mardi 30 juin 2026
No menu items!
Accueil Blog Page 34

Numéro Zéro #9 : le festival aux semelles de vent

0

Du 28 avril au 3 mai, Numéro zéro revient à Forcalquier et Pierrerue. Pour la neuvième fois depuis 2018. En toute logique, ce devrait donc être, un Numéro 9. Mais le premier nom provisoire du festival avec sa rime en O, est resté. Comme pour signifier un élan originel toujours renouvelé. Dans la salle du Bourguet, dans l’Espace Bonne Fontaine, à la Citadelle, au restaurant Cocotte, à la ferme Les Charentais, dehors et dedans, l’édition proposera des expériences partagées d’écoutes radiophoniques, d’ateliers artistiques, et de cinéma.

Un programme conçu comme un itinéraire qui invite le chaland sur les chemins de transhumance avec Etienne Rouzis (La Montée, lecture électroacoustique). En pays forcalquiéren avec Mélanie Métier pour écouter le vent dans une création radiophonique : Les Trembles. Ou encore, après avoir participé à son atelier de fabrication d’un orgue éolien, toujours à sa suite, sur la montagne de Lure.

Pas de compétition, pas de thématique, pas de course à l’exclusivité mais une sélection de longs et moyens métrages récents, accompagnés par leurs réalisateurs-trices.

Ainsi La Vie après Siham de Namir Abdel Messeeh, récit d’amour et de transmission à ne pas rater https://journalzebuline.fr/acidla-vie-apres-siham-une-histoire-damour/.

Mater Insula de Fatima Bianchi qui donne voix, dans une prison à ciel ouvert, à cinq mères pour lesquelles la maternité n’a pas été synonyme d’épanouissement. Queer me d’Irene Bailo Carraminana qui nous entraîne dans un squat toulousain occupé par des queers radicaux. On pourra rencontrer la cheffe opératrice son Christine Dancausse qui a travaillé sur ces deux derniers films.

Pour un peu de chaleur humaine, on pourra vivre les matins montréalais dans des restaurants aux allures de refuge grâce à La journée qui s’en vient est flambant neuve de Jean-Baptiste Mees https://journalzebuline.fr/jean-baptiste-mees-oeufs-bacon-et-tout-le-reste/

A noter, deux œuvres de répertoire : Harlan County USA, le documentaire Barbara Kopple sorti en 1976 sur la longue grève des Mineurs de charbon du comté d’Harlan (Kentucky), projeté le 1er mai. Et Les Paumés de la mendicité (1994) d’Artur Aristakisian, ode aux exclus, « allégorie mystique et visionnaire… à l’usage du monde »

ELISE PADOVANI

Programme complet sur le site du Festival : https://festivalnumerozero.com/a-propos/le-festival/

Affection, affection : au-delà des apparences

0
Affection, affection (C) Ufo distribution

Si vous aimez le jeu de l’oie, le dernier film du duo Maxime Matray et Alexia  Walther est fait pour vous. ! Dès le titre, double, Affection, affection, on peut se poser la question ; sentiment et/ou maladie ? Et bien d’autres questions dans ce film espiègle où des gens disparaissent et réapparaissent, où des événements se répètent…

