mercredi 9 septembre 2026
No menu items!
cliquez sur l'image pour en savoir plusspot_img
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Cliquez sur l'image pour vous abonnerspot_img
Accueil Blog Page 51

À Maupetit, une belle partie de golfe

0
© Bernard Plossu

La Ciotat n’est certainement une ville comme les autres. Une ville de contraste, de lumière, d’un peuple vivant, travailleur, qui sait aussi apprécier l’oisiveté de la chaleur, le repos de la mer. Il n’en fallait pas plus pour attirer la curiosité naturelle de Bernard Plossu, illustre photographe dont on a la chance qu’il vive dans notre région, et qui a su en tirer, au cours de ses déambulations pédestres, son âme et sa beauté.

Voilà pourquoi l’éditeur arlésien Arnaud Bizalion a décidé de réunir des centaines de ces clichés ciotadens dans son ouvrage La Ciotat, récits du Golfe d’amour, tout juste paru. Des photos de Bernard Plossu, mais aussi des textes de Michel Cornille, Jean-Louis Tixier et Marie-Paule Viale, qui racontent les liens que plusieurs grands noms – auteurs, cinéastes, scientifiques – ont eu avec cette ville.

Comme un Fresson

Au gré des pages, on apprendra ainsi la vie mouvementée de Louis Marin, directeur de la librairie royale au XVIIIe siècle, né à La Ciotat, et qui passa quelques années réduit à l’esclavage, avant de devenir un des hommes de lettres les plus importants de son siècle. Les mots qu’a eu Ferdinand de Lesseps, ingénieur qui perça le canal de Suez, et qui inaugura aussi les chantiers navals de La Ciotat en 1869. Passent également par là Simone Veil, Georges Braque, Henry Miller et même Boby Lapointe.

Des grands noms, des petites histoires, qui se mêlent à la grande. Une gloriole qui contraste avec la poétique du rien de Bernard Plossu. Dans ses clichés, comme souvent, il saisit l’instant, son propre instant, donne de l’importance au banal, aux odeurs, aux sentiments, aux anonymes.

C’est d’ailleurs cela que l’on ressent sur les tirages exposés au premier étage de la librairie Maupetit. Des photos le plus souvent en couleur, sorties du légendaire atelier Fresson, dont le procédé de révélation des couleurs reste secret, et qui donne aux images une saturation unique, où l’on pourrait croire qu’il ne s’agit pas là de photo, mais de dessins au crayon gras. Une exposition visible gratuitement jusqu’au 9 mai, où l’on pourra également se procurer l’ouvrage.

NICOLAS SANTUCCI

La Ciotat, récits du Golfe d’amour

Arnaud Bizalion Éditeur – 45€

Roman-photos

0
Vincent Quivy © Olivier Dion

Vincent Quivy cite en exergue de son nouveau roman, Un léger soupçon d’innocence, ces mots de Letizia Battaglia : la photographie est la vie racontée. Son texte en quelque sorte épouse cette approche. Soixante courts ou très courts chapitres correspondent à soixante photos qui chacune illustrent un moment de la vie du narrateur Bixente et de ceux qui l’entourent : ses parents, son frère, sa sœur et ses amis surfeurs, sa petite-amie Lou et celle de Val d’Huart, Tickie, qu’il aime secrètement.

Le roman nous replonge dans les années 1990 au Pays Basque français, qui à l’époque est marqué par les soubresauts de la violence politique de l’ETA. Si l’Espagne connait bien davantage que la France des attentats, il n’en reste pas moins vrai que Bayonne et sa région servent de zone de repli aux nationalistes et connaissent des attaques.

La littérature espagnole d’ailleurs a son grand roman de la terreur basque avec Patria, d’Arumburu, paru en 2016, qui sera adapté en série.

Le roman français de Vincent Quivy n’a pas cette opulence. Le jeune héros-narrateur a 17 ans. Peu avant les épreuves du bac, il est kidnappé, chez sa mère. Menotté, le visage recouvert, il est laissé, assis sur une chaise, dans une ferme de l’arrière-pays, pendant plusieurs jours, en subissant des interrogatoires de l’antiterrorisme, après l’attaque de la gendarmerie de Bidart. Nous sommes en 1994, sous le second mandat de Mitterrand, ami de la famille.

