vendredi 25 septembre 2026
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Un amour suprême

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Un amour suprême © Philippe de Pierpont

Un amour suprême est né de la rencontre du comédien et metteur en scène Gustavo Giacosa et du musicien Fausto Ferraiuolo avec l’artiste italienne Melina Riccio, surnommée « M. », figure de l’art brut. Elle crée des chansons, des poèmes, des graffitis ou encore des broderies disséminées dans l’espace urbain, avec la conviction que l’art peut contribuer à « recoudre » un monde fragmenté et à sauver la nature et l’humanité menacées.

Sur scène, Gustavo Giacosa et Fausto Ferraiuolo transforment la matière documentaire recueillie auprès de l’artiste en expérience sensible, mêlant narration, images et paysages sonores. Un spectacle qui explore les frontières entre lucidité et folie, poésie et militantisme, tout en se demandant : l’art peut-il encore contribuer à transformer le monde ?

M.V.

19 et 20 mars

Théâtre du Briançonnais, Briançon

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Aterballetto

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Aterballetto - Rhapsody in blue © Christophe Bernard

Saluée à plusieurs reprises à Châteauvallon, la compagnie italienne Aterballetto s’installe les 20 et 21 mars sur la scène du Théâtre Liberté pour y proposer un programme particulièrement alléchant. Rhapsody in blue de Iratxe Ansa et Igor Bacovich ouvrira les hostilités : créée en 2024, cette pièce rassemblant sur scène les quinze danseurs et danseuses de la troupe explore un vocabulaire jazz et un certain sens du tableau et du collectif. Sur un registre plus grave et des tonalités plus sombres, Solo Echo, sublime fresque de Crystal Pite nimbée d’amour et de deuil, lui emboîtera le pas, avant que le nocturne et torride Glory Hall de Diego Tortelli n’explore à son tour ses zones d’ombres et autres outre-noirs. S.C.

20 et 21 mars
Théâtre Liberté, Scène nationale de Toulon

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Hommage à Albert Ayme

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Albert Ayme 1988, Devant le Tombeau de Van Gogh © Pierrette Ayme

Dans le cadre de l’exposition dédiée à l’artiste Albert Ayme, la Galerie Zemma (Marseille) propose d’en explorer les prolongements jusque dans la sphère musicale. Composée et créée en hommage à ce bâtisseur de l’abstraction, dont les vingt-sept pièces maîtresses sont accueillies à la galerie jusqu’au 28 mars, la partition de Jean-Yves Bosseur s’appuie également sur des formes géométriques pour construire un langage nouveau. Écrite pour violon et piano, Due Stelle laisse un espace de liberté à ses interprètes Pascal Delalée et Dan Roth, de même qu’aux œuvres sonores de Bernard Pourrière. Donné dès 19h15, le concert sera précédé d’une visite du parcours de l’exposition. S.C.

19 mars
Galerie Zemma, Marseille

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Bonnes mères au Mucem

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Fatima Mazmouz, SuperOum Zelij, 2022 © Fatima Mazmouz

De l’accueillante Vierge de Notre-Dame de la Garde à ses déclinaisons plus ou moins interjectionnelles, la « bonne mère » continue d’incarner une certaine idée de la féminité, particulièrement ancrée sur le bassin méditerranéen. Partant de ce constat, les commissaires d’exposition Caroline Chenu et Anne-Cécile Mailfert ont conçu, en collaboration avec la Fondation des Femmes, une exposition explorant les représentations et les évolutions de la figure de la mère dans les arts et dans la culture.

Au Mucem, la première partie de leur parcours expose ainsi le mythe de la mère, sa portée symbolique et ses déclinaisons relevant du sacré : des icônes de la Vierge à la mère surpuissante de Louise Bourgeois, les représentations sont nombreuses et toujours passionnantes.

