dimanche 11 janvier 2026
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Retour en Turakie

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La compagnie Turak présente ces 4 et 5 novembre Ma mère c’est pas un ange (mais j’ai pas trouvé mieux) au Théâtre de l’Odéon, Marseille

Avez-vous déjà entendu parler de la Turakie ? Cette petite province verticale, peu connue, qui n’existe que dans le pays des imaginaires. Là-bas, on peut retrouver toutes sortes de créatures étranges : des Hommes Chapeau, de drôles de rongeurs, ou encore une « mère flingueuse ». Dans ce curieux territoire, « une vache debout, c’est un pingouin qui se moque du monde. »

Une drôle de compagnie

Pour concevoir ses œuvres et ses personnages, la compagnie Turak passe par divers processus créatifs, comme la collecte de toutes sortes d’objets usés : des bouts de fil de fer écrasés par les voitures, des sapins de Noël de début janvier, ou encore des os de seiches…

Après Sept sœurs en Turakie et Saga familia, Émili Hufnagel met en scène avec Ma mère c’est pas un ange (mais j’ai pas trouvé mieux) une « vieille femme » paranoïaque, cloîtrée dans sa demeure. On découvre ensuite qu’au fil du temps qui passe, ce personnage à première vue angoissé et craintif finit par entrouvrir les portes de sa maison pour y laisser entrer de la vie.

Un spectacle visuel et musical qui convoque les rêves, mais aussi les peurs et les secrets, jusqu’à l’inavoué d’une femme qui semble avoir accumulé des « brouettes » de souvenirs. Le théâtre d’objets d’Émili Hufnagel et Michel Laubu entend proposer une œuvre décalée, habitée par des personnages masqués loufoques et un tas d’objets surprenants.

CARLA LORANG

Ma mère c’est pas un ange (mais j’ai pas trouvé mieux)
4 et 5 novembre
Théâtre de l’Odéon, Marseille

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Mademoiselle K

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Électrochoc à l’Usine

Vendredi 24 octobre, la soirée promet d’être intense dans la salle de l’Usine à Istres, où Mademoiselle K vient célébrer les 10 ans de son label Kravache. La soirée s’illumine d’abord sous les balades mélancoliques de Melissende, artiste parisienne qui a ouvert la soirée. Puis les lumières se tamisent, derniers accordages avant l’arrivée de l’artiste, et les musiciens montent sur scène : tonnerre d’applaudissement dans une salle presque pleine.

Mademoiselle K agrippe sa guitare électrique et se lance à la rencontre de son public. La tournée qui s’intitule « 10 ans d’indépendance » est une célébration de la créativité, libre et sans les limites de l’industrie musicale. La musicienne rassemble et fusionne avec son public, passant des sonorités punk jusqu’à l’électro moderne, à l’aide de synthétiseurs et guitares saturées. L’artiste enchaîne avec G Buggé, son nouveau titre sorti le 3 octobre dernier, une balade électrique envoûtante, déjà bien appropriée par les fans.

THIBAUT CARCELLER

Concert donné le 24 octobre à l’Usine, Istres.

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Échappée à New York

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Premier roman de Stéphane Signoret, One Way or Another est un voyage hallucinant dans le New York punk-rock des années 1970

Comme One way or another, titre de la chanson du groupe Blondie – qui donne son nom à ce roman –, d’une manière ou d’une autre, tous les chemins mènent à New-York pour Tom, le héros de cette aventure. Son rêve de devenir une rock star s’est fracassé lors d’un passage éclair et raté dans « la ville qui ne dort jamais », des années plus tôt. Désormais quadragénaire désabusé, il tente de recréer dans son magasin de disque baptisé « Little Apple » un sanctuaire dédié à la Big Apple fantasmée. Les murs de son magasin racontent son obsession : portraits de Paul Auster et de Jean-Michel Basquiat, affiches de Taxi Driver, sérigraphies de soupes Campbell signées Warhol. Dans les bacs s’alignent les vinyles du Velvet Underground et de Lou Reed. Mais Tom déprime, réalisant soudain qu’il est passé de l’âge des projets et du « tout est possible » à celui des regrets et du « trop tard ».

