jeudi 28 mai 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Accueil Blog Page 51

Dire l’Iran et la vie

0
Gurshad Shaheman © Jérémy Meysen

Jeyran, Hominaz et Shady sont trois sœurs iraniennes, nées au mitan du XXe siècle. Elles ont pris part à la révolution, traversaient les huit ans de guerre avec l’Irak et, pour deux d’entre elles, ont émigré en Europe. Elles sont aussi respectivement la mère et les tantes de l’artiste Gurshad Shaheman. En 2018, elles se retrouvent après 11 ans de séparation à l’occasion de la création de son deuxième spectacle au Festival d’Avignon. Ces retrouvailles, et les discussions auxquelles elles donnent lieu, inspire à l’artiste une nouvelle pièce, créée deux ans plus tard : Les Forteresses.

Le salon familial

Avec ce spectacle, Shaheman s’intéresse à la vie des femmes de sa famille au cœur de l’histoire récente iranienne. Pour cela, il a conduit de longs entretiens avec elles, séparément puis ensembles, pour recueillir leurs récits dans lesquels les événements personnels, mariages, naissances, cohabitent avec la révolution, la guerre, l’exil vus à travers leurs yeux. Sur scène, ces récits intimes, livrés dans l’intimité familiale, sont restitués tels quels (seulement traduits en français) par Guilda Chahverdi, Mina Kavani et Shady Nafar, trois comédiennes franco-iraniennes.

Le metteur en scène renforce cet aspect intime avec un dispositif scénique qui recrée un salon dont sa mère et ses tantes, qui partagent la scène avec Gurshad et les trois comédiennes, sont les hôtesses. « C’est presque comme si les spectateur·ices surprenaient par hasard ces conversations là […] comme s’ils étaient invités chez nous, dans notre intimité » explique-t-il dans une interview donnée à Zineb Soulaimani pour son podcast Le Beau Bizarre. D’ailleurs, une partie du public est installé sur le plateau, et des douceurs sont distribuées.

Filiation artistique

Cette pièce, pour laquelle il a reçu le prix Arcena, s’inscrit complètement dans la lignée du travail que mène Gurshad Shaheman depuis ses débuts en tant qu’auteur-metteur en scène en 2012. Tous ses spectacles et performances sont écrits à partir de récits réels et intimes, que ce soient ceux de réfugiés LGBTQ +, de jeunes en rupture avec leur famille, ou les siens, comme dans son triptyque Pourama Pourama, dans lequel il parlait déjà de sa mère et de ses tantes.

CHLOÉ MACAIRE

Les Forteresses

3 et 4 mars

Le Zef, Scène nationale de Marseille

Retrouvez nos articles Scènes ici

Ermione de Rossini, un opéra rare et flamboyant

0
Enea Scala © Michèle Clavel

Zébuline : Votre Pyrrhus est un tyran d’une violence rare. Comment explorez-vous la psychologie d’un homme prêt à sacrifier son trône et son honneur pour une femme qui le hait ?

Enea Scala : À l’opéra, les sentiments contradictoires sont fréquents. On peut être attiré par

une personne du camp adverse et n’oublions pas que chez Ermione, que Pirro (Pyrrhus) repousse, tout est motivé par la quête du pouvoir qui doit être atteint par tous les moyens.

Entre des graves abyssaux et une agilité extrême, comment adaptez-vous votre technique de baryton-ténor pour préserver l’éclat de vos aigus dans ce rôle athlétique ?

Il faut toujours être attentif, ne jamais alourdir les notes graves ni forcer les notes aiguës. Tout est question d’équilibre entre les différentes parties. Lorsque vous descendez, pensez à monter, et inversement, lorsque vous allez dans l’aigu, pensez à descendre, afin que le corps et la gorge ne se raidissent pas.

Chez Rossini, le chant virtuose n’est jamais une fin en soi. Comment transformez-vous ses vocalises en vecteurs purs de fureur et de rage sur scène ?

