolas Santucci

15 et 16 janvier
Les Salins, Scène nationale de Martigues 

Belugueta

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© Bastien Clochard

Le quintet vocal Belugueta débarque à la Cité de la Musique. Tenant une place importante dans le renouveau de la polyphonie occitane, l’ensemble donne aux chants des attributs d’amour, de deuil, de courage ou de prière. Ancré dans la tradition de la langue d’oc, ils composent, écrivent et improvisent une musique vivante et habitée. Composé de Julen Achiary, Lucie Gibaux, Lisà Langlois-Garrigue, Lolita Delmonteil-Ayral et Julien Lameiras, le quintet mêle les voix aux percussions pour porter le rythme de ses créations.

L.S.
17 janvier
Cité de la musique, Marseille

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Fòco

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© Yannick Doublet

La Cité de la musique de Marseille accueille, en sortie de résidence, le duo composé de Germana Mastropasqua et Xavier Rebut pour une soirée intitulée Italie Réenchantée. Xavier Rebut, chanteur et compositeur, amoureux des musiques traditionnelles de l’Italie, réinvente les codes du chant traditionnel oral par ses compositions. Chanteuse-interprète, Germana Mastropasqua partagera sa connaissance du grand répertoire vocal d’Italie. Tous deux ont travaillé aux côtés de Giovanna Marini, qui est l’une des figures les plus importantes dans la recherche et l’interprétation des traditions musicales populaires italiennes.

L.S.
16 janvier
Cité de la musique, Marseille

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La Pomme empoisonnée

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La Pomme Empoisonnée © Pierre Exsteen

Cette création belge de la compagnie Pan! revisite avec humour et poésie Blanche-Neige et les sept nains autour de la pomme rouge empoisonnée, en ouvrant une porte nouvelle sur les relations familiales contemporaines et les défis des familles recomposées. Sur scène, la fameuse pomme empoisonnée trône sur une table : qui l’a posée là, la belle-mère ou la belle-fille ? À partir de cette image et de cette question, le spectacle explore le cheminement vers une complicité inattendue entre les personnages, malgré disputes, malentendus et incompréhensions. Écrit et mis en scène par Julie Annen, un spectacle jeune public ( à partir de 9 ans) primé aux Rencontres Théâtre Jeune Public de Huy en 2023 pour la qualité de l’interprétation et l’inventivité de la mise en scène.

M.V.
14 janvier
Théâtre La Colonne, Miramas

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Immaqaa

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Immaqaa, ici peut-être (Images de répétition) © Brice Robert

Immaqaa, ici peut-être de Mathurin Bolze, met sur scène neuf interprètes circassiens inventant un langage corporel et visuel inspiré des paysages immenses et fragiles du Grand Nord : un territoire extrême où le silence, la glace et la lumière deviennent autant de forces poétiques que d’éléments à apprivoiser. Le titre lui-même, Immaqaa – qui signifie « peut-être » en inuktitut – suggère l’indéfinition, l’incertitude mais aussi la quête intérieure qui guide le parcours des artistes. En confrontant leurs corps en suspension aux éléments imaginaires de glace et de vent, ils explorent à travers acrobaties aériennes, portés, sauts vertigineux et scénographie mouvante une géographie instable qui questionne l’orientation, l’équilibre et la lumière : métaphores d’une époque en transformation.

M.V.
16 et 17 janvier
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

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Nevché et Alfred s’attaquent à Dantès

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Monte-Cristo © Alfred

Fred Nevché et Alfred proposent une expérience artistique immersive avec ce concert dessiné qui mêle récit initiatique, création électro-rock et projections de dessins. Au cœur de la performance, la vie de l’écrivain Alexandre Dumas et le destin romanesque d’Edmond Dantès. Ce double mouvement biographique et fictif permet d’embrasser à la fois l’homme et l’œuvre, soulignant les échos entre les épreuves, les désirs et les combats personnels du créateur et de son personnage. Fred Nevché y conjugue spoken word, électro-rock et poésie sonore tandis qu’Alfred (Lionel Papagalli), auteur de bande dessinée, y projette en grand format ses illustrations originales, qui accompagnent la progression du récit. Ensemble, ils font vibrer textes, musique et graphisme dans un même élan artistique.

M.V.
16 janvier
Pôle Culturel Miremont, Plan-de-Cuques

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