jeudi 26 mars 2026
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Comme chez Zimmermann

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© Clément Renucci

L’ensemble Café Zimmermann, en résidence au théâtre du Jeu de Paume, a accueilli le public aixois pour une soirée qui a fait revivre le Leipzig du 18e siècle. Comme dans le célèbre café de Gottfried Zimmermann où Jean-Sébastien Bach dirigea son Collegium Musicum de 1729 à 1741, animant, dans une grande liberté, les concerts hebdomadaires du vendredi soir, les spectateurs se sont installés pour savourer un programme alternant des œuvres du Maître mais aussi de Telemann – considéré de son vivant comme le compositeur le plus célèbre d’Allemagne- dans l’atmosphère culturelle et conviviale qui caractérisait ce lieu si emblématique.

Fondé en 1999 par la claveciniste Céline Frisch et le violoniste argentin Pablo Valetti, l’ensemble Café Zimmermann s’est imposé comme l’un des ensembles baroques majeurs en Europe.

Le programme a révélé toute la richesse de la formation, avec ses deux flûtistes remarquables : Karel Valter au traverso et Michael Form à la flûte à bec, spécialiste recherché pour le répertoire brandebourgeois. Leur dialogue gai, fusionnel et véloce dans le Double concerto en mi mineur de Telemann a parfaitement illustré la joyeuse complicité musicale qui anime l’ensemble.

Pablo Valetti, habité par la superbe partition, a brillé dans le Concerto pour violon en la mineur de Bach, déployant toute sa sensibilité, tandis que le Concerto pour 4 violons de Telemann, pièce très originale sans basse continue, a offert au public un moment de virtuosité collective. Balázs Máté, violoncelliste inspiré, s’est avéré aussi tout à fait remarquable dans le Concerto en la majeur de Telemann aux côtés du traverso et du violon ; ces trois-là ont dialogué dans une mélancolique allégresse, caractéristique du style galant de Telemann. Mais c’est Céline Frisch qui a subjugué l’auditoire dans le Brandebourgeois n°5, où Bach confie au clavecin une longue cadence sans précédent dans l’histoire du concerto. Ses doigts volaient littéralement sur le clavier, révélant toute la modernité et l’audace de Bach capable de transformer un instrument, alors destiné à l’accompagnement, en soliste éclatant.

Le concert s’est achevé avec le Brandebourgeois n°4, discours lumineux entre les deux flûtistes et le violon, conclusion parfaite d’une soirée où excellence musicale, esprit de convivialité et intelligence de l’interprétation ont cheminé de concert.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 10 février au théâtre du jeu de Paume (Aix en Provence)

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Corps en mouvement

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© G.C.

Le dimanche 15 février, en clôture de l’Entre2Biac (festival porté par Archaos les années paires, en alternance avec la Biennale Internationale des Arts du Cirque), rendez-vous était donné au public en bas de la Canebière, pour Au bout, la mer !, événement tri-annuel porté par la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille. Une première édition 2026 qui a fait le plein en raison d’une éclaircie dans les intempéries récurrentes des dernières semaines. Sous un grand ciel bleu, les visages souriaient aux artistes, lancés dans de grandes envolées acrobatiques.

Trois agrès de crique

Dans l’air piquant du matin, résonne le claquement des jouets en bois installés par des ludothécaires pour les enfants. Petit à petit, la foule se rassemble : en préfiguration de leur spectacle à venir How much we carry, Debora Fransolin et Marin Garnier, attachant duo du Cirque Immersif, manient une longue perche noire, que l’une gravit souplement, tandis que l’autre en assure la stabilité. Méthode impressionnante et pourtant simplissime pour accéder aux branches des hauts platanes bordant la place du Général de Gaulle…

Un peu plus loin, les voltigeurs de la Cie Les P’tits bras se talquent les doigts et les poignets. Deux cow-boys friment en jeans, stetsons, santiags, sur un air de banjo. Des circassiennes les rejoignent, pour un exercice de balançoire millimétré. Leur structure, toute de volutes métalliques inspirées par Victor Horta, pionnier de l’Art nouveau, culmine à une quinzaine de mètres : une hauteur suffisante pour que les spectateurs retiennent leur souffle, quand les portés commencent et que les femmes passent de mains en mains dans des figures aériennes hyper toniques.

