La Route fleurie de Francis Lopez fait son retour sur la scène marseillaise dans une nouvelle production portée par l’Opéra de Marseille, avec orchestre et chœur. La mise en scène est signée Carole Clin, fidèle à la maison, qui réunit autour d’elle une distribution solide sous la codirection musicale de Christian et André Mornet : Côté hommes, Kaëlig Boché en Jean-Pierre, Jean-François Novelli en Raphaël et Fabrice Todaro en Poupoutzoff. Côté femmes, Amélie Tatti en Mimi, Laurence Janot en Rita Florida et Laura Tardino en Lorette, rôle qui, en 1952, avait révélé – aux côtés de Bourvil – la jeune Annie Cordy. À Marseille, où l’opérette conserve une place à part dans la vie musicale, ce titre s’inscrit comme un classique du répertoire et continue de séduire par son atmosphère légère et ensoleillée, entre Montmartre et la Côte d’Azur.
C’est un documentaire incroyable qui donne à voir un film qui n’a jamais été produit. Affiche les pages du scénario dactylographié. Analyse les étapes de cet échec. Reconstitue par un montage d’archives et de témoignages, un Hollywood d’avant-guerre, pactisant avec le tout nouveau régime d’Hitler, par pragmatisme, lâcheté ou sympathie.
Frère aîné de Joseph, fils d’un Juif allemand immigré, dont il cherchera toujours l’admiration. Herman J. Mankiewicz , oscarisé en 1942 pour l’écriture de Citizen Kane avec Orson Welles, est né à New York. Journaliste au New York Times, critique de théâtre, il quitte dans les années 20, Broadway pour Hollywood -parce qu’il y a de l’argent à se faire et que les concurrents possibles « sont des Idiots ». D’abord rédacteur de cartons pour les films muets, il s’impose très vite comme un scénariste et dialoguiste de talent. C’est l’époque où les films se produisent à la chaîne : il signe beaucoup de productions frivoles et oubliables. Le projet de The Mad dog of Europe naît peut-être d’un désir de reconnaissance mais aussi de la volonté « d’avoir un impact sur le monde ». L’Allemagne est le pays de son père, il connaît la frustration des Allemands après 1918. Il comprend les mécanismes qui vont donner les pleins pouvoirs à Hitler, et projette de réaliser un film antinazi. Ce sera une parabole sur le fascisme, à travers les destins de deux familles, juive et catholique.
De 1933 à 1938, il tentera en vain de mener à bout ce projet. Les patrons des grands studios d’Hollywood sont souvent juifs mais le marché cinématographique allemand est trop rentable pour mécontenter le Reich. Hitler et Goebbels prennent très au sérieux le cinéma, formidable outil de propagande. Ils envoient le consul Georg Gyssling pour surveiller l’image de l’Allemagne Nouvelle dans les productions américaines. Ils ont leurs espions, leurs activistes, leur salle où on projette des films profascistes. Ils peuvent aussi s’appuyer sur l’antisémitisme américain et les idéologies de hiérarchie raciale du KKK. Le chef de la police de Los Angeles craint davantage les Juifs communistes que les Nazis. Ouvriers et techniciens juifs sont licenciés par leurs contremaîtres. Blacklisté par l’Allemagne, Herman est viré des grands studios. Il réécrit le scénario : son Hitler devient Mitler. Et l’Allemagne, une Transylvanie fictive. Mais ça ne suffit pas aux censeurs. Son ami producteur Sam Jaffe associé au projet jette l’éponge. Herman a perdu la bataille.
N’avons-nous rien appris ?
Quand, grâce au travail d’infiltration des réseaux nazis américains par Leon Lewis, et aux nouvelles de plus en plus inquiétantes venues d’Europe, le boss Mayer prend conscience qu’il est sur la liste des Juifs à abattre et qu’il faut, par le cinéma, combattre Hitler, le projet de The Mad Dog of Europe est mort.
