vendredi 4 avril 2025
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Fajar

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Pour sa première pièce en tant qu’auteur et metteur en scène, le comédien Adama Diop choisit d’aborder le sujet de l’exil. Dans Fajar ou L’Odyssée de l’homme qui rêvait d’être poète, le jeune Malal quitte son Sénégal natal pour venir en France, espérant y réaliser ses rêves littéraires. En creux de ce voyage initiatique, on peut reconnaître des échos avec la vie de Diop – qui dit lui-même s’être inspiré de sa propre expérience – arrivé en France pour devenir comédien. Dans son texte, Diop fait résonner les langues wolof et française, mais aussi les langages artistiques et littéraires : pour accompagner son poète, il invite sur scène des images de cinéma, de la musique, du conte et de la poésie évidemment. 

CHLOÉ MACAIRE

Les 27 et 28 février 
Zef, scène nationale de Marseille 
Dans le cadre de la programmation du Théâtre du Gymnase hors-les-murs.

Deep River

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Deep River © RJ Muna

Le Line Ballet d’Alonzo King existe depuis plus de 40 ans et les artistes de la compagnie,majoritairement  afroaméricain·e·s, portent aux États-Unis et dans les plus grands festivals d’Europe, l’idée que la danse classique et néoclassique héritée de Balanchine peut se nourrir de danse jazz. Et aussi, parfois, d’influences africaines. Avec Deep River le chorégraphe fait entendre la mémoire de l’esclavage dans du gospel chanté par Lisa Fisher, des « negro spiritual »  ou le Kaddish de Ravel. Au croisement des asservissements, des dominations et des massacres, les 12 danseurs incarnent, dans un mouvement continu et virtuose, la douleur et la résilience. Une voix profonde, dont on n’est pas certains, malgré son ancrage et son classicisme, qu’elle puisse échapper longtemps à la censure trumpienne. 

AGNÈS FRESCHEL

28 février 
Les Salins, scène nationale de Martigues

15 mars 
Théâtre de l’Esplanade, Draguignan

 [Berlinale 2025] Bons plans de Berlin

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Dag Johan Haugerud avec l'ours d'or (C) Berlinale

Au travers des sélections, peu de grands chocs cinématographiques mais de bons films, et comme chaque année, des propositions qui ont divisé les spectateurs. Quand la semaine marathon s’achève, restent en mémoire des cadrages, des visages, des mots, des musiques, des objets… Retour en images, et en plans

Reflet dans un diamant mort d’Hélène Cattet et Bruno Forzani 

Un petit disque argenté en très gros plan. Elément d’une robe Paco Rabanne constituée exclusivement par ces pièces métalliques. Objet iconique des sixties que porte sur sa peau noire Céline Camara. Ce mini miroir, gadget d’espionne, enregistrera les scènes passées, et sera ce qui reste du futur cadavre de la belle. En thème constant : réflexion, diffraction de la lumière. Verres, diamants morts ou vifs, métaux ou surface miroitante de la Méditerranée. Associations et dissociations de parties dans un tout qui résume bien le propos du couple de réalisateurs. Avec autodérision, faire se rencontrer le Visconti de Mort à Venise et James Bond, le Giallo et les Comics, le passé et le présent. Parler du cinéma en passant par les « mauvais » genres et proposer un collage enivrant, formellement virtuose, cinéphilique et horrifique, qui peut éblouir ou épuiser.

El mensaje – The message d’Yvan Fund (Ours d’Argent du Jury)

Un van garé en rase campagne, qu’on saura argentine. En gros plan, dans un noir et blanc très doux, le visage d’une fillette. Rêveuse ? Triste ? On ne sait pas. C’est celui d’Anika (Anika Bootz).Elle est médium, entre en communication avec les animaux, vivants ou morts. Un don que sa grand-mère sait exploiter grâce à un site où peuvent la contacter ceux qui ont des soucis avec leur animal de compagnie : un chien qui mange trop, un hérisson qui se sent seul, séparé de ses congénères. Avec cette grand-mère manager et son compagnon conducteur, Anika, nomade et solitaire fait la route et le job. Sont-ils des charlatans jouant sur la naïveté des gens ? Croient-ils vraiment en ce pouvoir ?  Qu’importe au fond, s’ils font du bien aux gens ! Road movie mélancolique nimbé de mystère. Anika perd ses dents de lait et on sait bien que le voyage finira un jour.

