mardi 28 juillet 2026
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Deux rives, une seule jeunesse méditerranéenne

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Elisabeth Leuvrey, on vous connait comme réalisatrice (La Traversée, At Home) Aujourd’hui vous avez créé un dispositif TiLEM. Qu’est- ce que TiLEM ?

 Tilem en arabe ancien signifie « le sillon » et c’est l’acronyme de Tiers Lieu en Méditerranée. Cela nous a été soufflé par un jeune Algérien qui gravitait autour du projet à son origine. C’est un programme de deux ans qui s’inscrivait après un précédent, Le Champ des possibles, financé par un fonds d’accès culture de l’Institut français à destination des pays d’Afrique dans lequel je m’étais investie, avec un grand désir de mieux connaitre la jeunesse algérienne, ouvrant une parenthèse sur mon chemin de cinéma. Envie de partager ce qu’on aime. Je leur avais proposé des actions autour du cinéma documentaire en les accompagnant sur des actions de programmation et des projets d’écriture de films. Ce projet s’est fait entre 2021 et 2023 en Algérie seulement.

Donc, tout naturellement, vous avez imaginé TiLEM ?

Je vis entre les deux rives et je me sens à l’aise dans l’entre- deux. J’ai eu envie de proposer des actions de médiation culturelle qui connecterait la jeunesse d’ici et la jeunesse algérienne ; imaginer que l’espace méditerranéen pouvait être un espace de travail et de collaboration. La Méditerranée comme un espace mental, qui pouvait être investi émotionnellement, affectivement, qui nous permettrait de sortir  des états, des nations. Un espace commun, apaisé. Face aux difficultés, à la politique, c’est un petit miracle de pouvoir se rencontrer sans se censurer, accompagné de manière très bienveillante

Pouvez- vous nous parles des lettres-vidéo ?

C’est un espace de partage numérique : se rencontrer avec le numérique. S’est imposée l’idée d’un cinéma avec le téléphone portable, un outil du quotidien vraiment intime. Les jeunes ont été accompagnés par des cinéastes. La 1e année, 5 jeunes en Algérie (Oran, Timimoun, Touggourt, Alger, Bejaia) ont travaillé sur la thématique « Mon monde change ». Ils ont été accompagnés en Algérie à travers des résidences et il y a eu la même chose à Marseille, à La Friche. Puis dans un 2e temps, avec une résidence croisée en numérique. Une 3e session a permis d’inviter les Algériens lors des Rencontres d’AFLAM. Chacun a réalisé 2 vidéo-lettres. 20 petits films en 6 mois ! Pour la 2e année,  en perspective de la Saison Méditerranée, on a pensé à un moment de restitution de tous ces projets et on a eu envie d’ouvrir à un plus grand nombre de jeunes, leur proposant un travail de sélection de films. On a réuni des jeunes de 3 territoires différents, Belle de mai, quartiers Nord et Belsunce et on a groupé des villes algériennes. Ainsi on a formé 3 ateliers : ils ont regardé les mêmes films durant 4 samedis et se sont mis d’accord sur une sélection avec une thématique par atelier. Des thématiques très en lien avec la jeunesse et des problèmes concernant les 2 pays : Place ! Blaça ! pour Quartiers nord de Marseille / Oran des courts documentaires qui seront présentés à l’Alhambra le 21. Échos et Reflets présentés par Belle de Mai/ Sétif au Gyptis le 22 et Port d’Attaches par Belsunce/ Alger le 23 au Musée d’Histoire de Marseille. 28 jeunes en tout

Autant de filles que de garçons ?

Oui, on y a été attentif aussi bien en France qu’en Algérie.

Comment ce projet a-t-il été financé ?

On a été aidé par la Mission Méditerranée de la Ville de Marseille, soutenu par TELEMMe de l’Université Aix Marseille et par de partenaires comme La Friche. La saison Méditerranée nous a labellisés

TiLEM va-t-il continuer en 2027 ?

Pour nous ces 3 jours sont un aboutissement. Nous avons tenu notre pari de travail de production de cinéma et de diffusion. Une chose importante : lors des 3 soirées, on va montrer des films, mais, surtout, les jeunes pourront faire part de leur expérience, de cette aventure. Le 20 on va tous se retrouver au Vidéodrome pour une journée de travail sur les 3 projections. On souhaiterait que chaque soir il y ait un temps de rencontres avec les spectateurs pour donner au public marseillais l’occasion de rencontrer la jeunesse algérienne. On se connait tellement peu ! On aura accompli notre mission. Début juin, il y aura une réunion en visio pour que les jeunes aient un retour et puissent voir que quelque chose existe même quand on est dispersé. Il y aura peut- être des suites ? Moi, je vais retrouver mon cinéma que j’avais mis en pause…

Propos recueillis par Elise Padovani et Annie Gava

Les Ecrans de Large Friche La Belle de Mai –Marseille

La MaisonDAR  4, rue Aissaoui Boualem – quartier Meissonier 16000 Alger – Algérie

Occitanie : Des forêts, des humains, des images 

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LAW AND ORDER de Frederick Wiseman © Zipporah Films

À Lasalle-en-Cévennes, cela fait maintenant 25 ans que l’on célèbre annuellement la richesse du cinéma documentaire, avec des propositions de films « d’utilité publique (…) qui nous invitent à porter un regard bienveillant et critique sur notre humanité collective », comme l’écrit Jean-François Naud, membre du comité de programmation. 

