vendredi 4 avril 2025
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Batsheva : boycotter l’art israélien ?

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BATSHEVA
Naharin’s virus © Ascaf

Naharin virus est programmé au Théâtre Liberté de Toulon, et au Grand Théâtre de Provence. Anafaza, autre reprise d’un chef d’œuvre historique, ouvrira le festival Montpellier danse avant de rejoindre un autre temple, le Théâtre National de Chaillot. 

Ce retour est attendu : la tournée européenne prévue en 2024 avait été annulée par le chorégraphe qui craignait pour la sécurité de ses danseurs. Des appels au boycott sont régulièrement lancés par le BNC palestinien (Boycott National Committee), relayé en France en particulier par le BDS-France (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) et l’UJFP (Union des Juifs Français pour la Paix). 

Ceux-ci disent cibler les institutions israéliennes, et non les artistes. Ohad Naharin se défend et explique qu’il prend les subventions mais reste un opposant du régime. Ses œuvres, et en particulier ce Naharin virus, qui fait danser sur des musiques en arabe et devant un mur où l’anagramme « Plastelina » s’inscrit à la craie, sont peu susceptibles d’être interprétées comme défendant lesuprémacisme juif, ou faisant la promotion d’un gouvernement piloté par un criminel de guerre sous mandat d’arrêt international. 

Elles sont aussi (surtout ?) des chefs d’œuvres, et Naharin un des plus grands chorégraphes du monde, qui a fait des émules à la Batsheva Dance Company, comme Emanuel Gat et Hofesh Shechter. Pourtant… 

Un lourd héritage

Ceux-ci ont quitté Israël et travaillent en France et en Angleterre, en conservant la technique GAGA mise au point par Naharin, la force d’une danse très musicale, calligraphique et terrienne, mais en refusant de travailler au « culture-washing » du gouvernement israélien. Qui régulièrement se targue de l’excellence artistique d’un ballet national qui porte le nom de Batsheva de Rothschild, sa fondatrice. Une grande philanthrope des arts, dans la tradition des milliardaires anglais puis américains qui ont érigé le mécénat artistique en concours de générosité, de Rockefeller à Carnegy (qui préférait l’opéra) en passant par Bill Gates et Jeff Bezos.

Une lourde histoire pour la Batsheva Dance Company, qui reste une des compagnies chorégraphiques les plus fascinantes du monde, et le Virus de Naharin une œuvre de résistance. Efficace ? 

AGNÈS FRESCHEL

Naharin virus
Du 27 au 29 mars
Théâtre Liberté, Scène nationale de Toulon
1er et 2 avril
Grand théâtre de Provence, Aix-en-Provence

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Un Candide au pays de Brassens 

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Tout comme L’amour des choses invisibles, également publié aux éditions Grasset, le nouveau roman de Zied Bakir est très largement inspiré de la vie de l’auteur, né en Tunisie et résidant désormais à Anduze, dans les Cévennes. 

Ce récit suit le parcours d’Elyas, jeune tunisien francophile rêvant de Paris, de sa littérature et « de ses femmes ». D’abord hébergé chez son oncle, il se retrouve ensuite à la rue, fait un court séjour dans une communauté Emmaüs avant d’être interné dans un hôpital psychiatrique, où il rencontre Adeline, avec qui il vit une brève histoire d’amour. Sorte de Candide moderne, Elyas Z’Beybi, « le solitaire », avance d’échecs en déboires, ne perdant pourtant jamais sa foi naïve dans la langue et la culture françaises. 

Shéhérazade et Quasimodo 

Quelque peu haché dans les premiers chapitres, le roman prend au fil des pages de plus en plus d’ampleur et rend hommage à la curiosité d’esprit et, avant tout, à la puissance du récit. Telle Shéhérazade retardant sa mise à mort grâce aux mille et une histoires qu’elle conte au sultan, Elyas se souvient et invente des récits se déroulant dans son pays natal pour échapper au désir semble-t-il effrayant de sa femme. La découverte de la sexualité constitue de fait une des thématiques importantes de ce roman d’apprentissage et est évoquée elle aussi avec humour et autodérision, comme lorsqu’Elyas s’adresse à son « Quasimodo », sobriquet qu’il donne à son sexe. 

