mardi 7 juillet 2026
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Juan Carmona et Sandrine Luigi : guitares méditerranéennes

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Sandrine Luigi © X-DR

Lundi 17 juillet, deux guitaristes virtuoses se donnent rendez-vous : Juan Carmona, figure de proue du flamenco, et la soliste classique Sandrine Luigi. Deux artistes aux parcours voyageurs.

Le premier, Juan Carmona, est issu d’une famille qui quitte l’Afrique du Nord pour Lyon, aux débuts des années 1960, où Juan va naître. 10 ans plus tard, son père place une guitare entre ses mains, qu’il apprivoise en autodidacte. Il s’imprègne pendant 9 ans du flamenco à l’état pur de Jerez de la Frontera, son berceau andalousien. Raffinée et poétique, sa musique se nourrit d’influences multiples et s’enrichit de sa soif d’apprendre, de ses rencontres et voyages. Aussi compositeur, sa Sinfonia Flamenca and Orillas est aujourd’hui interprétée par de nombreux orchestres à travers le monde.

Quant à Sandrine Luigi, elle a grandi dans le nord de la Corse et découvre la guitare classique à l’âge de 8 ans. Élève de Roland Dyens, elle mène un parcours brillant couronné d’une mention très bien au CNSMDP de paris. Elle joue régulièrement dans le cadre de festivals et de manifestations culturelles, en solo ou au sein d’ensembles de musique de chambre. Ses deux albums, Polaris (2018) et Ella (2024), l’affirment comme interprète et compositrice éclectique aux influences classiques et méditerranéennes. Son inspiration vient aussi de son île natale, qu’elle honore en produisant Canzone di Corsica, un ensemble d’arrangements d’airs traditionnels.

PAULINE LIGHTBURNE

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Top départ avec Isaya et Margaux Simone

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Isaya © X-DR

Du 6 juillet au 31 août, la programmation des Fadas de Musique promet de jolies découvertes, à commencer par la première soirée du 6 juillet où Margaux Simone et Isaya partagent l’affiche.

Isaya
Derrière Isaya se cachent en réalité Caroline et Jessica, deux sœurs jumelles originaires d’Aix-en-Provence qui sillonnent les scènes depuis maintenant plus d’une décennie. Après Dead or Alive, Go with Yourself ou encore ADN, elles reviennent cette fois-ci avec leur album Santiana et poursuivent leur exploration d’une folk à part, à la croisée du bluegrass, de la country et du blues américain. Inspirées par la Carter Family, Johnny Cash ou encore Robert Johnson, les deux sœurs développent un univers aux sonorités parfois mystiques, fait d’harmonies vocales envoûtantes. En plus de leurs voix singulières, Caroline et Jessica s’accompagnent à la guitare et à l’autoharpe.

Margaux Simone & The Guardians
Après la folk, place à la pop solaire de Margaux Simone. Originaire de Martigues, l’autrice, compositrice et interprète revient jouer à domicile à l’occasion des Fadas de Musique. Dans la Cour de l’Île, elle viendra présenter son nouvel album Avant que la nuit, sorti en mars 2026. Entre chanson française et influences anglo-saxonnes, elle offre un univers pop/rock nourri par les sonorités vintage des années 1970. Son écriture sensible explore des thèmes tels que l’attachement aux lieux, les départs, les retours aux sources et le temps qui passe. Accompagnée de ses fidèles compagnons de route, les « Guardians » : Philippe Bruguière à la basse, Giovani Gouvenaux à la guitare, Alexandre Siaud aux claviers et Luc Heller à la batterie, Margaux Simone promet de livrer un concert chaleureux porté par son timbre chaud et ses textes intimistes. Cette première soirée des Fadas de Musique laissera entrevoir deux univers aux contours différents, animés par le même goût pour la musique et le partage.

CARLA LORANG

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L’heure de La Dernière tournée

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Illustration par Mona Lobert

Zébuline. J’ai vu que non content d’écrire des livres, des bandes-dessinées, des spectacles… vous voulez désormais écrire une nouvelle constitution pour la France !

