mardi 19 mai 2026
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Vaucluse : Le festival confit ! nourrit la discussion

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PASTASCIUTTA © CCALMETTES

Jusqu’alors concentré sur la commune de Cavaillon et en cinq journées, le festival initié par Chloé Tournier lors de son arrivée à la tête de la Scène nationale, le festival confit prend en importance ce printemps. Sa 4e édition, qui commence le 4 mai, s’étendra sur près d’un mois, et débordera également sur les villes alentours. La programmation, elle, reste ce qu’elle a toujours été : riche, passionnante, et pensée comme un tout, dans laquelle spectacles, expositions, conférences et ateliers se répondent et alimentent la conversation, chacun à sa façon.

La particularité des spectacles programmés est de tresser narration et réflexions autour de l’alimentation, et les enjeux soulevés par les modes de production des ingrédients, leur préparation et leur consommation. Ces enjeux sont multiples, personnels et intimes comme dans le cas de Matcha Girl d’Elsa Thomas (22 mai), dans lequel la réalisatrice et metteuse en scène explore sa relation avec son père au cours d’une cérémonie du thé, ou plus collective avec Sur la paille, un banquet de la Compagnie Basses fréquences (23 et 24 mai, Association Le Village, Cavaillon). 
Ou encore très politique avec la très attendue première de La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi de Floriane Facchini (du 19 au 21 mai), première production de « Ça mijote » – le réseau artistico-culinaire dont La Garance est à l’initiative.

Cultiver la théorie

Le festival nourrit aussi la réflexion d’apport théorique, avec en particulier un arpentage de l’ouvrage Passer à table – ce que l’acte de manger dit de nous de la journaliste associée du réseau « Ça mijote », Émilie Laystary (20 mai). 

Le 6 mai, une table ronde donnée à la médiathèque et réunissant des producteur·ices, des acteur·ices de l’industrie agroalimentaire et un chercheur pour « Inventer l’agriculture de demain ». La conférence-performance Coup de courts de la sommelière Constance Heilmann et la distributrice de films d’animation Luce Grosjean propose de se poser la question de l’alimentation de demain, cette fois autour de trois « accords vin-film », c’est-à-dire le visionnage de trois court-métrage d’animation, chacun associé à un vin nature (23 mai).   

Connaître pour communier 

Plusieurs des créations présentées travaillent notre rapport à notre environnement, la relation que l’on a ou pourrait avoir à la nature. C’est le cas des deux sorties de résidence qui auront lieu dans le cadre du festival : avec Brèches, l’anthropologue Nastassja Martin (7 mai, Domaine de Regain, Saignon) interroge nos liens au monde non-humain, dans un univers sonore signé et interprété en live par la compositrice et chanteuse OTTiLie ; et dansTentative de coexistence entre ruminantes, Mégane Arnaud partage la scène – enfin, le pré – avec des vaches avec lesquels elle cherche à cohabiter hors de toute domination (24 mai, Sarrians). 

L’une des invités du festival, l’ethnobotaniste et herboriste Clarisse Le Bas proposera pour sa part une Balade et cueillette à la découverte de la flore sauvage du Luberon (23 mai). Son ouvrage Le temps du végétal, publié en avril, donnera également lieu à un temps de rencontre et d’échange (22 mai) et à une exposition visible à La Garance. 

Surtout, valoriser 

Outre la connaissance et l’appréciation des aliments, leur production et distribution sont également mises en valeur – et en scène – au cours du festival, avec notamment deux expositions. La première, intitulée Jusqu’à midi et visible à La Garance, donne à voir des photographies prises par Lola Gadéa dans les marchés d’Avignon extra-muros. La seconde, {Agri}cultures – murmure des champs, reflet de ville, réalisée par les Archives de Cavaillon propose de découvrir dans un cadre immersif l’histoire agricole de la ville. 

Enfin, le spectacle Un verre à soi donné en itinérance du 4 au 7 mai, est un duo piano-comédienne dans lequel Claire Barrabès interprète une viticultrice passionnée qui démystifie la connaissance du vin et déconstruit les systèmes de domination qu’elle cache.  

