mardi 10 février 2026
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Folie en haute montagne

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LE SOMMET Conception et mise en scene Christoph Marthaler Avec Liliana Benini, Charlotte Clamens, Raphael Clamer, Federica Fracassi, Lukas Metzenbauer, Graham F. Valentine Dramaturgie Malte Ubenauf Scenographie Duri Bischoff Costumes Sara Kittelmann Maquillage et perruques Pia Norberg Lumiere Laurent Junod Son Charlotte Constant Collaboration a la dramaturgie Eric Vautrin Assistanat a la mise en scene Giulia Rumasuglia Repetiteurs musicaux Bendix Dethleffsen, Dominique Tille Stagiaire a la mise en scene Louis Rebetez

Un refuge de montagne, percé en son centre par un sommet rocheux. Six personnages, vêtus de vêtements de randonnée d’un autre temps, accèdent à l’abri par une sorte de grand monte-plat ou de petit ascenseur, venant d’on ne sait où. Ils parlent anglais, français, allemand, italien. Un accordéon, des chansons, d’étranges conversations… Il est difficile de décrire Le Sommet, création 2025 de Christoph Marthaler autrement que par une accumulation descriptive, car aucun enjeu n’est suggéré, sinon une esthétique insensée.

On ne sait pas où se trouve ce chalet, sur quel sommet, ou à quelle époque. On ne sait pas non plus si les personnages se connaissent, ni même s’ils se comprennent réellement – l’absence de surtitres à certains moments semble indiquer le contraire. Les dialogues insensés se succèdent, renforçant ce flou autour de leurs relations. Une discussion sur leurs vacances respectives dans un même village suggère qu’ils se connaissent, une autre conversation semble indiquer qu’un des hommes doit assurer la sécurité des autres en montagne, mais aucune de ces pistes n’est jamais explorée. 

Le nonsense comme système

De manière générale, il n’y a aucune narration dans cette pièce qui ressemble à une succession de sketchs, à des variations autour d’une situation donnée et déjà étrange en elle-même. Des bâtons de ski arrivent par l’ascenseur, tous se lancent dans un cours de ski en intérieur. La borne d’appel d’urgence court-circuite, provoquant une chaleur d’enfer dans le refuge. Qu’à cela ne tienne, celui-ci se transforme en immense sauna, et les comédien•nes quittent leurs vêtements de montagne pour se couvrir de serviettes de bain. Alors qu’ils sont sommés de ne pas sortir à cause des intempéries, l’un est pris d’une envie pressante et décide sans que cela ne pose problème à personne de prendre l’ascenseur pour aller uriner à l’extérieur…

Les personnages semblent participer à un grand exercice d’improvisation dans un environnement complètement adaptable. Toutes les situations les plus farfelues semblent possible, et donc rien ne peut réellement étonner le spectateur. L’effet de surprise produit par les évènements au début de la pièce – les arrivées d’objets aléatoires par l’ascenseur, les changements de costumes…- s’épuise peu à peu, jusqu’à disparaître complètement. Alors, lorsqu’un haut parleur annonce que suite aux intempéries il est interdit de pénétrer dans la vallée « pour les 15 à 18 prochaines années », on espère juste ne pas rester bloqué au Sommet avec eux. 

CHLOÉ MACAIRE 

Jusqu’au 17 juillet 
La FabricA, Avignon

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Amour et cartes postales musicales à Salon de Provence

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© A-M.T

Elle avait bouleversé l’an dernier, le Festival International de Salon de Provence avec des Lieder de Mendelssohn. Fidèle à cette forme musicale, Alma Sadé est revenue cette année à l’Abbaye de Sainte Croix avec les Dichterliebe, Op 48 (l’amour du poète) de Robert Schumann, joyau du répertoire romantique.

