vendredi 4 avril 2025
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Des vœux contrastés

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«  Si le boulet est passé près, nous n’en sommes pas sortis. » C’est ainsi que Jean-Marc Coppola, adjoint au maire de Marseille en charge de la Culture, évoquant le risque de l’accès au pouvoir du RN, a conclu la liste des avancées de la Ville de Marseille dans les bibliothèques, à l’Opéra, au campus culture qui va regrouper l’enseignement supérieur artistique. Saluant la promesse qu’avait faite le maire, Benoît Payan, d’augmenter le budget de la Culture en 2025, il sait que « l’heure est à l’inquiétude dans les milieux culturels » et que « la plupart prévoient une baisse de subvention pour la culture ». 

Et l’adjoint « atterré par les élus qui mettent la culture au pain sec », de dénoncer ceux qui veulent participer aux efforts budgétaires en oubliant « les 150 milliardaires que compte notre pays », les « intérêts injustifiés des banques », les « 100 milliards de dividendes redistribués aux actionnaires». Approuvé par le maire de Marseille qui formulera des remerciements appuyés aux acteurs culturels qui sont « plus nécessaires que jamais en cas de crise », l’adjoint communiste rappelle que « nos sociétés sont mises en danger par quelques monstres qui conduisent une démocratie pulsionnelle » et défend l’idée que les arts et la culture sont les meilleurs outils de lutte contre ces monstres. 

La peur du domino

Un discours qui ne semble plus de mise à la Région Sud où, après des années de « sanctuarisation du budget de la culture », le président Renaud Muselier annonce un baisse de 6 %, tout en défendant la liberté de création et en se félicitant de la réalisation d’une salle de spectacles à La Trinité ou d’une bibliothèque à Toulon. Évoquant le « mille-feuilles » des financements culturels, il remet en cause le principe des financements croisés des collectivités, annonçant se concentrer sur les compétences obligatoires. 

Un discours nouveau chez le président de la Région, apprécié du milieu culturel dans sa lutte affirmée contre l’extrême droite. Martine Vassal, présidente du Département, annonce elle aussi des réductions importantes de son budget, faisant redouter aux professionnels de la culture un effet domino dont ils parlent de plus en plus ouvertement. 

D’autres maires, à Aix-en-Provence ou Avignon, annoncent qu’elles maintiendront leurs budgets, et soulignent ce que la vie culturelle d’une ville apporte à sa cohésion sociale et à son économie.  L’Opéra de Toulon, quant à lui, licencie brutalement son chœur, prouvant qu’aujourd’hui le plus impensable est devenu possible.  

La culture est vitale et essentielle, elle donne du sens, crée du lien et n’est pas une marchandise, rappellent la plupart des maires qui savent ce qu’elle met en place dans les quartiers populaires, chez les seniors, dans la région la plus touristique du monde qui doit beaucoup à ses festivals.  Jusqu’à quand restera t-elle un rempart contre les « monstres » ?

ANNE-MARIE THOMAZEAU


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Louise

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Louise © Basil Stücheli

Quatre interprètes de différents âges (Bérengère Bodin, Marianna de Sanctis, Rosalba Torres Guerrero et Methinee Wongtrakoon) jouent tour à tour les dirigeantes, les cheffes, mais aussi les cobayes, les malades et les bonnes à tout faire dans un grand laboratoire étrange où règne la tyrannie. C’est Louise, nouveau spectacle de Martin Zimmermann, créateur d’un théâtre sans paroles, mélangeant cirque contemporain, danse et installations scéniques spectaculaires. Inspiré par l’artiste plasticienne Louise Bourgeois, c’est son premier spectacle exclusivement composé de personnages féminins. Une proposition qu’il définit comme « une sculpture en mouvement ou un poème vivant » qui parle de résistance et d’envie de liberté de mouvement.