Guillaume Meurice. Tout à fait ! Mais je ne le fais pas tout seul, je le fais avec le peuple de France ! Au départ le projet est né sur Twitch [plateforme de streaming en direct, ndlr], avec Eugénie Mérieau qui est constitutionnaliste. Les gens font des propositions, on réfléchit ensemble, on rebondit. On vient aussi de lancer la wikiconstitution sur le site « ecrivonsla.fr » : les gens écrivent, débattent, ça marche tout seul. On va continuer, les gens ont beaucoup d’idées, c’est super enthousiasmant.

Désolé pour cette question faussement naïve, mais qu’est-ce qui ne va pas dans cette Ve République ?

Beaucoup de choses ! Le plus important, c’est le présidentialisme. Le pouvoir qui est donné au président est complétement fou. Il suffit d’aller lire la constitution et voir ses attributions. Il y a bien sûr l’article 16 qui peut lui donner tous les pouvoirs s’il décide que c’est la merde en France. Mais il y a plein d’autres trucs problématiques, notamment sur le plan local. En nommant les préfets, il peut placer ses pions, un peu comme dans le jeu de société Risk ! Mais ce n’est pas étonnant, cette constitution a été écrite par de Gaulle, un militaire. Il y a vraiment une stratégie d’occupation de territoire.

Votre première date de la tournée devait se tenir à Auray (Bretagne), avant que la nouvelle majorité municipale n’annule votre venue. Cette annulation est parlante du climat actuel en France : il y a une bataille culturelle qui se joue, et je crois que vous ne vous cachez pas de la mener.

Oui il y a une offensive réactionnaire. Nous, au départ, on est juste des clowns, pas des soldats dont le but est de mener une bataille. Mais il se trouve qu’il y a une offensive qui se joue contre nous. Je me suis fait virer de France Inter, et Pierre-Emmanuel Barré… je n’en parle même pas. Je croyais que la cancel culture était un problème pour les gens de droite, mais ça ne les dérange de nous cancel ! Donc on est plutôt en défense, pas en attaque.

Je ne sais pas si la bataille est gagnée, mais votre succès sur Radio Nova, et le succès de toute la station, est un bon signe non ?

Oui ! On est même écouté par des gens qui ne nous aiment pas, mais qui nous aiment bien quand même. Je viens de recevoir un message à l’instant qui disait : « vous êtes les gens les plus drôles du moment et pourtant je suis de droite ! »

Même Hanouna dit que vous avez beaucoup de talent !

J’ai vu ça oui ! Il est un peu obligé, puisqu’il fait de la pseudo-analyse de média, et qu’on parle pas mal de nous…

Faisons nous aussi un peu de pseudo-analyse de média. Comment explique-t-on votre succès ?

Je pense qu’il n’y a pas beaucoup d’émissions comme ça. Les gens qui aiment bien ce type d’humour n’ont pas tellement le choix. C’était le cas avant déjà. Les espaces de liberté ont toujours été assez cantonnés. Avant il y avait l’esprit Canal, ensuite France Inter a incarné ça pendant un temps, et maintenant ça s’est déplacé sur Nova. Il y a aussi une uniformisation des médias puisque c’est Cnews qui donne le la. Ils essaient tous de faire du sensationnalisme, des débats, du clash… on n’est pas vraiment là-dedans chez Nova. Peut-être que beaucoup de gens en ont marre du discours ambiant, et veulent entendre d’autres choses.

Dans cette bataille culturelle, l’extrême droite s’est attaquée à l’audiovisuel public lors de la commission d’enquête. En tant qu’ancien salarié de France Inter, et même si la station vous a viré pour une blague, vous êtes-vous senti solidaire des équipes ?

Oui bien sûr. Si je me suis fait virer de France Inter c’est à cause de ces mêmes gens. Si Pascal Praud ne parle pas de moi dans son émission je ne suis pas viré. Eux, leur objectif, c’est de privatiser l’audiovisuel public à leur botte. Donc ils continuent leur offensive.

