Cette année, la 25e édition du festival Jazz à Porquerolles s’amarre sur son île du 10 au 14 juillet. Et ça commence par un bal avec l’ensemble Papanosh : cet orchestre composé d’improvisateurs redoutables, basé en Normandie, n’a de cesse, depuis une quinzaine d’années, de convier les publics à se déhancher sur ses grooves entêtants, ses chansons mexicaines et ses tarentelles enjazzées. L’entrée sera libre pour accéder au somptueux écrin du fort Saint-Agathe. Leur succèdera un set de Yaguara DJ.
Le 11 juillet, carte blanche au saxophoniste Laurent Bardainne pour un concert de sortie de résidence à la Fondation Carmignac – où il aura passé une semaine en création. Le festival s’honore ainsi d’être un laboratoire de création artistique. Le saxophoniste Samy Thiébault, désormais directeur artistique de l’événement, propose, le 12 juillet, un hommage à Weather Report, le légendaire ensemble jazz « progressif » qui compta dans ses rangs le claviériste Joe Zawinul, le saxophoniste Wayne Shorter et le bassiste Jaco Pastorius, entre autres. Ce soir-là, le saxophoniste est accompagné de la pianiste Emilie Aridon-Kociołek, et c’est dans l’épure du duo que le « bulletin météo » sera livré. Le pianiste Shaï Maestro jouera le même soir le répertoire de son nouvel album, The Guesthouse : une maison ouverte à tous les vents de l’improvisation, où l’acoustique se mêle à l’électronique, avec guitare, contrebasse et batterie.
Turbulences
Place, le 13 juillet, à un plateau conviant des métissages tous azimuts. D’abord, le pianiste Sofiane Saidi, pour son projet Zaïr, qui convoque raï et medahates – ces chants féminins traditionnels de l’Oranie – pour un mix aux saveurs résolument contemporaines, confiant le chant à Camélia Jordana – cette varoise de l’étape s’emparant avec délectation d’un propos décolonial. La formation compte aussi dans ses rangs Théo Ceccaldi (violon) et Valentin Ceccaldi (violoncelle), dont les turbulences improvisatrices ont l’art de chambouler les ordonnancements musicaux. Ensuite, c’est au percussionniste multi-instrumentiste Papatef (aka Cyril Atef), que reviendra la jouissive tâche d’amener le public sur les voies de transes tropicales.
« Feu d’artifice » le 14 juillet. En ouverture, le duo Airelle Besson (trompette, auréolée d’une Victoire du Jazz 2026 comme instrumentiste)/Lionel Suarez (accordéon), pour un voyage intimiste aux confins des émotions. Enfin, le dernier concert renoue avec la grande histoire du jazz : c’est au saxophoniste Kenny Garret, un temps compagnon de route de Miles Davis, que reviendra la tâche de, quelque part, rappeler l’ombre portée de la musique classique noire américaine (appellation dont se targuait Archie Shepp, parrain du festival et ami du regretté Franck Cassenti). Le répertoire « Sounds from the Ancestors » convoque les esprits des diasporas africaines transatlantiques dans un maelstrom émancipateur.
Esprit (de) Django es-tu là ? Le festival Jazz à Sète convie sur la scène du Théâtre de la Mer parmi les meilleurs praticiens du swing manouche pour une première soirée dédiée à l’incontournable Django Reinhardt. Des guitaristes évidemment (Angelo Debarre, les frères Rosenberg, Adrien Moignard…) mais aussi un saxophoniste – Baptiste Herbin, qui a décortiqué sur son instrument le phrasé du légendaire guitariste –, sans oublier l’impeccable Diego Imbert à la contrebasse.
Le plateau du lendemain aligne une première partie incendiaire avec The Getdown, trio issu d’un collectif parisien avec notamment le sémillant Laurent Coulondre aux claviers et le batteur aux inflexions gwokaArnaud Dolmen. Puis, place à la nouvelle diva du jazz global : Samara Joy, dont les mélismes lyriques de contre-alto convoquent la tradition du gospel et l’héritage des légendaires Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan. Elle défendra un répertoire issu de son dernier album Portrait (Verve).
En ouverture le 17 juillet, la régionale de l’étape : Naïma Girou. Chanteuse et contrebassiste, elle a fondé un quartet à la complicité rare, au son collectif d’où résonne la joie d’être esnmble. Lui succèdera Selah Sue & The Gallands : la reine belge de la soul-pop s’est adjointe les services du batteur Stéphane Galland et de son claviériste-producteur de fils pour un set aux confins du sensible.
