vendredi 27 mars 2026
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Music et Cinéma Marseille : Crescendo

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@ Annie Gava

Zébuline : Music et Cinéma, ce sont chaque année, des rencontres, des invités d’honneur, des programmes traditionnels comme Accord en duo et Ostinato, des cartes blanches, des master classes. Quels seront les rendez-vous exceptionnels de l’édition 2026 ? Et y a -t-il des changements ?

Gaëlle Rodeville : Nous sommes dans le premier trimestre d’une année compliquée en termes de budget avec les élections municipales. On ne sait pas vraiment ce qui peut se passer. Nous n’avons rien changé. Avec toutefois, une augmentation des propositions : 370 films longs et courts confondus.

On va retrouver nos compétitions, de longs, de courts, nos programmes parallèles, nos concerts. Ce sera une belle édition. C’était important de s’appuyer sur des structures de la Ville et de la Région. Beaucoup de cartes blanches ont été offertes à des associations marseillaises, comme Piano and Co. On met en lumière le film de Thomas Ellis, Tout va bien qui suit de jeunes migrants à Marseille. On accueille le club phocéen Cinématrix, dont les artistes locaux viendront présenter leur production. On collabore beaucoup avec les consulats, les ambassades.

Et puis il y a comme toujours nos invités d’honneur, nos duos.

L’invité d’honneur, c’est le grand compositeur Steven Price, oscarisé pour Gravity. On est très heureux de recevoir aussi l’actrice, réalisatrice et chanteuse belge, Veerle Baetens (Alabama Monroe, Quitter la nuit, Débâcle). Et Romane Bohringer. Parce que c’est Romane Bohringer. Parce que c’est une femme libre. Parce qu’elle est actrice et réalisatrice, que ses films, L’amour flou et Dites-lui que je l’aime nous touchent particulièrement.

Et puis très chouettes, nos duos. Celui formé par le compositeur Frédéric Vercheval et Olivier Masset-Depasse, réalisateur de Duelles où joue Verle Baetens – L’autre duo réunissant Cyril Aris et Anthony Sahyoun qui présenteront Un monde fragile et merveilleux, un vrai coup de cœur pour nous.

Il semble que l’intimité soit au cœur d’une thématique commune à ces films : la famille, les choix individuels, les cas de conscience. Là encore est-ce délibéré ? ou est-ce une thématique qui s’est révélée a posteriori ?

Le cinéma est le reflet de la réalité. Il n’y a pas de thématique préalable. Ce sont les propositions des réalisateurs. Si on compare les synopsis des éditions précédentes, on voit qu’ils sont souvent similaires. Bien sûr, les sujets sur la tolérance, la liberté de choix, le respect des autres font partie de nos valeurs.

Quel sera le film d’ouverture ? Pourquoi ce choix ?

On a opté pour un film tout public, intergénérationnel, plus « doux » que celui de l’an dernier  Ce sera Vivaldi et moi de  Damiano Michieletto. Un film franco-italien d’époque, surprenant qui parle des femmes musiciennes, de la relation entre art et émancipation. Mais je ne veux pas parler de ce film. Il faut venir le découvrir.

Et la clôture ?

Ce sera à La Criée: Jérôme Rebotier, le compositeur de Monte Cristo vient diriger du 25 mars au 4 avril, une Master Class de composition musicale pour l’image, destinée à de jeunes compositeurs. Ils créeront des musiques originales pour différents courts métrages, interprétées en live durant la soirée de clôture.

Sans préjuger des choix du jury, avez-vous un film et une BO que vous aimez particulièrement ?

C’est difficile. On peut faire des paris sur les futurs primés. Et citer des coups de cœur de la sélection. Dans les dix longs en compétition Perla d’Alexandra Makarova, Julian de Cato Kusters…Hors compétition, Les Fleurs du Manguier d’Akio Fujimoto

Des pépites, des films nécessaires qui nous nourrissent.

