mercredi 4 novembre 2026
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Comment se construit un festival

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Clémentine Aubry © Christophe Raynaud de Lage - Festival d’Avignon

Zébuline. Vous êtes arrivée dans l’équipe de direction du festival en avril, après avoir été secrétaire générale du Cent-quatre à Paris. Pouvez-vous vous présenter ? Quelles sont vos fonctions ?
Clémentine Aubry. Je travaille depuis 20 ans dans diverses institutions culturelles en France, toutes en lien avec le spectacle vivant. Je suis aujourd’hui directrice déléguée du Festival. C’est à dire que je travaille main dans la main avec le directeur, Tiago Rodrigues, pour piloter l’ensemble des équipes et veiller au bon déroulement du Festival. Nous réfléchissons ensemble à la stratégie des années à venir, et, plus particulièrement, je me charge de développer des projets à l’année, pour une présence renforcée sur le territoire.

Est-ce que vous participez à l’élaboration de la programmation ?
Nous sommes un comité artistique formé de Tiago Rodrigues, des deux co-directrices de la programmation Magda Bizarro et Géraldine Chaillou, et de moi-même. Programmer, c’est veiller à des équilibres. Entre les créations et des spectacles déjà créés, entre les hommes et les femmes… Mais nous devons aussi réfléchir aux lieux, aux jauges, au nombre de représentations souhaitables par spectacle, pour que chaque spectateurice puisse trouver sa place. Une programmation s’élabore aussi avec les équipes de production des spectacles que l’on accueille. Chaque projet a ses contraintes…

À propos de la programmation, de ses équilibres, quelles sont les caractéristiques de cette édition ? Une forte augmentation des places mises en vente, semble-t-il ?
Oui, nous passons de 121 000 places mises en vente l’an dernier, et vendues plus de 99%, à 136 000 places payantes. L’augmentation est notable, et elle n’est pas due à une multiplication des spectacles, mais au fait qu’il y a plus de propositions dans les grandes jauges, et aussi que les spectacles jouent plus longtemps. Ce qui permettra à plus de spectateurices de les voir. Quant aux équilibres, nous proposons 47 spectacles. Deux tiers des équipes artistiques viennent pour la première fois, 50 % sont des créations, et 58% sont des femmes.

Vous misez donc sur un renouvellement, tout en conservant des fidélités, avec Guy Cassiers, Rébecca Chaillon, Julien Gosselin… Et un équilibre entre spectacles nationaux et internationaux.
Oui, avec une moitié de productions nationales, et 50 % de productions internationales, venues de 10 pays. Dont la Corée, qui est la langue invitée cette année. Il est important de dire que c’est la langue coréenne qui est invitée, il y a aussi des spectacles de la diaspora, d’artistes qui sont empreints de cette culture même s’ils n’y vivent plus.

Pourquoi la Corée ? Que va-t-on découvrir de la culture coréenne ?
On connait de la Corée la K-pop, ou le Pansori, ce théâtre chanté puissant. Mais nous allons aussi découvrir des créateurs contemporains que l’on connait moins…

Est-ce que l’histoire de ce pays, coupé en deux parties irréconciliables, sera présente ? Est-ce qu’elle marque les créations ?
Pas toujours de façon explicite, mais évidemment. Oiseau, premier chapitre du roman Impossibles adieux de la prix Nobel de littérature Han Kang, porté à la scène par Julie Deliquet, parle directement du massacre de Jeju.

À côté de ce théâtre du lointain, qui sera dans la Cour d’honneur porté par Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee, on retrouve des habitués …

Oui. L’identité du festival c’est aussi la fidélité, c’est le fait que les spectateurices puissent retrouver, tous les 2 ou 3 ans, ou 10 ans, des artistes qu’ils connaissent. On aime aussi que ces artistes se rencontrent : Mathilde Monnier et Lucie Antunes, avec un dispositif qui va s’amplifier à Boulbon et croiser les publics. Ou bien sûr Guy Cassiers et Valérie Dréville…

Il y a aussi des artistes dont on est étonné qu’ils viennent pour la première fois, comme XY ou TGStan…
Deux très bonnes nouvelles ! Le public d’Avignon va découvrir des artistes qui ont un long parcours. 1,2,3 Poquelin présente les trois volets du travail de TGStan autour de Molière. Ce sont des conteurs exceptionnels qui réécrivent leur version des œuvres, c’est drôle et virtuose, subversif et accessible. Destiné là encore, dans la grande jauge de Boulbon, à tous les publics…

Avec XY le cirque fait son entrée dans la Cour…
Avignon est avant tout un festival de théâtre, mais il a toujours été aussi interdisciplinaire. Avec XY, compagnie historique, reconnue, il s’agit d’habiter la Cour d’une proposition d’acrobatie spectaculaire, mais surtout partagée. Et évidemment très accessible à tous les publics, aussi.

