vendredi 4 avril 2025
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La Criée : « Cru, violent et consanguin comme le capitalisme »

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Célébration © Hervé Bellamy

Zébuline. Vous venez de créer Célébration à Besançon, et vous le jouez à La Criée. Pourquoi le choix de cette pièce d’Harold Pinter ? 

Hubert Colas. C’est un projet ancien. Célébration est la dernière pièce de Pinter. Il l’a écrite en 1999, un an avant sa mort. Après mon travail sur Martin Crimp, qui a une filiation évidente avec Pinter, il y a une quinzaine d’années, la Comédie-Française et le Festival d’Avignon m’avaient proposé une production commune de la pièce. Les directions ont changé, la production ne s’est pas faite, mais j’en ai gardé l’idée. Que je trouve particulièrement actuelle aujourd’hui. 

Vous avez donc commencé par commander une nouvelle traduction…

Oui, la traduction de 2000 était une production de son époque, avec certaines minéralités. Louise Bartlett, qui est aussi la traductrice de Kae Tempest par exemple, rend la langue de Pinter plus directe et vivante. D’autant qu’elle a travaillé avec les acteurs l’oralité du français. 

En dehors de cette traduction, en quoi cette pièce est elle plus « actuelle » qu’il y a 25 ans ? 

Le rapport au public est facile, l’auteur Pinter est connu, Prix Nobel, le public français a une idée floue de son théâtre mais connaît son nom davantage que ceux des auteurs que j’ai pu mettre en scène. Cette popularité permet d’être très directement politique : la pièce répond aujourd’hui à la violente reprise en main du monde par le capitalisme sauvage, et à la part belle qui lui est faite dans les discours, et en politique, partout dans le monde. En plus de ce sujet très actuel, et de façon moins consciente sans doute, Pinter pointe les rapports d’assujettissement des femmes. C’est écrit avant #Metoo, le masculinisme n’est pas dénoncé explicitement, mais on le voit à l’œuvre dans le comportement des couples. La seule égalité que les femmes revendiquent est celle que les hommes énoncent, et qui les enferme dans des stéréotypes de femmes bourgeoises et dans un schéma violemment patriarcal. 

Comment ce capitalisme sauvage est-il, consciemment donc, dénoncé ? 

Ce sont trois couples bourgeois qui sont au restaurant. Un jeune couple qui vient tenter de se réconcilier, et un couple de nantis qui fête son anniversaire de mariage avec un autre couple. C’est tout de suite cru, violent et consanguin, comme le capitalisme. Ils sont entourés de trois serveurs qui illustrent aussi, de l’autre côté, la domination de classe. Nous avons accentué l’importance de ces trois figures de serveurs, en particulier dans le prologue.

Comment ? 

Vous verrez, j’aimerais bien que cela demeure un surprise… Mais pour mettre en évidence que ces relations relèvent d’un schéma général, d’un ordre social artificiel, nous jouons tout cela comme un jeu de rôles que des acteurs endossent, faisant alterner non des personnages mais des figures : ils arrivent en tant qu’acteurs pour dénoncer l’ordre capitaliste à l’œuvre.

Vous dites « nous », et vos acteurs fétiches, Thierry Raynaut, Manuel Vallade, Isabelle Mouchard… ont collaboré à la traduction. Dans quelle mesure ce travail est-il collectif ? 

Toute création au théâtre est collective, avec un fil que le metteur en scène tient mais de fait les écritures du texte et de scène se croisent, le jeu s’en mêle et change, l’espace et la musique aussi…  

Vous avez mis en scène Sarah Kane, Martin Crimp, Shakespeare, Pinter…  Avez vous une affinité particulière avec le théâtre anglais ? 

Non je ne crois pas [un temps] mais peut être oui, en fait ! Sans doute un humour, même dans Shakespeare. Et une solitude par rapport au monde, un isolement mal compris par ceux qui le vivent, auquel je suis sensible.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Célébration
Du 27 février au 1er mars 
Salle Ouranos, La Criée
Dans le cadre de la programmation du Théâtre du Gymnase hors les murs.