Comment enquêter, comprendre pourquoi il a subi ce sort, lui Bixente, qui n’est qu’un jeune surfeur de la plage des Casernes ou de celle d’Hossegor ? Quel rôle ont joué certaines photos, le montrant aux côtés de militants basques, lors de fêtes ou soirées ? Pourquoi son meilleur ami, Val a-t-il été jeté en prison pour l’affaire de Bidart ? Bixente se demande s’il y a moyen de faire reconnaître son innocence, s’il a eu raison de faire confiance à ses amis, à sa famille.

Les photos représentent des moments arrêtés de l’enfance, de l’adolescence, d’un mariage, d’un anniversaire, du temps qui a passé. Les photographies sortent aussi du cadre intime : photos dans les journaux, photos de police. Sont-elles des preuves, des images illusoires ? La vie avance en tournant les pages d’un album. La grand-mère d’Hendaye meurt, la mère de Bixente, malade, elle aussi disparaît. Le père s’efface à nouveau. La vie d’adulte mettra fin aux amitiés ; chacun suivra sa route.

Marie du Crest.

Vincent Quivy Un léger soupçon d’innocence, éditions du Rocher, 2026, 281 pages, 19,90 €

Dao, duo de célébrations

0
Dao d’Alain Gomis © 2026 - Les films du Worso

Dao s’ouvre sur un prologue singulier et émouvant. On y rencontre les deux personnages principaux à l’heure où le film n’est encore qu’un projet en construction. Des actrices noires, pour la plupart non professionnelles, âgées d’une cinquantaine d’années, se succèdent devant la caméra d’Alain Gomis. Elles découvrent un texte qu’elles acceptent de lire ou non ; se livrent sur leur rapport souvent difficile au monde, au regard des autres, à leur précarité. Une parole rare que le réalisateur ne pouvait se résoudre à couper au montage. Mais également une belle idée de mise en scène, qui rappelle qu’un cinéma volontiers qualifié de naturaliste ou de documentaire pour son usage de la caméra à l’épaule ou de dialogues improvisés est avant tout le fruit d’un travail colossal, et d’un autre mode de composition – celui qu’Agnès Varda qualifiait de « cinécriture ». C’est ainsi que nous faisons la connaissance d’une fille et d’une mère, se reconnaissant le temps d’une lecture commune : Katy Corréa, comédienne non professionnelle dotée d’une aura sensible,et D’Johé Kouadio, formée, entre autres, à l’école Kourtrajmé, tombent littéralement dans les bras l’une de l’autre. Le récit peut alors commencer, et fera l’objet, par endroits, de nouveaux retours à des lectures entre comédiens pour souder les liens entre des personnages toujours plus nombreux.

D’un rite à l’autre

Autre très belle idée, celle de conjuguer en montage alterné les deux célébrations rituelles qui jalonnent la vie de Gloria : le mariage de sa fille en banlieue parisienne, et la cérémonie funéraire dédiée à son père, en Guinée-Bissau. Redouté par l’indépendante Gloria, qui ne nourrit à l’égard des hommes que rancœur et méfiance, le mariage de Nour est filmé avec une joie mais également une mélancolie certaine, que son achèvement dans une nuit marquée par une énième dispute entre cousins conclut sur une note douce-amère. À l’inverse, la cérémonie funéraire consacrant le père mort en ancêtre, après avoir fait l’objet d’effusions douloureuses – dont, admettons-le, de dispensables exécutions animales rituelles – se conclut sur une certaine sérénité. Durant les trois heures qui constituent le film, le temps passe à une allure folle. Il faut dire que la caméra sait capter des moments collectifs riches et expansifs, et de belles interventions de comédiens complices : Thomas Ngijol esquissant une tentative, rhétorique ou non, de coming-out, mais également Samir Guesmi, Nicolas Bouchaud … Et de nombreux comédiens et figurants, proches de la famille d’Alain Gomis, livrant au fil des déambulations des confidences que le réalisateur ignorait – notamment ce cousin racontant la mort de son père, tué par une mine alors qu’il livrait des armes aux indépendantistes.
Une belle et étonnante traversée.

