jeudi 30 avril 2026
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Une communauté et ses épreuves

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Promis le ciel (C)Jour2 fete

Promis le ciel. Pour qui ? Pour cette fillette immergée dans un bain moussant doux et bleuté autour de laquelle s’affairent trois femmes noires, lui posant des questions, la rassurant. La fillette (Estelle Kenza Dogbo) évoque un bateau renversé, un homme avec des couteaux « Tout est cassé » répète t-elle. Elles doivent trouver une solution pour la fillette. C’est ainsi que commence le nouveau film de la Tunisienne Erige Sehiri, dont on avait apprécié le précédent, Sous les figues (https://journalzebuline.fr/une-jeunesse-mi-figue-mi-raisin/) Ici, c’est autour d’une communauté de femmes subsahariennes qui tentent de trouver leur place en Tunisie que se construit le film.  Trois Ivoiriennes. Une pasteure, (Aïssa Maïga) ancienne journaliste, Aminata qui se fait appeler Marie, a rassemblé la communauté dans son  Église de la persévérance, un culte catholique et un centre d’aides. Avec elle, Naney (Déborah Christelle Naney ) qui l’aide mais qui trafique avec un ami tunisien, Foued (Foued Zaazaa ),  espérant faire venir sa fille qu’elle n’a pas vue depuis 3 ans. La plus jeune, Jolie  (Laetitia Ky) étudiante, en règle avec ses papiers, pense surtout à ses études et voudrait être plus indépendante. La caméra de Frida Marzouk les suit de très près, captant sur leur visage toutes les émotions : espoir en un avenir meilleur, crainte et doutes quand les rafles de subsahariens s’annoncent. Scènes de la vie quotidienne, moments de ferveur quand Marie prêche et que toutes les femmes de la communauté prient et chantent : instants d’allégresse quand on danse, oubliant qu’on est loin de son pays et que la Tunisie n’est pas vraiment une terre d’accueil. Et lien entre les trois, la petite Kenza, l’enfant qu’on voudrait garder dans la communauté, ce qui pourrait être un risque pour Marie, Kenza qui ramène le sourire sur leur visage quand elles sont tristes, celle qui interroge les liens brisés, la maternité, l’avenir. Autour de ces trois femmes, gravitent des hommes, le propriétaire de la maison (Mohamed Grayaâ) assez indifférent à leur sort, Foued qui subit la crise économique comme bon nombre de Tunisiens, Noa, l’ami aveugle de Marie qui l’interpelle sur son projet de ne pas remettre Kenza aux autorités : Tu ne peux remplacer un enfant par un enfant »  dit –il à cette mère qui a perdu sa fille. Un moment très émouvant.

« On m’a promis le ciel, en attendant je suis sur la terre, à ramer. » chante le groupe Delgres.  Certes, elles rament ces trois femmes dont Erige Séhiri fait le portrait  dans ce film choral à l’image soignée, souvent bleutée, superbement interprété par Aïssa Maïga, Déborah Christelle Naney, Laetitia Ky et la petite Estelle Kenza Dogbo,  mais leur force, leur volonté face à l’adversité nous donnent une vraie leçon de vie.

Annie Gava

Lire ICI un entretien avec Erige Sehiri

Promis le ciel en salles le 28 janvier 2026

© Jour2fête

Le Chasseur de baleines

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Le Chasseur de baleines (C) Singularis films

Stay of a broken heart de Johny Cash, une rue miteuse la nuit, un cabaret où de jeunes femmes à moitié dénudées se maquillent dans des loges. C’est ainsi que démarre Le Chasseur de baleines du réalisateur russe Philip Yuryev. L’une d’elles traverse un couloir qui l’emmène dans une chambre aux voiles roses. C’est là qu’elle se filme, excitant tous ceux qui, au loin, se connecteront. Et parmi eux, très loin, dans un petit village isolé dans l’oblast de Pskov, non loin du détroit de Bering, des chasseurs de baleine, dans leurs tenues sombres, debout devant l’écran, hypnotisés par cette apparition. Lyoshka (Vladimir Onokhov) et Kolya (Vladimir Lyubimtsev) sont deux amis à peine sortis de l’adolescence, très travaillés par le sexe : « Tu crois qu’il y a des prostituées à Anadyr ? … Tu peux mater des meufs sur des webcams ! » C’est ce que fait Lyoshka quand il n’est pas en mer pour la chasse aux baleines et quand il n’y a pas de coupure d’électricité. Il veut retrouver cette fille blonde dont l’image l’a émoustillée, Hollysweet 999. Il en est tombé amoureux. Naïf, il est persuadé de vivre avec elle, par écran interposé, une grande histoire ; il lui parle, apprend des rudiments d’anglais pour lui déclarer son amour. Un rêve qui lui permet aussi d’échapper à un avenir tout tracé, une manière de se penser ailleurs. Ailleurs, c’est l’Alaska puis Détroit où semblerait se trouver la cam- girl. Une illusion qui lui permet de vivre autre chose que cette routine qui l’attend.  Partir, c’est ce qu’il va faire après une bagarre violente avec Kolya. On vous laissera découvrir le voyage de Lyoshka, avec ses obstacles, ses mauvaises rencontres, et ses mirages dont une séquence magistrale où dans un paysage aride trônent d’immenses carcasses d’animaux.