Journal de bord
Quatrième soir. Une première partie manouchisante, avec le duo Yeore Kim (harmonica)/Antoine Boyer (guitare) : des textures musicales originales au service d’une musique onirique. En tête d’affiche, une étoile du jazz mondial : Diana Krall, redoutable jazzwoman au swing sans faille, que ce soit au piano ou au chant.
Pour la cinquième soirée, ce sont des formations de blues électrique qui sont proposées. D’abord, Jessie Lee & The Alchemists, qui égrène ses riffs sur les scènes du monde depuis une bonne dizaine d’année. Ensuite, c’est le guitariste Robben Ford, légende vivante de l’instrument, qui a notamment travaillé avec Miles Davis ou George Harrisson, qui s’emparera de la scène.
Le 20 juillet, on attend des formations à la créativité exacerbée. La première partie Influences, Vol.2 livrera un set aux confins de la mélancolie et de la luminosité, grâce notamment aux entrelacs des deux vocalistes Mélina Tobiana et Sophie Darly avec la trompette de Stéphane Belmondo, le tout porté par une section rythmique impeccable. En seconde partie, la contre-diva Cécile McLorin Salvant, servie par le pianiste Sullivan Fortner, le contrebassiste Yasushi Nakamura et le batteur Kyle Poole, devrait ravir l’auditoire avec son art consommé du swing le plus évident, ses incursions dans la chanson française, voire l’occitan et ses expérimentations musicales issues de son désormais avant-dernier album Oh Snap (Nonesuch, 2025).
Pour terminer le voyage, le 21 juillet, la première partie a été confiée à la remarquable flûtiste Ludivine Issambourg, à la tête d’un sextet jazz-funk incandescent tandis que ce sera à la chanteuse et pianiste brésilienne Eliane Elias de clôturer l’édition 2026 du festival – son immense musicalité conjuguée à son art des pulsations cariocas devrait faire monter la température de quelques degrés.
Jazz à Sète, c’est aussi les concerts hors les murs à l’abbaye de Valmagne, au Musée Paul-Valery, à l’Espace Georges Brassens, au Domaine de Massane et Domaine du Grand Puy… Auxquels s’ajoutent les événements du Off avec des conférences-concerts, rencontres artistes, séances ciné autour du jazz, dans divers lieux autour du mont Saint-Clair.
Des concerts gratuits, dans les places et les quartiers de Toulon. Le tout gratuitement, et orné d’une constellation de concerts qui s’inscrivent dans le off .Voilà la belle promesse que tient année après année le festival Jazz à Toulon, qui se tient cette année du 26 juillet au 8 août.
Le concert d’ouverture, avec le Spanish Harlem Orchestra, devrait ravir l’auditoire : 13 musiciens qui n’ignorent rien des secrets des claves, pour des salsas endiablées. Le second soir, l’Orkesta Akokan – le mot yoruba utilisé par les Cubains pour signifier « du cœur » ou « de l’âme » – devrait enflammer le public de la place de la Liberté avec des mambos – déhanchements sensuels garantis.
Petite incursion hors des vibrations caribéennes le troisième soir avec le quartet suisse MOHS, l’une des formations les plus courues d’un jazz contemporain élaboré en Europe : une formation mêlant instruments acoustiques et effets électroniques pour créer des paysages sonores inspirés, entre autres, par l’échelle de dureté des minéraux de Friedrich Mohs.
Retour aux pulsations des caraïbes le quatrième soir avec le pianiste Alfredo Rodriguez : avec son groupe, ce protégé de Quincy Jones transforme le moindre tube planétaire en salsa furieuse et tendre.
Des grands noms
Du jazz contemporain du meilleur aloi le cinquième soir avec Solaxis : ce projet réunissant parmi les meilleures saxophonistes de l’Hexagone (entre autres, Géraldine Laurent, Sophie Alour), propose un répertoire original fondé notamment sur l’afro-beat.
Le lendemain, voici Fabiola Mendez ! Chanteuse et joueuse de cuatro – guitare portoricaine –, l’artiste propose un répertoire célébrant les identités afro-latines.
