jeudi 16 juillet 2026
No menu items!
Accueil Blog Page 51

Festival de Pâques : trois soirs d’exception

0
Mao Fujita au piano, Festival de Paques 2026 © Caroline Doutre

Fujita, virtuosité et humilité
Il entre sur scène comme s’il s’excusait d’être là. Et pourtant, Mao Fujita compte parmi les pianistes les plus incroyables de sa génération. Encore étudiant à l’Université de musique de Tokyo en 2017, le jeune japonais remportait le premier prix du prestigieux Concours international Clara Haskil, en Suisse. Depuis, les récompenses s’accumulent, les scènes les plus prestigieuses s’ouvrent à lui, sans que rien ne semble altérer cette désarmante modestie.

Pour ce récital, Fujita avait conçu un programme d’une belle cohérence : une traversée de 120 ans de musique germanique, des premiers élans du romantisme à ses ultimes embrasements. De la Sonate n° 1 de Beethoven (op. 2), austère et foudroyante, aux Douze Variations de Berg, jusqu’aux Variations sérieuses de Mendelssohn, en passant par une courte pièce de Wagner, le pianiste a déroulé son fil conducteur avec rigueur et expressivité. La seconde partie, dominée par la monumentale Sonate n° 1 de Brahms, fut un sommet. Fujita y a déployé une puissance maîtrisée, un sens du phrasé qui laissent sans voix. L’Isoldes Liebestod de Wagner-Liszt, en conclusion a achevé de subjuguer la salle. Et comme pour prolonger l’enchantement, un bis tout en douceur : la Mélodie n° 1 de Rachmaninov, jouée avec une tendresse infinie.

Chamayou, l’élégance incarnée
Liszt et Wagner – beau-père et gendre, liés par l’admiration mutuelle autant que par la famille – étaient également au programme de cette seconde soirée. L’orchestre Les Siècles, dirigé par Jakob Lehmann, a ouvert les festivités avec Wagner : le Prélude et la Mort d’Isolde de Tristan, puis les pages de Parsifal : Prélude, Musique de transformation et Enchantement du Vendredi Saint. Lehmann conduit avec énergie, efficacité et rigueur, parfois au détriment de la nuance. Mais l’immense machinerie de l’orchestre Les Siècles est une formation solide et l’ensemble fait son effet.

Puis Bertrand Chamayou a pris place au piano pour les deux concertos de Liszt. Sa marque : la légèreté, l’élégance, l’efficacité, trois qualités qui épousent à merveille l’esprit lisztien. Le Concerto n° 1 en mi bémol majeur est une œuvre de combat, théâtrale dans ses contrastes. Chamayou y a tenu le rôle du héros virtuose avec une aisance souveraine. Le Concerto n° 2 en la majeur, plus introspectif et moins connu, est d’une tout autre nature : moins une joute entre soliste et orchestre qu’une longue conversation à bâtons rompus. Liszt y distribue généreusement les thèmes aux différents pupitres, et le piano tantôt chante, tantôt accompagne, tantôt commente. Le dialogue entre Chamayou et Robin Michael, violoncelle solo de l’orchestre Les Siècles, en est l’expression la plus poignante, presque un lied sans paroles. Une réussite ovationnée.

Passionnante « Passion »
La Passion selon saint Jean de Bach peut intimider par la densité de ses récitatifs. Sous la direction de Camille Delaforge, avec l’ensemble Il Caravaggio et le chœur Accentus, elle s’est révélée une expérience musicale captivante. Composée peu après l’installation de Bach à Leipzig, la Passion selon saint Jean est d’une immense force dramatique. Encore faut-il des interprètes capables d’en restituer l’élan et la profondeur. C’est pleinement le cas ici. La cheffe Camille Delaforge impose d’emblée une direction à la fois énergique et nuancée, épousant le discours narratif avec intelligence et enthousiasme. L’Évangéliste, incarné par le ténor Cyrille Dubois, est tout simplement remarquable : il confère au texte une musicalité, une douceur et une clarté qui tiennent l’auditeur en haleine d’un bout à l’autre. Les autres solistes sont à l’avenant. Marie Lys (soprano) et Marie-Nicole Lemieux (contralto) apportent chacune une belle couleur vocale. Les barytons Guilhem Worms (Jésus) et Mathieu Gourlet (Pilate) complètent un plateau de haute tenue. Le chœur Accentus, celui de Laurence Equilbey, illumine le célébrissime chœur d’ouverture Herr unser Herrscher, véritable torrent sonore qui lance l’œuvre avec une puissance et une pulsation irrésistible, avant de conclure dans le recueillement apaisant de Ruht wohl. Bach dans toute sa splendeur.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les concerts se sont déroulés les 3, 5 et 7 avril au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