Plus vous donnez de sens aux coloratures extrêmes, plus elles deviennent fluides et naturelles, ou du moins, avec le juste équilibre d’effort et sans excès. Les coloratures de Pirro deviennent des flèches décochées sur ses adversaires. Ou parfois, comme dans le duo avec Andromaque, une ultime tentative pour la persuader de se marier.

Vous adorez cette scène, mais à l’opéra de Marseille vous l’interpréterez en version concert. Est-ce frustrant de ne pas pouvoir jouer les duels avec Ermione ?

Oui, bien sûr. J’adore le théâtre marseillais et j’ai déjà interprété trois opéras en version concert, dont Maria Stuarda, Donna del Lago et Armida. Pour Ermione, quand j’en aurai l’occasion, j’essaierai de jouer la comédie et d’ajouter quelques mouvements par rapport à un concert classique. Mais je déciderai pendant les répétitions, qui sont malheureusement moins nombreuses que pour une production scénique.

Pourquoi cette tragédie oubliée depuis longtemps semble-t-elle si actuelle et résonne-t-elle si fortement auprès du public en 2026 ?

Parce que, comme toutes les tragédies grecques, elle est le fondement de notre culture occidentale. Les personnages sont des archétypes aux attitudes attitudes contrastées qui s’affrontent dans des jeux de palais où pouvoir, amour, haine, oppression et vengeance se succèdent et révèlent leur personnalité. Tout cela est toujours présent dans la conscience humaine, à tous les niveaux.

Et pour les mois à venir ? Y a-t-il un défi ou un premier rôle que vous attendez avec impatience après cette interprétation de Pirro ?

Eh bien, je dirais que le défi le plus excitant et le plus riche en adrénaline sera Il Trovatore à Hambourg. Entre mars et avril.

DANIELLE DUFOUR-VERNA

Ermione

Version concert

les 22 et 24 février

Opéra de Marseille

Retrouvez nos articles Scènes ici

Entre Combat et Dialogue

0
Dailogue avec ce qui se passe, Cie Théâtre Déplié © Jean-Louis Fernandez

Partir d’un geste simple, presque anodin, et en faire une plongée dans la pensée humaine : voilà l’essence même du théâtre de Nicolas Doutez (écriture) et Adrien Béal (mise en scène). Explorer la pensée pour en révéler les failles, les limites, les particularités autant que la portée universelle, puis jouer avec l’absurde et tendre vers le comique. Sur la scène du Théâtre Joliette deux pièces, deux actions s’invitaient sur le même plateau. D’un côté, faire une réclamation avec Combat ; de l’autre, écrire une lettre à un neveu… dans Dialogue avec ce qui se passe. Des actions banales qui pourtant, deviennent matière à jouer et à cogiter grâce à l’écriture et la mise en scène du duo.

Combat du quotidien

Un problème de prélèvements. Une absence d’envie. La fatigue de faire ce qui doit être fait. Dans un décor intimiste et minimaliste – trois bancs, une commode, le public – une femme se retrouve plongée dans une flemmingite aiguë. « J’ai quelque chose à faire. Je n’ai pas envie de le faire. » Embêtant. Malgré le regard insistant qu’elle lance à l’assemblée toute proche d’elle, personne ne semble pouvoir l’aider. Alors que faire ? Heureusement, Al, son cousin, arrive à la rescousse et lui suggère de faire quelque chose de surprenant pour débloquer la situation.

De cette rencontre naît un espace hors temps où le jeu s’entrelace aux pensées. Des batailles de pouces s’enchaînent, ornées de cascades de plus en plus improbables, qui semblent libérer au fur et à mesure notre protagoniste. Soudain, une femme surgit dans le décor. Al paraît désemparé. Autour de cette arrivée inattendue, une toile se dessine : les pensées des uns s’entremêlent à celles des autres. Les situations se superposent : Nina, le cousin, le service client, le travail, le café. En arrière-plan, des peintres traversent la scène l’air de rien : un nouveau mouvement semble lancé !

