samedi 7 février 2026
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Le bal imaginaire

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Plus question d’être assis et silencieux au théâtre : La Criée ouvre grand ses portes à la troupe de L’Agence de Voyages Imaginaires pour une soirée dansante, gratuite et conviviale, baptisée Le Bal imaginaire. Dès 19h30, un grand drapeau blanc flottant sur le parvis du théâtre, appelant à la paix, à l’élan collectif et à la liberté, et dans le hall, un accueil musical avec les musicien·nes qui s’accordent, et se déploient.

Puis sur scène, ou plutôt au milieu de la salle, chacun·e devient danseur·se, qu’il s’agisse de valse, farandole, rock’n’roll, coller-serrer ou solo libéré. Clarinette basse, saxophone, accordéon, guitare, percussions, piano pour un répertoire mêlant chansons familières et envolées musicales, swing, musette, rumba et rock léger.

M.V.

8 novembre


La Criée, Centre dramatique national de Marseille

Leyla McCalla

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Leyla McCalla © Chris Scheurich

Multi-instrumeniste, Leyla McCalla joue à la fois du violoncelle, du banjo ténor et de la guitare en plus de chanter. Née à New York, issue d’une famille d’activistes haïtiens, sa musique puise dans le passé et le présent. Son dernier album, Sun Without the Heat, passe par diverses formes de musique afro-diasporique, le tropicalisme brésilien ainsi que le folk et le blues américains. Breaking the Thermometer (2022) avait été désigné comme l’un des meilleurs albums de l’année par Variety et NPR Music. Cette même année, elle était lauréate du People’s Choice Award par Folk Alliance International, un prix décerné aux artistes engagés dans leurs créations pour le changement social.

L.S.
5 novembre
Makeda, Marseille

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Les Quarts d’heure de la création

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« Les Quarts d’heure de la création » est une soirée en forme de carte blanche accordée par le Théâtre des Calanques à cinq compagnies qu’il soutient, invitées à répondre à une règle du jeu simple et difficile à la fois : faire une proposition de 15 minutes articulée autour d’une même question : « Et s’il fallait tout recommencer ? ».

Une invitation à explorer toutes sortes de renouvellements, qu’ils soient personnels, collectifs, sociaux, poétiques, et un format qui cherche l’urgence de l’idée, la pureté du geste, la fulgurance émotionnelle, invitant le public à passer d’un univers à l’autre avec curiosité et ouverture.

Les cinq compagnies qui répondront au défi ce 8 novembre : la compagnie Populo avec Ad vitam # 1, qui raconte l’incapacité de deux êtres à pouvoir communiquer. Le Groupe 444 avec Être ici, et si, exploration « d’un moment fragile quand les corps, les voix et les mémoires vacillent ». La Criatura avec J’ai dit oui, qui donnera à entendre les éléments d’une fiction qui se retourne vers celle qui l’a produite. L’Envers du Décor avec Les premiers cailloux serrés dans ma main, une proposition poétique et musicale autour d’un texte à paraître d’Eugène Durif. Et Anima Motrix, avec La Grande Zapythie, autour d’un numéro de mentalisme.

M.V.

8 novembre
Théâtre des Calanques, Marseille

Sidiaz

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Sidiaz © Gab De la Vega

Le groupe Sidiaz est né en 2021 sous le souffle de son auteur-interprète Salaheddine Zaïdi, également guitariste et chanteur. Il crée un répertoire de chansons originales qui mêle ses influences sahraouies et sahéliennes au rock psychédélique et au blues. En 2023, il est rejoint par Lucas Zemmour à la basse et Charly Guerin à la batterie – ensemble le trio tisse une musique mystique aux rythmes transes, aux lignes groovies de basse et tintée d’ornementations à la guitare électrique. En 2024, ils sortent leur premier EP, Trig, avec Boucan Record. Le concert se joue à la Cité de la musique et l’artiste revient en 2026 pour une année de résidence dans le cadre du Pôle des Musiques du Monde.