Âme germanique…

Soprane à la belle technique, Alma possède aussi une immense expressivité et… Beaucoup d’humour. Celle qui, en février dernier, interprétait, dans le cadre du festival de théâtre musical de l’Opéra-comique de Berlin, un cycle de cinq lieder du cabaret yiddish, s’excuse par avance du fait que sa langue puisse fourcher et que la pureté de la langue allemande vienne s’entacher d’accents yiddish. Il n’en n’est rien bien sûr et Alma bouleversante enchaîne avec conviction les seize poèmes d’Heinrich Heine traduits en musique avec délicatesse par Schumann. Ils déroulent la palette complexe des émotions de la passion à la douleur. Corporellement engagée, Alma nous emporte dans ce voyage amoureux avec une fougue théâtrale.  Son phrasé est impeccable. Chaque mot est articulé, chaque phrase développée pour donner âme et sens au texte du poète allemand.

On apprécie particulièrement son interprétation de Im Rhein, Im Heiligen Strome (Dans le Rhin, dans ce beau fleuve), sa puissance dramatique dans le célèbre Ich, Grolle Nicht, (je ne t’en veux pas) et sa gaieté facétieuse dans Ein Jüngling Lieb Ein Mädchen, (un jeune homme aime une jeune fille), morceau qu’elle reprendra en Bis et bien en yiddish cette fois.

Elle est accompagnée au piano par le talentueux Orlando Bass, musicien aux multiples facettes.

… Et « vibrance » espagnole

En première partie de concert, ce dernier a offert au public le troisième livre de la suite pour piano Iberia du compositeur espagnol, Issac Albéniz (1860–1909), œuvre monumentale, composée entre 1905 et 1909 et sommet du répertoire pianistique espagnol impressionniste.

« Ce qui caractérise Albéniz, c’est sa « vibrance », estime Orlando Bass. Ce compositeur, qui influença Ravel et Debussy a écrit ces petites cartes postales musicales sur l’Espagne alors qu’il vivait à Nice épuisé physiquement et moralement ».

Pièce techniquement redoutable, El Albaicín est une évocation du quartier gitan de Grenade. Elle est suivie par El Polo, intense et expressive aux harmonies riches et sombres.  Enfin, Lavapiés, référence au quartier populaire et multiculturel de Madrid, embarque le public dans une mélodie festive proche d’une zarzuela urbaine. Exigeant, limpide, flamboyant, Orlando Bass nous offre un grand moment.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 28 juillet à l’Abbaye de Sainte Croix à Salon de Provence

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Lampedusa, la nuit qui se prolonge

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© Guillaume Bosson

Présentations : ildi!eldi (il c’est Antoine Oppenheim, el c’est Sophie Cattani) aiment la littérature contemporaine, celle qui en disant je, souvent au féminin, se théâtralise aisément. Pour précision : il!el n’ont pas inventé le iel, mais le nom de leur compagnie le précède.

il!el aiment aussi le cinéma, celui qui a marqué la mémoire d’une génération, en particulier celle des autrices qu’il!el théâtralisent : leur série A et S font leur cinéma –autour des récits inattendus et si familiers sur  Alien, Bambi ou Les Parapluies de Cherbourg d’Olivia Rosenthal- éclaire étonnamment ce que les films font à nos émotions et à nos mémoires.

Autre point, pas sans rapport : il!el, au-delà de leur compagnie, organisent des « Mariages arrangés ». L’alliance de l’un d’entre eux, il ou el, avec un artiste « nouvel arrivant » en Europe. Depuis 2020 il!el partagent un atelier  à Marseille, le boa, avec des artistes en exil, et forment des projets communs, qu’ils réalisent sur scène. A ce stade de la nuit en est un brûlant exemple.