Avant leur seul argument contre nous c’était de dire « c’est avec notre argent », mais maintenant qu’on est sur Nova [une station privée, ndlr], ils se sont niqués le seul argument qu’ils avaient !

Pourtant ce serait pas mal l’équipe de la Dernière dans une commission d’enquête non ? Toi ou Aymeric Lompret face à Charles Alloncle, on a tous envie de voir ça.

Moi aussi ! Il y a eu une rumeur comme quoi j’allais être convoqué. J’avais repassé ma chemise, et j’avais même mis un slip propre ! Mais non, ils ne sont pas allés jusque là.

Vous partez dans une tournée estivale, dans des villes de moins de 50 000 habitants. Vous voulez prendre le pouls de la France, un peu comme Gabriel Attal quand il va dans l’Aveyron ?

Oui c’est ça ! Mais on avait surtout envie de partir ensemble en colonies de vacances. C’est Juliette Arnaud qui a eu l’idée. À l’origine, on souhaitait aller seulement dans les petits bleds, et puis on s’est dit que c’était dommage de se couper de villes de banlieue, de préfectures… donc on a limité à 50 000 habitants. On voulait aussi que ce soit gratuit et en plein air. Un peu comme quand on était petits, il y avait les caravanes des plages, c’était Europe 1 qui faisait ça… avant que Bolloré ne rachète tout.

J’ai lu dans Ouest-France que vous alliez reprendre les micros-trottoirs. Vous allez donner la parole aux Martégaux le 30 juin ?

Oui c’est la bonne occasion. On arrivera dans chaque ville un jour ou deux avant l’émission, donc ça laisse le temps de discuter, de vadrouiller, et donc d’interroger les gens.

Connaît-on déjà les invités qui seront présents à Martigues ?

L’invité principale c’est Gwenola Ricordeau, une sociologue qui travaille sur les prisons, et qui va rester avec nous pendant deux heures. On aura aussi une des porte-paroles des Pilotes volontaires : une association qui prend des avions pour faire des rondes, des patrouilles, et repérer les bateaux de migrants en perdition dans la Méditerranée.

Quand on vous écoute, on ne sent jamais d’inquiétude pour la prochaine élection présidentielle. C’est juste de la façade ou vous êtes sincèrement optimiste ?

Je ne me pose pas trop la question. Si les gens ont envie d’avoir un facho à la tête du pays, ils verront ce que ça donne… Après ils seront déçu et ils diront : « je pensais qu’ils allaient mettre tous les immigrés dehors mais en fait il n’y a pas de budget ! » Je regarde aussi ce qu’il se passe à l’étranger. À part Trump, qui est complètement zinzin et qui a les moyens de sa folie, les autres dirigeants d’extrême droite, au bout d’un moment, la baudruche se dégonfle. J’ai peut-être un biais optimiste qui me fait dire : « on s’en sortira toujours ».

Les scores de l’émission démontrent aussi que ce n’est pas gagné pour les fachos. Plein de gens veulent résister à ça, entendre un autre discours, apprendre de choses, et ne pas être résigné. Ce qui est le plus surprenant, c’est les gens qui sont surpris. Un peu comme les pseudos-observateurs qui étaient étonnés du score du NFP aux législatives. Comme si aujourd’hui il n’y avait plus de gens favorables à plus d’égalité et plus de répartition des richesses. Oui ces gens existent encore, mais ils sont médiatiquement beaucoup moins représentés.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

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Comment ça va le monde ?