L.S.
7 novembre
Cité de la musique, Marseille

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« Montrer la beauté du monde ! »

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France-une-histoire-damour-C-Destiny-films

On connait tous Yann- Arthus-Bertrand, photographe et cinéaste dont on a pu apprécier les vues du ciel, et les documentaires engagés autour de l’écologie. Dans son nouveau film, France, une histoire d’amour, il ne filme pas de haut, mais tout près des gens, en France : des hommes, des femmes qui s’engagent et agissent. Avec son ami et fidèle collaborateur, Mickael Pitiot (Planète océan, Terra, L’Algérie vie du ciel), il parcourt le pays à la rencontre de ceux qui ont donné du sens à leur vie : « ‘J’ai passé ma vie à photographier la beauté du monde. Je voulais montrer une France positive, une France heureuse. »

On va croiser, rencontrer beaucoup de gens, très divers, dans ce road- movie de presque deux heures, qui vont parler de ce qu’ils font, de ce qu’il pensent, des anonymes  mais aussi des personnes  plus connues  comme Cédric Herrou, paysan militant pour le principe de fraternité, André Pochon, un des premiers à s’être battu pour une agriculture raisonnée et durable, ou encore Daniel et Denise Vuillon, créateurs des AMAP de France. D’autres qu’on ne connait pas œuvrent, dans leur région, dans leur quartier, à une vie plus libre, plus digne, prenant en compte les souffrances des autres et les aidant à s’en sortir. Ceux qui accueillent des migrants, ceux qui luttent contre l’injustice sociale et la discrimination dans les cités comme l’association « Méditation nomade », ceux qui ont fondé, après une lutte sociale contre Casino, dans les quartiers Nord de Marseille, l’Après M, lieu de partage et de solidarité.  On croise à Paris, un chauffeur de la société Phenix  fournissant  l’aide alimentaire aux associations, qui la distribuent aux plus démunis ; en Bretagne le maire de Langouet qui a lutté jusqu’au bout contre les pesticides.

 La France des campagnes n’est pas oubliée. On assiste à une réunion de paysans qui parlent de leur passage au bio et de leurs difficultés ; on est ému devant cet agriculteur que sa femme a quitté, qui aime ses vaches au point qu’il a du mal à s’en séparer ; la plus vieille a 16 ans ! On regrette que cette jeune femme qui a essayé par son abattoir mobile de promouvoir un abattage digne, ait dû déposer son bilan. On partage le rêve de ceux qui tentent l’expérience d’un habitat léger et de la vie collective dans l’association Hameaux légers. Et on se (re)posera la question de la présence des loups en écoutant ceux qui  ont créé une réserve de vie sauvage et se réjouissent d’y voir deux loups, et des bergers qui ont perdu un grand nombre de brebis. La séquence avec ces bergers des Alpes maritimes est des plus animée !

 « J’ai voulu aussi aller à la rencontre de Yann, ce Français un peu particulier,  de montrer sa manière de travailler » précise Mickael Pitiot. On voit Yann- Arthus-Bertrand photographier, aborder les gens, se « disputer » avec son ingénieur du son qu’il trouve trop exigeant, commenter ce qu’il découvre, serrer dans ses bras hommes et femmes qui l’ont ému, ravi, émerveillé…Ceux qui aiment cet homme passionné, humaniste et engagé, apprécieront ces choix de mise en scène. D’autres trouveront peut –être le personnage trop  présent, posant, sourire aux lèvres, regards caméra et ne prendront pas la route…

Annie Gava

France, une histoire d’amour sort en salles le 5 novembre

L’Inconnu de la Grande Arche

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Stéphane Demoustier adapte ici un roman de Laurence Cossé et reprend son titre digne d’un polar. Assumant de mêler la fiction aux faits historiques.

1983 : François Mitterrand, dans le cadre de ses Grands Travaux, lance un concours international pour construire un édifice emblématique prolongeant l’axe parisien historique du Louvre à l’Arc de triomphe. A l’étonnement général, c’est le projet d’un certain Otto von Spreckelsen (interprété par Claes Bang), un architecte danois totalement inconnu, qui est retenu. Un cube évidé, respectant la perspective, célébrant symboliquement une ouverture à la spiritualité.

