vendredi 4 avril 2025
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Liquid Jane + Fred Nevché

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FRED NEVCHÉ © Célia Sachet • Celia Seven Photography

Un plateau tout à fait marseillais que celui proposé par l’Espace Julien, ce mercredi 11. Tout d’abord, l’on pourra entendre la jeune et talentueuse Jeanne Carrion – Liquid Jane à la scène, qui se réinvente dans un projet plus français dans le texte et pop dans la compo qu’auparavant. La jeune femme, que l’on découvrait il y a quelques années dans le très bon duo rock Claude Fernand, péregrine avec succès dans un projet solo déjà bien repéré. Elle fera la première partie de Fred Nevché, artiste phocéen qui sortait il y a quelques mois l’album Emotional Data, voyage intime entre chanson, poésie et musique électronique signée Simon Henner (French 79). On y trouve aussi bien une collaboration au texte avec Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 qu’avec son fils Jim, en studio. Un album qu’on devine d’avance très agréable à entendre en live. 

LUCIE PON THIEUX BETHAM

11 décembre
Espace Julien, Marseille 

Theatre of dreams

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Theatre of Dreams © Ulrich GeischeÌ

Hofesh Shechter impose son univers chorégraphique habité et d’une formidable maîtrise. Le chorégraphe britannique nous fait entrer dans une sorte d’inconscient collectif, derrière un rideau ouvert où les images, virtuoses, s’enchaînent. Arrêtées par des noirs en pleine action. Reprises en plein vol par des éclairages tout aussi soudain. Dans ce défilé d’images on reconnaît quelques massacres, des abandons, des bribes de raves, de combats, de danses traditionnelles juive ou brésilienne. Les treize danseurs sont accompagnés par trois musiciens vêtus de blancs ou de rouge, d’électro live ou de pseudo samba. Les corps se déhanchent, des sourires naissent, le public  partage la danse… puis on replonge dans un mouvement collectif, assénant ses images noires, violentes, révoltées, jusqu’à l’épuisement.

AGNÈS FRESCHEL

Du 11 au 13 décembre
Les Salins, scène nationale de Martigues

Demain c’est loin

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Demain c'est loin © Leo Ballani

Explosif ! Grenade n’avait sans doute jamais mieux porté son nom. Pour ses 30 ans le groupe de Josette Baïz, composé de 25 adolescents, a conçu un programme de trois pièces : How can we live together ? de la chorégraphe australienne Lucy Guerin, qui repose sur des propositions individuelles reprises par le collectif  ; 25e parallèle, une pièce que Josette Baïz a créé il y a plus de 20 ans et qui n’a rien perdu de sa finesse d’écriture, confiée aujourd’hui à cinq très jeunes interprètes qui s’échappent d’un trajet linéaire imposé ; et Room with a view, du collectif (La)Horde, dont la révolte semble habiter chacun des danseurs comme si elle était la sienne. Un programme au présent, parce que la jeunesse n’est pas que notre avenir.

AGNÈS FRESCHEL

12 et 13 décembre
Pavillon noir, Aix-en-Provence

Askip

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Askip © Jean de Pena

Depuis bientôt 30 ans, le Begat Théâtre ne joue jamais ses spectacles sur des scènes de théâtre, mais dans l’espace public, qu’il soit urbain, naturel ou entre les deux. Et Askip (« À ce qu’il paraît ») [Lire ici], crée en 2018, ne se joue que dans les collèges. Du 11 au 13 décembre le Théâtre de la Joliette le programme au Collège du Vieux-Port, pour plusieurs séances scolaires et deux tout public (le 11 à 17h et le 12 à 18h). Une expérience immersive dans laquelle il s’agit de rejoindre les trajectoires de trois personnages : la collégienne rebelle Eliza, l’agent de maintenance en pré-retraite Bruno, et le professeur de français pas si sûr de lui M. Maran. Une immersion dans des bulles d’intimité nourries des dialogues et monologues intérieurs écrits par l’auteur jeunesse Patrick Goujon.

MARC VOIRY

Du 11 au 13 décembre
Théâtre de la Joliette, Marseille

Un Pasteur, en balade avec un berger poète

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C’est par un poème de Fernando Pessoa que se clôt le documentaire de Louis Hanquet

« Mon âme est semblable à un pasteur. Elle connaît le vent et le soleil. Elle va la main dans la main avec les saisons. Je suis un gardien de troupeau. Le troupeau, ce sont mes pensées et mes pensées sont toutes des sensations. Je pense avec les yeux et avec les oreilles, et avec les mains, et avec les pieds, et avec le nez, et avec la bouche… » Félix, éloigné des villes et villages pendant des semaines, lit beaucoup et se reconnaît dans les mots du grand poète portugais qui pourtant n’a jamais été berger. « Je crois qu’il parle de nous », écrit-il à son père.

