jeudi 3 avril 2025
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Afropéens

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© X-DR

Ça commence par une descente à la cave, histoire de fêter une rencontre autour d’une dive bouteille. Lamine Diagne est auteur, conteur, metteur en scène et musicien. Raymond Dikoumé, joue, dirige et écrit. Les deux lascars traquent un bon cru au milieu d’un magma de cartons. Lettres, photographies et… un crâne, accessoire de jeu et symbole funèbre : on extirpe souvent d’insolites objets du fond des vieux emballages.  

Les deux artistes sont « français du sol ». Lamine est né à Lyon, d’une mère métropolitaine et d’un père sénégalais. Raymond a vu le jour en banlieue parisienne, de parents camerounais. 

Leur recherche met à jour un bric-à-brac mémoriel où les réminiscences intimes se confrontent aux balafres de l’Histoire. Où le sort abject des tirailleurs sénégalais croise l’ascension sociale d’un français d’origine camerounaise, au cœur des gisements miniers de la terre des ses ancêtres. Il est encore question de « regard qui tâche », de mirage consumériste, de « rêver français », même si l’on « mange camerounais ».

Au centre d’un périmètre lumineux dont la couleur varie au gré des douleurs, indignations, et quelques bribes d’espérance, les cubes de cartons s’éventrent ou se sédimentent. Des tréfonds des ténèbres s’érige un édifice schizophrénique, sur les pierres duquel se projettent des yeux, des visages, des images d’actualités. Conçu par Emmanuelle Yacoubi, chanteuse-comédienne franco-togolaise, l’environnement documentaire contextualise les propos, à l’écart de toute lourdeur didactique.

« Notre héritage nous rattrape toujours, pour le meilleur et pour le pire ». Porté par deux « hommes passerelles », « Françé » place l’assimilation au défi des secrets familiaux et des zones d’ombre diachroniques. Lamine Diagne et Raymond Dikoumé dotent d’un corps tonique et instillent une verve distanciée à cette dialectique vertigineuse, propre à ces « familles décomposées où tout reste à composer ». 

Michel Flandrin

Françé a été joué au Théâtre des Halles, Avignon, le 8 janvier.
Un spectacle soutenu par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, en partenariat avec
l’Agence Française de Développement
A venir
les 23 et 24 janvier
Théâtre de Grasse
le 31 janvier
 Forum Jacques Prévert, Carros

Retrouvez nos articles On y était ici

Biac : Face aux murs

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Face aux Murs © Loriane Moranton

Un immense mur en plexiglas entouré de deux trampolines, le tout sur une centaine de roulettes, tel est le dispositif de ce nouveau spectacle de la compagnie Hors-Surface, qui œuvre à la croisée des arts, trampoline, danse, voltige, dont la création a lieu au Théâtre des Salins ce 23 janvier. Pour Damien Droin, metteur en scène et directeur de la compagnie, il s’agit de plonger « au coeur d’une révolte intérieure, racontant ces instants de vertiges et de doutes que l’on peut vivre face aux autres, ou parfois face à soi-même ». Six acrobatEs pour un récit qui se déroule de chaque côté du mur (l’un est visible, l’autre non), défiant les lois de l’apesanteur, et qui se veut optimiste sur les capacités de l’homme à s’adapter, se dépasser, à recommencer et à se réinventer.

MARC VOIRY

23 janvier
Théâtre des Salins, scène nationale de Martigues

Marseille enfin classée !

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Rachida Dati lors de sa visite à ,Marseille © Victor Mouquet

L’enjeu pour Marseille est de taille. Seulement 93 monuments sont protégés à ce jour, quand Bordeaux en compte près de 400 ou Nancy 260. Avec l’annonce de Rachida Dati de protéger une cinquantaine de sites supplémentaires, c’est une partie du retard accumulé par la deuxième ville de France qui s’estompe. Car un classement ou une inscription au titre de monument historique, s’ils impliquent des contraintes de conservation, ouvrent aussi des droits à la communication, et la possibilité d’obtenir des financements publics importants pour les travaux de réhabilitation : jusqu’à 80% pour les classés, 40% pour les inscrits. Perrine Prigent, adjointe au maire en charge de la valorisation du Patrimoine se félicite « que la ministre ait entendu le besoin de rattrapage de de Marseille sur le plan de la protection patrimoniale » après avoir mené, depuis 2020, « en coopération avec les services de l’État » un travail de priorisation et de repérage « qui a abouti à une demande de protection de 40 sites »