Les fils d’Herman combattront les armées d’Hitler. Plus tard, les films hollywoodiens glorifieront les héros américains venus sauver l’Europe et les Nazis seront définitivement des « bastards ». Définitivement ? Dans l’Amérique trumpienne, ce documentaire de Rubika Shah retrouve une pertinence étonnante. Le petit-fils d’Herman, principal narrateur du film, conclut par ces mots :« Il y a toujours des Mitler. Il y a toujours des nationalistes prêts à se ranger du côté des fascistes…la menace du nationalisme semble s’élever et s’affaiblir avec les différentes générations. Mais quand il revient, on se dit :n’avons-nous rien appris ? »
Truly Naked est un film doux sur un sujet dur. Qui joue la carte de la tendresse, de l’émotion et de la complexité dans un milieu dominé par le Phallus triomphant. A la fois, récit d’apprentissage et comédie sentimentale, subtilement féministe, il révèle, comme l’annonce le titre, « un vrai Nu », qui ne sera pas seulement de chair.
Alec (Caolán O’Gorman) est un enfant du porno comme on peut l’être de la balle. Ses parents se sont rencontrés sur un tournage X. Sa mère est morte depuis longtemps. Il vit avec son père Dylan (Andrew Howard) qui continue à produire et commercialiser des films porno amateurs. Malgré sa belle cinquantaine (et grâce au viagra), il y joue le partenaire sexuel de jeunes femmes. Alec, devenu un adolescent de 17 ans, introverti, timide et chaste, filme et monte les scènes, très doué et imaginatif dans ce travail. Hors de chez lui, il est le lycéen british, blazer cravate, harcelé par les bandes machos de sa classe. Il souffre de n’avoir pas d’amis. Mais comment en avoir quand sa maison sert de studio X et que des godes anaux peuvent traîner dans les lavabos ? Il cache autant qu’il le peut la nature de la petite entreprise familiale. Par souci de mixité, un de ses professeurs le contraint à s’associer à une fille de sa classe, Nina (Safiya Benaddi) pour un exposé sur l’addiction aux films porno en ligne. Un pas après l’autre, les deux ados avancent maladroitement, sur la carte du tendre, découvrent leurs secrets respectifs. Dans le décor romantique des falaises littorales anglaises, ou au creux de lits partagés, ils dénudent leur cœur.
Nina voit dans la représentation des pénétrations et des jaillissements de sperme, une célébration du patriarcat, une aliénation des femmes qui cherchent toujours à être aimées même sans plaisir. Une des « comédiennes » fétiches de Dylan, Lizzie (interprétée par une véritable actrice porno Alessa Savage, également consultante sur le film) y voit un jeu sans tabou. Entre deux séances, Lizzie crée et vend des tee-shirts aux inscriptions féministes militantes. Elle affirme à Nina avoir trouvé dans ce milieu une certaine liberté et une acceptation -rare dans nos sociétés, de ce qu’elle était.
Pour réaliser son projet, la réalisatrice s’est entourée de femmes. Philine Janssens, l’indispensable coordinatrice d’intimité. Et Myrthe Mosterman, la chef op dont la photo trouve un équilibre parfait entre la lumière naturelle des espaces publics ou naturels, et celle crue des scènes de sexe, entre le rouge organique d’une chair de pieuvre et le clair-obscur des échanges entre les deux ados.
Les yeux grands fermés
Muriel d’Ansembourg aborde ici, sans didactisme, les questions du consentement, des rapports filiaux, des premières fois adolescentes, du désir. Elle brosse le portrait d’un père atypique que son fils « paterne », entraîné dans la logique de la concurrence effrénée du X, capable d’aller trop loin pour sauver son affaire. Le film d’initiation se marque de moments très forts -voire dérangeants qu’on ne divulgachera pas.
Il propose surtout une réflexion sur la représentation. Il s’agira souvent pour nos deux ados de fermer les yeux pour se faire confiance et mieux voir, de s’éloigner de l’image enregistrée pour ressentir l’authenticité du moment. Dans une des plus belles scènes de Truly Naked, la caméra qui serre de près Nina et Alec, dans l’obscurité d’une chambre, suit leurs doigts parcourant sur une feuille jaunie, les points saillants d’un texte en braille. Mystère d’une écriture qu’ils ne comprennent pas. Découverte de ce qui devient rencontre, lien, caresse.