SUZANNE CANESSA
Alain Gomis, Dao, 3h04, sortie le 29 avril
Le film sera projeté en avant-première le 23 avril aux Variétés et au Pathé Joliette à Marseille

L’amour sans mode d’emploi

0
C’est quoi l’amour ? de Fabien Goreart © Deuxieme ligne films - Petit Film - France 3 cinema

Après Diane a les épaules, qui abordait la GPA à partir d’un attachement qui déborde, puis La Vraie famille, directement nourri de son histoire personnelle autour du placement familial, Fabien Gorgeart continue de filmer les liens au moment où ils se déplacent. Dans C’est quoi l’amour, une procédure de divorce religieux entre deux ex-conjoints restés en bons termes vient dérégler une situation que l’on croyait stabilisée.

Le film, affublé d’un titre bien moins délicat que ne l’est son intrigue, avance sans chercher à expliciter ni à reconstituer ce qui a eu lieu. Le comique n’est ni un objectif ni un contrepoint : il surgit des situations, des réactions, de dialogues qui restent au plus près du réel – et qui laissent affleurer une émotion plus sourde. Gorgeart ne change pas de terrain, mais déplace légèrement son geste.

Du centre commercial au Vatican

Laure Calamy et Vincent Macaigne forment un couple d’une évidence rare. Rien n’est appuyé, mais une histoire circule entre eux. Leur complicité, tangible à l’écran sans effort, tient sans doute aussi à un parcours commun, au théâtre et au cinéma, qui remonte à près de deux décennies.

Déjà présents dans La Vraie famille, Lyes Salem et Mélanie Thierry incarnent ici deux personnages secondaires particulièrement justes. Lui, en époux relégué au second plan, observe, accompagne, laisse faire avec une forme de bonhomie qui finit par décaler le regard. Elle, hérite d’une partition plus ingrate : il fallait bien tout son talent pour incarner cette catholique un peu rigide, sœur de curé, incapable d’envisager de ne pas se marier à l’église. Sans jamais basculer dans la caricature, Mélanie Thierry tient sa ligne avec une générosité et un engagement qui la rendent immédiatement crédible.

Dans ce jeu de déplacements, Céleste Brunnquell trouve naturellement sa place. Déjà remarquée dans En thérapie, elle confirme une présence très singulière, à cet endroit fragile où l’adolescence se prolonge encore dans les débuts de l’âge adulte.

Le film s’ouvre dans un centre commercial à Angoulême et se termine à Rome, au Vatican. On passe de l’un à l’autre sans que rien ne soit surligné. C’est la première fois que ces personnages s’y rendent – et on se surprend à se demander quand, pour la dernière fois, un événement de ce type a été filmé de cette manière dans un film, qui plus est grand public.

SUZANNE CANESSA


Le Ramadan, un phénomène social total

0
Akram Belkaïd © X-DR

Akram Belkaïd présentait son nouveau livre le 6 mars à la librairie marseillaise L’Île aux mots, autour d’un apéro iftar, au coucher du soleil. A Marseille, habituellement, on ne fait pas de ramdam autour du ramadan, dont le début était concomitant cette année avec le carême chrétien. À Noailles, il donne à voir ses étals sucrés et révèle les odeurs de menthe et de coriandre dans les rues. À l’heure de l’iftar, les rues se vident progressivement ,pour se réanimer quelques temps après…

Journaliste à l’Orient XXI et rédacteur en chef du Monde diplomatique, Akram Belkaïd est l’un des observateurs les plus fins du monde arabe et de ses diasporas : ces Chroniques du ramadan rassemblent des textes courts écrits au fil des années, fragments de mémoire, réflexions sociales, récits d’iftar et scènes du quotidien. Et leur lecture prenait une saveur particulière à cette heure, en ce lieu, en ce mois….

Au carrefour des vécus

Pour l’auteur, le ramadan est un phénomène social total, qui mobilise simultanément tous les aspects d’une société, sans qu’on puisse les disséquer isolément. Un moment où se croisent foi, consommation, solidarités et paradoxes. 