Dans la sélection générale dans laquelle se croisent questionnements sur la famille (Fratrie de Juliette Cazanave, L’Amazone d’Émilie Maréchal et Camille Meynard), et une réflexion sur la manière de se représenter, en particulier sur les réseaux sociaux (Make it look real de Danial Shah, Feu feu feu de Pauline Jeanbourquin), ainsi qu’une mise en avant des réseaux d’aide et de solidarité (Un pays de papier de Marion Boé, Petit rempart d’Ève Chemin). Et tout cela en présence des réalisateur·ices !

Ce regard à la fois critique et bienveillant porte au-delà de la sélection générale : on retrouve également un focus sur le documentaire québécois, des avant-premières de films étrangers, comme Collapse, (voir p IV) et deux films consacrés à Notre-Dame des Landes, Forêt rouge de Laurie Lassalle, qui documente la vie de la ZAD, et Retour vers nos futures de Despina Matsakis en questionne l’héritage. 

Rétrospective 

Le festival invite Denis Gheerbrant à l’occasion d’une rétrospective qui lui est consacrée. Où qu’il filme, le réalisateur s’intéresse aux gens, à ce qu’ils vivent, à ce que cela dit d’une société donnée. C’est le cas quand il filme La République (2009) à Marseille, où il va à la rencontre des habitant·es de la rue de la République, alors en pleine spéculation immobilière comme quand il va à la rencontre des travailleur·es d’une décharge du Kirghizistan pour La Colline (2022), son film le plus récent co-réalisé avec Lina Tsrimova.

CHLOÉ MACAIRE 

Jusqu’au 16 mai
Divers lieux, Lasalle-en-Cévennes 

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À Nîmes, l’eau devient une œuvre collective

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© Ville de Nîmes

Après La Contemporaine et Textiles, la Ville de Nîmes poursuit son principe de programmation culturelle transversale avec une nouvelle thématique fédératrice : l’eau. Sous le titre L’eau, sources d’inspiration, le projet associe plusieurs établissements municipaux – le Muséum d’histoire naturelle, le musée des Beaux-Arts, le musée du Vieux Nîmes, le musée des Cultures taurines – mêlant sciences naturelles, histoire urbaine, arts plastiques et traditions camarguaises. 

L’eau, origine du vivant

Au Muséum d’histoire naturelle Eau, l’expo ! s’organise autour de trois grands chapitres : « Eau & Vie », consacré aux origines de la Terre et du vivant ; « Eau & Hommes », qui interroge les usages et les représentations symboliques de l’eau ; et « Eau & Sociétés », centré sur les enjeux contemporains de préservation et de partage de la ressource.

Présenté dans la galerie Courbet, Aqua-Muséum met en valeur les collections naturalistes de l’établissement, notamment des poissons, tout en s’intéressant aux équilibres fragiles de la Méditerranée et aux défis écologiques auxquels le milieu marin est confronté aujourd’hui.

Fascinations picturales 

Au Musée des Beaux-Arts, Lumières et ténèbres : la fascination de l’eau réunit des œuvres allant du XVIIe siècle à l’époque contemporaine autour des thèmes du reflet, des tempêtes, du sublime ou encore des créatures marines. L’exposition s’intéresse autant aux dimensions symboliques et mythologiques qu’aux recherches esthétiques des artistes, fascinés par les transparences, les mouvements et les reflets aquatiques.

Résurgences

Le Musée du Vieux Nîmes accueille pour sa part Résurgences, l’eau à Nîmes qui revient sur la manière dont la présence, l’absence ou l’acheminement de l’eau ont structuré le développement de la ville depuis l’Antiquité. Une exposition qui s’intéresse aux réseaux d’approvisionnement, aux usages domestiques, aux fontaines, aux crues et aux transformations urbaines induites par la gestion de l’eau, tout en abordant les défis contemporains liés aux pénuries, aux excès climatiques et aux nouveaux équilibres environnementaux.

Mutations camarguaises

Présentée au Musée des Cultures Taurines Claude et Henriette Viallat, Camargue, terre d’eaux invite à plonger, à travers des tableaux, photographies, films et objets, dans l’histoire et les mutations contemporaines de cette région singulière, qui apparaît souvent comme une nature sauvage et immuable, alors qu’elle est le résultat d’une relation ancienne entre l’homme et l’eau. 