Téléportation salvatrice

Une nuit, victime d’une agression, Tom se retrouve projeté dans le New York des années 1970, très exactement en 1974. Ce dispositif narratif, simpliste mais redoutablement efficace, permet à Stéphane Signoret de nous transporter dans une ville alors au bord du gouffre. Les services publics ne fonctionnent pas, les rues sont envahies par les SDF, les rats et les toxicomanes, le Bronx et Harlem sont des zones de non-droit où la violence et la drogue tuent. Pourtant, c’est précisément dans ce chaos urbain, que va naître l’une des plus extraordinaires ébullitions culturelles de l’histoire du rock.

République bohême

Nous voilà en soirée au CBGB, le club mythique fondé en 1973, devenu le berceau du punk rock américain. Sur sa scène défilent les Ramones en train d’inventer le punk à coups de trois accords rageurs, une Patti Smith mêlant poésie beat et fureur électrique, les Talking Heads, Debbie Harry et son pop-rock glamour. Avec Tom, nous couchons au Chelsea Hotel, ce bâtiment victorien de briques rouges du 222 West 23rd Street, sorte de république bohème qui a vu défiler Arthur Miller, Tennessee Williams, Jack Kerouac, Bob Dylan et Jimi Hendrix. Leonard Cohen y a écrit Chelsea Hotel #2 après sa rupture avec Janis Joplin. Dans un club, au détour d’un couloir de club nous croiserons même Andy Warhol, le grand prêtre du pop art dont l’esprit de sa Factory plane sur l’époque.

Stéphane Signoret sait de quoi il parle. Guitariste du groupe Pleasures, cofondateur du Lollipop, magasin de disque et lieu de concerts marseillais, il possède une culture encyclopédique sur cette époque mythique. Avec ses 120 pages publiées chez Melmac Cat, petite maison d’édition marseillaise mais oh combien prolifique, il file droit au but, comme un bon morceau de Tom Verlaine : précis, nerveux, sans détour. Cette lettre d’amour à New York 1974, pose aussi des questions : que faire de ses rêves non réalisés ? Est-il vraiment trop tard ? Et si une seconde chance se présentait, que ferions-nous ? En refermant le livre, on a comme une envie folle de ressortir nos vieux vinyles. Signoret a pensé à tout, en nous proposant sa playlist nostalgique et pointue et les liens QR code pour y accéder.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

One way or another, Chronique rock new-yorkaise, Stéphane Signoret
Melmac Cat - 12€

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Le goût du désir

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Marie Provence scrute avec La Stupéfaction le retour à la vie d’âmes abîmées. Une création à découvrir du 4 au 8 novembre au Théâtre Joliette

AVC, burn-out, relation abusive … Les maux qui ont accablé Peter, Fred et Mathilde sont de différentes natures, et ont affecté leurs psychés et leurs corps de différentes manières. Mais le « goût du désir » qui se doit de les réanimer et de les ramener à la vie est, lui, commun. Voilà la belle idée au cœur de La Stupéfaction, création en construction depuis 2021 et à laquelle l’autrice et metteuse en scène Marie Provence a insufflé un sens de l’intime mais aussi de la légèreté bienvenu.

Émoi collectif

Nourrie par différentes rencontres et entretiens avec des victimes, des cabossé·e·s, des résilient·e·s en tous genres, Marie Provence a conçu avec ses dramaturges Thomas Pondevie et Pierre Chevallier un lieu imaginaire de reconstruction pour trois personnages hauts en couleur. Mathilde, Fred et Peter seront ainsi campés par les comédien·ne·s Christelle Saez, Leslie Granger et Florent Cheippe. Plus encore que le récit attendu d’une rencontre ou d’une résilience, La Stupéfaction se rêve fable pétillante, empreinte d’élan vital mais aussi de pudeur. Une célébration de la fragilité et de la délicatesse comme vectrices de commun.