MARC VOIRY

Du 30 au 31 janvier
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

L’Hiraeth 

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Loic Guenin et Arthur H © Yann Orhan © Patrick Gherdoussi

Arthur H et Loïc Guénin créent au Zef L’Hiraeth, une esthétique de l’effacement. Un titre intrigant, qui superpose un mot gallois désignant la nostalgie d’un lieu où il est impossible d’aller, et le nom d’une série photographique de Julien Lombardi qui sert de support visuel ce spectacle musical. Inspirés par l’histoire du mousse Narcisse Pelletier, qui vécu dix-sept ans dans une tribu aborigène de Nouvelle-Guinée après un naufrage, les deux artistes entraînent le public dans un voyage sonore, onirique et singulier. Accompagnés sur scène par le trio à cordes et voix AnPaPié et le réalisateur en informatique musicale Éric Brochard, ils font émerger de nouveaux mondes, de nouveaux possibles.

CHLOÉ MACAIRE 

Les 30 et 31 janvier 
Le Zef, Scène nationale de Marseille

1er février 
La Passerelle, Scène nationale de Gap 

5 février 
La Garance, Scène nationale de Cavaillon 

Koulounisation 

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Koulonisation © Thomas Jean Henri

Bien qu’il soit né de parents algériens, le comédien Salim Djaferi a longtemps connu de la guerre d’Algérie ce que l’on en enseigne en France. C’est lors de son premier voyage dans le pays d’origine de ses parents, en 2018, qu’il se rend compte que ce que l’on appelle en France « guerre » (voire « événements ») est ici appelé « Révolution ». Il se lance alors dans un long travail de recherche sur la colonisation, et surtout sur son langage, qui aboutit trois ans plus tard à la création de son premier spectacle, Koulounisation. Sur scène il retrace les histoires individuelles de ceux qu’il a interrogé, en empruntant leurs mots, et confronte la violence du colonialisme, matérialisant ses réflexions à l’aide d’objets disposés sur scène.

CHLOÉ MACAIRE 

28 janvier 
La Garance, Scène nationale de Cavaillon 

Du 29 janvier au 1er février 
Théâtre Joliette, Marseille 

« Le Choix du pianiste », entre les touches

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Des mains de pianiste jouent dans le vide. Ce sont celles de François Touraine (Oscar Lesage) qui, même sans clavier, continuent de jouer Chopin, Liszt, Beethoven et Bach. Le Choix du pianiste, écrit et réalisé par Jacques Otmezguine, retrace les étapes du destin de François, les enchevêtrant sans chronologie. L’enfance dans les années 1930 au sein de la bourgeoisie française antisémite, auprès d’un père (Philippe Torreton) hostile à la vocation d’un fils qu’il destine au commerce. La ruine de la famille. Le début de carrière du jeune prodige, à la Salle Gaveau, sous l’aile du chef d’orchestre Paul Paray (André Manoukian). Son histoire d’amour aussi absolue que son oreille pour sa professeure juive, Rachel (Pia Lagrange). Ses déboires pendant la guerre. Sa déchéance dans l’après guerre. Son alcoolisme et sa renaissance dans les bras d’Annette (Zoé Adjani). Une vingtaine d’années de l’histoire française du XXe siècle à l’arrière plan d’un drame romantique mis en lumière par une chaude palette de bruns, de bleus de verts, et incarné par un Chopin en dominantes majeure et mineure. 

La musique, omniprésente, révèle les sentiments, convoque les fantômes, ressuscite les disparus pour un dialogue éternel dans un présent renouvelé. Pour ce faire, le réalisateur s’est adjoint les talents pianistiques de Paul Lecocq et de Polina De Carlo, et a confié la musique originale, au non moins talentueux Dimitri Naïdich. Ainsi, malgré un scénario et des dialogues souvent prévisibles n’évitant pas toujours les poncifs, malgré une sentimentalité qu’on pourrait juger excessive, Le Choix du pianiste nous embarque dans son émouvante partition.

Les femmes font l’Histoire

François n’est pas particulièrement sympathique, invraisemblablement naïf et longtemps coupé de la réalité. Si le titre du film met en valeur son choix, force est de constater qu’il reste globalement passif et ne s’engage guère. S’il peut enfant développer son don pour la musique, c’est grâce à sa mère (Laurence Côte) et à Rachel. S’il accepte de jouer sous la direction de Von Karajan pour Hitler tandis que les musiciens juifs sont chassés des orchestres, mis au placard ou exterminés, c’est en victime d’un chantage et pour, croit-il, sauver Rachel des camps. S’il parvient à sortir de sa dépression après son procès à la libération et obtenir une réhabilitation, c’est grâce à son nouvel amour, Annette. Ce sont les femmes qui choisissent, décident et agissent. Même sa sœur (Marie Torreton) collaboratrice abjecte, active et convaincue, semble plus forte que lui. Jacques Otmezguine dit avoir voulu rendre hommage à la résilience humaine en nous immergeant dans une histoire collective où les individus sont confrontés à des décisions difficiles. Dans les troubles de l’Histoire, si l’art ne saurait être ni un refuge, ni une excuse – « Un cosaque est-il plus mélomane que le nazi ? » demande-t-on à Touraine, il reste pour le réalisateur, salvateur.

