mardi 13 octobre 2026
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De la peur au ré-enchantement du monde

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Sorcières

Dans le hall d’entrée, on est accueilli par deux séries photographiques de Charles Fréger : Wilder Mann ou la figure du sauvage présente une quinzaine d’apparitions saisissantes, capturées dans des paysages naturels hivernaux européens, sans visages, mi-hommes, mi-animaux, mi-végétaux, couvertes de plusieurs couches de peaux, de végétation, coiffées de cornes et de bois de cerfs, issues de diverses traditions populaires. En face, la série Sorginak -sorcière en langue basque- présente la succession d’une dizaine de silhouettes féminines en buste, saisies à contre-jour, coiffées d’imposants bonnets, aux formes assez phalliques : on apprend sur le cartel dédié qu’il s’agit de coiffes basques traditionnelles, qui permettaient notamment de distinguer les célibataires, les épouses et les veuves. Et que dans le contexte de chasse aux sorcières qui a frappé particulièrement le Pays basque au début du XVIIe siècle, elles ont été investies d’une signification démoniaque…

Une autre créature est également présente, à la fois humaine et animale : Le Cerfaure de Julien Salaud, sculpture grand format qui associe taxidermie de cerf, peaux de chevreuils, coton, bois, plâtre, métal, résine, mousse polyuréthane, perles de rocaille et cor de chasse.

Traverser la forêt

Une fois dans l’espace d’exposition, le parcours met en présence œuvres contemporaines et anciennes, auxquelles s’ajoutent des pièces provenant notamment des Muséums d’histoire naturelle de Marseille et d’Aix-en-Provence ainsi que du Musée des Arts décoratifs de Paris.  Les premières salles sont sombres : balais, corbeaux, dames blanches, loups (dessin d’Eugène Grasset), série de monotypes de Sophie Lecuyer, sculptures-installations de Katia Bourdarel, puis on va ensuite vers la lumière, qui prend la forme d’une succession de « clairières ». 

On y croise notamment des dessins d’Edi Dubien représentant des enfants et des adolescents associés à des animaux ou à des végétaux. Des grimoires fictifs d’Alexa Brunet, mis en scène dans des photographies mélangeant son propre imaginaire à des croyances anciennes (série Abrégé des secrets). Ou bien encore les Plantes compagnes, série de diptyques de Christelle Enault, artiste formée à l’herboristerie, travaillant dans ses dessins sur les correspondances entre approche scientifique et dimension poétique. 

Le parcours se termine sur Apiacées, photographies d’Anaïs Tondeur, qui invitent à découvrir le monde avec les yeux d’une abeille, et par les œuvres-aquarelles sur papier, argiles, peinture murale, aux différents rouges sur fond blanc, aux formes simples et douces, d’Odonchimeg Davaadorj dans lesquelles les plantes, les oiseaux, les corps humains et les êtres hybrides composent un monde commun.

MARC VOIRY

NOUS, Sorcière & Sauvage
Jusqu’au 13 mars 2027
Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône, Marseille

AFRICA et Voix Publiques, mémoires nord-africaines au [mac]

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Installée dans la [mac]room depuis le 15 mai, AFRICA réunit des œuvres créées spécialement pour l’occasion et inspirées de l’Antiquité et des cultures berbère et numide. Son titre renvoie à Africa – Ifri ou Ifru –, déesse berbère, mais aussi à l’histoire plus vaste du nom donné au continent. Photographies, collages, arts plastiques et création sonore composent un parcours où se croisent Antiquité, mythologie amazighe, archives et récits personnels. Un bestiaire de figures guerrières, cavaliers, lions de Barbarie et chevaux Barbes dialogue avec des objets issus des collections des Musées de Marseille.

« J’ai voulu partager ma passion pour l’Antiquité méditerranéenne, africaine et algérienne », explique Louisa Babari. « Le collage, c’est une façon de figer un moment, dans une recomposition d’éléments visuels. Et le son, c’est une façon d’appréhender une absence. » Les lumières jouent avec les reflets du marbre, de la pierre et de la photographie sur bâche pour replonger le visiteur dans « une époque fantasmée », dont il n’existe aucune trace sonore.

Cette dimension se retrouve dans Vent lointain, composition électroacoustique de 25 minutes conçue avec les élèves du Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille sous la direction de Jean-Luc Gergonne.