Félix est un jeune homme secret, mélancolique, mal à l’aise dans la prise de parole, mais expert dans son travail de pasteur qu’il aime profondément. Avec quelques autres, il pratique l’élevage traditionnel des brebis qui paissent dans la montagne et ne redescendent en étable que l’hiver. Là-haut, il est seul avec elles et ses chiens. L’orage gronde, le feu crépite dans le poêle à bois ; les bêlements et le tintement des clochettes écrivent la partition de sa vie solitaire. Félix arpente les crêtes surplombant les vallées alpines. La photo magnifie les paysages gris et bruns. Jours et nuits se succèdent. Les saisons passent. La caméra suit dans une plongée vertigineuse, la coulée du troupeau comme dans un western, ou s’approche en très gros plans des bêtes. Une tentative de réanimation par bouche à bouche d’un agneau mort-né, ou le dépeçage de son cadavre atteste qu’on n’est pas dans une idéalisation pastorale.

Le film documente au quotidien des gestes techniques, professionnels. Fendre le bois, placer les clôtures, nourrir, soigner… À travers quelques rares conversations entre les bergers, Louis Hanquet évoque les problèmes d’exploitation des ressources de la montagne et les pertes de brebis dévorées par les loups, le dilemme entre les principes et la réalité du travail, les menaces écocides qui planent sur cette ruralité. Mais plus qu’au métier de pasteur, et aux discours, c’est un rapport au monde et au temps que le réalisateur nous montre ici. Poésie et prosaïsme intimement liées : la beauté sidérante de la montagne et les plaies des brebis. La quasi abstraction des loups repérés en caméra (ou jumelles) thermique·s, blancs et lumineux dans les ténèbres et le corps sanguinolent à moitié dévoré de leurs proies. Les nuits étoilées et le récurage d’un sabot terreux. Louis Hanquet, assistant de Sébastien Lifshitz sur – les tournages de Adolescentes et Petite Fille, signe ici un premier long-métrage très réussi.

ÉLISE PADOVANI

Présenté le 4 décembre à l’Alcazar, ce film a obtenu le prix Art, patrimoine et cultures de la Méditerranée

Born on the Bayou, et y rester 

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Island Road © Francescu Artily documentary

Pour célébrer les dix ans de son cycle de conférences, Opera Mundi a investi le Frac Sud avec un temps fort intitulé Interdépendances, cinéma et environnement. Le vendredi 29 novembre, le public a eu la chance de voir Dersou Ouzala, chef d’oeuvre d’Aki Kurosawa, en version restaurée. Le lendemain, c’est par un documentaire que les projections ont repris, en présence de son réalisateur, Francescu Artily. En 2018, il est allé filmer les habitants d’origine amérindienne de l’Isle de Jean-Charles, au sud de la Louisiane. La montée des océans due au changement climatique menace leur territoire. Island Road donne la parole aux habitants de ce bout de terre balayé par des ouragans de plus en plus fréquents, aux écosystèmes bouleversés par la montée inexorable de l’eau salée. Certains, descendants des peuples Choctaw, Biloxi et Chitimacha, déjà chassés de leurs espaces ancestraux à l’arrivée des colons américains, refusent d’être à nouveau relocalisés.

Le film, très poignant, s’attarde sur les souvenirs et la ténacité de ces vieilles personnes. Renoncer à leur mode de vie de pêcheurs pour aller s’installer sur le continent leur est difficile. « Est-ce qu’une culture survit lorsqu’elle est arrachée à un territoire ? C’est l’une des questions que pose mon film », souligne le cinéaste, sans apporter de réponse. Les seuls « jeunes » du documentaire, un frère et une sœur, ne s’imaginent pas non plus aller vivre en ville, « où les arbres poussent dans des jardins ». Sur leur île, les arbres sont sauvages, mais beaucoup, morts de trop de sel, ponctuent le paysage avec leurs troncs blanchis. Dans les bayous, il n’est plus possible de pêcher l’alligator comme avant. Les forages pétroliers, très nombreux alentour, ont tant contribué à son érosion qu’elle a déjà perdu plus de 90 % de sa superficie. De quoi faire de sa population les premiers réfugiés climatiques des US.

