vendredi 27 mars 2026
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Rakata Collective, quand la fête libère

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La collective Rakata, au Talus en juillet 2025 © Renata Pires Sola

Cité queer. Pourriez-vous décrire ce qu’est Rakata et comment ce projet a vu le jour ?

Tomè. Rakata est un projet qui, pour l’instant, se traduit par des soirées de perreo (style de danse issu du reggaeton), mais qui aspire à être bien plus que cela. Il est né de notre envie d’organiser les soirées que nous aimerions voir à Marseille. Donc proposer, depuis nos identités et nos militantismes féministes et queer, des espaces plus libres, inclusifs. Parce qu’on veut que le lieu soit ouvert à tous·tes, que chacun·e vienne comme iel veut, s’habille comme iel veut, et puisse danser comme iel veut, les seins nus, et que rien ne lui arrive.

Wanda. Rakata, c’est un mélange de plusieurs styles musicaux. On ne veut pas se limiter uniquement au reggaeton. Parfois, je joue du reggaeton, mais aussi du dembow, du merengue, de la cumbia ou de la guaracha. Nous venons du monde du neoperreo, le nouveau reggaeton, féministe et queer, et nous avons constaté que cette identité manquait à Marseille. Et à Marseille, qui est une ville immense, inclusive et militante, on s’est dit : « Bon, cette ville est ouverte à ce projet. » C’est aussi important pour nous de travailler avec des artistes locaux. Nous sommes entièrement autogérés, et quand on n’a pas de structure pour nous soutenir, c’est aussi très difficile de faire venir des artistes de l’extérieur. Nous avons donc décidé de mettre en avant et de donner du travail d’abord aux artistes locaux et latino-américains de Marseille.

Vos événements véhiculent des messages politiques et sociaux. Que souhaitez-vous transmettre, quel espace souhaitez-vous créer ?

Andrea. Je pense que si ce collectif me tient tant à cœur, c’est parce qu’il a un sens, une profondeur. Il y a un avant, un pendant, un après Rakata, et un sens global. C’est aussi mettre en avant l’aspect rituel qu’a la fête pour les Latinxs, qui fait partie de notre ADN. Même si c’est pour le plaisir, les lieux de fêtes sont sacrés dans notre héritage ancestral.

Wanda. On s’est retrouvé·es et on s’est dit, des soirées pour s’amuser, il y en a déjà plein. Et on s’est demandé : « Comment peut-on aussi donner une tournure politique à la fête ? » Nous nous sommes dit : « organisons une fête le 8 mars ». Nous voulions vraiment que le 8 mars soit l’occasion de dire « Rakata est politique » et qu’à partir de maintenant, chaque création et chaque performance s’inscrive dans une problématique sociale qui nous touche tous·tes.

Tomè. Lors de l’édition suivante, une femme transgenre avait été assassinée en Colombie, et on s’est dit : « On a envie de parler de ça, du deuil de la communauté trans, de la résilience, du pouvoir ». Pour notre soirée au Talus en juillet, la situation commençait à se dégrader avec toutes les questions liées à la persécution des migrant·es aux États-Unis et dans le monde. On a voulu parler de la colonisation, du pouvoir des communautés autochtones d’Amérique latine. À Halloween, on a parlé des féminicides, de la terreur des structures hétéro-patriarcales…

Wanda. Je pense que ce que nous proposons avec Rakata – et c’est pour ça que nous prenons autant soin de cet espace safe – c’est de nous libérer. C’est vraiment une question de libération et de reconnaissance de nos corps comme sacrés. À travers la performance, les ombres, nous qui sommes nu·es. Alors, nous essayons aussi de proposer cela aux gens qui viennent.

Tomè. Cela va de pair avec le fait que nous avons été confronté·es à des situations de violences sexuelles, lors de soirées Rakata, en particulier lors de celle du 8 mars. Nous avons donc commencé à travailler avec le collectif NousToutes, pour mettre en place des rondes de sécurité, afin de nous assurer que tout se passe bien.

Comment vous a reçu Marseille ?

Tomè. À la première soirée, il y avait plus de monde que d’abonné·es sur Instagram. C’était complètement fou. On a un petit groupe de fidèles, mais aussi toujours de nouveaux visages, de tous horizons.