SUZANNE CANESSA

La Stupéfaction
Du 4 au 8 novembre

Théâtre Joliette, Marseille
En co-production avec le Théâtre de La Criée

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Ferhat Bouda, des quatre coins du monde

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Jusqu’au 23 décembre à Marseille, la Galerie-librairie Zoème expose une quarantaine de photographies documentaires de Ferhat Bouda, extraites de quelques-unes de ses séries au long cours

À l’entrée de Zoème, un texte nous permet de faire connaissance avec Ferhat Bouda : membre de l’agence VU depuis 2014, photographe mène des enquêtes au long cours aux quatre coins du monde. Né en 1976 en Kabylie (Algérie), qui s’est investi dans la reconnaissance de l’identité berbère à travers le théâtre et la musique d’abord, puis le cinéma, et enfin la photographie.

Pour cette nouvelle exposition, « il a choisi de revisiter certaines de ses archives en croisant des photographies tirées de diverses séries réalisées entre 2005 et 2023, la plupart d’entre elles en noir et blanc, auprès de minorités : les communautés Berbères en Afrique du Nord et de l’Ouest (Algérie, Burkina Faso, Mauritanie, Maroc, Niger, Tunisie), la communauté rom à Perpignan, les sdf en Allemagne, les paysans dans les Pyrénées ou les nomades urbanisés en Mongolie ».

Des tirages papiers de différents formats margés de blanc, en cadrage horizontal, affichés en constellations d’une dizaine de photographies, sans titres, sans aucune indication de dates ni de lieux, mélangeant portraits posés et clichés pris sur le vif, personnes seules et groupes, jouant d’éloignements et de rapprochements divers. 

Semblables et différents

Ainsi à l’entrée, saisis à travers des encadrements de fenêtres, les visages, entre résignation et interrogation, de passagers d’un transport en commun en Mongolie, placés à côté de ceux, souriants, entre deux barreaux au premier plan, d’une famille berbère, chez elle.

À l’entresol, la constellation est dominée par un portrait grand format d’une jeune personne mongole emmitouflée en capuche, casquette, doudoune, regard absent, un champ à l’arrière-plan. À côté, un ensemble de petits formats pris dans des pays africains et maghrébins, présentant des portraits d’hommes, de femmes, de groupes d’hommes et des groupes de femmes, vaquant à différentes activités, principalement agricoles.

À l’étage, un rapprochement entre deux vieilles femmes à la ressemblance frappante, vivant visiblement dans deux coins du monde éloignés. Le regard flottant d’une jeune femme blonde à la sortie d’une station de métro et plus loin, cadré de la même façon, le regard intense d’un jeune homme à l’extérieur d’un village aux maisons de pierre.

L’exposition se termine par six photos encadrées sous verre, exposées en ligne horizontale : sur la première, une vingtaine de portraits assis et posés de femmes, hommes, enfants, semblables et différents. Sur les cinq autres, les paysages naturels passent au premier plan, simples et majestueux : quatre de montagnes arides, un autre de steppe, accueillant abris modestes et cheminements légers.

MARC VOIRY

Ferhat Bouda

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[CINEMED Des fantômes à Montpellier

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Le Pays d'Arto (C) Pan-Européenne

La figure du fantôme parcourt le cinéma depuis toujours. Tout récemment, on a pu voir dans les salles obscures Miroirs n°3 de Christian Petzold ou Fantôme utile de Ratchapoom Boonbunchachoke. …. Quelqu’un qui est là, mais pas là. Des fantômes, il y en a eu dans plusieurs des  films présentés au 47Cinemed

Un fantôme arménien

C’est le fantôme de son mari que va chercher Céline (Camille Cottin) : celui qu’elle a épousé, Arto Saryan, né le 22octobre 1968, n’existe pas pour l’Etat Civil. C’est son premier voyage en Arménie : elle est venue chercher à Gyumri l’acte de naissance de son mari pour pouvoir donner à leurs enfants l’âme arménienne. Alors qui est son mari, cet homme qui s’est suicidé un 21 novembre ? C’est sur les traces de ce fantôme qu’elle va parcourir ce pays qu’elle ne connait pas. Guidée par Arsiné (Zar Amir Ebrahimi), elle mène son enquête et apprend que son mari qu’elle ne voyait jusque-là que comme un pacifique ingénieur, a été un combattant : il  a tué, il a peut -être été responsable de la mort de ses hommes. Céline traverse ce  pays meurtri et nous le parcourons avec elle en de longs plans séquences, filmés par Claire Mathon. Ruines dans lesquelles errent des êtres, perdus, blessés. Loin de tout, elle rencontre un homme fêlé, Rob, (Denis Lavant) qui a vécu toutes les guerres, parle toutes les langues, joue du doudouk et sait des choses. Apparaît soudain, dans un reflet, le visage du fantôme, cet inconnu avec qui elle a vécu vingt ans. Le pays d’Arto, le dernier film de Tamara Stepanyan dont on avait apprécié le documentaire Fantômes arméniens, était un des films en compétition et représentera l’Arménie aux Oscars2026