À ces 47 spectacles s’ajoutent un nombre important de débats, lectures, rencontres, des rendez-vous en entrée libre qui sont chers au public…
Oui, Avignon c’est aussi un endroit où on pense le spectacle, où on peut avoir des débats passionnés, c’est une agora de la pensée, de la complexité. Les spectacles n’apportent pas de réponses aux simplifications du monde mais peuvent aider à poser des questions, à sédimenter des éléments de réponse. Tiago Rodrigues a voulu conclure cette édition sur un Aube des questions, parce qu’aujourd’hui il y a une accélération des opinions toutes faites. 80 chercheurs, auteurs, intellectuels, historiens, scientifiques, activistes, internationaux, de tous horizons, partageront avec le public de la Cour 80 questions, sur les rapports entre l’art et le monde.

À ce propos, Olivier Galzi, le nouveau maire d’Avignon, a commencé son mandat en disant que la question palestinienne était trop présente au Festival…
Tiago Rodrigues a bien entendu dialogué avec lui à l’issue de cette prise de parole. Je pense vraiment qu’Olivier Galzi va prendre la température et la mesure de ce qu’est le Festival en le fréquentant cette année. Pour la ville, il est essentiel, il fait partie de son patrimoine, y compris dans sa façon de poser librement les questions.

Un certain nombre de structures avignonnaises annoncent une baisse de 5% de leurs subventions municipales, appliquée dès 2026, en cours d’exercice. Est-ce votre cas ?
Pas pour l’instant. On en saura plus dans quelques temps, nous n’avons pas reçu d’avis d’une décision de ce type.

Mais le Festival peut-il fonctionner dans une ville où les autres opérateurs culturels subissent une telle baisse ?
Avignon compte beaucoup de structures culturelles variées, d’arts numériques, du patrimoine, de musique. Cette variété est très précieuse et fait d’Avignon une ville exceptionnelle. Le Festival s’inscrit dans ce territoire, et a aujourd’hui des liens avec tous les acteurs qui le font vivre à l’année. Alors oui, évidemment, une mise en danger des acteurs culturels avignonnais aurait un impact sur le Festival.

L’art et la culture permettent de mieux vivre ensemble, donnent du sens, portent les problématiques essentielles de la société. Et Avignon est le cœur précieux de ces prises de paroles. Les salles sont pleines à 99%, les gens parlent, écrivent, échangent. Nous marchons aujourd’hui main dans la main avec le Off, sur les questions des VSS, sur l’écoresponsabilité, sur les conditions économiques de production, sur la gestion de la canicule. Pour permettre l’éphémère du spectacle il faut conserver des structures solides.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Retrouvez nos articles Politique culturelle ici

« C’est toujours l’invisible qui m’intéresse au théâtre »

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Thésée, sa vie nouvelle, Valérie Dréville et Guy Cassiers © Théâtre Vidy-Lausanne – Claudia Ndebele

Zébuline. Vous portez, seule en scène, un spectacle construit et mis en scène avec Guy Cassiers. Qui est à l’origine du projet ?
Valérie Dréville. Nous avions déjà travaillé ensemble, et avec Kae Tempest, pour Tiresias. Nous nous étions dit, à l’issue de ce travail, que nous voulions recommencer, que le premier qui trouvait un texte le proposerait à l’autre. Quand j’ai lu Thésée de Camille de Toledo ça a été tout de suite évident. J’avais trouvé.

Pourquoi ?
D’abord parce que la langue est très singulière, que le roman superpose plusieurs modes d’énonciation, récit, dialogue avec des personnes disparues, photos, poésie, prière… C’est une langue très orale aussi, travaillée pour être dite, je l’entendais en la lisant. J’avais l’impression que Camille de Toledo ne pensait pas à la littérature en l’écrivant, mais à faire entendre des voix. Et de fait c’est toujours l’invisible qui m’intéresse au théâtre.