Elyas raconte, écoute, écrit, comme ces « notes pour se débarrasser de soi » (« sur le papier, seulement sur le papier », précise-t-il à sa psychiatre inquiète), qui évoquent sa petite enfance et brossent le portrait de ses parents. La narration intègre des références musicales et littéraires disparates, et use fréquemment de l’ironie, montrant l’admiration d’Elyas pour une certaine culture française parfois considérée comme vieillotte par ses ressortissants. Le récit s’achève avant l’événement qui donne son titre au roman, comme si le processus amenant à la possibilité d’une naturalisation avait plus de valeur que cette dernière. 

GABRIELLE BONNET

La Naturalisation, de Zied Bakir
Grasset – 19,50 €

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Parfums d’exil

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Le narrateur n’a pas de nom mais c’est un « arabe qui sourit ». Syrien réfugié à La Rochelle, il est « nez ». Il fabrique des parfums aux flagrances d’exil et de nostalgie, celles de musc, de rose et de jasmin qui lui rappelle les effluves de Damas, sa ville qu’il a quittée en 2011 pour échapper au régime d’Assad.

Il est d’abord hébergé à Beyrouth par son ami Naji, « deux enfants étrangers dans un pays étranger ». Comme des millions de réfugiés, ils partagent « le même mode de vie, la même cuisine, la même crise économique et les mêmes malheurs » que les Libanais. Les deux jeunes hommes gravitent dans les milieux d’opposition au « raïs ». Puis « celui qui sourit » décided’effectuer le grand saut vers la France « abandonnant » Naji et la Résistance. 

À l’aéroport, leurs derniers mots sont pleins de tendresse et d’affection : « Tu ne veux pas venir en France chez les capitalistes ? Alors je viendrai au Liban te revoir comme un colonialiste », déclare celui qui part. « Rappelle-toi que ton esprit gardera pour toujours les catastrophes, les paradoxes et la magie du Proche Orient » prédit celui qui reste.

Enquête de vérité 

© Flammarion

Dix ans ont passé. Les amis ne se sont pas revus. Un jour, le « Français » reçoit un message de Delia, une Italienne rencontrée lors d’une manifestation anti Assad. Naji est décédé, il s’est suicidé. En finir, quitter la scène, le combat, voilà qui ne ressemble pas à son vieil ami engagé, rebelle, déterminé, croyant en la résistance internationale contre l’impérialisme. Le narrateur triste et troublé repart au Liban sur les traces de Naji, qui avec sa mort le ramène au pays et l’entraîne dans une aventure rocambolesque.

Avec ce nouveau roman, le journaliste, poète et écrivain Omar Youssef Souleimane continue d’explorer la thématique de l’exil. Exil qu’il a lui-même vécu. Journaliste traqué par les services secrets du régime syrien il quitte clandestinement son pays pour la Jordanie puis la France dont il ignore tout. « Je me suis réfugié dans la langue d’Éluard » écrit-t-il. C’est désormais en français qu’il publie des récits imagés et sensibles d’inspiration principalement autobiographique.

ANNE-MARIE THOMAZEAU 

L’Arabe qui sourit, de Omar Youssef Souleimane 
Flammarion - 20 €

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Perdus hors du servage

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PHOTO LA CERISAIE - TDC © Gilles Layet

Janvier 1904. Tchekhov, atteint de tuberculose, sur le point de mourir, écrit La Cerisaie. Le servage, esclavage à la russe, est aboli depuis 40 ans à peine et la Révolution de 1905, qui dotera le pays de sa première Constitution, se prépare. Depuis un an les Mencheviks, qui défendent un Parti communiste populaire et rural, s’opposent aux Bolcheviks. Tchekhov écrit une comédie depuis sa campagne, et s’étonne que Stanislavski mette en scène comme un drame ce qu’il a conçu comme la caricature d’un vieux monde en train de sombrer, sans la tendresse de ses drames précédents.

Car on y retrouve les personnages typiques des grandes pièces que Tchekhov a écrites depuis 10 ans. Comme dans Oncle VaniaLa Mouette et Les Trois Sœurs, des aristocrates désargentéset esthètes se repaissent dans l’inactivité, un oncle sans sexualité (homosexuel ?) aime ses nièces, entouré d’anciens serfs devenus moujiks puis marchands enrichis, de serviteurs plus ou moins zélés ou ridicules, et d’un intellectuel, docteur ou précepteur, qui porte l’idéal révolutionnaire, féministe et écologiste. 

On y trouve aussi la jeune aristocrate idéaliste et sa sœur adoptée, terre à terre, qui gère le domaine. Et Lioubov, centre et cœur de la Cerisaie, femme « libre » pétrie de contradictions et de charme, jouée sans concession par Marion Coutris qui laisse éclater sa douleur mais aussi son mépris de classe.

