lundi 6 juillet 2026
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« Nature et bien commun » à Marseille : une sixième édition entre « terres » et « résistances »

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fermepapillons© VincentBeaume

Zébuline. Quelle importance revêt cet événement pour un théâtre comme le vôtre ?Catherine Verrier. Dans le cadre de l’implantation territoriale de la Gare Franche*, nous avons développé depuis les années 2000 beaucoup d’actions autour du jardinage, de la cuisine, de l’écologie. C’est un peu l’ADN de la Gare Franche, dont le Zef s’est emparé au moment de la fusion.

Cela permet au public de pouvoir fréquenter nos maisons par un autre biais que l’artistique. Pour nous, c’est très important. Et c’est aussi quelque chose qu’on affirme : la cuisine, le jardinage, c’est une culture en soi.

En tant qu’opérateur culturel, on a la responsabilité de sensibiliser le public. Souvent les artistes s’emparent de sujets sociétaux, et en font des spectacles. Et les actions que l’on mène nous permettent de poursuivre ce travail de sensibilisation d’autres manières.

À quoi ressemble l’organisation d’un tel projet collectif ?
C’est toujours difficile de fédérer une quarantaine de structures autour d’un même projet. Mais c’est la sixième édition que l’on mène, et ça devient plus facile. Il y a de plus en plus d’idées, de propositions.

Par exemple, au cours de l’une des réunions organisées avec tous les partenaires, quelqu’un a proposé de travailler autour de l’argile, un autre a répondu qu’il était potier. Et puis après, qu’est-ce qu’on va faire de ces assiettes ? On va faire un repas, on mangera dedans, puis en faire une exposition à la médiathèque Salim-Hatubou. Il y a une dynamique qui est vraiment chouette.

Quels sont les retours de la part des publics?
Ils sont très contents. On propose des choses auxquelles ils ne seraient pas forcément allés, et ils apprécient beaucoup cette dynamique qui se crée devant eux.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE

Nature et bien commun
Du 20 mai au 7 juin
Divers lieux, Marseille

*Aujourd’hui rattachée au Zef, la Gare Franche est lieu culturel dans le 15e arrondissement dont Catherine Verrier était directrice.

À découvrir sur scène
21 mai : Vagabondages et conversations du chorégraphe Christian Ulb et du paysagiste militant Clément Gilles
26 mai : vernissage de l’exposition photographique Terres et Résistances par Celine Croze, Jonas Wibaux et Alain WillaumeDu
29 au 30 mai :La Pastasciutta Antifascista della Casa Cervi de Floriane Facchini Le Zef, scène nationale de Marseille

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Printemps de l’art contemporain:Le graffiti toujours en bombe

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© N.S.

Le graffiti est un art qui ne se laisse pas appréhender facilement. Elle est naturellement tournée vers ses pratiquants, et ses quelques suiveurs. Ceux qui passent leurs voyages collés aux vitres des trains, des métros, des bus, à l’affut d’un « blaze » que l’on reconnaît, ou d’autres que l’on découvre. Pourtant, la culture graffiti regorge de courants, de « crew », de noms légendaires, de centres de gravité. D’histoires aussi. De solidarité, d’anonymat, de voyages, de clandestinité, de deuils. C’est dans cet univers trouble, cette Zone grise, que nous embarque L’Échelle, pôle d’arts visuels orienté vers l’espace public, avec cette exposition collective à découvrir jusqu’au 7 juin.

En entrant dans le grand hangar de l’Échelle, il ne faut pas s’attendre à voir une succession de graffitis peints à la bombe sur les murs. Les graffeurs sont des artistes, et beaucoup d’entre eux sont passés des tunnels de métro aux lumières des grands musées d’art contemporain – et font parfois encore les deux. C’est le cas de EGS, artiste finlandais, que la pratique du graffiti a emmené vers la peinture, la sculpture sur verre, pour des œuvres qui sont désormais dans des collections publiques, comme la galerie nationale de Finlande. À L’Échelle, un grand mur expose sa déstructuration du dessin et du langage, en noir et blanc et en couleur.

Plus loin, on verra également le travail photographique de Dare, qui capte les aventures urbaines et nocturnes de cette pratique ; ou les vidéos de Ráva Scholl, qui après avoir documenté l’aventure graffiti dans sa trilogie Dirty Handz, archive désormais les mouvements sociaux armé de sa caméra.

