mercredi 26 août 2026
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Marine Wallon, ouvrir le geste

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Oga, 2020, huile sur toile, 40x55cm, collection privée © Nicolas Brasseur, Adagp, Paris 2026

Les tableaux de Marine Wallon invitent à la contemplation : ici une plage bordée de falaises, là une forêt, ici un berger et ses moutons, ici encore, une barque sur l’eau calme. En témoigne aussi, son hommage au tableau Le voyageur contemplant une mer de nuage de Friedrich. Chez Marine Wallon, les couleurs sont franches, et ses tableaux portent un fort esthétisme. Son œuvre s’inspire notamment de peintres des années 1980 comme la Suédoise Mamma Andersson ou le Polonais Adam Adach. Chez Andersson, on retrouve l’esthétisme, les sujets naturels, les gammes de couleurs harmonieuses. Chez Adach, l’aspect brut du trait, les sujets humains en action. Son regard d’artiste, elle le doit aussi au cinéma, avec les œuvres de Pasolini ou de Godard. Un sens du cadrage et de la narration que l’on retrouve dans ses tableaux.

L’art et la matière

En utilisant des outils destinés à la construction, comme des brosses, des truelles, elle recrée des endroits souvent imaginaires. Le lâcher-prise de son travail, elle l’a trouvé au fil de longues recherches sur l’histoire de l’art. L’artiste de 41 ans, diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2009, explore la peinture à l’huile depuis deux décennies. Son travail se situe à mi-chemin entre figuration et abstraction : des personnages se dessinent dans des paysages aux traits lâchés, vibrants, réalisés avec une grande maîtrise.

Chez Marine Wallon, saute aux yeux son travail des couleurs, savant mélange de chaos coloré et de maîtrise technique. « C’est sa première exposition dans une institution muséale, explique Elisa Farran, co-commissaire de l’exposition. Pour elle, c’est un symbole fort d’être exposée dans un lieu lié à van Gogh ». Marine Wallon avait déjà exposé au musée Estrine en 2023, lors d’une exposition collective. A peine trois plus tard, elle porte l’affiche toute seule, avec brio.

MONA LOBERT

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La création à domicile

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© C.L.

Gide, Cocteau, Dalí, Man Ray… La Villa Noailles a toujours été un repère d’artistes. Nichée sur les hauteurs de Hyères, la bâtisse conçue par Robert Mallet-Stevens en 1923 s’est, au fil du temps, imposée comme un lieu artistique incontournable. Si elle est ouverte au public depuis plusieurs décennies, l’année 2026 a une saveur particulière puisque la Design Parade, initiée par la Villa, fête un double anniversaire : 20 ans pour son volet design d’objet et 10 ans pour l’architecture.

Du 25 juin au 30 août, les vingt finalistes exposent exceptionnellement leurs projets, habituellement répartis entre Hyères et Toulon, dans les espaces de la Villa Noailles. Quatre femmes orchestrent cette édition, dont Sofia Lagerkvist et Anna Lindgren, du studio suédois Front, et présidentes du jury Design Parade objet. En laissant carte blanche aux artistes, la Villa promet un voyage aussi poétique que singulier.

Design et réflexion

Pokémon, commodes, chaises, lampadaires ou encore horloges : dans des salles aux tonalités colorées, l’exposition design d’objets donne à voir une multitude de créations. Dans une première salle rouge ocre, impossible de ne pas s’arrêter devant les statuettes Pokémon de Tin Ayala. À travers sa pièce Huacos, le chercheur et designer, lauréat du Grand Prix du Jury Design Parade objet, mêle pop culture, archéologie et céramiques précoloniales andines. Derrière ces figurines en céramique, il entend déconstruire l’idée selon laquelle mondialisation et cultures locales ne pourraient coexister.

À quelques mètres, LODMRYD (Que les anciens morts cèdent la place aux jeunes morts), Maïté Seimetz présente une série d’objets à la fois familiers et étranges. Ici, les chaises deviennent hostiles. Si son mobilier n’invite pas à prendre place, l’invitation est tout autre, il faut regarder. En mêlant artisanat, céramique et impression 3D, Maïté Seimetz questionne en réalité l’anthropocentrisme et la vision essentiellement fonctionnaliste du design. Chaque objet est une histoire, une interrogation, une réaction portée par un artiste.

