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La fuite d’une mère

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Dans un petit appartement d’une cité HLM baptisée ironiquement La Caverne, Amani, 67 ans, femme discrète et aimante, décide un matin de partir sans prévenir personne. Elle laisse derrière elle un simple mot : « Je dois partir, vraiment. Mais je reviendrai. »

Ce départ, sans explication, agit comme un séisme. Hédi, son mari, ancien ouvrier, aimant mais bourru, se débat avec son chagrin et sa colère, remettant en question les repères d’une vie entière. Il retire son alliance, tente de réorganiser l’espace en démontant un à un les meubles de l’appartement, comme s’il pouvait combler l’absence par un nouvel ordre. Leur fils, Salmane, le narrateur, 36 ans, figé dans une adolescence prolongée occupe toujours sa chambre d’enfant dans l’appartement parental, travaille dans un fast-food et tue ses nuits avec ses amis dans les recoins de la cité. Pourtant, brillant au lycée, il aurait pu espérer une meilleure vie. 

Électrochoc

Mais la disparition de sa mère agit comme un déclic. Il s’improvise détective de l’intime, glanant des indices pour comprendre les raisons de cette fugue : une vieille clé, une lettre oubliée, un chat tigré qui semblait n’appartenir à personne.

Pour Salmane, ce roman est autant une quête de la mère qu’une quête de soi. Au fil des quatre jours, il plonge dans l’histoire familiale qu’il revisite sous un jour nouveau : celle des migrations (la Tunisie quittée jadis dans la douleur), des silences lourds et des souvenirs dont on ne parle pas.

Il découvre que derrière le départ de sa mère se cache peut-être un ultime acte d’amour, un électrochoc, un moyen de lui tendre la main pour qu’il grandisse enfin.

Comme son héros, Ramsès Kefi est né en France dans une famille d’origine tunisienne, il a longtemps interrogé dans ses reportages les questions de mémoire, d’identité et de banlieue avec un regard qui mêle engagement, humour et humanité. Avec Quatre jours sans ma mère, il transpose cette sensibilité dans la fiction. Ce roman s’inspire de son propre parcours, sans être autobiographique : c’est une tentative de dire l’indicible des liens familiaux, des ruptures silencieuses, avec une grande pudeur, beaucoup d’humour et de tendresse.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Quatre jours sans ma mère, de Ramsès Kefi 
Éditions Philippe Rey – 19 €
Paru le 21 août 

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Sous la vieille cagole

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Le roman commence de façon alerte et drôle, par une alternance de points de vue entre une mère, Véro, très marseillaise – version sud littoral, plage, verbe haut et copines chouettes – et sa fille unique, Clara, transfuge de classe partie à Paris faire sa thèse et enseigner à Sciences Po. La comédie, dès l’entrée, parle finement de l’amour paradoxal qui lie ces deux femmes apparemment très dissemblables, une relation complexe où cohabitent envie et tendresse, fierté et incompréhension, honte et honte d’avoir honte, le tout pimenté d’un agacement réciproque. 

La plume très vive, familière, orale, de Mathilda di Matteo, sent le vécu, l’expérience d’une Marseille populaire (celle des quartiers Sud), et d’un Paris grand bourgeois, celui des ultra catholiques PAM (Pas Avant le Mariage) qui prend ses congés dans un château familial breton et pratique le collectivisme genré des très riches.

Bref, l’opposition n’est pas tant entre Marseille et Paris qu’entre deux classes sociales, et on se demande vite pourquoi Clara veut partir si loin de sa mère, si attachante, qui pratique certes la nudité tonitruante et la réprobation tacite, mais semble comprendre sa fille comme on lit dans un livre aimé. Les hommes là-dedans, le fiancé poli au cou trop long, le père taciturne et napolitain (pléonasme ?), le tonton très raciste semblent effacés et sans volonté. Sans point de vue narratif, leurs pensées et motivations sont floues et sans teneur…

Points de vue partiels

Le talent de l’écrivaine tient, justement, dans sa maîtrise narrative de l’esbroufe et du sous-jacent. Sans jamais céder à la carte postale corniche et soleil brûlant, ou à la joliesse descriptive des phrases, elle fait tenir tout son roman dans l’action : les gestes, les phrases échangées, mais surtout ce qui se tait, s’exprime entre les lignes, et demeure inconscient des deux narratrices qui prennent successivement la parole, mais ne (se) disent pas tout. 