C’est ensuite au tour du batteur d’origine niçoise Thomas Galliano qu’il appartiendra de ravir le public de la place Saint-Jean le 4 août. Son appétence pour les polyrythmies et son usage de la batterie comme un orchestre a de quoi convaincre plus d’un·e jazzfan.e. Riche de son séjour de longue durée à New York, il devrait, avec son quartet, dérouler des pépites de swing.
Rendez-vous plage du Mourillon, le 6 août, pour le huitième soir. L’organiste et chanteur des légendaires Snarky Puppy, Cory Henry, avec ses Funk Apostles, saura donner au public de la rade le groove qui lui sied.
Retour aux sonorités latines les deux derniers soirs. D’abord, le 7 août, le New Sketches of Spain du trompettiste féru d’expérimentations électro Erik Truffaz et du chanteur flamenco et saxophoniste Antonio Lizana : une relecture d’un classique de Miles Davis au service des émotions ibériques les plus vibrantes. Le lendemain, le concert de clôture a été confié à El Comité, la formation la plus caribéenne du pays, qui n’hésite pas à passer Oasis à la moulinette de ses rythmes enfiévrés.
Le festival propose également un Off conviant dans divers lieux de la ville des artistes locaux aux talents musicaux avérés. Signalons entre autres le duo guitaristique aux saveurs brésiliennes Milton Nascimiento/Wim Welkers, Tifanny & The Nightbirds ou encore Pernille Aid Quintet pour un hommage au meilleur du jazz scandinave.
LAURENT DUSSUTOUR
Jazz à Toulon
Du 26 juillet au 8 août Divers places, rues et plages de Toulon
Un festival de jazz où l’exigence musicale le dispute à la ferveur populaire (et inversement), en accès libre, c’est possible ? Oui. Depuis 2009, La Londe Jazz Festival, sous la direction artistique de Christophe Dal Sasso, accueille pendant quatre soirées une moyenne de 1800 spectateurs sur la plage de l’Argentière, à La Londe-les-Maures.
Tout commence le jeudi 30 juillet avec Radio Mezcal à l’apéro : ce combo latin-jazz avec une touche électro ouvrira les festivités chaque soir. En tête d’affiche, le nouveau projet de Christophe Dal Sasso : le chef d’orchestre et flûtiste a concocté un répertoire au croisement des cultures, entre préciosité musicale et appétence pour la danse, conviant notamment la chanteuse et saxophoniste Shekina Rodz ainsi qu’une floppée d’excellents musiciens (Raphael Illes, Michael Steinman, Manuel Marchès, Nadia Tighidet…).
Le même soir, Olivier Lalauze Trio va jouer quelques compositions et ouvre la jam-session –ce contrebassiste d’excellence se produira chaque soir avec le sémillant pianiste Lionel Dandine et le batteur Léo Achard, dont la profonde musicalité n’est plus à prouver.
De Broadway à la French Riviera
Place au grand format le vendredi 1er août. Big Sud, orchestre de 18 musiciens d’envergure conduit par Dal Sasso et le trompettiste Nicolas Folmer croisera ses propositions swing avec les traits de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon pour un répertoire intitulé De Broadway à la French Riviera, traversant un siècle de musique et esquissant un pont entre l’imaginaire des comédies musicales de Broadway et celui, plus intime et solaire, de la Méditerranée provençale. Pour cette représentation exceptionnelle, Big Sud invite la chanteuse toulonnaise Andrea Caparros. Sa voix chaleureuse et expressive, à la croisée du jazz et de la chanson, apporte une dimension sensible et élégante à ce voyage musical. Gageons que la jam-session qui s’ensuivra durera jusqu’à l’aube !
Le lendemain, en tête d’affiche, il y aura Abraham Reunion : la famille guadeloupéenne (Cynthia Abraham : voix ; Clélya Abraham : piano, chœurs ; Zacharie Abraham : contrebasse, chœurs ; Zaza Desiderio, batterie) viendra défendre son nouvel album, Jaden an nou, où les émotions se nimbent d’effluves de créolisation, avec ce qu’il faut de grooves caraïbes et de mélodies alizéennes. Trop souvent ignoré sur les scènes du Sud de l’Hexagone, le jazz issu de la diaspora antillaise tel que pratiqué par ces jeunes musicien·nes vient à point nommé nous rappeler notre dette, au moins musicale, envers la diversité. Parions sur une jam-session aux couleurs caribéennes pour la fin de soirée.