 Les plans de son voyage à travers des contrées désertiques sont superbes tout comme son visage filmé comme un paysage.  Les séquences de pêches, telles des plans documentaires sont annoncées dès le début du film par un étonnant tableau vu du ciel : une baleine morte sur la plage autour de laquelle des hommes s’affairent. Pour son premier long métrage, Philip Yuryev a choisi de travailler avec deux jeunes acteurs non professionnels, repérés dans un orphelinat de la région de Tchoukotka, qui ont su rendre sensibles les interrogations de ces adolescents. « L’adolescence est un moment où l’on traverse des sentiments comme la solitude ou la tristesse, où l’on cherche sa place. Le thème du premier amour nous permet de nous identifier au personnage, car il est universel. À mon sens, ce n’est pas un film sur la région de Tchoukotka, ce n’est même pas un film « russe » : c’est avant tout un film sur l’adolescence, que tout le monde peut comprendre.

Un premier long métrage prometteur qui nous invite  à décaler un peu notre regard.

Annie Gava

Un samedi pluvieux à l’Opéra 

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© L.S.

C’est un public marseillais échaudé par la pluie qui s’est retrouvé au foyer de l’Opéra ce samedi, pour assister au concert de musique de chambre avec au premier plan, la clarinette, autour d’un répertoire qui mêle Baermann, un jeune Webern et Brahms. Pour interpréter ce programme, Valentin Favre – qui occupe le poste de clarinette solo à l’Orchestre de l’Opéra de Marseille depuis 2014 – se trouve aux côtés des violonistes Quentin Reymond et Cécile Freyssenède, de l’altiste Brice Duval et du violoncelliste, Etienne Beauny.

Le concert débute par une pièce, longtemps attribuée à Wagner, mais qui est en réalité une création de Heinrich Joseph Baermann, clarinettiste virtuose et compositeur allemand :  l’Adagio pour clarinette et quatuor à cordes (1821). L’instrument est alors une nouveauté, et les compositions fondatrices de Baermann inspireront les grands compositeurs comme Mendelssohn ou Carl Maria Weber. Sereine, malgré le fait d’être un adagio, l’œuvre est caractérisée par l’ambiance contemplative d’un matin de rosée où la nature s’éveille. Douce et lyrique, la clarinette s’élève, poétique, au-dessus de la formation à cordes qui déploie de légers trémolos atmosphériques. Sa beauté s’y trouve reflétée par la fresque illuminée qui survole les têtes du public : Orphée charme le monde par la musique de sa lyre d’Augustin Carrera.

L’œuvre suivante, Langsamer Satz, écrite à Vienne presque un siècle plus tard, est une pièce d’étude d’Anton Webern, alors élève d’Arnold Schönberg. L’œuvre est empreinte de lyrisme, a contrario de ce qu’il pourra écrire plus tard – plus concis, atonal, sériel et contrapuntique. Marquée par la jeunesse, l’amour, l’optimisme et la candeur du jeune compositeur autrichien, la musique est également marquée par les tourments qui l’accompagnent. Ce sentiment d’être emporté dans plusieurs directions se retrouve dans l’emploi des nuances, du lyrisme des mélodies et les passages pizzicati qui accentuent ce mouvement fluctuant. Composé dans la tradition du compositeur romantique allemand, le Quintette pour clarinette et cordes en si mineur, op. 115 de Johannes Brahmssuit celui de Webern et clôture le concert.