Propos recueillis par Annie Gava et Elise Padovani

Sur la piste du monde vivant

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Clara Hédouin © Lisa Lesourd

Zebuline. Comment avez-vous travaillé sur l’adaptation de ce texte pour le théâtre ?

Clara Hédouin. Ça a été un très long processus, un des plus difficiles auxquels je me suis attaqué. Avec Romain de Becdelièvre, mon dramaturge, on est passé par plein de phases dans l’écriture. Et on a finalement pris le chemin qui trahissait peut-être le plus le livre, à certains égards, qui est un chemin plus poétique et même surréaliste. Il y a quand même une narration, six personnages qui vont aller enquêter sur le loup, mais on décolle assez vite du réalisme absolu, puisque ces six personnages ne sont pas juste six habitants, mais sont des facultés. Un peu comme dans le dessin animé de Pixar, Vice-versa, où on est dans la tête d’une petite fille. Là, on est dans la tête d’un philosophe. Les personnages qui s’animent sous nos yeux sont des instances de la pensée. Il y a raisonnement, imagination, doute, attention, poésie et enfin amour.

Comment les mettez-vous en scène ?

Ils disent juste comment ils s’appellent et, à partir de là, on va partir avec eux mener l’enquête, se retrouver dans la neige, dans le Vercors, voir les premières traces de loup. Et surtout ce qui va leur arriver, c’est ce qui arrive au philosophe du livre : il entend un hurlement de loup. Moi ce sont mes six personnages-facultés qui entendent le chant et qui vont tenter de répondre à la meute. Et ça devient vertigineux. Ils rentrent dans tout un tas de de réflexions. C’est de cette façon qu’on a réussi à dramatiser un peu le parcours de pensée de Morizot, en le rendant polyphonique, et en rendant conflictuelle aussi l’éclosion des idées dans la tête du philosophe.

Sur les formes de vie non humaines, qui sont très importantes dans le travail de de Baptiste Morizot, comment avez-vous travaillé leur présence ?

Il a fallu créer un environnement mystérieux, énigmatique. À un moment donné, on voulait qu’il y ait un chien sur le plateau, un peu comme dans Scoubidou, les six enquêteurs avec un chien. Mais finalement, on ne l’a pas fait. Car j’aime aussi faire confiance dans les pouvoirs du verbe, dans les pouvoirs de l’imagination du spectateur. Donc c’est le texte, le jeu des acteurs, leur manière de faire exister, par l’espèce de vigilance que je leur demande d’avoir au plateau, des êtres qui ne sont pas là, mais qui, dans notre imagination, sont présents. Et aussi par la vidéo. À un moment donné, les six personnages vont être munis d’une caméra thermique. Elle filme en noir et blanc les paysages la nuit, et tout ce qui dégage de la chaleur se découpe en blanc dans l’image. Les loups vont leur apparaître de cette façon-là, comme des fantômes, comme des spectres qui se déplacent dans un paysage obscur. Ça a influencé toute l’esthétique du spectacle.

Qu’aimeriez-vous transmettre au public à travers cette pièce ?

L’envie de plonger dans cette philosophie qui est porteuse de beaucoup d’espoir. Ça ouvre quelque chose de très vaste. Et c’est aussi, quelque part, nous rendre nos millions d’années, à nous, êtres humains. Nos corps sont plus vieux que l’âge qu’on leur donne. On a une mémoire présente dans notre corps qui est celle de toutes les lignées vivantes qui ont fait apparaître l’espèce humaine. On porte en nous nos ancêtres préhumains, comme des fantômes. C’est un peu cela que j’aimerais rendre aux spectateurs, leurs millions d’années.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARC VOIRY

Manières d’être vivant

Du 25 au 28 mars

La Criée, Théâtre National de Marseille

Retrouvez nos articles Scènes ici

Ni héros, ni sauveur

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Je me souviens de la terre © Christophe Raynaud de Lage

Zébuline. Comment résumeriez-vous le thème de la pièce?