Retrouvez nos articles Musiques ici

Écouter avant d’écrire

0
Helena Janeczek © Yuma Martellanz

Zébuline. Vous collectez et écrivez des histoires vraies depuis plus de dix ans, notamment autour de la Méditerranée. En quoi un festival comme Effets Réels fait-il écho à votre démarche, et comment s’inscrit la veillée que vous proposez dans ce travail ?
François Beaune. Je passe beaucoup de temps à collecter des histoires, donc forcément, ça entre en résonance avec ce type de festival. La veillée, c’est quelque chose de très simple : on se retrouve, chacun vient avec une histoire, une anecdote marquante, et on la partage. Ce sont souvent des récits courts, avec un début et une fin – ce que Paul Auster appelait des histoires qui, paradoxalement, ressemblent plus à de la fiction que la vie elle-même. L’idée, c’est à la fois de les entendre, mais aussi de les mettre en commun, de constituer une sorte de mémoire collective. Et puis c’est un moment convivial : on mange, on boit, on s’écoute.

Le festival Effets Réels s’inscrit dans la Biennale d’Aix, met l’Italie à l’honneur. Quel regard portez-vous sur cette scène, et sur les formes de littérature du réel qui s’y développent aujourd’hui ?
Il existe en Italie une tradition assez forte d’écrivains qui sont aussi journalistes, et qui travaillent à partir du réel. Mais ce n’est pas propre à ce pays : on retrouve aussi ça aux États-Unis avec le New Journalism. En France, on a peut-être été un peu en retard, notamment à cause d’une tradition héritée du Nouveau Roman, où le style primait sur le sujet. Mais ces dernières années, il y a eu un rattrapage, avec des maisons d’édition qui ont remis en avant ces écritures – et nous restons un pays très riche en traductions. Aujourd’hui, les grandes œuvres de non-fiction circulent davantage et trouvent leur place.

Dans votre travail, l’écriture vient après l’écoute. Quel rôle donnez-vous aujourd’hui à la littérature de non-fiction ?
Pour moi, il y a d’abord un geste très simple : se mettre à l’écoute. Aller voir comment vivent les gens, ce qu’ils ont à raconter. Être écrivain, ce n’est pas seulement partir de soi, c’est aussi se mettre au service des histoires des autres. Ensuite vient la question de la forme : comment raconter ces récits pour qu’ils puissent toucher un public plus large ? Il y a quelque chose de profondément politique là-dedans. Ce qui me gêne parfois dans une certaine littérature de fiction, c’est qu’elle cherche à traiter des grandes thématiques comme le feraient les sciences humaines, au lieu de partir des individus eux-mêmes. Or la littérature fonctionne d’abord avec des personnages, des voix singulières. Ce qui m’intéresse, c’est d’aller chercher des gens qui racontent quelque chose qu’on n’a jamais entendu, et de voir comment transmettre cela. Nous vivons dans une époque traversée par des conflits, des tensions très fortes. Dans ce contexte, prendre le temps d’écouter devient presque un acte nécessaire. La littérature peut servir à ça : non pas simplifier, mais rendre sensible la complexité des existences, et peut-être permettre de mieux comprendre comment on vit ensemble.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Au programme
Le festival Effets Réels se tiendra à Marseille le 10 avril et à Aix-en-Provence les 11 et 12 avril. Il comptera parmi ses intervenant·e·s ATLAS, François Beaune, Anastasia Fomitchova, Mar García Puig, Helena Janeczek, Sergiy Kvit, Boris Le Roy, Francesca Melandri, Sara Menetti, Tetyana Ogarkova, Anna Pazos, Alessandro Perissinotto, María Sánchez, Constantin Sigov, Vanessa Springora, Sylvie Tanette, Filippo Tuena et Dominique Vittoz.

