jeudi 15 octobre 2026
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« L’art est plus fort que la guerre »

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L’ouverture de la Saison Méditerranée à Marseille est un événement exceptionnel. D’une part parce que c’est la première fois qu’une de ces « saisons » culturelles, concoctées chaque année par le ministère des Affaires étrangères via l’Institut français, concerne un espace international plutôt qu’un pays. Et d’autre part parce que les enjeux ont changé depuis juin 2023. À cette date, Emmanuel Macron déclarait à Marseille qu’il voulait « mettre en valeur la jeunesse et les diasporas de toutes les rives » de la Méditerranée.   Aujourd’hui il s’agit, par des moyens diplomatiques, de maintenir ou rétablir un horizon de paix dans un monde qui s’est enflammé. 

Ainsi, cette « Méditerranée » est devenue un euphémisme :  cette Saison a prévu dès son origine de programmer des artistes venus de la rive arabophone de la Méditerranée. Plus précisément du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, d’Égypte et du Liban, c’est-à-dire des pays qui ont un lien historique avec la langue française. Mais depuis le 7-Octobre et la sanglante riposte israélienne, depuis les tensions avec l’Algérie, ou entre l’Algérie et le Maroc, et les violences commises par la Tunisie contre les migrants subsahariens… la question des solutions diplomatiques se pose avec une acuité nouvelle. Plus encore depuis que le sud du Liban subit les représailles disproportionnées et aveugles de l’armée israélienne. Comme le dit Alexis Nys [Lire ici], comme l’espère Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison, le dialogue des cultures et des arts est un outil puissant sinon pour arrêter les guerres, du moins pour soigner les sentiments des peuples. 

 La Méditerranée est ici

Le geste est donc politique, et c’est d’ailleurs la première fois qu’une Saison ouvre ailleurs qu’à Paris. La Ville de Marseille participe donc au financement de l’ouverture de cet événement « populaire et festif » qui ne s’attache pas aux artistes de la région, pourtant eux aussi méditerranéens. Les Corses, les Espagnols, les Italiens de Marseille sont aussi des Méditerranéens, comme les Provençaux et différents parleurs marseillais. Et les autres diasporas de Marseille, subsahariennes, iliennes, séfarades, ashkénazes, comoriennes, tchétchènes ou arméniennes, russes ou ukrainiennes, sont aussi méditerranéennes quand elles s’installent sur nos rives.

Au fond, c’est d’ailleurs cela, la Méditerranée. Un espace où les particularismes s’expriment mais où les communautés ont su, souvent,  s’entendre et se fondre. Un espace avec ses circulations, ses rencontres, ses échanges de poésie, d’artisanat, d’ornements et de musiques. Sur toutes ses rives, ses terres arides nourrissent difficilement, mais produisent des saveurs et des parfums charpentés et inoubliables.  Car cette mer qui ne reflue pas, découpe les côtes en calanques et dessine chacun de nos horizons avec un bleu constant qui rejoint, sans vague, celui du ciel. 

Cette Méditerranée commune, séculaire et offerte à tous ceux qui la rejoignent, est aujourd’hui une mer de mort, de bombes et de déchirements. De génocide, de noyade de masse, de guerres sans fin. Un espace qui divise violemment les peuples qui la constituent, qui la traversent. 

Mais… peut-être que les artistes, et tous les exilés de Marseille, peuvent construire ensemble une réponse aux impasses des guerres. Et le Fort Saint Jean redevenir un phare, pour Gaza. 

AGNÈS FRESCHEL

PS. Je finis d’écrire cet édito dans le train qui me ramène vers ma ville. Au sortir du tunnel de l’Estaque la rade éclate, la découpe de ses îles, son eau soudaine et ses scintillements. Les genêts et les bruyères mêlent leur rose et or au vert des pins, les coquelicots s’imposent, et les tags sur les murs ocres se joignent aux couleurs inouïes du paysage. Une Américaine assise à mes cotés murmure : It’s so beautiful. Ici, la Méditerranée n’est pas qu’une saison.


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Dodeskaden, la mémoire en partage

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Julie et Julien
@elise padovani

Zébuline : Dodeskaden, c’est quoi ?