 C’est la morte saison dans une petite ville de la Côte d’Azur. Géraldine, qui doit son prénom à Fitzgerald, travaille pour la mairie au service des parcs et jardins Son compagnon, Jérôme (Christophe Paou),  le maire, est angoissé : il subit des pressions par rapport à un projet de marina. Sur le mur en face de sa villa,  l’inscription : « This is the way the world ends » l’inquiète beaucoup.  Il prépare l’anniversaire de sa fille  Kenza, qui… disparait. Alors que réapparait Rita  (Nathalie Richard) , la mère de Géraldine qu’elle n’a pas vue depuis…17 ans. Partie en Thaïlande, elle débarque sans prévenir avec en cadeau, une écharpe, bleue  thai   et un ami retrouvé (Marc Susini) Un petit chien blanc a lui aussi disparu ! Géraldine, décontenancée, déambule dans la cille, de la maison au port, dans la campagne environnante. Elle questionne des gens qu’elle connait comme son ami policier, Sammy,  encore amoureux de  Nadia, amie d’enfance de Géraldine, qui préfère faire la fête avec un des deux démineurs venus accomplir leur mission : car il y a des mines datant de la Seconde Guerre mondiale qui explosent parfois.. Quand Jérôme disparait à son tour, Géraldine intensifie ses recherches. Rencontrant tour à tour, de jeunes lycéennes, copines de Kenza. Les propos qu’elles tiennent ne l’éclairent pas vraiment : elles parlent de spiritisme,  de serment de feu, de cold cases : la mort par noyade de la mère de Kenza, Kali , il y a quelques années ;n’est peut être pas un accident. Et que signifie l’inscription trouvée sur une feuille de figuier de barbarie. « Kenza et Elliott ». Ce serait une allusion au recueil de poèmes de  T.S. Eliot, Les Hommes creux, suggère la prof de français de Kenza, qu’un marin offre à des jeunes filles pour les séduire. C’est Agathe Bonitzer qui incarne avec  nuances et justesse Géraldine, une enquêtrice pas comme les autres, qui essaie de démêler cette singulière et ténébreuse affaire de famille, où dit –on, il y a des signes qui ne trompent pas, où il faut accepter le monde au-delà des apparences car « c’est ainsi que finit le monde ! »

Affection, affection en salles le 15 avril

Annie Gava

© Ufo distribution

Vous reprendrez bien une Bourbon ? 

0

Il était une fois une princesse blonde de 22 ans qui rêvait de se marier en la basilique Saint-Denis avec un futur chef d’État français. Juste au-dessus des tombes de ses ancêtres au sang bleu, les rois morts de Saint-Denis. 

Las, le futur époux et chef d’État n’est qu’un manant anabaptiste au nom italien et au prénom à consonance hébraïque qui s’embourbe un peu dans le Jourdain. Mais sa naissance roturière en Seine-Saint-Denis ne disqualifie pas ce chevalier si blanc et bien photoshopé, pas comme cet édile noir qui a ravi la sépulture des Bourbons aux Dionysiens de souche.

D’ailleurs, cette mésalliance avec un jeune homme sans sang bleu ni baptême n’est pas, pour la princesse, un inutile sacrifice : seul ce chef du parti national peut ramener les Bourbon sur le trône de France, pour humilier enfin ces mécréants révolutionnaires qui ont décapité le bon Louis, mettant fin à la si mirifique histoire du Royaume François. 

Heureusement pour la gloire du Royaume et sa possible résurgence, princes charmants et princesses blondes aux longs cheveux lissés persistent dans les contes de nos enfances, les dessins animées et produits dérivés Disney, la presse people et Bolloré, et la frénésie de la communication TikTok.

Monarchisme et extrême-droite

Est-elle vraiment décapitée, d’ailleurs, cette France des rois ? À force de financer des parcs à thèmes contre-révolutionnaires, de confondre restauration du patrimoine avec opération Stéphane Bern pour touristifier églises et châteaux décatis, à force de chanter les louanges des familles royales du Rocher ou d’Albion, pourtant peu admirables, la République française cultive en douce la nostalgie de la France aristocratique. Celle-là même qui savait si bien trafiquer les esclaves, exploiter les serfs et cuisser les servantes, mépriser le travail et affamer le peuple. Celle-là même qui est historiquement liée à l’ultra-droite nationaliste et collaborationniste. Celle-là même qui nie une valeur fondamentale de notre constitution républicaine, l’égalité de droit des citoyens.

Mais fi, que d’inutiles réserves ! Puisque la République française rend sans hésiter un hommage national à un facho patenté, pourquoi ne pas remonter sur le trône grâce à cette extrême droite certes roturière, mais si galamment prête à servir l’importance du sang, de la fortune et des valeurs héritées ? Allons-y, plus personne ne conteste les conséquences économiques du luxe dispendieux des familles royales et de leurs affidés. L’enclave monégasque et la monarchie anglaise sont glorifiées à longueur de séries populaires, de magazines people et de post consternants d’influenceuses, qui placent des produits de luxe auprès de jeunes consommatrices prisonnières de la mode et soumises aux it-girls. Pourquoi se gêner ? 