Andrea. Depuis mon arrivée, je sens que Marseille est un endroit où je peux entreprendre quelque chose et que ça va marcher. Il y a du monde pour tout, c’est une terre fertile, un endroit propice pour faire grandir des « bébé projets ». Cette ville fonctionne vraiment comme un port où se rencontrent de nombreuses communautés, et nous nous comprenons les un·es les autres. J’ai l’impression que c’est une ville qui ouvre ses portes. Mais il manque des espaces pour accueillir tout ce qui est en train de se créer.

À quoi peut-on s’attendre pour la soirée au Petit Cab ?

Andrea. Pour le Petit Cab, comme l’espace est beaucoup plus grand, nous avons investi dans une nouvelle structure scénique. Le spectacle sera un mélange de tout ce que nous avons fait jusqu’à présent, comme on est en mars, on retrouve quelque chose de la soirée du 8 mars. Ce sera intense, avec beaucoup de joie, beaucoup de rage, une présence forte.

Rakata donne une soirée au Petit Cab samedi 28 mars (Friche de la Belle de Mai)

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR PAULINE LIGHTBURNE

Rakata : deux ans de fêtes inclusives

Les soirées Rakata sont de véritables propositions artistiques : un mélange de styles musicaux latino-américains traditionnels et contemporains, de danse, de performances, de jeux d’ombres et de lumières. Après une première soirée au Plan de A à Z en avril 2024, Rakata investit Le Talus, le Boum, le Molotov, le MS Club lors du Festival Calor Méditerranée, mais aussi Dijon, au festival Queer Meine Liebe.

La collective, qui collabore régulièrement avec des artistes locaux latinxs, est composée de Tomè, co-fondateur, chorégraphe et performer résident et vidéaste ; WandaWitt, co-fondatrice, DJ résidente et productrice ; Rafiki, co-fondateur, scénographe et créateur lumière et régie ; et Andrea, performeuse résidente. Après sa soirée du Petit Cab samedi 28 mars, Rakata se produira prochainement au festival Le Bon air. P.L.

La beauté n’est pas là

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Aterballetto Rhapsody in Blue ©Christophe Bernard

Aterballetto est la seule compagnie nationale de danse en Italie, labellisée et soutenue par le ministère. Ses 16 danseurs permanents enchainent les tournées internationales, dansant le répertoire contemporain et passant commande à des chorégraphes internationaux. Le programme proposé à Martigues et Toulon enchainait trois pièces d’esthétiques a priori différentes, mais d’exécution au fond similaire.

Rhapsody in blue, sur le concerto de Gershwin, est une commande aux chorégraphes Iratxe Ansa et Igor Bakovich pour les seize danseurs la compagnie. Leur ordonnancement impeccable suit la musique dans ses élans et ses rythmes, chaloupe comme elle est jazz, s’envole comme elle est classique mais ondule aussi en permanence, comme des lianes reliées dans des figures inspirées, sous la lune pâle puis rousse, dispensant des moments de grâce.

Désasptiser les corps

La reprise de Solo Echo (2012), de la chorégraphe canadienne Crystal Pite, est d’emblée plus décevante. La pièce pour sept danseurs, traversée par le romantisme des sonates pour violoncelle et piano de Brahms, ne fait pas surgir d’émotion de ces corps qui s’enchainent, s’empoignent, s’abandonnent. Pourtant la neige tombe, la mort s’évoque, et les danseurs maîtrisent à la perfection les difficultés d’une danse héritière des techniques classiques et contemporaines, si difficilement conciliables. L’émotion ne surgit pas, comme si la douleur existentielle évoquée par Crystal Pite était étrangère au registre, impeccable, des danseurs.

La troisième pièce, Glory Hall (2025) création de Diego Tortelli, viendra confirmer ce décalage entre ce qui est évoqué et les émotions provoquées. Les quinze interprètes évoquent des univers interlopes, main sur le sexe, corps masculins érotisés, gestes sexuels explicites, mais la musique post rock ne suffit pas à désaseptiser les corps si valides et proprets de danseurs qu’on n’imagine pas perdus dans les souterrains de la nuit.