La Tour de Glace de Lucile Hadzihalilović (Ours d’Argent pour la meilleure contribution artistique)

Dans un jardin de glace, devant un palais de glace, se tient en majesté la Reine des neiges : Christine (Marion Cotillard). On est sur un plateau de tournage. Elle incarne le cruel personnage d’Andersen. Robe de cristal, couronne en éclats de miroir, perruque d’un blanc éclatant. Sur sa main gantée est posée une corneille. Fascinée, Jeanne (Clara Pacini) l’orpheline usurpant le nom de Bianca, regarde la scène. Plan épuré, élégant, en noir et blanc. Mise en abyme du film dans le film. Mise en scène de la fragilité d’une jeune fille au bord de l’abîme. De ces plans superbement travaillés, il y en aura beaucoup éclairés par des cristaux scintillants, la pâleur blafarde de la lune ou assourdis par la pénombre des chambres et des coulisses. Une histoire en miroir, de fascination, d’emprise, d’initiation aux dangers de la vie et des rêves, dont l’aspect très formel et la lenteur peuvent laisser de glace.

Drømmer – Dreams (Sex love) de Dag Johan Haugerud (Ours d’Or)

Un appartement très coloré, rempli de fils de tissage, de pulls tricotés et une jeune femme, superbe, Johanna, que regarde intensément une jeune fille. C’est Johanne, tombée amoureuse de son professeur. Elle lui rend visite de plus en plus fréquemment. Un premier amour, obsessionnel dont elle consigne chaque moment dans son journal qui deviendra un livre. Histoire vécue, tricotée ou fantasmée, qui interpelle sa mère et sa grand-mère.

Sex Love est un film au féminin, porté par la remarquable interprétation d’Ella Øverbye et Johanna Selome Emnetu. Au fil des conversations tantôt drôles, tantôt émouvantes qu’accompagne élégamment la sensuelle musique d’Anna Berg,il pose avec subtilité la question de l’autofiction.

La Cache de Lionel Baier

Une chambre. Désordre bohème chic. Dans le lit au jeté orange vif, père-grand Michel Blanc (dont c’est le dernier rôle) et mère-grand (Dominique Reymond). Entre eux, leur petit-fils d’une dizaine d’années qui leur est confié pendant que ses parents font la révolution dehors. Au devant du lit, leurs deux fils en pyjama bouquinent et regardent ce qu’on devine être la télévision. Lionel Baier adapte très librement le roman éponyme de Christian Boltanski, situant l’action en mai 68 à Paris. Voilà la tribu Boltanski, anticonformiste et joyeuse, un tantinet caricaturale, « comme un grand corps » dans l’appartement bourgeois rue de Grenelle où se trouve la cache utilisée par l’enfant juif qu’était père-grand pendant l’Occupation. Le réalisateur suisse signe ici une comédie très « française ». Assez théâtrale et moralisatrice. Bons mots et sentences sur la vie, la mort, l’art et surtout l’imagination, dont le film manque un peu, même en fourrant le général de Gaulle dans la cache d’un juif.

Yunan de Ameer Fakher Eldin 

Un homme, Mounir, (Georges Khabbaz), les bras posés sur les épaules de Valeska (Hannah Schygulla), sourire aux lèvres. Un sourire qui s’ébauche à la fin de ce film mélancolique. Munir est un écrivain en manque d’inspiration, hanté par une histoire de fantômes, liée à sa mère et à un récit qu’elle lui racontait : un berger borgne sans bouche, sans nez, sans oreilles, vit dans un pays indéfini du Moyen Orient avec sa femme. Dépressif, rongé par la peine de l’exil, fatigué de vivre, Mounir a quitté Hambourg pour une petite île des Halligen. Sa rencontre avec Valeska, les moments partagés avec son fils Carl (Tom Wlaschiha) et leurs amis, lui permettent de retrouver un sens à la vie. Des images fascinantes de nature, de troupeaux qu’on évacue, de moments où la mer engloutit la terre puis la laisse réapparaitre. Départs et retours. Un film qui laisse des traces.