Myriam Marzouki. C’est l’histoire d’un collectif et d’une expérience commune. Le personnage principal de la pièce, c’est un groupe, sept personnages qui sont réunis par les circonstances, parce qu’ils ont manifesté, et ont fait l’expérience de la répression.

Pourquoi ce choix ?

Il y a deux raisons. La première est esthétique, liée au monde du théâtre. J’avais envie de cet exercice, d’avoir du monde au plateau, des corps nombreux, ce qui est de plus en plus difficile à cause des conditions de production qui sont terribles. Je me suis dit c’est maintenant ou jamais, et on a réussi à produire un spectacle avec huit interprètes sur le plateau.

La deuxième raison est plus politique. Je pense qu’aujourd’hui on a besoin d’histoires de collectifs, où ce ne sont pas des héros ou des sauveurs, mais le fait d’être ensemble qui permet de faire avancer une histoire, l’Histoire tout court.

Le sujet des luttes collectives était déjà au cœur de votre pièce précédente, Nos ailes brûlent aussi.

C’est quelque chose qui traverse tout mon théâtre. En tant qu’artiste, je ne suis pas intéressée par l’individu dans son intériorité ou dans la recherche obsessionnelle du soi, mais par la pluralité, la collectivité, l’articulation des destins individuels et des destins collectifs. Et aussi, par comment faire exister le temps long de l’histoire et l’espace du collectif avec les moyens artisanaux d’un plateau.

Comment cela se traduit-il sur scène et dans le texte ?

Au départ du spectacle, comme de tous les autres, il y a un travail préliminaire, mené surtout par Sébastien Lepotvin qui a écrit la pièce, de recherche de faits, de témoignages, d’éléments qui ancrent la dramaturgie dans une réalité, et donc dans une vérité.

On prend ensuite appui sur cette matière documentaire pour aller ailleurs. Le spectacle n’est pas, pour nous, un outil pour informer ou pour donner des connaissances que les spectateurs peuvent trouver ailleurs : ce qu’on veut, c’est raconter une histoire, écrire une forme et produire des émotions.

Le déploiement poétique de la pièce se fait par la création d’images scéniques, c’est-à-dire par une solidarité entre la dimension visuelle, la création sonore et l’écriture chorégraphique des corps telle que les spectateurs ne peuvent même plus décoller les unes des autres.

Quelles ont été les inspirations pour ces images scéniques ?

Les différentes écoles de la peinture européenne du début du XVIIe ont inspiré la recherche esthétique car j’avais envie, pour des raisons dramaturgiques, d’utiliser la technique du clair-obscur.

Outre l’intérêt esthétique, cela permet au spectateur de connecter l’image vivante qu’il voit avec des images qui appartiennent à nos musées imaginaires. Je voulais qu’il y ait cet aller-retour entre les imaginaires des spectateurs et puis l’imaginaire qui est produit sur le plateau.

Je note aussi que vous utilisez le terme « solidarité » pour parler du travail esthétique, ce qui fait le lien avec le sujet de la pièce.

Oui, bien sûr. Une mise en scène est signée par une personne qui réunit et fait la synthèse de toutes ces compétences, de toutes ces créativités. Mais elle n’est rendue possible que parce qu’il y a eu une collaboration, et les collaborateurs ne sont pas simplement les exécutants d’une vision. Ils produisent des idées, du sens, des choses qui n’étaient pas forcément prévues au départ.

Ce que j’aime au théâtre, c’est justement cette dimension collective : on peut écrire un roman en ayant besoin de personne, mais pas monter une pièce.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE

Je me souviens de la terre

25 et 26 mars

Le Zef, Scène nationale de Marseille

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« L’important c’est le ride »

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Panaches © Renata Pires Sola