La danse italienne contemporaine, il y a 20 ans, celle de Virgilio Sieni, Ambra Senatore, Raffaella Giordano… faisait souffler un vent contestataire, ironique, théâtral, inattendu et dérisoire. Une beauté aux ombres sombres, que la pénombre de Glory Hall n’atteint pas.

AGNES FRESCHEL

Spectacle donné les 18, 20 et 21 mars au Liberté (Toulon) et aux Salins (Martigues).

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Le chant des vivants

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© Marseille concerts

Voilà désormais plus de trente ans que Tous les matins du monde a ressuscité un instrument poliment oublié. La viole de gambe, instrument de prédilection de Marin Marais, y servait de relais entre l’esprit des compositeurs et leurs corps ; entre la virtuosité et l’art ; entre les morts et les vivants. Elle s’y révélait comme une sublimation de la voix masculine, consolation de la perte comme de la restitution prêtées à la mue. Un très beau récit, laissant cependant peu de voix aux femmes. C’est aujourd’hui une figure féminine qui s’impose aux manettes de cet instrument. Salomé Gasselin, saluée unanimement, entre autres, l’an dernier pour un enregistrement dédiée à Biber et à Bach, d’une finesse et d’une sensibilité inédites sur ce répertoire. Sans maniérisme, sans sécheresse, la gambiste insuffle aux œuvres choisies une poésie et une vitalité solaires.

Retracer l’Histoire

Le sens de l’Histoire y demeure présent : on découvre ainsi chez Biber, figure chère à Bach, un phrasé éthéré proche de Marin Marais ; lequel réapparaît ensuite chez Bach, dans cette sonate adaptée de l’Hortus Musicus de Reincken. On y découvre également Arnaud de Pasquale en soliste : interprète formé au clavecin comme à l’orgue, le claviériste explorant depuis plusieurs années les orgues baroques du monde entier, rappelle également sur ces pièces précurseuses sa maîtrise du pianoforte – à l’origine du très bel enregistrement Mozart à Paris, 1778. Le phrasé s’affranchit de la pulsation pour mieux faire entendre les textures. Seule sur sa transcription de la célèbre Suite BWV 1008, Salomé Gasselin retrouve ensuite son partenaire sur la plus méconnue BWV 1028, composée spécialement pour ces deux instruments et jouant habilement de leur complémentarité, sur le plan de la tessiture comme sur celui du timbre.

SUZANNE CANESSA

 Le concert a été joué le samedi 21 mars au Palais du Pharo dans le cadre de la saison Marseille Concerts en partenariat avec Mars en Baroque.

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Les objectifs en commun

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© Fiona Ramage

Depuis 2022, la Villa Albertine – programme de résidences artistiques entre la France et les États-Unis – a lancé son dispositif Cité/City entre Marseille et Atlanta. Deux villes, deux métropoles, chez qui la Villa Albertine a vu des accents communs. Les deux connaissent une grande attractivité culturelle depuis 10 ans ; les deux sont marquées par une identité forte ; les deux, aussi, connaissent de fortes inégalités sociales. Après avoir déjà lancé ou accompagné plusieurs projets de résidences entre les deux villes, elle convie cette fois quatre photographes pour croiser les regards entre ces deux villes : les Marseillais·es Yohanne Lamoulère et Geoffroy Mathieu sont parti·es à Atlanta, Joshua Dudley Greer et Nydia Blas sont eux venu·es à Marseille. Le rendu de cet échange est à décourvrir jusqu’au 3 mai à la Friche la Belle de Mai (galerie Salle des Machines).

Deux Américains à Marseille

À l’entrée, il y a d’abord les paysages de Joshua Dudley Greer. Ils sont urbains, minéraux, laiteux, un ensemble de photographies prises du Nord au Sud de Marseille, avec la mer souvent dans le dos, ou qui tape l’incruste dans le cadre. S’il présente des photos de paysages, qui dessinent ensemble un portrait de la ville, il n’oublie pas pour autant les Marseillais. Un groupe d’écoliers qui fait face à un amas de déchets, des badauds à la plage. Ils sont statiques, captés dans leur rien avec une définition à peine croyable.