À cette première section succèdera une seconde, dédiée non pas à l’édification mais à la déconstruction du mythe : le biologique et le médical y seront des clés de lecture, gravitant autour, notamment, des menstruations, de l’accouchement, de l’avortement et de la PMA. Les Mater Dolorosa y côtoieront, entre autres, les Mères Méditerranée. Avant que la question de la filiation et de la transmission ne conclue une exposition célébrant une certaine idée du matriarcat. S.C.

À partir du 18 mars
Mucem, Marseille

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Sur le cœur, Fantasmagorie du siècle 21

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Sur le Coeur © Nelly Blaya

En 2027, un nouveau service s’ouvre à l’hôpital de La Salpêtrière, où l’on « soignait » autrefois l’hystérie : on y traite là les maux laissés par la bombe #MeToo. La professeure Rose Spillerman, neuropsychiatre excentrique et son assistant Mario tentent d’élucider le cas d’Iris – une jeune femme soudainement devenue muette, accompagnée de sa sœur Marguerite.

Succès au Festival d’Avignon 2024, la pièce écrite et mise en scène par Nathalie Fillon nomme les violences faites aux femmes sans passer par quatre chemins. Factuellement, elle ausculte. Les mots, les gestes et les chants comblent le silence d’Iris, et autour d’elle, on s’affaire à poser un diagnostic. #MeeToo ébranle une société engluée dans le déni, où les femmes, se taisent, accumulent les non-dits. Une vague d’accusation se déferle sur le patriarcat et ébranle ses fondations. Mais alors, comment envisager un monde post #MeToo ?

C’est ce que veut imaginer Nathalie Fillon, avec finesse et humour dans cette comédie musicale politique. La misogynie se pathologise et s’entreprend, pour la traiter, la psychanalyse déjantée d’une société malade. Une dystopie tragi-comique pas si lointaine où se moquer du masculinisme soulage les blessures qui pèsent encore sur le cœur. Dans un mélange de colère, de joie et de dégout, se forme un discours collectif et intime, qui tente d’ouvrir les possibles. Cette pièce musicale en blouse blanche est jouée, dansée et chantée.

P.L.

Sur le cœur, Fantasmagorie du siècle 21

Du 18 au 20 mars

Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

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Les Sonar Sessions détectent les talents

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glitch©X-DR

Au Théâtre des Salins il y a quelques mois, une grosse centaine de personnes se réunissaient dans la « Salle du bout de la nuit » pour écouter une ribambelle de rappeurs invités par le festival Marsatac. C’était le numéro zéro d’un nouveau dispositif qui a désormais un nom, les Sonar Sessions, et un objectif : promouvoir la scène émergente des musiques actuelles.

Gratuites, ces soirées portées conjointement par la Ville de Martigues et le Théâtre des Salins invitent pour chaque édition une association à construire une programmation autour d’une esthétique musicale. Après le rap de Marsatac, place ce 20 mars au rock indé des Oreilles en face des trous, l’association déjà derrière l’excellent festival La Guinguette sonore à Istres.

Marseille/Grenoble

Pour cette soirée « inaugurale », l’asso istréenne a donc invité deux groupes aux univers distincts. D’abord les Marseillais de Glitch, et son post-punk noisy. Déjà auteur de deux EP (Lanterns en 2021 et Cuprum en 2025), le trio – composé de Mattéo à la batterie, Loreline à la basse et Evan au chant – s’est fait un nom naviguant dans les petites salles marseillaises, et les différentes chapelles du rock qu’il n’a pas peur de mélanger dans ses compositions. À côté d’eux, il y aura les Grenoblois du Quintana Dead Blues eXperience. Un duo guitare/batterie, à l’univers déjanté, rugueux, qui mêle rock’n’roll, grunge et heavy/blues.

