La même chose mais pas tout à fait pareille est une expérience théâtrale participative, où « l’idée de participation est prise dans un sens trèèès large », conçue par Anne-Sophie Turion, autrice, metteuse en scène et performeuse associée à La Bande du ZEF.
Précédée par plusieurs séances de Test en public (lire ici), la création de son spectacle, fondé sur une ressource humaine fondamentale : l’attention, va inviter chacun.e, par l’intermédiaire d’un texte distribué sur différents supports tout au long de la performance, à accomplir de micro-actions discrètes – regarder simultanément un plafond, écouter des chuchotements, déplacer des objets légers, suivre une partition individuelle –donnant naissance à des phénomènes de rencontre légers et déconcertants.
MARC VOIRY
Du 28 au 30 janvier Le ZEF - Scène nationale de Marseille
Zébuline. Vous avez pris officiellement vos fonctions en septembre, mais vous étiez déjà impliquée en amont. Comment s’est organisée cette édition ?
Anne Kerzerho. J’ai été nommée mi-juin et je suis arrivée à la direction de Parallèle mi-septembre, dans un contexte de transition puisque Lou Colombani, la précédente directrice, était déjà partie. Dès ma nomination, j’ai repris un certain nombre de dossiers : il fallait soutenir l’équipe, très engagée, et assurer des arbitrages. Cette édition est clairement placée sous le signe de la transition et de la collégialité.
Pouvez-vous nous expliquer le principe de « Futur.e.s direction.s » ?
Ce programme associe trois jeunes curatrices-programmatrices, Flora Fetta, Lamia Zanna et Asia Ugobor,choisies à l’automne 2024 à l’issue d’un long parcours. Elles ont d’abord été en immersion lors de la précédente édition, puis ont bénéficié d’un accompagnement très actif : repérages, voyages professionnels, nombreuses rencontres avec des artistes. Elles ont travaillé concrètement à la programmation en dialogue avec les directions, et ensemble nous avons finalisé l’architecture du festival.
Cette approche collective s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur les enjeux de parité, très présente depuis les débuts de Parallèle.
Oui, c’est un point essentiel. Dans le champ chorégraphique, le nombre de femmes à la tête des Centres chorégraphiques nationaux a fortement chuté ces vingt dernières années. Il est donc nécessaire de maintenir cette vigilance et de continuer à corriger des déséquilibres structurels.
Parallèle se distingue depuis ses débuts par un dialogue affirmé entre arts visuels et danse. Et c’est un domaine que vous connaissez bien…
C’est en effet une singularité forte du festival. La performance se situe à la croisée de ces champs, et la danse est une pratique très hospitalière, en dialogue constant avec d’autres médiums. Penser un festival depuis cet entrelacement me semble fondamental aujourd’hui.
Et oui, j’ai travaillé plus de vingt ans dans la danse, notamment au sein de plusieurs CCN. Deux axes ont toujours structuré mon travail : l’accompagnement des artistes – inventer des contextes de création, de production et de programmation – et la relation au territoire, aux publics. Ces quinze dernières années, j’étais davantage du côté de la pédagogie, au sein du Master Exerce à Montpellier, une formation internationale de recherche chorégraphique dont sont issus de nombreux artistes aujourd’hui très présents sur la scène contemporaine. Cette année, huit artistes programmés à Parallèle en sont d’ailleurs diplômés !
Le festival revendique également un rôle central dans l’accompagnement et la visibilité des jeunes artistes.
Oui, Parallèle est un lieu de repérage pour des œuvres qui ont peu circulé. Il accompagne des démarches émergentes, en danse comme en arts visuels, souvent traversées par des enjeux sociétaux forts : questions de colonialité, de représentation, de réparation. Ces artistes ne produisent pas des œuvres documentaires, mais des gestes de composition, à la fois poétiques et politiques.
L’ancrage marseillais de Parallèle est très fort. Comment votre rapport à la ville et à son territoire nourrit-il votre approche du festival ?
Je connaissais déjà Marseille, mais je suis frappée par la vitalité de sa scène artistique et par l’ouverture des lieux à l’expérimentation, sans renoncer à l’adresse aux publics. La réalité méditerranéenne, la diversité sociale, la présence très concrète des enjeux du monde dans la ville : tout cela traverse nécessairement le festival. À Marseille, ces questions ne sont jamais abstraites.