Car derrière l’apparente uniformité du rite, il y a la diversité des vécus, ceux du chibani isolé, de la mère en surcharge mentale, du cadre pressé ou de l’étudiant précaire….

On jeûne à Alger comme à Paris, à Casablanca comme à Marseille, sous des lumières différentes mais dans une même quête spirituelle. Évidemment, de l’extérieur, on voit surtout les tables bien garnies et pantagruéliques, et les restrictions diurnes. Mais la réalité culturelle, partagée est bien plus complexe, et se révèle dans les récits.

La meilleure Zlabia, celle de Boufarik !

Ainsi, Akram Belkaïd décrit avec tendresse les récits ordinaires  d’une cocotte-minute récalcitrante, des débats autour de la meilleure zlabia, non la tunisienne mais celle de Boufarik, à côté d’Alger, sa ville natale. Il raconte aussi, avec humour et précision, la préparation de l’iftar ou des prières surérogatoires, recommandées mais non obligatoires, du Tarawih (prières du soir après le Salat, prière rituelle).

Ses chroniques tissent une géographie du ramadan contemporain, faite d’ajustements nécessaires, de solidarité ancestrale et de pratiques culturelles contemporaines. L’auteur ne se contente pas d’observer : il interroge le sens d’un mois à la fois spirituel et profondément social, questionnant les usages jusqu’à ceux des dé-jeûneurs dans une société cosmopolite où la liberté de conscience est fondamentale. 

Un ramadan embourgeoisé

Plus concrètement, à ceux qui prédisaient un affaiblissement des rites et de la pratique religieuse, Akram Belkaïd apporte un démenti documenté. « Il gagne du terrain, affirme-t-il, en même temps qu’il évolue, qu’il change, qu’il s’adapte». On pourrait dire qu’il « s’embourgeoise », écrivaient, en 2000, l’historien François Georgeon, ou Fariba Adelkhah dans Ramadan et Politique.

Un paradoxe qui n’est qu’apparent « on jeûne pour ressentir la faim, partager l’épreuve…Mais chaque soir, l’abondance guette, au risque de déjouer tous les messages de prévention des médecins comme des appels à modération des théologiens. » 

Car derrière la convivialité des tables se cache aussi la logique d’un capitalisme mondialisé qui a su transformer l’épreuve spirituelle en marketing. Guirlandes rococo, rayons débordants de sirop de glucose et autres sodas, folklore illustré par les chameaux et palmiers…. le ramadan s’est mondialisé jusque dans nos supermarchés et nos assiettes. 

Irrationalité et gravité

Autre paradoxe, les Chroniques du Ramadan interrogent le lien entre spiritualité et rationalité. Ainsi, la fluctuation du calendrier religieux génère un espace de débat : pourquoi persister à guetter la lune à l’œil nu à l’heure des calculs astronomiques ? Pour Belkaïd, cette persistance de la tradition dans la modernité reste une part essentielle de la poésie du rite. 

À travers sa plume, le ramadan devient ainsi le miroir des mutations d’un islam diasporique, qui reflète les tensions sociales et des élans de générosité qui se réinventent chaque soir au moment de rompre le jeûne. 

Mais les anecdotes sur l’origine d’une recette, les débats sur les dates ou le choix d’une série n’effacent pas la gravité de la situation internationale. En préambule de son essai, Belkaïd revient sur les peuples qui meurent de faim, et rappelle que le ramadan à Gaza était dans tous les esprits cette année.Une réalité qui a bouleversé la dimension spirituelle de l’épreuve. 

De fait, entre pratique individuelle et consumérisme collectif, les communautés diasporiques peinent à faire entendre leurs voix, à constituer un contrepoids politique face au risque omniprésent d’alimenter l’islamophobie rampante. 

L’écriture d’Akram Belkaïd, à la fois pudique et incisive, redonne à ce mois de jeune une profondeur politique : celle d’un temps suspendu où la solidarité devient acte de résistance. Un livre tout en nuances, à l’image de son auteur : discret, érudit et profondément humain. 