Au fond, un écran, suspendu au centre, une sorte de tutu-nuage et à l’avant-scène, une ligne d’objets transparents, verre, carafe, vase… C’est Panaches de Pau Simon. En pleine lumière, elle va parcourir la ligne, en faisant circuler l’eau qu’elle a bue dans un verre dans divers contenants, seringue, verseur à bec, poche médicale, évoquant avec un humour pince sans rire pénis, sein, ventre… L’espace devient ensuite espace de projection, obscur, profond et mouvant, accompagné d’une musique semblant traverser des espaces organiques et liquides. Le costume est décroché, elle danse avec, puis dedans, en produisant des sons avec de l’eau dans la gorge et de l’hélium dans la voix. Puis, assise à l’avant-scène, elle témoigne au micro, parmi d’autres choses, de ses envies permanentes de transitionner, par exemple en limace des mers, mais qu’avant tout, « l’important c’est le ride ». Une façon élégante, amusée, curieuse, gourmande, de considérer son propre corps comme un point de départ pour de vastes explorations biologiques et spatiales.

Grands nombres

Au début de MOTOR UNIT, Sati Veruynes est assise dans un coin à l’avant de la scène, laisse s’installer le public, puis commence un décompte à rebours, unité par unité, à partir de « nine hundred ninety nine thousand nine hundred ninety nine ». Un compte à rebours qu’elle n’arrêtera jamais, même si, à certains moments, ça devient d’évidence difficile de continuer à danser, tout en ne perdant pas le fil de ce décompte. Un décompte qu’elle semble parfois contrôler, qui semble la plupart du temps la posséder, auquel elle consent à s’abandonner à certains moments, et à d’autres qu’elle semble vouloir expulser, en vain. Difficultés dont elle ne cache rien, qu’elle laisse advenir, qu’elle surmonte dans différents états de lassitude, épuisement, rage…

En parcourant d’abord le plateau, aérienne ou écroulée au sol, chancelante, se relevant et rechutant, rampant, jusqu’à investir les gradins du public, grognant, hurlant, à pleins poumons ou à bout de souffle, murmurant en quittant la salle.

Après un intermède de quelques minutes, pendant lequel la lumière changeante des projecteurs module le temps et l’espace vide du plateau, Sati Veruynes réapparait de là où elle était sortie pour un solo tout aussi intense. Elle semble là possédée par un chaos à l’intérieur de son corps, des soulèvements, des emballements, des relâchements, qui la font parfois éructer des sons sauvages. Des ruptures de rythmes abruptes, des contorsions violentes, des chutes soudaines, des moulinets de bras à toute vitesse. À travers lesquels elle semble vouloir expulser là-aussi, en vain, jusqu’à l’épuisement, quelque chose de son corps.

MARC VOIRY

Panaches de Pau Simon était présenté le 18 mars et MOTOR UNIT de Sati Veruynes les 20 et 21mars à Klap - Maison pour la danse, Marseille.

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Phèdre et souris

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L’Affaire L.ex.π.Re © La Cordonnerie

Le dispositif est incroyable : le public est séparé en deux, en bi-frontal, et ne suit pas le même film. Les uns voient Max, l’histoire d’un tueur à gage, les autres Natacha, comédienne qui joue Phèdre et veut mourir. D’où le titre, L’affaire L.ex.pi.Re, référence à « Elle expire, seigneur », hémistiche extrait de la tragédie de Racine.

Mais si le public suit à l’écran deux histoires différents, la bande son est la même ! L’aspirateur de Natacha y devient le sèche-cheveu de Max, l’émission radio de l’une est diffusée sur l’autoradio de l’autre, et chez les deux des souris couinent, des valises s’ouvrent simultanément… La coordination des comédiens et de leurs bruitages est époustouflante, comme la musique, jouée en direct par Timothée Jolly et Mathieu Ogier. Elle les guide et règle leur tempo, inventive, puissante et lyrique.

Quant aux deux films, synchrones, que les deux parties du public voient dans un ordre inverse, ils ont l’esthétique d’un thriller social, ruelles humides, bars interlopes et mobil-home… Le troisième film, Phèdre, diffusé simultanément aux deux publics, comble les trous de l’histoire, et conclut par un magnifique moment de théâtre, hymne à la rencontre et à la vie.