Qu’est-ce qui caractérise plus spécifiquement cette édition et sa nouvelle direction ?
Elle s’inscrit dans une continuité, mais avec des accentuations. J’attache beaucoup d’importance à l’idée que le festival soit un lieu d’apprentissage. C’est le sens du QG du festival : un espace ouvert, avec bibliothèque, rencontres, ateliers et tables rondes. Cette édition est aussi marquée par la convergence de plusieurs programmes d’accompagnement – La Relève, les jeunes chorégraphes du Sud, Futur·e·s directions – avec de nombreuses créations et avant-premières. Penser le festival comme un lieu de circulation, de transmission et de mise en relation est essentiel pour l’avenir de Parallèle.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA
Le festival se tiendra du 28 janvier au 7 février dans divers lieux à Marseille et Aix-en-Provence.
Derrière le mur de ballots de paille qui occulte totalement la scène de Foutue Bergerie, qui va rapidement s’écrouler, il va y avoir du monde. Une tripotée de moutons philosophes, lubriques et panurgiques, divers volatiles chantants, un fermier bougon, sa femme allongée et malade en hors-champ, son fils suicidé par pendaison, qui se promène, suspendu dans les airs et jurant comme un charretier, son autre fils, soucieux de ce qu’on peut dire de la taille de son pénis, sa copine entreprenante, un stagiaire maghrébin, une journaliste, sa rédac-chef et deux gendarmes.
Évoluant au milieu des bottes de foin régulièrement brassées, figurant, selon les situations, les coins et recoins de la grange, le champ, une clôture jamais terminée. Tous·tes sont embarqué·e·s dans une farce tragico-burlesque évoquant quelques points chauds fermiers : la multinationale agrochimique et le petit paysan, la réintroduction du loup, l’étalement urbain, la paysannerie qui disparait, les à-priori sociaux, les fantasmes sécuritaires.
Spectacle poussif
Deux fils conducteurs lient l’ensemble : une tentative de mobilisation contre une multinationale de l’agro-chimie, autour du suicide du premier fils, déprimé par son micro-pénis – certainement dû à l’emploi d’un pesticide utilisé par son père juste avant sa naissance. Et une enquête autour de plusieurs moutons retrouvés morts : est-ce par des loups, comme le suggèrent des gendarmes de mauvaise-foi, ou par des pitbulls, appartenant aux personnes dernièrement arrivées dans les nouveaux immeubles, construits aux abords du champ ?
Après l’immense carton critique et public de Les gros patinent bien, à la fantaisie déjantée jubilatoire, on attendait avec gourmandise ce nouvel opus de Pierre Guillois. Hélas, on reste sur sa faim, malgré quelques bouts de scène réussis, des comédien·ne·s investi·e·s, en particulier une Christina Réalli qui se régale en mouton philosophe, en mère désabusée et en rédactrice en chef brutale. L’ensemble ne décolle pas et finit par s’embourber dans un humour qui n’est pas que faussement lourdingue, et une fantaisie stagnante.
MARC VOIRY
Foutue Bergerie était présentée du 20 au 24 janvier au Théâtre de l’Odéon dans le cadre de la programmation du Gymnase hors-les-murs
Si pour certains, Rabelais n’est qu’un souvenir flou du lycée, il devient pleinement vivant sur le plateau des Salins. Avec Rien qu’un peu de moelle, la compagnie En Devenir 2 offre un voyage par delà Rabelais et relate des aventures du géant gourmand Pantagruel et de son compagnon : Panurge. Le spectacle met en scène les deux héros et embarque le public dans une balade philosophique. Mis en scène par Malte Schwind, l’œuvre offre une plongée dans la pensée de l’écrivain et libre penseur, donnant à voir une langue populaire, joyeuse et étonnamment moderne.
Voyager du fantasme à la réalité, parler de faire l’amour, mais aussi de ne pas le faire. Avec Commençons par faire l’amour, la chorégraphe Laura Bachman poursuit une démarche à la croisée de la danse, de la littérature et du théâtre. Après le succès en 2023 de Ne me touchez pas, l’ancienne danseuse de l’Opéra de Paris s’empare de l’œuvre de Jean-Philippe Toussaint, Le cycle de Marie et relève le défi de chorégraphier ce roman d’amour en s’appropriant les images cinématiques du texte. Enraciné dans les tiraillements d’un personnage complexe, le spectacle ouvre une réflexion sur la féminité, ses représentations mais aussi sur les rapports de pouvoir. Le temps d’une soirée, la scène devient un laboratoire et interroge la manière dont on représente l’amour, les corps et les sexualités.