Sempiternels naufrages

C’est avec le peintre kurde Mahmood Peshawa que Sophie Cattani dit, en une petite heure, d’un débit rapide et étonnamment clair, le texte intégral de Maylis de Kérangal. Un récit écrit en 2013 en quelques jours, juste après le naufrage du 3 novembre au large de Lampedusa. 366 morts, 155 rescapés ; des Erythréens et Soudanais pour la plupart, qui n’avaient jamais vu la mer, et dont on apprendra quelques jours plus tard qu’ils ont été, pour au moins 130 d’entre eux, enlevés, torturés et violés dans des camps Libyens, puis forcés au départ.  L’État italien leur refusera le deuil national, et placera en détention pour entrée illégale dans le territoire les 155 rescapés.

Une tragédie, dont on apprendra en 2017 qu’elle aurait dû être évitée, les autorités italiennes ayant été averties que le cargo prenait l’eau 5 heures avant qu’il ne sombre, mais refusant qu’un navire militaire italien, pourtant à proximité, leur porte secours.

Ces faits, l’ampleur du naufrage, sont au cœur du récit de Maylis de Kérangal, mais elle s’y laisse aller, par des associations d’idées, vers un sens plus général, historique, du naufrage européen. Car Di Lampedusa, c’est aussi le nom de l’auteur du Guépard, du visage de Burt Lancaster qui pleure la fin de son monde, d’une aristocratie décadente qui souffre de laisser la place à une bourgeoisie vulgaire, qui rétablira les mêmes systèmes d’oppression sur le peuple.

Un naufrage, qui en précédera un autre, celui de l’Europe qui n’en finit pas de sombrer parce qu’elle oublie ce qui l’a fondée : l’hospitalité, dernier mot du récit, dernier mot du spectacle.

Naissance des images

Sur scène, Sophie Cattani est assise à une table simple, comme dans sa cuisine, des morceaux de tasse brisés au sol, une autre, intacte, posée, qui viendra les rejoindre. Sur un écran toile les images du film de Visconti s’arrêtent, se zooment, se répètent, cadrant la tristesse, le mépris de classe, la grâce inutile de Claudia Cardinale et Alain Delon, le naufrage du bal final. Sophie Cattani rappelle la phrase de Delon « Il faut que tout change pour que rien ne change », recette pour que le conservatisme se perpétue, pour que les naufrages civilisationnels se succèdent sans que l’ordre social et les dominations ne cessent.

Alors Mahmood Peshawa se lève et sur la toile écran, tandis que Sophie Cattani continue de dire son impuissance, la solidarité des citoyens de Lampedusa, le nombre effarant des noyés, il dessine à grands coups de pinceau leurs visages. Une foule de traits qui coulent comme des larmes noires, et figurent des yeux, des bouches, tordus, qui fondent.  Ceux du naufrage de 2013 et de tous ceux qui, depuis, ont disparu en mer. Lampedusa n’a rien changé.

AGNÈS FRESCHEL

A ce stade de la nuit a été joué au Théâtre des Halles, Avignon, du 6 au 26 juillet

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Drôles de « Créatures » à Montpellier.

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© A-M.T

Ces petites Créatures ont de drôles de tête et des noms intrigants : Mélancolia, Le Secret, Jardin d’Hiver, Marée basse, Le Vivant malgré lui, la Jetée, les Veilleurs de chagrins ou encore Buste Kaddish. Sabrina Gruss leur a donné vie à Paluds de Noves en Provence où elle travaille dans un atelier peuplé de trouvailles de récupération, d’objets collectés, qu’elle conserve dans des bocaux, des tiroirs à secrets et avec lesquels elle compose sa petite famille de héros attachants.

Théâtre de l’absurde

Sabrina Gruss est une artiste plasticienne inclassable. Depuis plus de quarante ans, elle cultive un univers poétique et troublant. Ce qui la singularise c’est sa capacité à donner une seconde vie aux matières – ossements, plumes, fibres, déchets naturels- et donc habitées de mémoire et d’émotions. Entre art brut, cabinet de curiosités et récit onirique peuplé de personnages hybrides, ambigus, cauchemardesques ou enchantés, son travail interroge notre rapport à la vie mais surtout à la mort. Sur les chemins qui mènent de l’une à l’autre, se déroule la danse drôlement macabre de ces petits acteurs aussi absurdes que porteurs de sens. Clowns sinistres, animaux mythologiques, don quichottes et tristes sires… Autant de figures métaphoriques grotesques et sombres, vulnérables et rusées. Il y a du monde d’Alice aux pays des Merveilles dans cette apparente naïveté qui cache -à peine- une vision subversive. Comme Alice, Sabrina modèle dans une descente dans l’inconscient, une plongée vers les profondeurs chaotiques de l’âme, royaume intime où les règles de la logique et de la réalité sont suspendues. 