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Le Makeda fête ses 5 ans   

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© Keuj

Il y a cinq ans, on était en 2019, à quelques mois du début de la pandémie. Pas facile de lancer une nouvelle aventure musicale et festive dans ces conditions. Mais un quinquennat plus tard, le Makeda est toujours là, toujours tenu par son duo féminin Francine Ouedraogo Bonnot /Aude Straub, et la salle du centre ville de Marseille a bien l’intention de fêter ça. Du 2 au 15 mars, concerts, tables rondes, ateliers, performances, exposition… se bousculent à l’affiche. 

Taper le carton 

C’est par un bingo que le Makeda a choisi de lancer les festivités le 2 mars. Mais attention, il ne s’agit pas de rester sagement derrière son carton à attendre que le boulier selle votre destin, ici il sera animé par le collectif drag House of belles plantes, qui promet show et DJ set, le tout sous le signe de la lutte pour les droits des femmes [Lire ici].

Après le bingo, la danse. Le 4 mars, dès 17 heures 30, une table ronde s’intéressera au geste chorégraphique « comme outil de ré-appropriation du corps » avec les artistes Yanaka Saint Laurent, Bérénice Menteyne et Poom Poom. La suite, une initiation au waacking, cette danse née dans les clubs LGBT américains des années 1970, et enfin un DJ set signé Pipa Wave, artiste hip-hop aux accents afro-caribéen (de quoi bien mettre en pratique les leçons apprises).  

L’anniversaire est aussi ponctué par une série de concerts, avec la brutal pop de Sun (5 mars), la chanteuse rock américain Shannon Wright (6 mars), ou Mathilde le 14 mars. On note aussi une session de roller-disco le 15 à la Friche la Belle de Mai ou encore l’exposition intitulée Le Makeda sort ses elles, à découvrir dès le 3 mars. 

NICOLAS SANTUCCI 

Le High-Five du Makeda
Du 2 au 15 mars
Marseille
lemakeda.com

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Le narcotrafic, au passé

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© X-DR

Le personnage que campe Belkacem Tir, mis en scène par Dominique Sicilia (Éclosion13), évoque l’itinéraire d’un jeune fils d’immigrés, né dans les cités de transit des années 1960 puis habitant d’une HLM des quartiers Nord de Marseille. Il revient sur le récit sensible et brut d’une période où le rejet prend la forme des contrôles au faciès et conjugue au quotidien violences et micro-agressions. Une France des années 1980, où l’immigration est perçue comme une présence temporaire. En résonance au récit, la musique rythme le flow de cette génération, avec funk et disco plutôt que rap, sous la batterie d’Ahmad Compaoré

Des représentants des forces de l’ordre, à ceux de l’éducation nationale (l’instituteur est inspiré de Jean-Bruno Finochietti, l’enseignant impliqué dans l’affaire de la tuerie d’Auriol de 1981), aucune institution n’accorde de répit aux jeunes des cités, que l’on préfère circonscrire à leur quartier, avec la volonté féroce de les encadrer pour ne les croiser ni sur les plages, ni dans les cinémas et autres espaces culturels ou de loisirs. 

Immigration et délinquance

À 17 ans, c’est le premier braquage au côté de son frère Shems, plus jeune délinquant des Baumettes, qui lui offre sa première poussée d’adrénaline. Une première occasion d’échapper aux « condés ». Le business s’installe ensuite dans l’euphorie des premières entrées de cash. L’inévitable case prison sera l’occasion d’écrire, de revenir sur un parcours symptomatique. 

Le sentiment d’injustice d’une génération sacrifiée ne doit rien à l’engrenage délinquant : après la guerre d’Algérie, la société française traite « l’arabe » par un apartheid social et mental importé du modèle colonial. On s’interroge cependant : le récit intimiste élargit peu à la question collective et revient sur la réalité des années 1980 où le narcotrafic gagne les cités d’habitat populaires. Bien loin de l’actualité que connaissent les jeunes d’aujourd’hui, enrôlés à 12 ans dans des mafias hyper violentes. Un Combat d’arrière-garde ? 

SAMIA CHABANI

Combat
Jusqu’au 28 février  
Friche la Belle de Mai, Marseille

15 mars
La Distillerie, Aubagne

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Nos articles Diasporik, conçus en collaboration avec l’association Ancrages sont également disponible en intégralité sur leur site

Les Suds multiples du Philharmonique

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© A.F.