C.L. 3 février Les Salins, Scène nationale deMartigues
Le petit cœur d’Akim, neuf ans, est malade. Il s’emballe et n’en fait qu’à sa tête. Là où il vit, l’opération coûte très, très, très cher. Impossible pour sa famille d’espérer pouvoir faire les réparations. Mais quand tout semble s’effondrer, sa mère, Maswala, tombe sur un article de journal évoquant une course de l’autre côté du pays. Elle se met alors en tête de courir ce marathon dans l’espoir de pouvoir payer l’opération de son fils. Adapté par Catherine Verlaguet d’après le roman de Xavier-Laurent Petit et mis en scène par Olivier Letellier, le spectacle combine le théâtre de récit et la danse hip-hop en croisant les genres: house, voguing, popping.
Malgré la douloureuse défection d’une tête d’affiche attendue de cette 28e édition – Entre chiens et loups du Théâtre du Centaure, annulé pour cause de blessure à quelques jours du lancement du festival – cette nouvelle cuvée des Élancées s’annonce trépidante.
L’énergie furibonde de grandes troupes internationales promet des étincelles sur la piste : bande son électro pour les spectaculaires portés de la Cie australienne Circa (le 31 janvier au Théâtre de Fos-sur-Mer), fantaisie sur les notes de Bach avec la compagnie espagnole Aracaladanza (le 8 février à la Colonne, Miramas)… Avec Moya du Zip Zap Circus, école implantée au Cap depuis 30 ans, dix jeunes acrobates sud africains content leur envies d’émancipation, mêlant la tradition – pantsula, acro-danse, gumboots –, aux techniques circassiennes – sangles aériennes, roue Cyr, jonglage, tissu, trapèze… (le 27 janvier à l’Usine, Istres).
En tournée depuis 10 ans à travers l’Europe, Mad in Finland pose son chapiteau à Miramas : 7 acrobates finlandaises y conjuguent leurs disciplines évocatrices – suspension capillaire, antipodisme, rola-bola, danse sur fil… – pour se jouer des clichés entourant le folklore de leur pays d’origine, entre nuit polaire, bûcherons et saunas (du 11 au 15 février, sous chapiteau à Miramas).
Parmi les fidélités régionales, on aura plaisir à retrouver les plus récentes créations de Michael Kelemenis ou encore de Josette Baïz, qui revisite le mythe de Don Juan entre krump et hip-hop (Cinq versions de Don Juan, le 10 février à la Colonne, Miramas). Au rayon des pépites, des valeurs sûres – Hourvari de Rasposo, impertinent charivari tissant une vénéneuse fable autour de l’enfance et de la désobéissance (du 13 au 15 février sous chapiteau à Istres) – ou prometteuses : un montage de meuble Ikea qui s’annonce savoureux, aux côtés de Mathieu Despoisse et Etienne Manceau (sortie de résidence de Pling-Klang, le 14 février au Citron Jaune, Port-saint-Louis-du-Rhône).
Jeux à danser
Ajoutons un soupçon de magie pour parfaire le paysage : close-up de Julien Becquelin, mentalisme de Scorpène, ou magie plus visuelle avec Ballroom, digression jonglée dans un camion théâtre, avec la compagnie belge Post uit Hessdalen (du 4 au 8 février à Istres et Fos).
Enfin, pour honorer sa ligne éditoriale dédiée aux arts du geste dans leur pluralité, le festival consacre cette année un focus à « la danse et l’enfant ». À glaner, une table ronde en matinée le 7 février, un jeu de société grandeur nature imaginé par Christine Fricker (Labyrinthe de l’oie, le 7 février à la Maison de la danse, Istres), une immersion ludique et documentée dans le mouvement hip-hop, de ses origines à nos jours avec la compagnie 6e Dimension (le 7 février à l’espace Gérard Philipe de Port-saint-Louis-du-Rhône), suivi d’un bal urbain ; ou encore P.I.E.D.#Format de poche, espiègle chorégraphie dédiée à ces membres parfois mal aimés, par la chorégraphe Bérénice Legrand (le 4 février à l’Oppidum de Cornillon-Confoux). Avec toujours des tarifs accessibles – de 5 à 8 euros – fidèles à l’éthique déployée tout au long de ces années par Anne Renault, ancienne directrice de Scènes & Cinés, qui signe ici sa dernière édition.