Luxe nauséabond

Car la prétendue Princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, dont la légitimité d’héritière du trône français est contestée par la famille royale d’Espagne, est en revanche, incontestablement, une influenceuse TikTok qui place des produits de luxe auprès de ses fans roturières. Ses parents reçoivent la « jet set » (dont Jeffrey Epstein, Woody Allen et Caroline Lang) dans leur appartement de la rue Montaigne. Ils lui ont attribué le titre « de courtoisie » de comtesse de Calabre et de Palerme (palabres et balivernes ?). Et ont même « aboli » la loi salique en 2016 pour elle ! Elle milite d’ailleurs sur ses réseaux pour la mémoire des Reines, « ces oubliées de l’histoire » auxquelles elle veut enfin « rendre justice ». 

Quant à sa fortune, elle vient de l’héritage de Camilio Crociani, son grand-père maternel vendeur d’armes, officier de Mussolini, collaborateur amnistié après la guerre, qui a fui au Mexique en 1976 après que la justice italienne a émis un mandat d’arrêt contre lui, suite aux pots-de-vin versés au gouvernement pour remporter des marchés militaires (affaire Lockheed). 

Mais l’argent de l’aristocratie semble avoir moins d’odeur que celui de la bourbe, et la princesse peut sans complexe se pavaner en jet ski à Dubaï et étudier le luxe à Monaco sans que personne ne trouve cela scandaleux et indécent.

Les crapauds de l’histoire

Heureusement, si dans les contes les crapauds se changent en princes charmants, les vieux autocrates de ce monde commencent à accumuler quelques revers. Pas sûr que les selfies de Marie Caroline avec Trump soient aujourd’hui une bonne publicité pour le petit prince brun du Rassemblement national. Le revers d’Orbán en Hongrie, le non au référendum de Meloni, les revers électoraux de Trump qui s’accumulent, semblent amorcer un recul possible de l’internationale d’extrême droite. Les masques tombent, et Princes et Princesses montrent enfin leurs vrais visages de batraciens.

AGNÈS FRESCHEL


Retrouvez nos articles Société ici

Dessine moi l’Italie

0
Guido Crepax. Valentina – Pietro Giacomo Rogeri, 1972, Inchiostro di china su cartoncino Schoeller, 36,5 x 51 cm; © Archivio Crepax

Le dessin n’est pas seulement réservé aux artistes plasticiens. Qui connaissait ceux du réalisateur Federico Fellini ? Ou de Pier Paolo Pasolini ? Cette année, le Festival du Dessin d’Arles met à l’honneur des dessinateurs italiens méconnus du grand public, ou dont les talents graphiques restent inexplorés. La sélection, réalisée par Frédéric Pajak, dessinateur et cofondateur de l’événement avec Vera Michalksi en 2023, offre du 18 avril au 17 mai quarante expositions à travers les lieux emblatiques d’Arles. Et prouve, une fois encore, que le dessin est une langue universelle, qui sait traverser le temps et les pratiques. 

L’exposition VIVA L’ITALIA, visible au Museon Arlaten, est née grâce à la collection Ramo. Une collection caractérisée par son intérêt pour le dessin, sous toutes ses formes. Des œuvres de maîtres du XVIIe siècle aux bandes-dessinées de Guido Crepax, en passant par le futurisme avec Umberto Boccioni, cette exposition retrace l’héritage de l’Italie. Un héritage lexical également, puisque dessiner vient de l’italien designo, la représentation graphique. 

On retrouvera aussi une sélection d’artistes contemporains italiens, comme Chiara Gaggiotti et ses gravures toute en finesse, ou internationaux, comme Rosa Maria Unda Souki et ses intérieurs colorés. 

La jeunesse crayonne

La « jeune garde » sera mise à l’honneur dans la chapelle du Méjan. Une exposition qui accueille chaque année les futurs talents du dessin. Pour cette édition, des étudiants de l’académie des Beaux Arts de Florence et d’Athènes y seront exposés, aux côtés des talents de l’école des Arts-décoratifs de Paris. Une sélection qui se démarque tant par le choix des sujets que par les styles graphiques. 