Dévoiler les écrans

Le plaisir pris à ce spectacle, qui est à la fois une projection, une pièce de théâtre et un concert, est un peu celui qu’on éprouve face à des prestidigitateurs surdoués, des danseurs mirobolants, des pianistes supersoniques. Lorsqu’on comprend la complexité du dispositif, les synchronisations entre les bruitages exécutés par les comédiens, les paroles prononcées avec des voix diverses, l’absence totale de décalage entre les lèvres des acteurs muets à l’écran, et les voix qui les doublent sur scène, l’effet woaw est garanti. On ne comprend cela qu’au deuxième film, lorsqu’on se souvient que les sons qu’on entend bruitaient dans l’autre une image différente… Mais l’intérêt de cette Affaire ne s’arrête pas à cet exploit.

Metilde Weyergans est là, devant nous, à jouer Phèdre, avec une intensité émotionnelle et une précision musicale rares. Pourtant c’est son visage muet sur l’écran que le public regarde, capté par un virtuel dont on lui montre, pourtant qu’il n’est qu’une illusion de retransmission du réel, au son interchangeable. Alors que le théâtre traverse les siècles, fait surgir les émotions les plus profondes, les plus interdites. Celles qui préservent du suicide, du meurtre, et permettent, par les vertus de la tragédie, d’impossibles rencontres. Cathartiques, pluvieuses, intemporelles, comme Phèdre qui meurt chaque soir mais survit depuis des millénaires.

AGNES FRESCHEL

L’Affaire L.ex.pi.Re a été joué à La Criée du 18 au 21 mars par le collectif La Cordonnerie.

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La République, l’enfance et le racisme

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Ma Republique et moi © Quentin Peti

Trop longtemps, la parole est restée enfouie. Mais lorsque les attaques se font de plus en plus fréquentes, que certaines personnes se permettent de s’en prendre à qui vous êtes, à qui sont vos parents, les humiliations se transforment en une envie bouillonnante de dire : transformer la honte en poésie, prendre l’espace que personne ne veut vous donner, avec amour, tendresse et liberté. Le point de départ de l’écriture de Ma République et moi : un fait divers, presque ordinaire, à l’heure où les idées d’extrême droite envahissent l’espace public.

En 2019, une classe de CM2 vient observer le fonctionnement d’une institution démocratique au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté dans le cadre d’une opération civique organisée par une maison de quartier de Belfort. Lors de ce conseil municipal, le conseiller régional, Julien Odoul, demande « au nom de nos principes laïcs »à une maman accompagnatrice « de bien vouloir retirer son voile islamique ».

À partir de cette actualité mais aussi en convoquant son histoire personnelle, Issam Rachyq-Ahrad témoigne de l’amour pour sa mère. Ma République et moi parle des identités par ricochet, mais surtout de liberté, brouillant les pistes entre fiction et réalité. Dans cette création, le comédien et metteur en scène ouvre les portes de chez sa mère, une cuisinière passionnée fan de Dalida, convoque les souvenirs – le foot, le théâtre, la France, le Maroc – et dresse un portrait intime rempli d’amour de leur quotidien, offrant un joli hommage à celles qui ont trop souvent dû se taire face aux humiliations.

CARLA LORANG

Ma République et moi
26, 27 mars
La Garance, Scène nationale de Cavaillon
1er au 8 avril
La Criée, Théâtre national de Marseille

La lumière dans les ruines

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Minga di una casa in ruinas © Thoma Lengen

Ce jeudi 19 mars, l’émotion était palpable lors de l’ouverture de la 8e édition de la Biennale des écritures du réel. Et pour cause, comme l’explique Fanny Girod, secrétaire générale du Théâtre Joliette dans son introduction, le thème de l’oubli fait tristement écho aux guerres et massacres en cours – et c’est bien pour cela qu’il est aujourd’hui important de le confronter. Minga di una casa in ruinas du Colectivo Cuerpo Sur, performance présentée ce soir-là, aborde frontalement et sensiblement le sujet qu’elle semble avoir été créée sur-mesure pour l’occasion.