L’Œuvre invisible : Le cinéaste qui effaçait ses traces

0

Connaissez-vous Alexandre Trannoy ? Sans doute pas. Comme la plupart des gens. Même cinéphiles. Il a pourtant travaillé avec Jean-Claude Carrière, Claude Lelouch, Michel Boujut, Edouard Baer, Jacques Perrin, Lino Ventura, Anouk Aimée.

Réaliser un film sur un cinéaste inconnu qui n’a jamais terminé un seul film, n’a laissé derrière lui aucune bobine, aucune trace à la Cinémathèque française. Reconstituer son itinéraire à partir de rares photos, de quelques croquis de story board, de bribes d’articles sur des journaux d’époque, d’un vieux ticket de ciné, de témoignages. Collecter les anecdotes et se perdre en conjectures, c’est le projet assez fou, voire casse gueule, entrepris par Avril Tembouret et Vladimir Rodionov, après une promesse faite à Jean Rochefort, ami de jeunesse d’Alexandre. Jean Rochefort leur avait parlé du « personnage ». Car Trannoy d’emblée est un personnage. La personne qu’il fut, est mystère et fiction. On ne peut l’appréhender que par l’imagination et l’empathie.

Génie ou imposteur ? Artiste maudit poursuivi par une malchance absolue ou mystificateur autodestructeur. Idéaliste ou malade mental ? Don Quichotte flamboyant ou cinéaste raté ? Le sujet se dérobe sans cesse, irréductible.

Les réalisateurs enquêtent : petites réussites, échecs souvent de leurs patientes investigations. Indice après indice, ils arrachent à l’oubli des fragments de vie. Ceux qui ont croisé Trannoy racontent… encore sous le charme, perplexes, ou furieux à l’instar de Robert Ackerman qui des années après, ne lui pardonne pas d’avoir brûlé tous les rushes du film qu’il produisait.

On va de la Croisette à Sunset Boulevard, de Paris au Salvador. Les films ne sont que des listes de titres. Le premier L’homme de l’aube flambe dans le brasier d’une voiture accidentée avant sa projection au festival de Cannes 1954. Il sabote The Last Point, un projet à Hollywood avec son idole de toujours Marlène Dietrich. Le Marin de Gilbraltar s’arrête après quelques jours de tournage. On le retrouve à Cinecittà cabriolant derrière Giuletta Masina. Il y aurait volé des bouts de pellicules vierges sur les bobines de La Strada ! Jusqu’à la fin de son parcours où il s’identifiera à Stanley Kubrick pour tourner un Napoléon à Fontainebleau, tout, dans sa vie, est inouï ! Inouïe aussi, alors que sa réputation de ne jamais finir un film est déjà établie, sa force de conviction pour embarquer dans ses rêves, producteurs et acteurs de renom.

Trop fou pour être vrai ?

On se prend à douter de ce qui est raconté là : n’est-ce pas une fiction déguisée en documentaire ? Et les syndromes d’imposture et d’inabouti vont-il rejoindre le film de Tembouret et Rodionov ? Leurs propres financeurs s’inquiètent. Mais Rochefort insiste. Et qui peut résister à Rochefort ? A côté d’une narration menée en off par Avril Tembouret, la voix chaude du grand comédien est au cœur de cette recherche. Pour Jean Rochefort, mort avant la fin du tournage, le film restera aussi inachevé que ceux de Trannoy.

L’œuvre invisible est un bonheur. Ce n’est pas seulement le portrait d’un cinéaste qui vivait dans des films qui n’existaient pas, mais aussi l’hommage à un cinéma disparu, une ode à l’amitié et à la force de la passion. Que reste-t-il d’un désir qui ne s’est pas concrétisé en œuvre ? Pour être invisible, l’œuvre n’a-t-elle pas existé ? Quelle folie ! commente Rochefort en évoquant les extravagances d’Alexandre, avec un mélange d’affection, de regret, de nostalgie, d’admiration. Alexandre Trannoy réussira sa mort présumée, disparaissant en 1980, dans un vol de reconnaissance au-dessus Pacifique, sans laisser de traces.