La poésie hors les murs

Depuis le 19 septembre, un second volet vient prolonger AFRICA. Avec Voix Publiques, Louisa Babari quitte la [mac]room pour investir le hall et les abords extérieurs du musée. Créée en 2018 et proposée ici sous une nouvelle forme, cette installation sonore destinée à l’espace public diffuse, autour de simples chaises en plastique et d’un haut-parleur, des textes poétiques interprétés par des artistes du continent africain et de ses diasporas.

Poètes, artistes lyriques, plasticiens, auteurs-compositeurs, comédiens ou amateurs composent cette œuvre collaborative, à la fois archive et mémoire vivante de la création poétique. Pour la Saison Méditerranée 2026, elle se concentre sur les pays africains de la Méditerranée, avec un focus sur la poésie algérienne : Kateb Yacine, Tahar Djaout, Samira Negrouche, Souad Labbize, Salah Badis, mais aussi Lamis Saidi ou Habiba Djahnine.

Déployée également à la Vieille Charité, au musée Cantini et au CIPM, Voix Publiques prolonge ainsi dans la ville les circulations entre mémoire, histoire et création ouvertes par AFRICA.

NEMO TURBANT

Jusqu’au 3 janvier 
[mac] de Marseille

Exiger une IA sous contrôle 

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Cet été en France les incendies ont ravagé nos forêts, tandis que les Gafam finalisaient l’organisation du pillage des données humaines. Désormais, comme sur Facebook, Meta et autres muskeries, nos requêtes sur le moteur de recherche Google® ne renvoient pas vers les sources humaines qui les ont produites mais vers une intelligence artificielle qui se nourrit, sans les rémunérer, de nos données intimes, qu’elles soient communes ou sophistiquées. 

82% des Français·es se disent pourtant opposé·es à l’usage de l’IA (sondage opinionway), en particulier parce qu’ils craignent qu’elle oriente et manipule l’opinion. Mais aujourd’hui tous·tes l’utilisent, parce que personne ne peut plus travailler, s’informer, gérer ses comptes, déclarer ses revenus, chercher un médecin, réserver un train, s’inscrire à l’université ou à la crèche… sans se connecter. Et chacune de ces connexions fournit, sans qu’on en ait totalement conscience, une bonne dose de nos données à des IA que personne, aucun humain, ne maitrise. 

Car le plus effrayant est bien que la course à l’IA, dominée par la peur de la concurrence internationale, se fait actuellement à l’aveugle et à toute allure. C’est un train sans conducteur à bord, sans connaissance de la route, dans un monde en feu. Une nouvelle Bête humaine. 

« Qu’importaient les victimes que la machine écrasait en chemin ! N’allait-elle pas à l’avenir, insoucieuse du sang répandu ? Sans conducteur, au milieu des ténèbres, en bête aveugle et sourde qu’on aurait lâchée parmi la mort, elle roulait… » Zola

Il n’est pas difficile d’imaginer vers quelle société la bête artificielle avance, inéluctable. Dans un monde où l’IA peut faire des films sans acteurs, des musiques sans musiciens, des images sans créateurs, des photos sans paysages, des textes sans auteurs, des journaux sans journalistes, que deviendra l’humanité ? 

Ce qui m’augmente ne me rend pas plus fort 

Tout progrès humain change l’homme jusque dans son corps, ses capacités physiques et intellectuelles. Chaque outil, chaque avancée technique l’augmente, et par réaction l’amoindrit. 

Ils nous ont apporté du confort, de l’espérance de vie et du temps libéré… mais la maitrise du feu a affaibli nos mâchoires, les calculatrices nos capacités d’opération mentale, les GPS notre sens de l’orientation, les moteurs de recherche nos cheminements mnémoniques. Ce qu’un éditorialiste un peu réac, fermement opposé à l’idée que le progrès humain peut être global et constant, formulait ainsi :

« Délicatisant l’humanité en proportion des jouissances nouvelles qu’il lui apporte, le progrès indéfini (est) sa plus ingénieuse et sa plus cruelle torture. » Baudelaire 

Nous savons donc ce que l’IA va produire en nous en rendant inutiles certaines de nos capacités et beaucoup de nos savoirs : cette intelligence non humaine va les amoindrir, épargnant ce qu’elle ne sait pas produire elle-même. C’est-à-dire ce que peuvent nos mains, nos yeux, notre présence physique. Peut-être, aussi, les tâches intellectuelles les plus complexes, qui nécessitent d’allier imagination, inventivité, analyse multifactorielle et dialectique. Mais les progrès rapides des IA dépassant les prévisions de leurs créateurs eux-mêmes, rien n’est moins certain.  

