Le chef d’orchestre, pianiste, claviériste, oudiste et chanteur (n’en jetez plus !) Amine Soufari a une mission : celle de nous rappeler à notre commune méditerranéité – osons ce néologisme. Après un hommage à Fairuz l’an dernier à la Cité de la Musique de Marseille, c’est en trio ce 7 février qu’il a été convié par Manu Théron, aux manettes de la programmation du lieu, pour rapprocher les idiomes musicaux des mondes arabes de ceux du jazz.
Pentatoniques léguées par les Touaregs, chaâbi algérois, répertoire arabo-andalou ou encore palestinien sont passés au crible d’improvisations mêlant notes bleues et modes maqam. Avec France Duclairoir, contrebassiste dont la maestria n’est plus à prouver, et Nadia Tighidet, percussionniste d’une exceptionnelle musicalité, le groupe a convié le public vers des horizons de paix et de joie partagées. Et quoi de mieux qu’un bon vieux Yah Rayah en rappel ?
« Je ne vis pas en une seule langue », c’est une phrase de l’artiste italien Giuseppe Caccavale, à l’origine du titre de l’exposition, lui qui multipliait les langages artistiques dans ses explorations. C’est dans cette lignée que quatorze artistes – sourd·es, entendant·es, enfants de parents sourds, francophones ou polyglottes – ont été invités au Musée d’art contemporain de Marseille. Sensible aux potentiels créatifs du langage, Ninon Duhamel réunit leurs travaux à l’occasion des 20 ans du programme Pisourd.e, un dispositif mis en place par les Beaux-Arts de Marseille afin d’accompagner des étudiant·es sourd·es et malentendant·es dans leurs études artistiques, et auquel certains artistes exposés ont participé.
Que ressent-on lorsqu’on se heurte à la barrière de la langue ? Quelle forme peut prendre un son, quels gestes peuvent le traduire ? Existe-t-il un langage universel, de signes qui unissent, synonymes de résistance ? Une multiplicité de formes d’expression artistiques dessine l’espace dans la pénombre : vidéo, performance, textile, verre soufflé, peinture et dessin, écriture et archivage. Aucun chemin n’est tracé pour guider le visiteur, qui se retrouve peu à peu traversé d’un va et vient de messages codés.
Écritures plurielles
Le regard est d’abord attiré par Apocalypse, une œuvre d’Arthur Gillet. Artiste CODA (enfant de parents sourds), il grandit en jouant un rôle d’intermédiaire entre ses proches et le monde des entendant·es. Cette toile de soie aux couleurs vives est traversée de lumière à la manière d’un vitrail. S’en dégage une iconographie religieuse, qui plonge le spectateur dans une sorte de cosmologie du langage. Arthur Gillet s’inspire en fait d’un recueil d’enluminures de Cristoforo de Predis, peintre sourd du Moyen Âge — l’époque où l’on traduisait en images l’histoire écrite de la bible aux fidèles analphabètes, afin qu’eux aussi, puissent « appartenir ». En illustrant la transmission d’un langage à l’autre à travers symboles et images, Apocalypse amorce le reste de l’exposition.
L’art a toujours su comment transmettre autrement. Vivre en plusieurs langues examine ce qui existe à l’intersection entre les langues, là où le message voyage entre émetteur et récepteur. Les musées sont peuplés de personnages arrêtés face aux œuvres, l’air interrogateur. Ils se prêtent au jeu du casse-tête : quelle était l’intention de l’artiste, quel message nous glisse-t-il ? Ici, certaines œuvres décident de résister. Elles invitent plutôt à comprendre ce que c’est, de ne pas comprendre.
On se surprend parfois à tendre l’oreille pour percevoir des sons qui ne sont pas émis : celui que Marine Comte a capturé dans une sphère de verre soufflé, ou celui d’un violon invisible. L’exposition exige une lecture plurielle, elle attend un public aux sensibilités multiples, et ouvre vers un imaginaire que chacun dessinera à sa façon.
Une boîte en plexiglas de 50 cm de côté, et de 2m50 de haut – à vue de nez. À l’intérieur, une danseuse-contorsionniste qui va tout faire pour s’en échapper. C’est l’excellente idée qu’a eu Alice Rende, pour son spectacle Fora, qui était donné à Marseille les 21 et 22 janvier à La Gare Franche (pôle du Zef) puis le 30 janvier au Sémaphore de Port-de-Bouc.