Refuge des marges

L’exposition de Sabrina Gruss peut donner l’occasion de découvrir -ou de redécouvrir- le Musée d’Arts Brut, Singulier & Autres de Montpellier, petit écrin de verdure au cœur du quartier des beaux-Arts et refuge pour des artistes hors-normes. 
Installé dans l’ancien atelier de l’artiste Fernand Michel, ce musée indépendant, insolite, fondé par les fils du créateur accueille ceux que l’on a qualifié de « marginaux », de « mystiques » ou d’« hystériques ».
Ouvert en 2010, il s’est rapidement imposé comme un haut lieu de la création non académique. Il rassemble près de 2 000 œuvres, avec une rotation régulière d’environ 750 pièces. Parmi les artistes exposés, plusieurs peintres d’art brut majeurs sont à l’honneur comme les Suisses Aloïse Corbaz, ancienne patiente psychiatrique avec ses tableaux aux couleurs éclatantes représentant des figures féminines et royales ou Adolf Wõlfli. Interné à vie, ce dernier mêle écriture, musique, géographie imaginaire et motifs répétitifs. Une œuvre monumentale, obsessionnelle, sacrée et compulsive.  

On pourrait aussi citer Augustin Lesage, mineur de fond devenu peintre spirite, qui affirmait peindre sous la dictée d’esprits, ou encore l’italien Carlo Zinelli et le mexicain Martin Ramírez qui a réalisé des œuvres puissantes combinant collages et dessins géométriques qui explorent l’exil, les trains et la religion. 

On aime aussi beaucoup le masque en coquillages de Pascal-Désir Maisonneuve, tiré de la série les Fourbes à travers l’Europe caricaturant les figures politiques et royales. Il avait attiré l’attention d’André Breton et de Jean Dubuffet qui l’avaient intégré à des expositions. 

On pourrait citer aussi le miroir à têtes baroque de Mario Chichorro, artiste peintre et sculpteur portugofrançais et l’impressionnante fresque murale en couleurs de Danielle Jacqui installée dans le jardin. Initialement pensée pour la gare d’Aubagne, cette œuvre a été offerte au musée. La niçoise autodidacte en céramique depuis 2006, est célèbre pour avoir décoré entièrement sa maison à Roquevaire et créé le Festival international d’art singulier d’Aubagne. 

On a aussi le plaisir de retrouver quelques dessins et sculptures émouvantes de Jaber, ce clochard céleste, décédé en 2017, que les habitants de l’Est parisien ont bien connu car il fréquentait les marchés aux puces et les bistrots, vendant, pour manger, ses œuvres dans la rue ou sur les marchés.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Créatures - Sabrina Gruss
Jusqu’au 30 août
Musée d'Arts Brut, Singulier & Autres, Montpellier

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Nîmes accueille le Brésil 

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Ivens Machado, Versus, 1974 Video 4’5” Courtesy Acervo Ivens Machado and Fortes D’Aloia & Gabriel, São Paulo/Rio de Janeiro.

Deux générations d’artistes différentes : Ivens Machado (1942-2015) a accédé à la visibilité dans les années 1970, pendant la montée de la dictature militaire au Brésil, et Lucas Arruda, né en 1983, peintre paysagiste, devenu depuis le milieu des années 2010 un artiste reconnu de la scène contemporaine brésilienne.

