mardi 7 juillet 2026
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« Autoroute Tanger-Marseille » : visions voisines

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© Kris Pothano

Ici, Marseille ressemble à Tanger. Les paysages se mélangent, les voix se répondent, et les plantes racontent une histoire commune. À la Friche la Belle de Mai, Autoroute Tanger-Marseille donne à voir trois années de rencontres, de recherche et de création entre les deux villes. Un projet porté par l’organisation Think Tanger, qui vise à promouvoir la culture et la créativité dans la métropole de Tanger au Maroc. Jusqu’au 16 août, l’exposition s’installe dans la Salle des machines pour donner forme aux traces visuelles et sonores nées de la rencontre entre artistes marocains et marseillais.

En pénétrant dans la galerie, l’œil est attiré par l’Atlas des souvenirs. Inspirée de la géomythologie, la fresque crée un espace où Marseille et Tanger ne font qu’un, mêlant des éléments de paysage comme le rocher de Gibraltar à des figures fantastiques comme le cheval de la grotte Cosquer. Peinte en rouge couleur de vin pour rappeler la Garance des teinturiers, une plante méditerranéenne, la « murale » cherche, si ce n’est à relier Marseille et Tanger, à en restituer l’expérience commune.

Reconnexion

Contrairement à une exposition ordinaire, Autoroute Tanger-Marseille ne s’inscrit pas tant dans le visuel, mais se présente plutôt comme le témoin de ce que le projet a apporté à celleux qui y ont participé. Sur les murs, des photographies retracent la marche réalisée à Tanger par le collectif marseillais SAFI, composé d’artistes marcheurs. De cette balade, ils ont ramené des poèmes, cartes, dessins et objets, exposés comme autant de trésors découverts et créés dans le quartier de Malabata.

C’est surtout leur rencontre avec des tresseurs de canne de Provence qui rend l’exposition si touchante. Longtemps utilisée autour de la Méditerranée pour la fabrication de paniers ou d’instruments, la plante a peu à peu été délaissée au profit de matériaux industriels. À Tanger, le collectif l’a redécouverte auprès d’un maître vannier et a appris son tressage, ouvrant la voie à une transmission de ce savoir-faire. Dans l’exposition, on trouve ainsi des canisses et autres installations réalisées par des étudiants en art français, symbole d’une reconnexion avec cette plante qui unit les populations méditerranéennes.

Au fond de la salle, l’émotion est prolongée par le diptyque de Marouane Beslem, « Fenêtre Jumelles ». D’une part et d’autre d’un mur qui, à la manière de la Méditerranée, sépare Marseille et Tanger, deux vidéos montrent les villes. Leurs lieux emblématiques y défilent et se mélangent, devenant presque indiscernables. En reculant au centre de la galerie, les deux écrans deviennent visibles. En écho, une installation sonore, faite de canne de Provence et posée au milieu de la pièce, laisse entendre des voix. Alors que l’on regarde enfin le diptyque dans son intégralité, l’une d’elle évoque son rapport à Marseille : « T’as pas cette frontière de vision, tu vois jusqu’à l’infini ».

IVANIE LEGRAIN

Autoroute Tanger-Marseille

Jusqu’au 16 août

Friche la Belle de Mai, Marseille

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Terres & Résistances : une belle et forte exposition à voir au Zef

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Expositions Terres et Résistances, oeuvre de oeuvres de Celine Croze © G.C.

Dans le cadre du temps fort Nature & Biens communs, qui revenait pour la 6e édition au Zef, les murs du théâtre ont accueilli une nouvelle exposition. Trois photographes du collectif Tendance Floue, Celine Croze, Jonas Wibaux et Alain Willaume, y présentent chacun une série qui s’inscrit remarquablement dans le thème général, Terres & Résistances. Leur consœur Yohanne Lamoulère, compagne régulière de la Scène nationale de Marseille, a travaillé la scénographie avec Alice Purgu, Sophie Jurging et Christopher Marc, pour mettre en regard leurs perceptions sensitives d’un monde pétri de grandes mutations. Sur trois continents, dans des contextes très différents (Venezuela, France, Afrique du Sud), un point commun : l’eau, présente ou absente, le sol, pour y vivre ou y mourir, deviennent des enjeux majeurs. Comment être humain dans ces conditions qui se durcissent ?