Pour le dernier soir, le festival se place sous le signe de la soul avec The Buttshakers. Ces « remueurs de popotin », basés dans la région lyonnaise, écument les scènes internationales depuis une quinzaine d’années, avec une énergie puisée aussi bien dans la Stax du siècle dernier que dans les grooves les plus subtils de notre époque, avec ce qu’il faut de rythmes enfiévrés et de cuivres doux et rugissants. Emmené par la charismatique chanteuse américaine Ciara Thompson, fervente porte-parole féministe et antiraciste, le groupe devrait mettre le public en transe. La jam-session prendra-t-elle alors les voies du hard-bop, ce jazz nimbé de soul ?
Alors que les Arènes de Nîmes affichent complet pour une grande partie de sa programmation 2026, un autre rendez-vous bien connu des gardois anime les ruelles de la ville en accès libre. Depuis 32 ans, Les Jeudis de Nîmes transforment chaque été le centre historique en une immense fête gratuite. Jusqu’au 27 août, habitants et visiteurs sont invités à déambuler de place en place au rythme des concerts, expositions et animations.
Chaque jeudi, la programmation s’ouvre en musique avec l’Association des Anciens élèves du Conservatoire de Nîmes. Dès 17 heures, ils proposent une parenthèse symphonique dans le grand auditorium du Carré d’Art. À partir de 21 h, les mêmes musiciens retrouvent l’église Saint-Paul pour un récital accompagné par Georges Cabrel à l’orgue de tribune, sublimé par l’acoustique des lieux.
11 scènes
La majeure partie de la manifestation se déroule en plein air, de 19 h à minuit. Au fil d’une brocante ou d’une balade sur le street-art proposée par Le Spot, la musique anime la déambulation à chaque coin de rue. En tout onze scènes investissent les différentes places piétonnes. Les amateurs de jazz sont attendus à la Maison carrée, à quelques pas de la place de l’Horloge rythmée, quant à elle, par les sons latino. Non loin de là, la Placette prend chaque semaine des airs de soirée ibérique au rythme du flamenco, cher à la ville, pendant que les DJ set s’enchaînent sur l’Esplanade. À l’invitation de l’Abrazo Tango Club, initiations et démonstrations de tango seront également proposées place du Chapitre.
Notons aussi que pour la première fois la place Questel rejoint le parcours, et mettra le swing à l’honneur. Enfin, le square Antonin prendra des airs de petit Montmartre avec pas moins de 90 artistes locaux et internationaux qui y célébreront la Renaissance italienne à travers des arts graphiques et plastiques, des performances et des séances de live painting.
Régulièrement élu plat préféré des Français, le couscous occupe une place centrale dans notre paysage gastronomique. Alors pourquoi ne pas l’honorer ? Du 21 août au 6 septembre, le festival Kouss·Kouss revient pour une 9e édition avec l’idée de célébrer la Méditerranée sous toutes ses saveurs. Du marché du Vieux-Port au stade des Caillols, en passant par La Plaine, le couscous investit les rues de la cité phocéenne. Au programme : repas en grandes tablées, rencontres avec des chefs, projections, soirées musicales et même cueillettes. Initié par les Grandes Tables, dans le cadre de l’Été marseillais et de la Saison Méditerranée, l’événement met cette année l’accent sur les herbes et aromates. Pendant plus de deux semaines, plus de 300 adresses célèbrent le plat du partage promettant une ambiance gourmande…
Saveurs méditerranéennes
La cuisine est un art. Kouss·Kouss l’a bien compris et laisse une place importante à la création. Plusieurs résidences permettront à des chef·fes d’explorer la thématique. Au château d’If, l’artiste culinaire Floriane Facchini et l’herboriste Clarisse Le Bas travaillent autour d’un plat sarde rappelant le couscous, en mettant à l’honneur les herbes propres au paysage méditerranéan. Sur réservation, il sera possible de découvrir leur univers le 26 et 27 août.
Les restaurateurs·ices ont répondu présent à l’appel ! Du restaurant Femina, connu pour ses couscous à la graine d’orge inspirés de la cuisine de grande Kabylie, aux établissements peu familiers du couscous qui l’inscrivent exceptionnellement à leur carte, toute la ville se mobilise. Après le pois chiche l’an dernier, cette édition placée sous le signe des herbes et des aromates offre l’occasion de redécouvrir ces plantes discrètes pourtant essentielles en cuisine. Le collectif marseillais SAFI, composé d’artistes et de marcheurs-cueilleurs, propose des balades cueillettes et ateliers pour transmettre un autre regard sur les herbes sauvages.