Bien finir

Ainsi la fin de la Cerisaie est bien celle d’une comédie : elle s’ouvre sur un départ, un monde nouveau qui s’ouvre, une promesse explicite : « Pour commencer une vie au présent, nous devrons d’abord expier notre passé, en finir avec lui » explique le précepteur à la jeune héritière d’un servage aboli qui rode encore en coulisses. Lopakhine le capitaliste coupera les arbres, Trofimov le précepteur emmènera tout le monde à Moscou, loin de l’esclavage.

Serge Noyelle a fait le même pari de la jeunesse, confiant à de jeunes acteurs l’essentiel des rôles. Deux mondes coexistent, l’un baroque, fantaisiste et décadent, l’autre plein d’énergie et d’espoir, classique et raisonnable. Renonçant aux costumes, maquillages, décors loufoques et jeux macabres qui ont fait le succès des Nono, cette Cerisaie affirme qu’une génération nouvelle arrive, adepte du texte, sans amplification ni vidéo, sans adresse au public, confiante dans la puissance du répertoire théâtral, et la force du jeu. 

AGNES FRESCHEL

La Cerisaie
Jusqu’au 29 mars
Théâtre des Calanques, Marseille

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Résistances insulaires

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© Marie-Clémence Andriamonta-Paes : Laterit Productions : Cobra Films : Silvão Produções

Martinique, Guadeloupe, Réunion, Madagascar, Zanzibar, Maurice, Comores… Ces noms sonnent encore parfois comme des paradis exotiques mais africaines, océaniennes ou caribéennes, ces îles partagent le souvenir cuisant de l’esclavage et de la colonisation française ou britannique, qu’elles soient ou non, aujourd’hui, indépendantes.

Pour la première édition d’un festival aux objectifs ambitieux, l’association TaniMena propose  d’emblée une programmation qui fait converger les luttes féministes et postcoloniales, en organisant des projections de documentaires et fictions historiques, des débats féministes, des concerts militants. 

En ouverture le 29 mars, au cinéma La Baleine, le film Fahavalo de Marie-Clémence Andriamonta-Paes sur les insurgés de Madagascar en 1947 confronte témoignage des survivants et images d’archives de la répression sanglante (certainement 100 000 morts). Une projection suivie d’un débat avec la réalisatrice.

Le 31 mars, à la Cité de l’agriculture, une table ronde posera les fondements politiques du festival : il sera question de « Femmes, pensées décoloniales, mythes et spiritualités » dans le contexte des Caraïbes et de l’océan Indien avec une réalisatrice Anne Sophie Nanki, une poète Estelle Coppolaniet une romancière Marie Ranjanoro, modérées par une journaliste Maïne Alloui.

Une rencontre suivie par un concert de maloya en créole réunionnais de Sandra Richard, accompagnée par Audrey Attama et Luc Moindranzé. Étapes ensuite à Zanzibar, puis aux Caraïbes et aux Comores. Avec toujours, des œuvres et des paroles de femmes. Îliennes, en lutte. 

AGNÈS FRESCHEL

Îliennes
Du 29 mars au 13 avril
Divers lieux, Marseille

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Dans les lignes de Laurent Galland

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© XDR

Diplômé de l’École des Beaux-Arts de Montpellier en 1983, Laurent Galland a passé sa vie professionnelle dans le monde de la communication, de la publicité et du design. Depuis une dizaine d’années, il se consacre à ses recherches et productions artistiques à plein temps. Des peintures abstraites : « pas de représentations, mais des états d’être », où il réinvestit certains des processus qu’il a utilisés lors de ses activités professionnelles, liés au monde du print

Par exemple : pas de mélange sur une palette, mais un travail en couches de couleurs successives, directement sur la toile. Laurent Galland créé également ses propres pigments iridescents (qui ont la propriété de changer de couleur selon l’angle de vue ou d’illumination)qu’il applique sur fond noir, lui permettant de moduler des effets de densités, de transparences et de moirages.