CHLOÉ MACAIRE 

Festival confit !
Du 4 au 24 mai 
Divers lieux, Cavaillon et alentours
Une proposition de La Garance, Scène nationale

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Breakdance et female gaze

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© Mathilde Mawa

Qu’est-ce qu’être une femme, dans le breakdance ? La pièce Be.girl en donne certainement une réponse. Sur scène, cinq breakeuses occupent l’espace, en baskets et pantalon, libres dans leurs mouvements, loin des carcans. La metteuse en scène ne cherche pas à s’opposer au break masculin, mais à montrer d’autres couleurs de la discipline. Avec ce spectacle elle affirme que « le break féminin existe, avec ses codes et ses nuances ».

Dès l’ouverture, une silhouette apparaît dans le noir, lampe torche à la main. Elle éclaire son propre corps comme si elle le découvrait. Une deuxième la rejoint. Qui sont-elles ? La musique est presque mystique, faite de percussions et de sons organiques. Les corps avancent, testent, montrent. La lumière isole les jambes, les pieds. Le break commence par là, dans le détail des mouvements. 

La lumière pour changer le regard

Vêtues de noir dans un décor noir, les danseuses se fondent dans l’espace, presque invisibles. Puis le fond s’ouvre sur un mur blanc. Les ombres surgissent, se multiplient, déforment et agrandissent les corps. Une danseuse devient plusieurs. Une autre dialogue avec des doigts projetés en ombre chinoise. La lumière montre que l’on ne regardait pas au bon endroit. Les danseuses étaient bel et bien visibles dès le départ. On comprend alors que notre regard est biaisé, presque conditionné par des habitudes, souvent héritées d’un regard masculin.

Le « wow » du breakdance n’est pas seulement dans les figures pleines de forces musculaires et spectaculaires. Ici, il se trouve dans la lenteur d’un freeze tenu, tête en bas, où les jambes continuent de parler. Une phrase chorégraphique entière passe par ce mouvement suspendu. Le break devient un véritable langage, presque intime pour ces danseuses. 

La metteuse en scène Valentine Nagata-Ramos parle d’émancipation. Être une femme et choisir le break, c’est déjà un geste. Un homme n’aurait pas pu faire cette pièce, dit-elle. Peut-être parce qu’il ne s’agit pas juste de représenter, mais aussi de vivre une expérience. Be.girl est un hommage à d’autres formes de féminité mais aussi une démonstration : le break peut être subtil et profondément sensible. Il suffit d’ouvrir son esprit.

MANON BRUNEL

Spectacle donné le 14 avril au Théâtre Jean-Marie Sevolker (Gémenos), dans le cadre du festival Impulsion.

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Le jazz n’a pas d’âge

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Voix Divines © DR

Hors de question que le jazz soit seulement réservé aux adultes. Sous l’impulsion de Marseille Jazz des Cinq Continents, Ici Jazz Kidsentend bien faire de la cité phocéenne un endroit où il fait bon groover à tout âge. À l’occasion de la Journée internationale du jazz, cette initiative, construite pour les jeunes – 5 000 enfants attendus – vise à rendre le jazz vivant et accessible à tous·tes. Si les écoles accueilleront majoritairement les festivités – Félix Pyat, Saint-André Condorcet, Bernard Cadenat… –, des tiers-lieux, théâtres et hôpitaux seront aussi investis, comme l’Astronef, le HangArt ou encore l’hôpital Salvator. Une soixantaine de musicien·nes, accompagnée d’ateliers et de temps de médiation, transformeront Marseille en un vaste terrain d’expérimentation jazzy.

Le jazz s’infiltre partout

Né à la fin du XIXe siècle dans le sud des États-Unis au sein des communautés afro-américaines, le jazz n’a cessé d’évoluer, comme en témoigne le duo Wonderland, à la croisée du jazz contemporain, des musiques traditionnelles et de la musique classique. Au Talus, le groupe propose une création immersive où piano et percussions orientales dialoguent invitant les enfants à suivre une «partition imaginaire ». Dans le même registre, Les Histoires d’Edgar, imaginées par Thomas Laffont, portées par la comédienne Jeanne Peltier-Lanovsky et un quartet – basse, batterie, saxophone guitare – laisse apparaître le curieux personnage d’Edgar dans un joli voyage conté.