Midi sonne : le public s’approvisionne aux food trucks de la Canebière ou sur le marché du Vieux-Port, avant de converger vers une roue giratoire. Les Filles du Renard pâle, compagnie de la funambule Johanne Humblet, commencent un battle tout en souplesse, au rythme d’une guitare électrique. Une fois mis en branle, leur agrès, composé de trois cercles de rotation distincts, produit un saisissement : comme si une roue de hamster donnait une sensation de liberté bien huilée. Mû par la force musculaire, ralenti par la pesanteur des corps, il supporte une chorégraphie de l’instable dans la stabilité. Encore une preuve de l’étonnante capacité du cirque à faire vivre au public des expériences physiques jouissives par procuration !

GAËLLE CLOAREC

Au bout, la mer ! s’est tenu le 15 janvier, dans et autour de La Canebière, Marseille.

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Un monde fragile et merveilleux : une histoire d’amour au Liban

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Un Monde fragile et merveilleux (C) UFO distribution

On se souvient de ce superbe documentaire, Danser sur un volcan ( https://journalzebuline.fr/danser-sur-un-volcan-filmer-au-bord-du-chaos/) où Cyril Aris filme le tournage du premier long métrage de Mounia Akl, Costa Brava, Lebanon, en phase de pré production lorsque le 4 aout 2020, Beyrouth explose. Nous retrouvons Mounia Akl (Yasmina) dans le nouveau film de Cyril Aris, Un monde fragile et merveilleux, une histoire d’amour dans un pays auquel tous les Libanais sont très attachés malgré ses difficultés et ses crises récurrentes. « On peut toujours enlever les libanais du Liban, on ne peut jamais enlever le Liban aux Libanais » a précisé le réalisateur lors de sa présentation au 47e Cinemed où il a obtenu les Prix Jeune Public et Prix de la meilleure musique pour Anthony Sahyoun.

En fond, un bruit de train. Un plan séquence, caméra nerveuse, nous montre la naissance de deux enfants, à une minute d’intervalle, à 17h 07, sous les bombes, en écho parfait avec le titre. Un monde fragile et merveilleux ! Les enfants, ce sont Yasmina et Nino.

Plus de vingt ans plus tard, un stupide accident de voiture va permettre à ces deux êtres que la vie a séparés, de se retrouver autour d’un repas. Nino (Hasan Akil)  qui tient un restaurant, rentre en voiture dans la vitrine des bureaux tenus par les parents de Yasmina, consultante pour le gouvernement libanais. Alors que sa mère veut porter plainte, Nino propose de les inviter à son restaurant pour payer une partie de sa dette. Un repas plein de surprise ! Yasmina, amusée par l’attitude de Nino, réalise grâce à une photo sur le mur qu’il est son ancien ami d’enfance, perdu de vue il y a fort longtemps. L’histoire peut continuer …

Des flashbacks nous permettent de voir comment ces deux êtres surmontent ou non leurs traumatismes d’enfance. Nino n’a jamais accepté la mort de ses parents. Yasmina ne veut pas d’enfant : comment envisager de faire des enfants à qui on ne pourrait offrir que la guerre ou l’exil ? Chevauchant dans trois époques, nous partageons les sentiments de ces deux êtres qui s’aiment, comme témoins d’un pays en crise, un pays pris entre l’espoir et des moments de désespoir, un pays où on ne parle pas de la guerre civile, où il n’y a jamais eu de réconciliation nationale. La composition musicale d’Anthony Sahyoun, discrète, accompagne les images, comme ce son de train récurrent tout au long du film semblant dire : partir ou rester ? Car précise Cyril Aris se référant à Haneke : si je veux toucher quelqu’un, c’est par le son et non par l’image. Effectivement on est touché par le destin de ces deux personnes qui s’aiment, mais sans cesse confrontés à cette question ; est-il encore possible d’imaginer un futur au Liban ?

« Les deux piliers de la tristesse et de la beauté reflètent ma vision du Liban. J’ai voulu raconter une histoire qui, porte en elle les fractures et les éclats d’espérance de mon pays. »   Pari réussi.

Annie Gava

Un monde fragile et merveilleux sort en salles le 18 février 2026

Lire ICI un entretien avec Cyril Aris

Aïda Nosrat : incantation à la liberté

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© A.-M.T.