Julien Chesnel : Dodes’ka-den, c’est le titre du premier film couleur d’Akira Kurosawa (1970) et l’onomatopée japonaise traduisant le bruit des engins sur les rails, répétée par le jeune héros qui s’imagine en conducteur. C’est aussi le nom de notre association hébergée depuis trois ans ici, au 90, bd des Dames. Dans une des « pépites patrimoniales » de la Ville. On est dans un superbe immeuble art déco, ancien fleuron de la compagnie maritime Paquet. Le choix de ce nom, ça évoque pour nous à la fois le train initiatique de la Ciotat en image tutélaire et la part de mémoire à conserver et partager.

Mais encore ?

Julien : Dodeskaden est né en 2012 à Lyon, dans un squat de la Croix Rouge. Expérience de quatre mois, animée par un collectif de passionnés. Programmation tous azimuts, ouverte à toutes les formes cinématographiques. Invitation de collectifs européens et français : une activité H24/ 7 jours sur 7.

Quelques participants après cette aventure éphémère se sont installés à Marseille, s’impliquant dans de nouveaux projets comme la création sur le Cours Julien du Videodrome2. Dodeskaden, collectif de programmateurs, enseignants, cinéastes, renaît en récupérant 1500 bobines, une partie du fonds de La Ligue française de L’Enseignement des Bouches du Rhône. Il faut savoir que des années 30 aux années 90, on comptait quelque 18 000 ciné clubs en France. 15 ans après la disparition relativement brutale de ces lieux de diffusion massive, qui ont marqué la culture de ces décennies et le rapport particulier qu’entretient la France avec le cinéma, les ligues se débarrassent de leurs encombrantes archives. Pour nous, ce fut d’abord un « jouet » répondant à notre désir de programmation dans des lieux comme le Videodrome, le MuCEM. Mais bien vite on a pris conscience de notre responsabilité face à ce trésor, porteur d’histoire(s). Et Julie est arrivée, forte de son expérience aux archives du Parti Communiste. Elle a contribué à structurer l’association, investie d’une mission de collecte, de préservation patrimoniale, de catalogage mais qui voulait conserver son ADN. La dimension archivistique s’articulant avec le réemploi des films dans d’autres contextes : l’éducation populaire l’animation d’ateliers dans les établissements scolaires ou les centres sociaux, l’accueil des chercheurs universitaires, les résidences d’artistes. Il s’agit de valoriser en les diffusant, les dépôts qui nous sont faits à l’instar du fonds que nous a légué l’ethnomusicologue Bernard Surugue, un collaborateur de Jean Rouch.

Comment allier conservation et circulation ?

Julie Cazenave : On s’adapte aux usages. Pour des actions de formation, on choisira des copies dont on a plusieurs exemplaires. Quand le film est plus rare ou presque unique, bien sûr, nous ne l’utilisons pas de la même façon. Il faut apprendre les précautions d’usage de l’archiviste. Transmettre la pratique. Quand on se rend dans une école, on emporte aussi le dispositif de projection qui correspond au film dans l’esprit du cinéma itinérant. Nous avons un grand nombre de films d’animation venus des pays de l’Est, des merveilles de techniques à faire découvrir aux enfants. Quand nous récupérons un fonds, nous récupérons aussi souvent les appareils de projection. Nous avons des films en 16 mm, en 35mm. Nous pouvons aussi projeter en numérique. Nous sommes ainsi dépositaires d’une histoire des techniques. Ici, on a une vieille table de montage, un scanner bricolé, des projecteurs de toutes sortes, toute une collection de supports visuels pédagogiques comme les films fixes en vogue jusque dans les années 60, les Pathéoramas…

Comment vous situez-vous face à la cinémathèque française qui va s’installer prochainement à Marseille ?

Julien : Il y a cinq ans, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé la création de cette antenne régionale. Nous avons organisé un colloque sur le projet d’UNE cinémathèque et non de LA cinémathèque, en conviant tous les acteurs locaux qui travaillaient sur la question de l’archive cinématographique, à y réfléchir.