Au Théâtre de l’Astronef, place aux surprises avec l’orchestre Kamil et son expérience ciné-concert jazz théâtralisé. Le lycée Victor Hugo, quant à lui, accueille l’énergie collective de Bögö, qui déploie un univers original mêlant des langues imaginaires au son d’instruments pluriels. D’autres propositions viendront compléter le paysage musical : Swing Vedette revisite les standards du jazz et de la chanson française, d’Ella Fitzgerald à Édith Piaf. La Métamorphose du Chat Bada s’amuse, avec humour, à raconter la découverte du jazz par le biais d’un chat gourmand devenu musicien.

Initiations et découvertes

Si les enfants sont amenés à écouter et se familiariser avec le jazz, ils pourront aussi y prendre part. Avec Jazz at School, le répertoire se dessine avec eux. Du swing au blues en passant par la bossa nova, les jeunes sont invités à chanter, frapper les rythmes et découvrir les instruments. Dans la continuité, le projet Voix Divines les initie au chant jazz, au scat et à l’improvisation. Enfin, des ateliers d’écriture permettront aux élèves d’imaginer un dialogue avec le célèbre pianiste Herbie Hancock. Ici Jazz Kids promet dès lors une première porte d’entrée aux enfants vers un genre musical dont la popularité traverse les générations.

CARLA LORANG

Ici Jazz Kids
30 avril
Marseille

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Hamadouche et Tighidet : duo de soleils

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© Squaaly Baba

Avant d’importants travaux de rénovations qui vont obliger le théâtre à fermer ses portes jusqu’en janvier 2028, il y a encore de la vie au Théâtre de l’Œuvre. Ce 17 avril, il accueille Hakim Hamadouche et Nadia Tighidet pour un concert aux accents de jazz, de rock et d’Orient. Habitué des lieux – il y présentait déjà une carte blanche il y a deux ans – Hakim Hamadouche joue ici à domicile. Fidèle à lui-même, coiffé de son éternel chapeau qu’il soulève avec l’aisance d’un vieux routier de la scène, il s’avance mandoluth électrique en main. Charismatique, le regard vif et malicieux, il livre une performance libre, vibrante, sans frontières. « Algérien à déclarer », selon la formule de Rachid Taha, avec qui il a tourné pendant 28 ans, il incarne une musique en mouvement, ancrée dans le chaâbi algérien traditionnel, aux accents de jazz et de rock.

Il est accompagné de la remarquable percussionniste d’origine kabyle Nadia Tighidet, née dans les quartiers Nord de Marseille. Solidement ancrée sur le plateau, elle fait vibrer la matière sonore, en osmose parfaite avec Hakim, qui prend son élan et virevolte comme un jeune homme sur scène avec son mandoluth. La soirée se pare d’invités surprises – Gil Aniorte Paz, Sylvie Paz, Squaaly Baba, Ed Hoskidian, Marien – pour une célébration habitée, traversée de chants andalous, de trilles de saxophone déchaîné et de poésie. On notera le beau poème La Grève des fleurs de Philippe Forcioli, dit par Marien, émouvant à souhait.

Entouré de ses amis, une toile de sa période Beaux-Arts en fond de scène, Hakim Hamdouche offre ainsi une traversée musicale intense, guidée par un esprit de liberté et un goût affirmé pour le dialogue des cultures. Marseille, telle qu’on l’aime.

ISABELLE RAINALDI

Concert donné le 17 avril au Théâtre de l’Œuvre, Marseille.

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Un Grand ménage qui déménage

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© G.C.

« L’amour c’est du pipeau, c’est bon pour les gogos… » Les paroles rageuses de Brigitte Fontaine s’échappent du Boulodrome de la Tour d’Aigues, où devant un public nombreux joue le Borboleta Théâtre. Madame, diva déchue, se retrouve à chanter dehors et malmène tout le monde, ses partenaires comme les spectateurs. Les trois comédiens sont excellents ; mention spéciale à Romain Triouleyre qui a écrit le texte dense et subtil de Confession d’une nihiliste, pièce touchante sur l’image de soi, les affects amoureux, et l’humain désarroi devant la mort.