À Croisière, on pourra admirer plusieurs expositions collectives : des œuvres naïves et colorées, une sélection plus politique, voire philosophique, avec en tête d’affiche des originaux du chanteur-fantasque Philippe Katerine. Il donnera d’ailleurs une lecture accompagné de son acolyte Philippe Eveno au Théâtre d’Arles, suivi d’un concert, le 15 mai. Pas moins fantastique, la chanteuse Catherine Ringer (des Rita Mitsouko) sera également présente sur la scène du Théâtre d’Arles, et parlera de son père, le dessinateur Sam Ringer. 

Nouveauté cette année, un plan permettra de se repérer dans la ville parmi les nombreuses expositions. Notons aussi que des cours de dessin pour tous les âges seront donnés par des artistes locaux, sur inscription, à l’espace Van Gogh. De quoi se mettre en pratique après tant d’inspirations ! 

MONA LOBERT

Festival du Dessin
Du 18 avril au 17 mai 

Divers lieux, Arles

Retrouvez nos articles Arts visuels ici

Une enfance marseillaise

0

Dans l’intimité de la salle, Ariane Ascaride ne joue pas : elle offre. Ce récit est celui d’une métamorphose, d’un corps blessé qui, par la grâce des planches, a su se réinventer une liberté. Sa silhouette évoque d’emblée le génie de la pantomime. Entre Chaplin et Pinocchio, dirigée par le chorégraphe Thierry Thieû Niang, elle déploie une gestuelle précise, presque dansée par la mémoire. Elle le confie avec une lucidité poignante : « Je suis née le pantin de mon père et, d’où qu’il soit, il tente encore de me faire danser. » Ce père lui a légué une identité chevillée au cœur : « chez nous, on est rouge ». Un rouge de fraternité ouvrière qui irrigue sa carrière et ses combats aux côtés de son mari Robert Guédiguian.

La brûlure des « jeudis »

Puis arrive l’autre ! Au milieu de ce monde « violent, morbide et enchanté », une brisure survient. Le drame des attouchements, ces « jeudis » volés, éclate dans la pudeur du texte écrit pour elle par Marie Desplechin. Elle dresse un constat glaçant : « Nous sommes deux sur dix à nous arranger avec cette histoire ». Puis, ces mots qui hantent : « Quand j’ai neuf ans, l’autre se lasse, j’ai pris perpète ». Une condamnation portée par l’enfant, alors que le coupable s’efface.

« La vie sans le théâtre, ce n’est pas la vie, c’est l’ombre de la vie. » Comment survivre ? Par la fuite vers l’imaginaire. « Sur scène je n’ai pas peur, je suis une elfe ». L’elfe, c’est l’être immatériel qui échappe à la souillure, le Peter Pan qui survole l’abîme.

Le spectacle s’achève dans une apothéose napolitaine. Au son de Volare, chanté par une femme, Ariane Ascaride ne subit plus. Elle fait chanter la salle, transformant sa « perpétuité » en un hymne à la joie. Elle prouve que même les pantins peuvent un jour toucher l’azur. Une leçon de dignité, d’amour et de talent !

DANIELLE DUFOUR VERNA

Spectacle donné du 31 mars au 11 avril au Théâtre des Bernardines, Marseille.

Retrouvez nos articles Scènes ici

Le temps des compositrices

0

Il y a seize ans, la claveciniste Claire Bodin faisait un pari audacieux : consacrer intégralement un festival aux œuvres de compositrices, toutes nationalités et époques confondues. Il s’agissait de démontrer, programme après programme, que ce répertoire existe, qu’il est vaste, et mérite une place durable dans les salles de concert. Depuis, le festival Présence Compositrices a tenu ce cap sans en dévier.