Le film s’ouvre sur une scène de quasi-comédie : le réalisateur met en scène dans les bureaux de l’Élysée où le Président (Michel Fau) trône, entouré de déférents courtisans, l’incrédulité de tous, puis la fébrilité des conseillers pour essayer de contacter ce lauréat inattendu qui n’a pas de téléphone et dont l’Ambassade danoise n’a jamais entendu parler. Jean-Louis Subilon, (Xavier Dolan) un haut fonctionnaire français, doit partir au Danemark.  Il retrouve Otto se baignant près de sa barque, avec sa femme Liv (Sidse Babett Knudsen). D’emblée, l’opposition entre un espace de liberté ouvert et celui des lieux resserrés du pouvoir est suggérée.

Otto enseigne dans une école d’architecture. A plus de 50 ans, il n’a jamais bâti que sa propre maison et quatre églises dans son pays. Le projet parisien est colossal. C’est celui d’une vie.

Très vite, l’architecte danois se heurte à des obstacles. D’abord, un délai très court imposé par l’Élysée qui appuie sa communication politique sur ces grands travaux : le Cube devra être livré pour la commémoration du bicentenaire de la Révolution française. Ensuite, des règlements administratifs, des contraintes budgétaires. Enfin, un certain état d’esprit français frileux -un peu moqué ici : un « c’est impossible » lui étant opposé chaque fois qu’il exige quelque chose.

Le Gestionnaire, le Pragmatique et l’Idéaliste

Otto doit se faire épauler par Paul Andreu (Swann Arlaud). Ce grand architecte expérimenté, concepteur entre autres, de l’aéroport de Roissy, accepte, au nom du projet qu’il admire, le rôle d’architecte d’exécution. Intelligent, efficace, rationnel, diplomate et patient, il a la mission difficile – sans doute impossible, de transformer le rêve d’un autre en réalité. Il affronte la colère d’Otto qui le soupçonne de vouloir le déposséder de son « Cube » et de dénaturer sa vision. Le film avance comme le chantier au fil des rapports conflictuels entre le technocrate Jean -Louis Subilon comptable des dépenses, Paul Andreu, en équilibriste, coordonnateur des équipes et Otto Spreckelsen qui n’accepte aucun compromis. Le Gestionnaire, le Pragmatique et l’Idéaliste désirant chacun à sa façon, la finalisation de l’Edifice.

On s’amuse à voir un François Mitterrand se donnant le rôle d’un Laurent de Médicis et tenant dans ses mains un morceau du marbre de Carrare qui devait initialement recouvrir l’Arche.

Ce projet qui donnait sens à la vie d’Otto von Spreckelsen va le miner, déstabiliser son couple et sa santé mentale. La défaite de Mitterrand aux législatives bouleverse la donne. Otto abandonne le chantier avant la fin et meurt avant l’achèvement de son Cube renommé Arche par Andreu. Son nom sera oublié du public. La boucle étant bouclée, le film reviendra sur le même mode de comédie, au Danemark où Andreu et Subilon chercheront en vain la tombe de l’architecte inconnu sous une pluie battante.

Du Rebelle de King Vidor au Ventre de l’Architecte de Peter Greenaway, ça ne se passe jamais très bien pour les architectes de cinéma.  L’Inconnu de la grande Arche est bien sûr un film sur l’Architecture, et sur les architectes, mais pas que… Comme dans les deux œuvres précitées, c’est la réflexion sur les rapports entre architecture et pouvoir, architecture et maîtrise d’ouvrage qui importe, l’éternel conflit entre utopie et réalité.