Le travail de la photographe Nydia Blas est tout autre. Elle a décidé de suivre des adolescent·es de la Belle de Mai, membres de la Coopérative Jeunesse de Service, portée par la ligne de l’Enseignement, Inter-made et la Friche. Il en sort un travail aux tons chauds, et obscurs, où surgit de l’ombre les regards de cette jeunesse, sa solidarité, sa sororité. Les tirages, qui semblent être couchés sur de la soie, savent s’arrêter sur les gestes, et la matière – marine, végétale ou calcaire – et frappent par une poésie qui irrigue tout son accrochage.

Deux Marseillais à Atlanta

Après les Américains à Marseille, voici les Marseillais à Atlanta. Yohanne Lamoulère a choisi de s’intégrer à trois fanfares de lycées d’Atlanta. Une série qui présente des portraits d’une jeunesse pleine d’assurance, voire de défiance, captée en format carré avec un Rolleiflex. Puis des photos qui prennent plus de recul, et de hauteur, qui offre un autre point de vue sur cette jeunesse qui semble habitée d’esprit de corps, et de fierté.

Quant à Geoffroy Mathieu, il a choisi de découvrir cette grande ville américaine à pieds, ce qui n’est pas chose aisée. Dans sa série, on y voit tous les obstacles qui se dressent devant lui. Les panneaux de circulation omniprésents, le bitume fracassé, et le soleil qui tape contre lui. Un autre point commun avec Marseille ?

NICOLAS SANTUCCI

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Ente grande musique et mémoire

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Yulianna Avdeeva © Maxim Abrossimow

Treize ans après sa création par Renaud Capuçon et Dominique Bluzet, le Festival de Pâques s’impose comme l’un des événements musicaux qui compte en Europe. Avec 900 artistes, 21 concerts payants et 100 événements gratuits, dans les conservatoires, les villages mais aussi les écoles ou les hôpitaux, l’édition 2026 affiche son ambition artistique et marque l’essor de nouvelles initiatives solidaires.

Le Grand Théâtre de Provence (GTP) est le cœur du festival. C’est là que se joueront les grandes soirées qui font salle comble. Top départ, le 28 mars, avec l’Orchestre national de Lille – sous la baguette Joshua Weilerstein – et le violoniste Renaud Capuçon. Le programme débutera avec la Symphonie n°2 d’Elsa Barraine, suivie du Concerto pour violon de Samuel Barber et de la Symphonie n°1 en ut mineur de Brahms.

Le lendemain, le Requiem de Verdi dirigé par Gianandrea Noseda, et interprété par l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Zurich, ouvrira la séquence « sacré » du festival. Lui succèderont, le 1ᵉʳ avril, l’incontournable Jordi Savall, en compagnie du Concert des Nations et de La Capella Nacional de Catalunya pour deux œuvres religieuses : Le Christ au mont des Oliviers de Beethoven et Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix de Haydn. La Passion selon saint Jean de Bach résonnera, elle, le 3 avril, grâce au souffle de la cheffe Camille Delaforge et d’Il Caravaggio, son ensemble sur instruments d’époque et le concours des chanteurs et chanteuses d’Accentus.

Le point fort de la saison est la résidence de l’Orchestre philharmonique de Munich sous la direction de Lahav Shani, l’une des baguettes les plus convoitées de sa génération. La soirée de clôture, le 12 avril, réunira Renaud Capuçon et la phalange munichoise autour d’un programme Chostakovitch-Brahms qui promet d’être inoubliable.

Argerich, la légende vivante

Martha Argerich est de retour à Aix. À 84 ans, la pianiste argentine reste une force de la nature, dont chaque apparition sur scène fait l’événement. Pour son premier concert au festival, le 10 avril, elle retrouve Lahav Shani et l’Orchestre philharmonique de Munich autour de Mahler et Beethoven. Pour le second, le lendemain, elle partagera la scène avec Renaud Capuçon avec un programme Mozart, Debussy et Schumann. Deux soirées où l’on peut s’attendre à cette alchimie qu’Argerich installe dès qu’elle pose les doigts sur un clavier et qui fait d’elle une interprète sans équivalent.