Il est quelques partitions que les chefs redoutent. Les difficultés rythmiques de Stravinsky peuvent en faire partie, ou au contraire les équilibres fragiles de Ravel, les galopades endiablées de De Falla. Valentin Uryupin, délaissant sa baguette quand l’orchestre se réduit, donnant des indications caressantes aux solistes, ouvrant grand les bras pour animer Petrouchka, a fait sonner l’orchestre en force et en nuances, en élans collectifs et en soli merveilleux, faisant naître un plaisir visible sur le visage de chaque instrumentiste. 

Il faut dire que le programme était particulièrement bien conçu, reposant sur des pièces écrites au début du XXe siècle, par des compositeurs regardant chacun vers son Sud. Manuel de Falla fait sonner son Andalousie dans le Tricorne, écrit pour les Ballets russes en 1919 et dont la Suite en trois parties a donné le ton d’un concert haut en couleurs sonores. 

La soprano Marina Monzó vient ensuite pigmenter encore ces paysages, entre France et Espagne : la sublime Vocalise de Ravel fait entendre, sans parole, l’attrait du français pour la habanera et les timbres ensoleillés ; Les quatre chansons françaises de Britten, composées lorsqu’il étaitado et épris de poésie française (Hugo, Verlaine…), font preuve d’une maîtrise orchestrale étonnante ; les Cuatro madrigales amatorio de Joaquin Rodrigo retournent en Espagne, avec des souvenirs baroques et une modernité retenue, tandis que Les Filles de Cadix de Léo Delibes couronnent ce voyage en Andalousie d’espagnolades flamboyantes débordant d’exotisme débridé. La soprano de Valencia, à l’aise dans ces zones frontalières géographiques et musicales, captive l’émotion de la salle de ses aigus clairs et sonores, et de sa magnifique conduite des phrases, dans chacun des registres… 

Mais le clou du concert est sans aucun doute le Petrouchka, composé par Stravinsky à Paris pour les Ballets russes. La formidable modernité de ce ballet à argument écrit entre L’Oiseau de Feu et le Sacre du Printemps étonnetoujours, plus d’un siècle après son écriture. Les collages, les citations et réminiscences, les parties solistes acrobatiques, les polyrythmies, les tritons du diable et les quartes augmentées… inscrivent la musique dans un autre espace, un autre temps, que les pièces précédentes. Le pantin Petrouchka grince, se bat, aime, les forces s’affrontent, les récits perdent pied et le combat devient épique et jubilatoire. Toute la force d’un magnifique orchestre, sur scène, applaudi à tout rompre par une salle pleine d’un public renouvelé !

AGNÈS FRESCHEL

Le concert de l’orchestre philharmonique de Marseille a été joué le 26 février à l’Opéra.

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Lesbiceps Games : l’olympiade version LGBT+

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© N.T.

LESBICEPS : Le choc des gaté·es : l’événement, organisé par Morgane Sanspeur et Cix Trinh Dinh tous·tes deux employé·e·s au Centre LGBTQIA+ de Marseille, est inspiré des concours de bras de fer de la Mutinerie à Paris et du collectif La gouine de fer. Il consistait samedi, en une suite de concours et compétitions acharnées, visant à désigner les champion·nes de bièrepong/softpong et babyfoot locales, la·e propriétaire du plus beau mousqueton « celui qui brille, celui qui tient bon sous la tempête », et la·e gagnant·e des convoitées Clé-à-molette-à-paillettes et Boucle d’oreille à boulons, prix du fameux concours de bras de fer et clou de la soirée.

Adressé à un vaste public trans-pédé-gouine-queer+, Lesbiceps avait de quoi marquer les esprits. En s’emparant d’un stéréotype de l’imagerie viriliste, ces olympiades célébraient pour la première fois, dans une ville hyper-dominée par l’engouement sportif masculin, la force des corps féminins, minorisés, trans, pédé, queer, et leur absolue capacité à susciter l’enthousiasme de la foule. 