« Sans argent, sans mobile, sans arme »

Sur un grand mur, il y a ces 2 000 Polaroïd réunis par Honet, témoin d’un voyage sans fin autour du monde pour peindre. Témoin aussi d’une abnégation, pour une pratique dont les auteurs ne partageront jamais leur création sur les réseaux, et préserveront avec soin leur anonymat. « Tous ont déjà été suivis, écoutés, dénoncés, traqués, entravés, traités comme hors-la-loi pour un crime sans argent, sans mobile, sans arme, sans violence et sans victime », rappelle d’ailleurs l’exposition. 

À côté des dizaines d’œuvres présentées dans l’exposition, il faudra passer aussi dans un hangar à proximité de L’Échelle. Les artistes invités l’ont retourné avec leurs blazes dans la plus pure tradition du genre. L’occasion de re-découvrir des noms, des lettres, que l’on a vus des milliers de fois en bas de chez soi, comme à Rome, Barcelone ou Berlin.

NICOLAS SANTUCCI

Zone grise
Jusqu’au 7 juin

L’Échelle, Cité des arts de la rue
Marseille

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Un autre monde est possible

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Kóskina trio - Julie Lobato ©X-DR

Zébuline. Qu’est-ce qui caractérise ce millésime 2026 ?
Laurent Sondag. Fidèle à ses cinq piliers – résidences et soutien à la création, diffusion, action culturelle jeunes publics et adultes et la réflexion – le festival porte cette année une ambition forte formulée par notre directeur artistique Frank Tenaille : « Par temps d’actualités délétères, nous avons un besoin vital de réensemencer nos imaginaires. Les musiques ont le pouvoir, non seulement de dispenser du bonheur d’oreille, mais aussi de nous ouvrir à d’autres univers, de nous remplir de possibles. » Le regard se pose cette année sur des cultures sous le feu de l’actualité comme l’Iran et toujours dans le cadre exceptionnel de Correns, village du tout bio, où l’on préserve le Vivant. « C’est la musique et la danse qui me mettent en paix avec le monde », disait Mandela. C’est l’esprit de ce rendez-vous.

Quels sont les temps forts des soirées au théâtre de verdure ?
Dès le vendredi soir, DJ Milena ouvre le bal avec un set électropical depuis La Fraternelle. Mais auparavant, le Kóskina Trio nous emporte dans les sillons de l’Anatolie – airs de Turquie, lamentations kurdes, chants ottomans – précédé d’une création d’élèves du Collège Paul-Cezanne de Brignoles, accompagnés par la chanteuse Julie Lobato dans le cadre des Fabriques à musique. Le samedi monte en puissance : le chœur mixte MezzeM ouvre à 18 heures 30 avec ses chants du monde – basque, zoulou, macédonien, brésilien, arabe… – puis Ahamada Smis plonge le public dans l’océan Indien entre rythmes swahilis et comoriens, durant un concert partagé avec 100 élèves de la Provence Verte. Le Duo Bourry-Rouch assurera ensuite un balèti pyrénéen enflammé avant que No&Mi et son accordéon ne clôture avec ses valses et mazurkas. Le dimanche est sublime : Alex Eghikian, en piano solo, explore l’Amérique du Sud et l’Europe orientale dès 18h30 puis Sur le fil mêle flûtes méditerranéennes de Miquèu Montanaro et électro onirique d’Audioroom. Le sextet 100 % féminin What Elle’s décline toutes les nuances du jazz, funk. Enfin, le duo Abstraxion & Schön Paul clôt en beauté avec un DJ set de musiques électroniques.

Le festival, ce sont aussi des animations en journée. Qu’y trouve-t-on ?
Dès le samedi matin, le danseur, rappeur et slameur Wadee Alkhouri propose un stage de dabkeh, danse syrienne et palestinienne inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco, suivi d’un repas syrien à La Petite Corrensoise. L’après-midi, une balade commentée sur les traces du patrimoine de Correns part du Fort Gibron à 14h30, avant un café-concert en accès libre sur la place du village. Le dimanche, Frank Tenaille propose au Centre d’art contemporain de Châteauvert une sieste musicale consacrée aux récits sonores de peuples ostracisés. Là encore, entrée libre, comme beaucoup d’événements diurnes, parce que la fête doit être accessible à tous.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les Printemps du monde
22 au 24 mai
Correns

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Saison Méditerranée : trois voix du maghreb résonnent au Pharo

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© I.L.