Shahar Livne s’intéresse quant à elle au caoutchouc, omniprésent mais porteur d’un héritage colonial trop souvent oublié. De l’exploitation du Congo aux plantations d’Indonésie, son projet Le lait du Diable : histoires du caoutchouc naturel révèle la violence liée à cette ressource et interroge notre rapport aux matières premières. Puis, dans une pièce bleue qui rappelle la mer, d’autres œuvres dialoguent. Matisse Vrignaud et Lundja Medjoub revisitent les horloges à feu, anciens instruments de mesure du temps par combustion et posent la question : qu’avons-nous perdu lorsque le temps est devenu un outil de contrôle plutôt que de contemplation ?

Réemployer

Si le concours de design objet investit les grandes salles, celui d’architecture confie à chaque finaliste une pièce entière à aménager. Les dix lauréats transforment ainsi chaque salle en un véritable décor, réinterprétant les espaces historiques de la demeure. Chaque salle ouvre un nouvel univers, à l’image d’un décor de cinéma, mais avec des préoccupations bien éloignées des blockbusters hollywoodiens : écologie, Méditerranée et réemploi traversent une grande partie des projets.

La Maison jaune de Boris Cojean plonge le visiteur dans un paysage inspiré des peintures impressionnistes provençales, notamment de Vincent van Gogh. Réalisée en cire, matière éphémère et entièrement réutilisable, l’installation développe l’idée de transformation des matériaux.

Le réemploi est également au cœur d’Overflowed, du duo Carlotta Lagazzi et Yohann Hubert. À partir de coques, de voiles et de résidus issus du nautisme de plaisance, les deux artistes imaginent un salon de rêverie pour navigateurs à terre. Les déchets nautiques deviennent ici de véritables gisements de matériaux plutôt que de nouvelles ressources à exploiter.

Même constat avec Marion Moustey, qui imagine Le Bureau du Poète – co-conçu avec Ewerton Alves -, un espace intemporel conçu à partir des ressources du territoire méditerranéen. Épluchures de courgettes, pierre, bois de réemploi, lin, laine ou lavande composent un lieu où le temps semble s’être arrêter. Une invitation à regarder, écouter, écrire… et surtout ralentir. Si chaque projet réinterprète les espaces historiques de la villa et pose la question de : comment l’habiter ? En filigrane, une autre interrogation subsiste : comment habiter le monde de demain ?

CARLA LORANG

Design Parade
Jusqu’au 30 août
Villa Noailles, Hyères

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La danse des grands hommes

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Mycelium, Christos Papadopoulos © Agathe Poupeney Marie Albert, Jacqueline Bâby, Edi Blloshmi, Eleonora Campello, Katrien De Bakker, Abril Diaz, Jade Diouf, Alvaro Dule, Brendan Evans, Paul Grégoire, Jackson Haywood, Amanda Lana, Marco Merenda, Albert Nikolli, Leoannis Pupo-Guillen, Noëllie Riou, Anna Romanova, Raul Serrano Nuñez, Giacomo Todeschi, Kaine Ward, interprète Mycelium CHORÉGRAPHIE Christos Papadopoulos , ASSISTANT CHORÉGRAPHIQUE Georgios Kotsifakis , MUSIQUE Coti K. , LUMIÈRES Eliza Alexandropoulou , COSTUMES Angelos Mentis , Création 2023 - Ballet de l'Opéra de Lyon © Agathe Poupeney / Divergence-images.com - 07/09/2023 - Opéra national de Lyon - Lyon

La recette de Vaison Danses est simple : il s’agit de programmer les plus prestigieuses compagnies de danse. Dans une certaine variété d’esthétiques, même si toutes défendent une danse qui s’engage physiquement, dialogue avec la musique, et crée des spectacles à la hauteur du Théâtre antique, impressionnant de hauteur. Pas question de prendre de risques : les ballets accueillis doivent remplir l’amphithéâtre et satisfaire un public international de vacanciers réguliers qui attendent une belle danse, pas forcément transgressive, mais contemporaine, et léchée. Pour autant, l’absence de chorégraphe femme cette année dans le théâtre antique est choquant.