L’Ame idéale (C)Gaumont

Passeuse d’âme

C’est d’autres fantômes que nous allons croiser dans le premier long métrage d’Alice Vial, L’Âme idéale, Elsa (formidable Magalie Lépine-Blondeau) travaille au sein d’un service de soins palliatifs. Elle est sur le point de se marier avec Sofiane quand, au cours d’un repas de famille, elle parle avec la sœur de son futur mari, jeune fille qui s’est suicidée, et l’aide à quitter le monde des vivants. Car Elsa a un don particulier : c’est une passeuse d’âmes Après une explication douloureuse, Sofiane la quitte. Il ne peut  partager la vie de celle qui fréquente les fantômes. Deux ans, plus tard, elle a une grande histoire d’amour avec Oscar, (Jonathan Cohen) un compositeur de musique électronique … dont elle découvre qu’il est mort dans un accident de scooter Va t-elle l’aider à quitter le monde des vivants et ne plus voir cet homme qu’elle aime. Un film plein de vie et de couleurs qui nous fait voir la mort autrement. Un film romantique qui interroge sur la vie :   ai-je assez vécu ? Ai-je assez aimé ? L’Âme idéale a été présenté en avant première et sortira en salles le 17 décembre

My Mémory is full of ghosts

« Un fantôme est apparu dans une lune bleue »

Des fantômes il y en a plein à Homs dans le documentaire du Syrien, Anas Zawahri . « Des fantômes ont envahi ma mémoire » est il précisé en exergue, la mémoire s de tous ceux et celles qui vivaient dans cette ville. Une ville semble ne plus vivre qu’avec les souvenirs de son passé. Plans fixes sur les rues vides comme un décor de fin du monde, immeubles en ruines, façades criblées de balles, Présentes par leurs voix déconnectées des corps, sept personnes témoignent tour à tour, évoquant la peur, les bombardements, les bâtiments qui s’effondraient, la mort d’êtres chers. La caméra montre aussi la vie qui essaie de reprendre : des ouvriers qui reconstruisent, des hommes assis ensemble qui boivent un café et écoutent l’un d’entre eux entamant une chanson d’amour. Comment peut –on vivre dans une ville qu’on aime mais où chaque lieu peut évoquer la perte, la mort ? Comment ne pas être en colère  quand on a vu tuer son père ? Quand on a perdu sa fille ? Les récits sont terribles.  « La peur est le seul sentiment que je n’ai pas réussi à gérer » confie une femme. Ceux qui sont là ont accepté de poser devant la caméra d’Anas Zawahri qui a passé plus de trois mois dans la ville ravagée. Dans ce documentaire sombre, comme une note d’espoir, des enfants jouent au ballon, un adolescent répare un lustre On entend une chanson  « Un fantôme est apparu dans une lune bleue »

My Memory Is Full of Ghosts a été présenté dans le cadre de « l’Etat des lieux d’une reconstruction : le jeune cinéma syrien »

Annie Gava

Le 47e Festival Méditerranéen de Montpellier (CINEMED) s’est tenu du 17 au 25 octobre 2025

Nocturne atmosphérique

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Weather, première exposition personnelle en France de l’artiste cinéaste et vidéaste Yuyan Wang, a été conçue spécialement pour le 3 bis f à Aix-en-Provence

Exposition in-situ, soutenue par le dispositif « Carte blanche aux artistes » de la Région Sud, Weather de Yuyan Wang est un projet qui prend place à la suite de la résidence de création d’un mois et demi de l’artiste au 3 bis f, ponctuée par des sessions (moments de partage collectif de la création).

