Sensibiliser le jeune public aux questions environnementales, c’est le pari que s’est lancé le groupe de rock strasbourgeois Weepers Circus pour son nouveau concert-spectacle. Avec Rétropolis, les quatre musiciens se retrouvent dans une ville ultra-moderne, où les immeubles côtoient les nuages et où le métro ne s’arrête jamais. La verdure a disparu, et ce n’est pas la seule. À Rétropolis, les enfants sont introuvables. Pendant 55 minutes, les musiciens affrontent la jungle urbaine, guidés par l’espoir de les retrouver et de voir la nature reprendre ses droits. Pour ce nouveau voyage, le groupe est accompagné des illustrations de Clotilde Perrin. Une invitation à repenser les modes de vie et le rapport à l’environnement, tout en musique et pour tous·tes, à partir de 5 ans.
Le cinéma en plein air s’invite au Citron jaune – Centre national des arts de la rue et de l’espace public. Hélène Robert et Robert Perrin, réalisateur·ices du film documentaire Ici rond-point de l’Asie, ont posé leur caméra au cœur de la Camargue. Ils dépeignent le portrait d’un territoire à deux facettes. Connue pour ses étendues naturelles, ses marais et ses lagunes, la caméra s’arrête au rond-point de l’Asie. Une zone industrielle et portuaire où transitent chaque jour des milliers de camions en provenance du monde entier. Un carrefour du commerce mondial. Durant 2h30, le film met en valeur les paysages locaux et ceux qui y travaillent. La diffusion, prévue en soirée, s’accompagnera d’un concert de Gilles Piozat, le compositeur de la bande originale du film.
F.L.
7 mai
Terrain de pétanque rue Hardon, Port-Saint-Louis-du-Rhône
Un mini-golf, deux comédiens et Charles Perrault… dans Trois contes et quelques, l’auteur Emmanuel Adely se saisit de trois contes, fixés sur la page par Charles Perrault, puis sur écran par Walt Disney ou Jacques Demy. Des histoires si bien connues qu’on en oublie presque leur violence : de l’inceste du père de Peau d’Âne aux féminicides de Barbe Bleue, tous décrivent la domination patriarcale et les violences sexistes et sexuelles qui en résulte.
Adely en dissèque la morale, la transpose dans un langue tranchante, et les comédiens du groupe Merci révèlent, avec humour et vivacité, et dans une étonnante scénographie, un terrain de mini-golf modulable, tout le sens.
C.M.
Jusqu’au 8 mai
En itinérance à Chorges, Veynes et Embrun
Programmation de La Passerelle, Scène nationale de Gap
Du 11 au 15 mai
En itinérance
Programmation de La Durance, Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban
Créé à Châteauvallon-Liberté, après un parcours de travail passé par Bonlieu, La Chartreuse, le Centquatre et le Rond-Point, MORDRE. porte au plateau l’étrange enquête de Giulia Dussollier : qu’apprend-on de nous-mêmes en entrant dans le corps d’un chien ? Comédienne et danseuse, elle a travaillé avec la dog-traîneuse Aurélie Nuzillard pour chercher ce point de contact entre les espèces. Texte, danse et création sonore conçue en direct par Thibault Lamy se conjuguent en boucles de répétition, de questions-réponses et de mécanismes d’obéissance où le corps apprend à dire oui, jusqu’à interroger les limites du jeu, de l’amour et de la disparition du soi.
S.CA. Du 5 au 7 mai Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules
Créer un espace où chacun·e a la place de construire peu à peu son identité d’artiste, tout en apprenant à faire groupe : voilà la vocation de la formation Coline – Istres. KLAP Maison pour la danse s’associe pour un nouveau programme double avec la formation de jeunes danseur·euses dans un voyage collectif, ancré dans le territoire et la création. L’occasion pour Joanne Leighton d’inscrire sa quatrième création, intitulée Forêt(s) ou elle explore, avec les jeunes artistes, les dynamiques collectives à travers une danse en mouvement constant. Une partition dansée où chacun·e affirme sa danse tout en nourrissant un élan commun. En écho, Printemps, de Michel Kelemenis, prolonge la réflexion autour du « faire ensemble ». Portée par l’album mythique The Köln Concert de Keith Jarrett, la création du chorégraphe joue avec l’espace et ses transformations dans une écriture chorégraphique complexe et vivante. Deux propositions qui interrogent le lien et la puissance du collectif, et promettent poésie et réflexion.