ÉLISE PADOVANI ET ANNIE GAVA
À Berlin

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Raï Quartet

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© X-DR

Mue par sa curiosité et son amour insatiables pour les musiques traditionnelles de tous les ailleurs, la Cité de la Musique convie le musicien algérien Mehdi Laifaoui en résidence d’artiste entre ses murs, trois jours durant. Au cours de celle-ci, le percussionniste chanteur imagine un travail de création autour du raï, incontournable style musical de l’histoire moderne algérienne. Pour cela, il invite trois passionnés et spécialistes du genre : Mehdi Askeur, accordéoniste et chanteur du très célèbre Orchestre National de Barbès ; Jamel Reffes, guitariste émérite qui fait la part belle à la pédale wah-wah, dans la lignée du maître Ahmed Zergui ; et Sofiane Saïdi, chanteur de raï contemporain, très connu pour ses talents de croisement entre raï, rock et musique électronique ainsi que ses collaborations (Acid Arab, Rachid Taha, Catherine Ringer…). Ensemble, ils questionnent et réinventent des œuvres populaires du raï et de ses poètes. 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

28 février 
Cité de la Musique, Marseille

« TO THE NORTH » , une parabole biblique sous un thriller glacial

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To the North s’inspire d’un fait divers : l’affaire du Maersk Dubai. Trois passagers clandestins à bord du porte-conteneurs taïwanais Ming Fortune – en location longue durée pour le groupe AP Moller-Maersk, furent assassinés et jetés à l’eau par le capitaine et ses officiers, en mars et mai 1996. Un quatrième, caché par quatre autres membres de l’équipage, échappa à ce triste sort. Le réalisateur conserve ce cadre pour développer son scénario.

C’est sur la noyade de deux hommes en très gros plans que s’ouvre le film puis, élargissant le champ, sur l’immensité océane qui ne leur laisse aucune chance. Le large sillage vu du ciel d’un navire fait linceul. Cut : nous voilà au port. Deux jeunes hommes, sacs à dos, marchent, improvisent une partie de foot Bulgarie-Roumanie avec une boîte de conserve. Ils  rêvent d’atteindre l’Amérique des cow-boys et des self made men. On les retrouvera à bord d’un cargo, grelottant dans un conteneur. Le Bulgare (Dimitar Vasilev) arrêté par un officier, mourra. Le Roumain Dimitriu (Niko Becker), sera caché et nourri par Joël (Soliman Cruz)  aidé par ses compagnons de galère, philippins comme lui, à l’insu de leurs supérieurs taïwanais. Très pieux, ému par la Bible que possède ce passager clandestin, Joël ne supporte pas les crimes du capitaine, voudrait les dénoncer mais qui croirait un marin philippin ? Et sa bonté ne met-elle pas en péril ses camarades, réticents à l’idée de risquer leur job pour sauver cet inconnu? Les riches Taïwanais et les parias philippins partagent le même sort difficile des marins séparés de leurs familles mais les premiers ont tout pouvoir sur les seconds. Au fil des tâtonnants échanges en espagnol, ou mauvais anglais,  toujours viciés par le rapport dominant-dominé, s’esquissent des réflexions. Qu’est-ce que le mal ? Non pas un grand monstre qui fond sur l’humanité, pour Joël, mais quelque chose qui s’immisce dans les petits gestes. Comme le Bien, en somme. Mais ce qui est bien est-il juste ? Et ce qui est juste est-il bien ? Le criminel capitaine, froid comme un serpent, a ses raisons comme l’immigré clandestin qui transformera un bien en un mal. To the North est un film inconfortable. Non seulement parce qu’il  nous enferme dans le huis clos d’un cargo en mer, nous perd dans le labyrinthe vertigineux des conteneurs, nous plonge dans les ténèbres des cales, étire le temps de la traversée, devenu un compte à rebours oppressant. Non seulement parce qu’adoptant les codes du thriller et du survival, il exacerbe notre angoisse, nous colle aux personnages par de très gros plans. Non seulement parce que Nicolas Becker et Marius Leftãrache tisonnent cette angoisse par une B.O  lancinante, incisive, qui double le grincement des machineries, suit la pulsation des moteurs ou se casse sur un silence menaçant. Mais surtout, parce que To the North brouille la rassurante opposition entre le bien et le mal, affole la boussole et ne propose pas de fin rassurante. Et c’est justement parce qu’il dérange et pour la poignante interprétation de Soliman Cruz qu’il faut aller voir ce film.