Cette édition 2026 s’ouvre le 17 avril avec un programme baroque réunissant la violoniste Sophie de Bardonnèche, le claveciniste Justin Taylor et la gambiste Salomé Gasselin autour d’Élisabeth Jacquet de La Guerre et de compositrices françaises des XVIIe et XVIIIe siècles. Le lendemain, un duo voix-piano explore le romantisme allemand, de Fanny Hensel à Alma Mahler, avant que l’opéra instrumental Ève noire, la genèse, ne mette en dialogue le violon d’Elsa Grether et les percussions d’Oumarou Bambara dans une création autour de la musique de Virginie Aster.

La musique de chambre est aussi représentée. Le trio Marie VermeulinAnne CartelDavid Louwerse trace un arc du XIXe au XXe siècle, reliant Louise Farrenc à Germaine Tailleferre en passant par Clémence de Grandval et Mel Bonis. La pianiste Nour Ayadi, construit, elle, un récital autour de Varvara Gaigerova, dont les Sketches colorés et sa Sonate répondent aux pièces de Mel Bonis et de Tatiana Nikolayeva.

Du baroque à la French Touch

Le festival ménage aussi une place aux formes hybrides : Clémence Niclas seule en scène avec sa voix et une myriade de flûtes à bec, livre le récit qu’elle a tissé autour de ses thèmes de prédilection : l’histoire des femmes, le Moyen Âge et le conte. La gambiste Lucile Boulanger associe viole baroque et électronique de Calling Marian. Les ensembles structurent l’édition : le Duo Néria défend les Françaises Marie Jaëll, Cécile Chaminade, Louise-Héritte Viardot et Hedwige Chrétien ; l’Ensemble vocal Anarrès confronte l’italienne Barbara Strozzi de l’époque baroque à l’écriture contemporaine de Laure-Alice Poulain. 

Le Trio Nóta accompagné de cordes jouera en création mondiale une commande du Centre Présence Compositrices, Le cahier de Gersende de Sabran – Fin’amor, signée Sophie Leleu, avec les élèves des chorales du Conservatoire Intercommunal de la Provence Verte

L’Ensemble Obsidienne referme la boucle en remontant aux origines médiévales : saintes, trouveresses, et ménestrelles reviennent à la vie grâce à un arsenal d’instruments issus de l’iconographie ancienne. De Sainte Cécile à Hildegard von Bingen, le programme déploie un monde sonore savant et festif. 

Des rencontres et actions de médiation accompagnent l’ensemble de la programmation, fidèles à l’idée que rendre audibles ces œuvres est un travail de long cours et non un geste ponctuel.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Présence Compositrices
Du 17 avril au 3 mai
Abbaye de La Celle (83)

Retrouvez nos articles Musiques ici

Géographies du commun

0

Née d’une rencontre entre les danseurs de Via Katlehong et ceux de la Cia Gente sur le parvis du Théâtre de Tremblay-en-France, tamUjUntU conserve de son origine une qualité d’élan précieuse. Le chorégraphe brésilien Paulo Azevedo, fondateur de la Cia Gente, prolonge cette impulsion initiale en élaborant une pièce qui fait de la complicité et de l’entente un principe d’écriture autant qu’un horizon.

Réunissant des interprètes venus d’Afrique du Sud et du Brésil, la pièce ne repose pas sur une juxtaposition de styles mais sur une mise en relation de gestes situés. Le pantsula, ancré dans l’histoire des townships sud-africains, dialogue avec des pratiques urbaines brésiliennes, sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre. Le hip-hop cher à Paulo Azevedo affleure, bien sûr, mais sans saturer l’espace ni réduire la diversité des langages.

Récits en partage

Ce qui se joue alors tient moins d’une démonstration que d’une circulation. L’ensemble privilégie l’élan, le rythme, mais aussi une précision du geste qui inscrit la pièce dans une écriture rigoureuse, presque contenue. Quelques motifs et échanges esquissent des formes de narration : une main retournée à la Beyoncé, un micro mimé « à l’américaine », une station debout bras en l’air évoquant davantage un trajet en bus qu’une manifestation collective. Ces fragments n’organisent pas un récit linéaire mais ouvrent des pistes, des situations, des manières d’habiter l’espace ensemble. On pourrait souhaiter une appropriation plus marquée du plateau ou un travail de lumière accentuant les ruptures ; la pièce trouve cependant sa cohérence dans ce choix d’une géographie à ciel ouvert.