GAËLLE CLOAREC

Le week-end d'ouverture de la saison 2024-2025 d'Opera Mundi a eu lieu les 29 et 30 décembre au Frac Sud.

« Madame », la subtilité féminine de la Compagnie du I 

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Veronika Soboljevski et Mathilde Dromard © X-DR

Mathilde Dromard, qui est aussi chanteuse, a écrit le texte et partage la scène avec Veronika Soboljevski, qui est aussi violoncelliste. Avec la Compagnie du I (Avignon), on sait que la musique va être là, le rire aussi, jamais moqueur, la tendresse. Madame, présenté en sortie de résidence d’une semaine à la Distillerie [Lire nos entretien avec Christophe Chave, directeur de la distillerie, ici et ici], n’est pas encore tout à fait prêt, on y jette un coup d’œil sur le texte posé sur la table, il y a quelques petits trous de rythme, et pourtant tout est lumineux. Cette femme adulte qui cherche à savoir qui est vraiment sa grand-mère ; cette absence et ce deuil de la mère, de la fille, entre elles ; ces manières différentes d’être femme quand deux générations vous séparent ; ce qui se transmet, au-delà de la tarte aux oignons, la « tarte aux larmes » ;  ce que l’on tait surtout, d’un amour perdu qui n’était pas le grand-père, de frustration d’accomplissement personnel, professionnel pour l’une, de sentiment amoureux, maternel pour l’autre. 

C’est avec la musique qu’elles se trouvent, qu’elles se connaissent le mieux, et leurs duos vocaux sont très réussis. De même que le passage entre leurs personnages et leurs paroles de comédiennes complices, qui entrecoupent parfois la fiction. Mais le plus impressionnant reste la façon dont Mathilde Dromard joue la vieille dame, empêchée physiquement, puis retrouvant sa jeunesse quand elle la raconte, la revit, d’un geste… Subtil !

AGNÈS FRESCHEL

Madame a été présenté en sortie de résidence publique le 29 novembre à la Distillerie d’Aubagne

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Édène, satire à blanc 

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Édène © Simon Gosselin

En 1909, Jack London crée le personnage de Martin Eden, un homme de la classe ouvrière qui cherche à devenir écrivain afin de conquérir une jeune bourgeoise. Son parcours permet à l’auteur d’aborder les débats littéraires de son époque, le fonctionnement du monde de l’édition et les conflits de classes. Avec Édène, Alice Zeniter [Lire l’entretien qu’elle nous avait consacré ici ou la critique de son dernier roman ici] transpose la trajectoire du personnage originel et les thèmes de l’œuvre à notre époque contemporaine. 

Nous rencontrons Édène, alter-ego féminin du protagoniste de London, lors de sa première venue chez Ariane et Rose, deux sœurs issues de la bourgeoisie de gauche. Amoureuse de Rose qui étudie la littérature, la protagoniste se met en tête de devenir autrice. Elle commence alors à écrire à propos des femmes avec lesquelles elle travaille, et de Gigi, son amie qui l’héberge. Les conflits qui en résultent font écho des débats littéraires actuels, comme le consentement des personnes représentées dans l’écriture du réel.

Représenter le réel 

Les difficultés d’Édène à être publiée permettent de faire émerger un discours fort sur les intersections entre rapport de classe et légitimité littéraire. En outre, la représentation des enjeux sociaux propres au parcours de la protagoniste reste extrêmement caricaturale. Le choix – revendiqué par Zeniter – de faire de sa protagoniste une femme noire n’a aucun impact sur le récit. Peut-être ne souhaitait-elle pas produire un pamphlet intersectionnel pour se concentrer uniquement sur les rapports de classe, même si ceux-ci sont traités de manière superficielle, voire ridicule. Lorsque les blanchisseuses entament un mouvement social, leurs revendications et leurs conflits internes sont tournés en dérisions par une mise en scène n’assumant pas de moments de tension et met davantage la focale sur leur manque d’expérience militante. De façon générale, le point de vue adopté est presque toujours celui des bourgeoises, qu’il soit méprisant ou fétichisant, ou celui d’Édène, qui malgré son appartenance de classe, méprise elle aussi profondément ses collègues.  

CHLOÉ MACAIRE 

Édène a été joué du 27 novembre au 1er décembre à La Criée, théâtre national de Marseille.