Vous êtes une femme, une comédienne, vous vous emparez d’un texte autobiographique d’un homme, que vous portez seule sur scène. Est-ce paradoxal ?
Je ne crois pas. D’abord, je ne pense pas qu’il fallait incarner Camille de Toledo. Et puis… je me conçois comme un intermédiaire entre le public et la quête. Camille de Toledo ne parle pas de son histoire pour parler de lui, mais de tous. Donc il s’agissait pour moi de traduire une pensée plutôt que d’incarner cette pensée. D’être le raconteur de cette histoire, pas un personnage. J’épouse tous les points de vue, tous les personnages, pour entrer dans la tête de chacun.

Le spectacle est vraiment une adaptation, ou traverse-t-il d’autres écrits ?
C’est une adaptation qui suit le fil chronologique. Après le suicide de son frère, puis la mort de ses parents qui a suivi de près, l’auteur quitte « la ville de l’Ouest », change de philosophie, il change aussi socialement. Ses parents sont de riches industriels, des gens qui ont œuvré pour la prospérité de l’Après-guerre. Il part à l’Est, à Berlin. Mais même la radicalité de ce changement ne lui permet pas d’oublier. Les traces, les esprits de ses ancêtres apparaissent, et il devra faire un autre voyage, intérieur, jusqu’à son arrière-grand-père, au traumatisme initial. C’est à la fois une histoire privée et une histoire historique. Suivre sa famille c’est suivre le siècle. Il y mêle aussi le mythe, Thésée, et il fictionne énormément, il déplie, il éclaire les zones d’ombre, les failles, qu’il expose à la lumière. Il déconstruit le mythe de la force aussi, de la puissance, pour s’occuper de ce qui est fragile.

Il est question, donc, de traumatisme transgénérationnel, d’épigénétique…
Exactement. Notre héritage nous transforme, on sait désormais que les descendants de la Shoah ont été marqués génétiquement. Il s’agit de prendre soin, de nettoyer symboliquement les eaux du corps. Le chemin est très long pour lui, son corps est très impacté…

Comment Camille de Toledo a-t-il réagi à l’idée d’une mise en scène son livre, si intime et douloureux ?
Il a eu l’extrême générosité de nous donner tout son fonds d’archive, ses photos qui sont dans le livre, d’autres. C’est ce matériel qui est dans le spectacle.

Des vidéos ?
Une à la fin. Vidéo et photo au théâtre, c’est très différent. Ce qui nous intéresse, ce sont les photos, qui sont de véritables pièces à conviction dans son enquête. Des preuves à interpréter. Il y a des caméras qui filment en gros plan la scène, et ont une autre fonction. Ce texte est une enquête.

Pourquoi, au fond, la déplier au théâtre ?
Ce livre est un trajet de réparation et pour moi, c’est le théâtre qui est le lieu de la transformation. Celui qui permet de sortir du drame. La tragédie a toujours deux dimensions, une sombre et une lumineuse. Elle répare, elle est cathartique, elle permet aux fantômes enfouis, qui font mal, de faire surface et de soigner les blessures.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Thésée, sa vie nouvelle
Du 12 au 24 juillet
L’autre scène, Vedène

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« Avignon est un lieu de fantômes »

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Tiphaine Raffier © Laureline Le Bris-Cep

Zébuline : Quel rapport entretenez-vous avec le Festival d’Avignon ?
Tiphaine Raffier : C’est un rendez-vous qui fait partie de ma vie depuis le sortir de l’adolescence. J’y suis d’abord venue sans même connaître le Festival : j’étais au camping de la Barthelasse, entraînée par des amis, et j’ai découvert cette sensation très forte du bouche-à-oreille, du fait d’être submergée par l’offre, guidée par d’autres spectateurs dans la rue. J’ai vu des propositions très exigeantes, très belles.

Plus tard, quand j’étais à l’ENSAD, j’ai compris qu’il y avait un autre réseau du théâtre. J’ai joué plusieurs fois dans le Off et dans le In. Et puis La Réponse des Hommes a été annulée, ce qui a été très dur, d’autant qu’elle n’a pas été reprogrammée l’année suivante. Avignon, pour moi, c’est un endroit auquel je reviens comme à une maison de vacances : il y a des souvenirs, des fantômes, de grands moments de joie et de peine.