Que faire donc dans cet espace clos et resserré ? Pour le commun des mortels pas grand chose. Mais Alice Rende a beaucoup d’idées au centimètre carré, et c’est ce qu’on va découvrir pendant la durée du spectacle.
Après un fondu au noir, l’artiste apparait dans cette boite qui était jusqu’alors présentée vide aux spectateurs. Tel un chat, Alice Rende appréhende ce nouvel espace. Elle touche, frappe les parois, se déplace comme elle peut, et cherche l’issue. Les gestes se font plus amples, puis prennent de la hauteur. Alice Rende enchaîne des mouvements saisissants, la tête en bas, les pieds en haut, et semble parfois en lévitation. Alice Rende ne s’arrête pas là, elle ajoute à ses gestes des jeux de lumières, de l’humour aussi, une poésie, tout en restant parfaitement synchronisée avec la musique qui l’accompagne tout au long du spectacle.
Le spectacle, qui se veut être une métaphore de la liberté, de l’oppression des corps, a été créé au Bois de l’Aune en 2024, et multiplie les dates ces derniers mois. La petite boîte est en passe de devenir un petit tube du cirque contemporain.
En 2021, le prix Goncourt est remis à Mohamed Mbougar Sarr pour son roman La Plus secrète mémoire de des Hommes. Dans cet ouvrage, il raconte la quête d’un jeune auteur sénégalais, Diégane Faye, qui se lance à la recherche de T.C. Elimane, un grand écrivain sénégalais, acclamé à la fin des années 1930 mais depuis tombé dans l’oubli. Odile Sankara et Aristide Tarnagda, le duo à la tête de l’important festival burkinabé Récréâtrales, condensent l’essence de ce roman dans une lecture théâtrale.
Narration éclatante
Les deux artistes s’attachent davantage au propos politique du roman qu’au voyage initiatique de Diégane Faye, bien que celui-ci en reste le point de départ. Ils assemblent pour cela des extraits tirés de différentes parties du roman, entre lesquels le lien n’est pas toujours explicite, ce qui crée une narration éclatée, faite d’aller-retours dans le temps et entre le Sénégal et l’Europe. On rencontre d’abord Diégane, puis l’écrivaine Siga, puis le père aveugle de Siga… une myriade de personnages qui prennent la parole sans vraiment être présentés, et dont les récits s’emboîtent pour reconstituer peu à peu l’histoire de T.C. Elimane.
Odile Sankara et Aristide Tarnagda altèrent subtilement leur costume (par l’ajout d’un couvre-chef, d’une écharpe, etc.) et leur jeu pour signifier lorsqu’iels changent de personnage. C’est alors au spectateur de comprendre qui parle, à quelle époque et quelle est la place de ce personnage dans le récit, une tâche qui est parfois rendue ardue par la densité du texte de Mohamed Mbougar Sarr.
Il faut accepter de se laisser porter par les talents oratoires d’Odile Sankara et Aristide Tarnagda. Leur interprétation d’une incroyable justesse donne vie aux histoires que narre chacun des personnages, au point où l’on en oublie la narration globale pour être entièrement avec celui qui parle sur le moment. Le sens du texte se révèle alors, car le vécu de chaque personnage révèle un rapport à la colonisation, au racisme, et à l’importance de la culture et la littérature. Captivant.
CHLOÉ MACAIRE
La Plus secrète mémoire des Hommes a été donné du 27 au 29 janvier au Théâtre Joliette, Marseille
Le Conservatoire de Marseille organisait ce vendredi 30 janvier la deuxième Nuit du Conservatoire : Improvisez La nuit. Une soirée inédite, l’improvisation étant trop souvent négligée au profit d’un apprentissage « classique », pourtant intrinsèque, notamment, au répertoire baroque. Le programme brassait l’ensemble des disciplines qui sont enseignées au Conservatoire. Ses différents espaces, normalement fermés au public, étaient animés par de nombreux élèves, parents, jeunes, enfants et Marseillais curieux. Les nombreuses propositions se chevauchaient, dont certaines étaient très demandées – par exemple La Distinction, une proposition des élèves de théâtre et de jazz autour d’une œuvre de Bourdieu – si bien que le public s’est vu contraint de choisir un spectacle plutôt qu’un autre.