Un festival solidaire
Couscous rime avec partage, c’est une évidence. Le festival Kouss·Kouss entend bien faire profiter le plus grand nombre avec les « Couscous en partage ». Les Grandes Tables s’associent à plusieurs acteurs de la solidarité marseillaise pour créer la brigade ÉPICES, collectif d’insertion rassemblant des opérateurs culinaires et restaurants-écoles engagés dans la professionnalisation en cuisine. Aux côtés de L’Armée du Salut, L’Après M, Le Bouillon de Noailles, En Chantier, Festin, Les Grandes Tables, La Table de Cana, le collectif participe à la distribution de près de 10 000 couscous gratuits. De la Plaine des Sports de la Busserine au Parc de Bougainville sept rendez-vous sont prévus, avec une recette secrète commune élaborée par le collectif.
Au-delà du plan culinaire, le programme s’annonce particulièrement généreux culturellement. Deux soirées cinéma sont prévues avec Ciné Plein-Air, tandis que plusieurs rendez-vous musicaux viendront rythmer les festivités. Toutes les bonnes choses ont une fin. Le 6 septembre, le Grand Marché de Kouss·Kouss vient clôturer cette édition. Sur le Vieux-Port des producteur·ices d’herbes aromatiques; mais pas que, seront réunis afin d’offrir une dernière invitation à voyager à travers les saveurs méditerranéennes…
Quelques films parmi les 133 présentés au FID cette année
Tellement de films à voir à cette 37e édition du FID Marseille qui se tient du 7 au 12 juillet Alors il faut choisir : en se fiant aux synopsis, optant pour des thèmes, des styles quand on connait le travail de certains cinéastes. Il y a eu des déceptions, parfois même de petites irritations aussi, mais aussi de bonnes surprises, dont on vous parle ici.
Un mercredi au FID
A Requiem in Bishkek(Compétition Premier film) Dans A Requiem in Bishkek, Di Sica Ray nous entraine sur les pas d’un homme déraciné et isolé dans la capitale du Kirghizistan. Il vit dans un hangar en forêt et c’est Di Sica Ray lui même qui le campe, toujours vêtu d’un anorak jaune et coiffé d’une chapka. On le suit dans toutes ses activités quotidiennes, dans ses déplacements dans les rues de Bishkek, au musée où il se sent revivre et surtout on découvre sa créativité à partir d’anciennes pellicules qu’il recycle. De jolies images qu’il fabrique artisanalement, contrastant avec celles, dures, d’une ville et d’un pays en plein troubles. A Requiem in Bishkek, Di Sica Ray a obtenu le Prix de la Fondazione Claudia Cardinale
Muche dumbre (Compétition Internationale) Une terre marquée par la violence : un village fantôme, un pont suspendu, une chèvre blanche morte, des images récurrentes. Des visages ravagés, certains mutiques, quelques confidences arrachées. Que s’est il passé dans ce village : on apprend qu’un chef d’un groupe paramilitaire Los Chulavitas, Roque Ferreira, y a semé la terreur dans les années 1950. Mais les gens sont comme frappés d’amnésie et méfiants : « Arrêtez de poser des questions. On a déjà fait un film ici. Partez ! » lance l’un d’entre eux à Felipe Rugeles qui va retrouver ces rushes et mêler passé et présent. Traces de sang, décors en cartons, maquettes de cadavres, reconstitutions : une manière pour le cinéaste de poser la question de la violence en Colombie et de sa représentation.
Muche dumbre
1948 : L’Amertume que nous avons connue Le premier volet du programme conçu par Iris Neidhardt, « 1948 : L’Amertume que nous avons connue » a permis de voir deux films très forts. Celui du Syrien Omar Amiralay, There are so many things still to say (1997) et celui du Palestinien Michel Khleifi, Ma’loul fête sa destruction (1984).
Dans le premier, le célèbre dramaturge syrien Saadallah Wannous, très malade, réfléchit à la question palestinienne et au conflit entre Israël et le monde arabe et parle avec son ami Omar Amiralay de la manière dont ce conflit a bâti sa vie et celle de toute une génération. Des moments très touchants.
