lundi 9 février 2026
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Entre tradition et modernité, le temps qui fuit

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© L.S.

Le Grand Théâtre de Provence ouvrait ses portes au public, ce samedi, pour une soirée articulée autour de trois musiciens français – Francis Poulenc, Camille Saint-Saëns et Maurice Ravel.Midi-Minuit assemble trois décennies de création : Midi pile ou le Concerto du Soleil sur le Concerto pour deux pianos en ré mineur de Francis Poulenc, Minuit et demi, ou le Cœur Mystérieux sur les mélodies de Saint-Saëns et enfin l’incontournable Boléro de Ravel. Chorégraphiées par Thierry Malandain, ces pièces convoquent 21 interprètes de la troupe dans le décor et les costumes exemplaires de Jorge Gallardo, ainsi que les lumières signées François Menou.

Thierry Malandain conjugue ici trois pièces, toutes différentes, bien qu’appartenant à la même grammaire – ancrées dans un vocabulaire classique mais aux élans modernes et nouveaux. Sur Poulenc, le spectateur rencontre la force et l’intensité des mouvements de ses interprètes, électrifiés par la vivacité espiègle du compositeur. Incarnation du jour, la performance captivante se termine avec, un à un, les danseurs expulsés en dehors de la scène, comme propulsés vers la nuit. Naviguant entre passages doux et tendres, puis des explosions dynamiques, les tableaux dansés en solo, duo, quatuor ou en douzaine soulignent ces courbes mélodiques. 

Lors du Boléro, la pression croissante exercée par le rythme obstiné et continuel au cours des seize minutes de musique est restreinte scéniquement par un décor qui confine ses interprètes dans un carré – quelque peu – ouvert et semi-transparent. Leurs gestes sont petits et synchronisés, accentuant davantage la pression montante. Le rythme toujours présent par des rebonds dans les hanches ou des basculements légers, des gestes qui débordent peu à peu de l’espace et finissent par éclater de leur enclot. À travers l’ensemble de ces danses, le décor minimaliste et épuré laisse place aux mouvements des danseurs. Les costumes minimalistes, en mèche, légers, flottants et ondulants à leurs moindres gestes prennent une nouvelle ampleur lors de la Danse Macabre où, habillés de capes noires, à chaque levé de jambe, le public entraperçoit une magnifique lueur de bleu ciel qu’ils portent en-dessous, rappelant le jour, de midi à minuit.

LAVINIA SCOTT

Spectacle donné les 23 et 24 janvier au Grand Théâtre de Provence 

Retrouvez nos articles On y était ici

Vivre en plusieurs langues

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Écriture de la langue des signes, une utopie ? Léandre Chevreau © Donghee Kim

Quels potentiels créatifs se trouvent à l’intersection entre les langues ? Vivre en plusieurs langues nous parle de l’imaginaire des langues des signes et de la culture sourde, créant des passerelles entre l’écriture, l’oralité, les arts visuels, la musique et la danse. 14 artistes sourd·es, entendant·es, CODA (Child Of Deaf Adult), francophones ou polyglottes explorent l’imaginaire des moyens d’expression et ce qu’ils révèlent de notre rapport au monde. Passionnée par le langage, Ninon Duhamel compose cet espace pluriel à l’occasion des 20 ans du programme PiSourd·e. Ce dispositif, à l’initiative des Beaux-Arts de Marseille, vise à accompagner étudiant·es Sourd·es et malentendant·es dans leurs études artistiques, ainsi qu’à cultiver des travaux interrogeant le langage et à la perception.

PAULINE LIGHTBURNE

31 janvier
Musée d'Art Contemporain [mac], Marseille

Les Clairvoyantes 

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Les Clairvoyantes © Celia Bolzoni

Inspirée par une consultation avec une voyante au sujet de sa vie amoureuse, la comédienne Claire Chastel crée Les Clairvoyantes avec Camille Joviado, autrice et metteuse en scène. Dans ce spectacle pluridisciplinaire, elle invite les membres du public à écrire leurs propres questions sur un bout de papier. À partir de cela, elle mêle son histoire personnelle, des récits intimes anonymes et de la magie – les deux artistes se sont d’ailleurs formées à l’écriture spécifique à l’art de la magie pour cette création.

En mobilisant la cartomancie, le mentalisme et la prestidigitation sur fond d’écriture scénique contemporaine, Les Clairvoyantes accompagne son public dans des réflexions métaphysiques sur le temps et l’invisible.

