L’association marseillaise Le Nomad’ pense à l’année des activités tournées vers l’accès et la découverte de la culture et des musiques par les plus jeunes. Si son festival Babel Minots est central dans le milieu du spectacle jeune public en France, elle est à l’origine d’une panoplie d’actions culturelles destinées aux enfants et adolescents marseillais. Au cœur des ces actions et de toutes les activités de l’association : la musique ! De l’éveil à la pratique, du journalisme au chant, de la maternelle au lycée, l’art musical s’ouvre, se décortique, se vit et se partage.
Parmi ses plus grandes actions, la Cité des Minots – créée en 2015 – qui vise chaque année à la découverte de répertoires communs par plusieurs centaines d’écoles élémentaires marseillaises. Le projet d’éducation artistique et culturelle est porté pendant sept mois par le Nomad’ avec la complicité de chef·fe·s de chœur et des instituteur·ices de classes du CE1 au CM2, qui accompagnent les enfants dans l’apprentissage de chants et chansons du monde entier, variant chaque année selon les artistes invités à imaginer ces répertoires.
En 2026, ce sont 800 écoliers de 15 établissements installés dans différents quartiers de Marseille qui répètent pendant plusieurs mois les chansons qu’ils interpréteront en chœur d’enfants sur la scène du Silo depuis le 23 juin et jusqu’au 25 juin, aux côtés de grands artistes.
Min’ô micros
Le 23 juin, 270 élèves ont ainsi accompagné la chanteuse et compositrice Lia Naviliat, qui a imaginé pour l’occasion un répertoire hommage à ses racines sud-américaines.
Ce 24 juin, Bruno Allary et la Compagnie Rassegna s’entourent d’autant d’autres minots, familiarisés cette année à des chants populaires de toute la méditerranée.
Vendredi 25, ce sont Rosemary Standley et Dom la Nena, du duo onirique Birds on a Wire, qui s’accompagnent des 270 derniers écoliers et de l’Orchestre philharmonique de Marseille pour un final multilingue autour de chants teintés d’imaginaire, de voyages ou des luttes populaires.
Ces concerts sont totalement gratuits (sur réservation), et leur portée est vaste ; les minots de Marseille découvrent l’art du chant, ainsi que la pratique collective, et sont au contact d’artistes de renom ainsi que de nombre de métiers du monde su spectacle. Une première scène au Silo, on s’en souvient !
LUCIE PONTHIEUX BERTRAM
La Cité des Minots Jusqu’au 25 juin Silo, Marseille
Au programme de ce nouveau cycle, qui se tient du 30 juin au 18 août, quatorze films à re-découvrir, du cinéma d’après-guerre jusqu’à nos jours. On verra notamment Hungry Jearts de Saverio Costanzo ; Palerme de Emma Dante ; Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini ; ou encore Habemus Papam de Nanni Moretti.
Pour la soirée d’ouverture ce 30 juin, une rencontre à ne pas manquer. La réalisatrice Isabel Coixet sera en visio-conférence pour parler de son dernier film Trois adieux – avec Alba Rohrwacher, Elio Germano et Francesco Carril – présenté en avant-première au public marseillais.
Lancés le 8 juin, les concerts hors-les-murs pensés comme des préludes au festival se multiplient de part et d’autre du Pays d’Aix, des Bouches-du-Rhône et même des Alpes-de-Haute-Provence. C’est ainsi au Théâtre Jean le Bleu de Manosque que Nathanaël Gouin se plongera ce mercredi 24 juin dans une lecture de la Water Music de Haendel s’apparentant à une réécriture. Où l’art délicat et sublime de la transcription permettra au pianiste d’arpenter les rives du Westminster Bridge, mais aussi celles de la Vtlava de Smetana, La Vague et la Cloche de Duparc ou encore le Turandot de Puccini. Une belle ode au voyage !