Ainsi La Bonne mère avance dans ses non-dits, le roman prend peu à peu une épaisseur, une force, qui laissera loin le folklore marseillais, pour parler de violences enfouies. D’abandons, de chocs, d’amour, de la tête d’une petite fille qui vient se lover contre un sein. De la maternité, de la sororité, et de cette féminité intangible qui nous fait dire que Marseille est belle, et que Paris est beau.

AGNÈS FRESCHEL

La Bonne mère, de Mathilda di Matteo
L’iconoclaste
Paru le 21 août

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Rencontre avec Mathilda Di Matteo le 8 janvier 2026 - 18h30 à la librairie mima

Errer, entre la vie et la mort

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Nino (C) Jour2Fete

Le ciel peut vous tomber sur la tête. C’est ce qui arrive à Nino Clavel (Théodore Pellerin) quand il vient chercher des résultats médicaux pour renouveler un arrêt de travail. « Vous avez un rendez-vous de PPS [parcours de prévention santé], on va vous détailler les soins dont vous avez besoin. » Nino a 28 ans, pas d’antécédent familial. On lui montre des images : il a une masse sur la paroi latérale de l’oropharynx… un cancer généré par un papillomavirus. Incrédulité, stupeur, Nino est comme foudroyé. « Quelles chances de mourir ? » demande-t-il. Pour avoir des chances de vivre, il lui faudra six mois de chimiothérapie et douze de radio. On est vendredi. Il commence ses soins le lundi.

On lui conseille de s’y faire accompagner par quelqu’un de solide. Trois jours. Temps mort ou à vivre. Trois jours d’errance dans Paris puisqu’au moment où il veut rentrer se terrer chez lui, il ne retrouve plus sa clé. Nino n’arrive pas à confier aux autres ce qui lui arrive, ni à son meilleur ami, Sofiane, (William Lebghil) ni à sa mère (Jeanne Balibar), une femme aux réactions inattendues, à qui il pose des questions sur la mort de son père à 44 ans. Dans une très belle séquence, filmée en gros plan, tête contre tête, elle évoque sa naissance, ses yeux grands ouverts : « Tu voyais tout mais tu ne regardais rien ! » Que regarde-t-il à présent ? Une ville qui continue à vivre. Dans une dérive flottante, il croise des gens dont un homme assez loufoque (Mathieu Amalric), une ancienne connaissance de collège (Salomé Dewaels), la sœur de Sofiane.

Malgré le sujet douloureux, Pauline Loquès chronique sans pathos ces trois jours en suspens, faisant confiance à celui qui joue ce jeune homme très déconnecté, extrêmement seul, qui semble au départ se diriger vers la mort et qui, paradoxalement, peu à peu, se met à vivre dans le présent.

Théodore Pellerin est extraordinaire.La directrice de la photo, Lucie Baudinaud, cadre son visage,au plus près, nous faisant ressentir et découvrir tout ce que Nino ne dit pas. Un film lumineux, émouvant, délicat, émaillé de séquences drôles et de situations cocasses. Sélectionné à la dernière Semaine de la Critique, il a reçu le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation. Au départ rédactrice pour des émissions culturelles, Pauline Loquès a fait  une formation de scénariste : son premier long métrage est un coup de maitre !

ANNIE GAVA

Nino, de Pauline Loquès
En salles le 17 septembre

Lire ICI une interview de Pauline Loquès

Jardin d’enfance

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Un retour dans le jardin de son enfance a suscité le jaillissement de souvenirs enfouis. Aussi, Valentine Goby a choisi de les ressusciter à travers l’histoire de Vive, une petite fille qui fréquente encore l’école primaire, vit dans une grande maison dans le Sud de la France avec ses parents, Marco et Annabelle, Dan, son frère de quinze ans, le bébé Aimé et la chienne Jujube, compagne fidèle. 

Le récit commence par une anecdote qui prend peu à peu l’importance d’un drame pour Vive : l’élagage du palmier de presque deux siècles, dévoré par les charançons. Reste au milieu du grand jardin le stipe noir, « écharde qui s’enfonce dans le ciel » et, au sol, des larves qui effraient la fillette. 