En résonance

Le plus jeune d’entre ces photographes, étonnant de maturité, est un autodidacte de 24 ans. Jonas Wibaux documente sa vie nomade de saisonnier, dans les vignes ou sur le site de Sainte-Soline, haut lieu de lutte contre les méga-bassines. Le noir et blanc de ses prises de vue est intemporel : il pourrait s’agir d’archives de la Seconde Guerre mondiale, ou bien d’un film de science fiction, avec des traits de camaraderie réconfortante.

Point de réconfort en revanche dans la série de Céline Croze : c’est l’étrangeté qui prédomine sur ses images, amplifiée par la scansion d’une voix off hypnotique dans la vidéo qui les complète. Mala Madre est un conte ou un poème inquiétant, basé sur l’organique : le corps des pilleurs de tombe est sans visage, un serpent prisonnier de barbelés contre-attaque, les formes fractales du végétal nourrissent un imaginaire halluciné, le grain, la couleur sont d’apocalypse. Qu’a-t-on fait à la Terre ?

C’est aussi la question que semble poser Alain Willaume, après avoir pointé son appareil sur les paysages désertiques du Karoo en Afrique du Sud, où l’entreprise Shell a des projets d’exploitation de gaz de schiste. Dans ses tirages dénués de contraste, au ton presque sépia, un voile de poussière recouvre tout, y compris les hommes. L’accrochage avec un léger relief et des ombres ajoute à la sensation de suspens : que va-t-il se passer, si l’eau ne revient pas ? L’exposition est à voir jusqu’au 4 décembre, avant ou après les représentations. Ne la manquez pas.

GAËLLE CLOAREC

Terres & Résistances 
Jusqu’au 4 décembre
Zef, Scène nationale de Marseille

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À Avignon, les musiques actuelles en pleine ID-ILE

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Suzane © X-DR

Pour la troisième année consécutive, le festival ID-ILE s’empare de l’île de la Barthelasse, avec une programmation toujours éclectique, entre électro, house et pop, et avec toujours plus d’artistes locaux. Du 5 au 6 juin à Avignon, talents émergents et chanteur·euses confirmé·es viendront ainsi faire découvrir leurs univers dans ce cadre somptueux, pour ne pas dire idyllique.

La cité des stars

Pour ce nouveau rendez-vous, le festival mise sur la parité, et surtout sur le local. Le vendredi 5, la chanteuse avignonnaise Suzane, fera résonner sa pop électro inspirée de Vitalic et de Mylène Farmer. Connue pour des titres comme Je t’accuse,où elle rend hommage aux femmes victimes de violences, et Anouchka dans lequel elle évoque l’homosexualité, l’enfant d’Avignon mêlera danse et chant dans un show inoubliable.

Le lendemain, les chanteuses Pi Ja Ma et Sam Grass, toutes deux originaires de la Cité des papes, compléteront la liste des fiertés locales. Si la première s’est déjà imposée sur la scène française, avec une pop douce et des inspirations psyché et indie, la seconde présentera son tout premier single, Real, dans lequel elle mêle soul, hip-hop et jazz.

Beau monde

La première soirée accueillera aussi le duo Polo & Pan, de l’électro aux influences caribéennes et disco, et la chanteuse franco-brésilienne Luiza, découverte l’été dernier avec son tube Soleil bleu. Samedi 6, place au rap et à la poésie avec Gaël Faye, chanteur et écrivain franco-rwandais aussi bien connu pour son livre Jacaranda que pour ses textes ciselés. Boombass, membre du duo Cassius célèbre pour le mythique titre I <3 U So, fera résonner la house-funk du groupe pour l’une des dernières fois, en hommage à son binôme Zdar, décédé en 2019. Citons aussi les sonorités électro de Thylacine, et les nombreux DJ, Madame Benoît, Maggy Smiss, sans oublier le trio Joachim Pastor, Joris Delacroix et Teho. De quoi faire danser l’île, jusqu’au bout de la nuit.

IVANIE LEGRAIN

Festival ID-ILE

5 et 6 juin

Île de la Barthelasse, Avignon

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Don Juan est un sale type 

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Dom Juan ©Juliette Parisot

Depuis le déboulonnage en règle de David Bobée, le Don Juan de Molière a perdu les derniers restes de son aura de héros, déjà bien entamée par Antoine Vitez. Si jusque-là ce seigneur libertin, c’est à dire athée au XVIIe siècle, ce noble courageux, c’est à dire qui défend son honneur par l’épée, conservait des qualités, aujourd’hui il n’apparaît plus que comme un lâche dominant, un décadent sexiste, méprisant et méprisable. 