Un violon commence à jouer, suivi par une batterie, une darbouka et un clavier. Devant le Palais du Pharo, une petite foule se regroupe au pied de la scène malgré le vent frais. Après quelques minutes, la voilà qui arrive, en tenue verte qui rappelle les vêtements traditionnels marocains. Sous les youyous du public, Najat Aâtabou entame une première chanson, accompagnée de ses musiciens qui s’avèrent aussi être ses choristes.

Grand sourire aux lèvres, la reine du chaâbi enjoint ses fans à taper des mains. Sur scène, l’artiste interprète ses plus grands morceaux, complice avec son public, extatique devant cette icône de la chanson populaire marocaine. L’ambiance atteint son apogée lorsqu’elle entame son titre Goul el hak el mout kaina, qui parle d’infidélité et de mensonge. Drapeau marocain sur le dos, Najat Aâtabou danse fièrement. La foule, elle, semble s’identifier aux paroles. Quand la chanteuse s’y adresse pour la dernière fois, son « Je vous aime beaucoup » est rapidement noyé par les youyous et les cris de joie.

Scène en mouvement

« C’est fou de passer après Najat, c’est une grande dame ». Quand Nayra monte sur scène, ses premiers mots sont pour son aînée. La jeune chanteuse franco-marocaine dit son émotion de partager la scène avec deux autres chanteuses du Maghreb. Après quelques morceaux mélancoliques, dont un « dédié aux personnes anxieuses », Nayra se met à rapper. Ses textes sont modernes, son flow incisif et rapide. De son concert, on retient sa bonne humeur et ses messages engagés. Après un « Les garçons à la poubelle », Nayra achève sa performance sur un « Tahya Falastin », suivi d’un appel à « voter LFI en 2027 ».

C’est finalement Emel, chanteuse tunisienne, qui clôture cette soirée éclectique. Devant un public réduit par un mistral tenace, elle entame un chant envoûtant et contemporain, accompagnée de cymbales et d’un synthétiseur. Sans un mot, Emel danse, mystérieuse, vêtue d’une robe rouge et d’une imposante couronne. Sous les lumières rouges de la scène, le Palais du Pharo résonne, porté par les héritières du futur.

IVANIE LEGRAIN

Concert donné le 16 mai dans le cadre de l’ouverture de la Saison Méditérannée au Palais du Pharo, Marseille.

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20 000 euros pour grandir tranquille

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© A.F.

Le lieu, ouvert il y a trois ans entre la Plaine et le Cours Julien, est rapidement devenu indispensable pour toute une communauté. Le bar dont les jeunes LGBTQI+, les racisé·es, les handi·es, avaient besoin, pas pour s’informer ou défendre leurs droits, mais simplement pour boire un verre et voir des spectacles queer sans voyeur·euses importun·es. Pas seulement un bar friendly mais un endroit où on est safe. Traaanquille, diraient les Marseillais.

Amal Froidevaux et Théo Challande-Névoret, qui en sont les créateurices et les directeurices bénévoles, savent aujourd’hui que le modèle de départ, sans subvention, sans mécène, et fonctionnant sur les seules recettes du bar et de la billetterie, n’est plus tenable. Victimes de leur succès, ils n’imaginaient pas, au départ, devoir ouvrir presque tous les soirs, et recevoir autant de sollicitation d’artistes.

Malgré l’engagement de l’équipe et le succès du lieu, la recette de départ n’est pas tenable à cette échelle : 90% des soirées sont gratuites, les prix au bar sont très abordables pour toustes, et la jauge des spectacles est insuffisante pour payer les salaires des bar·wo·men, les charges courantes et les cachets des artistes, fixés pourtant à 100 euros seulement. Dans un milieu artistique queer où la précarité est de rigueur, ces 100 euros sont pourtant, pour certain·es, essentiels.

Crise de croissance, pas de confiance

Il s’agit donc de grandir pour assumer le succès : d’aménager la salle pour augmenter la jauge, hausser et agrandir la scène dans un premier temps. Pour cela, 10 000 € sont nécessaires, et un crowdfunding lancé le 12 mai a déjà réuni 1650 €. Les travaux sont programmés, le Boum ferme début juin pour une réouverture très festive le 6 juin, avec 14 artistes, 3 DJ qui se succèderont…

Mais la deuxième tranche des travaux, tout aussi cruciale pour agrandir la salle du bar, n’est pour l’heure pas financée : 10 000 € de plus devront être collectés pour envisager de remplacer la devanture, ouvrir deux baies vitrées sur la rue et insonoriser correctement ce nouvel espace – le Boum est très soucieux de son bon voisinage, dans un quartier qui aime faire la fête mais aussi dormir.