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Nora Hamadi © X-DR

Lorsque vous circulerez dans le Village des Fadas, guettez le Comptoir « Comment ça va… le monde ? ». Dans la continuité des deux précédentes éditions, la journaliste Nora Hamadi (passée par France Culture et Arte, désormais sur France Inter où elle assure la revue de presse de la matinale) a choisi de questionner cette année l’état de notre planète. Le format des échanges, entre témoignages spontanés, invités et prises de parole entre habitants-es, est propice à une réflexion collective. Nul doute qu’entre les crises géopolitiques, le changement climatique qui s’aggrave, les politiques migratoires qui durcissent, il y aura beaucoup à dire, et bien des espoirs de changement…

Autre occasion de faire fonctionner ses méninges à plusieurs, « l’apéro philo » avec Hélène Laulan, enseignante, membre de l’association Les Philosophes Publics. Ce collectif, comme son nom l’indique, considère la pensée philosophique comme un bien public qui se renforce lorsqu’il est partagé, et intervient dans tous les lieux où le débat peut exister. De préférence à l’air libre, car les Grecs de l’Antiquité l’avaient bien compris, sortir de chez soi, confronter ses idées avec celles d’autrui est un exercice indispensable pour les citoyens dans une démocratie. Là où les algorithmes nous enferment toujours plus dans des « bulles », exacerbent les crispations identitaires, se parler en direct permet de donner voix à la nuance et à la singularité. Un bon début si on veut améliorer l’état du monde.

G.C.

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Tessina, rock céleste

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© Tessina

Tessina est née à Santa Monica, d’une mère chanteuse iranienne qui a fui la révolution de 1979 et d’un père français. Bien que sa langue maternelle soit l’anglais, elle a grandi dans le Sud de la France, à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Une enfance bercée par la musique, au milieu des bois. La nature et la musique sont ses lignes directrices. Elle apprend très jeune la guitare, le violoncelle, le oud… Mais surtout, elle chante. Ses compositions folk-rock, mêlées au jeu de batterie de Stella, sont d’une douceur sombre, puis s’emballent pour laisser apparaître une voix plus puissante, légèrement éraillée, comme dans weeping willow – dont elle a fait une session live tournée dans la forêt où elle a grandi. « J’ai commencé la musique par la folk se souvient-elle, mais j’ai toujours voulu faire du rock. Quand j’ai découvert la pédale de fuzz Big 9 [qui créé un son très gras, ndlr], je ne l’ai jamais lâchée ! », dit-elle en riant. 

Une voix d’ange et des sons de guitare rock très assumés : c’est la dualité du projet, que Tessina décrit comme du « rock céleste », en rapport à son amour pour le Soleil et la Lune. La Lune, surtout, est son inspiration.« C’est ma muse. J’ai par exemple écrit la chanson The Shadering lorsqu’une nuit, j’ai été réveillée par la dispersion de la Lune derrière les arbres. Quand je la regarde, j’ai envie de lui écrire des chansons. »

Des paroles qui viennent du cœur, avec une pincée de mystère. C’est le cas de son magnifique titre The Believing qui raconte l’abandon d’une dévotion. « If it’s not him » répète-elle dans ce titre à fleur de peau, accompagné d’une guitare folk et d’un simple tambour. Il en faut peu au duo pour faire passer des émotions complexes, grâce à l’écriture évidente de Tessina. Ses inspirations vont de Kate Bush à Radiohead et ses paroles sont toujours écrites en anglais. « Pour moi, le français est plus analytique. L’anglais, lui, me permet plus de liberté pour exprimer des émotions. »  

Du folk au rock

S’exprimer par la musique dans une scène rock très masculine, cela lui a demandé du temps. À Marseille, où elle a rencontré Stella, Tessina s’est révélée. « En tant que femme, on nous reproche souvent que notre rock est trop doux. Mais c’est dur de s’assumer sur scène, de parler fort, de crier. J’avais l’impression de déranger. Mais j’ai progressivement appris à montrer cette partie de moi. »Tessina vit aujourd’hui de la musique. Elle prépare une tournée d’été dans toute la France avec son nouvel EP, dont la sortie est prévue le 26 juin. À commencer par un passage au Festival Au Large à Marseille le 24 juin, suivi par sa date à Martigues dans le cadre des Fadas du Monde On va y jouer des nouveaux morceaux de notre EP que l’on a enregistré ces derniers mois en résidence à Cool Train Studio à Aubagne. » Le duo rock est à découvrir ou redécouvrir le 27 juillet sur la scène du Cour de l’Ile, et on y court !