CHLOÉ MACAIRE

Du 3 au 5 février 
Le Zef, scène national de Marseille 

Eh, oh, vous avez fait philo ? (épisode 2)

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« Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. » 

Après cette semaine … 

où les 15 000 Kurdes de Marseille, terrorisés par ce qui se profile au Nord de la Syrie dans leur territoire autonome, se font traiter de barbares parce qu’ils ont incendié des containers sur la rue de Rome

où des mineurs français, enfants de terroristes de l’État Islamique détenus depuis 8 ans par ces Kurdes de Syrie  pour les crimes de leurs parents, continuent d’être perçus comme une « menace potentielle » par l’Europe

où ICE, milice officielle qui n’a rien à envier à la milice de Pétain, terrorise et tue les habitants d’un pays qui s’est construit par l’immigration, après l’extermination de la population native que les John Wayne d’Hollywood appelaient les Sauvages

où Arno Klarsfeld, citoyen franco-israélien descendant de rescapés de la Shoah propose aujourd’hui d’organiser de « grandes rafles » pour « se débarrasser » des OQTF « comme Trump » le fait aux Etats-Unis

où Martine Vassal accuse de « trafic d’humains » une association qui a sauvé en mer plus de 42000 personnes qui se seraient, sans elle, noyées

où les députés Rassemblement National des Bouches-du-Rhône, front fondé par un SS et un antisémite pluricondamné, portent des gerbes à la mémoire des 16000 raflés de Marseille, devant des associations juives qui leur serrent la main et disent que « l’antisémitisme a changé de visage »…  

Après cette semaine d’enfer sur tous les fronts, où 20000 iranien·nes sont mort·es sans avoir droit aux Unes, la pensée de Claude Lévi-Strauss renvoie la barbarie à une idée qui contamine celui qui la produit, même lorsqu’il le fait pour se défendre. Celui qui « croit à la barbarie » peut à son tour devenir barbare. C’est ce que nous dit, nous répète, une actualité qui contredit notre pensée binaire, notre division campiste du monde en bons et en méchants. 

Renverser, et s’inclure

La phrase et la pensée de Lévi-Strauss ont souvent été rapprochées de celles de Montaigne : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ».  Pour Montaigne, dans son essai Les Cannibales écritau temps de la découverte des « Indiens » d’Amérique, le concept de barbarie restreint l’idée même d’humanité en désignant par un terme dépréciatif celui qui ne fait pas partie de sa propre tribu. Ou celui qui y a des comportements marginaux. Queer, woke, diraient les trumpiens aujourd’hui.  

L’usage du terme « barbare », déshumanisant, a permis au temps de Montaigne d’exercer contre les « Indiens » une violence présentée comme juste, parce qu’ils n’étaient pas humains, pas chrétiens, et si étranges. Ou pas entrés dans l’Histoire, a dit Sarko des peuples africains dans un discours du temps où il était Président et non repris de justice.  

Montaigne, en humaniste, refuse d’exclure des humains de l’humanité, mais la phrase de Lévi Strauss, écrite au lendemain de la Shoah, ouvre un autre abîme de paradoxes, et de renversements.

Car qui, en 1949, ne « croit » pas à la barbarie des Nazis ? Qui est-il, celui qui prévient, à ce moment-là : croire à la barbarie, c’est ouvrir la possibilité de sa propre barbarie, intime ? 

C’est un juif français, petit-fils de rabbin, professeur de philosophie révoqué par le régime de Vichy en raison de sa judéité. Sauvé par Varian Fry à Marseille et réfugié à New York, ethnologue qui a travaillé sur la parentalité des peuples autochtones d’Amazonie. Un juif sécularisé qui a lu Térence et Cicéron et sait que « rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Un scientifique qui a lu la Bible et son récit de l’Exode du peuple hébreu vers Israël : « Tu ne molesteras pas l’étranger ni ne l’opprimeras car vous-mêmes avez été étrangers dans le pays d’Égypte ».

Une pensée qu’il faut relire pour tenter de comprendre ce monde gouverné par une barbarie contagieuse, qui contamine « d’abord » celui qui y croit.

 Agnès Freschel


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Un dimanche aux Aygalades

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Godli © Cie Superfluu

Chaque premier dimanche du mois, Lieux Publics invite les Marseillais à profiter de la Cité des arts de la rue, entre spectacles et gourmandise. 2026 s’ouvre avec une visite guidée du jardin des Aygalades et de sa cascade, suivie de la conférence « Voix d’eau » proposée par l’association Les Gammares. À 13 h, la compagnie Superfluu présentera son spectacle GOLDI et embarquera Boucle d’or dans le monde du gangsta rap. On retrouvera comme toujours le marché producteurs locaux, stands de dégustation et traiteurs. Petits et grands pourront même s’amuser avec les jeux en bois de Terre ludique, le tout accompagné au piano par Antonin Michelou.