ELISE PADOVANI

L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier

Sélection Un Certain Regard, Cannes 2025

Sortie : 5 novembre

Africapt, au rythme de l’Afrique

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WA-KUNDA_Mutiganda_

Au  Cinéma Le César ainsi que dans quelques villages du Pays d’ Apt, on pourra découvrir  une quinzaine de longs métrages dont 4 avant –premières et 8 inédits, 8 courts métrages,  fictions et documentaires. Des cinéastes nés pour la plupart dans les années 80 et 90 dont plusieurs  seront présents après les projections pour parler de leur travail. Un échange qui pourra se poursuivre les lendemains à partir de 10h à la Micro-Folie, animé par Tahar Chikhaoui.. Ces traditionnelles Rencontres du Matin sont l’occasion d’approfondir l’analyse des films vus la veille, d’évoquer d’autres productions de la filmographie des cinéastes et les ressorts de leur création .Et une table ronde « Les pères fondateurs, quel héritage ? » aura lieu le samedi 8 nov à 15h30 à la Micro folie, animée par Olivier Barlet.

Présents par leurs films

Maxime Jean-Baptiste qui appartient à la diaspora guyanaise tisse à partir d’un fait divers  un récit de deuil, d’apprentissage et de transmission culturelle dans Koute Vwa Akinola Davies Jr suit une réunion de famille lors des élections nigérianes de 1993 dans My Father’s ShadowDenise Fernandes, née à Lisbonne de parents cap-verdien propose dans Hanami une  réflexion sur la condition de l’être capverdien, tiraillé entre les douleurs de l’exil et l’isolement insulaire. Ousmane William Mbaye dans Ndar, Saga Waalo, nom originel de Saint-Louis, qui fut le port de la pénétration coloniale en Afrique, se demande  comment on peut penser l’histoire autrement. Raoul Peck dans Haiti  2+2=5 plonge dans les derniers mois de la vie d’Orwell et dans son œuvre visionnaire, 1984. Abdenour Zahzah dans Frantz Fanon met en lumière la genèse de l’engagement anticolonial de l’auteur de Peaux noires, masques blancs.  Quant à Denis Kouyaté, dans Katanga, la danse des scorpions (Etalon d’or de Yennenga au Fespaco 2025), il transpose dans un contexte africain, Macbeth de Shakespeare.

Ils seront là

Intagrist El Ansari propose une quête personnelle, une transmission générationnelle dans Ressacs, une histoire touarègue. Le Tunisien Ridha Tlili évoque  La Couleur du phosphate, cause et résultat, vie et mort. Tahar Kessi, dans Amsevrid, « celui qui chemine », nous entraîne au cœur de l’Algérie en suivant trois personnages à différentes époques. Ce sont trois femmes que suit la Tunisienne Erige Sehiri dans Promis le ciel et son compatriote, Ala Eddine Slim présente son dernier film, Agora, entre  thriller et fable : dans une ville isolée, les disparus reviennent. L’Egyptien Mohamed Rashad  dans The Settlement, inspiré d’événements réels, s’attache à la quête de deux frères se demandant si la mort de leur père au travail était vraiment accidentelle. Le Rwandais, Mutiganda wa Nkunda présentera Phiona, la fille de Madrid : Phiona remet en cause les valeurs d’une société qui rejette l’une des siennes, et, plus important que tout, ses futures mères.  Quant à Namir Abdel Messeeh, il parlera de  La vie après Siham , 3ème volet de sa trilogie familiale

Africapt ce sont aussi un Jury de jeunes, un marathon vidéo, une exposition à la Maison Suet.

6 jours au rythme de l’Afrique de 10h à plus de 23h !

ANNIE GAVA

https://www.africapt-festival.fr

Opéra d’Avignon : Triomphe de la nuit 

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Glass Marcano © Orchestre national Avignon Provence

Le public applaudit longuement, très longuement à la magnifique Nuit Transfigurée qui conclut le concert. Si le jeune Schoenberg, au crépuscule du XIXe siècle (1899) n’y est pas encore l’inventeur du dodécaphonisme, son expressionnisme fait apparaître des couleurs subtiles, matérielles, la nuit qui tombe comme les notes descendent, les voix des amoureux qui murmurent dans la fraîcheur sombre, la vie nouvelle qui s’annonce, l’enfant, comme une promesse d’avenir. Déchirante, La Nuit transfigurée s’est affranchie des effets d’orchestre pour ne retenir qu’un petit ensemble de cordes dont le romantisme ne peut être qu’intime, fondé sur le rapport entre les notes. 