Rendez-vous ensuite à Marseille le 26 juin pour un récital de Dmitry Masleev dédié au post-romantisme lyriquissime de Rachmaninov et Mendelssohn. Le même soir, du côté de Gordes, au Théâtre des Terrasses, Jean-Philippe Collard fera résonner lui aussi des pages lyriques et mélancoliques ; celles de Bach, de Ravel – Pavane pour une infante défunte et Oiseaux tristes, entre autres – et Rachmaninov, toujours. Le lendemain, toujours au Théâtre des Terrasses, Philippe Bianconi se plongera dans les pages les plus picturales de Liszt – Troisième Année de Pèlerinage, Saint François de Paule marchant –, de Ravel – Gaspard de la nuit – et de Schumann – Kinderszenen, entre autres.
Le 2 juillet, les Carrières de Rognes accueilleront un trio à tomber : Alexandre Kantorow, Liya Petrova et Lise Berthaud dans les plus belles pages de César Franck et Antonin Dvořák. Cap ensuite sur Lambesc les 6 et 7 juillet : le parvis de l’Église Notre-Dame de l’Assomption accueillera tout d’abord le Trio Owon sur des pages d’Haydn, Schumann, Schubert et Mendelssohn. Avant que ne lui succède Frank Braley et son programme soliste explorant Mozart, Beethoven, Schbuert et Debussy. Rendez-vous pour la suite des évènements, dès le 16 juillet, à l’emblématique Parc de Florans.
SUZANNE CANESSA
Préludes du Festival de La Roque d’Anthéron Jusqu’au 7 juillet Divers lieux, Provence
Six ans après Une Passion Simple, adapté du roman d’Annie Ernaux, la réalisatrice française invente une histoire d’amour et propose un film politique en résonance avec nos temps troublés par les haines.
L’action se passe à Beyrouth. Impossible de tourner dans ce pays dont le sud est bombardé par Israël. Impossible pour la réalisatrice de créer un Liban de carton. Elle imagine alors un dispositif spécifique : les lieux sont filmés par une équipe sur place qu’elle dirige depuis Paris. Ces images rétroprojetées se combineront dans le plan, aux images réelles. Joli travail opéré avec la directrice de la photo Céline Bozon qui rend tangible la fragilité d’une ville que la réalisatrice craint de voir disparaître. Un artifice du cinéma ancien qui donne écrin au mélodrame façon Douglas Sirk.
Suzanne (incarnée magistralement par Hiam Abbass) est une Palestinienne installée depuis longtemps à Beyrouth. Elle est veuve, a deux enfants adultes et un petit-fils. Chrétienne, intégrée dans la société libanaise mais toujours dans le no man land de l’exil. Entre son pays d’origine et celui où elle a dû faire sa vie.
Osmane (Mohamat Amine Benrachid) est un émigré soudanais sans papier, qui veut gagner l’Europe. En transit, entre le pays qu’il fuit et celui qu’il espère. La rencontre de ces deux-là, est de hasard et de nécessité.
Elle le défend alors qu’il est agressé dans la rue. Scène ordinaire d’un racisme endémique, filmée en musique et en très gros plans dans une chorégraphie qui refuse le réalisme.
Suzanne a plus de 60 ans, il en a 27. Une histoire d’amour naît entre eux. Le jeune Africain s’installe chez elle au grand dam de ses voisins et de ses enfants. Pourtant jamais il ne profitera d’elle qui retrouvera par lui, sa rébellion originelle, constitutive de son histoire. Contre l’ostracisme, les préjugés, la mesquinerie, la bêtise. Contre l’obscurantisme d’une société libanaise fermée, les amants tissent une relation complexe et solaire, dansent sur l’abîme que promettent les informations à la télévision. « Un jour, tu ris, un jour tu pleures/ Un jour tu ris, un jour tu meurs » chante Julios Iglésias
Pour Danielle Arbid, peu importe que cet amour soit improbable. C’est sur une dualité, conflictuelle ou fusionnelle, que se construit son film auquel elle refuse un épilogue, heureux ou malheureux, le laissant en suspens.