En fait, même si on partage des tutelles, il n’y a aucun projet concurrentiel entre la cinémathèque marseillaise moulée sur la parisienne et notre cinémathèque populaire qui se donne une mission de préservation patrimoniale et d’éducation populaire par un maillage territorial. Il y a un vrai travail de mutualisation avec les festivals comme AFLAM, RISC, FFM. Les associations comme La turbine des Ecritures, l’ARSSE, Lieux Fictifs… les compagnons de toujours du Polygone Etoilé…

Il s’agit aussi d’enrichir et de partager des bases de données comme le font déjà une vingtaine de cinémathèques. Et de se coordonner. Par exemple, PRIMITIVI qui produit des images de luttes sociales depuis des années, se retrouve producteur d’archives et a besoin de ce travail de cinémathèque.

Vous êtes hébergés ici à titre provisoire ?

Julien : On a plusieurs tonnes à déménager ; notre fonds compte dix mille bobines ! Avant d’être installés ici, on était au Grand Domaine, au 26 de ce boulevard au milieu d’ateliers d’artistes. L’immeuble du 90 est en passe d’être vendu par la Ville comme d’autres pépites architecturales. L’acquéreur a un cahier des charges précis qui peut nous inclure. Mais il y a d’autres pistes comme l’îlot du Château vert dans le cadre d’Euro méditerranée, où on pourrait travailler avec d’autres associations. Notre projet est de nous installer dans un lieu pérenne qui corresponde à notre projet : stocker dans de bonnes conditions, organiser des projections, accueillir du public, des chercheurs, des artistes comme aujourd’hui les musiciens du conservatoire travaillant leurs partitions spatiales dans notre acousmonium. Demeurer une « brigade d’intervention » dans les quartiers à la suite des instituteurs-ambulants d’antan portant leurs marmottes dans les écoles, mais pouvoir aussi accueillir des scolaires dans de bonnes conditions pour des projections ou des ateliers dans nos locaux.

Combien êtes-vous pour faire vivre l’association et quels sont vos financements ?

Julie : Le noyau « dur » est constitué de trois personnes : Julien Gourbeix, Julien Chesnel  et moi. Mais il y a en tout une douzaine de salariés avec des contrats différents. Pour le fonctionnement, c’est la Mairie de Marseille et le CNC. Les collectivités locales soutiennent nos projets.

Propos recueillis par Annie Gava et Elise Padovani

Electro, pop, rock… Orizon Sud a fait vibrer l’Espace Julien

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Zoon Kara © Asmephotographie

30 minutes. C’est le temps dont disposait chaque groupe et artiste, jeudi 7 mai, pour faire ses preuves sur la scène de l’Espace Julien. Organisé par le Makéda, l’objectif du tremplin Orizon Sud est toujours le même : révéler et accompagner les talents musicaux émergents de la Région Sud et du département du Gard. 110 au départ, ils n’étaient plus que cinq à se présenter face au jury et au public pour la grande finale. Après plus de quatre heures de spectacle, c’est finalement Zoon Kara, groupe « fraîchement débarqué de la planète X », qui remporte cette 16e édition du tremplin. Un duo composé de la voix soul de Chamdou et du looper de Gigila. La clé d’une musique électro aux rythmes entraînants.

Deuxième de la soirée à performer, dans une salle de spectacle jusque-là peu remplie, Zoon Kara a su attirer les foules, remplissant rapidement les lieux. Le public, visiblement conquis par la performance et leurs chansons Una lacrima ou Enfant timide, a chanté et dansé tout du long. Ils l’avaient annoncé dès le début : leur objectif était de « faire rentrer le public dans leur univers ». Un pari largement.

Une ambiance contrastée


Même engouement du public pour FireClub et Blasta Collective, deux groupes aux rythmes entraînants. Mathilde et Noé Extrat, deux artistes solo à la musique plus mélancolique, ont malheureusement dû faire face à un public bruyant et peu attentif. Un comportement regretté par l’organisation, qui a demandé à deux reprises le calme…

Si l’organisateur du tremplin a préféré garder le mystère quant à la récompense accordée au vainqueur, celui-ci bénéficie généralement de coaching scénique, de sessions d’enregistrement ainsi que de dates de concert. Les années passées, les gagnants ont notamment été programmés à la Fiesta des Suds et au Delta Festival.

FANTINE LAMBEY

La finale s’est tenue le 7 mai à l’Espace Julien, Marseille.