ELISE PADOVANI

Prix de la Presse Indépendante à la Mostra

 Trois Gopo Awards ( César roumains) : Meilleur Premier Film, Meilleur jeune espoir pour Nikolaï Becker, meilleure photographie

Prix du Meilleur Son décerné par l’Union des Cinéastes roumains

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Hommage à tous les Tziganes

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Vue de l'expo © L.B.F.

Le génocide des Tziganes par les nazis n’a été reconnu que le 2 février 2011 par l’Union européenne. Michel Ficetola, historien d’ascendance tzigane, a choisi la date du 3 février pour le vernissage de l’exposition commémorative sur la Canebière à Marseille. « Quand on parle de Tziganes, explique-t-il, on désigne un ensemble de quatre communautés ethniques : le Rom (de l’Est), le Gitan (espagnol surtout), le Manouche (du Nord) et le Sinté (en Italie) qui ont subi le génocide au niveau international. »  Il y aurait eu entre 250 000 et 500 000 victimes, dont « on ne parle jamais » s’exclame l’historien. 

Michel Laffaille expose L’Âme Gitane, une série de photos du « pèlerinage des Gitans » aux Saintes Maries, regroupement durant lequel les gitans emmènent la Vierge Noire dans la mer. Une série en noir et blanc, au plus proche des rites, et de l’ambiance de ce rendez-vous singulier. Sacha Zanko reconnaît mêmes es cousines dans une photo datant de 1970 ! Tzigane, co-auteur de  l’exposition, il a toute sa vie défendu « la cause » et présente son livre La Bible des Roms, qui raconte son histoire et celle des siens : « j’y dis tout, tout, tout », déclare-t-il, ému.  

Reconnaître enfin

Sur les murs des poèmes, des chansons, des photographies, des documents officiels, des portraits de personnalités d’origine tzigane telles que Maradona, Charlie Chaplin ou Elvis Presley. Des panneaux contextualisent l’arrivée des Allemands à Marseille et la rafle de tout un quartier dans l’ancienne Joliette. Les visiteurs prennent connaissance chronologiquement, depuis 1912, de ces vies souvent oubliées par l’Histoire. 

Mais les trois auteurs ont réalisé un travail de mémoire qui s’inscrit dans le cadre d’une lutte actuelle pour leur condition d’existence. Aujourd’hui, la population tzigane reste largement discriminée : très minoritairement nomade, elle vit encore dans des habitats précaires et nombre d’enfants ne sont pas scolarisés. Une communauté tzigane nombreuse vit à Marseille, et réclame, entre autres, d’installer une stèle au cimetière Saint-Pierre, et d’enseigner le génocide dans les écoles. 

LILLI BERTON FOUCHET 

L’exposition s’est tenue à la Maison des Associations à Marseille, du 3 au 15 février. 

Dans la roue de son fils

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« Mon fils Youri a fait un voyage à vélo en 2018, en partant de La Rochelle jusqu’en Turquie, il a adoré ce voyage et en a même fait un livre. Au moment de son décès en septembre 2022, j’ai eu envie de refaire ce voyage à vélo avec mon ami Philippe Rebbot. Je lui ai proposé cette idée un peu folle et c’est lui qui m’a dit : mais tant qu’à faire ce trajet, autant en faire un film ! ». C’est ainsi qu’est né le deuxième film de Mathias Mlekuz. Un long-métrage étonnant, entre documentaire et fiction, entre la douleur de la perte, l’émotion et le rire. Un film qui nous  montre la force de l’amitié, celle du cinéaste et de son ami depuis 20 ans, qui accepte de partir six mois en vélo. Ils commencent donc leur périple à La Rochelle et vont suivre l’itinéraire donné par le carnet de voyage de Youri. Destination Istanbul, où ils doivent rencontrer Marzi (Marzieh Rezaee), une Iranienne, la dernière femme à qui Youri a dit « je t’aime ».