Rendre l’humanité inutile

Le monde de l’IA risque donc de rendre l’humanité inutile à elle-même, ou réduite à n’être qu’un rouage superfétatoire de sa propre nécessité. Même plus une force de travail générant des plus-values, sans aucun poids dans des luttes sociales puisque le capital n’a plus besoin d’elle pour fonctionner, tout juste susceptible de consommer et d’extraire du sol les dernières énergies fossiles nécessaires aux data center. 

Quand ce monde sera totalement advenu, il sera bien sûr impossible de réclamer que nos comédiens, nos musiciens, nos illustrateurs, nos cinéastes, nos journalistes, nos chercheurs, nos auteurs, nos compositeurs, soient rémunérés pour la matière qu’ils fournissent aux IA. Elles n’auront plus besoin de s’en nourrir et l’auront digérée et recrachée en paragraphes bien articulés, en images bien lissées et indétectables. Le cauchemar d’une bibliothèque qui croit être le monde.

 « Qu’est devenue, ami, la mémoire des joursque tu possédais sur cette terre, ce tissude bonheur et de douleur, ton univers à toi ?Le dénombrable fleuve des annéesa tout égaré ; tu n’es plus qu’un nom dans un index. » Borgès

Dans ces bibliothèques aussi infinies qu’artificielles, nos noms ne figurent plus dans les index. Nous devons de toute urgence réclamer la protection des droits humains : une législation immédiate sur l’utilisation de nos données, la mention obligatoire des sources de l’IA, et la rémunération systématique des auteurs, dès lors qu’ils sont identifiés comme source. 

AGNÈS FRESCHEL


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Rentrée littéraire : « Une bête à ton tour », la zone franche d’Anna Haillot  

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Une bête à ton tour de Anna Haillot


Sacha vit avec son frère, sa mère et une meute de chiens dans un arrière-pays anonyme, qui jouxte « la zone », monde des machines et des fumées. Parce qu’il faut bien gagner sa vie, elle se résout à devenir « employée polyvalente » dans une usine de maroquinerie. Elle y découvre le cycle infernal des journées sans fin, dans un silence imposé, entourée du bruit des machines. L’hinterland, la maison, les chiens, sont pour elle un refuge, qui à tout instant peut se transformer en lieu de danger. 

Anna Haillot décrit avec une sensibilité et une justesse rare le travail répétitif et les tentatives de fuite mentale de Sacha. À l’usine, les corps deviennent eux-mêmes des machines, les employés des « bêtes humaines ». L’autrice dépeint avec une rage sourde les rouages d’un « management » qui dissimule à peine sa volonté de soumission des corps et des esprits. 

Au-delà de la réalité 

Dans ses créations photographiques, Anna Haillot, qui est née dans le Var, travaille à partir de la notion de paysage, en particulier méditerranéen. On retrouve cette obsession dans sa description de l’hinterland, « paysage cosmique », dominé par le ciel et les étoiles. La nature y est omniprésente, qu’elle apparaisse apaisante ou effrayante. Les humains y fusionnent avec les animaux, proies et prédateurs pour un temps cohabitent. 

Les poèmes qui scandent le récit sont de petites bouffées d’air que s’accorde Sacha lorsqu’elle griffonne dans son carnet, à l’usine, à la maison. Ils décrivent l’émerveillement de la jeune femme devant les phénomènes physiques et météorologiques, tout ce qui dépasse la réalité sèche et morne, parfois macabre, dans laquelle elle évolue. Il faut « comprendre l’ordonnancement du monde pour lui trouver un sens », écrit l’autrice. Un roman d’une beauté féroce. 

GABRIELLE BONNET

Une bête à ton tour de Anna Haillot
Éditions Les Avrils - 21 €

Rentrée littéraire : « Le garçon ébloui » de Xavier Le Clerc, un roman-enquête sur le nucléaire français

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Le garçon ébloui de Xavier Le Clerc


Xavier Le Clerc poursuit le travail de mémoire entamé dans ses précédents livres. Un homme sans titre (2022, couronné par quatre prix) retraçait le parcours de son père, ouvrier kabyle immigré, en écho au reportage d’Albert Camus Misère de la Kabylie. Le Pain des Français (2025) explorait quant à lui l’histoire coloniale à partir de la découverte, au musée de l’Homme, du crâne d’une fillette kabyle du XIXe siècle. Ce nouveau roman referme ainsi une forme de trilogie consacrée aux angles morts de la colonisation.