Macha Makeïeff s’inscrit, en femme féministe, dans cette démarche de démystification du « grand seigneur/méchant homme ». Comme Bobée, elle fait remplacer « tabac » par « théâtre » dans le monologue d’ouverture de Sganarelle (formidable Vincent Winterhalter) qui bégaye et plastronne, campant le personnage du valet, à la fois complice et réprobateur, dès les premières minutes. Mais elle poursuit la métaphore du théâtre, et les personnages ne sont jamais dans le réel : ils surgissent du décor à double fond où ils semblent tous épier, pour le détruire, la bête malfaisante que tous réprouvent. Sganarelle navigue d’un espace à l’autre, intercesseur entre la scène et le public, comme le faisait sans doute Molière, qui jouait le valet.

Enfermé au boudoir

Théâtre dans le théâtre, Dom Juan devient aussi un huis clos : le libertinage du prédateur n’apparaît plus comme la libre-pensée du XVIIe siècle, mais comme une « liberté » abusive que Macha Makeïeff transpose, pour mieux la dénoncer, dans une ambiance sadienne : une alcôve, un boudoir, des portes dérobées. Dans un XVIIIe siècle qui, comme le souhaitait la metteuse en scène, répand comme une « odeur de lit défait ».

Là, Don juan, enrubanné mais aussi négligé, apparaît sous les traits d’un stupéfiant Xavier Gallais, qui parvient à n’être, à aucun moment, grandiose ou désirable. Il joue avec une abnégation dont peu d’acteurs sont capables un personnage totalement détestable, faible, sans panache, et clairement sadique. Violentant les femmes, et son valet. 

Ainsi Makeïeff démine un à un tous les préjugés qui parcourent le texte : Piarrot le paysan manie une langue claire et belle, les proverbes enfilés de Sganarelle prennent sens, et le mépris linguistique de Don Juan est le signe d’une malsaine domination de classe. Et de genre : Charlotte et Mathurine, les paysannes si souvent raillées dans les mises en scène de Don Juan, deviennent des comédiennes jamais dupes de leur séducteur, qui ne les séduit pas. Quant à Elvire, même sous emprise, elle dit « non ». 

Le patriarcat signe là son arrêt de mort : le commandeur est une femme trompée et non l’incarnation virile du courroux céleste. Et Don Luis, le père de Don Juan qui incarne dans le texte l’honneur de la noblesse, il apparaît sur scène comme un pervers ridicule et crédule. Le symbole d’un patriarcat sans bienveillance qui génère des monstres.

Don Juan est mort « et voilà par sa mort un chacun satisfait », conclut le valet. Même s’il ressurgit, toujours, sous d’autres formes, au moins n’est-il plus possible de le glorifier.

AGNÈS FRESCHEL

Dom Juan a été créé au Théâtre Liberté, Toulon, en décembre 2024.

Du 4 au 7 juin
La Criée, Centre dramatique national de Marseille

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« Ciné Palestine » : un projectionniste dans les lacets de l’histoire

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Habibi Hussein d’Alex-Bakri © Odeh Films

La cinquième édition marseillaise du festival Ciné Palestine s’est ouverte le 28 mai dans un climat tragique, empreint de la situation des cinéastes palestiniens. Et de prises de position malaisantes : la représentante de Culture en lutte 13 appelait à boycotter tout spectacle et tout film provenant d’Israël, mais aussi la venue de Joann Sfar le lendemain à la Criée dans le cadre de Oh les beaux Jours. Or le bédéiste n’est ni Israélien, ni financé par Israël, ni belliqueux. Mais il a bien signé une tribune demandant que l’État de Palestine ne soit pas reconnu par la France avant la libération des otages. Doit-il voir, pour autant, sa parole censurée ?

La minute de silence observée en hommage à Mohamed Bakri, réalisateur du documentaire Jenine Jenine interdit en Israël, avait plus de sens. D’autant que son très court métrage était projeté juste après : dans Le Monde, tourné quelques jours avant sa mort en décembre on voit l’acteur, aveugle et malade, quitter une fête qui se déroule devant une télé diffusant des images de la destruction de Gaza, devant des convives totalement indifférents.