Nicolas Meizonnet, maire depuis quelques jours, ne perd pas de temps. Son premier acte, dans cette ville administrée par la gauche depuis 12 ans, est d’annuler l’exposition de Sylvain Brino, puis de convoquer les directeurs de Jazz à Vauvert pour parler de l’avenir, incertain, de leur manifestation.
Les acteurs culturels du territoire se sont aussitôt mobilisés et ont lancé une pétition qui a recueilli en 3 jours des centaines de signatures, et a été relayée par Libération. La maison d’édition Au Diable Vauvertest particulièrement active dans cette mobilisation, et craint elle-même pour son avenir.
Entretien avec Lucas Galian, un des salarié·es de la petite maison indépendante, très active, et précieuse pour l’édition militante.
Zébuline. Quelle est cette exposition qui est annulée, et pourquoi la défendez-vous ?
Lucas Galian. Chroniques vauverdoises, une exposition commandée par la mairie, dont le financement et l’organisation ont été votés, a été annulée par un simple post du maire, quelques jours après son élection. Il n’a pas retiré le post depuis…
Le motif est explicite et politique. Pourtant l’exposition de photographies en noir et blanc, de scènes de fêtes, de marché, de repas, du quotidiens vauverdois, qui est un de ses sujets depuis des années, n’a rien de politique. Sylvain Brino a été professeur aux Beaux-Arts, il est un artiste reconnu pour son regard de photographe humaniste. Mais il est aussi, par ailleurs, une personnalité de gauche à Vauvert. Nicolas Meizonnet le décrit comme « un militant LFI » et le censure à ce titre.
Le festival Jazz à Vauvert est également menacé. Il n’y a rien d’officiel mais la déléguée à la culture aurait déjà menacé, en off, d’annuler le festival.
Post sur le Facebook de Nicolas Meizonnet
Et votre maison d’édition ?
Si le maire annule une exposition photographie apolitique, on imagine ce qu’il fera avec nous ! Nous sommes une maison d’édition clairement queer, féministe et décolonisée, très politique, nous avons édité Che Guevara, Octavia Butler, Angela Davis, le livre de campagne de Vincent Bouget, le nouveau maire communiste de Nimes… nous nous faisons peu d’illusions !
Est-ce que vous dépendez de la mairie ?
Notre association, Les avocats du Diable, reçoit une subvention de la Ville, de l’ordre de 2000 euros. Ce n’est pas notre financement principal, qui vient de la région Occitanie, du département du Gard et des financements du livre. Mais notre activité se déroule dans un bâtiment de la ville, en particulier les résidences d’écriture, deux appartements où nous recevons des auteurs importants. Virginie Despentes y a écrit une partie de Vernon Subutex, nous avons mené, avec les auteurices, des actions dans les écoles, au pied des immeubles, dans les prisons, sur tout le territoire, pour démocratiser la lecture. Nous tenons aussi des événements…Nous ne pourrons pas continuer cette activité de résistance culturelle, d’indépendance de la pensée, de visibilisation des invisibilisé.es, avec une mairie aussi radicalement hostile.
Votre pétition précise que « le totalitarisme commence toujours par tenter de contrôler la culture ». Pensez-vous qu’il est nécessaire de mobiliser sur ce sujet ?
Oui, la menace RN est en marche, le monde va mal, nous devons réagir, Vauvert n’est qu’un exemple, qu’il faut transformer, pour nous, en combat, et en victoire.
Ce samedi, en fin d’après-midi, la Biennale d’Aix revient en fanfare et surtout en mouvement dans l’espace public. Le coup d’envoi se fera en haut du cours Mirabeau à 17h30, avec Élévations du Collectif XY. Cette création in situ réunit une trentaine d’acrobates, accompagnés en live par la Compagnie du Lamparo. Manu Théron, fondateur de la compagnie, dirigera à cette occasion douze musicien·nes venu·es du pays invité de cette édition, l’Italie. Et le lendemain, rebelote avec une seconde représentation de ce spectacle collaboratif, même heure, même lieu. De quoi bien commencer cette première partie de Biennale, avec une programmation riche chaque week-end jusqu’au 14 juin (une seconde partie aura lieu à l’automne).