MONA LOBERT

27 juillet - 21h 30

Cour de L'Ile

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[Lyrique en Provence] « Permettre à chacun de rencontrer sa voix »

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Sophie Pondjiclis © Célian Ramis

Avant de revenir fonder à Martigues un lieu de transmission, Sophie Pondjiclis a mené une carrière internationale d’une rare ampleur. Plus de quatre-vingt-dix rôles à son répertoire, de Mozart à la création contemporaine, chantés sur quelques-unes des plus grandes scènes lyriques : la Scala de Milan, Vienne, l’Opéra de Paris, Genève, Hong Kong, Bruxelles, Berlin, Munich, Pékin, Londres ou encore le Théâtre des Champs-Élysées… Une artiste de grand répertoire, donc, formée au Conservatoire de Marseille, et jamais assignée à une seule case.

Lyrique en Provence fête ses dix ans. Comment est née cette aventure ?
Nous avons commencé par l’Académie. L’idée était de permettre à de jeunes talents de venir se former auprès de nous, dans une logique de transmission de notre expertise. Au départ, il y avait cette académie vocale d’été, à Martigues, sur le site Pablo Picasso. Puis, peu à peu, cela a donné naissance à un mini-festival. Pour fêter ces dix ans, j’ai eu envie de réunir des musiciens présents dès le début, comme le pianiste Stéphane Petitjean, mais aussi Alexandre Beer-Demander à la mandoline, Fred Ladame au violon, et quatre chanteurs, dont moi-même. Les trois autres sont de jeunes talents que j’ai fait travailler au sein de l’Académie.

Votre parcours vous a menée sur les plus grandes scènes. Que représente ce retour régulier à Martigues ?
Je suis native de Martigues. J’ai fait mes études de piano ici, j’y ai ma maison, ma famille, mes amis, mes racines. Je vis depuis longtemps à Paris, mais aujourd’hui je considère que j’ai deux résidences principales. Martigues est une ville d’une richesse incroyable, par son territoire, sa population, ses publics. Il y a ici une forme d’ouverture aux autres à laquelle j’ai envie de contribuer. Lyrique en Provence n’est pas seulement un projet artistique : c’est aussi une manière de travailler en transversalité avec les personnes et les associations du territoire.

Quelle est la vocation de l’Académie internationale d’art lyrique ?
Elle accompagne la professionnalisation de jeunes artistes lyriques, mais elle s’adresse aussi à des amateurs. Nous organisons des masterclasses, notamment au Conservatoire, qui n’a pas de classe de chant. Ce qui m’intéresse, c’est de transmettre des outils. Je crois à deux universalités : celle du langage musical, et celle de l’instrument vocal, puisque nous avons tous une voix. C’est aussi pour cela que Lyrique en Provence propose, à la fin de l’été, un stage pour les amateurs : on leur donne les mêmes conseils, les mêmes outils que pour les professionnels. Il s’agit de permettre à chacun de rencontrer sa voix.

Cette année, l’Académie travaillera sur La Flûte enchantée pour sept voix. Pourquoi Mozart ?
Mozart est un fondamental. Et La Flûte enchantée s’inscrit exactement dans ce que nous défendons : désacraliser l’opéra, mettre la culture à la portée de tous. Lorsque Mozart compose cette œuvre, il écrit en allemand, pour un autre public, avec l’idée de déplacer l’opéra vers ce qu’il était : vers le peuple, et non vers une élite. C’est son dernier opéra. On dit même que la dernière phrase qu’il aurait fredonnée, en mourant, venait du duo de Papageno et Papagena. Cette œuvre a une dimension symbolique très forte, mais elle a aussi cette générosité immédiate, populaire, qui nous touche.