LAVINIA SCOTT

Concert donné le 17 janvier au Foyer de l’Opéra

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Jules Henriel parade désormais en solo

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Chanteur du groupe de rock marseillais Parade, Jules Henriel prend un nouveau tournant dans sa jeune carrière, et fête ce mois-ci la sortie de son premier morceau solo intitulé Our own self assurance. Pour ceux qui grenouillent déjà dans les salles du cours Julien et de la Plaine, rien de vraiment étonnant. Voilà quelques années déjà qu’il aime prendre la poudre d’escampette, et jouer, seul avec sa guitare, lors de showcases à Lollipop Music Store ou pour des premières parties dans d’autres salles du coin. On retrouve donc sur le titre sa folk mélancolique, aux accents british. Notons aussi la très belle pochette signée Angeline Le Corre, que l’on avait découverte pour sa non moins jolie maquette du magazine Antichambre. L’album est attendu courant 2026. N.S.

Flathead passe une tête à Lollipop 

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Flathead a eu une année 2025 bien chargée. Deux disques enregistrés – tous deux sortis sur Dangerhouse Skylab Records et Wanda records –, et une jolie ribambelle de concerts, ici ou ailleurs. En 2026, le groupe marseillais ne perd pas son temps et commence l’année avec une première date à Lollipop Music Store ce 23 janvier. Au programme, la power-pop ultra huilée du groupe, qui combine influences 70’s et énergie punk.

N.S.

23 janvier
Lollipop music store, Marseille 

Samedi Midi, à la bonne heure 

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La scène rock de Marseille regorge de jeunes talents. On a parlé ici de La Flemme, Technopolice et autre Avee Manaa. Il faut désormais compter aussi sur Las Grimas – quatuor féminin dont on attend le premier album dans quelques mois – mais également sur Samedi Midi, qui a joué les trouble-fêtes pendant la trêve hivernale, en célébrant son premier album ce 3 janvier dans un Intermédiaire bondé. 

Du goût dans le frigo

À l’écoute du disque – dont chacune des pochettes faites main est unique – quelque chose saute immédiatement à l’oreille. La formation ne compte pas de guitare : batterie, claviers, basse, chant. Si ce n’est pas inédit – on se souvient des Grenoblois de Taulard, dont on retrouve ici quelques cousinages musicaux – ce n’est pas commun pour autant, dans une musique qui place bien souvent la guitare au-dessus de tout. 

Cette première originalité n’est certainement pas la dernière. Il y a dans ce disque des airs de Niagara, des Rita Mitsouko, ou des Calamités pour les chansons les plus pop. On se rapprochera du punk-rock à d’autres endroits du sillon. Il y a aussi la voix de la chanteuse, Magalie Bernard, également comédienne. Une qualité qui s’entend largement à l’écoute, puisqu’elle ne se contente pas de chanter, mais interprète ses titres, ajoutant sourires, rires ou larmes à ses voix.

L’album, aux contours artisanaux, offre aussi de la joie dans les mélodies, de l’humour dans des paroles, des textes engagés, des parties claviers qui scintillent. Il y a également cet aparté en plein air, dans un duo guitare-voix avec Kael – membre de nombreuses autres formations marseillaises (Kael & les remords ou Flathead) – qui permet d’entrevoir les conditions dans lesquelles l’album a été enregistré : une maison dans le Sud de la France, sous le soleil estival. 

Le disque se termine par le très drôle Frigo dont la principale ritournelle dit : « Tout ce qui a du goût dans le frigo donne du goût à ce qui n’a pas de goût dans le frigo ». Le disque, lui, ne manque pas de saveurs. 

NICOLAS SANTUCCI


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Trouver sa place

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Garçon © Thomas Fourneau

À la demande de ce metteur en scène engagé, Simon Grandgeat a enquêté auprès des jeunes d’un collège de Haute Marne. En immersion durant trois mois, il a observé, interrogé élèves, professeurs, pour écrire au plus vrai. L’équipe de la compagnie La Paloma l’a rejoint en résidence. Le résultat : un spectacle enlevé, vivant, touchant. Les deux jeunes interprètes, finalement encore très proches de l’adolescence, se sont investis avec ferveur au service du texte de l’auteur. Le plateau est astucieusement occupé par trois espaces de jeu. Trois lieux de vie, successivement éclairés ou pas en fonction des besoins. Au début, le père parle de la disparition de Garçon (l’auteur ne lui a pas donné de prénom) à une personne qui pourrait être une psychologue mais qui se révèlera être plutôt de la police. Veuf et médecin surchargé de travail, il ne peut s’occuper de son fils de 15 ans. Démissionnaire, il l’a confié à sa sœur, Camille, célibataire, qui vit à la campagne. 