Retrouvez nos articles On y était ici

Pas de CGT, telle était la voix des Molières

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C’est un discours traditionnel chaque année aux Molières, celui de la CGT spectacle, qui cette année n’a étrangement pas eu lieu. Du côté des organisateurs on avance une réponse tardive de l’organisation syndicale ; de l’autre on est surpris de cet argument puisque ce discours est inscrit de fait (et non de droit) chaque année dans le déroulé de la cérémonie. Les organisateurs arguent qu’ils n’avaient plus de place pour ce discours, alors que tous les journalistes ont pu le voir inscrit rouge sur blanc dans le programme qui leur a été distribué.

L’organisateur de cette cérémonie est Jean-Marc Dumontet, une des plus gros producteurs de théâtre privé parisien, proche d’Emmanuel Macron (son coach vocal en 2017 pour le slogan « Parce que c’est notre projet ! »). Dans cette cérémonie, qui est donc privée, la CGT est invitée tous les ans à s’exprimer – avec l’aval du service public de France Télévisons qui soutient et retransmet. Ces dernières années, elle a pointé la précarisation massive dans le spectacle vivant. Mais dans les grosses productions du théâtre on ne comprend pas toujours la revendication syndicale : les gros producteurs continuent à bien se porter, les productions à succès, consensuelles ou non, à tourner, alors pourquoi donner audience à un discours syndical ?

Rappelons que si le spectacle vivant existe c’est en grande partie grâce à la CGT Spectacle : tous les quatre ans depuis des lustres les organisations patronales s’attaquent au régime de l’intermittence ; tous les quatre ans la CGT Spectacle est (presque) la seule, en en tout cas la plus en force, à monter au créneau pour dire que les professionnels du spectacle vivant veulent vivre de leurs métiers. Et que sans acteur·ice·s, sans technicien·ne·s, dans des professions qui sont par nature intermittentes, il n’y a pas de spectacles ; et de rappeler, études économiques à l’appui, que le régime de l’intermittence ne coûte pas plus qu’un régime de chômage classique, le régime général.

FONPEPS et APAJ

Ce sont aujourd’hui des acronymes qui fâchent. Pourquoi cette censure de la CGT Spectacle cette année ? Parce qu’il ne fallait pas parler de ce qui mobilise la profession depuis des mois, à savoir le Fonpeps (Fonds national pour l’emploi pérenne dans le spectacle). Ce fonds a été mis en place en 2016 pour aider à l’emploi pérenne, à la création de CDD et CDI dans le secteur artistique. Il comprend plusieurs dispositifs : AESP (aide unique à l’embauche dans le spectacle), ADEP (pour les musiciens) et a été complété par un dispositif vertueux qui est l’APAJ, l’aide au plateau artistique dans les salles de petites jauges.

Grâce à ce dispositif, dans les salles de moins de 500 places, dès qu’un·e artiste joue et qu’il est déclaré, son cachet est soutenu. Un dispositif simple, efficace et pas cher. Des milliers de représentations bénéficient de ce fonds depuis sa création, des centaines de compagnies sont sorties de la précarité et ont pu salarier les artistes et technicien·ne·s. Au Festival Off d’Avignon, l’APAJ a signé la fin du Moyen Âge, et les jeunes compagnies rentrent dans le droit. Tout cela pour 15 millions  d’euros. Soit 0,5% du budget de la culture.

Mais le 31 décembre 2025, dans un bureau du ministère de la culture, quatre personnes se sont réunies pour réviser les critères de l’APAJ et le diviser par deux ! Un peu plus même : sans concertation, sans étude d’impact, il est passé de 15 à 7 millions.

Voilà ce que la CGT avait prévu de dire à la nouvelle ministre, Catherine Pégard, à savoir qu’elle héritait d’une immense injustice et bévue qu’elle pouvait réparer : restaurer ces 7 millions d’euros qui viennent soutenir tous les artistes qui jouent.

A-t-elle exigé en amont de ne pas être importunée dans cette soirée ?

Il n’y eu pas de discours de la CGT. En revanche 10 camions de CRS stationnaient devant les Folies Bergères où se tenait la cérémonie, et des dizaines de Robocop accueillaient les invités. Du jamais vu.