Pourquoi proposer une version réduite, “pour sept voix” ?
Nous cherchons des formats plus mobiles, plus pratiques, mais sans trahir les œuvres. L’an dernier, nous avions monté une Quintessence de Carmen : les principaux airs, les principaux ensembles, dans une version d’une heure et demie, mise en scène. Pour La Flûte enchantée, c’est la même idée : ne pas proposer un ouvrage de trois heures, mais garder ce qui est essentiel, les plus beaux moments, les lignes fortes. Les jeunes artistes reçoivent les coupures en amont, arrivent en connaissance du rôle, puis travaillent musicalement avec Franck Villard et moi-même, mais aussi vocalement, scéniquement. Il faut mettre un rôle dans les jambes, dans le corps. Un rôle doit rentrer dans les cellules, devenir quelque chose d’organique.

Le gala Voix & Passions ouvre donc cette année anniversaire. Que souhaitez-vous y faire entendre ?
Ce gala est une fête, mais pas seulement. Chaque année, j’aime ouvrir par un concert construit autour d’un thème précis, avec une vraie ligne artistique. Voix & Passions réunit des artistes confirmés et des jeunes chanteurs issus de l’Académie : c’est exactement l’esprit de Lyrique en Provence. Il y aura le plaisir du répertoire, la rencontre entre les générations, mais aussi cette idée que l’opéra peut se partager simplement, dans une proximité réelle avec le public.

Entretien réalisé par SUZANNE CANESSA

Voix & Passions
1e juillet
Site Pablo Picasso – L’Amphi

La Flûte enchantée pour sept voix
31 juillet et 1e août
Site Pablo Picasso – L’Amphi

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Ceci n’est pas un festival

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© Jean-Michel Blasco

Zébuline. Comment sont nés les Fadas du Monde ?
Florian Salazar-Martin.
D’une réflexion sur les politiques publiques, et d’une volonté de créer un espace commun, avec les personnes, dans l’espace public. C’est en quelque sorte le terme d’une longue démarche, particulière à la ville…

qui est communiste depuis 1959. Est-ce que vous qualifieriez cette démarche de communiste ?
Disons que comme tout le monde on veut mettre en place des choses pour notre territoire. Mais on est là depuis longtemps, et on défend des valeurs, une histoire. La culture à Martigues est indissociable, et indissociée, de la défense du littoral et de sa préservation. Et de la défense de l’industrie, une industrie elle-même respectueuse de ce littoral. Notre ressource culturelle, ce sont nos peuples. Comme Marseille nous sommes une ville de migrations, où se sont installés des Arméniens, des Méditerranéens, mais aussi des Européens du nord venus travailler dans la sidérurgie… Dans des villes aux populations aussi diverses deux options sont possibles : construire des espaces culturels fragmentés, communautaires, et une culture de divertissement ; ou construire des espaces communs avec les habitants, et une culture d’émancipation.

Trois en fait, on peut aussi nier la diversité et défendre une culture immuable…
[rire] ça, c’est vraiment pas une option pour nous… Et construire une politique d’émancipation ne signifie pas qu’on n’aime pas le divertissement ! Mais les Fadas du Monde, ça n’est pas un festival où l’on viendrait consommer la programmation ; c’est un espace créatif, vivant, où on reçoit des paroles inattendues, et qui crée des dynamiques entre différentes sphères de la société.

Le Village des Fadas est le point névralgique de cette démarche. Pendant une semaine on crée un espace commun. Des choses sont programmées, mais il s’agit de connecter les gens ensemble, en faisant des jeux, des ateliers pour que les familles soient là, des repas partagés, des karaokés. Sans protocole, mais avec la proposition de choses plus pointues, aussi.