L’église Saint-Ferréol, par exemple, avait été fermée d’urgence en octobre parce que l’usure d’une poutre maîtresse mettait en danger la structure et les visiteurs. Le diagnostic et les travaux d’urgence ont été effectués « en lien avec les services de l’État, ce qui a permis la réouverture de l’édifice le 24 décembre. »

Prière de protéger 

Même si les monuments protégés relèvent souvent du patrimoine religieux, Jean-Marc Coppola, adjoint à la Culture, se félicite aussi du classement de nombreux bâtiments à usage culturel, qui nécessitent des travaux importants à ce jour, pour lesquels « des financements seront demandés et devraient être obtenus : les engagements de la ministre vont nous permettre d’aborder sereinement les prochaines phases de travaux, en particulier de l’Opéra et du Palais Carli ainsi que du bâtiment de l’École Nationale Supérieure de Danse de Marseille. »

Ces 40 protections viennent s’ajouter aux « 24 obtenues depuis 2022, dont la Fontaine Cantini et les Grands escaliers de la gare Saint-Charles ». Les protections concernent essentiellement du patrimoine municipal mais aussi Notre-Dame de la Garde qui appartient au diocèse, la cathédrale arménienne et l’église orthodoxe grecque, le Palais de la Bourse à la Chambre de commerce et d’industrie, des biens privés, les lycées Montgrand et Thiers qui appartiennent à la Région.

Un rattrapage historique, après des années de « désintérêt du patrimoine bâtimentaire par la Ville, qui n’était pas répertorié », dénonce Jean-Marc Coppola. Par peur des engagements conjoints que cela entraîne ? « Peut-être, mais surtout par négligence, à l’image des immeubles d’habitation et des écoles négligées. »

SUZANNE CANESSA

Édifices déjà inscrits, en attente de classement 
École nationale de danse (VILLE) ;
Musée Grobet-Labadié (VILLE) ;
Fontaine Cantini (VILLE) ;
Fontaine des Danaïdes (VILLE) ;
Fontaine Estrangin (VILLE) ;
Monument aux Mobiles (VILLE) ;
Domaine Borély (VILLE) ;
Escalier Saint-Charles (MÉTROPOLE/VILLE)
Église des Chartreux (VILLE) ;
Sacré-Cœur du Prado (VILLE) ;
Église Saint-Ferréol-Les- Augustins (VILLE) ;
Sainte-Marie-Majeure, extension (ÉTAT) ;
Mazargues War Cemetery (ÉTAT) ; 
Palais de la Bourse (CCI) ; 
Hôtel de Pesciolini, extension (PRIVÉ)