Trames superposées

Répétitive 70 (radiale) – acryliques iridescentes sur toile –
100 x 90 cm – 2025

Aléatoirerépétitivediffractiondissymétriquecathodique, sont les titres génériques que Laurent Galland donne à ses peintures, dont une trentaine sont exposées depuis le 13 mars dans les deux salles de la galerie Zemma, accompagnées de deux ensembles de dessins. Utilisant souvent un format entre carré et rectangle (150 x 165 cm), généralement présentées en dyptiques, triptyques, leurs surfaces lisses présentent des trames de lignes parallèles plus ou moins serrées, qui se superposent, progressant en horizontales, courbes, ellipses, rectangles, demi-cercles. 

Bien que peintes à la main, à l’aide de rubans adhésifs, elles ne laissent rien voir des gestes du peintre : l’enjeu étant pour l’artiste de faire disparaître le corps du peintre, pour ne laisser apparaître que le corps de la peinture. Un corps tout en ondes colorées, vibrations, pulsations. Un espace-temps modulant ses profondeurs, en expansion douce, multidirectionnelle, invitant à la méditation. 

MARC VOIRY

Laurent Galland. Ligne médium et médiatrice
Jusqu’au 19 avril
Galerie Zemma, Marseille

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Homme libre, toujours tu chériras la mer* 

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Expositions Océans © Anthony Carayol - Ville de Marseille

2025 est en France « l’année de la mer », thématique nationale visant, selon le ministère de la transition écologique, à « maritimiser les esprits ». Nice accueillera la conférence des Nations Unies sur l’Océan en juin, et Marseille est naturellement dans le mouvement. À travers, notamment, une exposition en accès libre, qui débute au Muséum d’histoire naturelle. Réalisée avec le concours de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie (IMBE) et l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO), elle cherche à faire reconnaître l’importance des milieux marins dans une ville littorale où, paradoxalement, la mer reste relativement méconnue.

Lors de l’inauguration, Aurélie Biancarelli, adjointe à la recherche de la Ville de Marseille, défendait avec fougue le partage des savoir scientifiques, comme c’est la mission du Muséum, alors que se renforce l’obscurantisme d’extrême-droite. « La science n’est pas une opinion, mais une méthode rigoureuse. (…) C’est un enjeu démocratique. Nier la chute de la biodiversité et le changement climatique ne les feront pas disparaître ! La Méditerranée concentre une pollution plus forte que partout ailleurs, particulièrement le plastique. »

H2O, CO2, O2… tous reliés pour exister

Il est donc étonnant que le comité scientifique de l’exposition ait voulu débuter le parcours sous l’angle de l’exploitation de la mer, raisonnement à l’origine des problèmes en question. D’emblée, des panneaux exposent les services que les écosystèmes marins rendent à l’humanité : séquestration du carbone, alimentation, matériaux de construction, médicaments, cosmétiques… Mettre ainsi l’accent sur les penchants utilitaristes de nos sociétés est un choix que Sandrine Ruitton, enseignante-chercheuse du MIO, justifie ainsi : « Il s’agit peut-être d’une vision anthropocentrée des écosystèmes, mais cela nous a semblé un bon moyen de convaincre les gens de leur importance ». Peut être faudrait-il faire davantage confiance aux visiteurs, en leur proposant de réfléchir au problème de fond, l’attitude prédatrice de l’espèce humaine qui déséquilibre la vie partout sur la planète ? 

D’autant que le reste de l’exposition remplit sa vocation de sensibilisation, à travers des messages fondamentaux. Mieux vaut préserver que restaurer, par exemple, comme on le voit dans le parc marin de la Côte Bleue, protégé depuis 1983, havre des mérous heureux. Fondamental aussi ce point sur le droit de la mer qui est trop éparpillé et manque de cohérence internationale, même si aujourd’hui l’encadrement de l’exploitation des milieux se fait plus strict. Si la prise de conscience se renforce, peut-être que le droit de la faune et la flore marine à une existence libre, dans des milieux naturels d’autant plus résilients qu’on les aura laissés tranquilles, sera reconnu ! Au grand bénéfice de tous les êtres vivants sur la planète, humanité comprise.

GAËLLE CLOAREC

* Baudelaire

Océans
Jusqu'au 13 juillet
Muséum d'histoire naturelle, Marseille

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Derrière le chanteur, l’auteure

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Album Mandy Lerouge © Anne-Laure Etienne
Album Mandy Lerouge © Anne-Laure Etienne

Et si les plus grandes œuvres musicales argentines avaient été composées par une femme, qui plus est… française ? C’est l’incroyable découverte faite par la chanteuse Mandy Lerouge. Derrière le succès du chanteur argentin populaire Atahualpa Yupanqui, on trouve un mystérieux compositeur du nom de Pablo Del Cerro, auteur prolifique d’une centaine de chansons. Mandy découvre que sa véritable identité est… Antoinette Pépin. Épouse du chanteur, elle est toujours restée dans l’ombre de celui-ci. Durant près de trois ans, Mandy Lerouge va mener l’enquête jusqu’à Cerro Colorado, village de la province de Córdoba en Argentine où est située la maison-musée d’Atahualpa Yupanqui.