Lointain souvenir

Si, quelques minutes plus tôt, des bancs occupaient l’espace, après l’entracte, une immense toile est déployée, la scène est radicalement transformée, quasiment méconnaissable. Le public, installé dans les gradins, prend cette fois-ci de la hauteur. Même scénario. Enfin presque. Une femme désemparée, et une affirmation. « Je dois écrire à mon neveu ». Si l’idée de ce qu’elle voulait lui écrire semblait nette lundi, elle est désormais floue. Dans un élan collectif, tout le monde tente de reconstituer lundi et de retrouver la fameuse pensée.

Les objets sont replacés dans la même disposition, mais les souvenirs ne reviennent pas. Le neveu cesse d’être un simple destinataire mais devient au fur et à mesure le problème à résoudre, le moteur de l’action. Sous nos yeux, la parole se fabrique, la pensée se joue. A l’image d’un laboratoire des divagations, chacun s’éloigne peu à peu du fil, s’amuse de ses pensées : l’un parle de sa vie ratée, un autre d’un immeuble au point d’en oublier l’action initiale. Il devient parfois difficile de suivre, les pensées des uns finissent par désorganiser celles des autres.

Le théâtre devient le lieu où la pensée se défait et l’action paraît complètement disproportionnée par rapport à son importance réelle. Jusqu’à se demander même s’il y avait vraiment besoin de décortiquer autant ? Sans doute pas. Mais sur scène le pari est réussi, les deux créations donnent l’étrange impression d’avoir toujours existé, qu’il suffisait de regarder au bon endroit…

CARLA LORANG

Spectacles donnés le 12 février au Théâtre Joliette, Marseille.

Retrouvez nos articles Scènes ici

Comme chez Zimmermann

0
© Clément Renucci

L’ensemble Café Zimmermann, en résidence au théâtre du Jeu de Paume, a accueilli le public aixois pour une soirée qui a fait revivre le Leipzig du 18e siècle. Comme dans le célèbre café de Gottfried Zimmermann où Jean-Sébastien Bach dirigea son Collegium Musicum de 1729 à 1741, animant, dans une grande liberté, les concerts hebdomadaires du vendredi soir, les spectateurs se sont installés pour savourer un programme alternant des œuvres du Maître mais aussi de Telemann – considéré de son vivant comme le compositeur le plus célèbre d’Allemagne- dans l’atmosphère culturelle et conviviale qui caractérisait ce lieu si emblématique.

Fondé en 1999 par la claveciniste Céline Frisch et le violoniste argentin Pablo Valetti, l’ensemble Café Zimmermann s’est imposé comme l’un des ensembles baroques majeurs en Europe.

Le programme a révélé toute la richesse de la formation, avec ses deux flûtistes remarquables : Karel Valter au traverso et Michael Form à la flûte à bec, spécialiste recherché pour le répertoire brandebourgeois. Leur dialogue gai, fusionnel et véloce dans le Double concerto en mi mineur de Telemann a parfaitement illustré la joyeuse complicité musicale qui anime l’ensemble.

Pablo Valetti, habité par la superbe partition, a brillé dans le Concerto pour violon en la mineur de Bach, déployant toute sa sensibilité, tandis que le Concerto pour 4 violons de Telemann, pièce très originale sans basse continue, a offert au public un moment de virtuosité collective. Balázs Máté, violoncelliste inspiré, s’est avéré aussi tout à fait remarquable dans le Concerto en la majeur de Telemann aux côtés du traverso et du violon ; ces trois-là ont dialogué dans une mélancolique allégresse, caractéristique du style galant de Telemann. Mais c’est Céline Frisch qui a subjugué l’auditoire dans le Brandebourgeois n°5, où Bach confie au clavecin une longue cadence sans précédent dans l’histoire du concerto. Ses doigts volaient littéralement sur le clavier, révélant toute la modernité et l’audace de Bach capable de transformer un instrument, alors destiné à l’accompagnement, en soliste éclatant.