À noter enfin qu’au-delà des expositions, « Eau, source d’inspirations » multiplie les formats pendant toute la saison : visites guidées, ateliers familiaux, dégustations, conférences et parcours urbains. 

MARC VOIRY

L’eau, sources d’inspiration
Jusqu’au 22 novembre
Muséum d'histoire naturelle, Musée des Beaux-Arts, Musée du Vieux Nîmes, Musée des Cultures Taurines Claude et Henriette Viallat, Nîmes
Rudy Ricciotti revisite l’esprit des Ferias
C’est la « starchitecte » Rudy Ricciotti qui a été choisie cette année par la Ville de Nîmes pour concevoir l’affiche officielle de la Feria. Ses esquisses et recherches graphiques sont exposées du 19 mai au 14 juin sur les « Murs Foster » du hall du Carré d’Art.
L’exposition est accompagnée d’une rencontre-dédicace organisée à la librairie du Carré d’Art le 23 mai, autour de la sérigraphie de l’affiche et des ouvrages de l’artiste. M.V.

« Incorrigibles », des corps sous contrôle à l’Ouvre-Boîte

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© Etienne Gaume

Avec Incorrigibles, Océane Chapuis et Jeanne Zerwetz partent d’un fait historique précis : l’envoi de femmes au bagne de Guyane, entre 1859 et 1905, dans une logique coloniale où la peine ne s’arrête pas à l’enfermement. Il faut encore travailler, obéir, peupler. La pièce n’en fait ni une fresque scolaire, ni un tableau misérabiliste. Elle choisit la danse, c’est-à-dire le corps, pour raconter ce que l’administration pénitentiaire et coloniale a voulu confisquer aux femmes : le mouvement, le désir, le choix.

La forme est brève, mais très construite. Elle raconte la contrainte, l’attente, la surveillance, la tentative d’échappée. Une histoire violente, mais il refuse de réduire celles qui l’ont traversée à leur malheur.

La contrainte n’a pas le dernier geste

Les corps sont empêchés, mais jamais punis par la chorégraphie. Une courte échelle devient désir de fuite. Les corps se superposent, s’étreignent, s’accroissent, comme s’ils cherchaient à fabriquer plus d’espace que la scène ne leur en donne. Une parade nuptiale tourne au pugilat : la scène est difficile, parce qu’elle dit la violence faite aux femmes dans les situations de détention, de migration, de dépendance. Mais elle est tenue avec assez de netteté pour ne pas devenir complaisante.

Les deux danseuses et chorégraphes, formidables, initient un langage expressif, très lié au théâtre. Leurs visages, leurs regards, leurs ruptures de rythme ouvrent le récit sans le condamner à la simple pantomime. Incorrigibles montre ainsi, sans ambages, l’inventivité de corps que l’on voudrait assigner, et qui trouvent pourtant le moyen de se déployer.

SUZANNE CANESSA

Incorrigibles a été joué le 7 mai à l’Ouvre-Boîte, Aix-en-Provence.

À venir
Du 12 au 16 juillet à 11 h à la Chapelle du Verbe Incarné, dans le cadre du Festival Off Avignon.

Musée des Arts décoratifs de Marseille : Quand le beau rencontre l’utile 

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© Kris Pothano

Le 8 mai, le Musée Borély dévoilait sa nouvelle exposition Art nouveau, Art Déco. Marseille au cœur des styles, dont l’objectif affiché est de faire découvrir ces deux mouvements artistiques ainsi que leur place singulière dans le Marseille de l’époque. 

L’exposition est organisée selon un parcours thématique et non chronologique, plus adapté à l’agencement des pièces de l’étage où elle se trouve, et dont l’imbrication empêche tout fléchage strict. Cependant, et comme toujours dans ce musée, la présence d’éléments de la collection permanente au milieu de l’exposition brouille beaucoup sa lisibilité.  

Femmes-objets 

Les figures féminines sont centrales dans l’Art nouveau, et comme dans le néo-classicisme dont il s’inspire, elles sont souvent dévêtues. C’est le cas, notamment, sur l’affiche de l’Exposition internationale d’électricité de 1908 (David Dellepiane), sur laquelle figure une femme nue, volant au-dessus du Parc Chanot et l’éclairant de son corps, sorte d’allégorie du progrès. 