Grâce à des carnets, des manuscrits et des partitions, la jeune française va découvrir l’œuvre inédite et inachevée de l’immense compositrice décédée en 1990. Ce travail de collectage, de recherche et de réinterprétation donne lieu à son deuxième album – le deuxième de la chanteuse – Del Cerro, petit bijou musical et vocal qui nous entraîne dans une douceur nostalgique sur les pas d’Antoinette, et à travers les grandes étendues sauvages des terres d’Argentine.

Profondeur dramatique

Il règne sur les treize chansons le souffle et le charme d’une poésie parfois désuète qui suggère, effleure. On la préfère dans le « dur », dans des chansons plus incarnées, plus ferventes, comme Los dos abuelosdont le phrasé, parlé-chanté d’une profondeur dramatique envoûte lorsqu’elle raconte l’histoire de ces deux grands-pères qui « galopent dans le sang, l’un, rempli de silence et l’autre, plutôt chanteur. »

Chanteuse et voyageuse, Mandy est née d’un père malgache et d’une mère française. Elle agrandi dans les Hautes-Alpes, s’est basée à Marseille et étanche sa soif de liberté dans des projets qu’elle développe au sein de la Compagnie Le Fil Rouge qu’elle a créée en 2018 afin de produire ses tournées et ses deux albums de manière indépendante, soutenue par une communauté de fans et de partenaires multiples. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Del Cerro, de Mandy Lerouge
Art Trouble

Une recette de cheffe 

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Beethoven-Wars
© X-DR

Laurence Equilbey étonnera toujours, allant sans cesse vers de nouveaux registres. C’est le cas avec ce Beethoven Wars, dans lequel la musique du grand compositeur sublime un manga digne de Star Wars projeté sur écran. Après son succès à la Seine Musicale, le spectacle est arrivé au Grand Théâtre de Provence ce 22 mars. 

La cheffe n’est pas venue seule. Elle est accompagnée de l’Insula orchestra qu’elle a créé et du chœur . Elle a imaginé ce spectacle avec le scénariste Antonin Baudry. Le film animé par vingt graphistes déroule une fresque épique imaginée d’après deux œuvres méconnues de Beethoven – Le Roi Étienne et Les Ruines d’Athènes. 

Terre des ancêtres

Sur une planète éloignée, deux enfants, Stephan et Gisèle, font face à la fin d’un monde dévasté. « Né avec la guerre, la guerre s’installa dans nos vies et y resta. J’allais devenir le roi Stéphan », introduit le hérosIssus de peuples ennemis, les deux enfants devenus des adultes balafrés et courageux se lancent dans une quête spatiale qui les ramènera sur la Terre, planète de leurs ancêtres depuis longtemps inhabitable ; l’occasion d’offrir au spectateur des paysages sous-marins avec poissons et cachalots et d’une Grèce antique enneigée dont les monuments tentent de percer derrière la jungle. 

Sur scène, cent musiciens et chanteurs donnent vie aux images. Les chœurs sont puissants, parfois martiaux, toujours dramatiques, tout comme la belle interprétation des solistes, la basse Mathieu Heim et la soprano Ellen Giacone, évoquant des statues fossilisées sous la glace. L’immense machine se déploie sous une direction implacable et exigeante qui se prête aux nécessités d’un orchestre qui, lié aux images, se doit d’être drastiquement en place. 

Au terme de batailles intergalactiques nos héros réussiront-ils à créer cette terre où « le flambeau de la paix éclaire et protège et sur laquelle nous cultiverons les arts et les sciences ?» Tous les codes du manga sont là avec cette vision manichéenne d’un monde où seul règne le bien ou le mal et qui saisit peu la complexité. Pour autant, ce « combat pour la paix » parle à la salle et en particulier aux 300 étudiants présents, invités par le Crous.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Beethoven Wars s’est tenu le 22 mars au Grand Théâtre de Provence.