Pour fêter ces 30 années, le directeur artistique, Pierre-François Heuclin, a fait appel, le 10 juillet, à Jean-Christophe Maillot et son Ballet de Monte-Carlo. Core Meu, reprend et augmente une pièce créée en 2017 sur le sacrifice. Avec désormais 50 danseurs et un ensemble musical, c’est un hommage à Béjart qui reprend, en particulier, la ronde collective, épuisée, de son Boléro mythique.

Hofesh Shechter porte lui aussi une danse très physique, et des épuisements. Mais au geste parfait, ample et placé il préfère la vitesse débridée et le poing levé, l’ambiguïté, la blessure qui se combat par le choc et l’énergie. In the Brain, sa nouvelle pièce, est dansée le 15 juillet par son ballet II, 8 jeunes danseurs internationaux qui n’ont rien à envier à sa compagnie I. Et qui sont aussi virtuoses dans des contextes de rave ou de clubbing que lorsque les souvenirs de danses diverses, folkloriques, leur remontent dans le cerveau.

Le 18, place au ballet de l’Opéra de Lyon avec Mycelium, de Christos Papadopoulos, qui propose une danse inspirée des réseaux végétaux, des organismes collectifs, des mouvements cellulaires. Une danse du contact, douce et ample, avant l’arrivée du Ballet de Tunis, avec le Carmen d’Abou Lagraa, le 22 juillet. Ou plutôt les Carmens, femmes libres méditerranéennes, multiples, qui affirment leur désir et leur liberté jusqu’au face à face avec la violence des hommes.

C’est le Ballet Biarritz de Christophe Malandain qui viendra, le 25 juillet, clore le festival dans le Théâtre antique, pour une soirée exceptionnelle, puisque le chorégraphe quitte la direction du Ballet. Le programme Juste une dernière danse repose sur trois pièces classiques (Poulenc, Mozart, Ravel) dont son boléro, pour 12 danseurs.

Les femmes au Nymphée

À ces cinq soirées prestigieuses sans chorégraphes femmes s’ajouteront quatre soirs plus intimes, et un brin plus féminines, au Théâtre Nymphée : le 17 juillet de jeunes danseurs interprèteront du Mourad Merzouki, mais la scène partagée du 20 juillet reposera sur trois chorégraphes lauréat·es de concours internationaux, dont deux femmes. Celle du 11 juillet propose une pièce pour jeune public de Caroline Breton, Euphoria, drôle et colorée. Et le 13 juillet le Ballet junior Preljocaj reprendra Near Life experience, une très belle pièce du chorégraphe sur les limbes, le passage entre la vie et la mort, et l’inverse aussi, tissé par des bocaux et des fils rouges. Un équilibre F/H dans le petit théâtre, qui devrait pouvoir aussi s’inscrire au Théâtre antique ?

AGNÈS FRESCHEL

Vaison Danses
Du 10 au 25 juillet
Théâtre Antique et Théâtre du Nymphée, Vaison-la-Romaine

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« Mon travail, ce n’est pas le discours, mais comment le corps bouge »

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Angelin Preljocaj, Requiem(s) © Didier Philispart

Zébuline. Pourquoi reprendre cette forme à l’Archevêché ?
Elle est encore au répertoire de nos tournées, et l’Archevêché appelle de très grandes formes, par sa taille et son architecture. La pièce a été créée à la Villette il y a 2 ans, l’idée me travaillait depuis longtemps. Il y a toujours ce truc avec le requiem, cette forme qui a quand même produit tant de chefs-d’œuvre, qui donne envie d’y aller. Mais après vous pensez à Mozart, qui est mort en écrivant le sien, et si vous êtes un peu superstitieux…

Pour moi, il y a trois ans, il était temps. Mes parents sont morts à 6 mois d’intervalle, je me suis dit tu attends quoi ? De toute façon à ce moment, je ne pouvais parler que de deuil, de perte, de souvenirs et de ce manque que l’on éprouve quand on devient orphelin.

La pièce, pourtant, ne parle pas que de ce deuil intime…
Non. Requiem(s) est au pluriel parce que les morts sont multiples. Parce qu’elles ne sont pas égales. Quand un homme de 95 ans meurt, la peine de son fils est immense, mais consolée quand même, atténuée, rendue plus douce par le fait qu’il a eu l’espace d’exister. Quand un gamin de 8 ans meurt à Gaza sous les bombes c’est atroce, révoltant, insupportable. Le deuil aussi à ses nuances, le requiem pour un génocide, pour une guerre, ce n’est pas pareil. Le trajet de Requiem(s) c’est de passer de l’intime à la notion d’humanité. De faire ressentir intimement, aussi, les deuils à grande échelle que nous sommes en train de vivre.