Le jardin est son domaine, elle connaît le nom des arbres dans lesquels elle cache ses trésors et son père l’initie aux parfums d’écorces et de fleurs qu’il lui offre dans de petits flacons car il parcourt le monde régulièrement à la recherche d’essences pour la parfumerie.

Des zones d’ombre

Peu à peu sourd une sorte d’inquiétude, puis de menace qui se manifeste par l’incapacité de Vive à trouver le sommeil dans le noir de sa chambre. Elle utilise toutes les ruses possibles pour squatter la chambre de ses frères, occuper la place de son père absent dans le lit de sa mère. En revanche, en vacances avec son oncle artificier ou chez sa copine, elle oublie ses angoisses et se consacre à noter des mots nouveaux dans son cahier. Car les mots l’enchantent, comme la poésie. Annabelle décide de confier sa fille à une psychologue. Vive lui racontera son amour des fleurs et livre sa peur des sécateurs rouges. Valentine Goby excelle par petites touches à nous faire ressentir le lent cheminement du malaise vers l’apaisement jusqu’à l’épilogue inattendu. Les quarante et un petits chapitres à la fois savants et sensibles distillent les émotions oubliées pour former un récit étonnant et sensible.

CHRIS BOURGUE

Le palmier de Valentine Goby
Actes Sud - 22 €
Paru le 20 août

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Le retour du swing, du blues et du jazz

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CAT AND THE MINT © X-DR

Du 10 au 14 septembre prochain, Gréoux-les-Bains va une nouvelle fois se réveiller au son du piano et du boogie-woogie. Pendant quatre jours, les mordues de jazz pourront profiter d’une programmation exaltante qui met en lumière la danse et le piano. « Cette année le festival se concentre sur le piano, sous toutes ses formes mais surtout avec des rythmes mythiques du jazz des années 1930 » se réjouit Patrick Bourcelot, président de l’associationorganisatrice Festi Gréoux. Au cœur du festival une recette qui fonctionne toujours : des artistes de talent et le rythme du jazz.

Le premier jour du festival mettra à l’honneur la danse, comme un clin d’œil à l’édition 2024. Sur la piste, deux couples de danseurs. Pour représenter le swing, William et Maéva, et pour le Boogie-woogie, ce sont les Champions de France 2024 du genre Ugo et Leia qui s’assureront d’enflammer la piste de danse. Pour les accompagner l’orchestre jazz Cat and the Mint, qui puisent dans les références jazz des années 1940-50. 

Un concert spécial

Le soir suivant le premier couple est de retour pour montrer leurs talents de danse mais ils seront cette fois-ci accompagnés du groupe Jérôme Gatius Hot Five, qui s’inspire du trad jazz de la Nouvelle-Orléans. Le vendredi fait honneur au jazz manouche avec sur scène Angelo Debarre. Guitariste reconnu, il propose, accompagné par le violoniste Marius Apostol, un bel aperçu de la virtuosité de la musique tzigane. Après trois jours bien remplis, Julien Brunetaud et Cili Marsall entreront en scène pour offrir au public leurs talents de pianiste. Sur scène les deux artistes mettent en avant le jazz, blues et boogie-woogie grâce à leur instrument et à une approche singulière du jazz. 

Pour le dernier jour du festival, la programmation promet un concert de pianos croisés original. Sur scène trois pianistes aux doigts d’or. Nirek MokarKatharina Alber et David Giorcelli, trois prodiges mais chacun avec leurs particularités musicales. Sur scène avec eux, la voix puissante de Ster WaxReginald Vilardell à la batterie, Stan Noubard Pacha à la guitare blues et Claude Braud au sax ténor. Une soirée qui promet d’être exceptionnelle pour clôturer le festival. 

MÉLYNE HOFFMANN-BRIENZA

Gréoux Jazz Festival
Du 10 au 14 septembre
Centre l’Étoile, Gréoux-les-Bains

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Premières classes : Ecoles et espoirs en temps de guerre

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Premières classe (C) Dulac distribution

Un film qui met en lumière le courage et la résilience d’une société que l’armée russe tente de détruire en filmant dans tout le pays des écoles qui fonctionnent malgré tout, des enseignants et des élèves qui entament leur vie d’écolier ou qui la terminent.

Et qu’est-ce que la vie ? Allez, lis-le ! demande-une enseignante à un petit garçon

Belle, jeune… lit-il.