Le deuxième film celui de Michel Khleifi, nous fait suivre des familles palestiniennes qui pique niquent sur les terres qu’on leur a volées, le seul jour où elles sont autorisées à y retourner, le Jour de l’indépendance de l’État d’Israël. Leur village Maaloul, a été détruit par Israël après la guerre de 1948. Les anciens se souviennent et à partir d’un tableau peint par l’un d’ente eux, revoient leurs maisons et leurs arbres. Un film que tout le monde devrait voir.
El anorak rojo (Compétition Internationale) Un anorak rouge. Un bel inconnu dans un bar à Madrid. Les Visions d’Anne-Catherine Emmerich. La place Furstenberg à Paris, déserte, pendant Mai-68. Une écharpe jaune et bleue. Un homme raconte une succession de rencontres, de rendez-vous manqués avec l’homme à l’anorak rouge dont un dans un cinéma où est projeté Pointilly, un film réalisé en 1972. Le bel inconnu lui a fait avaler une capsule rouge, un philtre d’amour sans doute puisque les effets ont duré trois ans… Puis ce sera au tour de la femme de raconter sur écran noir le chemin du bel inconnu que des images viennent illustrer. Comme un « conte illustré » précise Adolfo Arrieta qui a réalisé et auto produit ce film magique, inspiré par une rencontre dans les années 1990, dans la discothèque Pacha de Madrid. Un film qui nous embarque entre rêve et réalité.El anorak rojo: Mention Spéciale du Jury de la Compétition Internationale
Un jeudi au FID
Geldikçe Bahar, As the Spring arrives, Water recalls the Nomads (Compétition Premier film) Le tronc d’un hêtre majestueux. Une forêt. La cueillette de thym, Des bergers dans une vallée du sud est de la Turquie. C’est le mode de vie de ces éleveurs nomades que la modernité a fait peu à peu disparaitre que retrace Dilşad Aladağ,chercheuse et petite fille de bergers. Elle nous emmène en promenade avec Mahmut, Neva et les autres sur les traces des migrations saisonnière tout comme l’avait fait en 1957 l’ethnologue allemande, Ulla Johansen dont nous découvrons les superbes photos. Longues séquences sur les paysages avec au centre, des mots, comme des notes de terrain et des informations sur la mutation forcée de ce nomadisme agraire.
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Chicken soup (Compétitions Française et Premier film) Un groupe d’amies à New York en pleine discussion sur la nécessité d’ôter ses chaussures chez soi et chez les autres. Lili (Louise Leroy) française, n’en voit pas la nécessité, ce qui a provoqué la rupture avec son copain. C’est par une vraie séquence de comédie que commence le film de Caroline Milcent, Chicken soup. Lili fait du baby sitting pour gagner sa croute et les scènes dans la maison où elle garde deux enfants sont hilarantes. Mais dans un square avec les petits, elle ne peut présenter sa green card à deux policiers et leur résiste. Visa dépassé, travail illégal ! Lili se retrouve embarquée : interrogatoires sans fin, fouilles au corps répétées… Elle n’est plus Lili mais le numéro 72 19 ! On n’est plus dans la comédie mais dans une sorte de cauchemar tragique que la réalisatrice traite avec un humour grinçant. On est en novembre 2024 et Trump va être réélu… Une situation prémonitoire, inspirée par des événements réels. Un film qui fait rire et grincer des dents en même temps. Chicken soup récompensé 3 fois: Mention Spéciale du Jury de la Compétition française, Prix Renaud Victor et Prix de L’Ecole de la 2e chance
Ce vendredi 10 juillet, chaussures de danse exigées : Rakata débarque au Village du Talus. De 18h30 à 23h, la collective propose une création festive, pour « danser pendant que le soleil se couche sur le Village et fêter ensemble son dernier été ». En effet, avec l’arrivée longtemps redoutée de la Ligne Nouvelle Provence – Côte d’Azur, le Talus entre bientôt en transition.
Depuis 2024, Rakata concocte des soirées de « perreo inclusif » — le « perreo », c’est un style de danse issu du reggaeton d’Amérique latine, aux racines africaines. De là vient le « neoperreo », que Marseille découvre à peine : c’est la version contemporanéisée, féministe et queer du perreo.
Tomè, co-fondateur et performeur résident, décrit deux invité·es d’honneur bien connu·es de la scène Marseillaise : Lina, d’origine équatorienne, mélange le reggaeton old school et le neoperreo, et le colombien Maxone, dont les sets sont « vraiment la représentation de la quintessence de cette faim de danser et de perrear ».
Ça suffit !
