vendredi 30 janvier 2026
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Babïl

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Tohu et Bohu parlent, l’un vite et trop, l’autre moins… Agnès Régolo, directrice de la compagnie marseillaise Du jour au lendemain, met en scène la pièce de Sarah Carré avec un formidable duo d’acteurs : Raphaël Bocobza et Antoine Laudet. Ensemble, ils plongent vers les prémices du langage, ceux d’enfants qui apprennent à babiller, ceux des civilisations qui construisent la Tour de Babel et sa multitude de langues… Parler, est-ce se comprendre ou se séparer ? Babïl, simplement, affirme que nous sommes des êtres de langage, et du plaisir de babiller, chacun à son rythme, chacun dans sa langue, mais ensemble. Un spectacle réjouissant, pour tous et toutes dès 5 ans. 

A.F.
Du 26 au 29 novembre
La Criée, Centre dramatique national de Marseille
Dans le cadre du festival En ribambelle !

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Les Ogres

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Carole Costantini (Cie marseillaise Vol Plané) a écrit et mis en scène un spectacle très personnel à l’univers terrifiant affirmé. Il y est question d’une mère qui n’aime pas, d’un enfant silencieux, d’une forêt profonde et d’un ogre qu’on apprivoise. Il est interprété par trois excellents acteurs, Carole Costantini en narratrice, Sophie Warmant en enfant et Gilbert Traïna qui incarne tous les ogres que l’enfant croise en chemin. Créée en 2022, la pièce parle aux enfants de leurs terreurs et aux adultes de leurs souvenirs, grâce à une scénographie onirique très réussie (Aude Amédéo), et une musique (Josef Amerveil) qui sait se faire angoissante, ou légère.

A.F.
2 et 3 décembre
Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

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Oona Doherty

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Voilà désormais deux ans qu’Oona Doherty a pris ses quartiers d’artiste associée au Pavillon Noir. Et près d’un an qu’elle s’est attelée avec le Ballet Junior à une nouvelle mouture de The Wall. Conçue avec la National Youth Dance Company pour interroger de jeunes danseurs confrontés au Brexit et à l’extrême polarisation politique à l’œuvre, la pièce promet de rencontrer un écho certain en s’intéressant aux corps, mais aussi et surtout à la parole des six jeunes recrues du Ballet Jonnier. Donnée à 20h30, cette (re)création sera précédée du solo emblématique de la chorégraphe nord-irlandaise, Hope Hunt and the ascension to Lazarus à 19h.

S.C.

27 et 28 novembre
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

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Po-Cheng Tsai et Mourad Merzouki

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Programmés par le Théâtre de l’Olivier, deux spectacles de danse hors du commun sont à retrouver sur la scène de l’Usine. Le 27 novembre, le chorégraphe taïwanais Po-Cheng Tsai explore avec Crack, pièce pour treize danseurs, les danses traditionnelles asiatiques, les arts martiaux, mais aussi les danses urbaines et contemporaines, pour raconter la catastrophe climatique à venir.

Le 2 décembre, Mourad Merzouki nous plonge dans l’Arménie de ses ancêtres en rendant hommage au cinéaste Sayat Nova et à son film emblématique, La couleur de la grenade. Un dialogue affûté et coloré entre sept danseurs et danseuses.

S.C.

27 novembre et 2 décembre
L’Usine, Istres

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Soirée Coline

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Organisée par le parcours de formation Coline, la soirée dédiée à ses jeunes danseurs se déploie le temps de trois courtes pièces au Zef le 27 novembre. Créé tout spécialement pour les artistes de la troupe, Inked d’Arno Schuitemaker les plongera dans une encre mouvante et fébrile. Ils seront ensuite seize à plonger dans Expansion, ode abstraite et millimétrée au collectif signée Bui Ngoc Quan. Avec SubTones de Shlomi Tuizer, ils et elles s’interrogeront enfin sur leur capacité de résonance, tant par le biais de la méditation que celui de l’échange, favorisé par l’esprit de troupe. Une soirée placée sous le signe de la formation, mais aussi du partage et de l’union des forces.

S.C.

27 novembre
Zef, Scène nationale de Marseille

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The dog days are over 2.0

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La pièce créée en 2014 avait rendu Jan Martens célèbre. Le chorégraphe flamand y appliquait aux corps des danseurs les principes de la musique répétitive : il s’agit pour les huit interprètes de répéter ensemble un geste simple, un sautillement sur deux pieds d’avant en arrière, les poings collés aux hanches. Et de faire varier, légèrement, au fil du spectacle d’une heure, la figure, en ajoutant quelques déplacements géométriques, des lignes des bras, puis des jeux discrets de lumière, et juste un peu de musique. Celle de Bach, bien sûr, adepte aussi de la rigueur et de la variation. La performance physique est hallucinante, celle de la mémoire aussi, et le spectacle 2.0 fascine toujours autant : qu’éprouvons-nous à regarder cet épuisement des corps ?

A.F.
2 décembre
Les Salins, Scène nationale de Martigues

11 et 12 février
Zef, Scène nationale de Marseille

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Maldonne

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Après sa remarquable trilogie qui l’a propulsée au devant des scènes publiques, Leila Ka signe avec Maldonne une œuvre d’une intensité rare. Reprenant Bouffées, courte pièce pour cinq danseuses sur la tristesse créée en 2022, elle la prolonge en explorant d’autres humeurs. Enfilant des séries de robes comme autant de masques les danseuses tracent une cartographie d’une heure sur les relations entre femmes, faites de complicité, d’affrontements, de rivalité, mais aussi du constat d’une inadéquation profonde entre les vêtements et les corps, entre les gestes prescrits et les sentiments, les exaltations, les révoltes. Il y a Maldonne entre ces toutes ces mal-femmes, ces mauvais genres, et la gestuelle hip-hop, affranchie de ses rituels, révèle, dans une puissante liberté, la force nouvelle des jeunes femmes.