Chamayou, le défi Liszt

Si Argerich incarne la légende, Bertrand Chamayou, lui, est la fierté de la nouvelle génération française. Après l’intégrale pour piano de Ravel l’année dernière au GTP, il relève cette année un nouveau défi : interpréter les deux concertos pour piano de Liszt. Il se produira le 5 avril aux côtés de l’ensemble Les Siècles, qui jouera sur instruments d’époque des extraits de Parsifal et de Tristan et Isolde de Wagner, révélant les liens profonds entre Liszt et son gendre Wagner, leur estime mutuelle, leur amitié fertile.

Parmi les autres solistes de tout premier plan qui se succèderont sur la scène du GTP, on peut noter la soprano américaine Nadine Sierra, les pianistes Yulianna Avdeeva, Mao Fujita, Mikhail Pletnev, Jean-Frédéric Neuburger et Jean-François Heisser, le violoniste Gidon Kremer, le flûtiste Emmanuel Pahud et, bien sûr, les deux frères Capuçon, qui interpréteront le Double Concerto de Brahms en compagnie de l’Orchestre de Chambre de Lausanne.

Mémoire au Camp des Milles

Au-delà de son excellence artistique, le Festival de Pâques a toujours revendiqué une dimension citoyenne et solidaire. Le 29 mars, une journée en collaboration avec le Site-Mémorial du Camp des Milles, baptisée « Penser, ne pas oublier », proposera une réflexion croisée sur la place de l’art face aux fractures de l’Histoire. Seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, le Camp des Milles fut aussi un foyer de création intense durant l’été 1942. Pour de nombreux prisonniers, peindre, écrire ou composer constitua alors l’ultime rempart contre la déshumanisation. Ce jour-là, les musiques de Gideon Klein, Hans Krása, Erwin Schulhoff et Viktor Ullmann résonneront avec intensité, éclairant les mécanismes humains qui mènent au pire ou, au contraire, permettent de résister.

La journée s’articulera autour de deux tables rondes animées par l’anthropologue des religions Alain Cabras. La seconde réunira Delphine Horvilleur, rabbin et auteure, et Laurent Berger, autour d’un dialogue entre engagement spirituel, responsabilité sociale et mémoire.

En point d’orgue, Renaud Capuçon au violon, Paul Zientara à l’alto et Krzysztof Michalski au violoncelle interpréteront les Variations Goldberg de Bach ainsi que l’Hymne des Milles, œuvre écrite en 1939 à l’intérieur même du camp par Max Schlesinger, musicien et poète interné.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Festival de Pâques
Du 28 mars au 12 avril
Aix-en-Provence

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Le Chœur des Mères

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Pierre et Gilles, La Vierge à l’enfant, Hafsia Herzi et Loric, 2009. Installation à l’église Sainte Eustache, dans le cadre de « La force de l’art », Paris, avril 2009. 260,5 x 194,5 cm (avec cadre). Collection Pierre et Gilles © Pierre et Gilles

Au Mucem, l’exposition Bonnes Mères interroge la figure maternelle dans toute sa complexité. Pensée en co-commissariat avec la Fondation des femmes, elle s’ancre dans une démarche résolument située : « interroger la notion de bonne mère » (Caroline Chenu) et donner à entendre « ce que les mères ont à dire de notre société » (Anne-Cécile Mailfert). Une collaboration dont le président du Mucem reconnaît lui-même la portée, affirmant avoir « beaucoup appris », notamment sur des réalités encore peu visibles comme la dépression post-partum.

De la déesse antique aux luttes actuelles pour les droits reproductifs, Bonnes Mères met en tension les représentations idéalisées et les expériences vécues, dans un parcours où dialoguent œuvres patrimoniales, créations contemporaines et perspectives civilisationnelles. Fidèle à la signature du musée, l’exposition mêle ici avec une justesse rare et précieuse l’artistique, le culturel et le politique – sans jamais chercher à lisser son propos.

Sublimer la mère, fabriquer un mythe

Dès les premières salles, l’exposition donne à voir la puissance des images qui ont façonné la maternité. Figures antiques, Vierges, archétypes nourriciers : tout un pan de l’histoire visuelle construit une mère idéale, féconde, protectrice, sacrée. La spectaculaire Artémis d’Éphèse, avec ses multiples attributs de fertilité, incarne cette abondance mythifiée.