Édifices à inscrire
Chapelle Saint-Etienne et digue de Berry au Frioul (VILLE) ;
Chapelle Saint-Joseph-du- Cabot (VILLE) ;
Église de la Trinité/La Palud (VILLE) ;
Église Notre-Dame-du-Mont (VILLE) ;
Église Saint-André Séon (VILLE) ;
Église Saint-Barnabé (VILLE) ;
Église Saint-Lazare (VILLE) ;
Château Pastré et son parc (VILLE) ;
Jardin de la Colline Puget (VILLE) ;
Parc Chanot (VILLE) ;
Caserne des Marins-Pompiers (VILLE) ;
Monument aux aéronautes Capazza et Foncière (VILLE) ;
Monument des Rapatriés (VILLE) ;
Obélisque de Mazargues (VILLE) ;
Palais du Pharo (VILLE) ;
Bastide Saint-Joseph et parc du Grand Séminaire (VILLE) ;
Mairie des 13-14e (VILLE) ; Crématorium Saint-Pierre (VILLE) ;
Cité des Associations (VILLE) ;
Citerne des Moulins (VILLE) ;
Halle Puget (VILLE) ;
Piscine Tournesol de la Martine (VILLE) ;
Basilique Notre-Dame de la Garde (DIOCÈSE) ;
Église Saint-Martin d'Arenc (DÉPARTEMENT) ;
Cathédrale arménienne (PRIVÉ) ;
Centre Notre-Dame du Roucas (PRIVÉ) ;
Chapelle Saint-Georges (PRIVÉ) ;
Église orthodoxe grecque de la Dormition (PRIVÉ) ;
Colonne de l'immaculée Conception (PRIVÉ) ;
Maison de Pierre Puget (PRIVÉ) ;
Batterie Fenouil à l'Estaque (PRIVÉ) ;
Villa Gastaud (PRIVÉ) ;
Cheminée rampante de l'ancienne usine Legré-Mante (PRIVÉ) ;
Lycée Montgrand, extension (RÉGION) ;
Lycée Thiers (RÉGION),
Blockhaus du lycée Saint-Charles (RÉGION)
Liste communiquée par la Préfecture

Retrouvez nos articles Politique culturelle ici

Tiens, un facho fait un salut nazi… 

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Bon. L’ultra droite américaine veut déréglementer les réseaux sociaux pour que des propos injurieux puissent s’y tenir librement et sans « modération » ; d’un autre côté, ces mêmes « libertariens » refusent que le fait de tendre violemment le bras soit qualifié de salut nazi ; même lorsque c’est pendant l’investiture du président, à deux reprises, en grimaçant un rictus qu’on peut interpréter comme un mélange de triomphe et de haine. 

Ces libertariens, adeptes du libre échange de propos comme de va- leurs, étant capables de représailles, judiciaires ou non, quand on exerce cette liberté d’expression à leur encontre, nous ne dirons donc pas que ce geste maladroit, chez un homme aux propos fréquemment fascistes, est un salut nazi. 

Prétéritions

Nous ne prétendrons pas non plus que cet homme qui renie sa fille trans, rêve d’un homme nouveau sans « absurdité woke » et se déclare « absolutiste de la liberté d’expression » est un fasciste – même si on ne peut que constater qu’il tient des propos fascistes, soutient un président des États-Unis qui, aussitôt investi, veut envahir la Pologne et est félicité par tous les gouvernements belliqueux, racistes, despotiques et meurtriers de la planète, jusqu’à Mars où les States n’ont pas encore planté leur bannière étoilée mais y songent très sérieusement.

Non. Nous ne dirons rien. Mais Zébuline a quitté X pour Blue sky. Nous cherchons des alternatives à Méta, puisque Zuckerberg devient lui aussi dangereusement libertarien et masculiniste, et ne veut plus modérer ses réseaux. Nous vous invitons à nous suivre, à quitter ces outils qui semblent nous faciliter la communication mais nous rendent dépendants et malléables, férocement binaires, inversant le rapport entre le mensonge et le fait vérifié, le réel et le virtuel, la rencontre humaine et ce qui fait écran.

Rejoignons le réel

Nous vous invitons à rejoindre le réel, celui où les journaux s’achètent et se lisent en les feuilletant, où les journalistes enquêtent librement, recoupent les informations et protègent leurs sources. Celui où les artistes se rencontrent dans les théâtres et les salles de concerts, les vernissages ; les écrivains et les réalisateurs, les scientifiques et les historiens, dans des rencontres publiques, des avant-premières. Celui où l’on discute avec ses amis au restau ou au bar sans regarder l’écran de son téléphone, sans écouteurs dans les oreilles. 

Cette semaine, ce sont encore une fois les artistes et les penseurs qui ont proposé des contrepoids puissants au naufrage politique que nous vivons : une réflexion sur le fascisme avec Tiago Rodrigues ou à L’Istituto italiano, une recherche d’équilibre de suspension et de délivrance avec le cirque, des maisons folies communes à Avignon, des penseurs écologiques avec Opéra Mundi, et des réflexions sur le lien humain sur toutes les scènes.

