lundi 6 juillet 2026
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« Wishes Tree » : les vœux colorés de Raeda Saadeh 

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© Ismael Bazri

D’un bord de la Méditerranée à l’autre, Raeda Saadeh déploie régulièrement autour d’elle son immense robe blanche de vestale, pour recueillir les voeux et souhaits des passants. En 2012, c’était à l’orée de la médina de Tunis durant le festival Dream City, dans une capitale bouleversée par la récente révolution. Au printemps suivant, c’était à l’Estaque dans le cadre de Marseille-Provence 2013. Pour sa deuxième venue à Marseille, c’est sur le Vieux-Port que l’artiste palestinienne a posé son dispositif, dans le cadre d’un temps fort de l’ouverture de la Saison Méditerranée, fomenté notamment par Lieux Publics. 

Sublime point de vue, qui magnifie et décuple la portée de sa performance Wishes Tree. Interpellés par l’installation, les badauds de passage se voyaient invités à écrire leurs voeux sur des papiers de tissus colorés, puis à les déposer aux pieds de l’artiste. Peu à peu, la robe immaculée se parait ainsi de pigments, récoltant symboliquement les aspirations d’une communauté à un instant T. Un instantané poétique, un rituel psychomagique appelant à conjurer le sort, comme l’espace public sait en inventer pour faire communion de manière éphémère. 

En matière de symbole, Raeda Saadeh s’y connaît, elle dont la vidéo Vacuum a déjà fait le tour du monde : véritable Sisyphe moderne, l’artiste y passe l’aspirateur en plein désert, dans une boucle spatiale suspendue, entre Jéricho et la mer Morte, s’attelant avec ténacité à une tâche perdue d’avance. Rappelons qu’une poignée de semaines auparavant, c’était dans les jardins du Pharo que l’artiste Ari Hamot, dans le cadre de la Biennale des arts du réel, procédait à la lecture de lettres rédigées par des spectateurs à l’adresse de leurs ancêtres, avant de les envoyer à la mer (une étape du cycle Mange tes maux, création 2027). Face à elle et aux spectateurs assemblés, la flottille en partance pour Gaza, faisant escale temporairement dans le bassin du J4, donnait une résonance particulière à ces actes artistiques prenant la Méditerranée comme miroir, en appelant à la résistance comme à la réconciliation. 

JULIE BORDENAVE 

Whishes Tree se tenait le 17 mai sur le Vieux-Port de Marseille

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« Turandot » à Avignon : une vérité bouleversante signée Paco Azorín

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© Ph. Simoncini

Turandot occupe dans l’œuvre de Puccini une place décidément étrange. Après Tosca, La Bohème ou Madama Butterfly, où le compositeur avait porté à son plus haut degré la vérité immédiate de l’émotion, son dernier ouvrage semble avancer dans une matière moins lisible, plus archaïque, plus inquiétante. Le vérisme n’y est plus seulement ce naturalisme lyrique qui donne chair aux passions humaines : il devient une puissance d’enveloppement. L’orchestre, immense, presque wagnérien par sa capacité à cerner les êtres, n’écrase jamais les personnages. Il les écoute, les poursuit, les plaint. Même dans le faste, même dans la cruauté, Puccini garde cette empathie profonde qui fait trembler la musique au plus près des corps.

Car Turandot ne raconte pas une histoire simple. La légende chinoise dont s’inspire le livret place face à face une princesse de glace, un homme obstiné, un peuple soumis et des énigmes mortelles. La séduction n’y est pas un abandon, mais un combat d’âme à âme. L’amour y marche avec la mort, sans que la mort soit tout à fait une ennemie. Elle est plutôt la vérité qui arrête le mensonge du pouvoir, l’endroit où le mythe cesse de briller pour redevenir humain.

La vérité de Liù

C’est là que la production trouve sa force. Giacomo Puccini meurt avant d’avoir achevé son opéra, en laissant la partition au seuil de la mort de Liù. Paco Azorín prend ce silence au sérieux. Il ne cherche pas à recoudre artificiellement le conte par le duo final ajouté après la disparition du compositeur. Il laisse l’œuvre s’arrêter là où elle devient la plus bouleversante : devant cette jeune femme qui aime sans posséder, qui protège sans réclamer, qui meurt sans disparaître.

Claire Antoine fait de Liù le plus beau personnage de la soirée. Sa voix ne force jamais l’émotion ; elle la laisse apparaître, presque malgré elle. Chez Liù, la résignation n’est pas une faiblesse : elle est la forme même de sa moralité, mais aussi l’expression trouble d’un désir qui tient autant à la vie qu’à la mort. Elle aime, elle protège, elle s’efface, et cet effacement devient le vrai centre de gravité de l’opéra.