Parmi ces représentations, on y croise les débuts de ces pratiques, notamment par les jeunes élèves du département des cordes qui présentaient le fruit d’une semaine d’ateliers auprès du violoncelliste Stann Duguet. Il initiait les élèves aux musiques improvisées à travers le cadre simple d’une gamme de Do majeur sur le mode dorien. Mais aussi des artistes affirmés, tels que le talentueux pianiste Mehdi Telhaoui, ancien élève du Conservatoire de Marseille passé par le CNSMD de Paris. Il invitait le public à rentrer dans la tête de l’improvisateur, et à suivre les Chemins de l’improvisation. Une performance participative, c’est le public qui devient son inspiration – à partir d’une série de notes, une histoire inventée sur le champ, dans le style de Bach, ou de l’œuvre audacieuse de Liszt : Les études d’exécution transcendante. Il joue avec ferveur et virtuosité, d’inspirations romantique, moderne et impressionniste, tel Stravinsky ou Prokofiev, où sont présents rythmes charnus et martelés, dissonances, et aigus cristallins. Le pianiste déploie ici l’étendue des jeux de son instrument, montrant la force d’une compréhension complète de l’histoire de la musique et du répertoire de ses grands compositeurs dans cet art de l’improvisation.
LAVINIA SCOTT
La soirée s’est tenue le vendredi 30 janvier au Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille
Zébuline. Vous passez au Festival Les Suds à Arles, accompagné de Marie-Marguerite Canot. Qu’allez-vous y présenter ?
Walid Ben Selim. Nous allons présenter ce que nous jouons habituellement : notre récital, Here and Now (2024), autour de la poésie arabe et soufie, avec des poètes que j’adore particulièrement, comme Mahmoud Darwich ou Abou Nawas.
Comment ce projet est-il né ?
Le SilO, [Centre de création coopératif], m’avait donné carte blanche lorsque j’y étais artiste associé. Je voulais que cela reste inscrit dans la « musique du monde ». Étant marocain, je me suis dit que la musique du monde pouvait aussi être la musique occidentale. J’ai donc cherché quel instrument pourrait le mieux convenir. La harpe s’est imposée : c’est un instrument exceptionnel, assez sous-estimé, même dans le répertoire occidental. J’ai composé un répertoire et cherché un·e partenaire. J’ai rencontré Marie-Marguerite, qui a accepté l’aventure.
Que représente pour vous cet opus ?
L’amour de la poésie. C’est une ode à la poésie arabe. Une langue exceptionnelle, avec des millénaires qui nous ont précédés. Quand on choisit un poème, c’est d’abord une histoire d’amour. Je parcours des recueils de poésie, et d’un seul coup on a un poème qui va utiliser une voix du XXIe siècle pour rebondir sur les siècles à venir. Il y a une forme de graine qui germe d’un siècle à l’autre.
Après N3rdistan, qui emprunte aux sonorités électro et aux influences hip-hop, vous opérez ici un tournant esthétique. Pourquoi ?
C’est avant tout une volonté d’épurer l’écriture musicale. Plus on diversifie son écriture, mieux c’est pour une carrière. J’ai toujours fonctionné ainsi : du métal au rap, du rap à l’électro, de l’électro à l’écriture d’un opéra. L’idée, c’est de s’amuser, qu’on puisse expérimenter.
Vous avez fait partie de la mouvance Nayda et vous êtes artiste engagé. Comment avez-vous réagi face aux récentes émeutes au Maroc et les mouvements portés par la Gen Z 212 ?
J’ai soutenu et je soutiens quoi qu’il arrive tous les mouvements d’expression. Ce n’est pas qu’au Maroc, c’est une réalité universelle, un phénomène cyclique : on le retrouve chez les poètes des VIIe ou IXe siècles. Les pays qui avancent sont ceux qui écoutent ces nouvelles générations, quel que soit leurs revendications. Je pense qu’il faut accueillir, comprendre et accompagner les jeunes générations et leurs volontés de changer le monde. C’est une problématique constante : écoute-t-on les jeunes ou non ? Je veux leur transmettre un message d’amour et d’espoir. Au-delà du temps et des siècles, c’est l’amour qui reste. La politique passe, les cités s’effondrent, tout sauf l’amour : l’amour d’une mère, d’un ami, de l’art. C’est éternel.
Pantalons à paillettes, pattes d’éléphant et sourires francs : Family Business annonce d’emblée la couleur. Pas de démonstration écrasante ni de dispositif sophistiqué, mais le plaisir évident de faire de la musique ensemble. Les transitions sont parfois gentiment approximatives, comme dans une réunion de famille où l’on se passe la parole sans trop de formalisme – et c’est précisément ce qui rend la soirée attachante.