La mort est aussi au centre de Goodbye Georges, par la compagnie marseillaise L’Engrenage. Quatre jeunes gens circulent en camion depuis un an pour trouver le scénario idéal de dernier hommage à leur ami disparu, sans parvenir à parfaire une cérémonie qui les verrait se séparer « pour retourner à leurs vies nulles ». Parce que le monde du travail, c’est vraiment pas la joie. Pleins de peps et de sens du rythme, ils réalisent une comédie douce-amère percutante sur le lien et le deuil.

Des femmes fortes

Dans la cour du château, déjà écrasée de soleil, deux femmes en jupette dansent, sur fond d’archives de l’INA. Tandis qu’elles incarnent la gestuelle encore aujourd’hui imposée aux corps féminins – abattre les taches du quotidien tout en restant désirable, souriante, disponible – des propos ultra-sexistes des années 1960 résonnent, jusqu’à la banalisation la plus minable du viol. Sans rien appuyer, Sabine Anciant et Coline Morel (Cie i) portent un puissant message politique.

De manière bien plus tonitruante, le soir venu, déboule au camping municipal la Cie Tout en vrac, avec Burning Scarlett. Objectif : dégommer Autant en emporte le vent et ses valeurs racistes, esclavagistes, patriarcales. Cinq filles portées par une vitalité folle et une scénographie spectaculaire, à grand renfort de pyrotechnie, racontent à leur manière le classique américain.

Est-ce parce que l’air du temps est à l’incertitude ? Parce que l’avenir est hypothéqué entre discours martiaux, inégalités exponentielles, crises environnementales et sociales ? En tout cas les artistes participant à cette belle édition du Grand ménage de printemps avaient pour point commun de déployer une belle énergie, nourrie par la colère, et de ne pas mâcher leurs mots.

GAËLLE CLOAREC

Le Grand ménage de printemps s'est déroulé du 10 au 26 avril à Lauris, La Tour d'Aigues, Cucuron et Cadenet.

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Cultures et régénération

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©G.C.

Considérer « l’espace vacant » des friches comme un lieu de transformation, de soin, et de retrouvailles avec le vivant, par le biais de l’art, tel était l’objectif du programme européen Future DiverCities. Quatre ans durant, neuf projets ont pu se développer dans les villes de Berlin, Zagreb, Split, Kuopio, Florence, Timişoara, Elefsina, Liepaja et Marseille, en bénéficiant d’un budget considérable (1 994 232 €, dont 340 947 € pour La Friche Belle de Mai, qui en assurait la coordination).

Une expérience réplicable ?

Le 16 avril, c’était l’heure du bilan à La Friche, et globalement, il semblait satisfaisant. Peut-être réplicable, si on table sur ce qu’exprimait Gilles Pelayo, qui représentait la Commission Européenne : « mettre ainsi l’écologie au centre résonne avec les priorités de l’UE ». Et sur le portail détaillant les financements, dans le registre technocratique usuel : « ces projets pilotes serviront aux chercheurs, qui formuleront des recommandations et des méthodes pour mieux qualifier et systématiser le facteur écologique dans les stratégies de régénération urbaine axées sur la culture. Ce projet vise à préparer les responsables des pôles créatifs à mener des débats plus larges sur la régénération urbaine durable, contribuant ainsi à un changement de paradigme politique plaçant l’écologie au cœur des préoccupations. »