Danser, faire groupe, habiter le paysage. Sur un plateau transformé en forêt, dix danseur·euses composent un joli ensemble poétique. Portés par la danse, The Gathering imagine une entité mouvante où les gestes laissent transparaître une « pratique scénique partagée ». À l’image d’un orchestre, chaque artiste déploie sa partition et participe, dans le même temps, à une harmonie collective. Avec cette création, la chorégraphe australienne Joanne Leighton explore une « danse du lien », inspirée par Henry David Thoreau et son ouvrage Walden. Sur une musique originale de Peter Crosbie, les interprètes esquissent une forme d’écologie incarnée par la danse. Les mouvements s’inscrivent dans une temporalité quasi organique, évoquant, le temps qui passe, les saisons, leurs cycles mais aussi leurs incertitudes. Les corps dessinent une forêt en mouvement constant. Une création qui promet d’être sensible, poétique, laissant apparaître un bel hymne à la vie et au Vivant.
Si la création peut apparaître comme un refuge pour certaines, elle peut devenir pour d’autres un lieu d’empêchement. Dès 1929, Virginia Woolf affirmait qu’une femme devait disposer de « 500 livres de rente et d’une chambre à soi » pour pouvoir écrire. Car créer ne va pas de soi pour les femmes : des contraintes spécifiques s’ajoutent selon la place sociale qu’occupe chacune, et la société, l’époque où elle vit.
C’est parfois de là, paradoxalement, que jaillit une urgence, un besoin vital de dire, d’écrire. À travers un dispositif immersif singulier, Je crée et je vous dis pourquoi, interroge ce qui nourrit le désir de création féminin. Les textes de treize autrices francophones se retrouvent, portés par six artistes – comédiennes, chanteuse – donnant corps à leurs écritures.
Un appel à écrire
Le projet naît d’une rencontre: celle entre Aurélie Van Den Daele et Hassane Kassi Kouyaté, directeur des Francophonies, des écritures à la scène. De là émerge une commande adressée à des autrices autour d’une question en apparence simple : pourquoi, en tant que femme, créer aujourd’hui ?
Du Congo à Haïti, en passant par la France, la Belgique, le Bénin, le Liban, la République démocratique ou encore le Canada, treize autrices – dont Gaëlle Bien-Aimé, Alison Cosson ou encore Daniely Francisque – répondent à l’appel. Des récits très personnels émergent, évoquant les difficultés à écrire, les silences; Daniely Francisque, par exemple, évoque un désir né d’une parole longtemps étouffée. Le projet prend alors une allure de manifeste, donnant à entendre des voix plurielles.
Une déambulation singulière
Pour écouter ces paroles, il ne s’agit pas de rester assis : le spectateur fait partie intégrante du processus, invité à déambuler à travers différentes « chambres à soi », conçues spécialement dans le théâtre. Dans ces espaces, le jeu des comédiennes, accompagnées d’une chanteuse et d’une dessinatrice, transforme chaque texte en une forme vivante et partagée.
La scénographie imaginée par Aurélie Van Den Daele guide la traversée au cœur de l’intime des autrices. À la présence scénique s’ajoutent un dispositif sonore qui plonge les participant·es tout du long de la déambulation au cœur des récits. Pensé initialement pour quelques représentations, le projet s’inscrit aujourd’hui dans la durée et s’adapte aux lieux investis, promettant des surprises au Théâtre de la Joliette !