D’autres Sonar à l’horizon

Avant la fin de la saison, le Théâtre des Salins proposera une nouvelle Sonar Session ce 22 mai. Elle sera portée par l’association martégale Mistral, autour d’une esthétique pop/soul/r’n’b, dont la programmation sera communiquée bientôt. La direction des Salins assure aussi vouloir poursuivre ce dispositif pour la saison 2026/2027.

NICOLAS SANTUCCI

Sonar Sessions
Avec Glitch et Quintana Dead Blues eXperience
20 mars
Salle du bout de la nuit
Les Salins, Scène nationale de Martigues

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Prévert en mouvement

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© Anaïs Baseilhac

Faire vivre sur scène l’imaginaire plastique et féérique du Roi et l’Oiseau relève du défi. Émilie Lalande y parvient pourtant sans peine avec une pièce chorégraphique vive et inventive, qui fait circuler l’esprit de Jacques Prévert entre poésie, satire et jeu théâtral. Ancienne danseuse du Ballet Preljocaj, la chorégraphe garde de cet héritage le goût des lignes nettes et d’une gestuelle très lisible.

Dès l’ouverture, Marius Delcourt impose un Oiseau d’une présence saisissante. Robuste, franc, presque terrien, il apparaît d’abord en cinéaste avant de déployer toute la vitalité du personnage : protecteur, moqueur, libre. Face à lui, Baptiste Martinez compose un roi délicieusement retors. Tout en douceur apparente, gestes précis, sourire trompeur : la tyrannie se glisse ici dans la subtilité.

Une fable qui circule

Autour d’eux, les danseurs font vivre une écriture fluide et très narrative. La Bergère d’Angélique Spiliopoulos et le Ramoneur de Laurent Le Gall forment un couple lumineux, porté par des pas de deux élégants et techniquement très sûrs. On reconnaît dans cette danse la précision et l’énergie théâtrale de l’univers d’Angelin Preljocaj, dont Émilie Lalande fut une interprète aguerrie, et qui a également accueilli plusieurs danseurs de la distribution.

La musique de Wojciech Kilar, ample et sombre – certaines pages sont également les partitions qu’il écrivit pour le cinéma, notamment Dracula – donne à la pièce une profondeur presque épique.

La dimension visuelle participe pleinement à la magie. Décors et costumes, auxquels contribue Émilie Lalande, jouent des métamorphoses : une couronne dorée devient soudain bec d’oiseau avant de redevenir emblème royal. Le pouvoir et la liberté semblent alors deux faces d’une même pièce.

Dans la salle, les enfants vivent la fable intensément : ils frémissent devant le roi, s’émeuvent pour les amants, se lèvent parfois pour danser. Preuve que la poésie de Prévert circule toujours – et que la danse sait encore la faire vibrer.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été présenté au Théâtre d’Arles le 10 mars puis au Grand Théâtre de Provence (Aix) les 13 et 14 mars.

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La musique prend les voiles

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Claire Luzi © Mathieu Mangaretto

« La musique est la respiration des peuples, elle unit ceux que la mer sépare. » Telle est la devise de MUS’iterranée, qui résume si bien en une phrase toute la philosophie de ce festival de musiques du monde. Il propose pour cette 17e édition une traversée captivante sur plusieurs continents. L’aventure débute le 19 mars à la bastide Granet d’Aix-en-Provence, avec une soirée placée sous le signe de la création au féminin. Il y aura d’abord le vernissage de l’exposition Choromaton d’Olivier Lob – portraits intimes de musiciennes de choro, genre né à Rio de Janeiro au XIXe siècle et considéré comme l’une des premières musiques urbaines du Brésil – puis le concert de Karine Huet (accordéon et chant) et Claire Luzi (chant et mandoline), qui feront voyager des voix de femmes entre Brésil et Méditerranée.

Rumba et saudade

La programmation déploie ensuite son exploration. Gil Aniorte et son Afro Rumba Club enflamment Meyreuil en mêlant sonorités d’Afrique et des Caraïbes dans une fête insolente et vibrante. À La Ciotat, Radio Mindelo plonge dans la saudade capverdienne chère à Cesária Évora. Au Tholonet, Sylvie Paz offre une carte blanche poétique, voix et guitare tissant les langues de la Méditerranée latine.