Un Ours dans le Jura Michel et Cathy, couple de pépiniéristes usé par les dettes autant que par l’érosion conjugale, ne se parlent plus vraiment. Jusqu’au jour où un accident absurde impliquant un ours – pas très commun dans le Jura –, deux cadavres et deux millions d’euros en billets usagés leur donnent soudain de bonnes raisons de se taire ensemble. La tentation est trop forte : les voilà malfaiteurs malgré eux, embarqués dans une mécanique de mensonges, de disparition de corps et de décisions de plus en plus calamiteuses. Hiver rude, gendarmerie locale dépassée, truands en embuscade, running gags et rebondissements en série : on se croirait chez les frères Coen. Et c’est pourtant Franck Dubosc qui signe cette comédie policière très drôle et très noire, où tout le monde finit par échouer au Cul Pidon, club échangiste tenu par une Emmanuelle Devos impayable. Laure Calamy y est formidable en femme au bord de l’explosion, Benoît Poelvoorde et Joséphine de Meaux composent un duo de gendarmes délicieusement dépassé, dans un film qui trouve son meilleur rythme lorsqu’il assume jusqu’au bout l’art du dérapage. Mercredi 15 juillet Square Gilabert,Lavéra
En Fanfare Avec En fanfare, Emmanuel Courcol fait de la musique un révélateur social autant qu’un possible lieu de réparation. Thibaut, chef d’orchestre reconnu, apprend qu’il a été adopté lorsqu’une maladie l’oblige à rechercher un donneur compatible. Il découvre alors Jimmy, frère biologique resté dans le Nord, employé de cantine et tromboniste dans une fanfare. Tout pourrait tourner à l’opposition facile entre grande musique et pratique populaire, réussite individuelle et vies modestes, élégance bourgeoise et gouaille ouvrière. Le film se révèle au contraire d’une grande finesse. Il regarde ce que les trajectoires sociales fabriquent d’écarts, de malentendus, de blessures, mais aussi ce qu’un collectif peut encore réparer. Dans la fanfare, comme au cœur d’un orchestre, on ne joue pas pour briller seul : on écoute, on reprend, on tient la note avec les autres. Benjamin Lavernhe compose un Thibaut fragile derrière la maîtrise, tandis que Pierre Lottin donne à Jimmy une présence à la fois butée, drôle et bouleversante. Sans renoncer aux ressorts de la comédie populaire, En fanfare touche lorsqu’il rappelle que le commun se travaille, se répète, s’accorde. Mercredi 22 juillet Maison de Saint-Julien-les-Martigues
Youssef Salem a du succès Co-scénariste, entre autres, du Nom des Gens,la réalisatrice Baya Kasmipoursuit dans Youssef Salem a du succèsson exploration tendre et inquiète des névroses familiales. Derrière l’allure de comédie bien troussée, le film regarde ce qui se tait, se refoule, se transmet. Youssef, écrivain magnifiquement incarné par Ramzy Bedia, voit son roman Le choc toxique, inspiré sans ménagement de sa propre famille, sélectionné pour le Goncourt. Une consécration, certes, mais surtout une catastrophe possible : que se passerait-il si ses parents découvraient, sous la fiction, les secrets de leurs enfants, les désirs tus, l’homosexualité gardée secrète de sa sœur, les frustrations et les mensonges accumulés ? Portée par des dialogues vifs, l’énergie de Noémie Lvovsky en agente littéraire et la révélation Melha Bedia, formidable en cadette frondeuse, la comédie assume le burlesque sans esquiver la mélancolie. Kasmi y signe un film drôle, sensible, moins préoccupé par le regard communautaire que par le vertige intime du jugement familial. Mercredi 29 juillet Place Jean Jaurès, Ferrières
Le Répondeur Baptiste a du talent, mais peine encore à percer. Imitateur virtuose, il ne parvient pas à vivre de son art, jusqu’au jour où Pierre Chozène, écrivain célèbre en mal de silence, lui propose un drôle d’emploi : répondre au téléphone à sa place, avec sa voix, ses intonations, ses humeurs. Le dispositif pourrait n’être qu’un ressort de vaudeville ; Fabienne Godet en tire une comédie plus fine sur la délégation de parole, la reconnaissance et les vies qu’on traverse par procuration. Baptiste interprète, infléchit, invente, finit par prendre au sérieux ceux que l’écrivain tenait à distance. Salif Cissé donne à ce personnage en quête de légitimité une délicatesse incarnée, face à un Denis Podalydès parfaitement à l’aise en auteur absorbé par son propre prestige. Sous les quiproquos, Le Répondeur laisse également affleurer une jolie mélancolie, et même un certain vertige : celui des voix que l’on autorise, que l’on délègue, que l’on imite ou que l’on choisit de silencier. Vendredi 31 juillet Plage des Laurons