« Tu as choisi de défier la société par la langue du cinéma. Courageux mais anecdotique. Je mets fin à nos échanges. » écrit Ariel Cypel, coscénariste, à Anat Even, la réalisatrice israélienne du documentaire Collapse (Effondrement) tourné pendant deux ans dans le kibboutz de Nir Oz et dans le désert du Néguev. Eh bien, c’est loin d’être anecdotique ! Certes, on a vu beaucoup d’images sur Gaza, fictions et documentaires mais difficile d’oublier la voix d’Anat Even qui nous guide sur ce territoire. Déambulations à pied dans le kibboutz en ruines où elle a vécu, jeune : maisons abandonnées, photos d’habitants de Nir Oz, des amis qui lui ont appris « l’histoire et le cinéma. Plans larges, coupés en deux par la frontière, les barbelés. Terre ocre, champs traversés sans cesse par des machines, tracteurs, chars et les D9, monstres de 60 tonnes d’acier qui renversent, abattent, expulsent, aplanissent. Longs travellings en voiture le long des routes et, au loin, omniprésents, la fumée et l’écho sourd des bombardements et des explosions. Anat Even a commencé à filmer le 24 octobre 2023 et en automne 2025, dit-elle, chaque matin est pareil à l’autre. « J’entends les bombardements incessants et mon cœur se brise. » 100.000 obus d’artillerie, ainsi que des bombes à fragmentation, contenant jusqu’à 429 kg de matière explosive, ont été largués ; en une semaine de guerre, plus que ce qu’ont lancé les Américains sur l’Afghanistan en 2019.
Voix off, lettres échangées avec Ariel, témoignages comme celui d’Ezzideen Shehab, médecin et poète palestinien, 27 ans, rentré à Gaza en octobre 2023, 5 jours avant le début de la guerre. « Ce n’est pas le destin qui nous affame, ce ne sont pas les cieux qui nous bombardent, c’est la logique des puissants, l’arithmétique froide de la géopolitique qui ont transformé nos rues en abattoirs ; 60 000 morts, 150 000 mutilés, principalement des enfants dont le seul crime et d’être nés à Gaza, du mauvais coté d’une ligne imaginaire, tracée par des messieurs en costumes. »
Les Israéliens comme Anat Even qui sont contre cette guerre, et toutes les autres, sont vus comme des fous dangereux, tel cet homme assis sur la route, tenant un panneau appelant à la paix, fantôme muet. Comment parler de Gaza ? D’une zone d’extermination, d’un enfer à portée de main et à des années-lumière ? La réalisatrice filme les quelques rassemblements d’opposants à cette guerre éternelle, qui manifestent pour la paix, contre Netanyahou en visite au kibboutz, 650 jours après le désastre. Elle nous met face aux discours haineux de ceux qui traitent les Gazaouis de rats et affirment leur volonté de recoloniser Gaza.
A Ariel qui souhaiterait mettre Israël au ban des nations comme les Allemands, les Serbes et les Hutus, elle confie ne pouvoir se détacher, née là et n’ayant nulle part où aller. Pas d’autre langue, pas d’autres paysages. Ariel qui met fin à leurs échanges, craignant que la caméra de son amie ne se cantonne à un seul côté de la frontière : derrière cette barrière vit un peuple condamné à mort qui n’a ni visage, ni nom. Elle, ne veut pas renoncer à l’espoir. Quelle place pour le cinéma face à cette machine de guerre ? Anat Even a choisi de laisser une trace, au plus près des lieux, des contradictions.
C’est une citation du prix Nobel de littérature, Imre Kertész, qui ouvrait ce documentaire sombre et courageux : « Nous étions parfaitement conscients de la stupidité de la barbarie et de la malfaisance destructrice qui se propageait dans notre pays comme un fléau avec l’aval des autorités. Pourtant, nous les avons considérées avec indifférence comme des gens qui auraient renoncé depuis longtemps à tenter d’améliorer la vie publique ou à provoquer un changement quel qu’il soit. »
Collapse se termine par une dédicace aux enfants et aux victimes innocentes de crimes contre l’humanité
Un documentaire qui résonne encore plus fort en cette période où beaucoup d’innocents sont sous les bombes.
Delta, de Verena Paravel, est une commande de Luma, et a été tourné lors d’une résidence à la Tour du Valat, Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes fondé en Camargue par Luc Hoffmann, mécène ornithologue, père de Maja Hoffman, directrice de Luma.