En avril, le festival investit La Manufacture d’Aix. Radio Babel Marseille ouvre le bal avec ses polyphonies et son beatbox audacieux. Nadir Ben, héritier du raï d’Oran et de la musique arabo-andalouse, dialogue avec la musicienne algérienne Manal Gherbi.

Ce festival encourage la rencontre d’artistes, mais aussi de projets car Flamenco Azul et MUS’iterranée partagent, cette année, trois concerts : celui de Juan Carmona Quartet, d’Ana Crismán et sa harpe flamenco mais aussi le spectacle El Amor Brujo : « C’est un immense plaisir de collaborer avec Flamenco Azul pour ces trois beaux spectacles » se réjouit Magali Villeret fondatrice de MUS’iterranée. Belle preuve que les festivals, en conjuguant leurs forces, peuvent faire bien plus que programmer : ils ouvrent des portes et créent des ponts.

A.-M.T.

MUSI’terranée
Du 19 mars au 4 avril
Pays d’Aix, La Ciotat

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La Petite Sirène et l’Oiseau-Mouche

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Loin dans la mer © Cie de l’Oiseau-Mouche

Créé en 2023 avec la Compagnie de l’Oiseau-Mouche – troupe professionnelle d’acteurs en situation de handicap mental, régulièrement invités à travailler avec des metteurs en scène contemporains – l’adaptation du conte d’Andersen La Petite Sirène par Lisa Guez se déroule sur un plateau nu, sans décor. « Est-ce que vous êtes déjà tombés amoureux ? » : c’est par cette question adressée au public que les cinq comédiens qui sont entrés sur scène en habits de tous les jours vont relier le réel de la salle au monde du conte qui va se déployer.

À l’affiche

La sirène s’appelle Céleste (Dolorès Dallaire), elle veut mettre « des épices dans sa vie », porte un jogging et des baskets, qu’elle abandonnera plus tard pour une belle robe et une paire de talons aiguilles. La grand-mère est un comédien (Frédéric Foulon) qui raconte des histoires du monde des humains, en piochant dans une glacière de camping les objets que ces derniers laissent tomber au fond de l’eau : une bouteille en plastique, un parapluie, un casque de vélo. La sorcière, manteau de fourrure léopard et lunettes noires (Marie-Claire Alpérine) semble être la queen d’un point de deal. La grande sœur éplorée de la sirène (Chantal Foulon) est une danseuse chronique. Quant au prince et narrateur souriant de l’histoire (Kévin Lefebvre) il devra se défendre face à un jury de sa promesse faite à Céleste et aussitôt trahie.

Parole et présence

Le parti-pris de mise en scène est clair : tout repose sur la parole et la présence de ces interprètes de l’Oiseau-Mouche. Dans une sorte de spontanéité combinée à un art du jeu exigeant, accentuée par un texte qui, tout en gardant la trame essentielle du conte, est proposé avec des expressions genre d’aujourd’hui. Et accompagné de tubes musicaux classiques (Prokofiev, Schubert, Beethoven…) et de variétés (Céline Dion…).

Le spectacle avance par scènes-clés drôles et cruelles, reliées par une narration en adresses directes au public. De scène en scène, la transformation douloureuse d’une sirène tombant amoureuse d’un prince humain devient la métaphore d’un être qui tente de trouver sa place dans un univers dont il ne maîtrise ni les codes ni la langue. Une différence qui, avec les interprètes de L’Oiseau-Mouche, s’incarne dans une présence concrète, et réjouissante, sur scène. Et si Lisa Guez a choisi la version d’Andersen et pas celle, édulcorée, de Walt Disney, elle ne s’interdit pas d’imaginer qu’une autre fin est possible.