Le concert s’est achevé avec le Brandebourgeois n°4, discours lumineux entre les deux flûtistes et le violon, conclusion parfaite d’une soirée où excellence musicale, esprit de convivialité et intelligence de l’interprétation ont cheminé de concert.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 10 février au théâtre du jeu de Paume (Aix en Provence)

Retrouvez nos articles Musiques ici

Corps en mouvement

0
© G.C.

Le dimanche 15 février, en clôture de l’Entre2Biac (festival porté par Archaos les années paires, en alternance avec la Biennale Internationale des Arts du Cirque), rendez-vous était donné au public en bas de la Canebière, pour Au bout, la mer !, événement tri-annuel porté par la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille. Une première édition 2026 qui a fait le plein en raison d’une éclaircie dans les intempéries récurrentes des dernières semaines. Sous un grand ciel bleu, les visages souriaient aux artistes, lancés dans de grandes envolées acrobatiques.

Trois agrès de crique

Dans l’air piquant du matin, résonne le claquement des jouets en bois installés par des ludothécaires pour les enfants. Petit à petit, la foule se rassemble : en préfiguration de leur spectacle à venir How much we carry, Debora Fransolin et Marin Garnier, attachant duo du Cirque Immersif, manient une longue perche noire, que l’une gravit souplement, tandis que l’autre en assure la stabilité. Méthode impressionnante et pourtant simplissime pour accéder aux branches des hauts platanes bordant la place du Général de Gaulle…

Un peu plus loin, les voltigeurs de la Cie Les P’tits bras se talquent les doigts et les poignets. Deux cow-boys friment en jeans, stetsons, santiags, sur un air de banjo. Des circassiennes les rejoignent, pour un exercice de balançoire millimétré. Leur structure, toute de volutes métalliques inspirées par Victor Horta, pionnier de l’Art nouveau, culmine à une quinzaine de mètres : une hauteur suffisante pour que les spectateurs retiennent leur souffle, quand les portés commencent et que les femmes passent de mains en mains dans des figures aériennes hyper toniques.

Midi sonne : le public s’approvisionne aux food trucks de la Canebière ou sur le marché du Vieux-Port, avant de converger vers une roue giratoire. Les Filles du Renard pâle, compagnie de la funambule Johanne Humblet, commencent un battle tout en souplesse, au rythme d’une guitare électrique. Une fois mis en branle, leur agrès, composé de trois cercles de rotation distincts, produit un saisissement : comme si une roue de hamster donnait une sensation de liberté bien huilée. Mû par la force musculaire, ralenti par la pesanteur des corps, il supporte une chorégraphie de l’instable dans la stabilité. Encore une preuve de l’étonnante capacité du cirque à faire vivre au public des expériences physiques jouissives par procuration !

GAËLLE CLOAREC

Au bout, la mer ! s’est tenu le 15 janvier, dans et autour de La Canebière, Marseille.

Retrouvez nos articles Escapade ici

Un monde fragile et merveilleux : une histoire d’amour au Liban

0
Un Monde fragile et merveilleux (C) UFO distribution

On se souvient de ce superbe documentaire, Danser sur un volcan ( https://journalzebuline.fr/danser-sur-un-volcan-filmer-au-bord-du-chaos/) où Cyril Aris filme le tournage du premier long métrage de Mounia Akl, Costa Brava, Lebanon, en phase de pré production lorsque le 4 aout 2020, Beyrouth explose. Nous retrouvons Mounia Akl (Yasmina) dans le nouveau film de Cyril Aris, Un monde fragile et merveilleux, une histoire d’amour dans un pays auquel tous les Libanais sont très attachés malgré ses difficultés et ses crises récurrentes. « On peut toujours enlever les libanais du Liban, on ne peut jamais enlever le Liban aux Libanais » a précisé le réalisateur lors de sa présentation au 47e Cinemed où il a obtenu les Prix Jeune Public et Prix de la meilleure musique pour Anthony Sahyoun.