Le rituel de la mort fait de nous des humains. Durkheim a montré que le rituel de l’enterrement, ou tout autre rituel d’adieu aux morts, signait l’entrée dans une société humaine. Il est commun à toutes, sous des formes diverses. On n’abandonne pas ses morts au bord de la route.

Requiem(s) est aussi au pluriel parce que plusieurs musiques s’y succèdent…
Oui. On y entend du Mozart, mais aussi System of a Down, ce rock lyrique, violent, métal, puissant et révolté, quand il est question de torture et de génocide. Aussi du Messiaen, parce qu’un requiem est aussi une messe et que des images chrétiennes sont présentes dans notre perception de la mort. Et des chants médiévaux, liés à la grande peste noire, une histoire qui nous guette avec les menaces virales actuelles.

Après, mon travail, ce n’est pas le discours, mais comment le corps bouge sur ces réalités physiques-là, de la violence, de la mort, du deuil, du souvenir. Le poids des corps présents et absents, comment cela se rejoint, fait corps commun ou isole. Comment on retrouve la joie aussi, après le deuil, comme augmenté de quelque chose.

Vous travaillez à une nouvelle création Soulèvement. Est-ce toujours une question de poids, de trace, de ce que les idées font au corps ?
Bien sûr. Soulèvement c’est l’idée de travailler sur une énergie, celle de se regrouper pour affronter l’injustice. C’est un mouvement aussi consubstantiel à l’humanité que le deuil. Le spectacle sera traversé par nos soulèvements, la Révolution française, le Front populaire, mais aussi par celui du Népal en 2025, de cette génération de jeunes qui a mis fin à la dictature. Évidemment, le « regardeur » peut en avoir une vision politique, et c’est lui « qui fait l’œuvre » disait Duchamp. Mais moi, je travaille sur l’énergie des corps, pour savoir ce qui les lie…

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Requiem(s)
Du 28 au 30 juillet

Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence

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Une coquille loin d’être vide

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Paul Amar, LeTemple Religieux, 1986

« Ancien coiffeur et chauffeur de taxi, passant ses vacances sur les plages de Vendée, c’est en 1974, à l’âge de 55 ans, qu’il a découvert par hasard ce qui allait devenir son matériel unique de création : Les coquillages. » C’est ce qu’indique le cartel d’entrée du Musée d’art brut de Montpellier, ainsi que la quasi totalité des articles de presse consacrés au travail de Paul Amar.

Paul Amar a choisi de travailler le coquillage. Des coques, des palourdes, des huîtres, des moules, des bigorneaux. Il sculpte d’après des scènes qu’il garde en mémoire, provenant de cartes postales, de films, de souvenirs, de livres. Ses coquillages assemblés, recouverts de paillettes et de verni à ongles aux couleurs saturées sont agencés en bas-reliefs, en bustes, en portraits dans une esthétique à la limite du camp : un kitch fabuleux et une préciosité extrêmement sensible

Parmi ses œuvres, la vierge Fatima, sculpture à taille humaine d’une grande précision représentant une femme petite, drapée d’un long voile transparent, seul élément qui dénote de l’amoncellement unique de coquillage – seule pièce réalisée en collaboration avec sa femme et qui semble déroger à son protocole de travail.

« C’est le bulot universel »

Souvent agencés en symétrie parfaites et étonnante au vu du matériau, les sculptures de Paul Amar brosse un large éventail de thème : des souvenirs d’Algérie, d’illustration narratives, de masques précieux et effrayants, mais aussi des personnages fantastiques où la sexualité marquée s’émancipe et s’affirme. Chaque coquillage récolté par Paul Amar possède une forme unique.

Les polir, les modeler en symétrie parfaite transcende toute leur essence, et de fait, établit un protocole de lissage de l’imperfection qui s’inscrit à l’encontre des pratiques conceptuelles encensées par l’art contemporain. « Je suis un bon ouvrier, consciencieux, mais c’est tout, je ne suis pas un artiste » : « C’est le bulot universel » détermine donc le cartel.