Bientôt le classico 

Les hurlements admiratifs provenaient d’un public de plusieurs générations de queers, et qui comptait également leur lot d’hommes cis blancs, pédés ou arrivés là peut-être par hasard, eux aussi décidément emportés par la rage de voir leur compétitrice favorite vaincre d’une poigne de fer. L’exceptionnel succès de Lesbiceps tient évidemment à la qualité de son organisation et de son accueil au centre LGBTQIA+, mais également à son grand pouvoir de réappropriation et de réparation pour tous·tes les participant·es et spectateu·ices. L’événement, devenu incontournable du premier coup, comptera sans le moindre doute de nouvelles éditions. Dont un classico Marseille Paris bientôt !

NEMO TURBANT

LESBICEPS : Le choc des gaté·es a eu lieu le 22 février au Centre LGBTQIA+ de Marseille.

[Berlinale 2025] Résistantes on the road

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Nos jours sauvages

I agries meres mas/ Nos jours sauvages de Vasilis Kekatos

C’est dans une station service que se produit pour Chloé une rencontre qui va changer sa vie dans le film de Vasilis Kekatos : un lieu que le cinéaste doit apprécier : le même que dans son court métrage, La distance entre le ciel et nous, Palme d’Or du court métrage à Cannes en 2019. Chloe ( lumineuse Daphné Patakia)  la vingtaine, quitte la maison, de nuit, après une grave dispute familiale. Elle décide d’aller voir sa sœur à Evros  Elle est prise en voiture par un homme qui ne lui veut pas vraiment du bien. Enfermée dans le véhicule, lors d’une pause, elle est sauvée par Sofia  (Eva Samioti) et ses amis qui vivent dans un mobil home. Elle s’embarque avec eux le long des routes grecques. Ils sont jeunes, font la fête, boivent, dansent. Ils sont libres et au fil des villages traversés, lavent le linge des pauvres dans les machines qu’ils ont installées dans leur camping-car. Chloé apprend peu à peu les rituels de cette tribu qui devient la sienne : faire les loups dans la forêt, subtiliser des objets dans des maisons inhabitées, se baigner nus. Tombée amoureuse de l’un des garçons, Aris (Nikolakis Zegkinoglou) elle va vivre un premier chagrin d’amour. Sa sœur, enceinte, qu’elle retrouve à Evros, désapprouve complètement la vie qu’elle s’est choisie. Un film à la fois joyeux grâce aux images remplies de couleurs, à la chaleur du groupe, à la force de l’amitié, à la musique de Kostis Maraveyas mais aussi plein de la mélancolie d’un road movie qui va se terminer un jour.

O ultimo azul/The Blue Trail de Gabriel Mascaro

Dans une petite ville d’Amazonie Téresa 77 ans qui a toujours travaillé et a élevé sa fille, apprend qu’elle est licenciée. Elle a atteint l’âge limite : le gouvernement impose aux personnes de plus de 75 ans d’aller vivre dans une colonie isolée pour personnes âgées. Pas question pour Teresa d’accepter ce destin imposé ; elle a un rêve : prendre l’avion ; cela se révèle plus difficile que prévu : pour prendre un billet pour n’importe où, il lui faut l’autorisation de sa fille qui ne la lui donne pas. Pas question de baisser les bras.  Embarquée  dans une voiture fourrière jusqu’au bus de transport, munie d’un joli sac à dos fourni aux personnes âgées de la colonie et rempli de couches pour adultes, elle s’échappe pour tenter de ivre son rêve : voler. Elle a appris qu’elle pouvait  trouver un vol illégal à Itacoatiara. Il lui reste à trouver un « passeur ». Ce sera Cadu (Rodrigo Santoro) un marin étrange. Quand  il trouve un escargot dont la bave bleue, utilisée comme collyre éclairerait le chemin vers l’avenir, il l’essaye, devient brûlant de fièvre et ne peut plus diriger l’embarcation. Téresa apprend vite et prend le gouvernail quand la voie est libre. Elle va désormais mener sa barque. Elle fait  une rencontre qui va changer sa vie : Roberta (Miriam Socarrás), une femme de son âge, exubérante,  libre, athée, qui navigue  le long de l’Amazonie et vend des Bibles numériques aux communautés fluviales. Roberta lui apprend à faire des nœuds marins et surtout que  la seule chose en laquelle il vaut la peine de croire est la liberté .Ensemble, elles boivent, dansent, vivent. Le corps même de Teresa semble transformé, lumineux. L’interprétation de Denise Weinberg  est superbe et mériterait un prix.Les paysages de ce road movie sont d’une grande beauté ; les jungles verdoyantes, les ondulations du fleuve, les rives sinueuses sont magnifiées par le directeur de la photographie Guillermo Garza.