Avec du foot et du théâtre…
Oui. Nous sommes des êtres complexes, chacun d’entre nous. Le foot n’est pas pour certains et le théâtre pour d’autres, on peut entrer dans le village par un champ et s’approcher des autres… Prendre un repas en commun, c’est très important. En fait ce qu’on fabrique là, c’est une fête de village, mais qui parle du monde. Bien sûr qu’on s’est demandé s’il fallait retransmettre la coupe du monde de foot au Village. On sait que le foot est perverti par l’argent, que cette Coupe aux États-Unis avec ce Trump qui… ne nous ressemble pas [rire] est problématique. Mais au fond la joie populaire provoquée par le foot ne leur appartient pas.

Les artistes que vous invitez sont pour la plupart de Martigues, ou pas loin…
Oui, Martigues, Aix, Marseille, notre territoire. Avoir la responsabilité d’une commune, c’est aussi cela. On reçoit des gens qui viennent d’ailleurs mais on doit veiller à la santé des acteurs de notre territoire, leur donner la possibilité de rencontrer les publics. Dans leur quotidien, et gratuitement : ce ne sont pas leurs publics habituels qui sont là.

Il y a aussi une majorité d’artistes femmes, ce qui n’a pas toujours été le cas…

Oui, c’est vrai. Pour cela, il faut avoir conscience que nos générations sont attachées à des figures tutélaires masculines, qui occupent notre imaginaire comme étant les meilleures. Et il faut lutter contre ce réflexe. Les femmes ne sont pas aux Fadas par souci de parité, qui est une vision technique du problème, mais parce qu’aujourd’hui elles parlent différemment des hommes, qu’elles ont des choses à dire, que cette diversité nous est nécessaire, comme toute « bio » diversité.

Cette diversité était à l’œuvre au Festival de Martigues, qui a précédé les Fadas. Pourquoi ce changement ?
Le Festival de Martigues était un grand festival, qui faisait venir le monde, et des grands artistes, à Martigues. Un festival de folklore, de tradition, mais qui était aussi très ouvert dans les échanges de musiques, de cuisines, de langues… On a au fond voulu perpétuer cet esprit de mondialité mais en le confrontant au présent, à l’idée que la liberté et la diversité se construisent dans des espaces citoyens, des agoras politiques.

D’où la présence de Nora Hamadi au Village ?
Oui, il s’agit, avec la journaliste, de questionner simplement les gens, en commençant par « Comment ça va ? ». Cela nous a permis de recueillir des paroles très intéressantes, parce que c’est fait dans l’espace public, sans attitude surplombante, sans obligation de résultat. Un peu comme au bar. Ça a permis de générer un corpus sur l’histoire quotidienne, mais aussi sur des problématiques plus politiques, la guerre, la montée du RN.

On poursuit ce travail en ajoutant cette année « Comment ça va le monde ? » parce qu’on sent bien les tensions actuelles, ces inquiétudes qui sont dorénavant très puissantes. C’est pour cela qu’on accueille au village le voilier Hétérotope qui accompagne la Flotille de Gaza et en constitue la mémoire. Pour penser le monde ensemble, y compris dans ses endroits les plus douloureux.

Les Fadas du Monde ne veulent ni grossir, ni devenir un festival. Pourquoi ?

Au-delà d’une certaine échelle on ne se rencontre plus. On peut le regretter et vouloir attirer plus de public mais nos jauges sont volontairement réduites : 1000 personnes par jour au Village, même si on peut aller un peu au-delà ; 400 dans la Cour de l’Ile pour les concerts gratuits ; 150 à 200 pour les séances de cinéma en plein air. Rien de massif, mais beaucoup de choses profondes !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

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Le Tétrodon, un drôle de poisson globe

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Le Tétrodon, habitat mobile et modulaire © Ville de Martigues

Le Village des Fadas a la chance de disposer d’un des plus grands Tétrodons encore vivants. Ques aco ? Un poisson globe qui se gonfle se dénomme bien le Tetraodon, mais il a aussi donné son nom à un habitat modulaire : le Tétrodon, conçu dans les années 1970 pour abriter les travailleurs nomades, en particulier les ouvriers venus construire les usines de sidérurgie à Fos-sur-Mer. Des petits bijoux d’architecture appliquée tout en plastique, dont la production a été stoppée par la crise pétrolière de 1973.