Le travail de cette artiste vidéaste née en Chine et installée en France, diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2016 et du Fresnoy – Studio national des arts contemporains en 2022, « explore la transformation des matériaux issus de l’industrie de l’image, qu’elle déconstruit et ré-agence par le montage, et convertit en expériences sensorielles immersives ».

À l’entrée du 3 bis f, un extrait du poème Chant du matin de Sylvia Plath, projeté sur un mur : « Je ne suis pas plus ta mère/Que le nuage qui distille un miroir où longuement se refléter/Avant de disparaître au gré du vent ».

Quatre lunes

L’espace d’exposition du 3 bis f, plongé dans la pénombre, est occupé au centre par un banc circulaire en bois brûlé, une œuvre de l’artiste Sandar Tun Tun. Sur les murs tout autour a été collé un papier peint réalisé par Yuyan Wang, déroulant un paysage nocturne au noir profond, troué de lumières incandescentes comme des braises, dans ce panorama à la fois urbain et naturel. Sous un ciel accueillant quatre lunes, on distingue en s’approchant des silhouettes humaines au-dessus d’une baie tranquille, une voiture, un téléférique surplombant des immeubles, des palmiers, de la neige recouvrant des arbres, des silhouettes dans une forêt et ce qui semble être une épave sous-marine.

Appuyés au sol et contre ce paysage enveloppant à 180° l’espace d’exposition, trois écrans vidéo verticaux, tels des écrans de smartphones géants, diffusent les séquences vidéos collectées par l’artiste sur les réseaux sociaux, circulant d’un écran à l’autre, parfois floutées. Chacune présentant, à différentes échelles, dans un zapping permanent, un « spectacle » : de nombreux levers et couchers de soleil, des phénomènes naturels menaçants : vents violents, tremblements de terre, inondations, éboulements, chute de grêle, tornades, éruption volcanique, avalanche. Mais aussi des immeubles vertigineux surplombant la progression d’une mer de nuage, différentes machines et technologies en action, des déchets, des ruines, des groupes de personnes ou d’animaux, des nuages d’insectes, d’oiseaux. 

De l’autre côté de la salle d’exposition, deux encadrements de portes de cellules l’une à côté de l’autre servent de cadre à deux écrans de toile sur lesquels sont projetées dans une lumière blanche en ombres chinoises des silhouettes d’insectes (principalement des papillons de nuit), immobiles ou progressant lentement sur leur surface. Accompagnées de sons brefs, diffusés depuis l’intérieur des cellules, mini-événements coupés par de larges plages de silence, sons d’eau, craquements, frottements, petits éclatements. 

MARC VOIRY

Weather – Yuyan Wang
Jusqu’au 21 mars 2026 

3 bis f, Aix-en-Provence

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Un Faada chez lui à Marseille

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© L.S.

Avant Faada Freddy, il y avait d’abord Jon Onj. Auteur-interprète du coin, il chante d’une voix singulière sur des productions RnB qui mêlent groove et néo-soul, nourries de textures synthés. Ses influences oscillent entre la voix de Michael Jackson ou The Weeknd, puis la douceur d’Omar Apollo ou Ady Sulieman.

Vient ensuite Faada Freddy, chanteur sénégalais à la prestance magnétique, entouré de cinq artistes vocaux. Vêtu d’un manteau vif et coloré, et de son chapeau melon signature, il danse et entraîne la salle avec lui dès le départ. Le chœur, formé de deux beat-boxeurs et trois choristes, dont une voix féminine, participe de manière harmonique et rythmique – percussions corporelles et claquements de mains. La musique – qui est aussi soutenu par des productions rythmées – emprunte ses sonorités au hip-hop, au gospel, au groove tout en célébrant ses racines africaines.

Puis le public reprend en chœur ses refrains et continue de chanter parfois même après la fin du morceau, surprenant même le chanteur : « je n’ai jamais eu un accueil d’amour comme à Marseille. » Un autre beau moment, quand Jean-Marc, l’un des vocalistes, se métamorphose en contrebasse humaine – il improvise jusqu’à transformer la ligne de basse brièvement à celle de la Panthère Rose avec Faada qui l’accompagne en trompette.