Dès les premières notes, l’auditorium se fige. Une voix ample s’élève, bientôt portée par le violon d’Aïda Nosrat. L’instrument, doté d’une corde supplémentaire – un do grave – étend la tessiture vers des profondeurs mélancoliques, parfaitement accordées au thème de l’exil qui traverse l’album Common Routes. L’accordéon d’Antoine Girard entre en dialogue. Formé notamment auprès du groupe Bratsch, nourri de jazz et de musiques balkaniques et orientales, il est l’un des grands passeurs de ces répertoires nomades. À ses côtés, Marius Kikteff au bouzouki et à la guitare navigue entre traditions roumaine, grecque, turque, azérie ou kurde.

Avant le morceau suivant, Aïda Nosrat évoque la genèse du projet : « Il a débuté quand les problèmes en Iran se sont intensifiés, puis le mouvement Femme, Vie, Liberté s’est développé. Nous avons enregistré durant la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël. L’album sort… et l’Iran est au bord de la guerre. C’est déchirant. Je vis le cœur à moitié ici, en France, l’autre là-bas. » Le public retient son souffle. Partie en 2016, Aïda incarne le drame d’une diaspora. « L’album parle de nos racines humaines communes : l’amour, la compassion, la justice, la liberté. Ces idées ont voyagé grâce aux arts, seul langage capable de nous relier. »

Danser sur les tombes

Le concert devient voyage. Nomad ouvre la route, suivi par Les Filles de Cirus, ancien chant de lutte pour la liberté, repris aujourd’hui encore et qu’elle dédie « à toutes les femmes iraniennes qui ne cèdent ni à la tyrannie ni à la violence ». Vient un poème mis en musique d’Azerbaïdjan, son pays d’origine : grâce, feu intérieur, ornementations ciselées. Le bouzouki puis l’accordéon rayonnent. Une berceuse kurde, en hommage « aux mères d’Iran qui ont perdu leur enfant », suspend encore la salle.

Elle interprète ensuite en mode jazzy – là aussi elle excelle – une chanson de Noa, l’artiste israélienne engagée pour la paix : « Nos histoires se ressemblent… ce n’est pas nous le problème, mais les politiciens. » Antoine Girard et Marius Kikteff enchaînent ensuite une composition du premier, Gypsy Roots, ronde entraînante aux airs de fête villageoise. Puis Kojâyie (« Où es-tu ? »), chant d’amour traditionnel iranien réarrangé, offre l’un des sommets du concert : la voix d’Aïda se déploie, lyrique et bouleversante. La salle est pétrifiée. Le public réclame un rappel. Revenue seule sur scène, elle évoque ces Iraniens qui dansent sur les tombes, transformant le deuil en défi. Elle entonne une incantation a cappella, martelant le sol ; celui des cimetières et celui de l’exil. Les mains frappent, les youyous montent, la transe affleure. On en sort comme frappé, transformé.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 13 février à la Cité de la musique, Marseille.

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De bruit et de fureur

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Elise Dabrowski et Sébastien Béranger © X-DR

Elise Dabrowski et Sébastien Béranger forment un duo depuis 10 ans déjà et pour l’occasion, ils décident de célébrer cet anniversaire autour d’un nouveau projet : De bruit et de fureur. Une pièce qui tourne autour de la folie, et d’une fragmentation sonore débordante et jubilatoire, dans une célébration de l’instant présent. Elise Dabrowski est chanteuse et contrebassiste, active sur la scène jazz et improvisée – ici elle utilise sa voix et son « (méta)violoncelle », un instrument à cordes frottées et amplifié. Sébastien Béranger est un compositeur multiforme qui travaille la musique spectrale, le postsérialisme ou les musiques postmodales, ainsi ils deviennent « trio à deux » entre voix, électronique et (méta)violoncelle.