Pour cela il faudra changer de modèle, et obtenir des subventions d’équipement au-delà du financement participatif. Et des subventions de fonctionnement pour pérenniser l’équipe des salariés, et augmenter les cachets.

Les 750 performances par an, les 300 jours d’ouverture, la réelle utilité publique d’un lieu inclusif, et le petit coût qu’il représente, devraient convaincre les collectivités publiques, et peut être quelques mécènes : dans une ville qui a si longtemps nié et réprouvé les LGBTQI+, la visibilité nouvelle des queers ne peut pas, ne doit pas reculer. Et le Boum en est devenu un maillon essentiel à Marseille.

AGNÈS FRESCHEL

Pour participer au financement, suivez le lien 

helloasso.com/associations/laboratoire-des-diversites/collectes/grandir-pour-survivre

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Les Goûteuses d’Hitler : Sept femmes à table

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@Destiny Films

Prusse Orientale. Novembre 1943. L’Allemagne est en train de perdre la guerre. Rosa arrive épuisée, affamée, dans la ferme de ses beaux-parents et s’effondre dans les bras de sa belle-mère. Sur les conseils de son mari Gregor qui se bat sur le front russe, elle a quitté Berlin, bombardée par les Alliés. A la campagne, on mange encore à sa faim, malgré les réquisitions de l’armée qui occupe toutes les forêts environnantes. En effet, le village est voisin d’un des QG d’Adolf Hitler : la Wolfsschanze (la Tanière du Loup). Le führer y séjourne très souvent dans ces années-là. Comme tous les autocrates, il craint pour sa vie et dans le sillage des empereurs romains ou de son nouvel ennemi Staline, il redoute l’empoisonnement. Des femmes allemandes du coin vont être « recrutées », sans leur consentement, pour goûter tous les plats qui lui sont servis. Rosa (Elisa Schlott) sera l’une d’elles.

Cet épisode méconnu a été révélé en 2012 par une des goûteuses d’Hitler, âgée alors de 95 ans : Margot Woelk, seule survivante de la guerre. Rosella Posterino en a fait un roman. De ce roman Silvio Sordini a fait un film. Une fiction historique, donc. Colorée par Renato Berta en bleu, gris et brun.

Le film suivra chronologiquement l’expérience traumatisante de ces femmes, de saison en saison, pendant deux ans jusqu’à la débâcle et la retraite allemande face aux Soviétiques.

Les vraies goûteuses étaient 15. Le réalisateur limite son groupe à 7. Augustine (Thea Rashe), Heike (Olga Von Luckwald), Leni (Emma Falk), Sabine (Kriemhild Hamann), Ulla (Berit Vander), Elfriede (Alma Hasun), Rosa. Ce sont des femmes seules du coin. Sauf Rosa, surnommée avec mépris « la Berlinoise ». Veuves de guerre, ou en sursis de l’être, mères de famille privées du père de leurs enfants, jeune fille rêvant d’un mari, célibataire nièce de pasteur, jeune fanatique nazie… Chacune a sa personnalité, et une façon différente de s’adapter à la situation. Entre elles, naissent dissensions, jalousies et amitié. Elles se rejoignent dans cette condition féminine où leur corps ne leur appartient pas : sacrificiel pour leur führer qui en fait des « rats de laboratoire », objet de désir ou procréateur patriotique. Dans la scène récurrente des repas, autour d’une table nappée de blanc, présidée par le chef cuistot qui commente ses préparations sophistiquées et les goûts culinaires d’Hitler, végétarien et amateur de desserts, elles partagent la même peur, entourées de soldats prêts à leur tirer une balle dans la tête si elles refusent de manger.