SAMIA CHABANI

Chroniques du Ramadan

Voyage intimiste au coeur du jeûne

Akram Belkaïd

éditions Tallandier, 2026

Le polar s’invite dans les Calanques

0
© X-DR

Lecture et détente ne sont pas incompatibles, loin de là. Avec Polar en Calanques, le Comité des Fêtes de La Couronne fait le pari de réunir lecteurices et auteurices de la région dans le cadre estival et atypique de la plage de la Saulce, à Martigues. Installé en bord de mer, l’événement propose de mêler littérature et rencontres, tout en faisant (re)découvrir le polar. Fort du succès de sa première édition, qui avait séduit à la fois les passionné·es et les curieux·ses, le rendez-vous réunit cette année encore une dizaine d’auteur·ices de la région. Parmi eux : Patrick Barbuscia, Florence Bremier, Cécile Carello, Cécilia Castelli, Marianne Chabadi, Gilles Del Pappas, Pierre Dharréville, Jean-Claude Di Ruocco, Peggy François, Maurice Gouiran, Gabriel Katz, Anouk Langanay, Audrey Sabardeil ou encore Pascal Thiriet. L’occasion de découvrir des univers singuliers et d’explorer la diversité de ce genre au contour mystérieux.

Le polar : un genre à part

Parfois confondu avec le roman policier, le polar se distingue par un regard davantage social et profondément politique. De Ken Follett et sa fresque Les Piliers de la Terre jusqu’à La Calanque de Gilles Del Pappas – figure emblématique du polar marseillais -, le polar couvre un large spectre et constitue un véritable outil de critique sociale. Là où le roman policier se concentre sur la résolution d’un crime, le roman noir, interroge les failles de la société. Ses dimensions socio-politiques en font un genre vivant, en mouvement constant, puisant autant dans le réel que dans l’intime. Par chance la région ne manque pas de talents dans ce genre, comme en témoignent les auteur·ices invité·es au festival.

Des auteur·ices de la région et des surprises

Cette nouvelle édition met la lumière sur plusieurs auteur·ices de la région, sélectionnés pour le prix littéraire de Polar en Calanques. La marseillaise Audrey Sabardeil viendra présenter son dernier livre Cargo Blues, un polar à l’univers à la fois sombre et méditerranéen, qui suit l’histoire d’un navigateur entre la Cité Phocéenne et la Corse. Florence Bremier proposera quant à elle, avec Les héros sont fatigants, un polar antique teinté d’humour. Pascal Thiriet viendra présenter son dernier roman Micca. Enfin, Patrick Barbuscia poursuit ses explorations de l’univers sicilien avec Le Tocar, une création remplie d’ironie.

Si certains sont en lice pour le prix littéraire, d’autres seront simplement présents pour dévoiler leurs œuvres. Des auteurices, comme Maurice Gouiran, figure du polar engagé, ou encore Cécilia Castelli, dont les romans explorent les failles familiales, seront au rendez-vous. Mais au-delà des prix, et des rencontres, le public pourra aussi assister à des tables rondes, participer à des ateliers d’écriture, à un escape game, un rallye BD et même profiter de jolis intermèdes musicaux animés par le Studio 14. Une journée qui promet d’être littéraire, conviviale et festive avec un supplément : baignade et pied dans le sable.

Carla Lorang

10 mai

Plage de la Saulce, La Couronne, Martigues

10 ans, et toujours à la page

0
Oh Les Beaux Jours ! 2025 © BDVA-26

Fondé par la libraire Nadia Champesme et l’éditrice Fabienne Pavia, Oh les beaux jours ! fête ses dix ans. Et pour cet anniversaire, le festival littéraire ne se contente pas de souffler les bougies, il nous emmène au cœur de ce qui fissure, résiste, disparaît et renaît autour de six thématiques : de la « Désintégration »à la « Terra incognita », en passant « Par le corps » les « Contes et légendes modernes », « l’Histoire en nous » et les « Vies secrètes ».

Que se passe-t-il quand les cadres cèdent, les systèmes sociaux et politiques se désintègrent ? François Bégaudeau, Guillaume Poix, Cédric Gerbehaye, Arno Bertina ou encore Clément Camar-Mercier et Loïc Hecht explorent les glissements – carcéraux, guerriers, numériques – d’un réel de plus en plus instable.