« Je suis l’homme le plus heureux du monde à l’heure actuelle. Je ne pensais pas en arriver là, posséder une galerie à mon nom. C’était au-dessus de mes possibilités. Et maintenant qu’elle existe, bravo, soyez toujours les bienvenus dans la galerie Paul Amar où vous serez reçus comme des rois », disait-il aussi. Son travail, présenté à Montpellier, est effectivement une invitation qui ne se décline pas.

NEMO TURBANT

L’art brut, pour s’affranchir des codes
L’art Brut, dont on doit le terme à Jean Dubuffet, s’affranchit par définition des codes souvent élitistes et performatifs de l’art contemporain. Ses artistes, ou artisan·nes, créateur·ices, participant·es, selon leur appellation choisie par elleux même ou pas, sont ancrées dans des pratiques souvent populaires, faisant appel à des moyen fréquemment qualifiés de rudimentaires, dont l’expression plastique reste inaltéré par les techniques académiques transmises dans les milieux artistiques classiques. N.M.

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Les Tréteaux d’Ollioules

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Péril Ordinaire, collectif L’Étreinte © Marie-Eve Heer

Le festival débute le 16 par une soirée construite avec Châteauvallon-Liberté. Le public découvrira d’abord Mamés, de la compagnie Cacho Fio, présenté au château d’Ollioules, avant de rejoindre Châteauvallon pour assister à Beauséjour, création chorégraphique de la compagnie Käfig. Un dispositif de transport gratuit relie exceptionnellement les deux lieux, réservation recommandée, places limitées.

Céline Dion et Pagnol

Le lendemain, D’amour ou d’amitié, proposé par la compagnie Vraiment Super, joue avec humour autour de la figure de Céline Dion. Sans jamais chercher à l’imiter, deux admiratrices inventent un spectacle mêlant chansons, faux entretiens et situations décalées.

Le 23, changement de registre avec Le Cabaret de l’impro, porté par la compagnie La Radit : une soirée unique, selon les thèmes proposés et les réactions de la salle. Le 24, place au patrimoine pagnolesque avec La Fille du puisatier, histoire d’amour contrariée, adaptée par la compagnie Les Trois Coups Castellans.

Le 30, la compagnie Superfluu présente Goldi, théâtre de rue jouant d’un rapprochement improbable entre Boucle d’Or et la culture hip-hop. Le lendemain, Péril ordinaire, du collectif L’Étreinte, propose un seule-en-scène -destiné aux spectateurs à partir de 16 ans- qui mêle récit personnel et témoignage.

Clôture en magie

Le festival se conclut le 1er août par une journée pensée pour les familles. L’après-midi, des ateliers parents-enfants proposent une initiation à l’art de la magie avant le spectacle du soir : Cultiver l’inattendu (ou l’art de la rencontre) par la compagnie La Tendre[S], un spectacle où illusionnisme, poésie visuelle et théâtre se rejoignent.

MARC VOIRY

Festival Les Tréteaux

Du 16 juillet au 1er août

Château féodal, Ollioules

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Où va-t-on quand on va au musée ?

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©Thibaut Carceller

En 2024, 40% des Français·es ont visité au moins un musée ou une exposition. C’est, avec la visite des monuments historiques (64%) et de la sortie au cinéma (60%), la pratique culturelle la plus répandue des Français. Mais seuls 38% de ces visiteurs vont au musée de leur lieu de résidence : la visite d’exposition est une pratique de villégiature, surtout dans le Sud, où les villes rivalisent de créativité pour attirer habitants et vacanciers.

Quant au type d’exposition visitée, il varie assez fortement selon l’âge : si les plus de 50 ans sont friands des musées des beaux-arts, leurs cadets préfèrent les musées scientifiques, archéologiques et ethnographiques. Quant aux expositions d’art contemporain, elles sont fréquentées par tous et toutes, quel que soit l’âge.

Autre caractéristique transgénérationnelle, les visiteureuses savent peu quel type de musée ils visitent, qui les finance et quelles sont leurs règles, qui diffèrent pourtant fortement selon qu’ils sont privés ou publics.

Monter les côtes

Ainsi les fondations privées, comme Luma à Arles ou Carmignac à Porquerolles, ne sont pas liées à des missions de service public : elles ne sont pas tenues à des objectifs pédagogiques ou de démocratisation, ni à des commandes d’artistes, ni au respect d’une parité, au soutien aux artistes locaux… même si, dans la pratique, les fondations privées sont souvent les premiers commanditaires d’art contemporain !