Les femmes et leur image ne sont pas épargnées par la volonté d’allier le beau et l’utile caractéristique de l’Art nouveau. Non seulement elles sont souvent peintes comme figures allégoriques sur des chaises de Jules Chénet, mais certains objets sont façonnés pour représenter des corps féminins, comme une paire de candélabres en métal de la fin du XIXe siècle, ou les poignées d’un bahut de 1920 par Jacques-Emile Ruhlmann

Dans une galerie consacrée à « La femme et son image », des tapisseries de la Manufacture de Beauvais les représentent actives, tantôt dénudées au bord d’un lac en compagnie masculine (La natation, Charles Martin), tantôt sportives (tapisseries de Charles-Auguste Edelman). On peut également y découvrir quatre délicates danseuses en porcelaine issue de la série Le Jeu de l’écharpe du sculpteur Agathon Léonard.  

Les tenues exposées illustrent ce même esprit de libération des mouvements avec des matière plus légères comme du satin de soie ou de l’organza, et des formes fluides en écho aux motifs aquatiques et végétaux présent dans tout l’Art Nouveau. 

Et à Marseille ? 

L’exposition assume une certaine tension entre ses différents objectifs : d’une part, elle cherche à mettre en avant la continuité entre Art nouveau et Art déco, de l’autre elle se doit de les étudier dans le contexte marseillais. Or, l’Art nouveau peine à se trouver une place à Marseille, et n’est présent que dans certains intérieurs bourgeois – comme celui de la fille d’Émile Gallé, premier président de l’École de Nancy, pour qui il réalisa le mobilier et dont une partie est visible dans l’exposition. 

Pour résoudre partiellement cette tension, l’exposition met en avant la façon dont la modernité qui inspire l’Art nouveau s’exprime à Marseille, avec notamment des affiches dessinées par David Dellepiane pour l’Exposition Internationale d’Électricité (1902) et le Salon de l’Automobile (1913). 

Au contraire, l’Art déco s’impose naturellement dans la région, notamment grâce aux céramistes d’Aubagne et de la Manufacture de Saint-Jean-du-Désert, fondée en 1921. De plus, le passage de l’Art nouveau à l’Art déco à Marseille correspond à un glissement de la commande privée, relativement rare et passée en majorité à des artistes non-marseillais, à la commande publique visant à promouvoir un « régionalisme maîtrisé ». Sont exposés à ce titre des fauteuils dont les tapisseries représentent des scènes de vie provençale ainsi que des vases peints de scènes inspirées du poème « Mireille » de Frédéric Mistral. 

Angle mort 

Malgré l’orientalisme caractéristique de l’époque, dont les motifs traversent toute l’exposition, le contexte colonial y est très largement ignoré, à l’exception de la salle « L’exotisme en faïence » dédiée aux créations des céramistes d’Aubagne inspirées par les cultures et peuples colonisés, qui fait en réalité partie de l’exposition permanente… et ne traite la colonisation quasiment que comme une source d’inspiration pour les artistes.  

Il en va de même pour les œuvres qui s’approprient ouvertement des techniques asiatiques, comme le katagami japonais, une méthode d’impression sur tissu brevetée par Mariano Fortuny y Madrazo, ou les laques de Jean Dunand : l’orientalisme et le colonialisme sont omniprésents, et complètement banalisés. 

CHLOÉ MACAIRE 

Jusqu’au 25 avril 2027 
Château Borély, Marseille 

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Saison Méditerranée : Du grand spectacle sur le grand port

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Le Grand port de Marseille, le J4 et le Mucem accueilleront de nombreuses propositions pendant la séquence d'ouverture de la Saison Méditerranée © N.S.

Zébuline. Comment l’idée d’ouvrir la Saison Méditerranée dans le Grand port de Marseille est-elle née ?  

Alexis Nys. C’est la première fois qu’une Saison ne s’inaugure pas à Paris. Julie Kretzschmar, sa commissaire générale, a proposé un événement populaire à Marseille pour montrer toute l’étendue des disciplines artistiques et des mélanges culturels qu’il peut y avoir dans cette ville, en lien avec la Méditerranée. Elle a voulu profiter de cet événement pour se mettre face à la mer, et construire un grand événement dans cet espace qui est d’ordinaire fermé aux Marseillais.

La particularité de cet espace, fermé au public, n’a pas été trop contraignant pour vous ? 

La Saison Méditerranée est impulsée par l’État, et le Grand Port maritime de Marseille (GPMM) relève lui aussi de l’État, donc il y a eu une fluidification des contacts. On a eu en juin dernier un rendez-vous avec Christophe Castaner [président du conseil de surveillance du port, ndlr], qui nous a affiché son souhait de participer à cet événement et d’ouvrir le port. Assez vite, le GPMM nous a proposé un espace, le Port Center [entre le J4 et le J1, il peut accueillir 5000 personnes, ndlr]. On y a vu une scénographie sur laquelle on pouvait travailler. La difficulté est sur l’artistique, c’est à dire de trouver des compagnies qui sont capables de travailler sur des formats de cette envergure-là. On a pensé à la compagnie Mécanique Vivante – et ses sirènes de pompiers qui évoquent les sirènes de bateaux –, et on a proposé au Conservatoire de Marseille de construire une forme sur-mesure, participative, en mobilisant plus de 200 musiciens amateurs qui vont intervenir pour ce moment-là [lire ci-dessous]. 