Autour d’elle, la rizière imaginée par Paco Azorín devient un paysage de domination et de patience, un monde plié sous le joug où le peuple observe, travaille, tremble, puis se redresse. Le Chœur de l’Opéra Grand Avignon, préparé par Alan Woodbridge, et la Maîtrise dirigée par Christophe Talmont ne sont pas de simples masses sonores : ils incarnent cette foule instable, capable d’effroi, de violence et de compassion.

Sous la direction de Federico Santi, l’Orchestre national Avignon-Provence donne toute son ampleur à une partition-monument. On y entend les couleurs modales inspirées par une Chine rêvée, l’héritage verdien des cordes, la poussée postromantique. Catherine Hunold donne à Turandot une autorité glaciale, Mickael Spadaccini affronte Calaf avec vaillance, mais c’est bien Liù qui déplace le centre de gravité de l’œuvre. Cette belle production referme avec cohérence la saison consacrée aux mythes, avant que La Belle Hélène ne vienne, en juin, achever l’année sur un tout autre éclat.

SUZANNE CANESSA

Turandot a été joué donné les 15 et 17 mai à l’Opéra Grand Avignon

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Miss Knife ne s’émousse jamais  

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©Julien Benhamou

Travestissement et théâtre ont une histoire commune : à leur création, Antigone et Électre étaient jouées par des hommes et quand Shakespeare invente le mythe de l’amour impossible, c’est un travesti qui joue Juliette. Quant à la grève du sexe imaginée par Aristophane, elle est menée par des hommes travestis portant masques, devant un public exclusivement masculin.

Le travestissement sur les scènes n’était pas qu’un moyen de pallier l’absence des femmes : Shakespeare, Sophocle, Aristophane recrutaient des acteurs « féminins », et plaçaient la question du travestissement (dans Comme il vous plaira ou La Nuit des Rois), et du pouvoir masculin (dans Antigone ou Lysistrata) au centre de leurs pièces. Inventaient même Tyrésias, le mythe de la transsexualité réversible. Car évidemment, le recours à des acteurs travestis, et féminins, a marqué notre répertoire.

La démarche d’Olivier Py témoigne de cette histoire singulière et Miss Knife, personnage de théâtre inventé en 1992 dans La Nuit au cirque, n’est ni simplement drag, certainement pas intergenre, mais complètement queer. Elle est l’autre identité d’un homme, cisgenre, homosexuel, qui assume d’aimer, par moments travestis, être une femme. 

Et les récitals de Miss Knife sont, depuis 32 ans, formidables. 

Intrinsèquement d’abord, parce que ses musiciens, ici un pianiste de jazz occasionnellement chanteur, sont excellents. Et parce Miss Knife chante très bien, juste et avec émotion et nuance. Et surtout parce que les chansons sont très bien écrites : on y retrouve la puissance d’écriture lyrique des pièces de théâtre, la dérision, mais avec plus d’intimité, de confidence, et plus d’indulgence envers les « trouducs ».

À chaque récital le public applaudit debout Olivier Py habillé en femme, tendance drag, talons hauts, faux cils, aigrette démesurée, robes et bas à paillette. Qui fait admirer le décolleté plongeant de son dos, s’allonge et bat des jambes en disant « j’adore faire ça ». Demande « y a-t-il encore des hétéros de base dans la salle ? » et réplique aux femmes qui lèvent la main « non une femme n’est jamais de base ». 

Cette femme travestie qui garde son phallus – elle s’appelle Miss Knife tout de même – est le directeur du Théâtre du Châtelet. L’ancien directeur du Festival d’Avignon. Elle fait cela devant des publics étrangers aux questions queer qui viennent voir Olivier Py, et elle est applaudie, comprise, admise. La représentation des queers sur scène a fait, depuis 30 ans, en partie grâce à Miss Knife, un sacré bond en avant.

AGNÈS FRESCHEL

Miss Knife 
21 au 23 mai
Théâtre des Bernardines, Marseille 

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ORP

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Oai Reggae Party © X-DR ORP, trois lettres d

ORP, trois lettres derrière lesquelles se cachent quatre personnages bien connus de la scène musicale marseillaise : Gari Grèu (Massilia Sound System, OAI Star…), Rastyron (musicien et producteur, il a travaillé avec IAM notamment), Léo Achenza (Raspigaous) et Toko Blaze. Ensemble ils forment le Oai Reggae Party. Un nom, un programme, un étendart, que l’on retrouve sur leur album Le Village, et qui fleure bon le reggae marseillais – un joyeux mélange d’aïoli et de Jamaïque. Pour découvrir ces saveurs sur scène, c’est au Makeda, à Marseille que ça se passe le 22 mai, avant une longue tournée qui les amènera de nouveau dans la région. N.S.