MARC VOIRY

Loin dans la mer a été présenté les 12 et 13 mars au Bois de L’Aune, Aix-en-Provence.

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La disparition des castors

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En cette semaine où il est question de faire, ou non, barrage au RN, la famille des rongeurs architectes peut, du moins si l’on croit aux vertus des métaphores, nous fournir une image de certains mirages et effondrements. Ceux que l’humain, spéciste par nécessité vitale puis par instinct de domination, provoque lorsqu’il abandonne son esprit de finesse et cherche des solutions simplistes aux menaces. 

Le danger RN est immédiat. Il est en passe de détruire les dernières digues de Provence, déjà emportées par la fascisation rapide et guerrière du monde, qui entraine l’humanité vers d’inédits néants. Dans cette tempête où l’on s’accroche à toute prise qui semble tenir un peu, une réflexion sur ce qui fait barrage ou mirage s’impose. Ou un détour animalier comme les aimaient Esope et la Fontaine ?

Ceux qui nuisent

Nous avons plus que jamais besoin des castors. Les vrais. Pas les ragondins, pas les capybaras qui ne sont pas des architectes, même s’ils sont eux aussi des rongeurs sauvages semi-aquatiques à poils bruns, chassés depuis la préhistoire pour leur fourrure et la saveur de leur viande. 

Le castor est parfois confondu avec ces cousins qui savent comme lui nager à contre-courant. Mais les ragondins d’Europe construisent des terriers sous-marins qui affaiblissent les berges, les capybaras d’Amérique – sujets de memes pour toute une génération sur TikTok – sont de rongeurs paisibles mais fainéants, très peu constructeurs, porteurs de maladies qu’ils transmettent en s’approchant des troupeaux et des hommes. Et passant le plus clair de leur temps à marquer la végétation du produit odorifère de leurs glandes anales. 

Ceux qui préservent

Ragondins et capybaras n’ont pas la prétention de se faire passer pour des castors, mais nombreux sont les humains qui les croient capables de construire des refuges et des digues. Pourtant, une fois sortis de l’eau, la taille hors du commun du capybara et l’absence de queue plate du ragondin,  interdisent toute imposture.

Donc : sus au ragondin, bof au capybara, et gloire au castor ? Ce vegan précieux est un architecte  hors pair qui construit des barrages et des huttes, et préserve ainsi de la sècheresse en amont de son habitat, et des inondations en aval. Fortement menacé de disparition dans les années 1970, il est désormais protégé, réintroduit dans les rivières européennes et canadiennes pour aider à réguler les flux de cours d’eau de plus en plus intempestifs. 

Mais leur quasi disparition à la fin du siècle dernier a laissé des traces : issues de très peu d’individus, les générations actuelles, sont équipées de puces (électroniques, et d’autres aussi parfois). Car l’inquiétude sur leur préservation demeure : ils sont plus nombreux qu’il y a 30 ans mais souffrent de consanguinité, et s’affaiblissent. 

Rongeur d’horizon

Comment construire des barrages solides avec des espèces raréfiées, concurrencées par des memes populaires voire des imposteurs nuisibles ? 

La métaphore a ses limites, mais toute fable a un sens politique multiple, variable et relatif. Chacun verra son ragondin, son capybara, son castor à sa porte. Et pourvu que le RN n’accède pas, dimanche, à la gouvernance de nos villes, tout rongeur semi-aquatique est bon à prendre.

Il semblerait qu’une fois encore les barrages républicains à Marseille, Toulon, Martigues… vont nous prémunir du pire. Mais jusqu’à quand ? Que vont devenir nos départements, notre région, notre pays ? Pour lutter contre l’inexorable montée des eaux brunes, les castors ne suffiront pas : il nous faut convaincre les électeurs, retrouver de véritables alternatives, des horizons désirables et des printemps joyeux.

AGNES FRESCHEL


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