Il y aura de la musique mais pas seulement. 

La particularité de Lieux Publics est d’être pluridisciplinaire. On embrasse tout le spectre des disciplines à condition que ca ne se joue pas dans un théâtre. Il y aura de la danse avec Danser ma ville et Tarab, du théâtre avec Sébastien Kheroufi sur la digue du Large, et deux grandes installations plastiques.

Parmi les œuvres plastiques, il y a Re-Lighthouse, un phare qui va prendre place au bout du J4. Que pouvez-vous nous dire sur cette installation ? 

© Shareef Sarhan

C’est une œuvre de Shareef Sarhan qu’on  accueille depuis un an à la Cité des arts de la rue avec le programme Pause [programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil]. Il vient de Gaza, mais il a eu la « chance » de ne pas y être au moment du 7-Octobre et de la réponse israélienne. Avec l’aide du collectif marseillais Maam for Gaza artists, on a ciblé Shareef car il avait envie de travailler dans l’espace public. Il avait construit ce phare à Gaza, qui avait été une « illumination » pour lui. Lui qui travaillait habituellement en galerie – pour de la photo notamment –, il a découvert la puissance de l’art en espace public. L’accueillir à la Cité des arts de la rue nous a permis de lui donner plus d’ouvertures sur les possibles de cette pratique, et de l’emmener vers la reconstruction de ce phare.

Un phare qui a été détruit par des chars israéliens sur le port de Gaza. On imagine l’émotion pour lui de le voir s’ériger à nouveau.

Oui, il dit qu’il se reconstruit lui-même en même temps qu’il reconstruit ce phare. Le projet c’est ensuite de le démonter et de le déplacer à Bordeaux et Montpellier cet automne, l’exposer à la Cité des arts de la rue, et un jour, quand ce sera possible, on l’emmènera à Gaza. Ce phare porte un récit puissant : l’art peut reconstruire, et il est plus fort que la guerre. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

Une nuit au Grand Port
Ce sera le point d’orgue de la séquence d’ouverture de la Saison Méditerranée à Marseille. Le 23 mai, le port se transforme en une grande scène où se mêleront spectacle vivant, danse et rencontres culinaires. Les mythiques carrioles de la Friche investissent le Grand Port afin d’offrir au public des créations culinaires venues des rives méditerranéennes : slata méchouïa, beignets d’anchois et autres délices. 
Les arts vivants feront aussi partie intégrante de la fête. L’alliance de Campus Art Méditerranée et de la compagnie Mécanique Vivante présenteront leur Symphonie portuaire, une « ode à la mer »dans une création musicale plurielle où fanfare intergénérationnelle, orchestre polyphonique, musicien·nes solistes, percussionnistes composent un grand tableau vivant. 
La soirée se clôturera avec Tarab, de la compagnie Shōnen, réunissant le compositeur Rayess Bek et huit danseur·euses originaires d’Égypte, du Liban et de Palestine. Pas question de rester assis : des danseur·euses complices (ils sont 200 !) embarqueront le public dans des danses sociales participatives, de la dabkeh à la taa’kib, jusqu’au bout de la nuit. C.L.

23 mai
Grand Port Maritime de Marseille, Marseille 
Symphonie portuaire © Jeremie Bernard

Taoufiq Izzediou va faire danser la ville
Le chorégraphe Taoufiq Izzediou est un pionnier de la danse contemporaine au Maroc, son pays natal. Dans le cadre de la Saison Méditerranée, le Théâtre Joliette et Lieux Publics l’invitent à recréer son projet participatif Danser ma ville, créé à l’occasion de la dernière édition de On Marche à Marrakech, cette fois à Marseille et avec des Marseillais·es.  
Une création dans l’espace public grand format, puisqu’il réunit près d’une centaine de personnes, de tout âge, toutes origines et tous types de corps sur l’esplanade Gisèle Halimi (à proximité du Mucem). C.M.

16 mai
Esplanade Gisèle Halimi, Marseille 
DANSER MA VILLE © Gabriela Carvalho

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Un Rhin à sec

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© Camille Rovera

On sait bien pourquoi l’Opéra de Marseille peut aisément remplir sa vaste salle avec L’Or du Rhin : Wagner suffit. Cette musique, inouïe, inimitable, qui charrie ses leitmotivs entêtants, ses sortilèges, ses poisons, son or maudit, cet univers à la fois redoutablement fascinant et, au fond, peu intimidant. Cet héritage politique plus que questionnable, également : mais le goût du compositeur pour le symbole et l’allégorie demeure toujours matière à réflexion et à création pour des metteurs et metteuses en scène de talent.