Il faut dire que, contrairement aux musées publics, les fondations font ce qu’elles veulent de leurs œuvres acquises : elles peuvent en particulier les revendre, après avoir fait monter leur côte… en les exposant. Les musées publics, eux, sont tenus au principe d’inaliénabilité du patrimoine public : toute œuvre acquise l’est définitivement. Les expositions publiques font monter les côtes des artistes qu’elles exposent mais ils ne peuvent revendre leur fonds et doivent assurer sa sécurité, son stockage et sa conservation.

National ou de France ?

Il est donc important de connaitre le statut des musées que l’on visite : le Mucem est un musée national, financé entièrement par le ministère de la Culture. Les musées nationaux d’art de la région, dédiés à Chagall, Fernand Léger et Picasso, se concentrent sur la Côte d’azur (Nice, Biot, Antibes). Les Frac – Fonds régionaux d’art contemporain – sont financés conjointement par les Régions et par l’État – qui a eu tendance à se désengager depuis leur création par Jack Lang en 1982, mais continue à prescrire des missions d’acquisition, d’éducation artistique et de décentralisation des expositions sur l’ensemble des territoires régionaux.

Les musées de France sont, quant à eux, très nombreux : ils ont un label de l’État, ils n’en reçoivent que peu de financement. Ce sont généralement des musées municipaux, départementaux ou métropolitains. Ce sont eux qui produisent le plus grand nombre d’expositions temporaires, eux aussi qui mènent à l’année des actions d’éducation culturelle et artistique. Ils collaborent, se prêtent des œuvres de leurs fonds pour élaborer des expositions temporaires qui tournent, parfois, d’un musée de France à l’autre.

L’essentiel des musées, labellisés ou non Musées de France, sont donc financés par les municipalités. Certaines comme Avignon, Martigues ou Marseille, ont fait le choix de la gratuité d’entrée et des ateliers de pratique. Elles ont ainsi réussi à notablement augmenter la fréquentation de leurs musées hors temps estival : par leurs citoyens, qui poussent désormais la porte de leur musée pour y fréquenter une œuvre, quelques minutes, à la pause déjeuner. Au fond, si notre m/patrimoine est inaliénable, c’est parce qu’il est à nous !

AGNÈS FRESCHEL

Les chiffres de fréquentation sont ceux du ministère de la culture pour l’année 2024 (pratiques culturelles), et 2022 (répartition des visiteurs par tranche d’âge)

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Bien s’exposer au Mucem

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Fatima Mazmouz, SuperOum Zelij - Mères Culturelles, 2022. Impression sur dibond. 100 x 100 cm.© Adagp, Paris, 2026

Bonnes Mères
Réunissant environ 350 œuvres, l’exposition Bonnes Mères interroge la figure maternelle dans toute sa complexité. De la déesse antique aux luttes actuelles pour les droits reproductifs, l’exposition met en tension les représentations idéalisées et les expériences vécues, dans un parcours où dialoguent œuvres patrimoniales, créations contemporaines et perspectives civilisationnelles.

Une exposition qui rappelle, à travers la puissance des images qui ont façonné la maternité (figures antiques, Vierges, archétypes nourriciers, …) jusqu’aux récits contemporains, diasporiques, politiques, que la maternité n’a jamais été univoque : elle est aussi traversée par la perte, la faute, la douleur.

Le parcours s’autorise des respirations légères – mais jamais anodines. Une citation de Jul, la photographie tendre et décalée de Denis Dailleux montrant un bodybuilder égyptien aux côtés de sa mère, ou encore les œuvres de Niki de Saint Phalle et Baya rappellent que les liens maternels échappent aux modèles : absents, débordants, ambivalents, parfois conflictuels.

Jusqu’au 31 août

Mossi Traoré, la mode aussi

Un an après Fashion Folklore, le Mucem ouvre à nouveau ses portes à une exposition de mode signée cette fois par Mossi Traoré.