Aujourd’hui protégé et labellisé Patrimoine du XXe siècle, le Tétrodon de Martigues s’est transformé en résidence d’artiste, gérée par l’association Par ce Passage infranchi.

Joan Bennàssar, peintre et sculpteur de Majorque, habitera le Tétrodon du 1er au 14 juillet. Il propose un projet participatif où chacun·e pourra dessiner, peindre, teindre ou intervenir sur des supports transparents qui seront ensuite projetés sur les structures modulaires, transformées en écrans. Un récit collectif qui évoquera sans doute autant la mémoire du Poisson globe, que de la sidérurgie et des industries pétrolières.

L’atelier est ouvert aux adultes comme aux enfants.

A.F.

Atelier Poisson globe

Du 1e au 14 juillet

Tetrodon

Base nautique de Tholon

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Les jeunes Martégaux ont du talent !

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C302 © Kaki Valverde

Au Village des Fadas, la tradition veut qu’une soirée soit consacrée aux jeunes talents de la région. Cette année, les projecteurs seront braqués sur C302. Le groupe punk de lycéens martégaux a non seulement imaginé la programmation de l’événement, mais montera également sur scène pour défendre ses compositions. Car s’ils se sont vu confier l’organisation de la soirée, hors de question pour les quatre amis de ne pas se produire sur la scène des Fadas !

Du lycée à la scène

Au départ, tout part d’une salle de répétition du lycée Jean-Lurçat à Martigues. La C302. C’est ici qu’Oscar (basse, chant) et Clément (piano) commencent à jouer ensemble, mais aussi qu’ils rencontrent Loris (batterie) et Angelo (guitare). Depuis, le groupe développe un univers nourri par les influences de chacun, sans jamais chercher à s’enfermer dans des cases. « On ne s’est pas mis de restrictions. On joue ce qui nous plaît. Sur le papier, il y a plein de genres différents, mais il y a quand même une base. On appelle ça du punk fusion », explique Oscar. Et leur style a déjà conquis le public. Depuis leurs débuts, il y a un peu plus d’un an, les quatre amis, aujourd’hui en première et en terminale, n’ont pas attendu d’avoir un album pour franchir le pas de la scène. « On a énormément joué avant même de penser à enregistrer. On a été formés par la scène et ça se ressent. On met l’ambiance, c’est notre point fort. »

Les Fadas

Habitué des plus petites salles, C302 avait déjà enflammé la scène des Fadas l’an dernier. Une première expérience bien réussie qui les avait particulièrement marqués. « Les Fadas, c’était notre première vraie scène professionnelle. Ça changeait vraiment. On s’est dit : là, on est sur une vraie scène. »Cette année, le groupe passe aussi de l’autre côté du rideau en prenant en charge la programmation de la soirée. Les lycéens ont choisi de mettre à l’honneur d’autres jeunes groupes de la région défendant eux aussi leurs compositions. Sont déjà annoncés Mezcal Wizard, formation marseillaise de sludge metal, et Lost, groupe de rock progressif. Le mystère demeure autour du dernier groupe qui viendra compléter l’affiche de cette soirée Jeunes Talents. À suivre…

CARLA LORANG

8 juillet

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Solstice, un voyage en trio

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Solstice réunit Victor Moune, Pauline de Almeida et Élise Ungerer autour d’un concert pop orchestral porté par le piano, à découvrir le 22 juillet place de la Libération. Entre chansons intimistes, envolées orchestrales et énergie de comédie musicale, les trois artistes proposent un voyage sensible à travers les relations humaines, les rêves et les souvenirs. Avec des couleurs festives et émouvantes à la fois, Solstice mêle piano, voix et instruments de l’orchestre dans un univers solaire. Un concert vivant comme une traversée musicale pour petits et grands, au cœur de l’été martégal.

2 juillet
Place de la Libération

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