L’acmée d’une soirée Rakata, c’est toujours une performance inscrite dans une problématique sociale. Les résident·es, Andrea, Wanda, Rafiki et Tomè revisitent leur création du Festival Bon Air, Basta Ya ! (Ça suffit !). Tomè parle d’un « cri contre la persécution des personnes, principalement latino-américain·es, mais des personnes migrantes en général dans le contexte politique mondial actuel ». À travers une création dramaturgique dansée, chantée, rythmée d’un jeu de lumière et d’une composition musicale, les rakatines expriment un mélange de peine, de colère et de joie. Mais c’est aussi unerevendication ludique, « parce qu’il y a une surprise à la fin ». Dans beaucoup de cultures d’Amérique latine, la danse et la musique jouent un rôle social, politique et spirituel. Quand rien ne va, la fête libère, rassemble et réchauffe les cœurs. Pour clôturer la soirée, Wanda prépare un set très ancré dans les musiques urbaines argentines, qui prennent racine dans différents rythmes et mélodies traditionnels du pays. Tout ce qu’il faut pour repartir avec plein de bons souvenirs du Village.
« Hanami, ça ne s’explique pas. Il faut le voir » dit un vulcanologue japonais à son ami capverdien, en buvant un thé dans un champ de lave noire. Hanami, c’est regarder les fleurs printanières des cerisiers, abricotiers ou pêchers, de leur éclosion à la dispersion de leurs pétales, en pluie rose et blanche. Un rituel célébrant un miracle éphémère, renouvelé de saison en saison, une poésie de l’instant fragile et éternel. Ici, sur l’île aride de Fogo, au sud de l’archipel du Cap-Vert, on est bien loin du Japon pourtant. De pluie il n’y en a pas. Ni florale ni liquide. Les racines nourricières ne trouvent plus l’eau et les paysans migrent vers d’autres pays. L’Atlantique, frère lointain du Pacifique, bat les plages de sable gris. Mais le rapport au monde de ces insulaires qui vivent de peu, fraternise avec celui de leurs homologues japonais : la brisure, la séparation se mettent en scène comme un Kintsugi, cette technique ancestrale qui répare les porcelaines brisées à la poudre d’or pour en faire des objets plus beaux, plus riches d’histoire que les originaux. Les paysages sont d’une sidérante beauté. L’abstraction voisine le prosaïque comme dans un haïku. Le titre du film est programmatique : contemplation, fragilité, cassure, reconstitution, sublimation.
Au centre, le regard grave et perçant de Nana, fillette (Dalima Mendes) puis adolescente ( Sanaya Andrade). Le film s’ouvre sur le départ de sa mère, Nia (Alice da Luz) vers une vie meilleure loin du sol natal. Et sur « l’abandon » ritualisé de sa fille : le bébé passe de bras en bras dans une file de femmes de plus en plus âgées.
Nana grandit entourée et aimée par sa famille maternelle : une existence de gestes domestiques simples. La lessive, les repas, les œufs prélevés dans le poulailler qui devient son refuge. Son oncle fait des gâteaux au coco et rêve d’un tiramisu dont aucun des ingrédients n’est disponible sur l’île. Il y a ceux qui sont partis et ceux qui sont restés. La mémoire familiale en photos de pères, mères, enfants, endimanchés pour poser en studio, devant un décor peint. En sourdine et basse continue, la déchirure de l’exil, de l’absence. Les dangers des migrations des hommes et des tortues qui viennent pondre sur les plages de Fogo et dont beaucoup d’œufs puis de bébés sont dévorés par les prédateurs. Le retour des Exilés pour les vacances, déracinés à jamais, étrangers à leur propre culture.
Le chant du monde
Nana garde ses larmes, apprend à tout faire, joue avec les enfants du quartier, s’applique à l’école ; plus tard, elle aidera son oncle qui a réussi à ouvrir une boulangerie. Enfant, son mal intérieur se concrétise par des accès de fièvre et elle ira seule près du grand Volcan chercher auprès d’une guérisseuse, le « savon des sorcières ». Un rite de passage suivi d’une ellipse, qui lui ouvre l’adolescence et l’enracine dans son identité capverdienne.
La langue, les contes anciens où se côtoient pêcheurs et sirènes, le grondement permanent des vagues de l’Océan, la musique des mots créoles, de l’air dans les coquillages collés à l’oreille, ont façonné son imaginaire. La caméra observe Nana qui observe le monde ; elle la duplique en jeux de miroirs quand la jeune fille retrouvera Nia, sa mère revenue pour quelques semaines sur l’île.