Et quelle est la chose la plus précieuse pour chacun de nous ? demande le professeur à la classe.

La Vie! » répondent les élèves en chœur.

Le film construit comme un patchwork nous entraine de ville en ville, d’école en école, de cours de maths à cours d’anglais. Des cours ponctués de minutes de silence que les élèves font debout. Les visages que la caméra balaye lentement, reflètent parfois la peine ou l’inquiétude. Des cours interrompus par les sirènes qui avertissent d’un bombardement. Les écoles qui n’ont pas été détruites, ont des abris souterrains où tous se rendent, sans panique .A Kamianske sur le fleuve Dnipro, près de Zhaporizhzhia, la fête est interrompue et tout le monde s’installe dans un immense abri : les enfants assis, regroupés par classe, parlent, chantent…A Borodyanka, ville détruite dès le début de l’invasion, devant l’école en ruines , une professeure fait son cours de maths via son ordinateur. A Mykolaiv (46 km du front) c’est un cours de survie. A Tcherkassy (265 kms du front) pilotage de drones, leçons   de couture et de danse. Quand une école n’a pas d’abri souterrain, les cours se font dans le métro. A Kharkiv, il y a une école à 6 mètres sous terre. Partout enthousiasme et joie d’apprendre et d’ être en vie. Et puis, dans une classe, une petite fille en larmes devant la photo de son père affichée avec d’autres, morts au combat. Il y a  des moments de pure joie comme la remise des diplômes à Tcherkassy, avec le bal-ballet que les élèves, futurs étudiants, ont longuement préparé, peut-être oubliant un moment que la guerre est là.

Katarina Gornostai avait  ainsi parcouru l’Ukraine avec son équipe de mars 2023 à juin 2024 : elle a tenu à ce que la musique ajoute à ces images de courage et d’espoir : une musique écrite par le compositeur d’avant-garde de Kyev, Alexeï Chmourak. Réussi.

On sort de ce documentaire, Premières classes (Stichka chasu) bouleversé. D’autant plus que 6 mois plus tard, rien ne s’est réglé ! Quelle connerie la guerre !Un film qu’il faut vraiment aller voir. !

Annie Gava

Borély dans le turfu

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© instagram @nathan_gt_n

C’est dans l’enceinte du Château Borély, monument marseillais du XVIIIe siècle, que s’est joué Tribute to Mrs, un spectacle aux allures futuristes, mis en scène par la chorégraphe Emmanuelle Luciani, qui y présente « son fantasme, son propre rêve de sa ville ».

En plein trip

Sur scène, des éléments dignes de science-fiction sont installés sur scène, intriguant l’audience et l’immergeant immédiatement dans un univers conceptuel : motos vertes fluo, tubes en fer, miroir, pick-up de chaque côté de la scène, pneus, barre de pole dance… Sur les murs du château sont projetées des lumières colorées, en fond, un film tourné dans les terres rouges de Vitrolles passeen continu : un ambiance d’une autre planète. 

Toute la chorégraphie se développe autour de mouvements au ralenti, s’accélérant parfois au rythme de la musique électronique, et aux pas de boxeurs en plein combat. Les danseuses tournent autour de la barre de pole dance, des athlètes bougent de part et d’autre de la scène, des fumigènes éclatent, une fumée noire sort de nulle part, jusqu’à un feu d’artifice final. 

LILLI BERTON FOUCHET 

Tribute to MRS s’est joué le 29 août au Château Borély dans le cadre de l’Été Marseillais. 

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Aller vers… Marseille, la musique, la fantaisie 

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Muerto Coco © Baptiste Ledon

Les Théâtre(s) n’ont pas encore fait leur rentrée, mais leur dispositif hors-les-murs, lui, est déjà de retour. Imaginé par Dominique Bluzet pendant la crise sanitaire et créé en 2021, Aller vers invite depuis maintenant cinq éditions des artistes à des cartes blanches dans des lieux non dédiés de la région. 