Deux facettes d’un art brésilien aux antipodes formels : le premier pratiquant la performance et créant des sculptures évoquant à la fois architecture et corps organiques, le second proposant des tableaux de petits formats et une recherche picturale sur la lumière frôlantl’immatérialité.

Brisures

Les œuvres d’Ivens Machado exposées vont des années 1970 avec des dessins, vidéos et photographies, et diverses sculptures réalisées principalement dans les années 1980 et au début des années 2000, présentées au sol, sur des estrades ou accrochées aux murs.

Ivens Machado,
Versus, 1974
Video 4’5”
Courtesy Acervo Ivens Machado and Fortes D’Aloia & Gabriel, São Paulo/Rio de Janeiro. 

Des sculptures créées avec des matériaux liés à l’habitat : béton, tessons de tuiles et de verre, fer, gravats de brique rouge, carrelages blancs, charbon de bois. Des matériaux brisés,enveloppés, retenus, suspendus dans des grillages, un filet, mis en écho dans la première salle avec une série d’une dizaine de photographies noir et blanc, témoignages de performances où des parties différentes du corps de l’artiste sont enfermées dans des bandages.

Des liens entre corps organique, sculpture et architecture qu’on retrouve d’une autre façon dans des dessins présentant des ensembles de lignes horizontales sur papier, perforées de trous, de tâches. Ou dans deux de ses vidéos, l’une où il trace en bas d’un mur un trait de niveau, puis, se déplaçant le long du mur, des traits montant progressivement de plus en plus hauts, jusqu’à devoir accomplir des sauts impossibles à la fin. Une autre où on le voit prendreune inspiration en alternance avec un homme noir à côté de lui, de plus en plus vite, la caméracadrant l’un puis l’autre en suivant le rythme, duo de respiration se terminant par un face à face.

Espacements

L’accrochage des peintures de Lucas Arruda dans les salles du dernier étage est paradoxalement spectaculaire : de rares tableaux du même petit format, formant de petits ensembles disposés en lignes, accrochés de façon très espacée sur les différents murs. Un accrochage transformant les salles en vastes espaces vides, accentuant fortement la présence de ces petits formats. 

Ivens Machado,
Untitled, 1990
Béton, bois et gravier
64 x 130 x 53 cm
Photo : Eduardo Ortega
Courtesy Acervo Ivens Machado and Fortes D’Aloia & Gabriel, São Paulo/Rio de Janeiro.  

Des paysages de marines ou de jungles, quasiment tous composés de la même façon : une couleur dominante, avec une ligne horizontale au bas du tableau, au-dessus de laquelle se déploie un espace lumineux, atmosphérique, travaillé de différentes façons, tendant vers l’abstraction.

Une exposition qui progresse dans les dernières salles par des formats un peu plus grands, des monochromes aux aplats lisses et aux couleurs plus soutenues, puis par des projections lumineuses, rectangle blanc au-dessus d’un autre rectangle peint directement sur le mur, associant matérialité et immatérialité.

Dans la dernière salle est projetée la vidéo d’un combat de boxe, montage réalisé par l’artiste, insistant sur les cordes horizontales qui délimitent le ring, derrière lesquelles, enveloppé des cris assourdis du public, un corps de boxeur s’immobilise dans un angle, chancelle et s’écroule.

MARC VOIRY

Lucas Arruda - Ivens Machado
Jusqu’au 5 octobre
Carré d’Art
, Nîmes

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Rougemont en couleur

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© Thibaut Carceller

Oubliez les discours : ici, l’art parle en couleurs, sans chichi ni détour. Découvrez l’exposition Magnificence Rougemont jusqu’au 17 août au Centre d’art Polaris d’Istres. Artiste et peintre, Guy de Rougemont dévoile son interprétation libre et ludique d’une pratique picturale bien à lui. Rendu possible grâce aux fonds Rougemont et au Musée Fabre de Montpellier, l’exposition met les pièces du peintre en dialogue avec les œuvres de quatre autres artistes : Pierre Bendine-BoucarLucio FantiVincent Bioulès et Claude Viallat