Vernissages en pagaille
Ce week-end d’ouverture est aussi l’occasion de nombreux vernissages d’expositions programmées dans le cadre de la première partie de la Biennale. L’art contemporain est particulièrement représenté avec des artistes internationaux comme la plasticienne et vidéaste Ghita Skali qui présente au 3bisf sa première exposition monographique en France, What Remains, autour du rapport au deuil et à la mort (jusqu’au 19 septembre).
Dans De la terre jaillit la lumière, jusqu’au 24 mai au Pavillon Vendôme, l’artiste verrier new-yorkais Andrew Erdos interroge la relation des humains avec la nature, comme le fait le sculpteur Fabien Leaustic dans La chute, histoire d’un châtiment silencieux ?*, en s’inspirant du motif de la chute, présent dans la mythologie grecque comme dans le dogme chrétien (Chapelle des Andrettes).
Aurélie Sicas explore pour sa part les représentations picturales de l’amour et l’affection partagées, en partant de la Carte du Tendre de Madeleine de Scudéry dans son exposition Au cœur du Tendre (Galerie Ramand, jusqu’au 13 juin). Enfin, les illustratrices Joëlle Jolivet et Katrin Stangl présente l’exposition Voisinage/Nachbarschaft*fruit d’un travail en tandem avec les étudiants de l’École Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence et son homologue allemande l’Akademie der Bilden Den Künste Nürnberg autour de cette notion.
Les Rencontres du 9eartcommencent également ce week-end et prennent part à leur façon aux célébrations de l’art italien avec une exposition consacrée à un géant de la bande-dessinée, Hugo Pratt, et à son iconique Corto Maltese (La Manufacture)*.
La première édition d’Effets Réel, nouveau festival littéraire consacré à la non-fiction, se déroulera également ce week-end à Marseille et à Aix-en-Provence [voir p. 5]. Le volet aixois de sa programmation, donnée à l’Hôtel Olivary, est intégrée à celle de la Biennale, et l’Italie y est donc également mise à l’honneur.
La question de la guerre et de son héritage comme matière littéraire est centrale dans cette programmation, avec une place de choix réservée aux auteur·ices ukrainien·nes. Le samedi matin, une discussion autour de l’écriture comme acte de résistance réunira le philosophe Constantin Sigov et la journaliste Tetyana Orgokova, puis le président de l’université de Kiev Sergiy Kvit, et les autrices Anastasia Fomitchova et Francesca Melandri (respectivement ukrainienne et italienne) s’interrogeront sur la manière de penser et d’écrire l’Ukraine aujourd’hui.
Francesca Melandri est invitée à présenter son nouvel livre, Les Pieds froids, dans lequel elle part de l’expérience de son père en tant qu’officier de l’armée italienne pendant l’invasion en Russie (1941) pour développer un propos sur la guerre et son héritage mémoriel. Après sa présentation, elle participera à une discussion avec Vanessa Springora à propos des secrets de famille liés à la guerre comme matière littéraire. Plus tôt dans la journée, Springora aura présenté Patronyme, ouvrage publié l’année dernière et qui s’intéresse aux mêmes questions à partir du passé trouble de son grand-père pendant la Seconde Guerre Mondiale.
L’auteur Alessandro Perissinotto s’intéresse également à la violence fasciste, mais du point de vue de la répression politique. Sa performance Raccommoder la mémoire, adapté de son livre La Guerra dei Traversa (2024), mobilise les témoignages d’une famille italienne victime du massacre de Turin en décembre 1922, juste après l’accession au pouvoir de Mussolini.