Des épaisseurs d’échecs

Le film d’Alex Bakri (son cousin) est tout aussi subtil. Habibi Hussein ne parle jamais directement d’Israël. À Jenine les policiers sont palestiniens, et la bonne volonté de l’ONG allemande venue en 2010 reconstruire le Jenin, cinéma historique de la ville, s’avèrera très surplombante : « On ne va pas passer du Godard, ils aiment les films indiens et Bruce Lee ».

Concevant son documentaire comme une fiction ménageant ses effets narratifs, Alex Bakri met en scène les échecs superposés de l’ONG, de l’Autorité nationale palestinienne, et du vieux projectionniste Hussein dépassé par l’usure de son vieux matériel, et sa méconnaissance des appareils sophistiqués qui le remplacent.

La métaphore est profonde, complexe, et désespérante, puisque le cinéma Jenin sera, dans le réel, détruit en 2016. Non par les forces occupantes, mais faute de spectateurs. Quant au projectionniste, le « très cher Hussein », on le voit une dernière fois, les tempes blanchies, sur les décombres du cinéma qui fut sa vie. Il est, depuis, décédé.

AGNÈS FRESCHEL

Le Festival Ciné Palestine s’est tenu à Marseille du 27 au 31 mai.
Il se poursuit à Paris du du 5 au 14 juin.

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Le désert comme archive vivante

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© Kris Pothano

Présentée par Fraeme à la Tour de la Friche la Belle de Mai dans le cadre de la Saison Méditerranée, l’exposition d’Abdessamad El Montassir s’inscrit dans la continuité d’une recherche qu’il mène depuis plusieurs années. Une recherche autour des récits empêchés du Sahara occidental, d’où il est originaire, et objet de conflits depuis 50 ans entre Maroc et Algérie.

Le plus souvent représenté comme un lieu de silence, d’immobilité ou d’oubli, l’artiste envisage le désert, ses montagnes, ses plantes, son sable, ses pierres ou le vent comme des témoins capables de conserver des événements. Une approche liée notamment aux réflexions écologiques actuelles, qui repense les relations entre humain et non-humain.

Harratines

Tout l’espace d’exposition est plongé dans le noir, d’où rayonnent les halos lumineux des œuvres présentées en archipels par l’artiste. Un environnement dont le caractère immersif est accentué par la diffusion en continu de Athar Dakira, pièce sonore enveloppante, composée par l’artiste en collaboration avec Matthieu Guillin : « Une plongée dans les chants des Harratines, littéralement “les autres libres”, nom donné aux esclaves et affranchis dans le Sahara au Nord et à l’Ouest de l’Afrique, accompagnés de sons tirés de plantes et d’instruments façonnés à partir de la flore saharienne ». Pour l’artiste, un échange entre l’humain et la plante, « la terre et la voix se prolongeant l’une l’autre ».

Graines et perles

L’entrée de l’exposition est occupée par une série d’écrans présentant des images filmées en noir et blanc d’arbres. Intitulée Sadra Kodia, toute une forêt d’acacias, présences fantômatiques à travers laquelle on peut déambuler pour se diriger ensuite vers d’autres lumières : celles qui émanent notamment de 10 sculptures en verre soufflé réalisées par l’artiste au Cirva. Une série de formes oblongues, précieuses, fragiles, couchées à hauteur de mains sur des socles verticaux. Regroupées sous le titre Âabide l’kadia, il s’agit de « formes de graines du Sahara, connectées à celles de perles autrefois tressées dans les coiffures Harratines ». Des indices territoriaux qui permettaient à ces populations « de s’orienter, de se retrouver, et de transmettre des trajectoires de résistance ».

Terre de l’ouest

Juste à côté, des projections vidéo grand format : l’une est une triple projection simultanée sur un mur titrée Trab’ssahl, qui signifie la « terre de l’ouest » et désigne une large part du territoire Sahraoui. On y suit trois protagonistes « dont les vies sont façonnées par la distance et la discipline du silence » : des visages, des mains, des plantes, des paysages, des gestes, des objets domestiques modestes, une silhouette qui marche. L’autre vidéo présentée juste en face Galb’Echaouf (2021) se déroule autour de Khadija, née dans une famille nomade, qui s’est installée en ville pour échapper au conflit. Elle invite à être à l’écoute des ruines et des plantes, pour retracer des événements que les mots ne peuvent exprimer.