La minga est une tradition de l’île de Chiloé (Patagonie chilienne), qui consiste à déplacer des maisons entières d’un lieu à l’autre, sans les détruire. Quelque chose qui est évidemment impossible si la maison est déjà en ruine, comme c’est le cas de celles au cœur du récit de la performance.

En 2019, deux membres du collectif se rendent à Chiloé et « tombent amoureux » d’une maison appartenant à un certain Don Dago, en train d’être démolie. Des images de cette démolition, filmées en accéléré et étirées en largeur, sont projetées sur l’écran en fond de scène, contrastant avec le caractère brut de la scénographie et de l’ambiance sonore.

Dépossession et reconstruction

Sur le plateau, Ébana Garín Coronel dispose des planches de bois, les frotte et les tape, en suspend d’autres au moyen de tringles qu’elle hisse à bout de bras devant l’écran, et qui viennent morceler les images projetées. Le bruit des frottements et des heurts, captés par un micro, résonne dans toute la salle. L’expérience est presque synesthésique.

La narration aussi est morcelée ; la performeuse donne corps aux mots de Don Dago qui décrit la disparition d’un mode de vie, d’une communauté et de ses traditions ; elle interprète aussi sa mère juste avant qu’elle ne fuit le Chili de Pinochet et raconte la vie en exil à travers ses yeux d’enfant. Les différents récits qu’elle tisse ont en commun une forme de dépossession, le choix d’abandonner ce qui était sien face à des bouleversements sociaux ou politique. Et l’impossibilité de se départir vraiment de ce qu’on a perdu.

Mais le spectacle fait aussi la preuve que la perte n’est pas nécessairement synonyme d’oubli, et qu’elle peut au contraire être un matériau pour fabriquer du beau.

CHLOÉ MACAIRE

Le spectacle a été donné les 21 et 22 mars au Théâtre Joliette, Marseille.

Dans le cadre de la Biennale des écritures du réel.

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Le Moussem de Marseille !

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Le groupe Zwa Fama © Claude Mery

Les moussems, fêtes dédiées aux récoltes, un saint ou un changement de saison, nourrissent la préservation du tissu social et culturel marocain. Ce vendredi 27 mars, les associations Quai du Maroc et Ancrages (qui confectionne chaque semaine la rubrique Diasporik] célèbreront à la Cômerie l’arrivée du printemps et les 70 ans de l’indépendance du Maroc.

La soirée commence avec un atelier d’initiation à la musique gnawi que propose l’association Dar Gnawa. Au même moment, l’artisanat marocain sera mise à l’honneur, d’abord son matrimoine amazigh par l’atelier Timazighin (17h), puis ses somptueux caftans avec un défilé de Sabrina Signature (18h30). Le soleil se couchera sur la table ronde l’Agora des mémoires (19h), qu’animera Samia Chabani, où l’historienne de l’art Julie Rateau, l’anthropologue Rim Affaya, le sociologue Hicham Jamid et Driss El Yazami, Président du CCME (Conseil de la communauté marocaine à l’étranger) parleront des histoires communes entre Marseille et le Maroc.

Place ensuite à la musique : l’association Dar Gnawa revient accompagnée de Maâlem Youssef Smarraï (20h-21h), suivis d’un concert de Zawia Fama (21h-22h30) puis d’un DJ set chaâbi. À 21h30 sera donné à la chapelle une projection de deux films de Samy Sidali, Jmar et Petit Taxi. En parallèle, une exposition de la photographe Aidan Khall et une vente de livres par la librairie L’île aux mots. On pourra repartir ornés de tatouages au henné et repus d’un couscous, servi à partir de 19 h. Venez tôt, l’entrée est libre dans la limite des places disponibles.