Rejoignons-les, physiquement, histoire d’imposer nos rêves dans le réel, et de sortir des cauchemars qu’ils infusent à nos pauvres esprits, et jusque dans nos assemblées démocratiques. 

Agnès Freschel


Retrouvez nos articles Société ici

« Brûle le sang », une cité entre anges et démons

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Des bandes criminelles qui se disputent les territoires de vente de la dope. Des mafias de l’Est aux méthodes brutales et définitives. Deux frères antagonistes qui se retrouvent pour l’enterrement du père assassiné. Et l’engrenage fatal de tout polar qui se respecte : a priori rien de neuf sous le soleil dans le synopsis de Brûle le sang du cinéaste franco-géorgien Akaki Popkhadze. Ce thriller, soutenu par les collectivités de sa région et par le CNC, lorgne sur les grands classiques du genre, de Coppola et Scorsese au James Gray de Little Odessa. Les anges et les démons de la Riviera, frères de sang de ceux de Los Angeles.

On entre dans le film par un enlèvement et une exécution de plein jour sur un chantier terreux qui n’est pas sans rappeler le désert californien. Puis dans un appartement modeste de cité, où s’est regroupée la communauté géorgienne exilée. Tristan (Florent Hill) aussi triste que son prénom, judoka et employé dans une jardinerie, se destine à la prêtrise orthodoxe. La mère donne des cours de piano. Le père est chauffeur d’un oligarque russe. Confondu avec son patron, il est abattu à la terrasse d’un café. Pour son enterrement, Gabriel, le frère aîné, incarné par un Nicolas Duvauchelle tatoué et hargneux, revient de Géorgie où il a été exilé après un séjour en prison, rejeté par sa famille et sa communauté. Il retrouve après 10 ans d’absence son ex-complice Marco (Finnegan Oldfield), dealeur défoncé en permanence, décérébré et survolté, neveu d’un parrain auquel Denis Lavant prête son inquiétante étrangeté. En quatre chapitres aux titres bibliques : « Au nom du père », « Vaincre le mal » « Tu ne tueras point » « Console ma peine », s’accomplit la soif de vengeance de Gabriel, le frère maudit, entraînant le pieux Tristan dans la spirale du mal.

Finir dans une benne

Nice, ville dans laquelle le réalisateur vit depuis ses 15 ans, est filmée en contraste entre jour et nuit, entre lieux de plaisirs – plage, villas de luxe et clubs privés – et quartiers populaires avec leur lot de misère et de drames. Derrière l’affiche touristique de la promenade des Anglais placardée sur une vitre dans la première séquence, la réalité moins radieuse.

Le réalisateur dit avoir désiré un « film immersif », sa caméra dansant autour des personnages. Il ajoute avoir voulu parler de sa famille, du milieu d’où il vient. Un monde de masculinité toxique – résumé par la mère (Ia Shugliashivili) seule figure féminine qui déclare avoir supporté tour à tour toutes les humeurs des mâles du foyer. Il dit encore avoir voulu rappeler que « les hommes (qui se croient) forts finissent (souvent) dans des bennes à ordures. »

ÉLISE PADOVANI

Brûle le sang, de Akaki Popkhadze

En salles le 22 janvier

« Shimoni », un drame austère et intense

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« J’ai toujours été fascinée par la capacité des secrets à paralyser, leur capacité à consommer les individus, les familles et les sociétés » déclare la réalisatrice kényane Angela Wanjiku Wamai. Avec Shimoni, son premier long métrage, elle met en scène cette puissance des non-dits, la souffrance lancinante des traumatismes et la violence qu’elle engendre. Shimoni désigne en swahili, une fosse. C’est le nom symbolique du village où Geoffrey, ancien professeur d’anglais, au sortir de sept ans de prison pour féminicide, est conduit par un prêtre. Là, il devra survivre à la liberté comme il a survécu à son incarcération. Là, guidé par le père Jacob (Sam Psenjen), il travaillera à sa rédemption par l’étude de la bible et les taches agraires. Banni par sa famille, haï par sa belle-famille, tenu responsable de la mort de son propre père, c’est le seul endroit qui puisse l’accueillir. Pour autant qu’il n’y soit pas identifié et que personne ne sache rien de son parcours. Ce village est celui de sa grand-mère chez qui il a résidé enfant avec son frère aîné. Village où ils ont été abusés sexuellement par Weru (Daniel Njoroge), un homme qui y vit toujours, en bon père de famille.