Kneecap Biopic pas comme les autres signé par Ruch Peppiatt, Kneecap aussi nerveux que le trio dont il raconte la naissance. À Belfast, Naoise, Liam Óg et JJ, membres du vrai groupe Kneecap et interprètes d’eux-mêmes, arrachent le gaélique irlandais aux marges où l’on voudrait le cantonner pour en faire une langue de fête, de provocation et de résistance. Le film épouse leur énergie : montage heurté, humour sale gosse, drogues, slogans, concerts en surchauffe, refus obstiné de rentrer dans le rang. Mais derrière l’insolence, quelque chose de plus profond circule : le poids de l’histoire nord-irlandaise, la mémoire encore vive du conflit, la transmission familiale, la possibilité pour une génération de parler autrement que dans la langue du pouvoir. Michael Fassbender, en père républicain fantomatique, donne au récit une gravité souterraine. Un film indocile, drôle, furieux, où le rap devient moins une échappatoire qu’une manière de reprendre possession du commun. Jeudi 3 septembre Cour de L’Île Dans le cadre du Festival Terre de Résistance
Tout le programme cinéma Toutes les projections débutent à partir de 21h30 en juillet, et 21 h en août.
30 juin : La vie, en gros de Kristina Dufková - Cour de l’école Damofli, Saint-Jean 2 juillet : Un P’tit truc en plus de Artus - Maison de Carro 15 juillet : Un ours dans le Jura de Franck Dubosc - Square Gilabert, Lavéra 16 juillet : Paddington au Pérou de Dougal Wilson - Cour du gymnase Di Lorto 17 juillet : Sauvages de Claude Barras - entrée principale parc Paul Lombard, Figuerolles 21 juillet : Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau de Gints Zilbalodis - Chapelle Sainte-Croix, La Couronne 22 juillet : En Fanfare de Emmanuel Courcol - Maison de Saint-Julien-les-Martigues 23 juillet : Sonic 3 de Jeff Fowler - devant le centre social Paradis Saint-Roch 28 juillet : Le Robot Sauvage de Chris Sanders - Maison de Saint-Pierre-les-Martigues
29 juillet : Youssef Salem a du succès de Baya Kasmi - place Jean-Jaurès, Ferrières 30 juillet : Dragons de Dean Deblois - Chapelle de la Miséricorde (Notre-Dame des Marins) 31 juillet : Le Répondeur de Fabienne Godet - Plage des Laurons, Terrain de sport 5 août : Dumbo de Tim Burton - place du Marché, La Couronne 6 août : L'Amour ouf de Gilles Lelouche - Théâtre de verdure, Ferrières 11 août : Linda veut du poulet de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach - Parc des sports Julien Olive 13 août : Le comte de Monte-Cristo de Matthieu Delaporte - Théâtre de verdure, Ferrières 15 août : Flo de Géraldine Danon - port de Carro 20 août : La Fureur du dragon de Bruce Lee - Théâtre de verdure, Ferrières 21 août : Chien de la casse de Jean-Baptiste Durand - Place Mirabeau, L'Île 27 août : Astérix et Obélix : mission Cléopâtre de Alain Chabat - Théâtre de verdure, Ferrières 3 septembre : Kneecap de Rich Peppiatt - Cour de L’Île (dans le cadre du festival Terre de Résistance)
Dans un petit village du Sud, Dog et Mirales traînent et divaguent ensemble depuis l’enfance. Le premier, taiseux et doux, semble toujours s’excuser d’exister ; le second, bravache, logorrhéique, brillant et insupportable de mauvaise foi occupe tout l’espace pour ne pas laisser voir ce qui le ronge. L’arrivée d’Elsa, dont Dog tombe amoureux, vient fissurer cette amitié faite d’habitudes, de domination tendre et de cruautés ordinaires. On a beaucoup parlé, à la sortie du film, de la révélation Raphaël Quenard, et de son énergie comique, imprévisible, presque épuisante. Mais Chien de la casse vaut tout autant par le jeu plus secret d’Anthony Bajon et de Galatéa Bellugi : lui dans une timidité bouleversante, elle dans une douceur qui n’a rien de décoratif. Jean-Baptiste Durand filme ainsi la jeunesse des villages, l’ennui, les liens qui enferment autant qu’ils sauvent. Un premier film drôle, mélancolique, d’une grande justesse sur ces amitiés masculines qui ne savent pas toujours comment devenir de l’amour sans se charger de violence.