L’amour du vivant qui fourmille dans le delta du Rhône est manifeste dans ce film dont les points de vue surprennent, tout près des roseaux et des insectes, à hauteur de leurs yeux, de leurs antennes, de leur verdeur. Le traitement du son est tout aussi subtil et étonnant, capté sous la surface des eaux pas si stagnantes, au passage de l’air entre les feuilles, attrapant chaque pas de puceron le long des tiges, chaque mandibule qui mâche. Sans chercher à restituer le point de vue d’une faune qui n’a généralement ni oreilles ni vision binoculaire, Delta bouleverse pourtant notre perception anthropomorphique, en nous amenant plus près des forces telluriques, des éléments et des vies minuscules.
Revue historique
Dans la galerie des archives vivantes, au sous-sol de la Tour, les Cahiers d’Art anciens reprennent vie. La revue a été fondée il y a tout juste 100 ans par Christian Zervos, et codirigée avec Yvonne Zervos dès les années 1930. Une revue rapidement devenue mythique par sa mise en page et son invention typographique, mais surtout parce que des reproductions de Picasso, Kandinsky ou Matisse y voisinaient avec des textes de Beckett, Lacan ou Artaud, et des photographies de Man Ray ou Dora Maar.
100 ans de Cahiers d’Art et LUMA Arles expose des pages célèbres de la revue, des plaques de gravure de Duchamp, des pochoirs de Miró, des carnets de dessin de Picasso. Elle se prolonge avec des œuvres plus récentes publiées par la revue actuelle, en particulier deux dessins d’Adel Adessemed, une lithographie de William Kentridge, un tirage d’Al Weiwei… et un film, REMNA, commande le Luma au duo QASAR, qui décline les matières, traits, découpes, émotions et pigments des Cahiers.
Calligraphier l’architecture
L’exposition consacrée à Zaha Hadid éclaire magnifiquement la singularité de l’architecte. Les œuvres que ses confrères ou ses disciples lui consacrent sont exposées dans une première salle où de nombreuses interviews sont diffusées, et trois salles sont consacrées à ses peintures, dessinant une architecture qui flotte dans l’air, s’imposant par ses lignes comme un geste plastique sur l’horizon. Architecture expérimentale, longtemps raillée comme impossible et abstraite, s’imposant dans les galeries d’art… avant d’être enfin prise au sérieux et réalisée dans les cieux de Rome, Londres, Canton ou Marseille.
L’exposition permet de comprendre ses influences, en particulier le suprématisme russe, mais aussi sa philosophie de l’espace, son développement d’une nouvelle géométrie architecturale, construite autour d’axes et de superposition, dans une démarche d’expérimentation qui, selon elle, « ne devrait pas avoir de fin ».
Luma speaks english Les journalistes invités au voyage de presse à la Fondation Luma ont été accueillis par Maja Hoffmann le 30 avril, pour une longue après-midi de visites des 6 expositions qui ouvraient au public le lendemain, 1er-mai. La tour de Frank Gehry qui brille et s’élève, visible de très loin dans la plaine camarguaise, continue d’affirmer le poids de la milliardaire sur la ville d’Arles. L’art contemporain et ses fondations privées ne cessent d’y éclore, épurées et amères comme des fleurs de sel. Elles semblent ignorer les difficultés sociales d’une ville plurimillénaire et pauvre, où désormais les bodégas, l’Espagne, la Provence et le patrimoine antique affichent rarement leurs ivresses. Arles a changé d’identité et se voue à l’art contemporain, souvent pour le meilleur – les expositions ouvertes le 1er mai en témoignent. Mais les collections privées s’affichent avec des moyens que les Suds, le Museon Arlaten ou le Musée Arles antique n’ont plus, et que les Rencontres Internationales de la Photographie n’atteignent pas davantage. Cette cohabitation d’une culture publique qui subit des restrictions budgétaires de plus en plus violentes, et de fondations privées, dont certains bénéficient de moyens illimités et en en accroissement constant, permet au public un accès aux œuvres, et en particulier aux collections privées des milliardaires amateurs d’art. Mais pourquoi accueillir les journalistes, dont la plupart étaient francophones, pour une visite tout en anglais, avec traduction française au casque ? Quel est le sens de ce choix pour la presse française, pour la presse régionale, et pour les habitant·es d’Arles et de la région ? Ouvrir cette visite le 30 avril, seul jour férié des journalistes français·es (aucun journal ne paraît le 1er mai) et programmer les vernissages, et donc le travail du personnel et des prestataires, le jour de la fête du travail, était tout aussi maladroit. Ou volontaire ? Maja Hoffmann, dans l’édito présentant ses expositions, parle des « réalités sociales en mutation » et propose « une remise en cause des récits dominants » pour imaginer d’autres « manières d’être ensemble ». Pour les Arlésiens, les Arlésiennes et tous les amoureux de cette ville exceptionnelle, il n’est pas certain que l’anglais international et le travail le 1er-mai soit un changement désiré. A.F.