ELISE PADOVANI
L’œuvre invisible de Avril Tembouret et Vladimir Rodionov

En salle le 8 avril

Romería, le pélerinage à Vigo

0

Après Été 93 en 2017, qui mettait en scène une fillette dont les parents mouraient du Sida et quittait Barcelone pour vivre chez son oncle, tante et cousine, dans la campagne catalane. Puis Nos Soleils, Ours d’or berlinois en 2022, qui chroniquait les difficultés d’une famille paysanne à Alcarràs, Carla Simón clôt sa trilogie autobiographique avec Romería où la protagoniste revient en Galice dont son père est originaire.

Marina (Llúcia Garcia) a 18 ans.  Elle a été adoptée très jeune et vit à Barcelone. A l’occasion d’une démarche administrative pour obtenir une bourse et intégrer une faculté de cinéma, elle s’aperçoit que son père biologique ne l’a pas reconnue. Elle doit alors reprendre contact avec ses grands parents pour qu’ils authentifient devant notaire cette filiation.

Marina entreprend le voyage vers Vigo, pour obtenir cette légalisation, mais surtout, guidée par le journal intime de sa mère écrit en 1983, pour reconstituer l’histoire d’amour de ses parents et comprendre pourquoi, alors qu’il est mort bien après sa naissance, son père n’est jamais venu la voir.

Elle rencontre ses oncles, tantes, cousins. Se confronte aux récits contradictoires de chacun sur ce père inconnu. Bute sur les non-dits, la rigidité du grand père, ancien directeur d’un Chantier naval, patriarche tout puissant et sur le déni de sa femme paralysée par les préjugés.

A l’écran, s’égrène le calendrier de ce séjour, ponctué par les grandes questions que se pose Marina : cinq jours de l’été 2004 pour les résoudre.

Les images instables tournées en DV par Marina rencontrent celles plus léchées de la réalisatrice. Scènes familiales où elle excelle à isoler la jeune fille et à se glisser dans son regard. Scènes presque documentaires de fêtes votives dans cet été galicien. Scènes fantasmées, épurées dans une lumière domptée par la chef op Hélène Louvart quand le film bascule et que la narration se fait presqu’exclusivement du point de vue de la mère. Les années 80, s’immiscent alors dans le présent. La soif de liberté post franquiste. La drogue, le sexe puis le séisme du sida. L’époque de Marina et celle de sa mère se font écho dans les mêmes paysages. Le duo qu’elle forme avec son cousin se superpose au couple de ses parents.

La mer elle est agitée ou calme mais ça reste la mer

Cette phrase tirée du carnet maternel qu’en voix off Marina lit ou se remémore, introduit et conclut le film. L’élément marin, est omniprésent dans Romería.

Dans le prénom de l’héroïne, dans sa double ascendance : océan Atlantique par le père, mer Méditerranée par la mère. Dans le décor : port, barque, bateau, crique.

La mer, lieu des jeux joyeux entre cousins, paradis originel. La mer, riche de symboles : mer-mère, surface miroitante et profondeur secrète, baptême et renaissance. La mer où les dauphins des dernières images semblent comme leurs ancêtres mythiques reconduire l’âme des morts vers l’au-delà.

Oui, le bleu infini est paysage et élément constitutif du film de Carla Simon. Le pèlerinage ( sens du mot espagnol « Romeria »)  est aussi une navigation avec, comme amer, l’immeuble où les parents de l’héroïne ont habité et de la terrasse duquel ils voyaient l’horizon et les îles Cies. Il faudra à Marina se repérer dans l’espace – faire au sens propre des « repérages » comme la cinéaste qu’elle est en train de devenir. Se repérer encore dans le temps, faire coïncider les dates, se glisser dans le regard des défunts ou, vêtue d’une robe rouge taillée dans un vêtement paternel, se glisser dans le corps de sa mère à laquelle, on le lui répète, elle ressemble tant !