Y a-t-il un fil entre La Réponse des Hommes et L’hors-présence ?
Oui, il y a beaucoup de fils possibles. Dans La Réponse des Hommes, les œuvres de miséricorde me permettaient d’explorer la question du dilemme moral. Ici, ce n’est pas une séquence de vingt ou trente minutes, mais une pièce entière, déployée autour d’une maison, d’une famille, d’une fratrie. Le huis clos et la famille sont des formes vieilles comme le monde, extrêmement présentes dans l’art occidental. Il m’a fallu beaucoup d’exigence, de travail, mais aussi d’humilité, pour accepter d’y aller.

Quant à la fin de vie, je n’avais pas totalement mesuré à quel point c’était un tabou. Écrire une pièce, c’est se lever pendant deux ans en pensant à un sujet : cheminer avec celui-là n’a pas été facile. Mais c’est aussi un sujet magnifique, un sujet total, qui permet de parler de l’art, du mal, de la violence, de la décence, de la pudeur, de la littérature, de la famille, de l’amour, de la déclaration d’amour, de la langue. Ce n’est pas le rapport au deuil, ni seulement à l’absence : c’est le rapport aux au revoir, à la douleur, à l’agonie.

Le titre dit quelque chose d’une présence qui se retire. Qu’est-ce qui disparaît en premier ?
Je crois que ce qui disparaît en premier, c’est ce à quoi ressemble la vie. La vie est faite de mobilité, de légèreté, de spontanéité. C’est ce que Georges Canguilhem appelait « le silence des organes » : quand le corps ne se rappelle pas sans cesse à nous. Or la mort proche est dans le rappel permanent de ces choses. Pour la combattre, ou retarder son imminence, il faut entrer dans le contrôle : contrôle du temps, contrôle de la langue, contrôle du corps. On ne voit pas ce qui se passe à l’intérieur de la personne qui part, mais il y a des stigmates, des choses qui affleurent, des épiphanies quotidiennes à la surface du corps et de la langue. La question devient aussi celle de sa présence, de ses capacités cognitives, de son consentement, de sa volonté. La tête et le corps partent, et ceux qui entourent la personne partent aussi d’une certaine manière.

L’hors-présence parle de cette qualité de présence qui s’en va, chez celle qui meurt comme chez celles et ceux qui restent. Mais parce que le sujet est brûlant, il fallait aussi réfléchir à la forme du plateau. On parle beaucoup du sujet, et c’est tant mieux, mais j’espère que si l’on peut en parler avec justesse, c’est parce que le geste esthétique le permet. La forme donne la qualité du débat.

Entretien réalisé par SUZANNE CANESSA

L’hors-présence ou Chimères du pays de Morsan
Les 4, 5, 7, 8, 9 et 10 juillet à 11h
La FabricA

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Molière, avec des matraques

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1, 2, 3 Poquelin, tg STAN © Kurt Van der elst

Zébuline : Qu’est-ce que jouer Molière pour le tg STAN ?

Damiaan de Schrijver : Pour nous c’est un des plus grands maîtres de la dérision envers les gens de pouvoir. Molière donne beaucoup d’exemples où les valets sont plus malins et les servantes plus malignes que leurs maîtres. Les patrons, les grandes figures, les rois, sont des gens qui font beaucoup de fautes. Molière a trouvé comment le dire avec sa plume : c’est politique.

Il était avant tout un comédien et un écrivain, qui était avec ses compères, et jouait lui-même les pièces avec eux. C’est pour nous un grand exemple : cette personne qui écrit, qui joue et qui dirige la compagnie, c’est un comédien.

À propos des textes, ça ne doit pas être facile de choisir des passages de Molière, d’en écarter d’autres. Comment avez-vous travaillé là-dessus ?

Le processus est collectif : les comédiens se sont mis autour de la table et ont fait leur choix. Les pièces qu’on va jouer, c’est Le Mariage forcé, L’Avare, Le Malade imaginaire, Le Médecin malgré lui, Les Égotistes, un montage des Femmes savantes, des Précieuses ridicules. Et deux textes, un que Molière a écrit pour expliquer au frère du roi pourquoi il divertit les gens, et l’autre, une lettre pour dire que monsieur Molière est mort après avoir joué Le Malade Imaginaire.

Et nous serons là avec des matraques. On va se frapper. On l’a toujours fait, on se frappe jusqu’à ce qu’on reçoive une conscience. Attaquer avec des mots, montrer que la vie est amusante, mais aussi très dure et très cruelle.