Se tromper pour mieux se trouver…

L’adolescent a changé de collège, a perdu ses copains de la ville. Isolé, déboussolé, très vite, il devient violent, griffe ses camarades, cesse rapidement d’aller au collège. Camille le prend en charge, essaie de l’intéresser à la chasse dans cette région montagneuse, lui propose des cigarettes et lui procurera une vieille bécane. Pour le viriliser ? Une copine de classe lui apporte les devoirs. Peu à peu, un lien se crée entre eux, même s’il se méfie. Il lui parle de son malaise, de son refus d’obéir, de sa volonté de se mettre à la muscu. Malgré son attirance, il est violent avec elle. Il prend conscience qu’il est allé trop loin…Joseph Lemarignier joue les deux rôles masculins, Sophie Claret les trois autres rôles. Les changements de costumes se font rapidement à vue : jeu avec les cheveux de Joseph, blousons différents pour Sophie. Leurs jeux sont parfaits, les changements de situation sont fluides. Le public, dont plusieurs jeunes, est séduit par cette histoire touchante qui se déroule à un rythme soutenu, souligné de musiques dansantes.

CHRIS BOURGUE

Garçon, mise en scène de Thomas Fourneau, s’est joué au Théâtre Massalia les 16 et 17 janvier et sera en tournée dans les établissements scolaires en novembre

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Foutue bergerie 

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Foutue bergerie © Arnaud DESPELCHAIN

Une ferme. Un deuil. Un journaliste obsédé par un scandale chimique. Un stagiaire passionné par les travaux de champs. Une femme qui dialogue avec son fils décédé en fumant des Gitanes… À la ferme, plus rien ne va. Le metteur en scène Pierre Guillois s’empare de ce fiasco et embarque ce petit monde rural dans une création délirante à la frontière entre le drame rural et la farce. Alternant entre comique et tragique, Foutue Bergerie met en scène les comédien·nes en brebis bavardes. Des brebis mesquines et loufoques qui sur le derrière de la scène discutent grossièrement de leurs frustrations. Entre histoire familiale et rencontres épiques, Pierre Guillois délivre un grand écart en proposant une histoire de deuil intime, alternant entre délicatesse et grossièreté.

CARLA LORANG

20 au 24 janvier 
Odéon,Marseille
Une programmation du Théâtre du Gymnase hors les murs

L’autre Enfer de Dante 

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L'Angelo del Focolare © Masiar Pasquali - Picolo Teatro Milano

Rares sont les pièces si complètes, que les mots manquent pour les décrire. Des pièces qui se vivent plus qu’elles ne se regardent, se ressentent dans le corps et marquent profondément l’esprit, et qu’on applaudit debout, les mains tremblantes. L’Angelo del focolare d’Emma Dante est l’une de ces pièces qui nous attrapent par le cœur dès la première minute, lorsque la lumière se fait sur le plateau et qu’apparaît le corps effondré d’une femme, le visage ensanglanté. 

C’est elle l’ange du foyer (traduction du titre), soumise à un mari violent que l’on rencontrera bientôt. Elle (Leonarda Saffi) n’a pas de nom, lui non plus. L’identité de chaque personnage est réduite à son rôle dans la famille – la femme, le mari, le fils, la belle-mère. 

Le décor est rapidement planté – littéralement, deux comédiens en slip et marcel blanc apportent un à un les meubles sur scène : un lit, des toilettes, une table… toute une maison, sans murs. Giuditta Perriera, que l’on identifie rapidement comme belle-mère, s’adresse à la femme inerte, entre rire fiévreux et larmes inquiètes. « Tu sais bien comment il est », lance-t-elle. « Mon mari était pareil, j’en ai reçu des tartes. »  

Emma Dante ne s’encombre pas de suspens, car dans cette famille comme dans beaucoup d’autres, on ne prend pas la peine de cacher la violence. Elle est une évidence, complètement banalisée, tout comme l’absence d’intimité induite par le décor. 

Le mari est presque absent du début de la pièce, n’entrant que pour faire ses besoins ou pour ordonner à son épouse de lui apporter un café. Et pourtant il est partout, dans le sang qui coule toujours de la tempe de sa femme, dans la manière dont elle nettoie le sol, dans la façon dont elle parle à sa belle-mère et surtout à son fils (Davide Leone), un ado gringalet et dépressif, qu’elle gifle lorsqu’il dit « Peut-être que je suis comme mon père ».