Mais la désintégration n’est jamais séparable de ce qui lui résiste et en particulier le corps : Chowra Makaremi et Laurine Roux montrent comment les émotions et les liens affectifs deviennent des formes de résistance tandis que Nathacha Appanah et Negar Haeri offrent des mots à des corps révoltés, exposés à la violence extrême. Marwan Mohammed et François Beaune rappellent que par l’éducation populaire – avec laquelle il est urgent de renouer –, d’autres chemins d’intégration sont possibles.

La littérature exhume

Cette tension entre brisure, transmission et re-création traverse aussi la façon dont circule l’Histoire en nous. De la déportation de Jorge Semprún au destin brisé de Kid Francis – jeune champion de boxe marseillais pris dans la tourmente des rafles du Vieux-Port –, des résonances contemporaines de la peste noire dont nous parle Patrick Boucheron à la révolte iranienne portée par Chowra Makaremi, c’est cette mémoire blessée qui se raconte y compris par les voix de Pierre Singaravélou, Maylis de Kerangal, Neige Sinno ou Philippe Sands. À travers Marin Fouqué et Samira Negrouche, les héritages entre la France et l’Algérie trouvent une voix. Et c’est avec ses amis musiciens que Joann Sfar donne, par le dessin, forme et visage, à un passé en tension.

La littérature a ce pouvoir singulier de faire surgir les non-dits, d’exhumer. Véronique Le Normand réhabilite Hilma af Klint, peintre pionnière de l’abstraction longtemps invisibilisée. Jakuta Alikavazovic et Christophe Boltanski sondent les parts d’ombre dans les destins familiaux. Marie Richeux interroge la persistance des absents, en écho aux voix qu’Amaury da Cunha fait surgir comme des fantômes, tandis que Mathieu Simonet tente de continuer à vivre après la disparition de son mari. Pour la soirée anniversaire, les auteurs·ices sont invité·e·s à dévoiler leurs lectures inavouables, ce moment où la littérature cesse d’être une posture pour redevenir un plaisir honteux et vivifiant.

Apprendre à se perdre

Intemporel, le mythe, lui, irrigue toujours le présent même s’il prend de nouveaux visages. Marwan Chahine, Amira Ghenim, Abdellah Taïa et Nassera Tamer composent ensemble sur scène la performance Omar Sharif, ma grand-mère et moi, récit mêlant souvenirs et figures des deux rives. Atiq Rahimi transforme l’exil en écriture qui sauve, Louise Rose, Kinga Wyrzykowska et Camille Potte déplacent les codes du conte vers des territoires féministes, Théo Casciani accède à son île intérieure guidé par la voix d’Aurore Clément, et Anthony Martine transmute le conte en expérience scénique afro-queer.

Lire, c’est aussi apprendre à se perdre : de la préhistoire arpentée par Marc Graciano et Pierre Schoentjes à la Malaisie de Tash Aw, de l’Albanie de Marie Charrel aux labyrinthes intérieurs de Benoît Coquil, la Terra incognita est un graal pour les désirs qui cherchent une terre où se dire.

Côté scène, Vincent Delerm clôturera le festival entrelaçant chansons et livres de chevet. Le cabaret queer La Bouche, Maissiat et JP Nataf promettent des soirées mémorables. Les siestes acoustiques – très appréciées –, la bande dessinée, la littérature jeunesse la poésie, les lectures musicales et le prix du barreau de Marseille, complètent ce panorama déjà totalement enthousiasmant au sein duquel dans lequel – et c’est un scoop –, Albert Camus devrait venir faire une apparition. De bien beaux-jours en perspective.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Oh les beaux jours !
Du 26 au 31 mai
Divers lieux, Marseille