Aller et retour

Une équipe de tournage réduite, sept personnes en tout et le fidèle chien de Mathias, Lucky.  Des lieux trouvés au cours du voyage, un camping, au bord de l’eau, un Airbnb à Vienne où se déroule la séquence la plus cocasse du film : leur hôtesse Adriane leur donne des consignes très strictes que Google traduit mal, donnant lieu à quelques fous rires. Elle leur impose ensuite une   baignade à poil dans le Danube : « Elle me fout la trouille ! Elle est mignonne et flippante ! »,  commente Philippe. Ils retournent aussi dans les écoles où Youri, qui était clown, avait joué pour les enfants et ils font eux-mêmes l’expérience de faire rire les petits… un exercice périlleux.

À Budapest, dans une église, Mathias cherche l’apaisement et un sens à sa vie. Sur la route de Brasov, Philippe, qui a trop bu, manque de se faire renverser par une voiture, ce qui donne lieu à une grosse dispute entre les deux amis, suivie d’une réconciliation, touchante. Car ce road movie est à la fois un moyen pour Mathias Mlekuz de retrouver son fils, de commencer à faire son deuil, mais c’est aussi un film généreux et tendre sur l’amitié : « C’est la première fois que je fais un truc amical, que je suis volontairement un ami », confie Philippe Rebbot. Et il ajoute en pleurant : « Ton enfant est en train de m’offrir les plus beaux moments de ma vie ! »

ANNIE GAVA

À bicyclette !, de Mathias Mlekuz
En salles le 26 février

A Bicyclette (C) Ad vitam

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[Berlinale 2025]Quand on sait !  

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was-marielle-weiss-

Présenté en compétition à la 75e Berlinale, Was Marielle weiss a obtenu la Mention Spéciale du Guild Film Prize

En gros plan la  tête dune  jeune fille, celle de Marielle. Un plan qui reviendra, à quatre  reprises, coloré en bleu, rose, jaune puis rouge, ponctuant les  5 actes de ce film étonnant, Was Marielle weiss ( What Marielle Knows ) de Frédérick Hambalek, un des deux  films allemands de la compétition avec Yunan.

Marielle (Laeni Geiseler) une adolescente rentre contrariée de l’école. Quand son père revient dans leur luxueuse maison et raconte, enjolivée, sa journée de travail de graphiste, Marielle le contredit et affirme à ses parents qu’elle voit des choses ; ce que son père, Tobias (Felix Kramer) prend pour un jeu mais que sa mère Julia (Julia Jentsch) prend au sérieux. Un examen de son œil ne révèle aucune pathologie. Mais il y a de quoi s’inquiéter ! Quelqu’un qui entendrait toutes vos conversations et vous verrait même dans des moments intimes ! Julia a des conversations érotiques avec un des ses collègues, Max (Mehmet Ateşçi). Quand Tobias prétend que son travail de graphiste est très apprécié, on voit, comme Marielle qu’il n’en est rien ! L’adolescente connait tous leurs petits -ou plus grands – secrets ce qui va créer dans la famille tensions, doutes, remises en question et changements. Situations cocasses, moments plus graves. Même si on rit beaucoup dans ce film au rythme alerte, se pose la question de la confiance et de la sincérité jusqu’au dénouement !

On peut s’étonner de voir ce film dans la compétition où on aurait préféré trouver The best mother in the world d’Anna  Muylaert  Mais peut être est-ce bien aussi de rire au Berlinale Palatz !

Annie  Gava

[Berlinale 2025] : « ARI », portrait d’un jeune homme d’aujourd’hui

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Léonor Serraille est une portraitiste. De trentenaires qui se cherchent et d’une certaine contemporanéité. On se souvient de la dérive parisienne de Paula ( Lætitia Dosch) dans Jeune Femme, Caméra d’Or à Cannes en 2017,  mise à la porte par son compagnon, se reconstruisant au fil des rencontres. Avec Ari, présenté à la 75è Berlinale, on retrouve ce même schéma. Un jeune homme de  27 ans est chassé du logis familial par son père ( Pascal Rénéric), erre dans la ville (ici Lille et Roubaix) et d’ami en ami, de conversations en conversations, chemine vers le statut d’adulte que son âge lui donne, et apprend à devenir celui qu’il est.