22 mai
Makeda, Marseille

23 mai
La Piboule, Cogolin

30 mai

Les Sons du Lub’, La Tour d’Aigues

6 juin

Festival Couleurs Urbaines, La Seyne-sur-Mer

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Chris Stamey 

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Chris Stamey © X-DR

Il est peu connu du grand public, mais c’est pourtant une figure incontournable de la musique. Au cours de sa carrière, Chris Stamey a collaboré avec les plus grands comme Brian Wilson des The Beach Boys ou Ray Davies des Kinks. Il a également mené sa barque en solo, avec une dizaine d’albums. Le dernier en date : Tout est possible, paru en 2025. Un projet qu’il envisage comme « une déclaration d’amour à la musique pop riche en harmonies mais souvent naïve dans ses paroles ». Musicien, chanteur, auteur-compositeur et producteur américain, Chris Stamey est de passage à Marseille, est c’est un événement qui ne se loupe pas.

F.L.
20 mai

Club 27, Marseille

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Le Off de Marsatac à La Criée

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N0L4.44 © X-DR

Le Off de Marsatac, extension du festival du même nom, lance sa deuxième édition et s’associe au collectif La Nuit pour une soirée Afroqueer au cœur de l’emblématique théâtre de La Criée. Dans un espace festif et inclusif dédié aux personnes queer, racisé·es et à leurs allié·es, trois artistes se relaieront pour célébrer la fierté afroqueer marseillaise. Derrière les platines, N0L4.44 proposera un DJ set underground, politique et libérateur nourri d’influences diasporiques et des codes contemporains des boîtes de nuit, tandis que Sweetanaz mêlera dancehall, baile funk, reggaeton et shatta dans une ambiance solaire. Boule Habile complétera la fête avec une session de « Booty-Mind-Centering », de quoi clôturer cette soirée ouverte à tous les corps et à toutes les énergies.

I.L.

21 mai

La Criée, Théâtre national de Marseille

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Aggelos Aggelou

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Aggelos Aggelou © Argiris Liosis

Chants, instruments et improvisation se rencontrent sur la scène de la Cité de la Musique à l’occasion de la venue de l’interprète et artiste Aggelos Aggelou. À la fois danseur, chanteur, clarinettiste et joueur de laouto, un instrument proche du luth, le jeune prodige afro-grec s’inspire des traditions de sa région et de celles de l’ancienne ville de Smyrne pour proposer un concert inédit. Sur scène, le clarinettiste Philippos Fasoulas le rejoint, suivi de Dimítris Tásainas à la contrebasse et de Salvio La Rocca aux percussions. Entre héritage et sonorités plus contemporaines, le quatuor propose une immersion au cœur des traditions balkaniques. Ensemble, ils transfigurent la Grèce, réinventent son folklore avec une touche de modernité dont cette nouvelle génération d’instrumentistes a le secret.

I.L.

22 mai

Cité de la Musique, Marseille

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Buzz Booster PACA

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Dilome © Lavinia Parlamenti

Le Buzz Booster fait étape à Marseille pour ses auditions régionales. Ce tremplin du rap français accompagne et révèle des talents émergents depuis 17 ans. Ce 22 mai devant un jury professionnel, quatre artistes défendront leurs univers : Anan, qui mêle chanson française et touches d’électro dans un style largement inspiré de la new wave ; Dilome, dont le rap marseillais se caractérise par un flow incisif ; CHK, qui s’épanouit dans l’égotrip ; et enfin PLM, artiste en plein développement et fortement influencé par des rappeurs comme SCH, Limsa d’Aulnay et Caballero. Une programmation éclectique qui promet une soirée riche en découvertes. À l’issue de celle-ci, un artiste sera sélectionné pour participer à la finale nationale organisée en septembre à Lille, et qui verra s’affronter 13 talents régionaux.

I.L.

22 mai

Espace Julien, Marseille

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Sonar Sessions #2

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Kena Womo © X-DR

Dans l’océan musical, certains talents passent sous les radars. Les Sonar Sessions, à Martigues, les font émerger ! Ce 22 mai, ce sont deux artistes féminines qui viendront faire découvrir leurs univers respectifs, qui mêlent r&b, soul et hip-hop. Kena Womo, chanteuse marseillaise, s’impose avec une voix envoûtante capable de naviguer entre les tonalités, et des textes parlant aussi bien d’amour que de confiance en soi. De son côté, l’autrice et compositrice Tora Meishi s’inspire de la néo-soul et du rap, construisant son identité musicale autour d’influences jazz soulignées par un flow nonchalant.

I.L.

22 mai

Les Salins, Scène nationale de Martigues

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Qui doit combattre Bolloré ?