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Un tour à Babel 

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babel xp
Bia Ferreira © Jean de Peña

Marché aux plus

La singularité de Babel Music XP réside dans ses ses multiples facettes, et le très large programme imaginé par l’équipe de Latinissimo et Olivier Rey, directeur du festival. Ce « hub méditerrannéen des musiques mondiales » se concrétisait, pendant trois jours, en un salon installé à la Cartonnerie de la Friche Belle de Mai accueillant sur la période plusieurs milliers de professionnels ; les acteurs culturels mondiaux ont pu se rencontrer, s’informer, échanger et créer des projets communs.

Autour de ce centre névralgique s’articulaient une série de speed meetings par pays et tables rondes balayant les problématiques et enjeux actuels du secteur tels que la liberté de création, l’hybridation, l’accueil d’artistes étrangers, l’innovation, les marchés musicaux mondiaux… Un copieux programme de réflexion et de concertation plus que précieux en ces temps de replis identitaitres. 

Plus hybride était le format proposé le jeudi 20 à la Cité de la Musique, entre échanges et concert. Mise en abîme de la thématique du métissage musical, l’objet d’écoute et de réflexion était le projet d’Ablaye Cissoko et Cyrille Brotto ; magnifique alliance entre la voix envoûtante du griot de Saint-Louis du Sénégal et l’accordéon aux teintes valsées et populaires du multi-instrumentiste français. Ensemble, il créent un voyage ultra sensible sur le thème de l’exil et du déracinement. 

Interrogés par des chercheurs de l’Institut de Recherche et de Développement (IRD), ces deux artistes ainsi que la chanteuse marocaine Malika Zarra évoquaient à travers leurs expériences dans la musique, leurs rencontres ou leurs constats les apports mutuels des hybridations musicales.

Musiques d’ensemble

Autour de ce macrocosme musical était proposée une photographie des musiques mondiales via une longue série de showcases d’artistes et groupes aux nationalités, esthétiques et personnalités aux univers variés.

Ces formats courts se découvraient en itinérance en centre ville, jeudi 20 mars. L’Alcazar, l’Espace Julien et le Makeda se partageaient un public fait de professionnels badgés et d’auditeurs curieux. L’on salue particulièrement la présence scénique coutumière et toujours aussi intense de la chanteuse Casey, dans le projet métissé Expéka [lire encadré], le folklore galicien exalté et spirituel du duo espagnol Caamaño&Ameixeiras et l’ovni à double batterie Trucs

Vendredi 21, bien dans ses pénates (et pour la dernière fois), Babel Music XP proposait une deuxième soirée de concerts au Dock des Suds, dont nous pouvons citer la magnifique découverte de Bia Ferreira. « Femme orchestre », la musicienne et chanteuse, seule avec sa guitare, emplit l’espace visuel et sonore d’un prestation aussi charismatique que qualitative. Outre un don très clair pour le rythme – que Bia ne peut s’empêcher de slapper ou frapper sur sa guitare, entre deux phrasés musicaux –, sa voix profonde et habitée rejoignait ses engagements contre le racisme, pour l’égalité, l’éducation et la place des femmes qu’elle a défendus pendant ses prises de parole. Un grand moment. Notons aussi l’énergie solaire du groupe Kin’Gongolo Kiniata, venu de Kinshasa, et le trip-hop/rock (nostalgique) de la rappeuse sud africaine Yugen Blakrok

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Le festival Babel Music XP s’est tenu du 20 au 22 mars à Marseille.
ExpéKa à l’Espace Julien

Ce 20 mars, le festival Babel Music XP passait aussi par le cours Julien. Au programme, un concert de l’excellent groupe antillais d’ExpéKa. Au départ, il y a la flûte de Célia Wa, délicatement rejointe par les percussions, dont le tambour ka frappé par Olivier Juste. S’ajoutent le sampler de Sonny Troupé, la basse de Stéphane Castry, le clavier de Didier Davidas. 

Au chant, bien sûr, Casey, illustre rappeuse, notamment connue pour la puissance de ses textes. Ce sera encore le cas ce soir, quand elle reprendra son morceau Chez Moi, dans lequel elle parle d’exil, et des réminiscences de la période esclavagiste. 
En français, en créole et au sifflet, les artistes en symbiose ont échauffé l’Espace Julien avecjazz, rap et gwoka. De quoi offrir au public venu du monde entier une belle diversité des sonorités caribéennes. 

LILLI BERTON FOUCHET 

Concert donné le jeudi 20 mars à l’Espace Julien, à l’occasion de Babel Music XP.