Le Mal et ses frontières

On ne verra rien de la guerre. On ne verra d’Hitler, que le portrait encadré au mur de la salle à manger de la ferme, et une image de dos, de loin. Comme dans La Zone d’Intérêt de Jonathan Glazer, le Mal est là, sans être directement représenté. Dans les faits et les esprits : la propagande radiophonique qui nie la réalité, les camps d’extermination, la suspicion, la délation, la traque des juifs et des avorteuses. Le récit se fait du point de vue de Rosa, l’«Etrangère », venue de la Capitale, vêtue de robes trop élégantes. Le scénario en fait un personnage positif et trouble, faible et fort, perdant peu à peu l’espoir et gagnant en conscience. Se détachant peu à peu d’un mari dont il ne lui reste que quelques photographies, de maigres souvenirs, une voix off, et des lettres. La liaison consentie et secrète qu’elle entretient avec le lieutenant SS Ziegler (Max Riemelt) -surnommé à juste titre par ses amies « le Salaud », interroge. Sa naïveté face aux crimes nazis aussi.

De belle facture classique, le film semble parfois se disperser et céder au romanesque, avec une demi-rédemption du Méchant en final. Mais plus que la fascinante fiction et sa signification symbolique, ce qui mérite d’être retenu ici, c’est la question de la participation ou de la résistance à un régime auquel on appartient de gré ou de force. Une question toujours renouvelée.

ELISE PADOVANI

En salle le 20 mai 2026

Hors Cadre : une première en Vaucluse

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Ma soeur forever de Florian Richaud © Florian RichaudTiresias Films

On le sait, la diversité est une source d’inspiration pour le monde de la culture et l’inclusion des personnes en situation de handicap est une préoccupation du spectacle vivant.

À Valréas, le Centre dramatique des villages du Haut-Vaucluse s’inscrit dans cette logique avec la première édition de son festival Hors Cadre, intitulée « Place à la diversité ». Du 19 au 23 mai, le château de Simiane, le cinéma Le Rex et le complexe du Vignarès deviendront les lieux d’une programmation mêlant projections, expositions, ateliers et rencontres autour de l’art inclusif. Construit avec les résident·es de plusieurs établissements médico-sociaux, le festival s’ouvrira en musique avec la chorale de l’Ehpad de Valréas. L’exposition Laisser sa trace présentera des poteries créées par des personnes issues de différents foyers de vie, témoignant de leurs sensibilités multiples. Le public pourra aussi rencontrer le comédien Théo Kermel, porteur de trisomie 21, à l’issue de la projection du court-métrage OEdipe, Oracles, Sphinx, avant de le retrouver sur scène dans Figure.S, où il incarne Hamlet ou encore Macbeth (22 mai). Le documentaire Ma soeur forever de Florian Richaud prolongera cette attention portée aux récits trop rarement visibles. Avec ses ateliers inclusifs, Hors Cadre cherche à déplacer le regard. Une manière de rappeler que l’inclusion ne se limite pas à une prise de parole, mais bien à redessiner les espaces d’expression dans lesquels l’art se crée et se partage.

I.L.

Festival Hors Cadre

19 au 23 mai

Divers lieux, Valréas

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Saison Méditerranée : Taoufik Izeddiou et Mohamed el Khatib ouvrent le spectacle

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© A.F.

En ce 16 mai il faisait froid, le vent pénétrait jusqu’aux os. Mais peu importe la ferveur était là, à la hauteur de l’événement et du symbole : sur le port de Marseille, sur l’Esplanade Gisèle Halimi – avocate féministe juive du FLN – au pied d’un musée d’État, sur ce rivage qui a accueilli tant de migrants mais aussi arrêté ceux qui fuyaient la mort nazie et emprisonné illégalement à Arenc des milliers d’Algériens – sans prétexte d’OQTF. Dans ce port qui a aussi causé la propagation de la grande peste de 1720 par cupidité des marchands, mais permis pendant des siècles la circulation des nourritures, des hommes et des idées, Taoufik Izeddiou a convoqué et embrassé toute la richesse de Marseille avec Danser ma ville, une magnifique ode à la tendresse et au commun.

Vers le commun

En résidence au Théâtre Joliette, le chorégraphe marocain a rassemblé une soixantaine d’amateurs autour de six danseurs et trois musiciens professionnels. Adepte d’une danse pour tous, pour toutes, praticable à partir de la marche et de quelques mouvements simples, reproductibles avec des dynamiques et des ampleurs adaptées à chacun·e, Taoufiq Izeddiou a conçu son spectacle en crescendo, du singulier vers le pluriel, le commun.