Focus hongrois La Biennale d’Aix met également à l’honneur la Hongrie, avec laquelle la ville entretient un lien fort depuis que Vasarely a décidé d’y installé sa Fondation, et d’autant plus depuis jumelage avec Pécs, ville de naissance du plasticien, en 2011. Cette programmation hongroise est pensée en deux temps, dont le premier est consacré au cinéma avec des projections quotidiennes dans l’amphithéâtre de l’École supérieure d’art jusqu’au 3 mai. L’occasion de rendre hommage au réalisateur Belà Tarr, monstre sacré disparu en janvier, avec quatre projections de son chef d’œuvre Les Harmonies Werckmeister (2000). L’œuvre de la réalisatrice Márta Mészáros y est aussi centrale, avec des projections de versions restaurées d’Adoption (premier film réalisé par une femme à obtenir l’Ours d’Or à la Berlinale en 1975), Neuf mois (1976) et Elles deux (1977). Les films les plus récents programmés dans le cadre de ce cycle, Corps et Âme (Ours d’or 2017) et Silent Friend (sorti en avril 2026), tous deux réalisés par Ildikó Enyedi. Le deuxième temps, aura lieu le 12 juin à la Fondation Vasarely et réunira arts visuels, architecture et DJ sets d’artistes français et hongrois pour célébrer les 50 ans de la Fondation. C.M.
Cette année, la fin du jeûne musulman a peu ou prou coïncidé avec Pessah, la Pâques juive, et avec les Pâques chrétiennes et l’arrivée du printemps. Une drôle de conjonction des « religions d’Abraham » : ces fêtes sont aussi les héritières de rituels païens du printemps, elles signent la renaissance, la fin de la pénitence, et la purification.
Les chrétiens fêtent avec force chocolat la résurrection du fils de Dieu, les juifs leurs premiers-nés épargnés grâce au sang des agneaux, les musulmans la régénérescence de leur lien avec leur famille et avec Allah. Tous ces rituels ont en commun le jeûne, la transformation progressive et le renouveau, l’agneau, le pardon, la famille.
Pourtant cette conjonction n’est plus qu’une coïncidence : les tensions communautaires entre les trois monothéismes n’ont jamais été aussi vives. L’État hébreu attaque l’Iran et le Liban après avoir détruit Gaza, et Trump, comparé à Jésus-Christ par sa conseillère évangéliste Paula White, entraine le monde dans une guerre de religion sans précédent, tandis que les chiites iraniens attaqués répliquent en bombardant les sunnites du golfe.
Conséquence indirecte de cette violence internationale, en France, le racisme s’exprime au grand jour. Un million de Français déclarent avoir subi une violence physique ou insulte à caractère raciste durant l’année écoulée. Les propos dits « décomplexés » fleurissent contre un maire noir. La gauche condamne cela sans ambiguïtés.
Il n’en est pas de même pour les actes spécifiquement antisémites, qui explosent (+280% depuis le 7-Octobre) et suscitent l’indignation, mais peu l’analyse : ils sont relayés par les médias avec une prudence mesurée tandis que sur les réseaux sociaux fleurit l’idée que les juifs, assimilés à Israël, l’ont bien cherché…
Il faut dire que les institutions juives françaises dérivent vers la droite voire l’extrême droite, et qu’un malaise qui ressemble à de la honte diffuse s’installe chez les juifs de gauche, croyants ou athées. Certains relèvent timidement que l’attentat devant la synagogue de Liège le 9 mars n’a fait aucune Une en France, pas plus que la mort de Dan Elkayan, français de 27 ans tué comme 14 autres victimes lors de la fête du Hanouka, le 15 décembre dernier, sur une plage de Sydney…
Peuples antisémites, peuples d’Abraham
Les trois religions d’Abraham sont nées des mêmes textes, mais leurs antagonismes ont la vie dure en France. Jean-Luc Mélenchon s’était égaré en 2020 en affirmant que Jésus avait été « tué par ses compatriotes », et les clichés antisémites persistent. Celui du juif déicide, de Judas le traitre « judéen », de l’avarice, de la cruauté, de la main mise insidieuse, ressurgissent en cas de crise.
À Six-Fours les électeurs ont choisi un maire condamné, qui tenait une librairie notoirement antisémite et raciste [Lire ici]. La plus vieille synagogue de France, celle de Carpentras, est désormais sous administration du Rassemblement national (en France les édifices religieux sont propriété des villes), tout comme son cimetière juif profané par des fachos en 1990.
Racisme anti-musulman, négrophobie et antisémitisme se contaminent et s’alimentent des mêmes peurs, des mêmes ignorances, des mêmes manipulations qui désignent une communauté à la vindicte de l’autre.