En regard, Nature Study (1984) de Louise Bourgeois déplace cette image vers une maternité plus organique, presque troublante, où le corps maternel se fait sphinge, gardant férocement son intégrité. Ce dialogue est l’un des plus justes de l’exposition : il ne contredit pas le mythe, il le fissure.

Plus loin, la Vénus (Alimata) (2024) de Prune Nourry prolonge le travail déjà puissant qui est devenu un des plus visités du Château La Coste – Mater Earth. La figure demeure sacrée mais s’hybride également dans l’œuvre de Fatima Mazmouz (SuperOum Zelij – Mères culturelles, 2022). La réflexion s’y prolonge en inscrivant la maternité dans des récits contemporains, diasporiques, politiques.

Même la Niobé (2013) sculptée par Laurent Perbos – figure mythologique condamnée à pleurer éternellement la mort de ses enfants pour avoir défié les dieux – rappelle que la maternité n’a jamais été univoque : elle est aussi traversée par la perte, la faute, la douleur. Les larmes y deviennent une matière artistique à part entière, avec tout ce que la représentation relève de questions autour de l’exploitation.

Et puis il y a ces correspondances sensibles, notamment entre le pendentif portugais « cœur de Viana » et le monumental Cœur indépendant rouge (2008) de Joana Vasconcelos : cette même iconographie, entre tradition populaire et monumentalité contemporaine, où l’amour maternel oscille entre tradition intime et geste spectaculaire.

Corps maternels : expériences, douleurs, réalités

L’exposition nous plonge alors dans les réalités concrètes des corps. Les broderies d’Édith Laplace évoquent ainsi avec une pudeur saisissante l’endométriose et l’adénomyose, rappelant combien ces douleurs féminines, et leur impact sur la santé physique et psychique de femmes à la fertilité gravement atteinte, restent invisibilisées. À proximité, la présentation d’objets liés à l’avortement clandestin vient brutalement inscrire la maternité dans l’histoire des contraintes, des interdits et des luttes.

Ce dialogue entre art et documentation culmine avec une œuvre de Vincent Aitzegagh qui revisite la Vierge à la chaise de Raphaël : couleurs altérées, fragment manquant comme à un puzzle – une métaphore bien sentie des parcours de PMA (2018). Placée face à une carte du bassin méditerranéen détaillant l’accès à l’avortement et à la procréation médicalement assistée, elle adosse une dimension géopolitique à celle de l’intime. Rappelant combien l’un demeure inséparable de l’autre.

Entre fiction et vérité

L’un des grands mérites de l’exposition est d’assumer pleinement l’artificialité des images sans jamais les disqualifier. La célèbre photographie de Pierre et Gilles mettant en scène Hafsia Herzi, son fils assis sur ses genoux, en Bonne Mère marseillaise, en est un exemple éclatant : stylisée, presque irréelle, elle touche pourtant à une vérité émotionnelle immédiate.

Ce principe irrigue aussi la vidéo introductive Keening de Ruth Patir, où des Vénus callipyges générées par l’intelligence artificielle semblent reprendre le pouvoir sur un (hyper)réel. Déstabilisante, l’œuvre dit quelque chose d’essentiel : la maternité est un récit en constante réécriture, aujourd’hui traversé par les technologies autant que par les héritages.

Le parcours s’autorise aussi des respirations plus légères – mais jamais anodines. Une citation de Jul, la photographie tendre et décalée de Denis Dailleux montrant un bodybuilder égyptien aux côtés de sa mère, ou encore les œuvres de Niki de Saint Phalle et Baya rappellent que les liens maternels échappent aux modèles : absents, débordants, ambivalents, parfois conflictuels.

À l’image du travail en forme de vitrail de Clara Rivault, réactivant une forme de sacré sans dogme, où le féminin se redéfinit sans tabou ni artifice. Une spiritualité recomposée, à hauteur d’expérience.

SUZANNE CANESSA

Bonnes Mères
Jusqu’au 31 août
Mucem, Marseille

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  • Louise Bourgeois, Nature Study, 1984. Tirage en porcelaine (2005). 72 x 36,3 x 41,5 cm. Manufactures nationales, Sèvres & Mobilier national © Adagp, Paris, 2026 ; Gérard Jonca / Manufactures nationales, Sèvres & Mobilier national
  • Vierge noire, France, XVe siècle. Bois sculpté et peint. 42 x 25 x 13 cm. Mucem, Marseille © Mucem / Marianne Kuhn

Le Printemps est bien engagé !