Du souffle et des vagues 

Juste avant cela, la création mondiale de Fabien Cali, compositeur en résidence à l’Orchestre national Avignon Provence, explore un autre versant de la nuit amoureuse. Celui, solitaire, d’un homme privé de celle qui l’aime. Si Stéphane Guillon, récitant, introduit la pièce avec facétie, Le Monde est vide sans toi est profondément triste, un de ces joyaux noirs qui brille pourtant calmement. L’orchestre, au complet, s’y révèle précis et expressif, dirigé de main de maîtresse par Glass Marcano qui n’oublie aucun départ et fait vibrer les sentiments sonores. À la voix parlée, plaintive, de l’homme, répond le chant mélancolique et pur de la soprano Camille Schnor, avant que les cuivres, les bois, les percussions quittent physiquement l’orchestre dans  une désertion progressive qui laisse en place seulement les cordes nécessaires à La Nuit transfigurée. 

Car Le Monde est vide sans toi est écrit précisément comme une transition musicale et nocturne entre Wagner et Schoenberg. L’orchestre national d’Avignon, composé d’à peine 35 musiciens, sait se faire magnifiquement lyrique pour porter la mort orgasmique d’Isolde devant le corps de Tristan, recueillant le dernier souffle de son aimé avant de disparaître. Le timbre doux et pourtant ample de la soprano passe sans effort par-dessus les fortissimi, accompagne les vagues, ouvre la voie de la nuit absolue de l’amour. Vibrante, pompeuse, magnifique. Wagnérienne !

AGNES FRESCHEL

Le programme Ode à la Nuit a été créé le 24 octobre à l’Opéra d’Avignon

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Marseille vue par les Detaille : Une histoire marseillaise 

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Sur la Canebière, photographie de Fernand Detaille, vers 1900, fonds Detaille, coll. Musée d'Histoire de Marseille.

« Vous êtes sûrs qu’on va ouvrir vendredi ? » À quelques jours de l’inauguration de Marseille vue par les Detaille, les derniers préparatifs s’accumulent et font joyeusement trembler Hélène Detaille, épouse de Gérard, tous deux présents sur place pour donner de précieux conseils aux équipes du Musée d’histoire de Marseille.  

« C’est la même équipe qui est venue déménager le fonds. Des gens formidables », se rassure-t-elle. Ce déménagement, ce sont les vingt camions qui ont quitté la rue Marius Jauffret vers le centre de conservation du musée marseillais fin 2021. Vingt camions qui emportaient avec eux le fonds Detaille, et ses 160 ans d’histoire de la photographie à Marseille.

Quatre ans plus tard, le Musée d’Histoire de Marseille dévoile avec cette exposition une première vue sur l’immensité de ce fonds, riche de plusieurs centaines de milliers de clichés, témoin de l’histoire de Marseille depuis le Second Empire jusqu’à nos jours. Et acte ainsi « une nouvelle page de l’histoire des collections pour les musées de Marseille », se réjouit Fabrice Denise, directeur du Musée d’histoire. 

Le pont transbordeur, photographie de Fernand Detaille, vers 1900, fonds Detaille, coll. Musée d’Histoire de Marseille.

Au départ, il y a Nadar 

Cette histoire commence avec l’installation du grand photographe Nadar à Marseille en 1897. « Après une très belle carrière à Paris, il est venu ici pour sa femme, qui en avait besoin pour des raisons de santé », explique Gérard Detaille. Il s’installe au 21 rue de Noailles, devenu plus tard le 77, La Canebière. Tout sauf un hasard. Il est en face d’un grand hôtel où « descend » la bourgeoisie du monde, qui n’a qu’à traverser la rue pour se faire tirer le portrait chez l’illustre photographe. 