 On sort rempli d’espoir et de foi dans la résilience humaine à tout âge de ce film de Gabriel Mascaro, qui vient de recevoir l’Ours d’Argent du Grand Jury

.Il a obtenu aussi  le Prix du Jury Œcuménique et le Prix des lecteurs du Berliner Morgenpost

Annie Gava

Mucem : Les bébés sont impitoyables

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Littel cailloux © Frédéric de Faverney

Imaginez 45 bébés de 1 à 4 ans, marchant à peine ou pas encore, dans les bras de leur parent (presqu’exclusivement des mamans). Face à eux, tout près et à leur hauteur, deux danseuses et un musicien emploient des trésors d’intelligence pour parvenir à capter, et garder, leur attention. Miracle premier du théâtre, ils y parviennent.  Et durant 45 minutes, une éternité pour un bébé ! On avait prévenu les parents : n’hésitez pas à quitter l’espace, à revenir, à suivre le rythme de l’enfant. Aucun pourtant, n’est parti, même si une est montée brièvement sur scène. 

Il faut dire que le spectacle de Christine Fricker est savamment minuté : les séquences pour les yeux succèdent à celles pour les oreilles, les lumières et les rythmes changent, s’adoucissent ou s’emballent, pour calmer ou stimuler. Les formes incongrues attirent l’œil, les timbres des instrument sonnent ou claquent, les lumières, les gestes, les ombres, créent des profondeurs. Aucun récit mais les corps approchent, appellent. Lorsqu’un court instant le rythme peine, (à peine) les bébés s’agitent, veulent échapper aux bras qui les câlinent… Un vrai public décidément, qui prendra plaisir à danser sur scène à la fin, autorisé à bouger pour rejoindre l’espace magique du premier spectacle. 

AGNÈS FRESCHEL

Little cailloux a été joué au Mucem les 20 et 21 février.
À venir
5 mars 
Centre culturel Le Tempo, Gap
dans le cadre de Régions en scène

12 et 13 mars 
Théâtre Comoedia, Aubagne

Les Salins : de la Révolte dans l’air 

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Révolte © Kalimba

« Vous allez voir le spectacle aux Salins ? Vous allez vous régaler ! », entend-on au Rallumeur d’Étoiles, sympathique café associatif posé au bord du Quai Brescon à Martigues. Révolte, ou tentatives de l’échec donne des envies de rallumer les étoiles, pour citer Apollinaire, à l’heure où les artistes sont plus que jamais menacés d’extinction. « La révolte résonne comme un combat pour exister, pour faire entendre sa voix » mentionne la feuille de salle, une fois arrivé au théâtre. La compagnie Les Filles du Renard Pâle, menée par Johanne Humblet, présente le troisième volet de sa trilogie après Résiste et Respire. Porté par une musique originale, jouée live par deux musiciennes, Révolte délivre en une heure un sentiment d’urgence viscérale de vivre et de s’opposer. 

Grand fracas

Dès le départ, dans un clair-obscur enfumé, une artiste se lance dans une course effrénée, à l’intérieur d’une roue. Au-dessus d’elle, deux femmes progressent sur un fil et abandonnent progressivement leur harnais de sécurité pour se projeter sur un vaste filet, auquel elles tentent de s’agripper, chutant et recommençant sans cesse sans jamais renoncer. Au sol les musiciennes, les yeux rivés sur les circassiennes, accompagnent leurs tentatives et leurs échecs. Même si l’une est cause de la chute de l’autre, on est plus fortes à deux, la confiance s’installe, la sororité aussi, l’échec ne fait plus peur et on continue à marcher et à avancer même sur un fil ténu, même lorsque la pluie se met à tomber sur le plateau, même lorsque la structure s’effondre avec un grand fracas. 