Loin du jargon, les structures invitées témoignaient de belles expériences, sur des sites très variés. Quatre ans, c’est suffisant pour prendre le temps de vivre avec les habitants d’un territoire, de les connaître, de leur demander ce qu’ils aimeraient que les artistes transmettent à leurs jeunes générations. « Quelles œuvres on laisse dans leurs squares, jardins, montagnes ? », voilà qui était important pour Martina Aiazzi Mancini, venue des Appenins, région de forêts. Idem pour Anna Priedola : Liepaja, sa ville Lettone, a connu une histoire militaire lourde ; l’enjeu dans ce port de guerre était de montrer à quel point le littoral alentour fourmille d’une biodiversité fragile mais vaillante. Hannu Hautti et Laura Pakarinen, en Finlande, défendaient un propos similaire : prêter attention aux relations entre humains et non-humains, pour envisager un futur plus juste pour tous. Conclusion de Laetitia Manach : « Ce sont des apprentissages : le projet s’achève, mais le travail n’est pas fini. C’est toujours une bataille de préserver les communs contre l’économie. »

GAËLLE CLOAREC

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Sorda : sourde angoisse

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Sorda (C) condor distribution

Prix du Public dans la section Panorama de la Berlinale  2025 et Biznaga d’Or au Festival de Malaga, le film d’Eva Libertad Garcia sort en salles le 29 avril

On se souvient du documentaire Le Pays des sourds (1992) que Nicolas Philibert avait consacré à ceux et celles qui, sourds profonds depuis leur naissance ou les premiers mois de leur vie, rêvent, pensent, communiquent en signes et voient le monde différemment. En 2021, Eva Libertad co- réalise avec Nuria Muñoz un court métrage, Sorda, nominé aux Goya  2023 où elle  campe un couple heureux : Angela sourde et Dario entendant. Angéla, c’est Miriam Garlo, sa sœur, atteinte de surdité. Elle reprend titre et personnages dans son premier long métrage, Prix du Public dans la section Panorama de la Berlinale et Biznaga d’Or au Festival de Malaga

Angéla et Hector (Álvaro Cervantes), attendent leur premier enfant. L’accouchement est difficile, pour elle et pour les spectateurs : la directrice de la photo, Gina Ferrer García suit Angela de près, caméra à l’épaule, nous montrant sa détresse quand elle arrache, pour lire sur les lèvres, le masque chirurgical que porte la gynécologue pas consciente de la surdité de sa patiente. Leur fille, Ona, est là : « Félicitations ! Votre fille est entendante ! » leur annonce le médecin  après plusieurs  tests. Qu’aurait- il dit si elle avait été sourde !

On le sait,  l’arrivée d’un bébé fait souvent l’effet d’une bombe dans un couple. Pour Angéla, c’est très compliqué : des doutes  s’insinuent dans son esprit quant à sa capacité à établir un lien avec son enfant et le monde qui l’entoure. Jusque là, Angela et Hector, avaient construit une bulle pour résoudre leurs problèmes de communication, mais à l’arrivée d’une troisième personne, ils sont obligés  de rencontrer des gens, à la crèche, au parc, de voir plus souvent  leurs familles, dont la mère d’Angela, qui lui demande régulièrement de porter des aides auditives.  Le couple bat de l’aile ; survivra-t-il à ce bouleversement ?

« Sorda est né de mon désir d’enquêter sur le lien entre le monde entendant et celui des sourds, sur la complexité de ce lien, avec ses difficultés, ses lumières et ses ombres.» confie la réalisatrice. Dans ce film délicat, sensible, qui nous immerge, par un travail du son particulièrement efficace, dans le monde des non-entendants,  elle a réussi à nous faire partager ses découvertes, ses émotions grâce au jeu juste et intense des ses interprètes en particulier de Miriam Garlo, nous proposant un beau portrait de femme.

Annie Gava

Les Déviantes sont à l’œuvre

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© X-DR

Ce 22 aavril, la scène alternative s’est donnée rendez-vous à Belsunce, pour la première soirée d’un festival qui allait en embraser deux autres. Pour ouvrir les festivités, c’est la Famille Mutantes et ses artistes invitée·és qui ont été convié·es. La notion de famille irrigue l’ensemble de la soirée. Famille choisie, famille queer, famille éclatée : les interprètes en déconstruisent les contours à coups de performances radicales et d’humour acéré. Ce sont d’abord les sitcoms américaines qui en prennent pour leur grade, dans une parodie jubilatoire. La Famille Mutantes – Anzar Anzar, Ash, Marie Rose Cheddar, Novembre et Patti La Boule – livre un lip-sync aussi millimétré que déchaîné. Autour d’une dinde de Thanksgiving, les stéréotypes explosent dans un éclat de rire collectif : la satire tourne au jeu de massacre libérateur.