Danser ma ville ouvre avec les trois musiciens tissent une partition faite de tradition (percussion sur peau tendue, mélopées modales) et d’électro, d’amplification de sons produits par piétinement… que six danseureuses viennent ensuite habiter de leurs corps. Des corps indépendants, dansant sans assignation genrée les mêmes gestes énergiques, empruntant aux traditions méditerranéennes et africaines, juives aussi, et les mêlant à des figures de danses urbaines et contemporaines.

Cette rencontre des cultures chorégraphiques se déploie jusqu’à ce que les amateurs viennent les rejoindre. Des corps de tous les âges, âgés souvent, féminins pour la plupart. Certains que l’on connait pour les avoir vus souvent dans les projets collectifs. Ils se regardent, s’approchent deux à deux, s’enlacent, se détachent, vont lentement chercher une autre accolade, puis forment groupe, avancent, dansent, ondulent ensemble comme des flots, comme un organisme unique. Les corps les plus âgés, déploient des forces moindres mais d’autant plus émouvantes, humaines, fragiles.

Une métaphore limpide de ce que la ville, la Méditerranée, le monde pourraient être si on laissait les corps parler, danser, se toucher, les regards se croiser, et les souffles s’accorder ensemble.

Le Parlement des mères

Avec Mères méditerranées Mohamed el Khatib délivrait le même message, accueilli dans l’auditorium du Mucem, le vent rendant la représentation à l’extérieur impossible. Un repli qui a suscité la frustration des centaines de spectateurs, mais n’a pas amoindri l’enthousiasme de ceux qui ont assisté à l’une des deux représentations, même si le feu d’artifice prévu pour lier les deux parties du spectacle n’a pas pu être tiré. Seulement évoqué par une enfant malicieuse, qui donnait aussi le ton du spectacle.

Malicieux et drôle, ce Mères Méditerranées est aussi grave et profond, ce qui est sans doute la marque de fabrique du théâtre de Mohamed el Khatib qui part de rien, de l’intime, d’une voiture, d’une anecdote, d’un objet, pour laisser éclore l’universel. Dans Israël & Mohamed, créé avec Israël Galvan, il réglait son compte aux pères et réparait le lien culturel andalou, par la métaphore du foot, et du ligament d’un genou qui flanche. Avec Mères méditerranée, programmé par le Mucem dans le cadre de son exposition Bonnes Mères, ce sont les mères qui ont la parole.

Sur l’écran se succèdent des images d’archives guerrières et coloniales, de fantasias, mettant en scène des hommes violents, mais aussi victimes. Elles alternent avec des interviews de mères qui défendent leur couscous, et parlent surtout de leurs inquiétudes pour leurs enfants. Qui pour certaines, palestinienne, libanaise, sont de la pure terreur.

Sur scène d’autres femmes, parfois les mêmes, complètent les témoignages et se disputent le meilleur houmous, mais aussi sur la violence des hommes, sur leur domination. La femme juive voudrait que toutes les femmes de Méditerranée puissent dire non à leur mari, l’Italienne voudrait couper les couilles des auteurs de féminicides, et toutes refusent leur guerre. Les Maghrébines de Marseille s’indignent que les Français aiment leur couscous, mais pas leurs enfants.

Leur « parlement » devient, au fil du spectacle, de plus en plus politique, jusqu’à une proclamation commune qui exige que le monde entende enfin leur voix. Et leur accorde la liberté d’être ou de ne pas être mère, de disposer de leur corps, de circuler librement d’une rive à l’autre. Elles implorent, surtout, de « cesser le feu ». Car « chaque mère morte est un océan de larmes, une bombe à retardement ».

Assigner la paix et l’avenir aux femmes, la guerre et la mort aux hommes, est certainement réducteur. Mais l’urgence méditerranéenne est devenue celle du monde, et exige sans doute qu’on écoute enfin ces voix sincères, qui seules dessinent un futur désirable.

AGNÈS FRESCHEL

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L’art, la diplomatie, Marseille

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Benoît Payan © Ville de Marseille

Lieux Publics, le Mucem, les Musées de Marseille, La Friche, et d’autres opérateurs, plus modestes, comme Jeanne Barret ou la Citadelle [voir comptes rendus pages suivantes], ont lancé l’ouverture de la Saison Méditerranée. Leur programmation met en lumière nationale et internationale des problématiques familières au public de la région. C’est tout le talent de Julie Kretzschmar, commissaire de la Saison mais aussi créatrice des Rencontres à l’échelle et co-directrice de LaMaM (ex-Toursky), d’avoir conçu cette ouverture avec des acteurs culturels qu’elle connait bien, et qui lui font confiance.