Le film construit autour d’une douleur, consacre la naissance solaire de Marina en cinéaste débutante et témoigne de la subtilité de Carla Simón en cinéaste confirmée.

ELISE PADOVANI

Romería, de Carla Simón

en salle le 8 avril

Ad Vitam

[MUSIC & CINEMA] Babystar

0

Luca (Maja Bons), Pourrait être une adolescente comme les autres. Mais elle a 4, 3 millions de followers. Fille unique, elle vit dans une luxueuse maison, acquise grâce au travail acharné de ses parents… influenceurs ! C’est en partie grâce à elle qu’ils sont devenus riches : depuis sa naissance, tout est mis en scène et filmé, même les moments les plus intimes. On commente, on conseille, on recommande ce qu’il faut acheter, consommer, pratiquer pour ressembler à cette « babystar », pour réussir comme cette famille « idéale » . En permanence on prépare le prochain podcast. « Mes parents sont les plus importants pour moi, »  précise Luca…Tout brille, tout scintille. La lumière expose les visages, les corps, les couvrant d’un vernis qui commence à se craqueler le jour où sa mère (Bea Brocks) et son père (Liliom Lewald) tout excités, lui annoncent qu’ils envisagent d’avoir un deuxième enfant. Elle ne sera plus unique !  Très dure sera la chute ! Luca commence à réaliser qu’elle a été utilisée, depuis sa naissance, comme un « instrument », une machine à faire de l’argent.  Une séquence au bord de la piscine, terrible. Luca  feint de se noyer et les parents, nonchalamment allongés sur leur transat, discutant du futur podcast, ne réagissent pas. Il faudra que Luca jette à l’eau un livre de son père pour qu’il plonge et le récupère ! .Lorsque ses parents créent un modèle d’IA à son image, elle prend conscience, à la manière du Truman Show, à quel point elle est surveillée. Quand sa mère est enceinte, une fille, Luca réalise que sa sœur sera elle aussi exposée, utilisée, une machine à rêves pour les autre, une machine à fric pour ses parents. Rien ne sera plus pareil !

Vous l’aurez compris le premier long métrage de Joscha Bongard, Babystar, n’est pas un film confortable malgré ces images, lisses et brillantes. Sous ses couleurs séduisantes, ses cadres soignés, son éclat presque pop, le film met en scène quelque chose de très trouble : la fabrication des êtres par le regard des autres. Le directeur de la photographie,, Jakob Sinsel avec qui .le réalisateur avait déjà travaillé pour son documentaire Pornfluencer .et ses courts métrages,  a su par ses choix, dont le fish-eye traduire le malaise qui s’installe. Le compositeur Jonas Vogler a opté pour la voix humaine comme élément central de la bande son. Choix particulièrement intéressant ! Tout au long du film Luca cherche sa propre voix et la musique l’accompagne dans cette quête douloureuse.

La violence n’est pas toujours brutale. Elle peut être pastel, glamour, photogénique. Elle peut sourire à la caméra.et c’est ce paradoxe qui fait qu’on sort Babystar  avec un sentiment de malaise même si on est conscient du danger des réseaux sociaux  « Les réseaux sociaux sont le reflet de notre système capitaliste, et il faut qu’on en parle (…) Je pense que ce film s’adresse à tout le monde et qu’il est peut-être même plus intéressant pour des personnes qui ne sont pas beaucoup en ligne ou qui s’intéressent aux réseaux sociaux sans y être vraiment présentes. »précise Joscha Bongard qui espère ainsi alerter sur l’usage excessif des téléphones et des plateformes.  » Espérons –le !