En fond, un bruit de train. Un plan séquence, caméra nerveuse, nous montre la naissance de deux enfants, à une minute d’intervalle, à 17h 07, sous les bombes, en écho parfait avec le titre. Un monde fragile et merveilleux ! Les enfants, ce sont Yasmina et Nino.

Plus de vingt ans plus tard, un stupide accident de voiture va permettre à ces deux êtres que la vie a séparés, de se retrouver autour d’un repas. Nino (Hasan Akil)  qui tient un restaurant, rentre en voiture dans la vitrine des bureaux tenus par les parents de Yasmina, consultante pour le gouvernement libanais. Alors que sa mère veut porter plainte, Nino propose de les inviter à son restaurant pour payer une partie de sa dette. Un repas plein de surprise ! Yasmina, amusée par l’attitude de Nino, réalise grâce à une photo sur le mur qu’il est son ancien ami d’enfance, perdu de vue il y a fort longtemps. L’histoire peut continuer …

Des flashbacks nous permettent de voir comment ces deux êtres surmontent ou non leurs traumatismes d’enfance. Nino n’a jamais accepté la mort de ses parents. Yasmina ne veut pas d’enfant : comment envisager de faire des enfants à qui on ne pourrait offrir que la guerre ou l’exil ? Chevauchant dans trois époques, nous partageons les sentiments de ces deux êtres qui s’aiment, comme témoins d’un pays en crise, un pays pris entre l’espoir et des moments de désespoir, un pays où on ne parle pas de la guerre civile, où il n’y a jamais eu de réconciliation nationale. La composition musicale d’Anthony Sahyoun, discrète, accompagne les images, comme ce son de train récurrent tout au long du film semblant dire : partir ou rester ? Car précise Cyril Aris se référant à Haneke : si je veux toucher quelqu’un, c’est par le son et non par l’image. Effectivement on est touché par le destin de ces deux personnes qui s’aiment, mais sans cesse confrontés à cette question ; est-il encore possible d’imaginer un futur au Liban ?

« Les deux piliers de la tristesse et de la beauté reflètent ma vision du Liban. J’ai voulu raconter une histoire qui, porte en elle les fractures et les éclats d’espérance de mon pays. »   Pari réussi.

Annie Gava

Un monde fragile et merveilleux sort en salles le 18 février 2026

Lire ICI un entretien avec Cyril Aris

Aïda Nosrat : incantation à la liberté

0
© A.-M.T.

Dès les premières notes, l’auditorium se fige. Une voix ample s’élève, bientôt portée par le violon d’Aïda Nosrat. L’instrument, doté d’une corde supplémentaire – un do grave – étend la tessiture vers des profondeurs mélancoliques, parfaitement accordées au thème de l’exil qui traverse l’album Common Routes. L’accordéon d’Antoine Girard entre en dialogue. Formé notamment auprès du groupe Bratsch, nourri de jazz et de musiques balkaniques et orientales, il est l’un des grands passeurs de ces répertoires nomades. À ses côtés, Marius Kikteff au bouzouki et à la guitare navigue entre traditions roumaine, grecque, turque, azérie ou kurde.

Avant le morceau suivant, Aïda Nosrat évoque la genèse du projet : « Il a débuté quand les problèmes en Iran se sont intensifiés, puis le mouvement Femme, Vie, Liberté s’est développé. Nous avons enregistré durant la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël. L’album sort… et l’Iran est au bord de la guerre. C’est déchirant. Je vis le cœur à moitié ici, en France, l’autre là-bas. » Le public retient son souffle. Partie en 2016, Aïda incarne le drame d’une diaspora. « L’album parle de nos racines humaines communes : l’amour, la compassion, la justice, la liberté. Ces idées ont voyagé grâce aux arts, seul langage capable de nous relier. »

Danser sur les tombes

Le concert devient voyage. Nomad ouvre la route, suivi par Les Filles de Cirus, ancien chant de lutte pour la liberté, repris aujourd’hui encore et qu’elle dédie « à toutes les femmes iraniennes qui ne cèdent ni à la tyrannie ni à la violence ». Vient un poème mis en musique d’Azerbaïdjan, son pays d’origine : grâce, feu intérieur, ornementations ciselées. Le bouzouki puis l’accordéon rayonnent. Une berceuse kurde, en hommage « aux mères d’Iran qui ont perdu leur enfant », suspend encore la salle.