Quel va être le dispositif scénique à la carrière Boulbon ?

Il y aura des tréteaux avec des escaliers en bois et on sera en tri-frontal. On va jouer de trois côtés. Il y a un grand rideau. Et pour le reste, on va se débrouiller avec quelques chaises, quelques fauteuils, des matraques. Voilà, c’est tout. Un rideau. Tout dépend de la joie de jouer ensemble, de s’attaquer, et qu’il ne fasse pas trop chaud, qu’on puisse bien réfléchir

Quels costumes allez-vous utiliser ?

On ne va pas jouer dans des costumes du 17e siècle, mais ce sont des costumes qui reflètent cette période-là. Nous avons invité des stylistes à réfléchir avec nous. Ça fait penser aux costumes de l’époque, mais en même temps, avec un peu d’audace, on pourrait les mettre aujourd’hui. Des pantalons, des grandes chemises, des robes magnifiques, que des enfants auraient trouvés en ouvrant des coffres dans un grenier.

Est-ce qu’il va y avoir de la musique ?

Il y a de la musique pour marquer les nouvelles pièces. Il y a beaucoup de musique de Heinrich Ignaz Franz Von Biber, un autrichien, une musique très remarquable.

Et de la musique pendant l’entracte, parce qu’on a demandé à l’organisation d’Avignon que le public puisse sortir et venir quand il veut. J’espère que les gens seront assez audacieux pour le faire. Il y a des bars qui seront ouverts, on vient quand on veut et on part quand on veut. C’est un peu comme quand on est dans la rue, sur des places, lorsqu’on joue dehors. Ça doit être décontracté parce qu’on va jouer 4h, on va avoir des entractes, on va s’arrêter, on va recommencer. Il faut que ça bouge dans la salle.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARC VOIRY

1, 2, 3 Poquelin

Du 13 au 25 juillet

Carrière Boulbon

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« Avignon, c’était vraiment mon rêve »

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KIN: Yeonhee Project I, Liquid Sound © GoGuMa

Zébuline : Qu’est-ce que le yeonhee, cette forme peu connue du public français ?
Inbo Lee : Le yeonhee, c’est une base de percussions. Dans notre spectacle, il y a quatre percussions sur scène, avec des performers traditionnels et deux danseuses contemporaines. KIN se fonde sur le traditionnel, je suis, à la base, musicien traditionnel coréen. J’e ai étudié la flûte traversière coréenne, puis la musique coréenne au lycée et à l’université. Ensuite, je suis venu en France, à Paris VIII, en 2010, pour étudier le spectacle vivant et le théâtre. Je suis resté 10 ans, jusqu’en 2020, puis je suis rentré en Corée, en 2021, pour recommencer à créer plus intensément.
Pour nous, la question est souvent celle-ci : l’art traditionnel peut-il être vivant aujourd’hui ? Il y a peu de gens qui vont voir des spectacles traditionnels. Alors j’ai voulu créer quelque chose pour partager, pour aller au plus proche des spectateurs d’aujourd’hui.

Pourquoi déconstruire cette tradition ?
Le traditionnel peut être difficile à comprendre, difficile à apprécier. J’ai pensé qu’il fallait un peu mélanger, et déconstruire. Nous avons travaillé et adapté le costume, la musique, le rythme, le mouvement. Nous avons focalisé sur de petites parties, et nous les répétons, pour mieux les montrer.
Avec Juyoung Shim, qui signe la chorégraphie, nous sommes partis des mouvements traditionnels pour chercher comment les dépasser. Qu’est-ce qu’on peut enlever du traditionnel pour exprimer notre sentiment, le faire mieux comprendre ? Comment mélanger la musique et la danse contemporaine ?

C’est aussi le cas pour les couleurs. En Corée, il y a cinq couleurs importantes : le jaune, le rouge, le bleu, le noir, le blanc. Elles ont une forte symbolique, mais nous voulions trouver une autre symbolique d’aujourd’hui. Dans le spectacle, on commence avec le costume traditionnel aux cinq couleurs. Puis chaque numéro fait apparaître une couleur. Le blanc, c’est le commencement, le pur : on peut tout enlever, et recommencer à partir du blanc. Le bleu vient du son d’une percussion, le jing, qui envoie l’énergie plus loin et ouvre un mouvement plus large. Le rouge, c’est vraiment l’énergie. Et au milieu, le noir.