Le fil de la mémoire
L’émotion affleure évidemment lors de l’hommage à Michel Legrand, figure tutélaire et grand compagnon de route de la grande Natalie Dessay. You Must Believe in Spring, extrait des Demoiselles de Rochefort, chanté en quatuor, suspend le temps par sa simplicité et la qualité de l’écoute collective. Même exigence pour Night and Day de Cole Porter, donné a cappella : une splendeur de justesse et d’équilibre.
Le programme traverse les grandes pages de la comédie musicale : Guys and Dolls, mais aussi West Side Story et d’autres standards, abordés avec humour, sens du texte et un goût évident pour le récit. Le couple Laurent Naouri–Natalie Dessay sur Send in the Clowns confirme qu’il reste de la voix lyrique et musclée sous le capot, mais aussi surtout une musicalité fine, attentive aux inflexions et aux silences.
Affaires de voix
Les moments à l’orée de l’intime jalonnent la soirée : You’ve Got a Friend, chanté par le frère et la sœur, touche par sa sobriété. Le duo mère-fille se métamorphose dans un morphing très réussi Happy Days Are Here Again / Get Happy, aussi fluide qu’efficace. Tom Naouri offre un joli moment avec Alone Again, révélant une belle musicalité et une maîtrise affirmée par ailleurs au saxophone, présent tout au long du concert.
La révélation vocale de la soirée reste toutefois Neïma Naouri. Présence scénique évidente, voix ample et incarnée, pleinement ancrée dans l’esthétique du musical, à distance assumée des timbres lyriques parentaux. Une personnalité déjà là – et l’impression qu’une étoile est en train de naître.
SUZANNE CANESSA
Le concert a été donné le 28 janvier à l’Odéon dans le cadre de la saison Marseille Concerts
Silhouette sombre, presque punk, présence tendue, regard franc. Dès les premières minutes, Luz Casal s’impose avec densité et générosité sur la scène du Grand Théâtre de Provence. Ce concert sera affaire de chair, de souffle, de partage.
La voix frappe. Elle a évolué. Le timbre autrefois quasi lyrique s’est creusé, sombré, chargé d’un léger sanglot. Une voix désormais entre fièvre flamenco et vigueur rock, nourrie de lyrisme, de tensions, de soupirs. Les écarts de quart de ton, maîtrisés, donnent au chant une vibration groove instable, presque douloureuse.
Sur scène, tout dialogue. Les styles, les cultures, les âges de la vie. Star pop, diva rock, icône cinématographique, chanteuse de l’intime : tout cohabite sans jamais se contredire. La tenue noire des débuts laisse place, au cours du concert, à une robe rouge éclatante, comme une mue finale, et un hommage au cinéma d’Almodovar qui l’a révélée – boa autour du cou à l’appui.
Divas en miroir
L’un des autres moments les plus applaudis de la soirée reste l’hommage à Dalida. Luz Casal y met une tendresse grave, une admiration sans distance. À un poignant Fini la comédie succède un incarné Il venait d’avoir dix-huit ans entre espagnol et français, conclu sur une touche de nostalgie et d’humour. Sur ses doigts, la diva compte : elle n’a désormais plus deux fois, mais bien trois fois dix-huit ans. L’émotion affleure, sans pathos. Cette musique-là, marquée par la Méditerranée voyage sans peine entre les rives et les langues. Dans Historia de un amor, chanson espagnole passée par Dalida, la voix était déjà pop et tendre : drama queen, oui, mais sans ironie, avec une infinie délicatesse.
Autour d’elle, cinq musiciens forment un écrin solide et attentif – « sa famille », dit-elle. Les guitares électro-acoustiques et espagnoles de Borka Fernandez, Serrano Montenegro et Jorge Fernandez Ojea, la basse de Pedro Pablo Oto Aguilar et les claviers et piano de Jose Maria Baldoma Monesma. Luz s’adresse au public dans un français appliqué, soucieuse d’être comprise, de maintenir ce fil fragile entre la scène et la salle. Dans ce dialogue, quelque chose brûle encore – et ce longtemps après la dernière note.