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Occupations (C)Watermelon Pictures

Depuis dix ans, hommes et femmes, passionné.e.s  de cinéma et impliqué·es dans la vie sociale et politique organisent un festival, proposant fictions et documentaires sur les luttes de notre monde. Cette année ce sera du 27 mars au 3 avril : le film collectif, La vie est à nous, projeté le 2 avril au Vidéodrome 2 est emblématique de ce Printemps engagé#10, tissé avec les cinémas et associations marseillaises.

Films en avant-premières comme le documentaire de Pierre Carles, L’Affaire Abdallah, un film enquête sur ce militant communiste libanais, incarcéré près de 41 ans en France. (27 mars au Gyptis) ou celui de Lucrecia Martel, Nuestra Tierra, combat de la communauté des Chuschagasta et réflexion sur la relation entre territoire, identité et justice (le 3 avril à la Baleine). C’est une autre lutte que suit Fanny Paloma Escobar dans Pilleurs de Terre, celle de communautés autochtones dont les terres ont été accaparées par des filiales agro-industrielles du groupe Bolloré. L’Evangile de la Révolution (Variétés le 30 mars) qui raconte l’histoire du rêve révolutionnaire en Amérique latine à travers la participation des chrétiens à ces luttes, sera au Variétés le 30 mars en présence de son réalisateur, François-Xavier Drouet. Occupations de Kei Pritsker et Mickael T. Workman qui retrace l’occupation en solidarité avec Gaza de l’université de Columbia à New York sera projeté le 28 mars au Gyptis. Je suis la nuit en plein midi, un documentaire-performance tourné à Marseille, sera présenté par son auteur, Gaspard Hirschi le 3 avril à la baleine. Il y aura aussi des courts métrages dont 3 tournés à Gaza, une lecture théâtralisée, un film d’animation Dounia et la princesse d’Alep avec un débat philo pour les enfants. Toutes les projections sont suivies de discussions, de débats animés par des spécialistes des questions abordées dans les films ou / et d’associations et de citoyen.ne.s engagé.e.s.

Sans oublier, hors Marseille, au cinéma Les Lumières de Vitrolles, le 31 mars,  le beau film Girls for to-morrow (https://journalzebuline.fr/une-decennie-avec-elles/)  en présence de la réalisatrice, Nora Philippe. Le groupe musical  féminin, Medusa Cumbia clôturera la soirée vitrollaise.

Le programme est ici : https://printempsfilmengage.fr/

Annie Gava

Vrai de vrai #7 :  C’est gratuit !

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Adieu sauvage de Sergio Guataquira Sarmiento 

Les cinéastes de l’AARSE ((https://journalzebuline.fr/ce-qui-nous-reunit-cest-lamour-du-cinema/proposent de faire découvrir 6 films autour de la question « Partir ou rester ? » choisis parmi les 30 étoiles de la Scam, le meilleur de la création de l’année .Il y aura  aussi une master classavec le réalisateur Nicolas Peduzzi, une table ronde sur la série documentaire et, pour la clôture un DJ set en hommage à DJ Mehdi.

Pour commencer, le  26 mars à 18h, État limite de Nicolas Peduzzi (https://journalzebuline.fr/lhopital-en-burn-out/), Prix spécial du public et Prix du public, Filmer le travail 2024. Et à 21h, ce sera Adieu sauvage ·de Sergio Guataquira Sarmiento : le cinéaste retourne en Colombie pour réaliser un film sur une épidémie de suicides dans les communautés amérindiennes, l’occasion de renouer avec ses racines oubliées.

 Le lendemain à 18h, Julie Talon, nous parlera de Laetitia, consacré à l’ex-championne du monde de boxe thaï. Et à 21h, Nicos Argillet et Stéphane Correah présenteront Varado : au bord du fleuve, une poignée d’orpailleurs sont venus dans l’espoir d’arracher leur subsistance aux boues aurifères d’Amazonie.