Le public est debout, proche des interprètes. Est-ce une manière de retrouver l’adresse populaire du yeonhee ?
Debout, ou assis par terre, c’est très habituel dans la tradition. Nous avons travaillé à partir d’une forme où l’on joue en chemin, dans la rue, pour amener le public vers l’endroit où l’on va jouer. C’est une introduction, une manière d’inviter les spectateurs.
À Avignon, cela a une importance particulière pour moi. Comme j’ai étudié le théâtre en France, Avignon était vraiment mon rêve. Quand je suis venu en France la première fois, en 2010, je suis allé à Avignon. J’ai vu des spectacles très expérimentaux, j’ai été vraiment choqué, et sans doute un peu jaloux. Aujourd’hui, j’ai hâte de monter notre spectacle à Avignon. J’ai un peu peur aujourd’hui … mais on verra.

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA

KIN: Yeonhee Project I, Liquid Sound, mise en scène et direction artistique Inbo Lee.
Du 8 au 11 juillet à 21h30
Mahabharata – Bar du Festival

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Pas de voix au chapitre

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Mon Frère, François Gremaud © Dorothée Thébert Filliger

François Gremaud revient au Festival d’Avignon, non plus en compagnie d’une héroïne tragique façon Phèdre ou Carmen mais avec Christian, son frère cadet. Celui-ci occupe le centre de la scène. François se tient côté jardin. Entendre ou ne pas entendre ? Là n’est pas la question. La surdité n’est pas vécue comme une perte, mais comme une autre organisation du monde.

Ainsi, les fraters s’éloignent de l’approche entendante et redéfinissent la surdité. Celle-ci s’affirme comme une minorité linguistique avec sa propre existence. En s’appuyant sur les témoignages de résistance de la communauté sourde et sur les écrits de penseuses : Isabelle Stengers, Cynthia Fleury.. , Christian et François célèbrent l’amour du théâtre et de la puissance expressive de la langue des signes, à laquelle le théâtre de François Grémaud doit beaucoup.

Car la LSF n’est pas une adaptation gestuelle du français, mais une langue à part entière qui fonctionne sur la spatialité et la morphologie visuelle. Christian s’exprime dans un langage qui articule la pensée dans l’espace. Mais alors, comment signer un calembour ? La problématique surgit dans Mon Frère, un dialogue qui souligne la difficulté de ne pas entendre dans un monde d’entendants.

Chambre sans écho

Boris Charmatz donne un prolongement à Somnole, un autre solo baigné de joie enfantine. Muette est né de moments passés dans des pièces sans écho, telle la chambre anéchoïque de l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (IRCAM).

Pour le danseur, l’absence de réverbération délimite « un laboratoire de silence, propice à une chorégraphie du souffle ». Pourtant, le corps fait du bruit et le solo est beaucoup moins muet qu’il n’y paraît.

Muette parcourt la lisière infranchissable de ce qui n’arrive pas à dépasser les lèvres. « Il y a quelque chose de politique à forcer l’écoute par le silence. » Suite aux fastueux Cercles et au bouleversant Forever (2024), Boris Charmatz revient au Festival avec cette forme simple, aller-retour entre « les voix que l’on n’entend pas et celles qui n’arrivent pas à parler. »

MICHEL FLANDRIN

Mon frère

Du 7 au 13 juillet à 12h

relâche le 10

Muette

Du 17 au 24 juillet à 18h30

relâche le 20

Tinel, Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon

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Bunker

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Bunker, Marion Sie fert © Matthieu Bareyre

Lors de la 79e édition du Festival d’Avignon, Tiago Rodriguez mettait en scène dans La Distance une relation père-fille brisée, dans un contexte dystopique qu’iels n’appréhendent pas de la même manière. Les prémices de Bunker de Marion Siéfert, co-écrit avec Matthieu Bareyre et présentée à la FabricA, sont très similaires : un conflit père-fille, une communication difficile voire impossible, tout cela dans un futur proche et chaotique. Mais contrairement aux protagonistes de Rodriguez, qui n’étaient littéralement pas sur la même planète, celleux de Siéfert sont pour leur part confinés ensemble dans un bunker de luxe.

Paul, le père (Charles-Henri Wolff) est un dirigeant de l’industrie pétrochimique, un « humain augmenté » par des neuro-implants connectés, qui s’exprime comme une IA générative, mensongère et manipulatrice.