MARC VOIRY

Sur les ruines, les pierres fleurissent

Jusqu’au 27 septembre

Friche la Belle de Mai, Marseille

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Marseille : l’édition en plein Flip

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© X-DR

Zébuline. Comment est née l’idée de ce festival ?
Elsa Pradier. Il y a un peu plus de deux ans, on s’est rencontrés lors d’un salon du livre à Paris. On s’était dit qu’il y avait beaucoup de salons et de festivals qui se tenaient à Paris, et qu’il était plus rare d’en trouver ailleurs. Notamment des salons qui mettent en avant à la fois l’indépendance, les idées politiques et les petites maisons d’édition engagées.

Beaucoup de maisons d’édition marseillaises sont présentes.
Iris Delhoum. Il y a une grande richesse éditoriale à Marseille, qu’on trouvait intéressante à mettre en avant. Donc, sur les 30 maisons d’édition, quasiment un tiers sont marseillaises. Mais le but, ce n’est pas de faire uniquement un focus sur le terroir. C’est également d’avoir une ampleur nationale, parce que c’est là que se jouent les questions d’indépendance éditoriale.

Comment choisissez-vous les maisons d’édition ?
E.P. Les maisons d’édition qui viennent au Flip sont engagées sur l’environnement, la lutte écologique, le marxisme, la critique du capitalisme, le féminisme, les théories queer, etc. Certaines font des livres directement reliés à la thématique de cette année, à savoir le marxisme écologique.

Quels sont les moments forts du festival ?
I.D. Les tables rondes. L’année dernière, les retours ont été très positifs. C’était vraiment d’une grande qualité par rapport à la gratuité et à l’accessibilité. Ça crée une énergie collective avec les lecteur·ices, qui sont intrigué·es politiquement par ce qui se passe dans ce festival.

Pourquoi avoir choisi la thématique « environnement et lutte des classes » ?
E.P. Nous avions envie de renouer avec la critique marxiste. C’est quelque chose qui est assez important pour nous. Et la crise environnementale n’est pas vraiment prise en considération, notamment pour laisser plus de place à la militarisation et à la guerre. Donc il nous a semblé important de reparler de cette thématique, qui est souvent abordée comme un sous-enjeu.

FANTINE LAMBEY

Festival du livre indépendant et politique
6 et 7 juin
Soma et Brasserie Communale, Marseille

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André Péri : jouer et soigner

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© C.L.

Ce samedi 30 mai, la chaleur est étouffante dans l’enceinte de l’hôpital Édouard-Toulouse. Derrière les façades en crépi, les salles de commission et les espaces médicaux, difficile d’imaginer un théâtre. Pourtant, quelques centaines de mètres plus loin, au bord d’un espace de verdure, se cache l’Astronef. Une fois le pas de la porte franchi, l’air est plus frais. Assis sur un tabouret au centre de la scène, André Péri se prête à une séance photo avec une aisance relative. « Baisse les épaules, les mains sur les genoux, regarde droit devant, les yeux dans les orbites », lui lance le photographe d’un ton rieur. André obtempère, esquisse un sourire.

L’exercice n’est visiblement pas son terrain de jeu favori. Il faut dire qu’il n’est ni acteur professionnel ni modèle. Depuis plus de quarante ans, il est infirmier psychiatrique. Le théâtre, pourtant, il l’a dans le sang. En cette soirée de début d’été, c’est tout un public qui l’attend sur le plateau de l’Astronef, lieu qu’il dirige avec Marie Laigneau-Bignon. Il vient y présenter Placement libre, une vie passée à soigner, une création intime qui retrace quatre décennies passées dans les couloirs de l’hôpital psychiatrique.

Une vie à soigner

À 17 ans, ce fils d’ouvriers italiens rêve de devenir kinésithérapeute. Faute de moyens, il doit renoncer. Son professeur de philosophie lui fait alors découvrir Marx et Freud. Une idée germe :« Je me suis dit que si on ne prend pas soin des personnes les plus fragiles, qu’est-ce qu’on est comme société ? ».« L’utopie, c’est mon truc », confie-t-il. André Péri se lance alors dans la psychiatrie, mais également dans un combat constant contre des maladies souvent incurables, une technocratie déconnectée des enjeux de terrain et la stigmatisation associée à la folie.