Elle interprète ensuite en mode jazzy – là aussi elle excelle – une chanson de Noa, l’artiste israélienne engagée pour la paix : « Nos histoires se ressemblent… ce n’est pas nous le problème, mais les politiciens. » Antoine Girard et Marius Kikteff enchaînent ensuite une composition du premier, Gypsy Roots, ronde entraînante aux airs de fête villageoise. Puis Kojâyie (« Où es-tu ? »), chant d’amour traditionnel iranien réarrangé, offre l’un des sommets du concert : la voix d’Aïda se déploie, lyrique et bouleversante. La salle est pétrifiée. Le public réclame un rappel. Revenue seule sur scène, elle évoque ces Iraniens qui dansent sur les tombes, transformant le deuil en défi. Elle entonne une incantation a cappella, martelant le sol ; celui des cimetières et celui de l’exil. Les mains frappent, les youyous montent, la transe affleure. On en sort comme frappé, transformé.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 13 février à la Cité de la musique, Marseille.

Retrouvez nos articles Musiques ici

De bruit et de fureur

0
Elise Dabrowski et Sébastien Béranger © X-DR

Elise Dabrowski et Sébastien Béranger forment un duo depuis 10 ans déjà et pour l’occasion, ils décident de célébrer cet anniversaire autour d’un nouveau projet : De bruit et de fureur. Une pièce qui tourne autour de la folie, et d’une fragmentation sonore débordante et jubilatoire, dans une célébration de l’instant présent. Elise Dabrowski est chanteuse et contrebassiste, active sur la scène jazz et improvisée – ici elle utilise sa voix et son « (méta)violoncelle », un instrument à cordes frottées et amplifié. Sébastien Béranger est un compositeur multiforme qui travaille la musique spectrale, le postsérialisme ou les musiques postmodales, ainsi ils deviennent « trio à deux » entre voix, électronique et (méta)violoncelle.

L.S.
26 février
Friche La Belle de Mai, Marseille

Retrouvez nos articles Musiques ici

Chet

0
David Enhco et Marc Perrenoud © X-DR

Dernièrement, Les Théâtres avaient accueilli son frère, Thomas Enhco, le pianiste pour Bach Mirror. Cette fois, c’est David qui débarque au Conservatoire avec un concert en hommage à l’un des grands trompettistes jazz qui n’est autre que Chet Baker. Trompettiste lui aussi, David Enhco sera accompagné par son ami Marc Perrenoud, pianiste de jazz reconnu. Ensemble, ils forment le groupe Aksham, le quintet qu’ils partagent avec la chanteuse Elina Duni. Les deux amis choisissent alors de raconter la vie chaotique de Chet Baker, de son album Chet Baker Sings avec son titre le plus emblématique, My funny valentine, jusqu’à des standards comme Yesterdays.

L.S.
26 et 27 février
Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence

Retrouvez nos articles Musiques ici

Le Requiem de Brahms

0
Camille Schnoor © Christian Palm

Avec Un Requiem allemand, Brahms compose une pièce singulière. Œuvre de consolation plus que de deuil, tournée vers les vivants, sa messe aux morts emprunte à différentes traditions et différents courants. Écrite en langue allemande, nourrie de tradition luthérienne et forte d’une ampleur romantique à souhait, la partition déploie une architecture chorale unique majestueuse. Michele Spotti dirigera l’Orchestre Philharmonique le Chœur de l’Opéra avec le sens du souffle et de la clarté qui caractérise ses lectures, et éclairera sans nul doute la densité brahmsienne. Les solistes Camille Schnoor et Philippe-Nicolas Martin y inscriront leurs lignes sensibles.

S.CA
27 février
Opéra de Marseille

Retrouvez nos articles Musiques ici