Annie Gava

[MUSIC & CINEMA] Don’t let the sun

0
Dont-Let-the-Sun_Copyright-Lomotion.

Un lever de soleil. Il est 18h 55 et la température est de 49 degrés. Une ville se couche. Rues désertes, dans une lumière blanche. Une voix appelle la population à rester enfermée dès que le soleil se lève. Don’t let the sun…C’est ainsi que commence le premier film de fiction de Jacqueline Zünd, sélectionnée à Locarno en section Cinéastes du présent. Un film qui nous donne à voir un monde menacé par un désastre écologique imminent,  un désastre qui est peut être déjà arrivé. La chaleur a déplacé les rythmes, transformé les villes, réduit les gestes à leur stricte nécessité. On vit la nuit, on attend, on s’économise et dans les appartements, l’air semble manquer. La catastrophe n’est pas seulement météorologique ; elle est relationnelle. À mesure que la température monte, quelque chose se retire des rapports humains. Cleo (Agnese Claisse) qui vit seule avec sa fille, Nika (Maria Pia Pepe), 9 ans, s’adresse à une agence de location de personnes pour jouer le rôle de gens absents, combler une solitude. C’est Jonah (excellent Levan Gelbakhiani) qui lui est proposé pour servir de père à Nika. Les premières rencontres ne se passent pas très bien malgré les efforts de Jonah ; il lui achète un skate, l’emmène à la fête foraine, au musée des animaux à présent disparus… « Je n’ai pas besoin d’un père ! » répète Nika. C’est dans un labyrinthe des glaces que la glace va se briser entre eux…et donner un peu d’espoir.

Peu de dialogues dans ce film où le silence est un outil narratif essentiel .La musique du compositeur Marcel Vaid  accentue la chaleur qui pèse sur la ville blanche, sur les rues vides dont le  directeur de la photo Nikolai von Graevenitz a réussi à faire ressentir la poussière et le poids  accablant. Mention spéciale pour le choix des décors, en particulier pour l’immeuble et la cage d’escalier, superbes, d’un architecte milanais. Les plans récurrents de la ville vue de haut, des séances d’entrainement d’un sport de combat où les corps se rapprochent puis se repoussent, très symboliques, les appels journaliers à se confiner dés le lever du soleil,  enferment le spectateur dans ce monde dystopique : quand tout devient invivable, ce n’est pas seulement la lumière qui manque, c’est la possibilité de se tenir encore les uns auprès des autres.

Un film très maitrisé qui préfère l’atmosphère au récit, la sensation au discours mais qui peut refroidir certains…. malgré la chaleur

Annie Gava

Quelles valeurs actuelles ? 

0

La Une du journal d’extrême droite a inondé les réseaux de presse, soutenue par la filière de diffusion dominée par les Relay aux mains de Bolloré. Cette Une propose aux acheteurs, mais impose aux regards de tous·tes, une contre-vérité historique, raciste, qui ne devrait pas avoir place dans l’espace public. 

Ce colonialisme décomplexé nie une Histoire documentée, commençant par une conquête meurtrière, suivie d’une occupation violente, de tortures établies, de répression sanglante des immigrés en France et d’une guerre de libération meurtrière qui a tué 250 000 Algériens et en a déplacés 2 millions.

Cette Une raciste est passée inaperçue parce qu’elle coïncidait avec l’attaque tout aussi raciste et abjecte dont le nouveau maire dionysien a été victime. Mais la presse ne peut pas, à ce point, dire n’importe quoi.

Contrairement à l’attaque grossière mais massive de Bally Bagayoko par des médias audiovisuels qui s’emballent et peuvent être aisément contredits, la Une de Valeurs Actuelles est construite, sinon subtile. 

Procédés illittéraires

En haut à gauche, la caution intellectuelle, Boualem Sansal. Il est interviewé longuement (8 pages) avec Suzy Simon-Nicaise, responsable du Cercle Algérianiste, nostalgique de l’Algérie Française, défendant Bugeaud dans ses publications et dénonçant le « terrorisme et le séparatisme » des Algériens en France. 

Dans les titres, un euphémisme caractérisé : les 132 ans de colonisation deviennent 132 ans de « présence française ». Et de belles ellipses : « santé, éducation, agriculture, énergie » ne mentionnent ni les essais nucléaires, ni la sous citoyenneté musulmane, ni l’exploitation extractive, ni pillage culturel, ni l’enrôlement forcé comme chair à canon des guerres françaises.

Moins subtil, l’énoncé contrefacteur. De nombreux détails de la photo montrent qu’elle a été générée par une IA : les visages des deux hommes sont identiques, il manque une demie-bouche à la femme en mini-jupe qui a une palme en guise de main gauche, les voitures semblent de papier froissé… Le temps béni des colonies doit décidément inventer des images !