Lors de Day to Day Struggle, le chœur introduit la musique sur des accords jazzy où la chanteuse interprète la contre-mélodie à l’aigu d’une voix éthérée. La prochaine évoque l’emprise des téléphones sur notre société avec un passage parlé et poétique qui dénonce que l’homme est devenu esclave de sa propre création.

L’album Golden Cages qu’il est venu chanter, est une ode à la liberté, traite des thèmes de la déshumanisation, la standardisation de la pensée et d’un monde individualiste pour nous rappeler de vivre ensemble l’instant présent. Un message qui est réussi ce soir, et le public l’applaudit.

En fin de set, ils interprètent Tables Will Turn avant So Amazing où la salle entière chante « you’re so so so amazing » et tape dans les mains. Emporté par l’énergie positive de la salle, le chanteur s’amuse avec un jeu de call-and-response entre lui et le public. Et pour finir, le groupe interprète quelques reprises dansantes dont Pump it des Black Eyed Peas.

LAVINIA SCOTT
Concert donné le 24 octobre à l’Espace Julien, Marseille

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Forsythe et Lightfoot : deux visions de l’émancipation

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De la rigueur iconoclaste d’Herman Schmerman aux échappées chorégraphiques de See You, la Salle Garnier de Monaco a offert un diptyque où la danse se libère

Les Ballets de Monte-Carlo ont ouvert la soirée avec une œuvre de William Forsythe. Créé en 1992 pour le New York City Ballet, Herman Schmerman est un manifeste chorégraphique iconoclaste.Le titre est déjà une déclaration d’intentions : « c’est un titre charmant qui ne signifie rien. Le ballet ne signifie rien non plus. Ce sont juste cinq danseurs talentueux qui dansent », déclarait Forsythe à la création. Derrière cette apparente désinvolture se cache une révolution esthétique qui a bouleversé le paysage chorégraphique néoclassique.

La première partie est un quintette pour trois femmes et deux hommes. Les danseurs, vêtus de justaucorps noirs évoluent sur un espace scénique épuré concentrant les regards sur le mouvement. Forsythe y déploie son langage de déconstruction de l’académisme en se réappropriant les figures classiques. La musique électronique de Thom Willemsimpose une rythmique instable, martelée, qui génère une tension permanente.

Puis vient la rupture. Ajouté quelques mois après la création initiale, lors de la reprise par le Ballet Frankfurt, le pas de deux final forme un contraste saisissant. Après l’austérité, place à la fantaisie. Le binôme, interprété par Juliette Klein et Simone Tribuna, tous deux en jupettes jaunes, annonce le triomphe de la joie. Si la virtuosité masculine domine la première partie, le pas de deux inverse les rapports : la danseuse s’émancipe, domine même. Les rôles s’échangent et se brouillent.

See you

C’est le ballet See You du chorégraphe Paul Lightfoot qui attend le public en seconde partie. Cette création se distingue par sa forte dimension visuelle. Elle débute dans la salle : un à un ou en duo, les danseurs montent sur scène après quelques figures et se glissent derrière le lourd rideau moiré rouge et or, encore fermé. Lorsque les dix interprètes l’on tous franchi, il s’ouvre brutalement. Se révèle en fond de scène un ensemble instrumental – cordes et piano. Les danseurs, dos au public, le contemplent. 

Deux univers se superposent alors. Le premier est immuable comme ce tableau de l’orchestre statique, vers lequel les danseurs semblent par moments attirés, aimantés. Il interprète en live la musique méditative de Max Richter. Le second est une douce folie chorégraphique qui se déploie en avant-scène sur les chansons au lyrisme onirique de Kate Bush : Wuthering Heights, mais aussi Jig of Life, gigue irlandaise pop-rock. Les deux mondes se télescopent dans un va-et-vient entre agitation et apaisement. Avec son esthétisme noir et blanc, ce ballet évoque les années 1980, celles de la new wave et de ces clubs où l’on dansait côte à côte, où l’on se croisait, s’effleurait sans jamais se rencontrer intimement, unis seulement par une fraternité générationnelle aussi forte que fébrile. 