La femme prise dans sa roue giratoire est bientôt délivrée par ses compagnes, galvanisées par la musique qui célèbre l’empouvoirement féminin. Menées par la funambule, accrochée telle une étoile au ciel du théâtre, les quatre femmes prennent alors le chemin de la liberté. On reste médusé, incrédule, les yeux mouillés et infiniment reconnaissant d’avoir pu partager une telle équipée sauvage.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné les 18 et 19 février aux Salins, Scène nationale de Martigues. 

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Frac Sud : Eléonore False révise ses textiles 

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© M.D.C.

Dans le grand espace d’exposition sont installés deux ensembles circulaires de tulle ajouré, et sur les tracés de couture apparaissent le bas d’un visage féminin et le col d’un chemisier. De l’autre côté de la structure, une main féminine coud. Ce sont des œuvres d’Éléonore False, dont le Frac Sud propose avec Le Fil de chaîne une exposition monographique, témoignage de sa recherche entre art et artisanat, elle qui a suivi un double cursus aux Beaux-arts de Paris et en textile à l’école nationale supérieur en arts appliqués Olivier-de-Serre.

Plusieurs œuvres-tableaux sont des collages à partir d’anciens patrons de couture, empruntés à la revue Modes et Travaux. Il s’agit de modèles souvent floraux sur lesquels l’artiste « colle » des images découpées de pelage d’animaux ou de mains, invitant à une rêverie fantaisiste. Plus loin, on découvre un travail sur la tapisserie (Métaboliques 2022). Là aussi, le végétal et le corporel sur le mode du collage se rejoignent, et le tissu se fait corps. 

Au rez-de chaussée, une autre tapisserie témoigne de ses recherches formelles. À partir d’un peigne photographié, elle reproduit sa forme sur le tissage, créant ainsi l’univers de la sirène, être à moitié humain et animal ; et ce, recto-verso, sur le panneau de tapisserie. D’autres collages sur des vases complètent cette entreprise artistique où art et artisanat se répondent. De petits visages humains de la série Harpa, photographies argentiques et impression à jet d’encre sur papier, font jaillir à leur tour une esthétique de l’hybridation.

MARIE DU CREST

Le Fil de chaîne
Jusqu’au 31 août
Frac Sud, Marseille 
À lire 
Pour compléter l’exposition, l’éditeur Empire publie Ensembles, premier ouvrage monographique sur le travail d’Eléonore False (2024, en coédition avec le Frac Sud)

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Retour d’Abysses

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ABYSSES - Alexandra Tobelaim - NEST - © Matthieu Edet

Créé en 2020, passé par le Théâtre Joliette en 2022, ou par La Garance la saison dernière, Abysses n’est pas le premier texte de Davide Enia porté par Solal Bouloudnine et mis en scène par Alexandra Tobelaim. Leur premier travail commun, Italie Brésil 3 à 2, avait été créé à actoral en 2011 : celle qui est devenue depuis 2020 directrice du Centre dramatique national de Thionville était jusqu’alors directrice de la compagnie Tandaim, basée à Cannes puis à Marseille. Formée comme Solal Bouloudnine à l’Eracm, et même si son Centre dramatique national du Nord-Est lorrain est transfrontalier, ses références restent méditerranéennes. 

Long poème

Abysses explore un des versants les plus tragiques de Mare nostrum. Il y est question des noyés échoués à Lampedusa, et des survivants. Le texte de Davide Enia est un long poème désespérant, mais pas désespéré, sur les naufrages qui se répètent infiniment sur nos côtes. On y croise des élans humains remarquables, ceux d’un gardien de cimetière qui refuse de céder à l’anonymisation des cadavres. Ceux d’un père et de son fils, l’auteur narrateur, s’énoncent aussi dans les creux des naufrages. Ceux des sauveteurs surtout, qui laissent les spectateurs avec un sentiment de révolte. Plus constructif que l’empathie, explique la metteuse en scène. 

Claire Vallier, chanteuse et musicienne, porte également le texte et concourt à la partition subtile de son tissu d’émotion. Aucun autre décor n’est nécessaire. 

AGNÈS FRESCHEL

Abysses
Du 26 février au 1er mars 
Salle Démeter, La Criée
Centre dramatique national de Marseille

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