Le film commence par la voix et les caresses d’une Absente : la mère défunte. Dans la lumière poudrée d’un souvenir fondateur : Ari s’appelle Ari comme le deuxième fils d’Odile Redon, né après le décès de son frère aîné. Avec lui, les tableaux du peintre s’éclairent, dit la voix. Et Ari a grandi. Le voilà professeur des écoles stagiaire, essayant maladroitement d’apprendre L’Hippocampe de Desnos à des enfants de CP qui n’écoutent pas ce maître bégayant au discours inadapté. C’est drôle et poignant. « Je ne suis pas à la hauteur » conclut Ari qui pense démissionner. Au grand dam de son père, peintre en bâtiment, qui ne comprend pas « cette génération de merde ». Mais avec les enfants qui est à la hauteur ? Ils voient tout, comprennent tout, s’engouffrent dans les failles. Et Ari en a plein de failles. Fragile, incertain. Au musée,  il s’identifie à l’homme endormi de Carolus–Duran, voyant dans la fleur rouge posée à côté du personnage, un cœur sanglant.

Ari est en décalage avec tous les amis qui l’hébergent. Clara, la copine lesbienne (Eva Lallier Juan) toujours en colère qui se sent déjà abimée par la vie, ne travaille pas, ne veut pas d’enfants et attend l’apocalypse. Le copain de jeunesse devenu financier (Théo Delezenne) qui ne jure que par la réussite matérielle et l’argent dont il a hérité, qui méprise les loosers et les assistés. Ryad (Ryad Ferrad) le pote beur, qui a renoncé à ses rêves d’écriture, vit chez sa mère, et pense qu’il n’est pas né ni au bon moment, ni au bon endroit. Comme dans Chronique d’un été de Jean Rouch et Edgar Morin, Ari veut savoir comment les gens qu’il interroge, s’y prennent avec l’existence et s’ils sont heureux. Il y a tant de façons de rater sa vie ! Et on s’habitue si vite à des choses insupportables.

Ari a des visions. Il voit ce que ses amis ne s’avouent pas, ne perçoivent pas. L’invisible et les détails qui sont l’essentiel bien sûr. Ari est un révélateur. Les baladins d’Apollinaire l’accompagnent, comme les notes qui s’égrènent à la guitare ou au piano, jusqu’à une fin que la réalisatrice ose heureuse. « Tu vas voir la vie c’est super ! » dit le jeune homme au bébé de son ami qu’il tient maladroitement dans ses bras. Dans le rôle titre, Andranic Manet avec son grand corps bizarre (comme il le dit) et ses yeux d’un bleu indéfini, est bluffant. Il laisse affleurer la vibration des émotions, sous la caméra sensible du chef op Sébastien Buchmann.

Inséré dans une collection fondée sur des scenarii écrits en ateliers au Conservatoire National de Paris, le film de Léonor Serraille, fait un bien fou !

ELISE PADOVANI

[Berlinale 2025] : Chine des Villes, Chine des champs

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Living the Land

Living the land, rural, se développe sur un cycle de saisons. Girls on wire, urbain, se déroule sur une trentaine d’années. Tous deux situent leur narration à partir du basculement historique de la Chine dans l’économie de marché, en 1991.

Ours d’argent du Meilleur réalisateur : Living the land, du printemps à l’hiver.

Plan serré sur un groupe de paysans entassés dans une charrette tirée par un tracteur entre des champs givrés. Un enfant tient une urne funéraire dans ses bras. Le tracteur peine à s’extraire de la boue grasse qui charge ses  roues. Elargissement progressif et lyrique du cadre.  Le regard s’envole des herbes roussies par l’hiver au paysage complet : une langue de terre limitée par la mer. Voilà les dernières images de Living the Land, deuxième long-métrage de Huo Meng, superbement photographié par Guo Daming . Métaphore de l’essor économique du pays et de l’effort douloureux pour s’arracher à cette terre qui nourrit les vivants et accueille les morts.

On est dans un village perdu au fin fond de la campagne chinoise. Pas d’électricité. Pas de téléphone. Pas de motorisation : on fauche les blés à la main,  on laboure avec des bœufs. On inhume, on exhume en respectant des rites funéraires millénaires. On réunit les corps des époux. On met en scène le deuil de la famille tout de blanc vêtue, accompagnant le défunt à grandes gesticulations et lamentations ostentatoires -pas forcément sincères. On est pauvre. Le travail est harassant. On est soumis aux caprices météorologiques, au prélèvement par les autorités d’une partie de la récolte et nul ne trouve à y redire.