Trois femmes s’affairent autour d’un atelier composé de récipients en verre, d’ustensiles en bois ou en métal, dont les sonorités semblent émaner d’un lavoir enchanté. En fond, le violoncelle tient une note, une seule. Les voix s’élèvent, cristallines puis quelque chose bascule, comme un cérémonial exalté durant lequel les trois chanteuses se transforment en créatures d’un monde fantastique surgies d’une forêt ancienne. Le violon entre en scène. Le récit peut commencer.
Pour cette nouvelle création en quintette, le Trio Nóta – Cati Delolme, Gabrielle Varbetian et Mélissa Zantman aux voix et percussions – a invité la violoncelliste et compositrice Claire Menguy et le multi-instrumentiste Colin Heller, au violon baryton et à la nyckelharpa (curieuse cithare suédoise dotée de touches et de cordes dont le timbre évoque à la fois le violon et l’orgue). Ensemble, ils ont bâti un programme peuplé d’êtres métamorphosés, d’hybrides, de créatures magiques et de chimères tirés des contes et légendes du passé.
Le répertoire mêle ballades traditionnelles françaises et britanniques revisitées et compositions originales. Parmi les pièces anciennes on peut entendre La Complainte de la Blanche Biche, chant du XVIe siècle où une jeune fille maudite vit sous forme humaine le jour, et devient biche la nuit, jusqu’au moment où elle est chassée et tuée par son propre frère.
Passé et contemporain
Dans There Were Three Ravens, harmonisée par Thomas Ravenscroft en 1611, une autre mystérieuse biche – métaphore de la bien-aimée – vient recueillir le corps d’un chevalier mort ; The Great Silkie of Sule Skerry, chant des Orcades, collecté en 1938 raconte, lui, l’histoire d’un être capable de se transformer de phoque en homme. Tam Lin, chanson des Scottish Borders narre les aventures d’une jeune femme qui arrache son amant aux griffes de la Reine des elfes en le tenant serré tandis qu’il se transforme tour à tour en serpent, en bête de feu et en braises vives. On remonte encore dans le temps avec Phyton le merveilleux serpent de Guillaume de Machaut (1300-1377), partition la plus ancienne du programme.
À ces œuvres du passé répondent des pépites originales signées Francis Coulaud, Mélissa Zantman, Cati Delolme ou encore Colin Heller, dont les textes entrent en résonance avec les pièces anciennes. Les voix alternent solos et polyphonies, parfois rejointes par les musiciens. La frontière entre les mondes est poreuse, mouvante. Car c’est là le cœur du projet : la métamorphose révèle un univers composé de présences multiples, établit une continuité entre les formes du vivant. Elle interroge notre rapport au sauvage, à l’animal, à l’altérité, à la mort. Elle parle aussi de la figure féminine telle que façonnée à la fin du Moyen Âge. Capable de donner la vie, la femme a cristallisé à la fois le désir, la fascination mais aussi la terreur justifiant bien des violences, des viols et des dominations.
Ce programme de haut niveau, poétique et ambitieux porté par l’association Le Chant des voisins, n’existerait pas sans la confiance partagée de ses coproducteurs : la Cité de la Musique de Marseille, l’Espace Culturel de Chaillol, avec le soutien du PIC-Ensemble Télémaque, de Musicatreize et de l’Abbaye Médiévale de Lagrasse, centre culturel les Arts de lire.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Le concert s’est déroulé le 30 avril à la Cité de la musique, Marseille.