Depuis plus de vingt ans, la compagnie Sacekripa, fondée en 2003 par Morgan Cosquer, Benjamin De Matteïs, Mickaël Le Guen, Etienne Manceau et Vincent Reversat, développe un univers de cirque plein d’acrobaties, de jongleries, de cascades et de clown. Arrivés en 2022, réfléchissant à une nouvelle création, ces acrobates, jongleurs, voltigeurs, porteurs se sont dit : « La rue, c’est fait. La salle de spectacle, c’est fait. Le chapiteau, c’est fait. Et pourquoi pas dans l’eau ? ». C’est ainsi qu’est né Surcouf, une proposition flottante, avec « du cirque, du risque, de l’humidité et une grande humanité ».
Le spectacle met en scène deux faux marins (Mikael Le Guen et Benjamin De Matteis), plus maladroits que redoutables, embarqués dans une aventure aussi épique que dérisoire. L’espace scénique se réduit à un radeau de 2m x 2m, avec, pour y accéder, une barque exiguë et instable. Le public se tient sur les berges et assiste au naufrage en cours.
Entre portés acrobatiques, combats improbables et situations cocasses, le duo détourne les codes de la piraterie pour en faire un terrain de jeu burlesque. Mais, sous les rires, se raconte aussi « l’instabilité, la grande nécessité de s’accrocher et de se soutenir, le besoin de garder le cap quand tout vacille sous le poids de l’incertitude ».
Cagole Nomade : Marseille en talents hauts
Changement d’ambiance pour le deuxième rendez-vous spectacle de la soirée avec le cabaret libre et participatif des Cagole Nomade, projet né en 2019 à l’initiative de deux jeunes marseillaises meilleures amies, Moranne Deroff et Lisa Billiard : « L’idée était la suivante : prôner, à travers ce projet, l’égalité des genres dans la liberté de se mouvoir, d’exister, de se revendiquer ». Organisatrice entre autres rendez-vous délivrés-libérés de La Saint Valentchoin ou du Cagole Paradise Festival, Cagole Nomade retourne le stigmate et revendique le mot « cagole » comme un étendard populaire : une manière d’assumer les accents, les excès, les paillettes et l’humour marseillais, tout en célébrant des figures féminines populaires.
Au menu de ce Cabaret joyeusement excessif donc, du chant, de la danse, de l’humour, du drag, et des numéros participatifs dans un esprit punk, LGBTQIA+ friendly et festif. Et une façon d’actualiser l’héritage des cabarets populaires, des revues marseillaises et des fêtes de quartier, en y injectant des questionnements contemporains sur les identités, le genre et le vivre-ensemble.
Vaudou funk
La soirée se concluera avec le groove made in Vaudou Game, groupe fondé en 2013 à Lyon par le musicien togolais Peter Solo, fusionnant les rythmes vaudou du Togo avec l’afro-funk des années 1970, hérité de James Brown, Fela Kuti et des Poly Rythmo de Cotonou.