Ainsi naît le fonds, qui n’en a pas encore la forme, ni le nom. Mais toutes les plaques de verre sont conservées, et sur elles les milliers de personnes qui ont franchi les portes de l’Atelier Nadar, bourgeois ou non. 

Albert Detaille, autoportrait, vers 1900, fonds Detaille, coll. Musée d’Histoire de Marseille

Quelques années plus tard, le photographe vieillissant doit quitter son studio marseillais et cherche un repreneur. Il demande à son ami photographe suisse Boissonnas s’il ne connaît pas quelqu’un : il lui envoie son talentueux assistant, un certain Fernand Detaille. L’histoire des Detaille à Marseille commence.  

Fernand poursuit le travail de Nadar dans son studio, et découvre aussi une ville qu’il aime photographier. Il passe du temps avec les Marseillais, dans la rue ou au bord de mer, et saisit discrètement des instants de la vie quotidienne, armé de sa chambre photographique. Les archives s’accumulent dans la maison de La Canebière, même si l’incendie des Galeries Lafayette mitoyennes réduira en cendre, ou en eau, une bonne partie. 

Pas de quoi atténuer la passion pour autant. Le fils de Fernand, Albert, continue le travail, puis Gérard, le petit-fils. C’est d’ailleurs ce dernier qui aura l’idée de construire une photothèque à partir des immenses archives du studio. « J’ai pris conscience de l’importance de l’archive en quittant Marseille, en travaillant chez d’autres photographes, ou dans d’autres institutions, à Genève, Anvers, ou Ivry. » Il se lance dans cette mission pharaonique, malgré les doutes de son père : « Faut faire du neuf » disait-il, lui « qui n’aimait pas beaucoup ranger. »

Avec sa femme Hélène, il constitue, range, classe, et collecte de nouvelles photos pour le fonds en dehors de ses heures de travail. Parfois perché dans un vide depuis un hélicoptère pour un cliché, ou pour saisir les bouleversements de la ville avec le projet Euroméditerranée. 

Une « terrible tristesse » 

Le fonds se constitue alors que la famille Detaille, et tous les Marseillais, perdent une grande partie de l’histoire de Nadar et des Detaille à Marseille. Après un imbroglio administratif et immobilier, l’Atelier Nadar de La Canebière est vendu, avant de s’effondrer en 2014. « Une terrible tristesse », glisse aujourd’hui Gérard qui a grandi entre ces murs – murs qui n’avaient même pas été classés.  

Heureusement, l’appareil à soufflet de Nadar, le fauteuil sur lequel s’asseyaient ses sujets, son armoire, et les centaines de milliers de photos sont à l’abri, rue Marius Jauffret, où Gérard Detaille s’est déplacé. Reste à savoir quoi faire de ce fonds : Gérard Detaille veut le céder à la Ville, quand certains l’encouragent à le vendre aux enchères pour augmenter son profit. Mais pour lui, pas question « de disperser le fonds. » Il faut « maintenir son unité dans une même institution. Et quoi de mieux que le rayonnant Musée d’histoire de Marseille ? »

Le directeur du musée d’Histoire salue d’ailleurs cette « généreuse idée de ne pas se tourner vers le secteur marchand, de vendre à la pièce et à la découpe ce fonds. » Et rappelle que l’acquisition est aussi « un geste très fort de la Ville de Marseille » puisqu’en « accueillant l’intégralité du fonds dans ses collections », il devient juridiquement « inaliénable. » À la Ville désormais d’« entreprendre tout ce qui est en [son] pouvoir pour assurer la conservation et la transmission de ce fonds. »

L’affaire s’est conclue le 8 février 2021 en conseil municipal. Le fonds est cédé à la ville pour 216 000 euros. Quelques mois plus tard, vingt camions quittent la rue Marius Jauffret pour les collections des Musées de Marseille. « Au premier camion j’ai versé de chaudes larmes. Au deuxième, je me suis demandé si je faisais bien ou mal. Au troisième, c’était une grande joie », se rappelle Gérard Detaille aujourd’hui. 