JULIE BORDENAVE
Les Élancées Du 3 au 15 février Istres et alentour
Promis le ciel. Pour qui ? Pour cette fillette immergée dans un bain moussant doux et bleuté autour de laquelle s’affairent trois femmes noires, lui posant des questions, la rassurant. La fillette (Estelle Kenza Dogbo) évoque un bateau renversé, un homme avec des couteaux « Tout est cassé » répète t-elle. Elles doivent trouver une solution pour la fillette. C’est ainsi que commence le nouveau film de la Tunisienne Erige Sehiri, dont on avait apprécié le précédent, Sous les figues (https://journalzebuline.fr/une-jeunesse-mi-figue-mi-raisin/) Ici, c’est autour d’une communauté de femmes subsahariennes qui tentent de trouver leur place en Tunisie que se construit le film. Trois Ivoiriennes. Une pasteure, (Aïssa Maïga) ancienne journaliste, Aminata qui se fait appeler Marie, a rassemblé la communauté dans son Église de la persévérance, un culte catholique et un centre d’aides. Avec elle, Naney (Déborah Christelle Naney ) qui l’aide mais qui trafique avec un ami tunisien, Foued (Foued Zaazaa ), espérant faire venir sa fille qu’elle n’a pas vue depuis 3 ans. La plus jeune, Jolie (Laetitia Ky) étudiante, en règle avec ses papiers, pense surtout à ses études et voudrait être plus indépendante. La caméra de Frida Marzouk les suit de très près, captant sur leur visage toutes les émotions : espoir en un avenir meilleur, crainte et doutes quand les rafles de subsahariens s’annoncent. Scènes de la vie quotidienne, moments de ferveur quand Marie prêche et que toutes les femmes de la communauté prient et chantent : instants d’allégresse quand on danse, oubliant qu’on est loin de son pays et que la Tunisie n’est pas vraiment une terre d’accueil. Et lien entre les trois, la petite Kenza, l’enfant qu’on voudrait garder dans la communauté, ce qui pourrait être un risque pour Marie, Kenza qui ramène le sourire sur leur visage quand elles sont tristes, celle qui interroge les liens brisés, la maternité, l’avenir. Autour de ces trois femmes, gravitent des hommes, le propriétaire de la maison (Mohamed Grayaâ) assez indifférent à leur sort, Foued qui subit la crise économique comme bon nombre de Tunisiens, Noa, l’ami aveugle de Marie qui l’interpelle sur son projet de ne pas remettre Kenza aux autorités : Tu ne peux remplacer un enfant par un enfant » dit –il à cette mère qui a perdu sa fille. Un moment très émouvant.
« On m’a promis le ciel, en attendant je suis sur la terre, à ramer. » chante le groupe Delgres. Certes, elles rament ces trois femmes dont Erige Séhiri fait le portrait dans ce film choral à l’image soignée, souvent bleutée, superbement interprété par Aïssa Maïga, Déborah Christelle Naney, Laetitia Ky et la petite Estelle Kenza Dogbo, mais leur force, leur volonté face à l’adversité nous donnent une vraie leçon de vie.