C’est finalement l’amour qui fait sortir les danseurs de scène. Une caméra filme deux couples qui s’éloignent : sur grand écran, on suit leur évolution. Ils ont rejoint la terrasse du Casino de Monte Carlo. Ils sont de dos pour nous, public. Ils regardent la Méditerranée, l’horizon. L’instant est sublime. Ils ont quitté la représentation. La vie réelle commence-t-elle là où la scène s’arrête, ou notre existence n’est-elle qu’une longue représentation ? interroge Lightfoot. Magie de la langue, See you en anglais veut aussi dire… À bientôt.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le spectacle s’est déroulé le 23 octobre, salle Garnier, Monaco.

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« Mon travail n’est jamais vraiment abstrait »

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Cinq versions de Don Juan, Cie Grenade © Clara Lafuente

Zébuline : Comment en êtes-vous venue à travailler sur le mythe de Don Juan ?
Josette Baïz : J’ai toujours aimé m’inspirer d’œuvres littéraires. J’ai mené en parallèle des  études de danse et de lettres modernes, et Molière a toujours compté pour moi. J’avais envie depuis longtemps d’approcher ce personnage à la fois fascinant et … toxique.
Comme pour Oliver Twist ou Alice au pays des merveilles, j’ai voulu me réapproprier le texte à travers la danse. J’ai imaginé cinq versions : celle du trio classique Don Juan–Sganarelle–Elvire, puis une version autour de la rébellion masculine, une autre sur la libération féminine, une sur la mort, et enfin une sur la rédemption. Cinq manières de raconter un être qui rejette tout : la société, les valeurs, le mariage…
J’y mêle le hip-hop, le contemporain, le krump, le waacking, la house, le classique aussi. Chaque univers révèle un visage du mythe. Les garçons portent la colère et la provocation, les femmes incarnent la puissance du désir et la liberté du mouvement. Aujourd’hui, les héroïnes assument la séduction, mais cela reste dangereux : Don Juan, homme ou femme, brûle tout sur son passage. La quatrième version, sur la mort, montre que tous les personnages viennent le hanter, provoquant sa fin, et enfin, dans la dernière version, il peut passer dans un autre monde et repartir à zéro.

Cette pièce est-elle réellement un adieu à votre compagnie ? Quel regard portez-vous sur ces quarante années ?
C’est un passage plus qu’un adieu. Don Juan clôt un cycle. J’ai fondé Grenade en 1982, après le concours de Bagnolet qui m’a lancée dans le milieu contemporain. Quarante ans plus tard, je ressens le besoin de transmettre autrement.
Je veux désormais me consacrer pleinement au travail avec les enfants et les adolescents. Ce projet-là a une vraie portée sociale : il réunit des jeunes de tous horizons, parfois issus de quartiers populaires, et leur offre une expérience d’ouverture, de confiance, d’espoir.
Les danseurs de la compagnie professionnelle, certains présents depuis l’enfance, poursuivent leur route : professeurs, chorégraphes, interprètes ailleurs. Cette pièce leur raconte quelque chose, c’est un au revoir qui se fait dans la continuité et l’émotion.

Quel est selon vous le propre de votre travail avec les danseurs, jeunes comme moins jeunes ?
Le métissage, sans hésiter. Nous travaillons sur le métissage des cultures et des techniques. On passe de la danse classique au hip-hop, à la danse africaine, orientale, au krump. Les jeunes acceptent tout, la barre le matin, puis le travail avec différents professeurs dans tous les styles. C’est notre ADN : mélanger les techniques, les cultures et créer quelque chose d’unique. Nous avons invité plus de quarante chorégraphes, de Wayne McGregor à Crystal Pite, en passant par Angelin Preljocaj ou Hofesh Shechter, et chaque rencontre oblige à se réinventer.

Mais surtout, ce qui m’importe, c’est l’humain. Mon travail n’est jamais abstrait. Il s’ancre dans la personnalité de chacun. Nous utilisons beaucoup l’improvisation, la composition, pour que les jeunes trouvent leur propre langage. Quand un chorégraphe reconnu crée pour eux, il relit son œuvre à travers leur regard. Cette sincérité, cette fraîcheur-là, c’est ce qui me touche le plus.

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA

Cinq versions de Don Juan
Josette Baïz / Compagnie Grenade,
les 4 et 5 novembre
Grand Théâtre de Provence

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