Après l’acquisition du fonds par la Ville, l’exposition Marseille vue par les Detaille est la première utilisation de ce fonds par les musées municipaux, mais certainement pas la dernière. « Cette exposition est une première étape. C’est l’ouverture d’un site archéologique dont on ne connaît pas encore l’étendu ni toutes les lignes de forces. Malgré le travail déjà réalisé par les Detaille », explique Fabrice Denise.

Des projets sont d’ailleurs déjà sur la table. « Nous prévoyons pour l’année prochaine des aménagements dans le parcours permanent du musée pour intégrer la photographie d’une manière plus forte. » Fabrice Denise ajoute qu’avec cette première exposition, « le rayonnement du fonds sera certainement supérieure à que ce qu’il est déjà aujourd’hui », et « va sans doute susciter l’intérêt d’autres musées qui demanderont des prêts. » 

Un dernier déménagement ?  

Un vieux rêve continue aussi d’animer Gérard Detaille. Depuis plusieurs décennies, il milite pour la création d’une grande maison de la photographie patrimoniale à Marseille, avec le fonds Detaille en pièce maitresse, mais aussi les autres richesses détenues dans les collections de la Ville. L’exposition à venir, qui s’étalera jusqu’en octobre 2026, en sera peut-être son plus bel argument.

NICOLAS SANTUCCI

Marseille vue par les Detaille
Du 31 octobre 2025 au 31 octobre 2026
Musée d’histoire de Marseille

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Capuçon, Liège et Pépin

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La création pour orchestre "La nuit n'est jamais complète" de Camille Pépin (à droite) pour l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège dirigé par Renaud Capuçon (soliste et chef), en commande croisée avec Le Grand Théatre de Provence. Le 23 octobre au Grand théa^tre de Provence pour les Théâtres. © Claire Gaby

Le 23 octobre, le Grand Théâtre de Provence accueillait Renaud Capuçon et l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège pour un programme conçu comme une traversée de l’ombre vers la clarté. En ouverture, La Nuit n’est jamais complète de Camille Pépin, commande de l’Orchestre, prolonge la poésie d’Éluard vers une écriture musicale de la suspension. La compositrice y explore la frontière entre immobilité et mouvement, tissant un tissu orchestral où la densité reste toujours transparente. L’orchestre, attentif à la gestique expressive du violoniste exerçant ici ses fonctions de chef, rend justice à la précision de sa palette et à la subtilité de ses traits, différant subtilement d’un pupitre à l’autre. Une œuvre de tension contenue, sans effet superflu, qui confirme la cohérence d’un langage désormais bien installé dans le paysage français.

Le Concerto pour violon n°4 de Mozart, dirigé du violon par Renaud Capuçon, installe une autre forme de dialogue. L’interprétation, souple et lumineuse, révèle une approche plus chambriste que purement orchestrale. La lecture reste prudente : élégante, parfois trop policée, elle privilégie la ligne et le galbe au risque de perdre un peu de nerf. L’Andante cantabile respire, le Rondeau s’élance, mais l’ensemble demeure dans un confort et une unicité sonores, un sens de l’écoute impeccable.

D’une scène à l’autre

Changement d’échelle avec la Siegfried-Idyll, page d’intimité que Wagner composa pour ses noces avec Cosima, et jouée ici sans emphase ou épanchement. Renaud Capuçon laisse les musiciens s’organiser autour d’un phrasé commun, tendre, presque domestique. Loin de toute monumentalité, le discours avance par respiration, mais manque parfois de tension dramatique et de relief.

Les Interludes symphoniques d’Intermezzo de Strauss referment le concert dans un éclat maîtrisé. L’orchestre s’y montre d’une homogénéité exemplaire, précis jusque dans les changements de climat. Capuçon privilégie ici encore la fluidité du récit à la brillance. Parti pris qui révèle avec d’autant plus de précision l’incursion du théâtre, de l’écriture opératique et même de la danse dans la partition. Un concert sans tapage, fidèle à l’esprit de ses œuvres : clair, équilibré, parfois trop sage, mais profondément musical.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été joué le 23 octobre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

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