ÉLISE PADOVANI

Le Choix du pianiste, de Jacques Otmezguine

en salle le 29 janvier

Les galets au Tilleul

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Les Galets au Tilleul © Wilfried Lamotte

Claire Laureau et Nicolas Chaigneau dansent et chorégraphient régulièrement ensemble depuis 2015, avec une constante commune : « l’envie de ralentir, d’étirer le temps, de jouer autour de l’inintérêt, du raté, et d’une certaine idée du vide ». C’est ainsi qu’est né Les Galets au Tilleul sont plus petits qu’au Havre (ce qui rend la baignade bien plus agréable), une pièce pour quatre interprètes autour de la bêtise, créé en juin 2021 au Havre, présenté du 29 au 31 janvier à Châteauvallon, Studios du Baou. La Scène nationale accueille également le 31 janvier sur la scène de son Théâtre Couvert la chanteuse brésilienne Flavia Coelho, accompagnée de trois musiciens pour interpréter les titres de son cinquième et dernier album, Ginga, dédié aux musiques de cœur qui ont rythmé son adolescence au Brésil, entre 1990 et 2000. 

MARC VOIRY

Les galets au Tilleul 
Du 29 au 31 janvier

Flavia Coelho
31 janvier
Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

Oser dire non

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(J) Jour2fête

Julie est une adolescente de quinze ans, excellente joueuse de tennis, future star de son club en Belgique. Dès les premiers plans de ce film signé Leonardo van Dijl, nous la découvrons en entrainement dans un gymnase, entrant et sortant du champ, au bruit de la raquette et de la balle, dans une lumière feutrée que la caméra de Nicolas Karakatsanis a su saisir. Concentrée et appliquée, Julie semble comme coupée du monde. Elle bénéficie de cours particuliers avec un coach,  Jérémy (Laurent Caron). Or Jérémy vient d’être suspendu : une jeune joueuse de 16 ans, Aline, s’est suicidée. Peut être a-t-il une responsabilité dans ce drame…

Emprise insidieuse

La directrice du club annonce solennellement que des entretiens individuels vont avoir lieu pour que la parole se libère. Julie qui a avec Jérémy une relation particulière est perdue. Elle est suspendue à son téléphone ; les appels de son entraineur sont fréquents ; elle ne doit pas écouter ce que lui propose son nouveau coach ; son père ne doit pas être présent sur le court quand elle passera ses épreuves de sélection…bref, il essaie de la couper des autres, pour garder son emprise. Julie est perdue : son visage, filmé en gros plan, est de plus en plus tendu, fermé. Elle refuse d’aller à son entretien, s’enferme dans un silence de plomb. Jérémy  n’apparait pas souvent à l’image mais sa présence de prédateur est constante, insidieuse, par sa voix, au téléphone, par ses messages. Une rencontre avec Julie, dans un café, confirme que des gestes ont eu lieu. Julie parviendra-t-elle à échapper à cette emprise ?

Julie est interprétée par la joueuse de tennis, Tessa van der Broeck, dont c’est le premier rôle : elle est excellente pour incarner cette jeune fille qui reste muette dans un monde qui la pousse à parler. « Telle Antigone, Julie ose dire non », commente le réalisateur de ce film pudique, nécessaire, tourné en 35mm « pour que le silence de Julie puisse prendre une qualité rare, intentionnelle, intemporelle. » Si Julie, forte et fragile à la fois, tait, ses émotions, ses sentiments, c’est la musique de Caroline Shaw qui donne magnifiquement du son au silence.