SUZANNE CANESSA

tamUjUntU aété dansé le 28 mars au Théâtre de l’Olivier (Istres), les 31 mars et 1er avril au Théâtre Durance (Château-Arnoux-Saint-Auban), le 4 avril au Théâtre de l’Esplanade (Draguignan) et les 7 et 8 avril au Pavillon Noir (Aix-en-Provence).

Retrouvez nos articles Scènes ici

Yeko enflamme le Makeda

0
© Lawrence Damalric

Chanter, danser, partager. De la Gambie au Niger, en passant par le Cameroun et le Mali, La Nuit des Griots revenait pour une nouvelle édition afin de célébrer les griots, « ces femmes et ces hommes de mots et de musique, porteurs du patrimoine immatériel de leur peuple ». Entre concerts, histoire et rencontres, le festival, porté par une diversité d’artistes – Ellé, Sona Jobarteh, Joys Sa’a…– mettait à l’honneur la musique africaine dans toutes ses sonorités. Dans une véritable étreinte collective, le groupe Yeko, composé par le breton Yoann Le Guerrand,la chanteuse malienne Socha et trois musiciens, offraient une invitation à se laisser aller, danser et faire corps tous·tes ensemble dans l’ambiance intimiste du Makeda.

Un voyage musical

En bambara Yeko signifie « la façon de voir », un nom pas trouvé au hasard puisque sur scène les musicien·nes laissent entrevoir une panoplie de couleurs et de langages musicaux allant de l’afro-rock aux sonorités bretonnes. Difficile, dès lors, d’enfermer Yeko dans une case. Ensemble, les membres du groupe puisent dans une large éventail d’instruments – n’goni, balafon, kora, basse, synthé, guitare et percussions – pour offrir des titres chantants et très entraînants faisant notamment écho à de grandes cantatrices maliennes comme Fatoumata Diawara et Mamani Keïta. Aux couleurs de la scène, teintée tantôt de bleu, de rose, les propositions musicales affluent, emmenant chaleureusement au fil des chansons les corps dans un voyage dansé.

Entre chant, rap et improvisation, le répertoire déploie de multiples facettes – reggae, afro-rock, funk, soul – laissant les influences s’entrecroiser et faire apparaître une palette colorée aux sonorités envoûtantes. Porté par les percussions de Basile Guéguin et les rythmiques de Drissa Dembélé – qui alterne entre balafon, tama, kora et djembé –, Socha, la chanteuse, mène avec son timbre chaud ce voyage musical. Sa voix chaleureuse, parfois proche de celle de Fatoumata Diawara, chante le Mali avec une grande générosité. Entre deux morceaux, elle confie : « Au Mali, il n’y a pas que la guerre, il y a l’amour, la musique, le partage, les gens s’aiment. » 

CARLA LORANG     

Concert donné le 9 avril auMakeda (Marseille), dans le cadre de La Nuit des Griots.

Retrouvez nos articles Musiques ici

Mémoires des déportations nazies

0

Mettre un « s » à ces mémoires, affirmer que les persécutions nazies ont été plurielles, est essentiel aujourd’hui. Car une conviction s’impose : ces mémoires, trop longtemps portées séparément, gagnent à se rencontrer. C’est dans leur croisement que se révèle toute la logique du système nazi – et toute l’urgence de la transmettre, à l’heure où les idéologies d’exclusion retrouvent une inquiétante actualité. 

Les intervenants ont donc croisé leurs regards pour faire émerger des récits rarement réunis. La Maison du Combattant de Marseille, autrefois circonscrite à la mémoire militaire, faisait ainsi place, enfin, aux victimes et à la résistance civile.