La réalité est bien loin de ses idéaux, mais pour André son métier c’est avant tout sa colonne vertébrale. Dans les années 1980, il fait partie de cette nouvelle génération de soignants qui rêve de faire tomber les murs qui séparent les patients de la «société ». Avec d’autres, il lie sa vocation à sa passion en créant des ateliers de théâtre puis un carnaval. Mais pourquoi s’arrêter là ?« Quand je m’entraîne au foot, c’est pour faire un match », lui suggère un patient.

Alors les ateliers deviennent spectacles, et les spectacles quittent l’hôpital, se jouent dans des maisons de retraite, des festivals, jusqu’au Off d’Avignon. Faire avec les contraintes est devenu sa méthode : « On prend les contraintes et on voit comment les utiliser au mieux pour les patients. »Longtemps aux mains de l’administration, André Péri prend finalement la direction de l’Astronef en 2019. Avec des soignants, des artistes et des patients, il contribue à faire vivre ce lieu singulier où création artistique et psychiatrie se mêlent. Depuis cinq ans maintenant, l’équipe y organise ateliers, spectacles en tout genre, théâtre-forum et rencontres. Mais ce soir, les projecteurs sont braqués sur lui.

Raconter la psychiatrie

La veille encore, les technicien·nes terminaient d’installer le décor. Une scénographie volontairement sobre que le comédien décrit comme « le désordre de sa mémoire ». Pendant une heure, il invite le public à s’y perdre avec lui. Le spectacle n’a rien d’un bilan de carrière. « Ce n’est pas une méthode. Ce n’est même pas un témoignage. C’est simplement ce que j’ai vécu. » Sur scène, il déroule quarante années de psychiatrie à travers une série de portraits. Il raconte Marie, persuadée d’être un cyborg, ou encore JP et sa compagne, tous deux psychotiques, qui rêvent de construire une famille. Des histoires drôles, bouleversantes et toujours profondément humaines. Au terme de la représentation, lorsque les applaudissements retentissent, l’émotion est palpable dans la salle. Debout, le public salue autant le spectacle que l’homme qui le porte. Un infirmier, mais aussi un comédien désormais à la retraite, qui pendant quarante ans a tenté, à sa manière, de soigner.

CARLA LORANG

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Toustes dehors (enfin) !

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Hands Up ! © Leo Petersen

Tour de chauffe de cette 13e édition de Toustes dehors (enfin) ! le vendredi 5 juin, avec deux formes très différentes. Dès 16h30 en centre-ville, Adrien M & Claire B inventent avec Faune un jeu de piste virtuel, à reconstituer via 10 affiches grand format placardées sur les murs de la ville. Une application en réalité augmentée leur donnent vie, pour reconstituer une faune imaginaire. À 19 h, direction le stade Paul Givaudan pour une grande forme participative : le Ballet jogging ! Tout est dit, il vous appartient de vous en remettre au chorégraphe Pierre Rigal, qui impulse in situ une chorégraphie avec plus de 100 coureurs amateurs des Hautes-Alpes.

Les pépites

Aux petits matins, loin du tumulte, ce sont des pépites qui se révèlent, qu’elles soient des créations récentes, ou plus matures faisant partie du répertoire des arts de la rue. Dimanche à 9h30, sur le parvis du lycée, moment de grâce avec la compagnie Paon dans le ciment. Avec beaucoup de justesse, de pudeur et d’inventivité, le duo fait d’un escalier son espace scénographique. Prétextes à mille métaphores, les marches deviennent aussi terrain de jeu, entre souvenirs lointains, ascension sociale et rêves déchus. Suspendu aux pas du duo, comme à ses lèvres, on embarque dans l’histoire de ce binôme d’amis, que la vie séparera. Bien tourné, bien écrit, bien joué. Touché ! (Hune, les 6 et 7 juin).