Personne ne reconnaît Geoffrey, le citadin intello dont on se moque parce qu’il ne sait pas traire les vaches, ni tenir correctement une scie chez le fabriquant de cercueils qui l’emploie. Le village cancanier se pose des questions et les bons paroissiens professant le pardon des péchés, seront bien prompts au lynchage. Malmené par Grand-mère Martha (Muthoni Gathecha) maîtresse-femme, volubile et roublarde, aguiché par la rieuse Béatrice (Vivian Wambui), obsédé par son passé de victime et de bourreau, isolé dans un silence qui fait cilice, rongé par une rage lancinante, prête à exploser, Geoffrey incarné par Justin Mirichii, reste fermé, concentré sur l’effort de ne pas exploser.

La jeune réalisatrice nous colle au personnage. Elle donne avec parcimonie et très progressivement, les informations nécessaires pour reconstituer un peu de son histoire. Sans flash back sur les crimes commis, sans explicitation, sans sentimentalisme, grâce à la précision de sa mise en scène, elle crée une tension constante. La musique originale du talentueux guitariste Kato Change, l’importance des scènes nocturnes et les cauchemars récurrents du protagoniste, participent à un climat de catastrophe imminente. Chronique de la ruralité kenyane, on entend dans Shimoni, l’anglais, le swahili et le kikuyu – langue natale d’Angela Wamai. On suit la vie d’une communauté autour de son église. On pressent les fractures entre villes et campagnes, les enjeux de l’éducation, les dénis – là-bas comme ici – des crimes sexuels. On entend aussi, en écho à la tragédie de Geoffrey, un conte africain effrayant dans lequel un ogre change un enfant en panier. Dans la vraie vie, les ogres existent. Et leurs petites victimes ne se libèrent jamais de leurs maléfices.

ÉLISE PADOVANI

Shimoni, de Angela Wanjiku Wamai

En salles le 22 janvier

TourbillonS

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Tourbillons © X-DR

La compagnie L’inclinée de Clémence Dieny est basée à Tende, dans la vallée de la Roya, et la chorégraphe née à Grenoble, et formée au Conservatoire national de Paris, a dans la tête et dans le corps l’échelle des vallées alpines, de ses rigueurs et de ses étendues. Le quatuor TourbillonS confronte deux danseurs (Simon Arson et Romain Lutinier) et deux danseuses (Isaure Leduc et SooN) lancés dans l’espace comme des particules élémentaires, à des forces telluriques, des spasmes, des accélérations, des renversements et, bien sûr, des tourbillons. Une métaphore cosmologique sur le bouleversement de la nature, mais aussi sur les atteintes intimes faites aux corps.

AGNÈS FRESCHEL

21 janvier, 19 heures
Klap - Maison pour la danse, Marseille

Vagabondages & Conversations

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© X-DR

Voyez-vous un rapport entre danse et jardinage ? Plus facile à imaginer, la relation que peuvent nouer Christian Ubl et Gilles Clément. La danse du premier est de celles qui se laissent germer, refusent les artifices, s’hybrident des apports du vent, mais aime aussi les composts inattendus et sauvages, incongrus et déroutants. Les textes et les jardins de Gilles Clément sont des arts de vivre, des philosophies modestes du vivant, des gestes, des détails qui, cumulés, font monde. Les deux hommes, sur scène ensemble, vont vagabonder, digresser, construire des pensées et des pensées, en germes et en gestes. En création au Klap !