La Shoah, meurtre de masse

La persécution des juifs d’Europe ne commença pas en 1942 avec la conférence de Wannsee, rappelle Raphaël Besson, professeur d’histoire-géographie et membre de l’association pour la Recherche et l’Enseignement de la Shoah (ARES). Dès 1933 la stigmatisation et les persécutions ont été systématiques. Sur les 9,5 millions de juifs présents en Europe à cette date, plus de 6 millions périrent. Dans les « centres de mise à mort » – terme désormais officialisé par les historiens – que furent Auschwitz, Treblinka, Sobibor ou Chełmno, 90 % des arrivants furent envoyés directement à la chambre à gaz. Auschwitz compta environ un million de victimes juives, Treblinka 900 000 et Sobibor 265 000. Les marches de la mort de l’hiver 1944-1945, qui firent des dizaines de milliers de victimes, marquèrent les derniers spasmes de cette destruction planifiée.

Résistance et solidarité

Porteurs du triangle rouge à Mauthausen ou Buchenwald, les résistants communistes et les républicains espagnols tentèrent de puiser dans leur engagement idéologique une force collective. Sylvie Orsoni, historienne et présidente du comité de Marseille de l’ANACR, a retracé leurs parcours : organisés clandestinement dès leur internement, ils montèrent des réseaux d’entraide,  omme Arthur London à Mauthausen ou Marcel Paul à Buchenwald. La solidarité, les références politiques communes et les valeurs partagées furent, selon elle, des armes contre la déshumanisation.

Les oublié·es du triangle noir

Sans-abri, alcooliques, prostituées, lesbiennes, transgenres : tous ceux que le IIIe Reich catégorisait comme « asociaux », et surtout « asociales », porteurs du triangle noir, furent interné·es, violées, stérilisées de force, déporté·es. Cette histoire longtemps tue n’a été officiellement reconnue par l’Allemagne qu’en 2020. On estime à 70 000 le nombre de ces victimes, dont les persécutions se construisirent sur l’hygiénisme social et l’idée de « pureté » raciale. 

Co-fondatrice de l’association Queer Code – relais français du projet européen participatif Constellations brisées –, Isabelle Sentis s’emploie à retracer ces parcours oubliés, notamment ceux des lesbiennes, par le biais de cartographie numérique. Elle cite le cas de Mary Punjer, juive et lesbienne, arrêtée à Hambourg en juillet 1940 sur dénonciation et assassinée en 1942 à Ravensbrück, camp où des milliers de femmes furent déportées comme asociales. « Il a fallu attendre des décennies pour qu’un travail mémoriel et scientifique soit mené. Rendre leur humanité à ces personnes reste un travail immense. »

Roms: un génocide encore méconnu

Ilsen About, chercheur au CNRS, a exposé la dimension européenne du génocide tsigane entre 1933 et 1946. Sur une population estimée à 900 000 personnes, entre 25 et 50% perdirent la vie. Leur persécution se distingua par une obsession classificatoire : des experts raciaux cherchaient à séparer les « purs » – héritiers de la race aryenne – des « métis », retardant parfois les déportations, même si tous finirent par être envoyés à Chełmno, Belzec ou Auschwitz-Birkenau. La reconnaissance mémorielle fut extrêmement lente : le mémorial de Berlin n’a été inauguré qu’en 2012.

Gays : isolement et abus

Condamnés en vertu du paragraphe 175 en vigueur en Prusse depuis 1871, 50 000 gays furent emprisonnés entre 1936 et 1945, (le terme « homosexuel » ne concernait que les « relations entre hommes »). Entre 5 000 et 15 000 d’entre eux furent déportés, porteurs du triangle rose, victimes d’expériences médicales, d’abus sexuels et d’un isolement quasi total dans les camps. Certains autres furent internés et exterminés comme « malades mentaux ».

Fondateur de l’association Mémoire des sexualités, Christian de Leusse souligne que les recherches historiques sur ce sujet ne débutèrent en France que dans les années 1980, et que le mémorial berlinois dédié aux homosexuels ne fut inauguré qu’en mai 2008.

L’euthanasie des malades mentaux

Dès 1922, le psychiatre Alfred Hoche théorisait des « vies sans valeur ». Hitler en formalisa le programme dans une lettre datée du 1er septembre 1939 : 75 000 patients furent exterminés dans les institutions allemandes, 350 000 stérilisés de force avant 1939. Le docteur Bernard François Michel, de l’ANDMRF (Association Nationale des descendants des médaillés de la Résistance Française) a conclu la rencontre avec une intervention glaçante sur ce programme d’euthanasie ciblant handicapés et malades mentaux. Il a rappelé aussi que des figures comme Konrad Lorenz – eugéniste convaincu mais prix Nobel de médecine en 1973 – participèrent à cette idéologie meurtrière, et que la plupart des médecins impliqués survécurent à la guerre et poursuivirent leurs carrières, sans être jugés.