Un ange passe 

Son père (Ivano Picciallo), justement, décide de lui apprendre comment « être un homme » en lui imposant un entraînement sportif et un « cours de séduction ». Le contraste entre les deux, l’un énergique et vulgaire, l’autre appliqué mais « flasque », porte à rire. Surtout quand la grand-mère se joint à eux pour une séance d’abdos. Mais le rire devient jaune lorsqu’on lève les yeux vers les surtitres, car la leçon de séduction ressemble davantage à une notice pour harceler et agresser des femmes. La mère, en train d’étendre du linge en fond de scène, les regardent consternée, blessée, humiliée. La phallocratie autoritaire règne en maîtresse.  

À partir de là, la violence devient de plus en plus explicite. Aux insultes succèdent un baiser forcé, puis une gifle, puis pire encore… à certains moment, complètement hors du temps, la famille se met à danser à l’unisson, des étoiles dans les yeux (Leonarda Saffi, en particulier, a alors la candeur d’une enfant). Puis on revient à la réalité, les insultes reprennent, les humiliations, les coups… et le féminicide. Mais la mort n’est pas une issue, car même couverte d’un linceul, cette épouse violentée se relève toujours. Elle est, comme on dit, une survivante, un ange qui vit en Enfer. 

CHLOÉ MACAIRE

L’Angelo del focolare a été donné du 15 au 17 janvier à Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

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La Vie après Siham : Au-delà du chagrin

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« En 2015, j’ai perdu ma mère. Mais au moment de sa disparition, je n’ai pas compris qu’elle était partie pour toujours. L’idée était trop insupportable. Elle était immortelle, forcément. »

 Namir Abdel Messeeh avait fait une promesse à sa mère qui avait joué un rôle central dans son deuxième film, La Vierge, les Coptes et moi : en faire un autre avec elle. Pour « survivre » à cette perte. Le cinéaste prend le relais du fils ; il filme les funérailles, les visites au cimetière. Pour que sa mère soit encore là. Plus tard, il fera le film promis, l’ «histoire d’un mec qui filme tout le temps et qui ne peut plus filmer parce que sa mère est morte » a précisé le cinéaste au moment de la reprise de l’ACID à Marseille.

Alors que filmer ? Le chagrin de ceux qui restent, en particulier son père, Waguih. Il a beaucoup d’images, archives personnelles, anciens films, images tournées au fil des années. Grâce à la magie du montage, il mêle les époques, introduit des séquences de films de grands cinéastes égyptiens en particulier de Youssef Chahine dont il offre des cassettes à son père : cela pourrait l’aider à dépasser son chagrin. Un père dont il se rapproche et qui accepte d’être filmé. Les séquences où il fait le clap sont très drôles. Waguih veut bien relire avec son fils d’anciennes lettres et regarder des photos du passé.

Siham et Waguih

Qui étaient Siham et Waguih avant d’être les parents de Namir ? Le cinéaste le découvre et nous aussi, par ces missives qu’ils se sont échangées durant plus d’une année. Waguih avait dû partir à Paris à cause de la situation politique en Égypte et Siham l’attendait, impatiente de se marier même s’il était le « lot de consolation » : elle avait été amoureuse d’un jeune homme qu’elle n’avait pu épouser suite à un malentendu. En hiver 73, Waguih et Siham sont à Paris, dans une grande précarité. Le 7 octobre 74, Namir nait : mais « la vie à trois est de courte durée ! » commente -t-il. Le bébé est confié à la sœur de sa mère, Narayat, dans un village de Haute Égypte où il va rester deux ans. Deux séparations à assumer pour l’enfant qu’il était. Il va retourner et tourner dans ce village pour revoir sa tante et retrouver le lien. Car ce film, au départ travail de deuil, est devenu un film sur le lien, l’amour. Un film sur la présence et l’absence ; dans une séquence on voit les enfants du cinéaste regarder des images de la grand-mère qu’il a tournées et, s’adressant à elle, s’étonnent qu’elle ne réponde pas ; « Mais c’est un film, Siham ne peut pas vous entendre ! » leur précise-t-il..

Une belle rencontre

C’est aussi une belle rencontre entre un fils et son père. Un père qu’il découvre : Waguih a été, il y a des années, Directeur du Centre National du Cinéma égyptien ! Un homme qui n’aime pas être filmé mais qui a accepté par amour pour son fils. Un des cartons, clin d’œil au cinéma muet, nous le confirme.

 Une histoire d’amour. Un film dédié « A nos pères, à nos mères, à l’amour »

ANNIE GAVA

La Vie après Siham sort en salles le 28 janvier