Là, vit Chuang ( Wang Shang). Il a10 ans, fait pipi au lit. Ses parents travaillant à la ville, l’ont confié à leur famille paysanne. Il entretient une relation privilégiée avec Li (Zhang Yanrong) son arrière grand mère, nonagénaire, fumeuse et frondeuse, ainsi qu’avec Xiuying (Zhang Chuwen), sa tante amoureuse en secret de l’instituteur. On capte la tristesse de la jeune femme quand elle est mariée contre son gré à un homme qu’elle n’aime pas. On suit le jeune Chuang à l’école, dans les champs au fil des travaux agraires.  On le voit  rire, jouer avec ses camarades, défendre son cousin handicapé mental des cruautés des villageois, et lire. Sa soif d’apprendre le prépare déjà à une autre vie. Loin de tout misérabilisme, on s’immerge dans la vie de ce village qui n’est plus tout à fait coupé du reste du monde. Le secrétaire du parti vient faire appliquer les directives du pouvoir central : visite médicale obligatoire, surveillance du ventre des femmes, des accouchements. Une télé arrive, puis un tracteur. Le réalisateur respectueux ne porte aucun jugement, laisse ressentir la beauté et le poids de la vie. L’individu est peu de chose face à la Nature et à l’Histoire qui s’incarne dans cette fresque paysanne.

Girls on wire, famille je vous hai-me

Productrice de Black Coal Ice, Ours d’or en 2014, Vivian Qu revient à la Berlinale en tant que réalisatrice pour présenter son 2è long métrage : Girls on wire

Une ouverture en filtre rouge au fond d’un tunnel prison bien noir où les coups pleuvent sur une jeune femme recroquevillée sur le sol. Suivie d’une évasion digne de Lisbeth Salender et d’une traque qui durera jusqu’à la fin de ce film hybride. Mélodrame social, thriller dérapant vers le pastiche voire la comédie. Comme si Les deux Orphelines rencontraient le polar coréen et le kung-fu. Le réel se frotte aux décors de la Cinecità chinoise à Chengseng. Par des allers retours entre présent et passé la réalisatrice laisse au spectateur le soin de reconstituer le destin de deux cousines, bousculant la chronologie et trouant le récit de nombreuses ellipses.

Fang Di (extraordinaire Wen Qi)  a vu arriver chez elle sa cousine Tian Tian (Liú Hào-Cún) encore bébé et ses parents. Elles ont passé leur enfance ensemble comme deux sœurs. Le père de Tian Tian, resté seul, a sombré dans la drogue obligeant sa fillette à mentir et voler pour payer ses doses. Fang Di fuit la maison devenue irrespirable, pour devenir actrice et connaît une célébrité télévisuelle. Tian Tian reste, tombe aux mains des dealers de son père endetté, et se drogue à son tour, harcelant sa cousine pour obtenir de l’argent. L’entreprise de sa mère périclitant, Fang Di se retrouve également à rembourser les dettes familiales.

Quand le film commence les deux cousines ne se sont pas vues depuis 5 ans. Tian Tian vient de tuer un homme et Fang Di, désargentée, désabusée, est devenue cascadeuse dans des films d’arts martiaux, soumise à la volonté de metteurs en scène bien peu empathiques. On assiste avec Tian Tian à une scène de tournage insoutenable. On plonge, prise après prise, Fang Di suspendue par des câbles, depuis un pont, dans l’eau glacée d’un fleuve pour la propulser ensuite à son point de départ, sabre à la main, encore et encore, jusqu’au malaise de la jeune femme. Retrouvées par les mafieux, Fang Di et Tian Tian  s’enfuient ensemble. Le drame social tourne au thriller avec des Méchants très méchants, des poursuites et des bagarres. Le fil évoqué par le titre anglais est celui du funambule qui cherche à garder l’équilibre. Mais il est d’autres fils pour ces filles, ceux qui les relient depuis l’enfance et tissent une sororité, une solidarité. Ceux – plus cordes que fils, qui attachent à une famille mortifère dont on ne peut se libérer et dont le film serre le nœud coulant.

ELISE PADOVANI