ANNIE GAVA

Julie se tait de Leonardo van Dijl
En salles le 29 janvier

Chibanis, Chibanias

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Chibanis Chibanias Portraits d'une génération sans histoire
Chibanis Chibanias Portraits d'une génération sans histoire © Abed Abidat

Dans le cadre de sa programmation sur l’exil, les bibliothèques de Marseille accueillent plusieurs événements et expositions, et en particulier le travail d’Abed Abidat Chibanis, Chibanias, à L’Alcazar. Le directeur de la maison d’édition Images Plurielles publie des ouvrages remarquables sur la mémoire populaire, ouvrière, immigrée, depuis 2000. Mais il photographie depuis plus de 35 ans, et son édition est marquée par ce regard profondément photographique. Si son livre Chibanis Chibanias, portraits d’une génération sans histoire édité en 2003, est aujourd’hui épuisé, l’exposition qui en est issue continue de vivre, et de montrer ces portraits en noir et blanc, format carré, de la première génération d’immigrés venus du Maghreb entre 1940 et 1970. Des portraits qui disent tous la pauvreté, les années de travail, le sourire aussi qui s’affiche quand il s’agit enfin d’être visibles, et exposés. A.F.

Chibanis Chibanias Portraits d’une génération sans histoire © X-DR

Jusqu’au 1er mars
Bibliothèque de L’Alcazar, Marseille

Au cœur du doute

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Catarina et la beauté de tuer des fascistes, de Tiago Rodrigues, avec Antonio Afonso parra, Antonio Fonseca, Beatriz Maia, Carolina Passos Sousa, Isabel Abreu, Marco Mendonça, Romeu Costa et Rui M. Silva au Téatro Piccolo Arsenale à Venise, le 29 juin 2023. ©Joseph Banderet
Catarina et la beauté de tuer des fascistes, de Tiago Rodrigues, avec Antonio Afonso parra, Antonio Fonseca, Beatriz Maia, Carolina Passos Sousa, Isabel Abreu, Marco Mendonça, Romeu Costa et Rui M. Silva au Téatro Piccolo Arsenale à Venise, le 29 juin 2023. ©Joseph Banderet

C’est la 140e représentation, elle a tourné partout, sauf dans la région du directeur du Festival d’Avignon. Écrite et créée après la première vague du Covid, elle se déroule en 2028, une légère dystopie qui se voulait une alerte, mais s’avère de plus en plus prophétique : dans une rencontre qui a succédé à la représentation Tiago Rodrigues a rappelé qu’au Portugal, pays qui a vécu la plus longue dictature fasciste d’Europe, l’extrême droite n’a accédé à l’assemblée qu’en 2021. Mais qu’elle est passée en 3 ans d’un député à 57, c’est à dire à plus d’un quart de l’assemblée, et pourrait à ce rythme, en 2028, être majoritaire, comme dans Catarina

« Si j’avais des réponses je ferais de la politique. Je n’ai que des questions, donc je fais du théâtre », répond-il à un spectateur qui lui demande s’il défend la lutte armée. Et c’est par le théâtre qu’il ouvre des abîmes de questions. Cette famille qui s’habille en paysannes traditionnelles et s’appelle uniformément Catarina, et qui tue chaque année un fasciste depuis 74 ans, défend-elle la démocratie comme elle le croit, ou se comporte-t-elle en fasciste, ce qu’elle admet aussi au prétexte que la fin justifie les moyens ? 

Faut-il encore questionner ? 

Dès que le doute s’installe chez une des Catarina, l’exécution du fasciste enlevé devient impossible. Cette exécution, ce meurtre, est-il l’acte de terroristes, de partisans, de résistants ? Les arguments des Catarina sont convaincants souvent : iels défendent les droits des femmes contre un régime qui couvre les féminicides, interdit l’homosexualité, permet aux « opinions » d’exprimer librement des concepts violemment antidémocratiques et discriminatoires. Mais faut-il tuer, y compris dans un régime démocratique ? Les Catarina ont continué leur meurtre annuel entre 1974 (Révolution des Oeillets et fin de la dictature de Salazar) et 2028 (avènement du fascisme par les élections dans le Portugal dystopique). 

Les arguments de la jeune Catarina s’affermissent jusqu’au « non » final, qui ressemble à celui d’Antigone : le meurtre n’est pas efficace, tuer n’a pas empêché que le fascisme advienne, tuer ajoute à la terreur et à la confusion. 