Les performances invitées prennent ensuite le relais. Le playback s’invite à nouveau avec une relecture du culte The Rocky Horror Picture Show par Vesper Void. Nicky la Merguez propose des numéros à la fois énergiques et émouvants, évoquant l’absence du père avec un remix de Papaoutai de Stromae, puis convoquant la figure de George Michael à travers Freedom pour célébrer la puissance de la famille choisie.

Alcaline Cheval livre, quant à elle, deux propositions d’une précision redoutable, entre poésie et politique, autour d’un parcours de PMA. Corps engagé, parole incarnée, l’artiste transforme l’intime en manifeste. Moment culminant de la soirée : une performance sidérante sur la congélation des ovocytes et le droit des personnes trans à fonder une famille.

Magie du mix

GUI, de son côté, développe un univers punk et DIY, peuplé de figures hybrides, créatures à mi-chemin entre Ziggy Stardust et fantômes d’opéra, dans une esthétique aussi déjantée que maîtrisée. Marilyn Monvier pousse la caricature de la défunte BB jusqu’à l’absurde, gonflée à l’hélium en icône pop déglinguée. Plus loin, l’artiste fait surgir une prière punk, quelque part entre Johnny Cash remixé et les fulgurances contestataires de Pussy Riot : une collision sonore et politique qui secoue la salle.

Ici, la famille est tout sauf un refuge figé : elle devient champ de bataille, terrain de jeu, parfois « sac de pierres » que l’on traîne ou que l’on réinvente. Dans cette énergie collective, les Déviantes affirment une conviction essentielle : la norme est une matière première à déconstruire pour mieux la réenchanter.

Les deux soirées suivantes ont vu surgir les créatures du Cabaret Jean Moulin Rouge, dont le répertoire dénonce les normes d’une société capitaliste, patriarcale et hétéronormée, puis Le Cercle des Lopettes Disparues, un cabaret artisanal, burlesque et résolument engagé.

ISABELLE RAINALDI

Les Déviantes s’est tenu du 22 au 24 avril au Théâtre de l’Œuvre, Marseille.

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La Citadelle fait Fort

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© A.-M.T.

Le soleil était de la partie, en ce samedi pour marquer l’ouverture de la troisième saison de la Citadelle de Marseille. Mille visiteurs ont répondu présent pour cet après-midi inaugural. Et c’est dans une ambiance festive que le fort a ouvert grand ses portes. Mathilde Rubinstein, directrice déléguée de l’association, rayonnait : « Cela fait chaud au cœur de voir tout ce monde ». Trois saisons après 350 ans de fermeture, la Citadelle confirme qu’elle est bien devenue un lieu de vie et de culture pour les Marseillais.

Dès 14 heures, parents et enfants ont envahi bastions, glacis et demi-lunes avec une curiosité débordante. Dans le Haut-Fort, Chuglu -un groupe artistique qui réalise des happenings, souvent drôles et absurdes, dans l’espace public – avait installé un dispositif immersif : Les adultes regroupés par vingtaine dans un habitacle en bâche, sorte d’immense navette, progressant en aveugle comme une légion romaine, subissaient, dans l’euphorie générale, les tirs de balles de tennis lancées par les enfants. Sur la terrasse du Moulin, le collectif Basses Fréquences avait posé ses enceintes pour un DJ set disco à destination des « minots », les invitant à danser avec en toile de fond la rade dans toute sa splendeur.

La cour de la demi-lune a quant à elle accueilli LI(E)N, de la compagnie Appesa. L’artiste Elisa Alcalde et deux complices y explorent le lin, fibre textile ancestrale, transformée en agrès aérien, sous forme de cordes ou de grands voiles. Petits et grands, assis en arc de cercle, les yeux écarquillés, suivaient chaque mouvement des trois silhouettes suspendues dans les airs.