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La pétition des 651 professionnel·les du cinéma français contre le principal financeur du cinéma français, Canal+, est un acte courageux, parce qu’ils osent attaquer celui qui les nourrit. Ils sont pourtant accusés de lâcheté par Mediapart, qui relève l’absence des principaux syndicats de réalisateurs. De fait, le festival continue même si Maxime Saada, directeur de Canal +, a tranquillement annoncé qu’il ne travaillera plus avec les signataires. Ce qui aurait dû susciter un tollé : le financement est une obligation contractuelle en échange de l’attribution du canal hertzien. Mais le propos de Saada de Canal+ est seulement jugé « disproportionné » par la ministre de la Culture, et non illégal et insensé. Quant au Figaro, comme on s’y attendait, il dénonce ces « frondeurs » systématiques que sont les artistes, gâtés par un système français de financement du cinéma très protecteur. Celui du CNC, dont le directeur Gaëtan Bruel, s’est empressé de défendre « canal ».

Pourtant, ce qui a mis le feu aux poudres et déclenché la « fronde » des professionnelles du cinéma n’est pas un caprice d’enfant gâté, mais le rachat d’UGC par le milliardaire breton. Son entreprise, très progressive, de main mise sur l’opinion française par le contrôle de la culture s’appuie sur l’acquisition minutieuse de l’ensemble des circuits : dans la presse, il s’agit d’acheter les titres, mais aussi les écoles (ESJ Paris) et les réseaux de distribution (Relay), qui distribuent aussi les livres édités par Bolloré-Fayard et Bolloré-Grasset.

Qui paie décide

Qui peut croire que Bolloré-Canal+ continuera de financer sans sourciller des œuvres qui combattent l’idéologie du milliardaire ? Il est déjà difficile, pour les cinémas indépendants ou publics, d’obtenir des copies des films à leur sortie, souvent réservés par Bolloré-Canal+ au réseau Bolloré-UGC.

« He pays the piper calls the tune ». « Celui qui paye les violons choisit la musique ». Ce principe du pouvoir capitaliste a été simplifié dans la formule « qui paie décide », maintes fois employée par Sarkozy (avant qu’on apprenne qui payait ses campagnes). Le président en évacuait la dimension artistique, mais Bolloré ne l’oublie pas : c’est celui qui paye qui décide de l’orientation idéologique de la création artistique.

Heureusement, nos démocraties sont en principe protégées contre les tentatives d’appropriation des biens publics, et de monopole culturel. La création artistique, le cinéma, l’édition, la presse, la diversité et les droits culturels sont couverts par des lois internationales et européennes que la France a ratifiées, bien au-delà de l’exception culturelle.

I don’t Trust in you

Les divers monopoles de Bolloré devraient donc tomber sous le coup de lois antitrust qui nécessitent d’être adaptées et appliquées au secteur culturel. Si Canal+ est devenu le premier financeur du cinéma, c’est parce que l’État a ouvert à la chaine cryptée un « canal » hertzien qu’elle commercialise, puis d’autres pour CNews, et enfin des marchés publicitaires dont il a privé son propre service public. Il continue d’ailleurs d’affaiblir France Télévisions, qui doit baisser son financement du cinéma.

Si on peut faire confiance à Bolloré, c’est dans la mise en œuvre d’une stratégie à l’œuvre au JDD, à Fayard et à Grasset : même quand il laisse d’abord une certaine liberté éditoriale, il serre ensuite la vis brutalement. Nul doute qu’il le fera pour le cinéma. Mais peut-on continuer à faire confiance à l’État et à ses services publics, pour défendre la démocratie culturelle ?

Euro sans vision

Le spectacle de l’Eurovision a été, cette année, absolument consternant. Artistiquement atterrant. L’Eurovision produite par un réseau de chaines publiques européennes ou affiliées, jusqu’à l’Australie, a été conçue pour défendre la chanson comme un art populaire, et non ces shows monstrueux de sexisme, paillettes, et nationalistes décomplexés.

Mais cette Eurovision 2026 témoigne surtout de la défaite démocratique des services publics audiovisuels : les pays votent en fonction de leurs relations diplomatiques et Israël a visiblement influencé le vote des spectateurs.

Son candidat, drapeau israélien sur les épaules, hué par le public sans que les commentateurs ne commentent, a failli remporter un trophée dont la Russie de Poutine est exclue, mais pas l’Israël de Netanyahou, malgré les 72 000 morts officiels à Gaza.

Si on ne veut pas laisser la culture française aux mains de l’extrême-droite il nous faut retrouver le sens de la culture publique. En revendiquant son financement, mais aussi en redéfinissant ses enjeux, loin des paillettes et des tapis rouges.

AGNÈS FRESCHEL


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