Sans attendre quoi que ce soit du travail souvent déroutant de Charles Roubaud, on était cependant loin de se figurer une mise en scène aussi effarante de bêtise. L’ouverture, transposée à la « Rheinbank », où Alberich devient technicien de surface, est le moindre de ses égarements. Car tout s’enchaîne dans un mauvais goût obstiné : Walhalla façon Trump Tower, vidéos monstrueuses puant l’IA, costumes impossibles, perruques blondes pour les Filles du Rhin, rousses pour les Géants, brunes pour les autres. A-t-on seulement considéré l’impensé que ces signes charrient ?

Le livret de Wagner est un champ miné : sexisme, antisémitisme, pulsions de domination, corruption du désir par la propriété. Il y avait là de quoi ouvrir l’espace, produire de la métaphore, installer une atmosphère vénéneuse. Rien. La mise en scène s’abandonne au premier degré, à cette vieille droite réactionnaire qui se rêve populaire parce qu’elle confond accessibilité et avilissement. Samy Camps, en Loge, est même le cas le plus rageant : la scène l’enferme dans une caricature sur-maniérée, quand la voix, elle, a tout du rôle – le nerf, la précision, l’éclat acide.

Le mythe n’est pas un décor

Reste la musique, heureusement. Michele Spotti, moins lyrique et langoureux que dans le Tristan dont il avait récemment sublimé le Prélude et la Liebestod, conduit ici l’Orchestre Philharmonique en très grande forme avec une tension remarquable, claire, tenue, attentive au drame plus qu’à l’effet. Le plateau vocal, largement francophone, tient lui aussi plus qu’honorablement.

Les Filles du Rhin – Amandine Ammirati, Marie Kalinine et Lucie Roche – forment un trio très complémentaire, où les timbres se répondent sans jamais se dissoudre. Élodie Hache en Freia et Marion Lebègue en Fricka sont impeccables, l’une droite et lumineuse, l’autre charpentée, souveraine. Quant à Zoltán Nagy, il impose un Alberich d’une densité superbe, assez mordant pour rappeler que la malice n’a pas besoin d’être grimée pour inquiéter.

SUZANNE CANESSA

L’Or du Rhin a été joué à l’Opéra de Marseille du 5 au 13 mai

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La poésie de Hend Jouda à Toulon

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Gaza ô ma joie - Hend Jouda © DR

Le Théâtre Liberté accueille la Palestinienne Hend Jouda, pour dire son poème, Gaza ô ma joie, qui a ému celles et ceux qui ont pu le lire et l’entendre. Elle a d’abord publié Que signifie être poète en temps de guerre sur des réseaux sociaux, et le long poème, écrit après le 7-Octobre et les attaques sur Gaza, est rapidement devenu viral. Puis a été traduit, lu sur plusieurs scènes, au Festival d’Avignon l’an dernier…

Il est bouleversant. Parce que le quotidien, les gestes qui doivent persister, les êtres aimés à protéger, la volonté d’écrire, la sororité, les sensations, nous sont familières, mais que les cadavres, le sifflement des bombes, les cris, les immeubles qui tombent, la faim, la douleur, la peur, la panique, la terreur, y deviennent d’autant plus palpables. Réels, insoutenables. 

Lorsqu’ on l’entend en français, la force des métaphores discrètes, le rythme des versets, est aussi le signe d’une grande écriture. En arabe, même lorsqu’on ne le comprend pas, sa musicalité apparait d’évidence. Gaza ô ma joie permet d’entendre le poème dans les deux langues : en arabe, par la poétesse elle même, qui vit désormais en Egypte avec ses enfants, mais continue de crier son amour pour Gaza ; en français, comme une traduction directe, par la poétesse marocaine Soukaina Habiballah. Comme si la douleur de Gaza trouvait ici une traduction, un écho, capable de tracer un avenir possible, si ce n’est une joie. A.F.

Les 18 et 19 mai
Théâtre Liberté, Scène nationale de Toulon

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« L’art est plus fort que la guerre »

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L’ouverture de la Saison Méditerranée à Marseille est un événement exceptionnel. D’une part parce que c’est la première fois qu’une de ces « saisons » culturelles, concoctées chaque année par le ministère des Affaires étrangères via l’Institut français, concerne un espace international plutôt qu’un pays. Et d’autre part parce que les enjeux ont changé depuis juin 2023. À cette date, Emmanuel Macron déclarait à Marseille qu’il voulait « mettre en valeur la jeunesse et les diasporas de toutes les rives » de la Méditerranée.   Aujourd’hui il s’agit, par des moyens diplomatiques, de maintenir ou rétablir un horizon de paix dans un monde qui s’est enflammé. 