RÉGIS VLACHOS

Régis Vlachos, auteur et comédien, directeur de la Compagnie du Grand soir, est un collaborateur de Zébuline, dont il a été Président de 2011 à 2022.

Représentant des compagnies au CA du Festival Off d’Avignon et militant de la CGT-spectacle, il avait prononcé le discours aux Molières 2024, réclamant à Rachida Dati de rétablir les budgets de son ministère.

Retrouvez nos articles Politique culturelle

[Saison Méditerranée] Taoufiq Izzediou va faire danser la ville

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DANSER MA VILLE © Gabriela Carvalho

Le chorégraphe Taoufiq Izzediou est un pionnier de la danse contemporaine au Maroc, son pays natal. C’est lui qui y fonde la première compagnie qui s’en réclame, et le premier festival dédié, On Marche, à Marrakech.

Dans le cadre de la Saison Méditerranée, le Théâtre Joliette invite Taoufiq Izzediou à recréer son projet participatif Danser ma ville, créé à l’occasion de la dernière édition de On Marche à Marrakech, cette fois à Marseille et avec des Marseillais·es.

Ce n’est pas la première fois qu’Izzediou travaille avec le public marseillais : en 2023, il présentait au Festival de Marseille Border Dance, une création dans laquelle six interprètes partageaient la scène avec une dizaine d’amateur·ices. Mais ce nouveau projet dans l’espace public est d’une tout autre ampleur, puisqu’il réunit près d’une centaine de personnes, de tout âge, toutes origines et tous types de corps sur l’esplanade Gisèle Halimi (à proximité du Mucem).

C.M.

Danser ma ville

16 mai

Esplanade Gisèle Halimi, Marseille

Une proposition du Théâtre Joliette.

Retrouvez nos articles Scènes ici

Clair obscur méditatif

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Vue d’atelier Mars 2026 © Julia Andréone

L’installation d’Adrien Vescosi va hisser des voiles monumentales dans la Chapelle et les coursives de Pierre Puget, transformant le monument en un poumon méditerranéen où le tissu respire la lumière.


Né en 1981 à Marseille, Adrien Vescovi, peintre et teinturier, puise dans le sol phocéen pour alchimiser ses toiles. Formé aux Beaux-Arts, il a rapidement abandonné l’académisme pour des teintures naturelles : herbes sauvages du Garlaban, écorces d’oliviers centenaires, épices des marchés d’Aix. Ses œuvres, exposées au vent salé ou au soleil zénithal, capturent l’éphémère et offrent un paysage qui mute, un temps qui se voile. Installations immersives, sculptures de lin patiné : Vescovi déconstruit le cadre pour libérer la couleur en migration poétique.

Le voile, seuil méditerranéen


Imaginez les voiles aux fenêtres des maisons du Panier, de Naples ou d’Alger : des linges tendus comme des paupières mi-closes, filtrant la réverbération du sirocco sur la mer cobalt. Ainsi, Vescovi investit la Vieille Charité de toiles cousues main, draps modestes gonflés d’histoires et teintes au chaudron dans son atelier de la Belle de Mai. Ces tissus, nés d’ateliers ancestraux où les femmes phrygiennes tissaient la trame du quotidien, protègent l’intime tout en livrant des bribes de monde. Fragiles comme un souvenir d’exil, robustes comme les mains calleuses des pêcheurs, ils incarnent la Méditerranée : seuil poreux entre dedans et dehors, ombre et éclat, silence et murmure des vagues.

Dans la chapelle aux voûtes baroques, ces voiles pendus oscillent, entre clair-obscur. Ils évoquent les chaux des façades marseillaises, les rideaux des riads tunisiens, les étendoirs de la Casbah d’Alger, qui dansent au gré du Mistral. Ils deviennent la peau du lieu : un épiderme tendu sur les os de pierre, marqué par le soleil, les embruns, les passages humains. Le visiteur, glissant entre ces parois souples, devient l’ombre projetée, le souffle qui les anime, une danse où le corps rencontre l’invisible.