Stay of a broken heart de Johny Cash, une rue miteuse la nuit, un cabaret où de jeunes femmes à moitié dénudées se maquillent dans des loges. C’est ainsi que démarre Le Chasseur de baleines du réalisateur russe Philip Yuryev. L’une d’elles traverse un couloir qui l’emmène dans une chambre aux voiles roses. C’est là qu’elle se filme, excitant tous ceux qui, au loin, se connecteront. Et parmi eux, très loin, dans un petit village isolé dans l’oblast de Pskov, non loin du détroit de Bering, des chasseurs de baleine, dans leurs tenues sombres, debout devant l’écran, hypnotisés par cette apparition. Lyoshka (Vladimir Onokhov) et Kolya (Vladimir Lyubimtsev) sont deux amis à peine sortis de l’adolescence, très travaillés par le sexe : « Tu crois qu’il y a des prostituées à Anadyr ? … Tu peux mater des meufs sur des webcams ! » C’est ce que fait Lyoshka quand il n’est pas en mer pour la chasse aux baleines et quand il n’y a pas de coupure d’électricité. Il veut retrouver cette fille blonde dont l’image l’a émoustillée, Hollysweet 999. Il en est tombé amoureux. Naïf, il est persuadé de vivre avec elle, par écran interposé, une grande histoire ; il lui parle, apprend des rudiments d’anglais pour lui déclarer son amour. Un rêve qui lui permet aussi d’échapper à un avenir tout tracé, une manière de se penser ailleurs. Ailleurs, c’est l’Alaska puis Détroit où semblerait se trouver la cam- girl. Une illusion qui lui permet de vivre autre chose que cette routine qui l’attend. Partir, c’est ce qu’il va faire après une bagarre violente avec Kolya. On vous laissera découvrir le voyage de Lyoshka, avec ses obstacles, ses mauvaises rencontres, et ses mirages dont une séquence magistrale où dans un paysage aride trônent d’immenses carcasses d’animaux.
Les plans de son voyage à travers des contrées désertiques sont superbes tout comme son visage filmé comme un paysage. Les séquences de pêches, telles des plans documentaires sont annoncées dès le début du film par un étonnant tableau vu du ciel : une baleine morte sur la plage autour de laquelle des hommes s’affairent. Pour son premier long métrage, Philip Yuryev a choisi de travailler avec deux jeunes acteurs non professionnels, repérés dans un orphelinat de la région de Tchoukotka, qui ont su rendre sensibles les interrogations de ces adolescents. « L’adolescence est un moment où l’on traverse des sentiments comme la solitude ou la tristesse, où l’on cherche sa place. Le thème du premier amour nous permet de nous identifier au personnage, car il est universel. À mon sens, ce n’est pas un film sur la région de Tchoukotka, ce n’est même pas un film « russe » : c’est avant tout un film sur l’adolescence, que tout le monde peut comprendre.
Un premier long métrage prometteur qui nous invite à décaler un peu notre regard.
C’est un public marseillais échaudé par la pluie qui s’est retrouvé au foyer de l’Opéra ce samedi, pour assister au concert de musique de chambre avec au premier plan, la clarinette, autour d’un répertoire qui mêle Baermann, un jeune Webern et Brahms. Pour interpréter ce programme, Valentin Favre – qui occupe le poste de clarinette solo à l’Orchestre de l’Opéra de Marseille depuis 2014 – se trouve aux côtés des violonistes Quentin Reymond et Cécile Freyssenède, de l’altiste Brice Duval et du violoncelliste, Etienne Beauny.
Le concert débute par une pièce, longtemps attribuée à Wagner, mais qui est en réalité une création de Heinrich Joseph Baermann, clarinettiste virtuose et compositeur allemand : l’Adagio pour clarinette et quatuor à cordes (1821). L’instrument est alors une nouveauté, et les compositions fondatrices de Baermann inspireront les grands compositeurs comme Mendelssohn ou Carl Maria Weber. Sereine, malgré le fait d’être un adagio, l’œuvre est caractérisée par l’ambiance contemplative d’un matin de rosée où la nature s’éveille. Douce et lyrique, la clarinette s’élève, poétique, au-dessus de la formation à cordes qui déploie de légers trémolos atmosphériques. Sa beauté s’y trouve reflétée par la fresque illuminée qui survole les têtes du public : Orphée charme le monde par la musique de sa lyre d’Augustin Carrera.
L’œuvre suivante, Langsamer Satz, écrite à Vienne presque un siècle plus tard, est une pièce d’étude d’Anton Webern, alors élève d’Arnold Schönberg. L’œuvre est empreinte de lyrisme, a contrario de ce qu’il pourra écrire plus tard – plus concis, atonal, sériel et contrapuntique. Marquée par la jeunesse, l’amour, l’optimisme et la candeur du jeune compositeur autrichien, la musique est également marquée par les tourments qui l’accompagnent. Ce sentiment d’être emporté dans plusieurs directions se retrouve dans l’emploi des nuances, du lyrisme des mélodies et les passages pizzicati qui accentuent ce mouvement fluctuant. Composé dans la tradition du compositeur romantique allemand, le Quintette pour clarinette et cordes en si mineur, op. 115 de Johannes Brahmssuit celui de Webern et clôture le concert.