L’effet immersif du film s’opère grâce à une BO subtile et lancinante, aux plans fixes d’une incroyable beauté plastique, composés comme des tableaux par la directrice de la photographie espagnole Alana Mejía González. Grâce aussi à un rythme lent et envoûtant qui semble suspendre le temps entre rêves et matérialité essentielle du monde.
Le festival de la photographie à Arles est événement international qui dure 4 mois et s’appelle les Rencontres. Un drôle de titre, historique, pour une manifestation qui se décline essentiellement en expositions et non en débats. Mais ces Rencontres de la photographie ouvrent toutes les portes du monde, donnent à voir les voix des peuples, éclairent aussi les combats intimes, secrets et douloureux, des gens. Dans leurs différences historiques, civilisationnelles, géographiques, saisis par des regards d’artistes, les gens apparaissent dans leur humanité commune.
Là est le paradoxe de la rencontre photographique : l’objectif reste profondément subjectif, le cadre donne conscience du hors champ, l’instant figé de l’épaisseur du temps. Celui qui regarde peut alors, vraiment, rencontrer ce qui surgit. L’autre humain, l’étonnante altérité animale, les paysages comme autant d’horizons à habiter, à évoquer, à reconstruire.
Dans un monde campiste, binaire, qui ne cherche qu’à opposer, confronter et vaincre ces rencontres n’ont pas de prix. Elles empruntent un chemin aujourd’hui négligé, celui de la dialectique qui dépasse les oppositions et qui, sans les nier, construit une troisième voie.
Foules, fous, folles… Foot !
La photographie peut saisir l’inopiné. L’illustration, comme celle de notre collaboratrice Mona Lobert, peut aussi concentrer le réel, le confronter, comme le font nos cerveaux lorsqu’ils rapprochent des images mentales. Ou comme l’a fait le hasard, le 4 juillet. Non pas à Arles, ou la question du genre et des homophobies sont peu présentes cette année, mais à Marseille, qui a vécu une belle Rencontre.
La Pride est une fête où les différences se déclinent en initiales qui loin de s’affronter se complètent et s’augmentent. Chaque Pride est une intense rencontre avec soi-même et l’alter ego, que ne peuvent comprendre vraiment celleux qui ne se confrontent pas au regard désapprobateur de l’autre. Ou à l’incompréhension. Ou encore, plus facile mais toujours agaçant, à la surprise. Les LGBTQIA+ savent que ces regards ne sont jamais loin de la gifle, du rejet brutal, que certain·es vivent encore jusque dans leurs familles.
Or samedi 4 juillet toustes les queers de la cité phocéenne se sont retrouvé·es face à une foule heureuse fêtant la victoire de l’équipe du Maroc. On aurait pu imaginer sinon une confrontation, du moins une hostilité ou un évitement : l’homosexualité est interdite et punie d’emprisonnement au Maroc, le milieu du foot reste homophobe et sexiste, et la séparation en genre est la règle de base du sport– il s’agit, d’ailleurs de la Coupe de Monde de football masculin, ce que personne ne précise jamais.
Typologie de la fête
Or une véritable rencontre a eu lieu. Peut-être parce que les queers, profondément antiracistes, étaient visiblement content·es de la victoire et de la joie des marocain·es. Peut-être parce que les drapeaux colorés, surtout lorsqu’ y figurent des étoiles, rapprochent celleux qui les brandissent ou s’en couvrent les épaules. Plus probablement parce que toustes étaient en quête de fierté, cette pride si particulière qu’éprouvent les discriminé·es lorsqu’iels ne rasent plus les murs, et prennent un peu la rue.
Sur les quais du Vieux Port toustes sont allé·es ensemble, après la victoire marocaine, ou après le show de Mami Watta et Ruby, supporter le match très masculin France Paraguay. Les échanges de coups bas ont été sifflés d’un même élan patriotique, et personne n’a empêché la communion de toustes ces francaise·s binationaux·ales, bisexuel·les ou bizarres.
Il ne s’agissait plus d’un tête-à-tête avec un alter ego, mais bien d’une rencontre du troisième type. Celui qu’on comprend mal, cet alien aliéné venu d’un autre monde en soucoupe volante. Avec qui on peut chanter.