Ainsi, cette « Méditerranée » est devenue un euphémisme :  cette Saison a prévu dès son origine de programmer des artistes venus de la rive arabophone de la Méditerranée. Plus précisément du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, d’Égypte et du Liban, c’est-à-dire des pays qui ont un lien historique avec la langue française. Mais depuis le 7-Octobre et la sanglante riposte israélienne, depuis les tensions avec l’Algérie, ou entre l’Algérie et le Maroc, et les violences commises par la Tunisie contre les migrants subsahariens… la question des solutions diplomatiques se pose avec une acuité nouvelle. Plus encore depuis que le sud du Liban subit les représailles disproportionnées et aveugles de l’armée israélienne. Comme le dit Alexis Nys [Lire ici], comme l’espère Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison, le dialogue des cultures et des arts est un outil puissant sinon pour arrêter les guerres, du moins pour soigner les sentiments des peuples. 

 La Méditerranée est ici

Le geste est donc politique, et c’est d’ailleurs la première fois qu’une Saison ouvre ailleurs qu’à Paris. La Ville de Marseille participe donc au financement de l’ouverture de cet événement « populaire et festif » qui ne s’attache pas aux artistes de la région, pourtant eux aussi méditerranéens. Les Corses, les Espagnols, les Italiens de Marseille sont aussi des Méditerranéens, comme les Provençaux et différents parleurs marseillais. Et les autres diasporas de Marseille, subsahariennes, iliennes, séfarades, ashkénazes, comoriennes, tchétchènes ou arméniennes, russes ou ukrainiennes, sont aussi méditerranéennes quand elles s’installent sur nos rives.

Au fond, c’est d’ailleurs cela, la Méditerranée. Un espace où les particularismes s’expriment mais où les communautés ont su, souvent,  s’entendre et se fondre. Un espace avec ses circulations, ses rencontres, ses échanges de poésie, d’artisanat, d’ornements et de musiques. Sur toutes ses rives, ses terres arides nourrissent difficilement, mais produisent des saveurs et des parfums charpentés et inoubliables.  Car cette mer qui ne reflue pas, découpe les côtes en calanques et dessine chacun de nos horizons avec un bleu constant qui rejoint, sans vague, celui du ciel. 

Cette Méditerranée commune, séculaire et offerte à tous ceux qui la rejoignent, est aujourd’hui une mer de mort, de bombes et de déchirements. De génocide, de noyade de masse, de guerres sans fin. Un espace qui divise violemment les peuples qui la constituent, qui la traversent. 

Mais… peut-être que les artistes, et tous les exilés de Marseille, peuvent construire ensemble une réponse aux impasses des guerres. Et le Fort Saint Jean redevenir un phare, pour Gaza. 

AGNÈS FRESCHEL

PS. Je finis d’écrire cet édito dans le train qui me ramène vers ma ville. Au sortir du tunnel de l’Estaque la rade éclate, la découpe de ses îles, son eau soudaine et ses scintillements. Les genêts et les bruyères mêlent leur rose et or au vert des pins, les coquelicots s’imposent, et les tags sur les murs ocres se joignent aux couleurs inouïes du paysage. Une Américaine assise à mes cotés murmure : It’s so beautiful. Ici, la Méditerranée n’est pas qu’une saison.


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Dodeskaden, la mémoire en partage

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Julie et Julien
@elise padovani

Zébuline : Dodeskaden, c’est quoi ?

Julien Chesnel : Dodes’ka-den, c’est le titre du premier film couleur d’Akira Kurosawa (1970) et l’onomatopée japonaise traduisant le bruit des engins sur les rails, répétée par le jeune héros qui s’imagine en conducteur. C’est aussi le nom de notre association hébergée depuis trois ans ici, au 90, bd des Dames. Dans une des « pépites patrimoniales » de la Ville. On est dans un superbe immeuble art déco, ancien fleuron de la compagnie maritime Paquet. Le choix de ce nom, ça évoque pour nous à la fois le train initiatique de la Ciotat en image tutélaire et la part de mémoire à conserver et partager.

Mais encore ?

Julien : Dodeskaden est né en 2012 à Lyon, dans un squat de la Croix Rouge. Expérience de quatre mois, animée par un collectif de passionnés. Programmation tous azimuts, ouverte à toutes les formes cinématographiques. Invitation de collectifs européens et français : une activité H24/ 7 jours sur 7.