A.F

28 novembre à 21 h

Les Salins, Scène nationale de Martigues

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Arcanes

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Manon Worms (Cie marseillaise Krasna) porte à la scène les textes de Nelly Arcan, autrice québécoise à l’écriture intense qui questionnait dès les années 2000 les représentations du corps féminin avec un regard queer et radical. Son livre Folle commente avec rage et acuité son rapport à un monde dysfonctionnel qui accuse toute femme non soumise d’être folle, méduse ou sorcière, surtout si elle est trans ou lesbienne, pute ou asexuelle. L’autrice s’est donné la mort en 2009, mais Manon Worms porte sur scène sa langue et son combat féministe et queer, entre théâtre et performance, destiné à toutes les Arcan·es en puissance. Le spectacle précède Maldonne, de Leila Ka [lire ci-contre], pour un beau diptyque militant pour la fin attendue des stéréotypes de genre, et des dominations.

A.F.

28 novembre à 19 h

Les Salins, Scène nationale de Martigues

Le Cirque Eloize en haute voltige

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Créé en 2009 en Corée du Sud, le plus grand succès conçu par le Cirque Eloize et mis en scène par son fondateur Jeannot Painchaud refait le tour des scènes internationales depuis cette année. Création emblématique du collectif québécois, le spectacle revient quelque peu remanié, et mâtiné d’une bonne touche rétro. 

Neuf artistes s’installent sur une scène métamorphosée en paysage urbain, quelque part entre le cinéma de genre et un décorum de jeu vidéo. Grimés en chefs de gang tout droit sortis des années 1990, ils s’unissent, s’imitent, se rencontrent et se divisent au rythme d’une chorégraphie très présente et cohérente, signée Elon Hoglung

Le hip-hop reste très présent et sert de liant au fil des numéros, et entre les tableaux, porté par les belles présences, notamment, de Lakesshia « Kiki » Pierre-Colon et Bryan « Slinky » Boyer. Plus brutes de décoffrage, les performances certes ébouriffantes de Trevor Bodogh au vélo trial, de l’impressionnante contorsionniste Alexia Medesan et de Kayden Woodridge, Adams Dransfield et Jp Deltell au trampoline inscrivent cet iD-Evolution dans la tradition du cirque grand spectacle. 

Reste les belles envolées en roue cyr et cerceau de Christophe Bate et Florence Amar. Et surtout la cohésion d’une troupe souvent présente dans son intégralité sur scène, y compris durant les numéros de ses camarades. D’un quartier à l’autre d’un New York fantasmé, le récit convoque les souvenirs, entre autres, de West Side Story et de ses scènes de groupe. Et signe, sur une musique certes tapageuse et désuette, une jolie ode au collectif.

SUZANNE CANESSA

ID Evolution a été joué du 13 au 15 novembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence. 

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Comment sortir d’un huis-clos

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YES DADDY © Khulood Basel

Il est rare d’assister à une pièce aussi brillante, et d’avoir des applaudissements aussi timides. C’est qu’il en faut du temps pour sortir de ce Yes Daddy signé Bashar Murkus et Khulood Basel, qui joue desanfractuosités de l’esprit humain, et des passions du public. 

Dans ce huis-clos il y a Amir, jeune travailleur du sexe, et un vieil homme sénile, qui perd la mémoire. Le premier entre chez le second, et un drôle de jeu s’ouvre entre les deux. Le plus jeune, conscient de l’emprise qu’il peut avoir sur son client, se lance dans une sordide séance de manipulation. Il se fait passer pour son fils, l’accuse des pires crimes, puis sa mère, et ira jusqu’à le nourrir de son sein. Ils se lancent tous les deux dans une nuit d’angoisse, où les démons de chacun s’exploseront dans la fureur et le sang, laissant le public témoin, dans le plus grand inconfort.

En avant-propos, l’excellent Anan Abu Jabir, qui joue le rôle d’Amir, avait pourtant prévenu le public, lui demandant s’il était « d’accord » pour assister au spectacle. Ce consentement initial sera le dernier, et les décors, comme les lumières, mouvantes, se dérobant, placeront le spectateur dans la même illusion perverse que celle qui frappe les deux personnages. Une pièce qui touche ce qu’il y a de plus sombre dans l’être humain, avec ce qu’il y a de plus lumineux pour le montrer.

Du théâtre palestinien sans toit

Cette pièce de la compagnie palestinienne du Kashabi Théâtre n’est pas la première à être donnée en France. Déjà en 2022, ils avaient été invités au Festival d’Avignon pour présenter Milk, qui avait lui aussi saisi le public venu assister à la représentation. Mais depuis, la compagnie a été évincée de son propre théâtre d’Haïfa. « C’était l’un des espaces d’expression les plus importants pour le public palestinien. Malheureusement, pour des raisons politiques, […] on a été dépossédé de notre théâtre », expliquait Bashar Murkus à La Marseillaise le 18 novembre dernier.

Dans Yes Daddy, la métaphore avec le conflit israélo-palestinien n’est d’ailleurs pas cachée. Dès les premières minutes de jeu, les deux comédiens recherchent frénétiquement une clef, symbole palestinien des expropriations qu’ils subissent. Et il y a bien sûr cet espace, occupé par deux êtres qui ne savent pas vraiment quoi construire ensemble, sinon un terrible jeu de dupes, dont nous sommes, encore, témoins.

NICOLAS SANTUCCI

 Yes Daddy a été donné les 19 et 20 novembre au Théâtre Joliette, Marseille.

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