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« Indestructible » : une Peugeot intersectionnelle à Cavaillon 

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Indestructible © X-DR

La compagnie marseillaise Krasna crée à Cavaillon, puis joue à Lyon et Paris, un spectacle écrit et mis en scène par Hakim Bah et Manon Worms sur les grèves chez Peugeot-Sochaux après Mai-68. La période n’a pas été anodine dans cette usine gigantesque où en juin 68 deux ouvriers ont été tués et 150 blessés durant l’assaut des CRS. Et les grèves de 1989 y ont aussi été marquantes. 

Briser les chaînes 

Mais plus que d’un moment historique il sera question de trajets qui se croisent là, à Sochaux. Celui de Bakary, malien politisé qui fuit après le coup d’État militaire de Moussa Traouré (1968), s’arrête à Marseille, passe par le « centre de rétention » (illégal) d’Arenc parce qu’il proteste contre les conditions de travail sur les docks, puis aboutit sur les chaînes de sellerie automobile de la Peugeot 504.  

À la chaîne le rejoint Cathy, étudiante (de fiction) proche de Robert Linhart, auteur réel de L’Établi. Le sociologue marxiste y prône l’établissement en usine pour organiser la révolution. Établie à Sochaux, Cathy, lesbienne, va y dissimuler qui elle est, et organiser avec Bakary un débrayage… 

L’intrigue est riche, palpitante, dans un croisement intersectionnel qui raconte l’histoire ouvrière sans oublier les immigrés, les femmes, les homosexuel·le·s. Les procédés narratifs se croisent, aussi : monologue de la 504, dans une langue fragmentée poétique, dialogues plus réalistes, monologues diatribes des personnages. Le décor unique est fait de poix, de poids, de noirs et de projections floues sur des rideaux qui bougent, de seaux que l’on tire et qui figurent le travail à la chaîne, assez maladroitement puisqu’on n’y sent pas l’effort. 

Les scènes se succèdent dans un mouvement de ballet circulaire sans qu’on comprenne bien où tout cela veut en venir, tant l’échec du marxisme léninisme révolutionnaire en 1970 ne laisse planer aucun suspense. Cela permet, au moins, de ne pas effacer le féminisme et la présence des ouvriers immigrés d’un tableau des luttes !

AgnÈs Freschel

Indestructible a été créé à La Garance, scène nationale de Cavaillon, le 28 novembre

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La danse est un songe

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Theatre of dreams © Tom Visser

De quels rêves, cauchemars, songes enfouis, traces mémorielles, images collectives est-il question ?Avec Theatre of dreams, le chorégraphe britannique venu d’Israël nous fait entrer dans une sorte d’inconscient collectif dont nous reconnaissons les formes sans en saisir tout à fait les sens, sinon implicitement. 

Un danseur aux allures militaires venu de la salle s’immisce dans une ouverture temporaire au centre d’un rideau rouge, comme une naissance à l’envers. Dès lors, derrière le rideau ouvert à sa suite, les images, virtuoses, s’enchaînent. Coupées. Arrêtées par des noirs brutaux en pleine action. Reprises en plein vol par des éclairages tout aussi soudain. Comme entre deux flashes. Entre deux, trois, quatre rideaux qui s’écartent et se ferment, orchestrant le spectacle comme sur une superposition d’écrans virtuels, où les corps, la matière, sont pourtant vivants. Et cela à toute allure, sans temps mort, s’amusant même de moments cycliques où les corps se succèdent sans fin mimant inlassablement l’évolution humaine, le passage des ans. 

Inquiétante et familière étrangeté

Dans ce défilé d’images surgissantes on reconnaît quelques massacres, des abandons, des bribes de raves, de combats, de danses traditionnelles juive ou brésilienne. Les treize danseurs sont accompagnés par trois musiciens vêtus de blancs ou de rouge, d’électro live ou de pseudo samba en simili portugais. Les corps se déhanchent, des sourires naissent, le public est invité à partager la danse… puis on replonge dans un mouvement collectif, moins morcelé mais tout aussi rapide,  assénant ses images noires, violentes, révoltées, jusqu’à l’épuisement. A l’arrêt, après un bouquet final qui occupe enfin toute la scène. Tout s’éteint. 

Jusqu’à ce que la salle, muette, reprenne souffle, et se lève d’un bloc pour applaudir à tout rompre. 

AGNÈS FRESCHEL

Theatre of dreams, créé au Théâtre de la Ville (Paris) a été joué au Théâtre Liberté, Toulon, du 23 au 25 octobre 
A venir
Du 11 au 13 décembre
Théâtre des Salins, Martigues