Le 15 mai, lors de la cérémonie inaugurale, elle affirmait « Je viens rendre à cette ville ce qu’elle m’a apporté. Sa pluralité est véritable, jusque dans les risques qu’elle comporte. Elle seule peut retisser des liens entre les peuples, si l’on accepte de communiquer sur nos désaccords ». Un discours longuement applaudi par les acteurs culturels qui connaissent son entêtement à faire entendre sur les scènes, depuis plus de 25 ans, la langue arabe, et à faire venir à Marseille des artistes silencié·es dans leur pays.

Le choix de Julie Kretzschmar par l’Institut français est donc courageux, et politique. Pourtant l’État n’a pas toujours brillé durant la cérémonie d’ouverture. Catherine Pégard, ministre de la Culture, a su rappeler, dans un discours convenu, « l’identité méditerranéenne de la France et le lien qui l’attache à la rive Sud de la Méditerranée ». Mais Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, s’il a concédé que « La France est un pays méditerranéen par sa géographie et son histoire » a enchainé en répétant son refus du boycott d’Israël à l’Eurovision. Faisant ainsi une analogie étrange avec la Saison Méditerranée, comme si toutes deux prônaient la « liberté artistique » et le « dialogue entre les peuples ». Un rapprochement qui révèle une méconnaissance de la création – personne de sérieux ne défendra la qualité artistique des compétiteurs de l’Eurovision – et confond allègrement dialogue entre les peuples et opération de communication nationaliste.

Marseille, capitale française de la Méditerranée

Le maire de Marseille, Benoît Payan, a quant à lui élargi les horizons, en remerciant l’État pour l’ouverture à Marseille mais en employant dès l’entrée un « nous » méditerranéen. Il affirmait, avec le lyrisme qui le caractérise quand il parle de la diversité de sa ville, que « les civilisations vivent par ce qui les unit » et que « lorsqu’une bombe frappe Gaza ou Beyrouth, nous sommes atteints. »

Citant Faïrouz en arabe, il avance aussi que Marseille est méditerranéenne « parce qu’elle accueille tous ceux qui y débarquent », arrivés là pour fuir « la misère ou la violence », « juifs venus de toute part, arméniens, africains, comoriens », tous marseillais, tous méditerranéens, quelle que soit leur origine.

Assurant que les échanges artistiques sont « un des leviers les plus puissants pour arrêter les guerres », il conclut par une anaphore : « Je crois profondément à la diplomatie. Je crois profondément que les mots justes, puissants et forts sont écoutés ». Les musiques, les corps qui dansent, les images fortes, tout autant.

AGNÈS FRESCHEL

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Ricardo S. Mendes entre au musée !

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Circus Muséum © Ricardo S. Mendes

Poétiser des séquences du quotidien, c’est la mission que donne Les Théâtres à Ricardo S. Mendes dans le cadre du projet Aller vers, qui fait se déplacer différentes formes de spectacle dans les Bouches-du-Rhône. Après un parcours jonglé dans 17 lieux emblématiques de Marseille en 2025, le créateur circassien investit cette année des musées de la ville, mais aussi de celles d’Aix-en-Provence et d’Arles, pour son Circus Muséum.

Au programme, une semaine de déambulation au milieu des œuvres, pour des performances créées en résonance avec les pièces des musées et inspirées par les lieux, les couleurs et les formes géométriques. L’artiste s’entoure d’autres jongleurs, danseurs et musiciens pour « rendre plus ludique l’accès au musée et un peu moins sérieux l’accès au spectacle vivant. »

Nouveau défi pour Ricardo S. Mendes, raconter l’histoire du château d’If. Le Circus Muséum s’exporte par-delà la rive pour donner vie à la légende du rhinocéros et aux graffitis laissés par les prisonniers. Le projet traversera aussi les musées des Beaux-Arts et Cantini à Marseille, la chapelle des Pénitents blancs à Aix-en-Provence, et l’abbaye de Montmajour à Arles. Avec « ses personnages très visuels et son esthétique du raté », l’artiste rend plus accessible la performance circassienne, s’adressant à un public souvent plus éloigné des institutions culturelles, pour leur proposer une autre manière de côtoyer l’art.

IVANIE LEGRAIN

Aller vers : Circus Muséum

Du 20 au 27 mai

Marseille, Aix-en-Provence, Arles

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