L’action se situe en Algérie, en 1959. Sébastien, jeune instituteur mobilisé, découvre dans un village en ruines un enfant de sept ans, Idir, seul survivant réfugié parmi les décombres. Il décide de l’adopter. Mais sa hiérarchie militaire monnaie ce choix contre un transfert vers Reggane, en plein Sahara. Sébastien et ses camarades ignorent qu’ils vont devenir les cobayes des tout premiers essais atomiques français.

Le Hoggar qui tue

Entre 1960 et 1967, la France a mené une série d’essais nucléaires dans la région du Hoggar, dont plusieurs après l’indépendance algérienne, en vertu d’une clause des accords d’Évian. Quatre tirs, nommés – il fallait oser – Gerboise Bleue, Blanche, Rouge et Verte, se sont succédé à Reggane entre février 1960 et avril 1961. Le premier, Gerboise Bleue, faisait de la France la quatrième puissance nucléaire mondiale et dépassait en puissance les premiers essais américains, soviétiques et britanniques.

Cette fiction historique s’attache au sort des populations et des soldats envoyés, sans réelle information, à proximité des zones d’explosion : exercices de combat menés à quelques kilomètres du point zéro, exposition prolongée aux radiations, décontamination sommaire. À travers Sébastien, Xavier Le Clerc donne un visage à ces appelés – une grande majorité mourront de cancers – sacrifiés à l’effort nucléaire national.

Le dossier reste aujourd’hui loin d’être clos. Des travaux associatifs ont recensé dix-sept essais aériens et souterrains menés à Reggane et dans le Hoggar entre 1960 et 1967, dont neuf après l’indépendance. Plusieurs ONG réclament depuis des années que la France reconnaisse pleinement ces essais et participe à la décontamination des sites sahariens. Passionnant de bout en bout, ce roman aux allures d’enquête journalistique est aussi une magnifique histoire d’amour entre un père et son fils.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le garçon ébloui de Xavier Le Clerc
Gallimard -16 €

Rentrée littéraire : Yannick Haenel et la solitude des professeurs

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La solitude des professeurs est infinie, Yannick Haenel

C’est sa première rentrée. Arrivé de Rennes au début des années 1990, nommé dans un collège de Mantes-la-Jolie, Jean a eu beaucoup de mal à trouver à se loger et devra faire quatre heures de trajet par jour. Il est très mal accueilli par le principal et son adjointe et se retrouve isolé dans une sorte de baraquement au milieu d’un espace herbeux. 

Il va lui falloir apprendre à « tenir les élèves ». « Ne leur souriez jamais », dit le principal ! Il y a de cela une trentaine d’années. On peut pourtant constater que non seulement les choses n’ont pas beaucoup changé mais que le climat s’est dégradé encore. Dans les dernières pages, Yannick Haenel évoque ce qui a déclenché l’écriture de ce texte : l’assassinat de Samuel Paty survenu au moment où il était chroniqueur du procès des attentats de 2015 pour Charlie Hebdo. 

Comme c’est le cas pour son personnage, l’enthousiasme pour ce métier avait surgi dès son premier contact avec les élèves : il s’est senti investi d’une vocation, « une passion nouvelle. » Aujourd’hui, il a voulu rendre un hommage aux enseignants – dont beaucoup se retrouvent dans ce portrait – tout en témoignant de son amour de la littérature qu’il dévore dans sa solitude romantique, en écoutant du rock et en rêvant au bord du lac en compagnie de textes mystiques.

Apprendre pour être vivant

Son personnage a l’impression de vivre un roman picaresque, passant d’un collège à l’autre. Il rencontre une femme avec laquelle il apprend à être plus léger, accède à la jouissance et se met à l’écriture avec rage tout en essayant d’apprendre aux élèves à construire un projet, à se sentir vivants. Toujours flottant et rêveur, il essaie d’échapper à la brutalité qui parfois l’entoure. Ayant obtenu un poste dans un bon lycée, il part en Italie avec une prof d’Arts plastiques pour découvrir les trésors étrusques du Musée de Tarquinia dans le Latium. La visite finit dans l’éblouissement des fresques tombales : un moment de rêve éveillé dont Haenel a le secret. Augurant un nouveau départ…

CHRIS BOURGUE

La solitude des professeurs est infinie, Yannick Haenel
Gallimard - 21,50 €
À venir

Dans les brumes du Népal

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Les Eléphants dans la brume (C)arizona distribution

« Eléphant, je crie ton nom ! Ne franchis pas cette frontière ! ».