Instances de dérégulation

Que fait l’Arcom ? Rien. L’Autorité est chargée par le Conseil d’Etat de réguler la communication audiovisuelle et numérique, mais le déferlement de négrophobie à l’encontre de l’édile de la « ville des rois morts et des peuples vivants » ne la choque pas. Elle ne défend même plus le principe, gravé pourtant dans la loi française, du pluralisme audiovisuel 1

Quant au pluralisme de la presse, il garantit au citoyen un accès égal à une pluralité d’opinion. La domination en nombre d’exemplaires et de titres des journaux d’extrême droite dans les réseaux de distribution d’extrême droite est contraire aux conclusions du Conseil d’État et de l’UE. Sans parler, évidemment, de l’incitation à la haine raciale qui est un crime, et de l’affirmation de fake news. 

Prétendre que la colonisation française a construit l’Algérie est un mensonge. Quelle instance pour réagir ? 

AGNÈS FRESCHEL

 1. « Il découle des stipulations de […] la Convention européenne […] une obligation de mettre en place […] un cadre juridique et administratif propre à garantir le pluralisme des médias, qui doit s’entendre tant du pluralisme externe entre les différents médias d’information que du pluralisme interne qui vise […] à assurer une expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion, l’accès du public devant ainsi être garanti à des informations impartiales et exactes et à une pluralité d’opinions et de commentaires. » (Décision n° 463162 du Conseil d’État du 13 février 2024)


Retrouvez nos articles Société ici

Léviathan

0
Léviathan © Simon Gosselin

Qui punit-on et pourquoi ? D’où vient la logique de la punition ? Pourquoi le système judiciaire peine-t-il à produire un véritable sentiment de justice chez la plupart des citoyens ? Dernière création de Lorraine de Sagazan, dont le titre fait référence à la fois au monstre biblique qui impose la soumission par la peur, et à la métaphore du pouvoir étatique chez le philosophe Thomas Hobbes, Léviathan est un spectacle qui interroge, en brouillant les frontières entre fiction et documentaire, les fondements de l’autorité et du contrat social, la justice punitive et l’institution judiciaire. Autour de situations de comparution immédiate documentées, mêlant théâtre et témoignages, Lorraine de Sagazan prolonge les interrogations : qui est le monstre ?

M.V.

2 avril

Les Salins, Scène nationale de Martigues

Retrouvez nos articles Scènes ici

Thérèse et Isabelle

0
Thérèse et Isabelle © Marie Gioanni

Un spectacle de la compagnie Les Louves à minuit, à partir du texte Thérèse et Isabelle de la romancière Violette Leduc, longtemps censuré (rédigé entre 1948 et 1951, paru sous forme censurée en 1966, puis en version intégrale en 2000, bien après la mort de son autrice). Elle y évoque une relation amoureuse entre deux jeunes femmes, découvrant l’amour et le plaisir charnel dans le pensionnat d’un collège du Nord de la France. La metteuse en scène Marie Fortuit en propose une adaptation qui met en lumière la dimension intime et subversive de l’œuvre, qui décrit, au sein de paysages scéniques et sonores, la naissance du désir mais aussi la honte de la classe sociale, portée par le jeu de trois interprètes et la musicalité de la langue.

M.V.

3 avril

Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Retrouvez nos articles Scènes ici

Punk.e.s

0
Punk.e.s © Arnaud Dufau

Rachel Arditi et Justine Heynemann sont deux artistes qui explorent les figures féminines et les récits d’émancipation, tout autant que la mémoire des contre-cultures et leur résonance contemporaine. Comme son nom l’indique, Punk.e.s s’intéresse à l’histoire et à l’héritage du mouvement punk, envisagé comme un espace de contestation et d’affirmation identitaire. À partir de témoignages et de matériaux documentaires, entre jeu, narration et adresse directe au public, le spectacle met en lumière des trajectoires de femmes ayant trouvé dans le punk un lieu d’expression et de liberté.

M.V.

3 avril

Châteauvallon
Scène nationale d’Ollioules

Retrouvez nos articles Scènes ici