PAULINE LIGHTBURNE

27 mars

La Cômerie, Marseille

L’Humanité pour seul rivage

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© X-DR

Les planches du Théâtre du Balcon n’accueillent pas simplement une pièce de théâtre, elles deviennent le réceptacle d’une urgence mondiale. Sous la direction de Serge Barbuscia, Le Syndrome d’Ulysse se révèle être une traversée onirique et poignante, un miroir tendu à notre époque où l’errance devient le dénominateur commun d’une humanité malmenée.

La force de ce spectacle repose sur la cohésion de cinq artistes d’exception. Serge Barbuscia, Jérémy Bourges, Théodora Carla, Bass Dhem et Aïni Iften ne se contentent pas d’interpréter un texte, ils habitent chaque silence, chaque cri. Leurs présences, à la fois fragiles et puissantes, portent la plume d’Ali Babar Kenyah et du metteur en scène vers des sommets d’émotion.

Sous l’impulsion de Jérémy Bourges, le piano, l’accordéon, la trompette et le tambour ne sont pas de simples ornements. Ils sont le souffle du récit, le rythme cardiaque de l’exilé. Les voix, d’une pureté sublime, s’élèvent dans une polyphonie de six langues – français, amazigh, espagnol, italien, pular et persan – rappelant que la douleur et l’espoir ne connaissent pas de frontières linguistiques.

De l’épure et un message

La mise en scène de Barbuscia fait le choix de l’essentiel. Les décors, sobres, laissent toute la place à la puissance du verbe et au jeu organique des comédiens. Ce dépouillement souligne l’universalité du propos : l’homme nu face à son destin. Les costumes, subtil pont entre les drapés de l’Odyssée antique et les guenilles du présent, ancrent la pièce dans une temporalité circulaire. Ulysse était hier, il est aujourd’hui sur nos côtes, cherchant une terre qui ne se dérobe plus.

En invoquant la figure d’Aimé Césaire, le spectacle interroge la substance même de notre existence. Que reste-t-il à l’être humain quand il devient cet « arbre sans racines qui cherche un sol se dérobant sans cesse » ? Dans le contexte actuel, où l’indifférence menace de l’emporter, cette œuvre agit comme un baume et un électrochoc. Elle nous rappelle que derrière chaque migrant, chaque déraciné, se cache une quête d’identité que nous partageons tous. La conclusion de ce voyage est d’une profonde noblesse : si la terre se dérobe, notre seule patrie véritable, notre seul sol ferme, demeure l’autre, la mémoire de l’autre.

DANIELLE DUFOUR-VERNA

« Le syndrome d’Ulysse » a été donné du 12 au 22 mars, au Théâtre du Balcon, Avignon.

Il sera présent dans ce même lieu pendant le off du Festival d’Avignon.

Une pièce sur les planches

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© Coralie Silvestre

Faire du skate un moyen d’expression, et d’un skatepark un décor de théâtre. C’est la bonne idée qu’a eue Julien Marchaisseau, de la compagnie Rara Woulib, avec Youth is not a crime. Une première étape de ce travail né en 2024 était présentée ce jeudi 19 mars au skatepark Fontainieu, à Marseille, au pied du massif de l’Étoile, à l’invitation de Lieux Publics, Centre national de création en espace public.

Dans les courbes de béton, et dans les rythmes d’une basse qui joue en direct, quatre jeunEs à roulette se réunissent pour « skater ». Mais sous les planches, il y a surtout l’histoire d’une jeunesse qui se découvre. Les premières interactions, les coups de pression, les amitiés naissantes. Le passage à l’âge adulte aussi : un des personnages se nomme Peter – Peter Pan n’est peut-être pas très loin. De cette histoire, écrite sur le plateau à partir des improvisations des acteurs·ices, on n’en apprendra pas beaucoup plus. Seules deux scènes sur sept ont été dévoilées lors de cette représentation. La création devrait voir le jour au printemps 2027 avec quelques autres surprises, dont un « chœur de skateurs » qui sera présent sur scène.

NICOLAS SANTUCCI