Un défilé de gens avec des torches, qui crient pour tenter d’effrayer et d’éloigner des éléphants, tout près d’un village du Népal. Une menace constante pour les villageois de cet endroit reculé où vit une communauté kinnar, des femmes trans qui font vœu de chasteté en échange d’un pouvoir de bénédiction et de malédiction. « Des femmes qui survivent en redéfinissant les liens familiaux, en créant des lignées matrimoniales qui ne reposent pas sur les liens du sang, mais sur l’entraide, le soin et l’amour. » précise Abinash Bikram Shah, le réalisateur de Les Éléphants dans la brume, présenté à Un Certain Regard, où il a décroché le Prix du Jury.

 Parmi ces femmes, Pirati (Puspa Thing Lama) une mère pour Joon (Sahab Din Miya), Chameli (Jasmin Bishwokarma) et Apsara (Aliz Ghimire), la plus délurée qui adore faire la fête et les vidéo Tik Tok. Pirati, a un secret : elle a enfreint ses vœux de chasteté et a une relation avec Master (Aashant Sharma), son maitre de percussions qui vit dans une ville proche. Elle pense même partir avec lui mais Apsara a disparu…Commencent alors pour Pirati de longues recherches pour retrouver « sa fille ». Déterminée, elle ne renonce jamais : elle veut connaitre la vérité et le spectateur aussi,  qui découvre que rien n’est simple pour les Kinnars. « Le film est en partie inspiré de faits réels, bien que ce ne soit pas l’adaptation d’une histoire en particulier… Nous avons voyagé à travers tout le Népal, en multipliant les rencontres avec différentes communautés Kinnar, mais aussi avec des communautés de femmes trans non Kinnar pour trouver nos actrices » confie Abinash Bikram Shah.  Et le choix de Puspa Thing Lama semble évident tant son jeu parvient à faire ressentir la force, la détermination mais aussi la vulnérabilité de Pirati.

La caméra du le chef opérateur Noé Bach filme somptueusement les spectacles pyrotechniques qui zèbrent l’obscurité de traînées oranges incandescentes, les paysages de plaines et de jungles, la forêt, les majestueux, divins et inquiétants éléphants, mais aussi les femmes qui se disputent, s’interpellent, les jeunes gens en transe quand ils voient Apsara danser et le chaos qui s’installe dans le village, révélant une violence misogyne et transphobe.

Abinash Bikram Shah qui se dit influencé par Satyajit Ray et Hou Hsiao-Hsien dont les films « captent une vérité brute et immuable, sur ce que signifie être humain » a réussi à nous faire connaitre la réalité des communautés Kinnars et partager la quête désespérée de Pirati.

Annie Gava

Les Éléphants dans la brume qui a obtenu le Prix du Jury sort en salles le 23 septembre

© Arizona Distribution

Adèle Haenel

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© Estelle Hanania

Voilà déjà six ans qu’Adèle Haenel a claqué – avec fracas – la porte du cinéma français. Elle n’a pas pour autant déserté la scène artistique. Outre ses engagements politiques, l’actrice a refait ses armes du côté du théâtre et de l’écriture. Aux côtés de la musicienne Caro Geryl,  elle donnera de la voix aux textes des grandes penseuses du MLF et du lesbianisme radical :  Monique Wittig, Sarah Ahmed, Audre Lorde, Adrienne Rich et Elsa Dorlin. Fruit, entre autres, de son compagnonnage avec la metteuse en scène Gisèle Vienne, son premier roman à forte teneur autobiographique, Viser juste, fera l’objet d’une lecture publique au Conservatoire Pierre Barbizet le 2 octobre. 


Voir clair avec Monique Wittig, 30 septembre et 1er octobre
Friche Belle de Mai, Marseille
Viser juste, 2 octobre
Conservatoire Pierre Barbizet, Marseille

Les Nuits Occupé·es à Nîmes : L’heure de reprendre la nuit 

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© Ansfati M'madi - Nuits Occupé.es 2025

Créé en 2005 et implanté à Nîmes, Basse Cour est un collectif qui réunit une dizaine de compagnies circassiennes. Il organise depuis ses débuts un festival d’arts de rue, mis sur pause pendant le covid, et recréé en 2022 sous le titre La Nuit Occupé·e. « Une artiste, Marion Coulon, a proposé ce festival pour mettre en avant les créations de femmes et de personnes sexisées, c’est à dire victimes de discriminations genrées » retrace Roxane Gire, administratrice du collectif. 