En matinée aussi, dans la quiétude du jardin du Centre Diocésain, c’est avec ferveur qu’on retrouve les liturgies païennes d’Olivier Debelhoir. Seul en piste, l’acrobate très concentré s’attelle à l’accomplissement de son rituel, dans ses lointaines contrées imaginaires où il nous embarque avec une intense poésie très pince-sans-rire (L’Ouest loin, Compagnie d’un Ours).Quant à Nicolas Heredia, sa qualité est tout autre : tout aussi narquois, mais plus prolixe. Le comédien s’est fait une spécialité de décrypter la sémiologie du quotidien, pour nous rappeler combien tout est signifiant – de la relecture gonflée de L’origine du monde à l’art de légender un environnement pour des visiteurs de passage (Légendes à la gare Saint Charles en octobre 2025). Avec La Fondation du Rien, il propose cette fois de remplir notre planning… d’activités exclusivement annulées, pour nous rendre le temps que l’on nous vole incessamment (La Vaste Entreprise, Jardin du Centre Diocésain, en matinée les 6 et 7).

Cirque indiscipliné

Ailleurs en ville, on glanera des déambulations mêlant parkour et cirque indiscipliné, sur les pas de 5 acrobates et d’un musicien-sprinteur (Impact d’une course La horde dans les pavés) ; ou encore les envolés oniriques et fantaisistes du bluffant mentaliste Kurt Demey, qui s’adjoint ici les services du chorégraphe Christian Ubl, pour le mariage hautement improbable de la magie mentale et de la danse contemporaine sur gazon synthétique (Garden of Chance, Cour de l’école Porte-Colombe). Dans le parc de la Pépinière, des formes tous publics se succèdent durant tout le week-end : marionnettes à doigts sans paroles, donnant vie à d’attachants et ingénieux personnages – chien espiègle, danseurs de claquettes, chœur d’enfants (Hands Up !, Lejo) ; ballet tournoyant de deux acrobates à la roue Cyr, sur des notes de violoncelle (Solstice, Cie Contrepoint)… Toujours, le Kiosque de la Pépinière constitue le point de ralliement du festival, son coeur battant, où l’on se ressource et se restaure, avant un tour de chant le soir venu (buvettes, food trucks, espace jeux, lecture, concerts et DJ sets).

JULIE BORDENAVE

Toustes dehors (enfin) !
Du 5 au 7 juin
Divers lieux, Gap

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Les déambulations du jazz

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daoud © Tanguy Delavet

Il y a le festival Marseille Jazz des cinq continents, qui se déroule du 1er au 12 juillet dans différents lieux de la ville, et il y a le Parcours Métropolitain. Une vingtaine de rendez-vous musicaux, dans plusieurs villes de la Métropole Aix-Marseille-Provence, à découvrir jusqu’au 4 décembre. L’occasion de découvrir la scène jazz locale, « mais également des artistes internationaux venus partager leur propre vision et leurs inspirations », précise l’organisation.

Après une ouverture le 2 avril à Septèmes-les-Vallons, le parcours reprend ce 4 juin à Vernègues. Devant la chapelle Saint-Symphorien, Marie Carnage revisitera les plus grands tubes de la Nouvelle Orléans des années 1920. Entre jazz, swing et musique traditionnelle du sud des États-Unis, le collectif de 7 musiciens invite le public au cœur de la Louisiane dans une ambiance de carnaval.

En dialogue

Le 7 juin, le Parcours Métropolitain retourne à Marseille avec un passage au cinéma l’Alhambra. Le pianiste Benjamin Moussay et la trompettiste Airelle Besson y joueront une création originale, qui accompagnera le film muet En rade, réalisé en 1927 par Alberto Cavalcanti et projeté lors de ce ciné-concert. De cette histoire d’amour sur le port de Marseille, les deux musiciens, rejoints pour l’occasion par un clarinettiste et un batteur, créent un voyage émouvant et poétique.

L’itinérance se poursuivra le 12 juin à Cassis avec la rencontre singulière entre la chanteuse folk Awa Ly, la violoncelliste Lucie Cravero et le poète Souleymane Bachir Diagne. Le lendemain à Jouques, le trompettiste daoud présentera un mélange de jazz et de hip-hop. Jusqu’au 27 juin, les villes de Châteauneuf-les-Martigues, Aubagne ou encore Salon-de-Provence accueilleront divers groupes de musiciens aux univers éclectiques, mêlant aussi bien le jazz à la chanson française qu’à l’électro ou aux sonorités levantines. Le 1er juillet marquera le lancement du festival Marseille Jazz des cinq continents, avant la reprise du Parcours Métropolitain, le 5 juillet.

IVANIE LEGRAIN

Parcours Métropolitain

Jusqu’au 4 décembre

Métropole Aix-Marseille-Provence

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