Le 28 mars à 17h30, Alexander Markov accompagnera Un bonheur hydroélectrique, inspiré d’une histoire vraie : un ingénieur soviétique participe à la construction du barrage d’Assouan…

 En clôture, ce sera DJ Mehdi – Made in France de Thibaut de Longeville, une série en en 6 épisodes qui dessine le portrait de Mehdi Faveris-Essadi, aka DJ Mehdi : à seulement 12 ans, il s’est lancé dans une carrière qui a bouleversé le monde du rap et la culture électro. Thibaut de Longeville parlera après le 2e épisode de cette série multi récompensée : Victoire Création audiovisuelle, Victoires de la Musique 2025 · Meilleure Série Documentaire, Cannes séries 2024 · Prix spécial du jury Sacem 2024 · Étoile de la Scam 2025.

Annie Gava

https://aarse.fr/vdv

Photo : Adieu sauvage de Sergio Guataquira Sarmiento 

Cours vers les courts !

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Saillie de Aude Turies (C) Manifest

 Du 25 au 31 mars, partout en Fance, c’est La Fête du Court Métrage, une manifestation qui donne à la forme courte toute sa place sur grand écran. Dans la région ce sont deux structures, Des courts l’après-midi ( https://www.descourtslapresmidi.fr/) et Le Festival Tous Courts d’Aix ( https://festivaltouscourts.com/) qui coordonnent et organisent cet événement.

Ainsi les publics marseillais et aixois pourront découvrir la forme courte dans plus d’une dizaine de salles de cinéma Le Miroir, le Videodrome 2, Le Gyptis, Les Variétés, La Baleine, l’Artplexe Canebière, Le Pathé Madeleine l’Alhambra, Le Renoir, l’Institut de l’Image ainsi qu’à la Plateforme, la bibliothèque l’Alcazar et dans des maisons de quartier.

 Projections, master-class comme celle de la cinéaste Chloé Mazlo, autour du thème du langage émotionnel que permet l’animation. Des ateliers et des rencontres discussions.

 En ouverture le 25 mars à 20h30, au cinéma Artplexe, les Coups de cœur du plus grand festival de courts métrages, celui de Clermont- Ferrand (https://www.lecourt-clermont.org/) . Ce ne sera pas le seul partenariat, il y aura aussi quatre courts métrages issus de la section jeune création du Festival Le Festival international du film documentaire de Biarritz (https://www.fipadoc.com/fr) ainsi qu’une sélection de quatre courts du Festival Les Mains Gauches (http://lesmainsgauches.fr/)  collectif queer féministe. Sans oublier le 26 mars à 20h30, La projection Cannes Tout courts, des films de la Sélection Officielle 2025.

Les 27 et 28 mars plusieurs séances de courts sont proposées à La Plateforme (ex-Dock des Suds) et des cartes blanches sont offertes aux différentes écoles de cinéma de Marseille dans le cadre de « Marseille fait son cinéma »

Pour clôturer, cette Fête du court métrage, en partenariat avec le Festival Music & Cinema Marseille( https://www.music-cinema.com/fr/ ) et l’association SudAnim (https://www.sudanim.fr/ ), à l’Artplexe à 20h30,  projection d’une sélection de films d’animation aux tons et aux formes multiples, portés par une musique originale puissante.

Il y en aura donc pour tous les goûts !

On peut trouver toute la programmation de la région sur www.lafeteducourt.com

Annie Gava

Photo : Saillie d’Aude Thuries © Manifest

Les propriétés étonnantes

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Benjamin Dupé © X-DR

La compagnie Comme je l’entends, fondé par le compositeur et metteur en scène Benjamin Dupé propose chaque mois les « Passages Secrets » dans le cadre de sa résidence à la Citadelle de Marseille. Pensé comme une fenêtre sur le travail en cours, chaque rendez-vous prend une forme différente. Cette fois, le public va découvrir une avant-première des Propriétés étonnantes : une performance de guitare solo. Benjamin Dupé propose une performance improvisée et « augmentée » en alliant les modes de jeu et sa technique instrumentale de la guitare classique à un dispositif technologique, transformant les sons en une multitude de particules sonores se diffusant à travers l’espace. L.S.

24 et 25 mars

La Citadelle, Marseille

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