L’inflexion solaire, alchimie chromatique


Soleil de Marseille, lame d’or qui incise l’azur : voilà le cœur battant de l’installation. Les pigments végétaux de Vescovi, safran ardent, garance sanguine, indigo des genêts, sont exposés dans des pots et réagissent à la lumière impitoyable. Chaque pli module les tons : du jaune zénithal au fauve du crépuscule, de l’ocre fané à l’indigo profond de la nuit tombée. La couleur vit, se patine sous l’œil du jour ; elle est mémoire gravée dans la fibre, écho des soleils qui ont teinté les toiles des caravelles.


La déambulation suit cette symphonie chromatique : les pas du visiteur font frémir les voiles, révélant des éclats cachés, aux détours des coursives. Ici, la lumière n’éclaire pas ; elle chante, elle infuse, elle transmue.

Laëtitia Olivier, responsable des expositions aux Musées de Marseille, orchestre cette invitation d’artiste avec une sensibilité rare, liant héritage et contemporanéité. Son regard curatorial fait de la Vieille Charité un vaisseau vivant, reliant l’histoire du lieu, ancien hospice, prison, agora culturelle, à la pulsation méditerranéenne de Vescovi.

SAMIA CHABANI, Diasporik

Dormir comme le soleil

Du 15 mai au 10 janvier

La Vielle Charité, Marseille

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Le Festival de la Camargue revient pour sa 18e édition

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© Hans Silvester
Derrière ses paysages splendides, la Camargue regorge d’une biodiversité foisonnante. Cette année encore, du 13 au 17 mai, le Festival de la Camargue affiche la volonté de sensibiliser le public aux sujets environnementaux. Entre sorties ornithologiques, découvertes des marais, projections, débats, expositions photo, et ateliers, la programmation se veut éclectique et en faveur du Vivant. Un éclairage particulier sera porté sur la réserve de biosphère de la Ciénaga de Zapata, à Cuba, invitant au dialogue entre deux territoires liés par des enjeux écologiques communs.
La programmation culturelle fera ainsi l’honneur à Cuba, avec une soirée d’inauguration (13 mai) ou les percussions cubaines rythmeront la fête, tandis que plusieurs vernissages viendront ponctuer cette ouverture. Parmi les invités, le photographe et militant écologiste Hans Silvester, revient sur les terres camarguaises qui ont vu naître ses débuts. Parrain de cette édition, il porte depuis près de soixante ans un regard singulier sur la Camargue et sur les liens entre l’Homme et la Nature. Le festival sera l’occasion de découvrir d’autres grands noms de la photographie : Éric Le Go et Olivier Larrey amèneront les visiteur·euses au cœur des grandes explorations polaires, tandis que Jean-Michel Lenoir transformera l’océan en un espace mystique et contemplatif.
C.L.

Festival de la Camargue
13 au 17 mai
Arles, Les Saintes-Marie-de-la-Mer, Port-Saint-Louis-du-Rhône, Camargue Gardoise

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Propagations/ GMEM

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Un pays supplémentaire, La Criée © Pierre Gondard

La petite salle affichait complet, adultes et enfants mélangés, très jeunes pour la plupart. On ne les entendra pas broncher de toute la soirée, pas plus que les grands, captivés par ce qui se déroule devant leurs yeux. Un petit train circule parmi des objets en bois issus d’un piano démantelé, sur un circuit de trois carrés d’aggloméré reliés entre eux. Équipé d’une caméra, il filme tout sur son passage – ponts, arbres, étoiles – que les deux protagonistes, Claudine Simon et Alix Renyer, dressent soigneusement sur sa route. Les images captées se projettent sur les murs du fond en ombres chinoises, des paysages traversés portés par la création sonore de Simon.

Avec Un pays supplémentaire, c’est tout l’univers de l’enfance qui se reconstitue. On a à nouveau sept ans. Des toupies de toutes tailles, des ressorts, des maillets, des billes, puis soudain le chaos, ces instants d’excitation où tout part en vrille. Des boules tombent du plafond. Sur scène, les jeunes femmes trépignent, se les jettent à la figure. On n’a qu’une envie : les rejoindre. Une porte claque. Les parents ? On range. Puis interviennent les cris de supporters, les mouches de l’été, le bruit sourd des cœurs qui battent, l’orage. Un laser crée un jeu d’ombres. Une porte entrebâillée laisse passer le cri du corbeau, le rugissement du lion, les sabots de chevaux, la mer, les mouettes. Il y a le piano jouet et les flocons de neige. On se croirait à l’intérieur d’une tête d’enfant avec ses premiers émois, ses premiers frissons. Nos corps se souviennent, les larmes affleurent.