AGNÈS FRESCHEL

21 janvier à 20h30
Klap - Maison pour la danse, Marseille

Vu 

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Vu © Camille Chalain

Créée en 2012 par la Cie Sacékripa, Vu est un spectacle sans parole qui marie le théâtre d’objets, le cirque miniature et l’art du clown. Étienne Manceau, jongleur de formation et auteur de la pièce, y incarne un personnage atteint de TOC que le public rencontre alors qu’il est en train de préparer le thé de manière très méticuleuse. Mais tout ne se passe pas comme prévu, car sa précision et ses rituels ne lui offrent pas un contrôle absolu sur son environnement et le personnage monte en pression. Dans un décor sobre, avec humour et sensibilité, Manceau multiplie les petits bricolages et détourne lentement des objets du quotidien de leur but premier, révélant peu à peu la psychologie complexe de son personnage.

CHLOÉ MACAIRE

Du 21 au 24 janvier 
Théâtre des Bernardines, Marseille

Biac : Raphaëlle Boitel à l’honneur

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La Bête noire © X-DR

Après Fanny Soriano en 2023 [Lire ici], la Biac met une nouvelle artiste féminine à l’honneur. Une manière de plonger dans l’univers artistique d’une metteuse en scène à travers une partie de son répertoire, soit ici quatre pièces retraçant quasiment une décennie de créations. En filigrane chez Raphaëlle Boitel, une obsession : dire nos maux par le corps, dans des univers léchés offrant toute sa place à l’aérien. Depuis 2012, les pièces de sa compagnies L’Oublié(e) manient le tragicomique pour dire la condition humaine. Tout est déjà là dès 2018 avec La Chute des Anges, une dystopie railleuse dans laquelle un groupe d’humains se voit malmené par les machines (du 15 au 17 janvier, La Criée, Marseille ; 1er et 2 février, Le Liberté, Toulon [Lire ici]). C’est la même puissance cinématographique, sur un plateau baigné de clair-obscur, qui nimbe le majestueux Ombres Portées, créé en 2021. La pièce s’articule autour d’une famille soudée par un secret, qui voit ses membres basculer un à un (23 janvier, La Passerelle, Gap ; 28 et 29 janvier, Théâtre Durance, Château-Arnoux Saint-Auban).

Unité de ton 

L’introspection gagne en intimité – et en intensité – avec un récent diptyque composé de deux formes courtes, portraits successifs de deux jeunes circassiennes se racontant par leur discipline. Solo de la contorsionniste Vassiliki Rossillion, La bête noire met en scène les luttes d’une femme contre ses démons internes, autour d’un agrès d’une inventivité folle, symbolisant une colonne et ses 24 vertèbres ; avec Petite Reine, c’est le vélo acrobatique qui trône sur le plateau, accompagnant le texte loufoque par lequel Fleuriane Cornet nous conte le récit de sa propre chute (du 15 au 18 janvier, Théâtre National de Nice ; du 24 au 26 janvier, Théâtre Joliette, Marseille). La puissance expressive de son travail, Raphaëlle Boitel la doit aussi à la cohésion de son équipe, soudée depuis les débuts ; notamment à la sculpture ciselée sur la lumière opérée par son scénographe Tristan Baudoin, qui confère singularité et unité de ton au répertoire de l’artiste.

JULIE BORDENAVE 

Le Prado, terre de chapiteaux 
Le village chapiteaux du Prado, c’est l’incontournable de la Biac. En face des flots, les toiles dardent leurs mâts vers les cieux azurs pour abriter des propositions éclectiques, à destination de publics variés : jusqu’en février, six spectacles se succèderont, au fil de 42 représentations. Coup d’envoi le 16 janvier avec les trublions de NoFit State Circus – déjà accueillis en 2019 avec l’inoubliable Lexicon – mêlant une énergie punk très british à la démesure d’un grand spectacle osant mettre en valeur des corps différents, un bol d’air au milieu de performances parfois normées ! (Sabotage, jusqu’au 8 février). Le 17 janvier, Fanny Molliens poursuit l’exploration de thèmes métaphysiques avec sa récente création Hourvari, une nouvelle émanation du cirque expressionniste de sa compagnie Rasposo (jusqu’au 26 janvier). J.B.

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