60 ans de création sont disposés dans trois salles succinctes, où couleurs criardes, formes géométriques et matières plastiques s’harmonisent. Au total, une cinquantaine d’œuvres sont exposées. Beaucoup de tableaux comme le Triptyque (1989), mais aussi des sculptures avec Les trois Portes Isoplanes (1969) de Vincent Bioulès. Ici, il n’est pas question de sacraliser l’œuvre, mais d’ouvrir les perspectives à une forme d’art émancipatrice à travers une esthétique minimaliste. Une expérience visuelle haute en couleur, à mi-chemin entre simplicité et originalité.

THIBAUT CARCELLER

Magnificence Rougemont
Jusqu’au 17 août
Centre Polaris, Istres

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Mozart forever

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Olivia Hughes © Jean-Baptiste Millot

Porté par une équipe artistique fidèle et exigeante, le Festival d’Entrecasteaux affirme depuis plus de quarante ans son goût pour une musique classique et romantique riche en émotivité et en lyrisme. Et ouverte à tous les publics : sa tarification libre à partir du tarif réduit de 14 €, et la gratuité offerte à tous les moins de 18 ans en font un immanquable de la région. Le Festival d’Entrecasteaux poursuit ainsi son engagement : rendre la musique de chambre vivante, accessible, profondément humaine. 

Pour cette édition 2025, cinq concerts sont proposés dans quatre lieux emblématiques du territoire – les églises de Tourtour, Carcès et Pontevès, et l’espace culturel d’Entrecasteaux.Le 16 août, le festival s’ouvre à l’église Saint-Denis de Tourtour en compagnie d’un quintette de compétition : Charlotte Juillard et Olivia Hughes aux violons, Oswald Sallaberger, et Manuel Hofer aux altos et Hanna Salzenstein au violoncelle. Le programme mettra à l’honneur deux maîtres de cette forme rare : Mozart et Bruckner. 

Le 17 août, à Entrecasteaux, le concert navigue du quatuor de Schönberg à Schubert, également auteur d’un quintette rassemblant sensiblement la même distribution, mais avec la contrebassse de Laurène Helstroffer Durantel en bonus.  

Un certain Mozart

Le 19 août à Carcès, un retour à Mozart s’opère par le biais du mésestimé Kreisler : ses miniatures accueilleront le piano de Théo Fouchenneret et le violoncelle de Robin de Talhouët. Sur la Sérénade « gran partita » mozartienne, le hautbois d’Ilyes Boufadden, et l’alto de Jeroen Dupont s’adjoignent à cette enthouasiasmante affiche, accueillant également Charlotte Juillard au violon.

Pontevès accueillera ensuite le 20 août, entre autres, la clarinette de Pierre Genisson, le basson de Mathis Stier et le cor d’Hervé Joulain sur le Quintette pour piano et vents de Mozart et de Beethoven, pour un dialogue entre classicisme et romantisme naissant. Le 21 août, l’espace culturel d’Entrecasteaux accueille pour conclure l’Octuor en fa majeur de Schubert, la plus longue et la plus achevée des œuvres de musique de chambre du compositeur.

SUZANNE CANESSA

Du 16 au 21 août
Entrecasteaux, Tourtour, Carcès et Potevès

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Abstractions paysagères au Lavandou

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© M.V.

Après un hiver consacré aux paysages varois du Lavandou, l’exposition d’été qui prend place dans les trois salles de l’ancienne villa du peintre Théo Rosenberg est consacrée aux paysages abstraits. Une trentaine d’œuvres, d’une vingtaine d’artistes, provenant de la collection permanente de la Villa et de collections privées, mais également de partenariats avec le musée FAMM (Mougins), la Fondation Hartung-Bergman (Antibes), le musée du Niel (Hyères) ainsi que de la collection départementale d’art contemporain du Var. 

