mercredi 17 juin 2026
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La fluctuation des mairesses

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Aragon l’écrivait, Ferrat le chantait, La Femme est l’avenir de l’Homme… Vraiment ? Elle est, pour le coup, enfin devenue en partie son présent. Une femme, Julie Deliquet, prend enfin la direction de La Colline, un des six théâtres nationaux français. Sur nos scènes régionales, dans nos maisons d’édition, sur nos cimaises, les femmes s’imposent et tiennent un discours clairement féministe. Au Centre de la Photographie Les femmes ont faim réhabilitent l’appétit, à La Criée L’Art de la joie célèbre la jouissance féminine, au Théâtre Joliette les mères apprennent à leurs filles à porter des coups. Ici les femmes écrivent, chantent, dansent, revisitent les chefs-d’œuvre, remportent des Césars. Mais elles ne sont toujours pas têtes de listes aux municipales. 

Parité insuffisante

Si la loi sur la parité oblige à l’égalité stricte et à l’alternance H/F sur les listes, y compris aujourd’hui dans les communes de moins de 1000 habitants, rien n’oblige à avoir des mairEs. Qu’on ne sait toujours pas nommer, d’ailleurs. Madame la maire, madame le maire, les mairEs, les femmes maires ou les mairesses ? Comment les écrit-on, comment les prononce-t-on ? Leur dénomination n’est toujours pas fixée, et fluctue. Et assone, lorsqu’on le prononce sans l’écrire, avec les mamans de chacun·e. 

On sait que le flou dans une dénomination incite à l’effacement dans le réel et que nommer correctement les choses, les gens, permet d’affirmer leur existence. 

La fluctuation des mairesses est aussi le signe de leur effacement. 

Il faut dire qu’elles représentent aujourd’hui, à la veille des élections municipales, 20 % seulement des maires sortant·es. Selon le ministère de l’Intérieur, elles sont à peine plus nombreuses, 24,4 %, à briguer pour le scrutin de dimanche la gouvernance des villes. 

Ce qui ne devrait pas augmenter de 4,4 points le nombre de mairesses : un autre phénomène, documenté par la chercheuse Régine Sénac (La Parité, PUF), consiste pour les partis à proposer des femmes têtes de listes dans les communes perdues d’avance. Ainsi sont-elles moins nombreuses à être élues que leur 24,4 % de départ, la prime au sortant agissant au demeurant, pour 80 %, en faveur des hommes…

La loi sur la parité n’oblige pas non plus à dégenrer les rôles, et les femmes sont le plus souvent adjointes à la santé, la jeunesse, la culture, le social, ou aux droits des femmes, qu’au budget, à l’entreprise ou à l’urbanisme. Et cela dans tous les partis : les listes de gauche font un peu mieux en pourcentage (30%) que celles du centre/droite (23,3%) et de l’extrême droite (22,6%), mais les mairies de gauche reproduisent ensuite les stéréotypes genrés dans l’attribution des délégations et dans les instances de prise de décisions. Les premières adjointes, à 80 % des femmes puisque 80 % des maires sont des hommes, sont souvent plus décoratives que réellement au cœur du pouvoir. C’est souvent le deuxième adjoint, un homme, qui compte… 

À l’exception des héritières

Il existe bien sûr des exceptions à ces tendances, mais les femmes édiles, celles qui dirigent des partis (aucune, faut-il le rappeler, n’a jamais dirigé la Nation) sont souvent des héritières qui doivent leur notoriété à leur mari, leur père, leur frère. De façon générale, étant donnée la structure du pouvoir, les femmes politiques doivent leurs mandats à des hommes, qui les ont choisies, dans leur parti ou leur commune. Aucune n’a réellement conquis le pouvoir par les vertus de la sororité, et les femmes choisies par les hommes sont souvent les plus cruelles concurrentes de leurs consœurs et concurrentes. 

Pourtant, aujourd’hui, ce que nous disent nos scènes, c’est la puissante nécessité de penser les politiques féministes, et de partager enfin le pouvoir. Au Zef, à La Garance de Cavaillon, les Forteresses [voir ci-dessous] disent ce que les hommes, depuis 50 ans, font aux femmes iraniennes. Ce que tous les tyrans au pouvoir font aux femmes et aux peuples. En les minorant, en les enfermant, en les violant, en excisant leur jouissance, en diabolisant leurs appétits. 