Cumuler les triangles

Ces déportations, différentes dans leurs visées et leur ampleur, ont été abordées successivement lors de cette rencontre. Mais Isabelle Sentis a aussi fait remarquer qu’on pouvait être déporté·e car juive, lesbienne et résistante… Le cumul des triangles, leur panachage, était d’ailleurs prévu par l’administration des camps [voir illustration].

Une rencontre qui a permis de ne pas opposer les discriminations et de visibiliser, dans leurs nuances, toutes les déportations. Pour que chacun prenne conscience que la barbarie exterminatrice, lorsqu’elle est un projet de purification raciale ou nationale ne s’arrête jamais à une communauté.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Fille de Marcel Thomazeau, Résistant communiste déporté à Mauthausen, ex-directeur de La Marseillaise

AGNÈS FRESCHEL

Petite-fille d’Abraham Freschel, Juif déporté à Auschwitz, survivant de la marche forcée, assassiné à Dora. 

La rencontre s’est déroulée le 8 avril à la Maison du Combattant, Marseille

Les Cris de Paris chantent l’Italie à Marseille

0

Fondés et dirigés par Geoffroy Jourdain, Les Cris de Paris sont une compagnie dédiée à l’art vocal, rassemblant chanteurs et instrumentistes au double profil de soliste et de musicien d’ensemble. Leur projet s’appuie sur des collaborations avec des compositeurs vivants. En cela, ils sont bien cousins de l’ensemble Musicatreize de Roland Hayrabédian. Musicologue autant qu’interprète baroque, Jourdain est un érudit du répertoire vocal et sait faire dialoguer les siècles et les résonances.

Le point de départ est le disque Strana armonia d’amore, consacré aux madrigaux de la Renaissance italienne : Sigismondo d’India, Michelangelo Rossi, Scipione Lacorcia, Carlo Gesualdo… Tous ces compositeurs à l’élégance fine dont les thèmes de prédilection sont l’amour courtois, les unions impossibles, la beauté des larmes et de l’affliction. C’est poignant.

Au centre du programme, Niccolò Vicentino. Ce théoricien visionnaire du XVIe siècle a imaginé en 1555 l’archicembalo, un clavecin dont l’octave se divise en 31 intervalles microtonaux, là où le tempérament ordinaire se satisfait de douze demi-tons. Vicentino a imaginé une palette infiniment plus subtile, capable de restituer les genres de la musique grecque antique – diatonique, chromatique et enharmonique – et de mouvoir les émotions par des nuances que l’oreille perçoit autant qu’elle les ressent. 

Jourdain y intercale une création qu’il a commandée à Francesca Verunelli, VicentinoOo, réponse contemporaine directe à Vicentino. Cette compositrice italienne née en 1979 au CV impressionnant – elle a été résidente au GMEM de Marseille et à la Villa Médicis – s’intéresse à la perception de l’écoute et travaille le temps comme matériau sonore. Dans VicentinoOo, elle s’empare du système microtonal de Vicentino. Il en émerge un univers minéral et organique peuplé de lamentations, âmes du fond des âges venus interpeller les artistes d’aujourd’hui.

Les douze chanteurs – équipés de casques lorsque la partie contemporaine prend le pas – font évoluer les formations au fil du concert, hommes seuls, voix mixtes. Les deux harpistes jouent parfois avec des plectres insolites ou d’un harmonica à une note glissée entre les lèvres. Renaissance et création contemporaine se répondent et s’illuminent mutuellement. Intelligent, exigeant, poétique… Sublime.

ANNE-MARIE THOMAZEAU 

Le concert s'est déroulé le 12 avril au Foyer Reyer de l'Opéra de Marseille.

Retrouvez nos articles Musiques ici