Aristophane

Changement total d’ambiance pour Guêpes, Grenouilles et Monstres, dans le grand théâtre. Sur scène, trois écrans disposés au sol projettent des images de harpes. Quatre instruments bien réels sont aussi sur le plateau. L’interprète Aurélie Saraf évolue entre elles, de la plus petite, celtique, jusqu’à une électrique, en passant par deux classiques. S’inspirant d’Aristophane, le spectacle évoque le narcissisme et les jugements haineux sur les réseaux sociaux, la mort des vrais poètes, la monstruosité des hommes de pouvoir, puis la grève des sexes proclamée par une Lysistrata contemporaine refusant que les femmes se donnent à des hommes qui font des guerres stupides. Lysistrata -dont le nom signifie littéralement « celle qui dissout les armées »- inverse le regard : les femmes, exclues de la vie politique athénienne, se révèlent être les seules clairvoyantes. La guerre est absurde, la paix est possible et les hommes sont des enfants obstinés. La métaphore de la guêpe est parfaite : créature qui pique sans discernement, dont la fureur est réelle mais dont l’intelligence est limitée, et qui ne produit pas de miel.

Les solos de harpe sont déchaînés, la musicienne habite vraiment la scène, sur des compositions signées Alexandros Markeas. Certaines formules frappent : « le sel de nos larmes est fabriqué dans une usine californienne ». Mais à trop vouloir embrasser, la performance se perd dans un cynisme systématique sans la lueur d’espoir chère à Aristophane, le satyriste utopique. On ressort de la salle moins secouée qu’épuisée.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les spectacles se sont déroulés le 6 mai au Théâtre de La Criée, Marseille.

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Au programme du PAC 2026

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Nouria Behloul, Chants fantomes. Détail d’installation materiaux divers

Avec plus de 450 artistes invités et près de 70 lieux participants, le Printemps de l’Art Contemporain (PAC), porté par le réseau Provence Art Contemporain, fédère galeries, centres d’art, écoles, ateliers, musées et lieux indépendants réparties entre Marseille, Aix-en-Provence, Martigues, Istres, Rognes, Châteauneuf-le-Rouge, Gardanne et l’Étang de Berre. L’événement (en majorité gratuit) est l’un des grands rendez-vous culturels du printemps, à la fois laboratoire artistique, plateforme de visibilité pour les artistes émergents et moment de rencontre avec le public. Au programme cette année : 66 expositions, 41 vernissages, 24 performances dont huit dans l’espace public, six nocturnes et plusieurs circuits organisés à travers la métropole. À découvrir du 13 au 24 mai.

Ouverture et parcours

La programmation marseillaise constitue le cœur battant du festival. Les journées des 13, 14, 16, 20, 21 et 22 mai seront rythmées par de multiples vernissages du Vieux-Port à la Belle-de-Mai, de la Blancarde au Panier, de Bonneveine à l’Estaque, transformant le festival en expérience urbaine autant qu’artistique.

Ouverture le 13 avec un brunch (12 h) et une performance (13 h) autour de l’inauguration de l’exposition collective Percolation – Passer au travers de Gabriel Garçonnat, Aloïs Frost et Blanche Coquerel au QG du PAC, 20 rue Saint-Antoine au Panier, exposition sur les possibilités d’habiter un environnement contemporain abîmé.

S’ensuivra une série de vernissages dans toute la ville (Vidéochroniques, Zemma, Tchikebe, Dos Mares, Zoème, territoires Partagés, SOMA, Double V gallery, JAC40, Cité des arts de la rue, Pôle des arts visuels de L’Estaque…) et des portes ouvertes au Cirva, de 15 h à 18 h, avec Simon Dupety.