Sans issue

La fin, pourtant, semble lui donner tort, le fasciste libéré tenant un discours de 25 minutes, en crescendo, énonçant toutes les horreurs auxquelles la médiatisation et la banalisation des discours d’extrême droite ont habitué nos démocraties. Un discours de rejet des minorités, suprématiste, sexiste et raciste, qui s’impose jusqu’à l’écœurement. Le public, révolté, se divise, certains sortant pour ne plus entendre, d’autres hurlant des slogans antifascistes, d’autres disant « mais enfin, c’est du théâtre... »

Du théâtre, porté par des comédien·ne·s extraordinaires, dans un décor pesant et sylvestre, une prison qui semble s’ouvrir pour enfermer toutes les Catarina dans ses murs sauvages, ses rituels barbares, ses repas de pieds de porcs et ses costumes dégenrés et folkloriques, auxquels ne s’opposent que le costume aseptisé du fascisme. Le doute leur survit, sans aucune sortie possible, sauf à croire, passionnément, au pouvoir politique du théâtre. 

AGNÈS FRESCHEL

Catarina et la beauté de tuer des fascistes a été joué à la FabricA, Avignon, les 18 et 19 janvier.
À venir
Du 19 au 21 mars
La Criée, Centre dramatique national de Marseille

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La Biennale en version allongée

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Éric Arnal-Burtschy Biennale arts numérique
Éric Arnal-Burtschy © X-DR

C’était, pour sa quatrième édition, la première collaboration de la Biennale avec la ville d’Istres et la régie culturelle Scènes et Cinés. Elle a donné naissance à deux propositions : une exposition et une performance au Polaris centre d’art d’Istres des derniers travaux de l’artiste Yassine Aït Kaci, images numériques de diverses façades d’architectures luxueuses verticales. Et à L’Usine Mire de Jasmine Morand, proposition chorégraphique que l’on regarde allongé·e·s sur le dos, à travers un miroir fixé au-dessus d’une scène circulaire circonscrite par une cloison haute. 

De miroir en transats

Mais c’était Mirekids, qui, à la suite du vernissage à Polaris, était proposée à L’Usine. Soit la version jeune public de Mire, qui, dans sa version adulte, met en scène douze danseur·euse·s nues [lire p.XV]. Dans cette version « kids », iels ne sont plus que huit, et habillé·e·s de jeans et de t-shirts, colorés d’orange, de violet, de bleu, de rose par les projecteurs. Et enchaînent, en fondus-enchaînés doux, des séries de combinaisons géométriques kaléidoscopiques et colorées, lignes géométriques et figures en étoiles autour du centre. Allongé·e·s au sol tout autour de la cloison fine qui délimite la scène, on contemple paradoxalement en vue plongeante les évolutions des interprètEs dans le miroir. Qui, de temps en temps, ont comme des effets d’apesanteur, et évoquent parfois des ballets aquatiques synchronisés.

Mirekids © Celine Michel

Le 17 janvier à la Friche La Belle de Mai, on s’allongeait aussi pour Je suis une montagne, création d’Éric Arnal-Burtschy promettant au spectateur d’être, tel une montagne, traversés par les éléments. « Il sera arbre, rocher et montagne, les éléments vivront autour de lui, à travers lui et en lui ». Cinq rangées de huit transats en nylon sont suspendus à des portiques métalliques, sur lesquels chacun·e s’installe, équipés pour celles et ceux qui le souhaitent d’un poncho fin pour la pluie, de lunettes de protection pour les éblouissements, et de bouchons d’oreille pour les volumes sonores. Une expérience à ressentir plutôt les yeux fermés, nous indique l’artiste. Elle débutera par la diffusion spatialisée de somptueux claquements et roulements d’orage, se poursuivra par une création sonore et musicale répétitive, à la trame au début douce et espacée, puis de plus en plus resserrée, brute et amplifiée. Pendant les 40 minutes de cette écoute musicale, on sera gentiment ventilé, éclairé, ébloui, chauffé, trembloté, aspergé.

MARC VOIRY

Mirekids était présenté le 16 janvier à L’Usine d’Istres, Je suis une montagne était présenté le 17 janvier à La Friche Belle de Mai, Marseille. 

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