Le guitariste et chanteur explique souvent que son objectif est de montrer la richesse spirituelle et musicale du vaudou, élément culturel et religieux majeur du Togo, loin des clichés occidentaux qui le réduisent à une image folklorique ou inquiétante.
Sur scène six musiciens, cuivres, guitares, claviers, chants en langue mina, percussions inspirées des cérémonies vaudou et lignes de basse très funk pour des morceaux qui montent progressivement en transe.
Une dimension festive qui n’empêche pas le groupe d’aborder des thèmes sociaux et politiques, dans la lignée des grandes formations afrobeat, invitant le public à la fois au « vaudou-funk » et à la réflexion.
Toutes les cultures font des banquets, ont des comiques, et des chansons populaires. Un universel qui se décline en une infinité de variations, qui vont trouver place au Village autour d’un grand banquet et d’un karaoké géant.
C’est toute la ville qui a composé le menu, quartiers par quartiers, retrouvant les saveurs provençales, celles de la mer et de l’étang, mais aussi toutes celles venues d’ailleurs, dans la diversité des cultures présentes à Martigues. Avec Althae à la guitare et au chant, la soirée commence ra tout en douceur et en partage d’émotion, et de saveurs.
Mamari prendra la suite : l’humoriste, qui sur Radio Nova réveille les ondes en démontant les relents racistes et LGBTQIphobes des discours publics, est tout sauf sinistre. Son spectacle, Trop drôle pour mourir, en témoigne. Femme, noire, exilée, survivante d’inceste, queer, handicapée … « en termes d’intersectionnalité, je suis le rond-point des Champs-Élysées ».
Puis les convives seront invité·es à chanter. Pas sur des vidéos enregistrées, mais avec des musiciens, ceux du Karaoké Orchestar, qui savent accompagner les amateurs, les rattraper et les attendre, et s’adapter à leurs voix. Et à leurs répertoires, venus d’ici, d’ailleurs ou d’il y a longtemps !
Une soirée qui commence à 20 heures par un « Pot de départ » : celui de Se sauver de la compagnie Les Janettes. Il s’agit de boire un dernier verre pour dire adieu à trois femmes, personnages de fiction, qui se sont infiltrées dans la vie quotidienne de Martigues (rues, places, jardins, commerces…) pendant les trois jours précédents ! Trois femmes, qui ont fui leur quotidien et se sont retrouvées sur les routes, avant de débarquer au bord de l’étang de Berre : « La première s’est échappée de son mariage. La deuxième a tellement rêvé d’aventure qu’elle a fini par se lancer. La troisième a déserté son bureau ».
De la fiction faisant effraction dans la réalité, et une série théâtrale en plusieurs épisodes (surprises), interrogeant le désir universel de fuir une situation devenue insupportable, de rompre avec un destin tracé ou de retrouver une liberté perdue. Créés par une compagnie qui oriente ses recherches autour de l’abolition des frontières entre spectateurs et interprètes.
Tuiles, compagnie Atoll K
À 21 heures, c’est Tuiles, spectacle emblématique de la compagnie Atoll K, créée par les jongleurs Paul Rozaire et Fred Teppe,l’une des références du cirque contemporain, dont le travail est régulièrement présenté en France et à travers l’Europe. Entre jonglage, théâtre visuel et poésie burlesque, Fred Teppe incarne dans ce spectacle un personnage aussi attachant qu’imprévisible : un gourmand compulsif, « chips’opathe », qui tente désespérément de faire bonne figure, irrésistiblement attiré par les fameuses chips-tuiles qu’il engloutit à longueur de spectacle. Tandis qu’autour de lui, les objets prennent progressivement leur autonomie : un tabouret semble vouloir s’échapper, un étendoir à linge mute en créature étrange et les boîtes de chips (aux contenus improbables) se transforment en orchestre ! L’espace domestique devient un terrain d’aventures, où l’absurde, source permanente d’émerveillement, prend ses aises, manipulé par un jongleur virtuose, dans un spectacle qui revendique l’héritage du cinéma burlesque, en particulier celui de Jacques Tati et de Pierre Étaix.