L’événement, qui s’étale maintenant sur trois soirées, entend rendre leur place aux personnes sexisées dans l’espace public. « Dans l’idéal, on aimerait que le festival se prolonge vraiment dans la nuit, qui est le moment le plus problématique pour les personnes sexisée dans l’espace urbain » explique Roxane à propos du titre. Mais cela n’est pas possible. « On doit composer avec les règles de l’espace urbain, et c’est tout à fait normal » précise la chargée de production Marie Roche Pinault. Elles ne manquent cependant pas de relever une certaine ironie du calendrier.  « Cette semaine il y a la féria de Nîmes, qui va continuer très tardivement dans des conditions que l’on connait, mais c’est un événement traditionnel alors ça ne pose pas problème… »

© Ansfati M’madi

Au programme 

Comme chaque année, la programmation est élaborée par les artistes-membres du collectif. Plusieurs spectacles invités s’en prennent frontalement aux pressions qui pèsent sur les femmes et leurs corps, de manière assez figurative : dans le solo de danse Parfaite, de la Cie Ek, une femme se débat avec un lourd sac à dos, et la Cie L’Effervescente propose un spectacle clownesque dans lequel une circassienne demande de l’aide au public pour savoir comment agir dans l’espace public. Ce spectacle, intitulé Seule en Roue, se donnera en présence d’une interprète en Langue des signes française. 

La Cie Chaos Canem présente un spectacle artistico-culinaire, Les assiettes de Mamie Vette, qui aborde les questions d’héritages culturel et familial, et la joie du partage. Avec Furtives, la Cie La Baleine Cargo s’empare du centre-ville de Nîmes pour une déambulation pluridisciplinaire, militante et poétique. 

Le dernier soir, le collectif occupera Le Prolé avec une exposition d’Amandine Lamoulie, Coupé-Collé. Cette cinquième édition se terminera en musique, avec Mme Raid, un one-woman-show musical de Mélodie Gonzalès, et un concert mêlant eurodance et punk du duo queer Grace et Volupté Van Van. 

CHLOÉ MACAIRE 

Les Nuits Occupé·es
Du 23 au 25 septembre 
Divers lieux publics, Nîmes 

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L’Opéra de Montpellier ouvre sa saison avec « Médée »

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Créée à Paris le 4 décembre 1693 sur un livret de Thomas Corneille, Médée avait surpris son époque par son audace et son intensité dramatique. L’action se déroule à Corinthe, où Jason et Médée ont trouvé refuge auprès du roi Créon. Mais Jason se détourne de son épouse pour Créuse, la fille du roi. Créon annonce à Médée qu’il ne la livrera pas à ses ennemis, mais qu’elle doit quitter Corinthe, tandis que Jason y restera avec leurs enfants. Médée proteste : tous ses crimes, dit-elle, n’ont été commis que par amour pour lui. Les noces de Jason et Créuse sont programmées. Folle de rage, Médée invoque les puissances infernales et prépare sa vengeance. La tragédie se précipite : Créon sombre dans la folie et meurt, Créuse expire dévorée par les flammes et Médée tue ses propres enfants avant de disparaître. Jason, éperdu, crie vengeance. Longtemps éclipsée par l’œuvre de Lully, cette partition est aujourd’hui considérée comme l’un des sommets du répertoire baroque français. Elle compte notamment parmi ses pages célèbres le déchirant air de Médée « Quel prix de mon amour » (acte III).

À la tête de cette production, Stéphane Fuget, claveciniste, organiste et chef, dirige l’ensemble Les Épopées, qu’il a fondé en 2018. Il partage cette soirée avec le Chœur de chambre de Namur, ensemble vocal spécialisé dans l’interprétation historiquement informée. Dans le rôle-titre, la contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux, révélée en 2000 par le premier prix du Concours Reine Élisabeth, fait ses débuts dans le rôle de Médée. Sa voix grave et incisive s’accorde à la violence dramatique du personnage. Face à elle, le ténor tchèque Petr Nekoranec, lui aussi dans une prise de rôle, incarne Jason. La mezzo-soprano Juliette Mey interprète Créuse et la basse Frédéric Caton, Créon. La soprano Camille Poul, habituée des productions de Stéphane Fuget, complète la distribution en Nérine et L’Amour.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Médée
22 septembre
Opéra Comédie, Montpellier 

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