L.S.
26 février
Friche La Belle de Mai, Marseille

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Chet

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David Enhco et Marc Perrenoud © X-DR

Dernièrement, Les Théâtres avaient accueilli son frère, Thomas Enhco, le pianiste pour Bach Mirror. Cette fois, c’est David qui débarque au Conservatoire avec un concert en hommage à l’un des grands trompettistes jazz qui n’est autre que Chet Baker. Trompettiste lui aussi, David Enhco sera accompagné par son ami Marc Perrenoud, pianiste de jazz reconnu. Ensemble, ils forment le groupe Aksham, le quintet qu’ils partagent avec la chanteuse Elina Duni. Les deux amis choisissent alors de raconter la vie chaotique de Chet Baker, de son album Chet Baker Sings avec son titre le plus emblématique, My funny valentine, jusqu’à des standards comme Yesterdays.

L.S.
26 et 27 février
Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence

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Le Requiem de Brahms

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Camille Schnoor © Christian Palm

Avec Un Requiem allemand, Brahms compose une pièce singulière. Œuvre de consolation plus que de deuil, tournée vers les vivants, sa messe aux morts emprunte à différentes traditions et différents courants. Écrite en langue allemande, nourrie de tradition luthérienne et forte d’une ampleur romantique à souhait, la partition déploie une architecture chorale unique majestueuse. Michele Spotti dirigera l’Orchestre Philharmonique le Chœur de l’Opéra avec le sens du souffle et de la clarté qui caractérise ses lectures, et éclairera sans nul doute la densité brahmsienne. Les solistes Camille Schnoor et Philippe-Nicolas Martin y inscriront leurs lignes sensibles.

S.CA
27 février
Opéra de Marseille

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C’est si simple l’amour

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C’est si simple l’amour © Vincent Berenger

Après une première réussie, les comédiens Alma et Robert invitent leur amie Hedda et son mari psychologue à prolonger la fête chez eux. À mesure que s’enchaînent les verres, la conversation dérape vers un procès chaotique, et personne n’est épargné. Les vieilles rancœurs ont fini de s’accumuler, l’alcool délie les langues et les masques tombent. Entre jalousie, violence et regrets, chacun règle ses comptes à coups de répliques acides, annonciatrices d’une plongée tête la première vers la catastrophe conjugale. À partir du texte de Lars Norén, grand dramaturge des relations humaines, Charles Berling met en scène un spectacle tragi-comique aussi drôle que glaçant. Alors non, l’amour, ce n’est pas si simple.

P.L.

Du 3 au 7 mars

Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence

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Tenir debout

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Tenir debout © Jean-Louis Fernandez

Après avoir enchainé les auditions ratées, Suzanne de Baecque décide de jouer la comédie autrement, et s’inscrit au concours de miss de sa région natale. Une actrice « undercover » à un concours de beauté, ça donne quoi ? Les concurrentes de Miss Poitou-Charentes 2020 s’appellent Kiara, Lauraline, Chloé, Lolita et Océane. Suzanne, en immersion, recueille leurs témoignages, avec bienveillance et sans jugement. Accompagnée sur scène de Raphaëlle Rousseau, elle raconte leur histoire et dépasse les préjugés. Un collage de textes, vidéos et enregistrements sonores donne un spectacle narratif entre théâtre documentaire et cabaret. Tenir debout parle, avec humour et émotion, d’une jeunesse féminine qui défend ses rêves et espoirs dans la violence d’un monde patriarcal. Une plongée vers l’univers pailleté des miss, peut-être pas si superficiel.

P.L.

Du 3 au 5 mars

Le Liberté, Scène nationale de Toulon

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Odile et l’eau

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Odile et l’eau © Vincent Warin

Comédienne, réalisatrice et romancière, Anne Brochet explore, dans un seule en scène, les imaginaires aquatiques à travers la figure d’Odile, une femme de cinquante-cinq ans, ordinaire, éprise d’une grande solitude. Pour faire face à sa mélancolie, son remède : la piscine. Dans son couloir de nage, la quinquagénaire enchaîne les longueurs et se replonge dans les profondeurs de son vécu. Son journal de bord aquatique dessine l’ordinaire de l’existence et entremêle passé et présent. À chaque longueur, jaillit « un petit couloir d’existence » et surtout une nouvelle renaissance. Chorégraphiée par Joëlle Bouvier, Anne Brochet se prête au jeu en apparaissant en maillot de bain, bonnet et lunettes de piscine. Un seul-en-scène qui promet de la poésie dans une ambiance aquatique.

C.L.
Du 3 au 7 mars
Théâtre Bernardines, Marseille

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