À noter : le 16 mai, le PAC, partenaire de la manifestation nationale Saison Méditerranée 2026, invite le public à découvrir les programmations art contemporain labellisés par la Saison, parmi lesquelles Kegham de Gaza : une archive inachevable au Centre Photographique Marseille, AFRICA / Voix publiques au Musée d’art contemporain [mac], Dormir comme le soleil au Centre de la Vieille Charité, Résistances & Désobéissances à La Citadelle de Marseille, Ses racines s’étendent jusqu’à 7 000 km à La Compagnie, Mémoire en transit au Château de Servières ou Déplacer le silence, 40 artistes et poète·sses de Gaza à Jeanne Barret [voir pages III à VII].

Une nuit à l’Opéra de Marseille

Le 21, l’Opéra de Marseille accueille une soirée exceptionnelle imaginée par le PAC et le festival PLATEAUX, porté par le collectif RIFT. La programmation fait dialoguer danse, poésie, musique expérimentale et vidéo, avec notamment une performance déambulatoire de Biro Soumare, une création chorégraphique réunissant les apprenti·e·s du Ballet national de Marseille avec Hugo Mir-Valette et Liam Warren, ainsi qu’une lecture poétique de Kmar Douagi. La soirée se poursuivra avec la performance électro-acoustique et lumineuse ZENITH 2000K de Thomas Laigle, un concert réunissant Céline Chiasera et Nosfera, puis un DJ set de Duality et Myria Idha. Deux projections vidéo, signées Nicolas Faubert et Stefan Kruse Jørgensen, accompagneront cette traversée nocturne.

Dans toute la Métropole

Le PAC invite aussi à se projeter provisoirement hors de l’ébullition printanière plastique marseillaise : le 17 mai, le circuit spécial Étang de Berre organisé en navette depuis le centre-ville marseillais (de 9h45 à 17h30, à réserver sur p-a-c.fr), enchainera le vernissage de l’exposition collective Mediterranea Mundi au Polaris à Istres avec celui de Récits des souterrains au Parc de la Poudrerie Royale à Miramas, puis la performance, au Centre d’arts Fernand Léger à Port-de-Bouc, de Vents guérisseurs de la plasticienne Chloé Despax et de la musicienne Isabelle Courroy, suivie d’une visite commentée de l’exposition 420 nanomètres d’Anne Goyer. Sur le même principe et tout aussi riches, une « tournée aixoise » aura lieu le 23 mai, et une autre en pays d’Aix le lendemain.

MARC VOIRY

Printemps de l’Art Contemporain

Du 13 au 24 mai

Divers lieux, Marseille, Aix-en-Provence, Martigues, Istres, Rognes, Châteauneuf-le-Rouge, Gardanne et l’Étang de Berre

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Mères méditerranées

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Nabeul Tunisie 2019 © Marion Poussier

Le 16 et 17 mai, pour l’ouverture de la Saison Méditerranée 2026, les témoignages de femmes prennent possession du fort Saint-Jean du Mucem. Au centre du nouveau spectacle de Mohamed El Khatib, « Mères méditerranées » : les histoires de femmes issues de diasporas marseillaises. Une référence à l’exposition Bonne mère, déjà visible au Mucem. Une multitude de récits et d’expériences singulières à travers lesquels l’auteur donne à voir la diversité des façons d’être mère. Des témoignages de deuils, de luttes mais aussi de moments de bonheur récoltés par Mohamed El Khatib. En donnant la parole aux premières concernées, l’auteur aspire à une retranscription honnête, loin des images fantasmées, dans une performance mêlant film, installation et chœur théâtralisé en plein air.

Pour annoncer le spectacle : cette photographie de Marion Poussier, prise en 2019 sur une plage de Nabeul en Tunisie. Une ville au nord du pays qui borde la mer Méditerranée. C’est justement cette mer qui est au cœur du projet de Mohamed El Khatib. “La mer comme horizon, danger ou souvenir”, peut-on ainsi lire sur la présentation officielle du spectacle. Une vision retranscrite grâce à 23 femmes issues des 23 pays du pourtour méditerranéen, qui prêtent corps et voix à ce spectacle.

La thématique n’est pas nouvelle pour l’auteur dont les précédentes pièces révélaient déjà un travail personnel autour de ses origines et de leur transmission. Les récits de ses parents venus du Maroc sont devenus une source d’inspiration pour l’artiste, qui travaille à valoriser cette facette de l’histoire.

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