Aujourd’hui des États violemment répressifs, terroristes, génocidaires, colonialistes, attisent des haines que seules la connaissance et la culture peuvent apaiser dans une région qui vote désormais majoritairement RN. Flamenco Azul [Lire ici] témoigne de la singulière beauté artistique de l’Espagne des trois cultures, tandis qu’à Marseille les associations rappellent que la déportation nazie s’est exercée envers les juifs, les communistes, les roms, les asociales (putes, trans et lesbiennes) et les homosexuels (gays) après que les handicapés et les malades mentaux ont été euthanasiés (le 8 avril à 18h, Maison des combattants).
Les fascismes n’ont jamais restreint leurs violences à une seule communauté, et c’est ensemble qu’il faut les combattre, sans opposer ou hiérarchiser les oppressions.
Si le théâtre et le cinéma se sont déjà emparés à plusieurs reprises du célèbre Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, c’est cette fois-ci au tour de la danse et de Florencia Gonzalez de s’approprier le célèbre conte et d’en faire un voyage dansé. À travers l’interprétation de cinq danseur·euses, l’enfant et la rose prennent vie en direct sur le plateau de Klap. Dans les pas du Petit Prince, les passages du livre se transforment en mouvements, gestes, les éléments s’entremêlent, et les souvenirs resurgissent. Porté par le regard d’un enfant, le spectacle explore un monde fait de « rencontres, de différences et de sensibilités ».L’Enfant et la Rose promet une traversée rythmée et hypnotique, qui s’adresse à tous·tes, petits comme grands.
Partir d’un geste simple, presque anodin, et en faire une plongée vertigineuse dans la pensée humaine : voilà l’idée derrière le théâtre de Nicolas Doutez et Adrien Béal. Avec Dialogue avec ce qui se passe, le duo nous entraîne dans un laboratoire vivant où la parole se construit en direct sur le plateau. Tout part d’une femme qui doit écrire à son neveu, mais ne se souvient plus du propos. De ce constat naît un dialogue avec ce qu’il se passe. Dans un élan collectif, les artistes s’élancent pour retrouver la pensée perdue. Le groupe tente alors de la reconstituer, une mission qui risque de les mener vers d’autres aventures et rencontres inattendues. Entre absurde et comique, le spectacle plonge dans la pensée humaine et y explore ses drôleries et sa complexité.
Il y a des histoires que l’on tait, trop souvent, trop longtemps, collectivement. En réponse à ce silence, l’artiste Nolwenn Le Doth transforme la scène en un espace de parole pour dire l’inceste. La comédienne se projette alors en chevaleresse et mêle parcours judiciaire sur fond de pop culture. Accompagnée dans chaque ville de chanteuses amatrices, la pièce devient un manifeste contre la domination et le silence, éclairant « les liens entre politique, justice et intimité ». Au-delà d’une autofiction, Chevaleresse fait écho à une réalité trop fréquente et pourtant encore trop tue. À l’heure où, toutes les trois minutes, un enfant est victime d’agression sexuelle en France (Ministère des Solidarités, 2024), la parole est indispensable et doit aussi etre conquise sur scène.
C.L. 9 et 10 avril Quai des arts,Veynes Une proposition du Théâtre La Passerelle, Scène nationale de Gap.
Avec une première édition à succès, le festival jeune public Le Printemps des Minots revient pour une seconde édition au Forum de Berre. Au programme : théâtre, musique et autres surprises. Débuté fin mars avec Les Contes Défaits (Cie Duo Frictions), le festival se poursuit le 11 avril avec une création inédite de la compagnie Intim’Opéra. Après une résidence au Forum, et le succès de Une petite flûte enchantée, la compagnie propose cette fois-ci une nouvelle création : Une petite Carmen. Derrière ce spectacle, l’envie de « faire découvrir les codes de l’opéra avec une exigence professionnelle ». À travers les voix de Sarah Laulan et du ténor Christophe Poncet de Solages, les enfants pourront s’initier à l’opéra de Georges Bizet. La semaine suivante, Blanc Flocon (15 avril) revisite un conte des frères Grimm en théâtre d’ombres. Enfin, le 22 avril, Ça cartonne promet un mélange de magie et de poésie.