Sur scène et dans les rues les femmes crient, et finiront par se faire entendre, contre les pseudos féministes de Némésis et les Meloni du monde qui veulent assigner les autres femmes, trop étrangères, trop débordantes, pas assez blondes, à la maternité subie et à la féminité naturelle.

Agnès Freschel


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Loin dans la mer

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Loin dans la mer © X-DR

Désir, différence, rejet : dans ce remake de La Petite Sirène, la Compagnie de l’Oiseau s’empare du conte d’Andersen pour l’enrichir de nouveaux imaginaires. En adaptant l’histoire d’une jeune sirène prête à se sacrifier pour suivre un inconnu, Lisa Guez conserve la trame narrative et propose une nouvelle lecture plus actuelle du célèbre conte. À travers le choix d’une mise en scène sobre et de peu de costumes, la création laisse la place aux singularités des comédien·nes en situation de handicap de la troupe permanente, la Compagnie de l’Oiseau. La Petite Sirène version 2.0 promet questionnement, surprises et éclectisme. Que peut-on faire par amour ? Comment aimer quand on ne peut plus parler ? Comment trouver sa place dans un univers dont on ignore les codes ?

C.L.
12 et 13 mars

Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

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Sao Paulo Dance Company

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© Charles Lima

Avec un répertoire mêlant classique et contemporain, la São Paulo Dance Company, dirigée par Inês Bogéa, se produit sur le plancher du Théâtre de l’Olivier. Trois pièces, trois chorégraphes, et des propositions diverses où les corps se mêlent et se démêlent. Nacho Duato ouvre le bal avec Gnawa. Sur fond de musiques d’Afrique du Nord, ce premier tableau explore les relations entre les corps, la vie et les éléments naturels. Il est suivi de Umbó, de Leilane Teles, traversée dansée des désirs portée par les chansons de Tiganá Santana ou Virginia Rodrigues. Enfin, sur de la musique mêlant percussions afro-brésiliennes et rock contemporain, Cassi Abranches investigue le temps à travers le mouvement dans Agora. Une jolie célébration de la danse sous différentes formes.

 C.L.
11 mars
Théâtre de l’Olivier,Istres

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Montagne Sauvage

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Montagne Sauvage © X-DR

Pas facile de décrire le projet ambitieux Montagne Sauvage... Le quintet de musiques improvisées tente de capter l’essence des forces élémentaires du paysage montagneux, par une expérience méditative qui emmène vers la transe et des ébullitions sonores puissantes. Montagne Sauvage est formé par le trio Shan (Ariel Tessier, Julien Pontvianne et Pascal Charrier), qui avait débuté ce projet et qui était passé en résidence au GMEM en septembre dernier, ainsi que la saxophoniste norvégienne Sigrid Aftret et la chanteuse turque Canan Domurcakli. Ensemble, ils s’inspirent de l’ouvrage Les âmes sauvages de l’anthropologue Nastassjia Martin – écrit sur la résistance du peuple Gwich’in qui habite l’Alaska.

 L.S.
17 mars
Friche la Belle de Mai, Marseille

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La Porte d’Ensor

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La Porte d’Ensor © X-DR

Objet théâtral singulier, la création 2024 de Marion Courtis et Serge Noyelle s’attache à mettre en scène le mystère de James Ensor. Peintre belge expressionniste, mais aussi symboliste et anarchiste, son œuvre transpire l’inquiétude, la curiosité, et la liberté. C’est un peu tout cela qui a été condensé par les co-directeur·ice du Théâtre des Calanques de Marseille et les 10 interprètes qui se partagent l’affiche. Une pièce où le figuratif prend souvent le pas sur le dramatique, dans un enchaînement de tableaux tantôt inquiétants, tantôt burlesques.

 N.S.
12 au 14 mars
Théâtre des Calanques, Marseille

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Le Syndrome d’Ulysse

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© X-DR

Coécrite par Ali Babar Kenjah et Serge Barbuscia, la création Le Syndrome d’Ulysse est bien plus qu’un spectacle musical : c’est une traversée poétique au cœur du déracinement. Face aux tragédies qui s’écrivent sur les rivages de la Méditerranée, le théâtre Le Balcon dévoile une création bouleversante sur l’âme humaine et ses errances. En miroir de l’errance antique, la pièce transforme la figure d’Ulysse en celle, plus vulnérable, du migrant contemporain et donne un visage et une voix à ceux que l’on ne nomme plus que par leur absence.