Pour la proposition de septembre (et avant-dernière proposition de la cinquième édition), Aller vers invite des habitués du dispositif : le Détachement International du Muerto Coco

L’année dernière, ces derniers avaient créé Garçon, un demi !, conçu et écrit par l’un des membres fondateurs, Maxime Potard. Et se joignaient pour l’occasion à trois nouveaux collaborateur·ices : Colline Trouvé, et les musiciens Boris Vassalucci et Tom Gareil. Car il s’agit évidemment d’un spectacle musical, qui réunit tous les éléments qui ont fait le succès de Muerto Coco : du théâtre de rue, une écriture contemporaine mêlant musique et théâtre, et de la fantaisie.  

Demy et Legrand au café 

Pour l’écriture de Garçon, un demi !, le Muerto Coco s’est directement inspiré des comédies musicales de Jacques Demy et Michel Legrand. Mais ici, il n’est pas question de Cherbourg, ni même de Rochefort, mais bien de Marseille. Colline Trouvé et Maxime Potard interprètent deux étonnants touristes, à moitié prince et princesse, installés en terrasse, contant des « histoires de Marseille encore méconnues à ce jour ». Pour les accompagner musicalement, un gabian au vibraphone et une rate au violon. 

Tout un programme qui s’exporte dans tout le département du 10 au 14 septembre. Le Détachement International commence sa tournée des cafés et terrasses au château de la Buzine (Marseille) avant d’aller vers le Café de la gare de Trets (11 septembre), au Terminus à Saint-Barnabé (12 septembre), au Café Castillon au Paradou et à la Paillotte de C’Pché à Martigues (13 septembre), au Café de la Place à Pélissane et au Train Inc Café à Niolon (14 septembre). 

CHLOÉ MACAIRE 

Garçon, un demi ! 
Du 10 au 14 septembre 
Divers lieux, Bouches-du-Rhône 

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Créateurs en série

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Juliette George Sympathies n°1 Salle principale, 3 bis f, Commissariat Marion Zilio, 2024 ©jcLett

L’édition 2025 d’Art-o-rama s’est achevée ce dimanche 31 août avec l’annonce de l’un des prix décernés lors du salon, le prix Rendez-vous du Design et de l’Art Contemporain (RDV/DAC). Cette année, ses lauréat·es sont le studio marseillais Substance pour le design, et Juliette George, également lauréate du Prix Région Sud Art 2025. Outre leurs travaux respectifs, les visiteurs·euses ont pu ce week-end découvrir des œuvres présentées par des galeries du monde entier, de studios de design marseillais, et d’éditeurs d’arts. 

Il y a avait par exemple l’atelier Tchikebe (Marseille), qui édite des sérigraphies d’artistes français et internationaux, dont Nina Childress, Laure Provost et Claude Viallat. UNBUILT (Paris) a proposé pour sa part un stand aux accents telluriques, avec notamment des lithographies et des plats en céramiques de Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize

Si la plupart des éditeurs présents sont français, les internationaux ne sont pas en reste. On pouvait par exemple découvrir le projet yours truly porté par and the editions (Vienne) qui a proposé à neuf duos d’ami·e·s artistes de créer chacun·e une édition inspirée par l’autre.

Côté design 

Art-o-rama a également investit le Grand Plateau de la Friche avec sa section design, qui permet de découvrir la diversité du design marseillais. En entrant, les visiteur·euses découvrent une Fontaine à sirop en forme de ruche en céramique, dont pendent des tuyaux de plastique, disposée sur un socle à étagère sur laquelle sont disposés des verres à la disposition du public. Et derrière cette fontaine qui appelle à la convivialité, un panneau cousu sur lequel on peut lire « La théorie du ruissellement est restée à l’état de théorie ». 

On doit cette fontaine à l’artiste et designer Zoé Saudrais, lauréate du Prix Région Sud 2024, qui écrit dans une courte note d’intention « Quand tout va mal le mieux reste de se rassembler […] se serrer les coudes et partager un Pac à l’eau ». 

Le groupe Moodoïd propose pour sa part un projet collectif autour de son premier album, Le monde de Möo. Le musicien Pablo Padovani a demandé à dix artistes et artisans marseillais·es de créer chacun·e une pochette de vinyle inspirée par l’une des chansons de l’album. 

Dans la section design, il était aussi possible de découvrir Play on Craft, un échiquier géant aux pions en jacquard de la créatrice Sophia Kacimi, proposé par le Fond de dotation Maison Mode Méditerranée ; les vases et lampes en céramique et grès imprimés en 3D d’Emmanuelle Roule ou encore les lampes de la collection Patella Tyffania 2025 de Michel Bresson, des lampes dont les abat-jour en coquillages et plastique teint sont inspirés par la technique des vitraux Tiffany. 