Sharouh
Enfin, à partir de 22h30, la DJ et productrice Sharouh,l’une des figures émergentes des scènes électroniques méditerranéennes, installée à Madrid,proposera aux festivaliers un voyage musical très dansant entre Orient, Méditerranée et cultures électroniques contemporaines. Une artiste qui construit depuis plusieurs années un univers musical en reliant les traditions du Moyen-Orient, du Maghreb, de la Grèce et de la Turquie, en s’intéressant tout particulièrement au rôle joué par les femmes dans cet héritage, mixées aux sonorités électroniques contemporaines.
Musiques arabes, judéo-arabes, berbères ou mizrahi, Sharouh déniche des pépites et les fait dialoguer avec de l’électro, de l’acid et parfois même du punk. Le tout traversé par des prises de parole féministes, intégrées sous forme de samples.
Du spectacle de rue des Josianes au concert de l’artiviste brésilienne Bia Ferreira, jusqu’au DJ set électrique de la DJ marseillaise Carlala, cette première soirée au Village s’inscrit sous le signe de la résistance, de la curiosité, de la diversité et de la fête populaire.
Premier rendez-vous vers 20 heures avec le spectacle Josianes ou l’art de la résistance : un spectacle de la compagnie Les Josianes, née en 2020 sous l’impulsion de la chorégraphe Julia Spiesser, qui, après plus de vingt-cinq ans consacrés à la danse, a trouvé dans le cirque un nouvel espace d’exploration artistique, conjuguant « goût du risque » et « philosophie de l’audace ». Deux dimensions qu’elle associe à son engagement féministe et à son histoire familiale marquée par la mémoire de résistant·e·s.
Josianes ou l’art de la résistance est un spectacle de théâtre de rue qui convoque donc danse contemporaine, danse verticale, cirque et chant polyphonique. Sur scène quatre femmes (dont Julia Spiesser) racontent leurs aventures rocambolesques, en multipliant acrobaties, chorégraphies endiablées et situations burlesques. Mais derrière la fantaisie se dessine une réflexion sur les formes de résistance que les femmes inventent au quotidien, et sur les héritages transmis de génération en génération.
Voix d’un Brésil en lutte
Vers 21 heures, la chanteuse brésilienne Bia Ferreira prendra le relais.
Chanteuse, compositrice, multi-instrumentiste et militante, elle est devenue au fil des années une figure majeure des mouvements féministes, antiracistes et queer au Brésil et revendique le terme d’« artiviste » (contraction d’artiste et d’activiste).
Née dans l’État du Minas Gerais, elle a commencé l’apprentissage du piano dès l’enfance avant de construire un parcours indépendant qui la conduit désormais sur les plus grandes scènes internationales.
Ses chansons abordent les discriminations raciales, les violences sexistes, les droits LGBTQIA+ et les inégalités sociales qui traversent la société brésilienne.
Sa musique puise dans les traditions afro-brésiliennes, la soul, le reggae, le jazz ou encore les musiques populaires du Brésil. Plusieurs de ses morceaux sont devenues emblématiques des mouvements sociaux contemporains, notamment Cota Não É Esmola (« Les quotas ne sont pas une aumône ») qui défend les politiques de discrimination positive destinées à lutter contre les inégalités raciales.
« Pile électrique marseillaise »
Une soirée se clôturera avec Carlala, nouvelle tête de la scène électronique marseillaise, qui va transformer le Village des Fadas en piste de danse à partir de 22h30.
Une DJ et productrice et « pile électrique marseillaise » qui se fait remarquer depuis 2021 par des sets festifs, puisant dans la diversité culturelle de la ville. Reggaeton, flamenco, funk brésilien, bubbling, guaracha, bouyon ou encore drum and bass vont transformer le dancefloor en lieu de partage où se croisent les cultures populaires du bassin méditerranéen, de l’Amérique latine et des Caraïbes.