Quelques participants après cette aventure éphémère se sont installés à Marseille, s’impliquant dans de nouveaux projets comme la création sur le Cours Julien du Videodrome2. Dodeskaden, collectif de programmateurs, enseignants, cinéastes, renaît en récupérant 1500 bobines, une partie du fonds de La Ligue française de L’Enseignement des Bouches du Rhône. Il faut savoir que des années 30 aux années 90, on comptait quelque 18 000 ciné clubs en France. 15 ans après la disparition relativement brutale de ces lieux de diffusion massive, qui ont marqué la culture de ces décennies et le rapport particulier qu’entretient la France avec le cinéma, les ligues se débarrassent de leurs encombrantes archives. Pour nous, ce fut d’abord un « jouet » répondant à notre désir de programmation dans des lieux comme le Videodrome, le MuCEM. Mais bien vite on a pris conscience de notre responsabilité face à ce trésor, porteur d’histoire(s). Et Julie est arrivée, forte de son expérience aux archives du Parti Communiste. Elle a contribué à structurer l’association, investie d’une mission de collecte, de préservation patrimoniale, de catalogage mais qui voulait conserver son ADN. La dimension archivistique s’articulant avec le réemploi des films dans d’autres contextes : l’éducation populaire l’animation d’ateliers dans les établissements scolaires ou les centres sociaux, l’accueil des chercheurs universitaires, les résidences d’artistes. Il s’agit de valoriser en les diffusant, les dépôts qui nous sont faits à l’instar du fonds que nous a légué l’ethnomusicologue Bernard Surugue, un collaborateur de Jean Rouch.

Comment allier conservation et circulation ?

Julie Cazenave : On s’adapte aux usages. Pour des actions de formation, on choisira des copies dont on a plusieurs exemplaires. Quand le film est plus rare ou presque unique, bien sûr, nous ne l’utilisons pas de la même façon. Il faut apprendre les précautions d’usage de l’archiviste. Transmettre la pratique. Quand on se rend dans une école, on emporte aussi le dispositif de projection qui correspond au film dans l’esprit du cinéma itinérant. Nous avons un grand nombre de films d’animation venus des pays de l’Est, des merveilles de techniques à faire découvrir aux enfants. Quand nous récupérons un fonds, nous récupérons aussi souvent les appareils de projection. Nous avons des films en 16 mm, en 35mm. Nous pouvons aussi projeter en numérique. Nous sommes ainsi dépositaires d’une histoire des techniques. Ici, on a une vieille table de montage, un scanner bricolé, des projecteurs de toutes sortes, toute une collection de supports visuels pédagogiques comme les films fixes en vogue jusque dans les années 60, les Pathéoramas…

Comment vous situez-vous face à la cinémathèque française qui va s’installer prochainement à Marseille ?

Julien : Il y a cinq ans, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé la création de cette antenne régionale. Nous avons organisé un colloque sur le projet d’UNE cinémathèque et non de LA cinémathèque, en conviant tous les acteurs locaux qui travaillaient sur la question de l’archive cinématographique, à y réfléchir.

En fait, même si on partage des tutelles, il n’y a aucun projet concurrentiel entre la cinémathèque marseillaise moulée sur la parisienne et notre cinémathèque populaire qui se donne une mission de préservation patrimoniale et d’éducation populaire par un maillage territorial. Il y a un vrai travail de mutualisation avec les festivals comme AFLAM, RISC, FFM. Les associations comme La turbine des Ecritures, l’ARSSE, Lieux Fictifs… les compagnons de toujours du Polygone Etoilé…

Il s’agit aussi d’enrichir et de partager des bases de données comme le font déjà une vingtaine de cinémathèques. Et de se coordonner. Par exemple, PRIMITIVI qui produit des images de luttes sociales depuis des années, se retrouve producteur d’archives et a besoin de ce travail de cinémathèque.

Vous êtes hébergés ici à titre provisoire ?

Julien : On a plusieurs tonnes à déménager ; notre fonds compte dix mille bobines ! Avant d’être installés ici, on était au Grand Domaine, au 26 de ce boulevard au milieu d’ateliers d’artistes. L’immeuble du 90 est en passe d’être vendu par la Ville comme d’autres pépites architecturales. L’acquéreur a un cahier des charges précis qui peut nous inclure. Mais il y a d’autres pistes comme l’îlot du Château vert dans le cadre d’Euro méditerranée, où on pourrait travailler avec d’autres associations. Notre projet est de nous installer dans un lieu pérenne qui corresponde à notre projet : stocker dans de bonnes conditions, organiser des projections, accueillir du public, des chercheurs, des artistes comme aujourd’hui les musiciens du conservatoire travaillant leurs partitions spatiales dans notre acousmonium. Demeurer une « brigade d’intervention » dans les quartiers à la suite des instituteurs-ambulants d’antan portant leurs marmottes dans les écoles, mais pouvoir aussi accueillir des scolaires dans de bonnes conditions pour des projections ou des ateliers dans nos locaux.

Combien êtes-vous pour faire vivre l’association et quels sont vos financements ?

Julie : Le noyau « dur » est constitué de trois personnes : Julien Gourbeix, Julien Chesnel  et moi. Mais il y a en tout une douzaine de salariés avec des contrats différents. Pour le fonctionnement, c’est la Mairie de Marseille et le CNC. Les collectivités locales soutiennent nos projets.

Propos recueillis par Annie Gava et Elise Padovani