LES FLEURS DU MANGUIER : deux petits Poucets dans la jungle

0

Le titre pourrait être celui d’un poème parnassien, un rêve exotique. Il fait référence en réalité, à un paradis perdu à retrouver. Un manguier poussait devant la maison familiale. Quand le village rohingya a été incendié par l’armée birmane, il a survécu. Un arbre devenu mythique pour Somira, 9 ans et Shafi, 4 ans qui vivent dans un camp de réfugiés au Bangladesh. La grande sœur et le petit frère (dans le film et dans la vie) jouent à cache-cache, à 123 Soleil, rieurs malgré la précarité de leur existence. Somira protège son cadet. Ils n’ont plus ni père ni mère. Leur tante les entraîne dans un périlleux voyage pour rejoindre à quelque 3000 km de là, une Malaisie réputée plus douce avec les Rohingyas musulmans, et où les attend leur oncle. Fuite nocturne du camp en petit groupe, embarquement dans un chalut -d’abord cachés dans les cales puis entassés sur le pont, exposés au soleil, à la pluie, méprisés, maltraités, affamés, assoiffés. A l’écran, les jours s’affichent : 14,16… Un voyage interminable, un débarquement précipité sur les rives thaïlandaises, les garde-côtes, les tirs, la fuite, la capture par des passeurs qui mettent les migrants dans des cages de bambous pour les rançonner, la fuite encore et encore, et toujours la peur, la faim.

Le Tombeau des Rohingyas

A chaque étape, la perte de ceux qui sont arrêtés par la police, emprisonnés ou tués. A chaque étape, les espoirs d’une vie meilleure qui s’écroulent. Au jour 28, il ne restera que Shafi, perdu dans une grande ville, sous un manguier qui s’échappe du bitume pour frôler les étoiles, et notre gorge qui se serre bien vainement.

D’autres films récents comme Moi Capitaine de Matteo Garrone ont suivi l’odyssée des Migrants africains. Le nettoyage ethnique des Rohingyas par les Birmans, leur exil semé de tous les dangers, leur condition de réfugiés apatrides parqués au Bangladesh, en Thaïlande, pourchassés, et arrêtés même en Malaisie, restent bien peu connus en Europe. Le cinéma-vérité du réalisateur japonais de facture presque documentaire, premier film tourné entièrement en langue rohingya et réalisé avec plus de 200 personnes issues de cette communauté, répare cette omission. Sa caméra mobile se place à hauteur d’enfants. Sans pathos, avec la force d’un lyrisme profond. Le chef op Yoshio Kitagawa creuse la noirceur des extérieurs nuits et on pense parfois pour la relation frère-sœur, merveilleusement mise en scène ici, au déchirant Tombeau des Lucioles d’Isao Takahata.

Le film est dédié à tous ceux qui vivent par l’avenir et tous ceux qui ont perdu la vie durant leur périple.

ELISE PADOVANI

Les Fleurs du Manguier de Akio Fujimoto

En salle le 22 avril

@Arizona Films

Lilia en six chapitres

0
a-voix-basse-c°-memento-films.

Un aéroport, une voiture et deux jeunes femmes, la brune Lilia (Eya Bouteraa) et la blonde Alice (Marion Barbeau). Lilia, ingénieure qui vit à Paris, revient à Sousse, en Tunisie, pour les funérailles de son oncle, Daly. Mais dans son pays natal et dans sa famille, impossible de présenter sa compagne qui va séjourner à l’hôtel. 6 chapitres pour 6 jours. Dans la maison de famille- celle de la maison originelle de la grand-mère de la cinéaste- on prépare l’enterrement de Daly, retrouvé mort dans la rue, à moitie dénudé.  Au fil des étapes des rite funéraires, véritables tableaux vivants, des questions se posent et Lilia veut connaitre la vérité d’autant plus que des officiers de police viennent poser des questions. Commence alors pour Lilia une enquête familiale : que s’est-il passé ? Qui était Daly ? Mais aussi une quête intime ; ressurgissent souvenirs, non –dits, mensonges.  Et quand Alice s’invite à un repas, Lilia doit faire face à ce qu’elle cache. Et ce n’est pas facile. Néfissa (Salma Baccar) la grand-mère dicte sa loi et Wahida (Hiam Abbass) qui aurait pu avoir le Prix d’interprétation), sa mère, médecin, chef de service, ne peut accepter l’homosexualité de sa fille. La scène d’explication entre elles est un des moments les plus forts du film : « Alice me rend heureuse ! C’est juste l’amour ! -Cela aurait été plus simple que tu ne le sois pas ! »lui répond sa mère, la chassant de la chambre.