P.L.
1er février
Cité des arts de la rue, Marseille

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ThéArts #3

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Garance Guillen-Minier © X-DR

Pensé comme un dispositif de rencontre entre les arts, ThéArts, initié par le Théâtre du Gymnase, crée un espace où le musée devient scène. Samedi 31 janvier, la troisième édition de ThéArts proposera Du bleu aux larmes, en collaboration avec le Musée des Arts décoratifs de Marseille (Château Borely). Mis en espace par Matéo Mavromatis, le spectacle se veut être un dialogue entre la pièce Lacrima de Caroline Nguyen et l’exposition Infiniment bleu. Sur scène, la comédienne Garance Guillen-Minier et le pianiste Guilain Magen donnent naissance à des correspondances sensibles : matières, couleurs, gestes et sonorités s’entremêlent, en immersion dans un paysage de nuances de bleus.

P.L.
27 janvier
Château Borely, Marseille

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Poète en cavale

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Poète en cavale © Karine Music

Traqué pour ses mots, Hadad, poète et chanteur dissident, est en cavale après s’être évadé d’un théâtre où il « était assigné à représentation ». Kaddour Hadadi, plus connu sous le nom de HK, incarne ce personnage en fuite, tandis que Claire Bernardot, à l’accordéon, l’accompagne et chante. La musique, populaire et familiale, occupe une place centrale et vient ponctuer le récit. Entre jeu et invocation de l’histoire, le poète convoque Brassens, Brel, Apollinaire, Rimbaud, Hugo ou encore Aimé Césaire. Le spectacle s’amuse d’une situation dramatique et met en garde sur l’émergence progressive et insidieuse d’une police des mœurs artistiques. Écrite par Kaddour Hadadi, la création théâtro-musicale porte une ode à « l’irrévérence, à la liberté d’expression et au vivre-ensemble ».

C.L.
30 janvier
Théâtre de l’Œuvre, Marseille

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Instabile

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© Cie Les Hommes de Mains

La vie va vite, parfois trop vite. Pris dans l’élan du temps qui file et s’accélère, Instabile questionne la vitesse à travers une « double lecture acrobatique » : un solo interprété par le metteur en scène et circassien Joris Frigerio, suivi d’un duo de mains à mains porté par Magdalena Hidalgo et Nicolas Moreno. Sur scène, un plateau roulant géant accompagne les artistes, créant une impression de mouvement permanent et obligeant les corps à s’adapter sans cesse. Le spectacle explore la lutte solitaire mais aussi le rapport à l’autre, lorsque tout semble aller trop vite. Mêlant cirque et chorégraphie, la compagnie Les Hommes de Mains interroge notre rapport collectif au temps. Doit-on forcément suivre la cadence générale? Et si l’on faisait l’éloge de la lenteur…

C.L.
30 et 31 janvier
Le Pôle
,La-Seyne-sur-Mer

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Leno

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Leno © X-DR

C’est l’un de ces duos que le jazz attendait. Deux amis dont les patrimoines métissés s’agrègent dans des cyclones sensoriels issus de leur maestria sur leurs instruments respectifs. Entre le piano aux réminiscences latines furtives de Leonardo Montana et la batterie aux contours gwo-ka d’Arnaud Dolmen, c’est un manifeste de la créolisation empli de vibrations alizéennes qui est donné à écouter avec jubilation. Le pianiste, parisien d’adoption, né en Bolivie, est tombé dans le chaudron des pulsations guadeloupéennes durant son adolescence et saisit la moindre nuance de jeu du batteur, quand celui-ci saisit les invitations du premier à emprunter des chemins de traverse, déployant des trésors de musicalité sur une simple jazzette (le plus petit des sets de batterie).

29 janvier

Le Petit Duc, Aix-en-Provence

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Luz Casal

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Luz_Casal © Felix Valiente

C’est en 1991 que Pedro Almodóvarfait découvrir, avec l’inoubliable bande originale de Talons Aiguilles, la voix et l’univers de Luz Casal. Piensa en mi, ballade amoureuse mélancolique, ou encore Un año di amor, reprise en espagnol d’une face B de Nino Ferrer, installent durablement l’artiste sur la scène européenne et internationale. À la croisée du répertoire lyrique, des musiques traditionnelles espagnoles – guitares flamenca à l’appui – mais aussi d’une certaine idée de la musique française – Henri Salvador, Marie Laforêt, Dalida – la chanteuse célèbre dans sa nouvelle tournée des figures féminines fortes :

Dalida, donc, mais également Miriam Makeba, Barbra Streisand ou encore Fayrouz.

30 Janvier

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

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