Artistes femmes

Exposition qui a choisi de s’annoncer avec une peinture de Maria Helena Vieira da Silva, dont une importante rétrospective L’œil du labyrinthe a eu lieu au Musée Cantini à Marseille en 2022 {lire ici}. Titrée En Hollande, un petit format mouvementé, à l’espace à la fois fragmenté et noué par une grille noire et bleue, tracée rapidement sur fond blanc et gris, ponctuée de quelques touches discrètes de couleurs, vert, ocre et violet.

Elle n’est pas la seule artiste femme exposée : on trouve également des œuvres signées Solange Triger, Judith Bartolani, Jennifer Wood, Agnès Mader, Sylvia Kanytjupai Ken, aux côtés de celles de Henri-Edmond Cross, Pierre Bonnard, Henri Manguin, Charles Lapicque, Serge Plagnol, Pierre-Marie Kurtz, Joey Tjungurrayi, Patrice Giorda, Hans Hartung, Chuta Kimura et Éric Bourret.  

Entre figuration et abstraction

L’accrochage jongle sur la frontière entre figuration et abstraction en jouant des rapprochements ou des contrastes formels d’une œuvre à l’autre. Entre autres exemples, sont mis côte à côte un grand format de Lalan, Through the trees, foisonnement de bruns troué de blancs, avec une photographie de branchages prise à contre-jour d’Eric Bourret. 

Dans la deuxième salle, face au petit format saturé de Maria Helena Vieira da Silva évoqué plus haut, un grand format de Solange Triger, Méditerranée 2008, grand espace vierge parcouru d’une vague acrylique de couleur bleue, vert, or et sang, comme peinte à l’aérographe, explosant à mi-hauteur sur un ciel blanc. 

Dans la troisième salle, qui accueille les plus grands formats de l’exposition, une série de trois petites photographies d’un imposant rocher norvégien, forme à la fois concrète et abstraite, sculptée par l’érosion, de Hans Hartung. Une série qui fait le lien entre le Paysage de Provence de Chuta Kimura, associant brutalité et douceur, et Seven Sisters de Sylvia Kanytjupai Ken, peintre aborigène, à la fois paysage et constellation minutieuse, constituée d’une infinité de petits points placés précautionneusement les uns à côté des autres.

MARC VOIRY

Paysages abstraits
Jusqu’au 18 octobre
Villa Théo, Le Lavandou   

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Halloween en plein été à Draguignan

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draguignan
© M.V.

S’il fait sombre et bien frais dans Fantômes, exposition qui dès l’entrée a des allures de maison hantée et de catacombes, ce n’est pas simplement pour être raccord avec les fantômes dont les apparitionss’accompagnent d’une baisse drastique de la température ambiante. C’est pour satisfaire aux critères d’exposition d’œuvres prêtées par de grandes institutions muséales, parmi lesquelles Le Louvre, la BNF, Mucem, CNP, MAC VAL, MAAOA, … réunies ici par le médecin légiste et anthropologue Philippe Charlier, commissaire principal de cette exposition. Un voyage sur les traces des fantômes à travers le temps et les continents, associant œuvres d’art, ancien et contemporain, objets ethnologiques et technologiques, documents variés, planches de bande-dessinées, manuscrits, livres précieux et moulages éctoplasmiques.