Né d’une mémoire familiale entre Sicile et Tunisie, puis nourri par une résidence en Martinique sous le regard d’Édouard Glissant et de Derek Walcott, ce projet unit les rives de la Méditerranée et de la Caraïbe. Portés par une troupe incandescente – Serge Barbuscia, Jérémy Bourges, Théodora Carla, Bass Dhem et Aïni Iften –, les textes et les chants explorent cette fracture de l’âme, ce mal de terre que subit celui qui ne peut plus revenir. Une œuvre humaniste, à la langue haute et nécessaire, qui nous rappelle que chaque étranger porte en lui un fragment de notre propre histoire. Une invitation à la fraternité, à ne manquer sous aucun prétexte.

D.D.-V.
Du 12 au 22 mars
Le Balcon, Avignon

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Sahra Halgan et Sarah Lenka

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Sahra Halgan © Aymeric

Dans le cadre de leur deuxième soirée En attendant les Escapades, le Théâtre Durance accueille Sahra et…Sarah. La première c’est Sahra Halgan est une artiste militante du Somaliland qui œuvre dans la lutte pour les droits de son peuple, dont le pays n’est pas reconnu à l’international. Elle chante d’une voix singulière et perçante sur une musique rock’n’roll qui se trouve au croisement de la musique touareg, ethio-jazz, mélodies somaliennes et un groove électrisé. Et la deuxième c’est Sarah Lenka, qui mêle jazz, blues et folk aux sonorités maghrébines dans un nouvel album ISHA – qui signifie « femme » en hébreu. Il s’inscrit comme un hommage à l’exil des femmes et au déracinement.

L.S.
13 mars
Théâtre Durance
Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban

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Titizé, un rêve vénitien

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© Viviana Cangialosi

Chorégraphe, metteur en scène et clown suisse de renommée internationale, Daniele Finzi Pascaa signé les cérémonies des Jeux olympiques d’hiver de Turin et de Sotchi, collaboré avec le Cirque Éloize et le Cirque du Soleil. Son théâtre, qu’il nomme lui-même « théâtre de la caresse », mêle tendresse, poésie et virtuosité. Dans Titizé, son rêve vénitien, il convie dix artistes – acrobates, danseurs, acteurs et musiciens – à fusionner leurs disciplines pour faire surgir un univers parallèle et envoûtant. Les corps lévitent, les objets défient l’équilibre, les effets visuels décuplent la magie. La Commedia Dell’Arte y côtoie le merveilleux, le cirque épouse la danse et la musique dans une Venise mystérieuse et onirique. Léger comme un songe, ce voyage poétique berce d’illusions et laisse les yeux ébahis. Beau comme un mirage.

A.-M.T.
17 et 18 mars
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

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Voyage au pays des couleurs

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© X-DR

Dans le cadre du festival Babel Minots, la Cie Les Amis de FantomUs investit l’Auditorium de la Cité de la Musique de Marseille avec un spectacle poétique. Nicolas Lelièvre aux percussions et à l’électronique, Olivier Hue aux cordes, clarinette et pédales d’effets, embarquent le public dans une traversée visuelle et sonore de l’histoire de la couleur. De Lascaux à Soulages, des miniatures persanes aux estampes japonaises, des peintures sur sable aborigènes aux pixels de nos écrans, les œuvres défilent sous un regard neuf. Un instrumentarium hors du commun – luth oriental, percussions d’eau, de cailloux, de tiges de verre, feuilles de papier – crée une musique originale qui transforme notre façon de voir. Rouge, vert, bleu : chaque couleur devient sensation, émotion, rythme.

A.-M.T.
13 mars
Cité de la Musique de Marseille

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Beck joue Mendelssohn

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Arielle Beck © Sylvain Gelineau Photographism

Révélée à neuf ans par Martha Argerich, Arielle Beck, 17 ans, s’impose déjà comme une artiste à part entière, compositrice et improvisatrice. Formée auprès de Stephen Kovacevich et de Claire Désert au Conservatoire national supérieur de Paris, elle avait ébloui le public de La Roque d’Anthéron l’an passé.Dans le foyer de l’Opéra de Marseille, elle rendra hommage à un autre génie précoce, Mendelssohn. Au programme, les exigeantes Variations sérieuses, sommet du piano romantique, le fringant Rondo capriccioso, la tendresse des Romances sans paroles, la rigueur du Prélude et fugue op. 35, et la féerie de L’Ouverture du Songe d’une nuit d’été, transcrite pour piano. Et en guise de cadeau, une improvisation signée Beck.

 AMT
15 mars, 11 heures
Foyer de l’Opéra de Marseille

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