Sa fille, Ami (Janice Bieleu), lui oppose un silence de plomb, et tout dans son comportement va à l’encontre de la vision du monde de son père. Une résistance calme, tout en retenue, que ne supporte pas Paul.

CHLOÉ MACAIRE

Du 21 au 25 juillet (relâche le 22)

La FabricA

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CAPRA (la chèvre)

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CAPRA (une chèvre), Jeanne Candel © Jean-Louis Fernandez

Après avoir entraîné petits et grands à la découverte de l’espace avec Fusées en 2025, Jeanne Candel revient cet été au Festival d’Avignon pour y créer CAPRA (une chèvre). Elle se penche cette fois du côté de l’Antiquité et de ses mythes. Mais ce qui l’y intéresse ici, ce n’est pas tant ces récits en eux-mêmes, mais plutôt les techniques mises en œuvre par les anciens pour les retenir. Et, aussi, la transmission de ces méthodes mnémotechniques, leurs usages plus contemporains, et les espaces de résistance et de survie qu’ils permettent.

La pièce, inspirée par L’Art de la mémoire de l’historienne Frances Yates et de La Peinture à Dora, témoignage de déportation de François Le Lionnais, promet de réunir tout le meilleur de la Cie La vie brève. Sur scène, huit comédien·nes (dont Candel elle-même), parmi lesquel·les certain·es sont également musicien·nes, dans un décor artisanal où tout se joue à vue, où le théâtre et la musique entretiennent des liens poreux, et où le beau émerge sans qu’on y prenne garde.

C.M.

Du 19 au 25 juillet (relâche le 22)

Gymnase du lycée Mistral, Avignon

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Everything must go

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Everything Must Go, Forced Entertainment © Hugo Glendinning

Le Festival d’Avignon accueille la première française de Everything Must Go, nouvelle création du collectif anglais Forced Entertainment. Il s’agit du dernier chapitre de leur trilogie autour de l’intelligence artificielle, ou plutôt avec elle au centre du dispositif, initiée il y a deux ans avec Signal to Noise puis Cold Sweat. Comme dans les deux pièces précédentes, les textes écrits par Tim Etchells, directeur artistique du collectif quarantenaire, sont récités par des voix générées artificiellement, tandis que les comédien·nes les interprètent en playback, tentant de les maîtriser, dans un décor évolutif lui-même inspiré de l’esthétique de l’IA.

Alors que l’IA générative est codée pour être la plus prévisible possible, Forced Entertainment a toujours mené sa recherche artistique du côté de l’inattendu, travaillant à partir d’improvisations et d’une écriture au plateau. Le plateau devient alors un terrain d’affrontement entre deux conceptions du langage, deux façons d’appréhender le vrai, le faux, l’erreur.

C.M.

Du 16 au 22 juillet (relâche le 19)

Cour du lycée Saint-Joseph, Avignon

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Uma Luz Cordial

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Uma Luz Cordial, Carolina Bianchi & Cara de Cavalo © Luisa Callegari

En 2023, la performeuse brésilienne Carolina Bianchi marquait les esprits en créant au Festival d’Avignon, A Noiva e o Boa Noite Cinderela (« La Mariée et Bonne nuit Cendrillon », surnom donné au GHB au Brésil). Chaque soir, sur scène, elle s’auto-sédatait, et, alors que la drogue faisait progressivement effet, elle donnait une conférence sur les violences faites aux femmes. Il s’agissait de la première partie de sa Trilogie Cadela Força (« Force des chiennes ») dont le dernier chapitre, Uma Luz Cordial (« Une lumière cordial ») sera également créé à Avignon, lors de cette 80e édition.

Le titre est inspiré d’un vers d’Emily Dickinson écrit du point de vue d’un fusil faisant un parallèle entre le processus d’écriture, et l’usage d’une arme. Bianchi nourrit de cette comparaison sa réflexion sur la violence et la sexualité, s’accompagne de textes de Dickinson mais aussi de Hilda Hilst (en particulier son livre pornographique Le Cahier rose de Lori Lamby), et cherche, peut-être, une résolution.

En plus des représentations de Uma Luz Cordial, la trilogie sera présentée dans son entièreté à deux reprises.

C.M.

Uma Luz Cordial

Du 4 au 7 juillet

Trilogia Cadela Força

12 et 13 juillet

Opéra Grand Avignon

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