CHLOÉ MACAIRE 

Le salon Art-o-rama s’est tenu du 29 au 31 août à la Friche La Belle de mai, Marseille.

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Entre deux eaux à Art-o-rama 

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Tranwsition to adulthood, 2025, sculpture-performée, bois, tissus, résine, maquette, micro-électronique, objets divers et bande sonore, 110 x 190 x 86 cm; bande sonore :13'00 © Manon Torné-Sistéro

Line Ajan, curatrice et traductrice franco-syrienne, accompagnait cette année les étudiant·es pour leur exposition de sortie de l’école d’art, dans un contexte politique et environnemental marqué par une instabilité grandissante. 

L’exposition s’ouvre sur un dialogue entre la sculpture de Stella Gercara, faite d’un tissage de feuilles et d’objets anodins réalisée en Algérie, la Banderole des Calanques de Chloé Rozier et la très belle peinture d’Aurélie Arzoine Lafarge évoquant les violences coloniales aux Antilles. 

Entre hommage et dénonciation, avec beaucoup de sensibilité et de générosité, cette ouverture navigue dans l’espace délicat de la parole individuelle, de la transmission et de la mémoire collective de la violence. 

La pièce de Ngoy Clovis M.La dent de LUMUMBA, un tonneau en métal d’où résonne la voix de Patrick Emery Lumumba, leader de l’indépendance congolaise, au dessus duquel flotte une dent sculptée dans une pomme de terre, seule rescapée de son assassinat à l’acide. 

Deux espaces cloisonnés évoquent ensuite des traumas familiaux. Dans une première salle, Emma Cambrier active des archives et conte au public la disparition de son père. Les spectres, les mains, et les regards des peintures de Selma Thies guident avec une tension maîtrisée la déambulation entre les pièces. 

La peinture Tombée dans les fleurs de Camille Noel dialogue avec les pièces de Carla Aouad, constituées d’un herbier de son jardin familial libanais figé dans le verre et d’une vidéo d’archives numériques qui évoque la dissonance de vécus parallèles : celui de « l’être là » qui endure la guerre, et « l’être parti·e » qui subit de loin l’impuissance et la perte. 

Soin et survivance 

La deuxième partie de l’expo est consacrée au soin : Sophie Andry offre au visiteureuses un espace  de repos entouré d’épées de mousse brodées, de rideaux et de sacs de ouate suspendus. Le fauteuil enveloppant de Celia Charles, lauréate du prix François Bret, pensé comme un « mobilier de soin »et l’immense anneau gastrique en céramique de Juliette S. Duval, déploient un laboratoire de formes étranges où chacune vient amplifier l’anachronisme esthétique des autres. Une salle dominée par un rapport au sensible, à l’étouffant et au rêve. 

Un grand rideau de boucher sur lequel est inscrit une liste de néologismes grossophobes inventés par Juliette S. Duval scinde l’espace. Les pièces de Manon Torné-Sistéro évoquent, sous la forme d’étrange meuble-enquête à tiroir et masques de visages en résine, la transition vers l’adolescence et la métamorphose fantastique. 

Précarité des jeunes artistes 

Sara Kiwan expose au sol une série de photographies prises sur son lieu de travail, accompagnée de l’inscription « Je travaille pour payer l’école ». « Contre France Travail, glande générale », une affiche de Capucine Parmentier fait face aux pièces de Marcos Uriondo, lauréat du prix François Bret qui questionne le rapport à la hustle culture (ou culture de l’hyper-productivité) avec l’installation d’une petite fontaine réalisée à partir d’une tasse de café débordante, entourée de broderies de salle d’attente noyées dans le café. 

La justesse et la sensibilité narrative de ces jeunes artistes, leur capacités d’entraide et d’esprit collectif dans la réalisation de cette exposition, permet d’espérer une génération d’artistes engagé·es au travers de leurs sujets de recherches, mais également à l’encontre d’une pression individualisante de plus en plus violente au sein du monde de l’art. 

NEMO TURBANT

Entre deux eaux
Jusqu’au 28 septembre
Friche la Belle de Mai, Marseille

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