Caméra de l’intime

 La caméra du chef opérateur, Sébastien Goepfert cadre au plus près les visages, saisissant leur souffrance. Une caméra toujours dans la retenue qui saisit les gestes ; une main qui frôle, une caresse échangée. Une caméra qui capte les ombres de la maison, puis peu à peu sa lumière. Une caméra qui filme les photos du mariage imposé à Daly comme le film culte de la cinéaste, la Jetée de Chris Marker. Une mise en scène tout en retenue.C

Leyla Bouzid dont on avait apprécié les films précédents, À peine j’ouvre les yeux (2015) et Une histoire d’amour et de désir (2021) confirme son talent pour les récits d’émancipation, de combat pour la liberté et pour le choix de ses actrices, toutes excellentes.

Un film à voir pour se souvenir que dans bon nombre de pays, il n’est pas permis de désirer et d’aimer qui on veut.

Annie Gava

A voix basse sort en salles le 22 avril 2026

En route…

0
Notes sur un retour en Syrie,

Un an après la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, plus d’un million de Syriens qui avaient fui à l’étranger sont rentrés dans leur pays. C’est dès février 2025 que  Mohamad Al Rashi, comédien et musicien  et sa compagne, Mariam Rehayel, libanaise, tous deux réfugiés à Marseille depuis 2014 , décident de retourner en Syrie en compagnie de leurs amis Catherine  Estrade  et Vincent Commaret – qui  forment depuis longtemps le duo Catherine Vincent . C’est en effet à Damas qu’ils ont commencé à faire de la musique ensemble et qu’ils ont connu Mohamad. Très vite le voyage s’est organisé « Quand nous avons pris la décision d’y aller très vite, je me suis dit que j’allais filmer. J’aime filmer même si cette pratique est irrégulière, précise Vincent qui est aussi monteur et a collaboré avec Ghassan Salhab, Robert Guédiguian et Paul Vecchiali.

Tourné entre le 21 février et le 5 mars, le documentaire, Notes sur un retour en Syrie, nous donne à voir les premières sensations et impressions dans ce pays fatigué. En route ! On déguste le premier petit déjeuner à la maison, on s’attarde sur le balcon d’où l’on découvre les traces des  roquettes, et l’on évoque les crimes du régime de Bachar al-Assad. Tout à la joie des retrouvailles avec les proches et les amis, on fête l’anniversaire de Mariam qui affirme vouloir revenir. Et surtout on parcourt la ville : longs travellings en voiture qui nous font voir, avec leurs yeux, une ville qui a souffert et en garde de profondes blessures. Immeubles éventrés, chaussées qui n’en sont plus. Quand on arrive au camp de réfugiés de Yarmouk, le premier qu’ils visitent,  les paroles de la chanson« mon cœur s’est serré, j’ai cessé de respirer » traduisent le poids du chagrin. Soudain, comme un espoir de renaissance, du vert entre les amas de pierre, des plants de menthe, de poireaux. « C’est difficile de filmer les destructions, avoue Vincent. Pas de couleurs. Tout est gris, sans vie. » Et quand ils arrivent dans les quartiers de Gaboun et de Jobar qui avaient  subi une attaque chimique,  on est comme Mariam sous le choc. Quartiers fantômes qu’on parcourt dans le silence et la blancheur de la mort.

Pourtant à Damas, on est tellement soulagé d’avoir réussi à chasser Bachar, de pouvoir parler, manifester. « Les premiers jours en Syrie nous étions ahuris, c’était surréaliste. Être rentrés, être bien accueillis, ne pas avoir peur, confie Vincent. Une chorale de jeunes femmes, la chorale Gardenia, qui a répété clandestinement durant des années, chante pour la première fois à l’Opéra de Damas  sa soif de liberté. Mohamad pense qu’i faut un dialogue sincère, croit à une réconciliation nationale.. On aurait envie de le croire aussi et on pense en parcourant ces Notes sur un retour en Syrie, dédiées  «  à toutes celles et ceux qui ont cru à la Révolution syrienne » à tous ceux et celles qui fuient leurs pays bombardés et qui ne pourront peut être pas y retourner.

Annie Gava

Notes sur un retour en Syrie sera projeté le 30 avril à la Librairie  Zoème à 19h et sera suivi d’un échange avec les cinéastes