Au programme de l’exposition : une dizaine de créations. Des tenues de foot imaginées par celui qui « rêvait de devenir footballeur », inspirées par son amour pour Olive et Tom, mais aussi pour l’OM. Quelques robes, dont l’attention est portée sur les drapés, clin d’œil aux robes du soir de Madame Grès. L’attention du styliste se porte également sur les matériaux réutilisés – résidus de lait, terre de chantier ou encore caoutchouc l’inspirent !  

Jusqu’au 16 novembre

Ferdinandéa, l’île éphémère

À partir de l’apparition puis la disparition en 1831 d’une île volcanique entre la Sicile et la Tunisie, Clément Cogitore propose au fort Saint-Jean une fable visuelle et documentaire, métaphore d’un monde instable.

Dans la salle Henri Rivière, plongée dans la pénombre, Ferdinandéa, l’île éphémère déploie son dispositif tout autour d’une « black box », salle de projection qui accueille le film de 45 minutes, Incertitudes, cœur de l’installation. Tout autour, film 16 mm, vidéos, photographies, arts graphiques, documents d’archives et peintures, créent des strates de lecture entre passé et présent, science et superstition.

Jusqu’au 20 septembre

Cinés-étoilés
Avec les Cinés-étoilés, le fort Saint-Jean se transforme en cinéma à ciel ouvert : jusqu’au 26 août, chaque mercredi soir, il accueille une programmation réunissant des films issus de différents pays du bassin méditerranéen. En résonance avec l’exposition Bonnes Mères, les œuvres sélectionnées mettent à l’honneur des figures maternelles fortes et inspirantes. Parmi les prochains rendez-vous : le 15 juillet, Annie Colère de Blandine Lenoir (2022), qui évoque le combat pour le droit à l’avortement dans la France des années 1970. La projection sera précédée d’un court métrage et d’un échange avec la réalisatrice Margaux Fournier. M.V.

Tous les mercredis jusqu’au 26 août

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Dans l’intuition de Kiki Smith

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Earth, 2012. Tapisserie en jacquard. Exemplaire 6/10 + 2 EA. 295 x 190 cmCourtesy Magnolia Edi ons et / and Galerie Lelong © Kiki Smith

Être ici, maintenant, partout. Le titre de l’exposition de Kiki Smith présentée au MO.CO, conçue en collaboration avec l’artiste, rassemble plus d’une centaine d’œuvres, et plus de quarante ans de production. Un accrochage où l’artiste fait preuve d’une rare liberté de techniques aussi diverses qu’étonnantes : peintures sur textiles, aluminium, toiles, sculptures de bronze, de bois, dessins au fusain, aux crayons de couleurs, broderie, tapisseries géantes et photographies de corps ou de jardin fleuri. Une profusion à découvrir jusqu’au 11 octobre à Montpellier.

Pour entrer ou quitter l’exposition, il y a cette œuvre, Woman on Pyre (2001). Une statue de femme en bronze, sur un bûcher. Son corps est modelé à la main, les traces de doigts et de pinceau marquent ses rides. Ses lèvres et sourcils striés, sa tête chauve, ses bras tendus et puissants pour tenir la pose : « Comme le Christ, comme si elles disaient “Pourquoi m’as-tu abandonné ?”»

La femme sur le bucher est une Genevieve. En voyant au Louvre un tableau représentant Geneviève assise avec des loups et les agneaux, Kiki Smith dessine alors son amie Geneviève, la découpe, la moule, la casse pour la modeler, la recoller à nouveau. Cette œuvre amorce un travail d’hybridation, d’accouplement inter-espèce dans la pratique de l’artiste qui, bien loin de l’essentialisation naturaliste du corps féminin, propose une existence chorale, imbriquée, de présences en mutations. 

Kiki Addams

Née en Allemagne en 1954, l’artiste américaine grandit dans une famille bourgeoise, dans un manoir ancien, entourée de sculptures de son père Tony Smith, de masques mortuaires de sa grand-mère, de collections de dentiers et de costumes datant du XIXe siècle. « On ressemblait un peu à la famille Addams […] c’était, beaucoup de mort, partout. » Une mort qui dans l’exposition plane constamment. Il y a la Pietà (1999) au chat mort, les sculptures anatomiques et fœtus réalistes fragmentés, les corps découpés et recollés ensemble comme pour en former de nouveaux, dans une incertitude de la finalité du corps et de l’œuvre par extension, puisqu’il est toujours question de réparer, de reconstruire.