Mauvaises morts

C’est par la section « Revenants antiques » qu’on y entre, avec, à côté de stèles funéraires de « mauvaises morts » (noyade, femme morte en couche, enfant, …) transformant les disparu.e.s en fantômes, une reproduction de la plus ancienne représentation de fantôme connue, gravée sur une tablette babylonienne du IVe siècle av. J-C  : un homme barbu, les bras tendus et les poignets liés par une corde, guidé par une jeune femme, semblant le ramener aux enfers de façon définitive. Une porosité entre le monde des morts et des vivants qu’on parcourt ensuite, du rez-de-chaussée au premier étage, à travers deux âges d’or des fantômes dans le monde occidental : le Moyen Âge et le XIXe siècle. En compagnie d’une dizaine de tableaux, dont une toile de Füssli ( Le Cardinal de Beaufort terrifié par l’apparition du duc de Gloucester), des gravures, lithographies, dessins signés Odilon Redon(La maison hantée), Gustave Moreau (Salomé et Saint Jean Baptiste), de livres, exposés sous vitrine, dont le manuscrit original du Horla de Maupassant, et d’œuvres d’art contemporain : installations deChristian Boltanski, photographies de Roger Ballen, Alain Fleischer, Bernard Plossu et Sophie Calle, invitant à une réflexion plus intime sur la disparition et la mémoire.

Au bout de la nuit

Les sections suivantes passent de la chasse aux fantômes, au spiritisme et aux lieux hantés. On y voit notamment Edison et son nécrophone, une séance spirite de Victor Hugo, au cours de laquelle il a demandé à la mort de se dessiner elle-même (ce qu’elle a fait !), unetrousse de chasseur de fantômes, et de nombreuses photographies spirites. On passe du noir et blanc à la couleur au deuxième et dernier étage avec la section « Spectres d’ailleurs ». Afrique, Océanie, Amérique du Sud, Asie, des masques, costumes, repousses-fantômes, statuettes, amulettes, … aux couleurs souvent éclatantes. Un voyage se terminant par une reconstitution d’une cérémonie des 100 bougies, dit « rituel du Kaidan » autour d’une peinture permettant, entre samouraï et au bout de la nuit, de matérialiser un yūrei.

MARC VOIRY

Fantômes
Jusqu’au 28 septembre
HDE, Hôtel des Expositions du Var, Draguignan

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Une voix pour elles 

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© Christophe Raynaud de Lage

Avant d’entrer dans une maison faite sur mesure, on enlève ses chaussures. On se retrouve dans une pièce intime : un salon afghan, qui nous plonge dans ce pays où la femme n’est plus vraiment, où tout lui est retiré, tout lui est refusé. 

Lorsque l’on entre, des tapis jonchent le sol, dessus, des assiettes en céramiques de couleur crème, bleue, rouge et verte y sont posées. Sur celles-ci, des inscriptions en calligraphie arabe, des poèmes, ainsi que des dessins peints à la main ou sculptés : des fleurs, des portraits de femmes, une à dos de cheval, d’autres nues et même une femme qui porte une arme…

On s’assied sur des coussins de velours rouge sous le bruit d’une discussion de cuisine : un plat est en train d’être préparé, assiettes et casseroles s’entrechoquent. Puis, une femme vêtue d’une robe zébrée, maquillée, entre et s’assoit en bout de table. La pièce, mise en scène par la journaliste Caroline Gillet et l’artiste afghane Kubra Khademi, commence.

Quand le théâtre est politique 

Une voix résonne, celle de Raha, incarnée par Sumaia Sediqi. Elle a 21 ans et raconte son quotidien après la prise de pouvoir des talibans en 2021, démunie de droits, enfermée dans son appartement à Kaboul. Pour elle, la vie est un retour dans le passé où les femmes n’ont plus le droit à rien, ni d’étudier ni même de sortir, renvoyé au rôle domestique uniquement.

Son récit, à la fois doux et douloureux, est imagé par des vidéos prises clandestinement, projetées de part et d’autre de la pièce dans des fenêtres reconstituées. On y voit ses rues, ses paysages, ses habitants : principalement des hommes, citoyens ou talibans armés. 

Attentif et la gorge serrée, le public écoute ce témoignage malgré tout empreint d’espoir. Sans un mot, elle repart, en musique. Reflet d’une femme afghane libérée, peut-être Raha si elle n’était pas oppressée. 

LILLI BERTON FOUCHET

One’s own room inside Kabul est donné jusqu’au 24 juillet à la salle des colloques au Cloître Saint-Louis.

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