Le Gué, c’est en ukrainien la lettre « Ґ », une lettre dont la barre horizontale prolongée d’un crochet ascendant le distingue du « Г » russe. Lettre effacée en 1933 par l’impérialisme soviétique, retrouvée en 1990 à la faveur de l’indépendance. Le symbole d’une résistance sur lequel s’appuie le designer graphique Paul Gilonne, directeur artistique de UUS Studio, implanté à La Friche, pour concevoir cette exposition autour de lieux culturels en Ukraine qui continuent de faire vivre les arts et la culture « alors même que l’agresseur cherche à rendre à nouveau invisible l’identité d’un pays résolument tourné vers l’Europe, dans son espace de création, de pensée et de valeurs ».
Artistes au front
L’exposition se déploie à travers un affichage aux résonnances plastiques constructivistes, utilisant les couleurs bleue et jaune du drapeau ukrainien, mêlant photographies et textes, intégrant quelques vidéos et exposant quelques livres.
La première partie met principalement en perspective la « Renaissance fusillée » par le pouvoir stalinien au tournant des années 1930, pour qui « l’ukrainisation du communisme », menée par des intellectuels et artistes russes, menaçait l’unité de l’URSS, avec l’implication depuis 2022 de nombreux artistes ukrainiens dans la guerre. Avec des focus, pour la « Renaissance fusillée », sur le linguiste et lexicographe Hryhorii Holoskevych, sur Mykhailo Semenko, théoricien du « pan-futurisme », ou Les Kurbas, fondateur de la troupe de théâtre Berezil, arrêtés, déportés et tués. Et pour aujourd’hui, sur le poète Maksym Kryvtsov, tué en janvier 2024 dans la région de Kharkiv, Anastasia Shevchenko, chanteuse et médecin de combat sur le front, ou Marharyta Polovinko, artiste qui, à la fin de l’année 2024, a rejoint les forces armées ukrainiennes, tout en continuant son cycle de dessin lié à la peur et à l’effacement, commencée au crayon et à la gomme, se poursuivant aujourd’hui avec du sang.
Tout en parcourant cette histoire, l’exposition passe en revue une dizaine de lieux culturels très actifs. Tels que le Mystetskyi Arsenal qui accueille en ce moment l’exposition Vasyl Stus. Tant que nous sommes ici, tout ira bien dédiée à ce poète et figure de la résistance antisoviétique. La galerie The Naked Room, qui présentait dans son espace jusqu’au 8 janvier dernier The new frontiers of my body d’Elena Subach, artiste et photographe, autour de la rééducation aquatique de vétérans et de civils amputés.
Ou bien encore Izolvatsia, friche industrielle à Donetsk, devenue un lieu de référence pour l’avant-garde artistique dans le Donbass, qui en juin 2014, lors de l’occupation de la ville par des milices contrôlées par la Russie, a été saisi et transformé en un centre de détention. Aujourd’hui, la fondation Izolvatsia poursuit ses activités en exil à Kyïv et est notamment l’une des chevilles ouvrières de la saison Le Voyage en Ukraine en France.
Cœur et périphérie
On entre et on sort del’exposition devant un affichage présentant des photographies du drapeau européen, flottant sur des bâtiments officiels, à côté du drapeau ukrainien, accompagnées d’un texte L’Europe, à la recherche de son cœur signé Yevgen Satko – designer typographique contemporain, fondateur et directeur général de Rentafont, plateforme ukrainienne indépendante dédiée à la promotion des polices ukrainiennes. Il écrit que l’Ukraine n’est pas à la périphérie de L’Europe, mais au contraire « un miroir dans lequel L’Europe peut à nouveau voir son propre cœur ».
Au Grand Théâtre de Provence, Angelin Preljocaj reprend sa version de l’incontournable Lac des cygnes créée en 2020. Cette pièce chorégraphique est une revisite contemporaine de ce monument du répertoire classique – en termes de chorégraphie, évidemment, mais également en termes de narration et de musique. Le chorégraphe transpose la tragique histoire d’amour d’Odette et Siegfried dans un univers moderne, avec de enjeux actuels, faisant du sorcier Rothbart une sorte d’homme d’affaire, incarnation du monde de l’industrie et de la finance. La belle Odette, maudite par Rothbart, représente pour sa part la Nature. Preljocaj donne aussi aux parents de Siegfried une importance inédite dans le récit. Cette réécriture est évidemment dansée sur la musique de Tchaïkovski, mais Preljocaj y apporte aussi sa touche en mêlant la partition originelle du Lac des cygnes avec des extraits d’autres œuvres de Tchaïkovski, et des morceaux d’électro.
CHLOÉ MACAIRE
Du 10 au 14 février Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence