mardi 7 juillet 2026
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Pas de voix au chapitre

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Mon Frère, François Gremaud © Dorothée Thébert Filliger

François Gremaud revient au Festival d’Avignon, non plus en compagnie d’une héroïne tragique façon Phèdre ou Carmen mais avec Christian, son frère cadet. Celui-ci occupe le centre de la scène. François se tient côté jardin. Entendre ou ne pas entendre ? Là n’est pas la question. La surdité n’est pas vécue comme une perte, mais comme une autre organisation du monde.

Ainsi, les fraters s’éloignent de l’approche entendante et redéfinissent la surdité. Celle-ci s’affirme comme une minorité linguistique avec sa propre existence. En s’appuyant sur les témoignages de résistance de la communauté sourde et sur les écrits de penseuses : Isabelle Stengers, Cynthia Fleury.. , Christian et François célèbrent l’amour du théâtre et de la puissance expressive de la langue des signes, à laquelle le théâtre de François Grémaud doit beaucoup.

Car la LSF n’est pas une adaptation gestuelle du français, mais une langue à part entière qui fonctionne sur la spatialité et la morphologie visuelle. Christian s’exprime dans un langage qui articule la pensée dans l’espace. Mais alors, comment signer un calembour ? La problématique surgit dans Mon Frère, un dialogue qui souligne la difficulté de ne pas entendre dans un monde d’entendants.

Chambre sans écho

Boris Charmatz donne un prolongement à Somnole, un autre solo baigné de joie enfantine. Muette est né de moments passés dans des pièces sans écho, telle la chambre anéchoïque de l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (IRCAM).

Pour le danseur, l’absence de réverbération délimite « un laboratoire de silence, propice à une chorégraphie du souffle ». Pourtant, le corps fait du bruit et le solo est beaucoup moins muet qu’il n’y paraît.

Muette parcourt la lisière infranchissable de ce qui n’arrive pas à dépasser les lèvres. « Il y a quelque chose de politique à forcer l’écoute par le silence. » Suite aux fastueux Cercles et au bouleversant Forever (2024), Boris Charmatz revient au Festival avec cette forme simple, aller-retour entre « les voix que l’on n’entend pas et celles qui n’arrivent pas à parler. »

MICHEL FLANDRIN

Mon frère

Du 7 au 13 juillet à 12h

relâche le 10

Muette

Du 17 au 24 juillet à 18h30

relâche le 20

Tinel, Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon

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Bunker

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Bunker, Marion Sie fert © Matthieu Bareyre

Lors de la 79e édition du Festival d’Avignon, Tiago Rodriguez mettait en scène dans La Distance une relation père-fille brisée, dans un contexte dystopique qu’iels n’appréhendent pas de la même manière. Les prémices de Bunker de Marion Siéfert, co-écrit avec Matthieu Bareyre et présentée à la FabricA, sont très similaires : un conflit père-fille, une communication difficile voire impossible, tout cela dans un futur proche et chaotique. Mais contrairement aux protagonistes de Rodriguez, qui n’étaient littéralement pas sur la même planète, celleux de Siéfert sont pour leur part confinés ensemble dans un bunker de luxe.

Paul, le père (Charles-Henri Wolff) est un dirigeant de l’industrie pétrochimique, un « humain augmenté » par des neuro-implants connectés, qui s’exprime comme une IA générative, mensongère et manipulatrice.

Sa fille, Ami (Janice Bieleu), lui oppose un silence de plomb, et tout dans son comportement va à l’encontre de la vision du monde de son père. Une résistance calme, tout en retenue, que ne supporte pas Paul.

CHLOÉ MACAIRE

Du 21 au 25 juillet (relâche le 22)

La FabricA

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CAPRA (la chèvre)

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CAPRA (une chèvre), Jeanne Candel © Jean-Louis Fernandez

Après avoir entraîné petits et grands à la découverte de l’espace avec Fusées en 2025, Jeanne Candel revient cet été au Festival d’Avignon pour y créer CAPRA (une chèvre). Elle se penche cette fois du côté de l’Antiquité et de ses mythes. Mais ce qui l’y intéresse ici, ce n’est pas tant ces récits en eux-mêmes, mais plutôt les techniques mises en œuvre par les anciens pour les retenir. Et, aussi, la transmission de ces méthodes mnémotechniques, leurs usages plus contemporains, et les espaces de résistance et de survie qu’ils permettent.

La pièce, inspirée par L’Art de la mémoire de l’historienne Frances Yates et de La Peinture à Dora, témoignage de déportation de François Le Lionnais, promet de réunir tout le meilleur de la Cie La vie brève. Sur scène, huit comédien·nes (dont Candel elle-même), parmi lesquel·les certain·es sont également musicien·nes, dans un décor artisanal où tout se joue à vue, où le théâtre et la musique entretiennent des liens poreux, et où le beau émerge sans qu’on y prenne garde.

C.M.

Du 19 au 25 juillet (relâche le 22)

Gymnase du lycée Mistral, Avignon

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Everything must go

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Everything Must Go, Forced Entertainment © Hugo Glendinning

Le Festival d’Avignon accueille la première française de Everything Must Go, nouvelle création du collectif anglais Forced Entertainment. Il s’agit du dernier chapitre de leur trilogie autour de l’intelligence artificielle, ou plutôt avec elle au centre du dispositif, initiée il y a deux ans avec Signal to Noise puis Cold Sweat. Comme dans les deux pièces précédentes, les textes écrits par Tim Etchells, directeur artistique du collectif quarantenaire, sont récités par des voix générées artificiellement, tandis que les comédien·nes les interprètent en playback, tentant de les maîtriser, dans un décor évolutif lui-même inspiré de l’esthétique de l’IA.

Alors que l’IA générative est codée pour être la plus prévisible possible, Forced Entertainment a toujours mené sa recherche artistique du côté de l’inattendu, travaillant à partir d’improvisations et d’une écriture au plateau. Le plateau devient alors un terrain d’affrontement entre deux conceptions du langage, deux façons d’appréhender le vrai, le faux, l’erreur.

C.M.

Du 16 au 22 juillet (relâche le 19)

Cour du lycée Saint-Joseph, Avignon

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Uma Luz Cordial

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Uma Luz Cordial, Carolina Bianchi & Cara de Cavalo © Luisa Callegari

En 2023, la performeuse brésilienne Carolina Bianchi marquait les esprits en créant au Festival d’Avignon, A Noiva e o Boa Noite Cinderela (« La Mariée et Bonne nuit Cendrillon », surnom donné au GHB au Brésil). Chaque soir, sur scène, elle s’auto-sédatait, et, alors que la drogue faisait progressivement effet, elle donnait une conférence sur les violences faites aux femmes. Il s’agissait de la première partie de sa Trilogie Cadela Força (« Force des chiennes ») dont le dernier chapitre, Uma Luz Cordial (« Une lumière cordial ») sera également créé à Avignon, lors de cette 80e édition.

Le titre est inspiré d’un vers d’Emily Dickinson écrit du point de vue d’un fusil faisant un parallèle entre le processus d’écriture, et l’usage d’une arme. Bianchi nourrit de cette comparaison sa réflexion sur la violence et la sexualité, s’accompagne de textes de Dickinson mais aussi de Hilda Hilst (en particulier son livre pornographique Le Cahier rose de Lori Lamby), et cherche, peut-être, une résolution.

En plus des représentations de Uma Luz Cordial, la trilogie sera présentée dans son entièreté à deux reprises.

C.M.

Uma Luz Cordial

Du 4 au 7 juillet

Trilogia Cadela Força

12 et 13 juillet

Opéra Grand Avignon

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À l’ombre du réverbère

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© Vincent Berenger - Cha teauvallon-Liberte , sce ne nationale

Redwane Rajel, ancien détenu « longues peines », offre une mise à nu, pudique et subtile, de son parcours de violence. Comédien sous écrou puis professionnel, il était bouleversant dans le Macbeth d’Olivier Py ou le Marius de Joël Pommerat parce qu’il laissait transparaitre, au-delà de ses personnages, la violence, la culpabilité, l’horreur de l’enfermement, le désir fou de liberté. Dans ce seul en scène autobiographique il procède à un examen sans fard, reflété de tous les côtés dans les miroirs qui l’encerclent. L’acteur commence par le récit de sa garde à vue, des premiers coups, de l’isolement, puis le corps qu’il endurcit par des courses sur place, des entrainements de boxe qui l’aident à ne pas sombrer. Entre ces scènes, le récit d’une enfance sans homme où il grandi trop vite, même si « tatie » lui a ouvert la voie de l’imaginaire.

Jusqu’à la rencontre, en prison, du théâtre. Dès qu’il l’évoque son corps se détend, ses muscles s’adoucissent, son débit se fait plus fluide, sa voix s’éclaire et s’enrichit de timbres insoupçonnés. Les paysages traversés, les personnages joués, tout défile : sa véritable libération n’est pas sa levée d’écrou mais celle où il refuse la provocation d’un détenu qui veut en découdre.

AGNÈS FRESCHEL

Du 4 au 25 juillet à 10h

Relâche les 8, 15 et 22 juillet

Théâtre des Carmes

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Tonight

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© Claire Gaby

Ils avaient fait mourir de rire le In en 2023 avec L’Addition, ils reviennent avec Tonight, dans le Off cette fois, à la Manufacture. Bertrand Lesca et Nasi Voutsas, alias Bert&Nasi, font de la banalité d’une scène au restau, ou d’une description du big bang initial, un enchainement de dérapages parfaitement contrôlés qui vous envoient pourtant à l’autre bout de l’univers. Difficile de définir ce qui fait la force de ce duo burlesque franco-anglais, qui jongle avec les mots, les concepts et les serviettes et s’interroge, dans ce nouveau spectacle, sur l’idée absurde de jouer chaque soir un spectacle qui s’appelle « ce soir ». La force des bons clowns est toujours de distordre les cadres sans volonté apparente de révolution, et sans questionnement ontologique. Du moins, pas directement. Car ce qui reste après les spectacles de Bert&Nasi c’est, outre les bienfaits d’un grand éclat de rire, le doute persistant sur la cohérence du réel, et de nos relations sociales.

Du 4 au 12 juillet à 20h

Relâche le 9

La Manufacture/ L’Extra

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Felicita

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© Thibault Feychene

Vous l’avez compris dans le titre, vous allez entendre des chansons italiennes. Mais attention, le titre est aussi un prétexte pétexte : ce spectacle de Boulègue production est  surtout une jolie comédie, un road movie intime, entre amour et désir de succès, où les ersonnages veulent devenir ce qu’ils ne sont pas.

Bref, c’est drôle et frais, mais attention ! Une fois encore ! il y a dedans la belle ligne de force sur les vies qu’on s’invente, sur le passé qu’on transfigure pour mieux réaliser ses idéaux contrariés.

Didier Landucci y est un chef de troupe tranchant avec des failles terribles ; Nelly Bêchétoille une sublime chanteuse et une amoureuse qui se libère ; et Martin Mabz joue sa musique comme un clown qu’on ballote. C’est léger, c’est une création, et la mise en scène de Marc Pistolesi est lumineuse, pleine de cirque, de tours et de surprises.

RÉGIS VLACHOS

du 3 au 25 juillet à 19h

relâche les 6, 13, 20 juillet   

Épiscène théâtre

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Poïesis

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© Gilles Rammant

Ce spectacle des Arpenteurs de l’invisible peut être joué dans une salle de classe -où nous l’avons vu- mais aussi soyons fous dans une forêt, une clairière, un dehors, un dedans, avec des portes, sans portes, une rue, une chambre, mais vraiment n’importe où ! N’importe quel théâtre plus ou moins fermé ou naturel dans lequel puissent courir les comédiens qui vont transpirer les mots. Mots de qui ? La liste est belle et exalte une forme de dispersion exhaustive, exotique, plurielle de la magie poétique depuis 5 siècles.

Kae Tempest, Rimbaud, Marguerite de Valois, N. Scott Momaday, Pierre Reverdy, Walt Whitman …pour ne citer qu’elles, pour ne citer qu’eux. Pendant 50 minutes à leurs côtés on se laisse emporter par le vrombissement ou le murmure, le corps qui crache ou qui susurre, de deux comédiens qui nous transportent, sans aller, sans retour, sans départ, sans arrivée ; juste le beau du voyage.

Comme il est bon de se faire envoûter par la langue et les sons. Allez, plongez, rêvez, laissez l’intellect aux vestiaires, gardez le cœur en éveil, faites-vous saouler, soyez ivre… d’ailleurs il y est, le bateau d’Arthur !

R.V.

du 6 au 23 juillet à 11h30

relâche les 10 et 17

le 11., espaces Mistral

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Laisse-moi partir

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© X-DR

Le spectacle de la compagnie Camélia, mis en scène par Aurélie Camus, réactive l’expression mort de rire : son tragique absolu s’insère dans des vannes hilarantes et une esthétique de comédie. Le cadre est celui d’une petite pièce de boulevard, avec son salon, son canapé, sa table, ses chaises et ses cloisons. Mais on est vite happé par une histoire familiale qui nous saisit et nous fait naviguer entre le rire et les larmes.

Les trois comédien.ne.s sont exceptionnel.le.s de justesse, de rythme, de sens de la rupture. Cécile Covès possède un instinct de la comédie qui explose derrière son personnage souvent sec et tranchant. Christine Gagnepain est la maman qu’on aimerait tous avoir, avec des secrets amoureux désopilants. Et enfin Romain Poli, qui est aussi l’auteur, bouleverse par son naturel, avec ses répliques ciselées qu’il a très justement écrites pour lui-même.

R.V.

du 4 au 25 juillet à 19h20

relâche les 5, 12, 19 juillet

Espace Saint-Martial

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