« Ma mère disait toujours : “Fais confiance à ton intuition” »L’intuition, chez Kiki Smtih est moteur de recherche et de production émancipée, parfois enfantine et toujours fabuleuse, ancrée dans un plaisir du conte, de la mythologie catholique. Son travail s’anime d’une récurrence de motifs et de détails inattendus, presque naïfs : de petite paillettes brillantes disséminées au coin des yeux de ses personnages, de strass sur sculpture de bronze, et des étoiles, toujours plus d’étoiles de toutes formes, couleurs et matières possible qui envahissent ses œuvres et l’espace d’exposition. 

NEMO TURBANT 

Être ici, maintenant, partout

Jusqu’au 11 octobre
MO.CO., Montpellier

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Au tour du monde

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© X-DR

Aux Suds, voilà maintenant 31 ans que l’équipe s’affaire à l’année au montage d’une proposition culturelle inspirée et complète. On parle donc ici d’un événement aguerris, et très attendu. Pas au tournant, mais bien avec impatience, puisque l’intégralité du programme mêle singularité, douceur et surprises venues de tous les Suds du monde. Il est pensé comme un parcours, comme un guide à la journée. On se fait prendre par les mains et les oreilles, entraînés au fil des heures dans des espaces, des écrins, des ambiances et des ondes variés. Pour ce voyage, rendez-vous cette année du 13 au 19 juillet.

Chaque pause en son temps

Le matin, le bureau du festival propose aux réveils affamés un petit déjeuner oriental, toute la semaine durant. Des forces douces et miellées, utiles aux longues journées musicales, et à l’enchaînement vers l’Espace Croisière, où sont désormais programmés des concerts en matinée. On y écoutera des duos aux inspirations multiples, tels que Cristiano Nascimento & Wim Welker et leur voyage guitaristique autour des musiques populaires brésiliennes, Framboyán, et leur hommage joué et chanté aux musiques traditionnelles indigènes du Mexique ou l’inclassable et délectable duo oud/accordéon de Francis Varis et Simon Le Garff.

Après d’incontournables apéros découvertes dans le jardin de l’Espace Van Gogh, à midi, c’est désormais dans celui de l’ancien monastère Saint-Césaire que sera donnée, chaque d’après-midi en semaine, une série de concerts intimistes, voyageurs et gratuits (avec Reno Danio, Oba Music, le duo Ananda, Tatiana Angel…). Pour le goûter, le Musée Arlaten, proposera, lui, films et « Salons de musique », animés par Jowee Omicil et Jacques Denis ou Windborn et Aliette de Laleu, entre autres.

On s’échauffe, place Voltaire, en fin d’après-midi, devant la scène posée en plein air, où l’on profite des concerts de formations festives telles que Mitsune, Raul Monsalve y los Forajidos, Auprès de ma blonde ou Bobo & Bahja, en dansant des hanches ou des coudes depuis sa table de bar.

Si les « Moments précieux » ne sauraient mieux porter leur nom, c’est qu’ils font du début de soirée une suspension, une caresse musicale, qui ondule des romains Alyscamps à la moyenâgeuse cours de l’Archevêché, au son de virtuoses du globe : Ali Doğan Gönültaş, Abdullah Minyawi ou Sandra Carrasco et David de Arahal

Sons d’une nuit d’été

Temps phares du festival, les Soirées Suds invitent un panel de têtes d’affiches et un public fourni à emplir l’historique Théâtre Antique, dans la douceur retrouvée du soir. Cette année, Fatoumata Diawara, Aïta mon Amour, Gaël Faye, Jowee Omicil, La Niña et Marie Froes tiennent le haut de l’affiche.

Enfin, alors que l’énergie de la foule et des lumières de scène on fait accélérer les battements de cœur, beaucoup redescendront grisés d’engouement vers les Afters Sud, dans la cour de l’Archevêché ou à Croisière. Moments festifs et joyeux où s’invite la musique électronique, la programmation y réserve toujours d’ultimes belles surprises, à l’instar d’Uzi Freyja, de Captain Planet ou de Papatef, cette année.

Regorgeant de bien d’autres rendez-vous encore, de temps de transmission, de rencontres, de discussions et d’échanges, le festival Les Suds est une ouverture bienvenue sur le monde et ses musiques.

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Les Suds

Du 13 au 19 juillet

Arles

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