Débraquer les canons

Benjamin Dupé -compositeur, guitariste et metteur en scène – a offert au public Les propriétés étonnantes. Le titre n’usurpe pas son nom. Sa guitare solo, branchée à un dispositif électronique « continue toujours à m’étonner, je ne sais pas toujours ce qui va en sortir », confie-t-il. Si l’artiste évolue grâce à un canevas de composition, il improvise aussi, réagissant ensuite aux sons réverbérés par l’électronique. Il a choisi comme thématique Louis XIV. Car c’est sur ordre du Roi que le fort Saint-Nicolas a été bâti en 1660, non pour protéger les Marseillais, mais pour les mater, canons braqués vers la ville, destinés à réprimer cet « esprit de trop grande liberté » que l’on reprochait à ses habitants.

Dans ces mêmes pierres, le guitariste fait dialoguer esprit baroque et technologie, cordes et électronique. Les sons se répètent, se concassent, comme le mortier qui tient les blocs de calcaire rose. La gamme grimpe vers les aigus en crescendo exubérant, portée par une grande machinerie de fond. Une deuxième séquence évoque un luth d’antan qui aurait croisé un joueur de flamenco devant une cour royale jacassante. Un troisième mouvement jaillit comme un torrent dévalant entre les pierres du fort, s’arrête brutalement, dans un clap de fin, puis repart, déchaîné, dans des couloirs d’un autre âge.

Dupé restera en Résidence à la Citadelle toute cette saison. L’occasion de nouvelles rencontres détonantes.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

L’inauguration s’est déroulée le 18 avril à La Citadelle

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Une histoire d’éclosion

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Les Chroniqu’Heureuses. Comment vous sentez-vous avant le concert de vendredi ?

Ekloz. Je me sens bien. C’est un concert un peu spécial car je prépare un live avec Falzar. On construit un set d’une heure tous les deux, c’est la première fois qu’on construit un show, j’ai hâte ! On travaille beaucoup, on a d’abord choisi les morceaux et maintenant on répète, on essaye de penser à la scénographie et au décor.

Comment vous êtes-vous lancée dans la musique ?

J’étais jeune et je n’ai pas réfléchi ! [rires]. J’étais dans un lycée spé danse et j’ai découvert le rap à ce moment-là. Ça m’a pris aux tripes, ça a donné un sens à ma vie, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. J’ai commencé à travailler et essayé de comprendre comment l’industrie marche. Dix ans plus tard, j’en suis là.

Pouvez-vous citer un artiste qui vous inspire encore aujourd’hui ?

Le cadre tombe bien, je crois que les personnes qui m’inspirent le plus sont mes amis ! Les gens avec qui je suis ou rappe. Ce sont ceux qui me challengent le plus, quand ils font quelque chose que j’admire, ça me pousse.

Composez-vous vous-même vos morceaux ? Quel est le processus de création ?

Je co-compose : je suis toujours avec les beatmakers lorsqu’on fait les morceaux. Je ne touche pas à la prod. Le processus dépend des projets, de l’argent qu’on peut y mettre, aussi, ça coûte très cher de payer plein de gens pour faire de la musique. Ces derniers temps, j’écris seule, j’ai le matériel pour m’enregistrer à la maison. Je fais des sons et des mélodies, j’essaye des trucs. Lorsque je trouve quelque-chose, j’extrais la ligne de voix et je la re-travaille avec des compositeurs.

Pourquoi appréciez-vous particulièrement l’autotune, très présent sur l’album 10 000 heures ?

Parce que je peux chanter alors que je ne suis pas chanteuse, et ça c’est trop bien ! [rires]. C’est vraiment une histoire de goûts, j’écoute des artistes qui modifient beaucoup leurs voix, ça me parle. J’accède aussi grâce à ça à toute une partie mélodique que je ne ferais pas sans autotune, je me contenterais de rapper.

Votre personnage de scène est assez « badass ». Reflète-t-il votre personnalité ?

Il y a un peu de ça. Ce que tu es, ce que tu deviens et ce que tu crées, ce sont des facettes exacerbées de toi-même, c’est tiré. Si je suis 10 % badass dans la vie, il faut que je le sois à 100% sur scène. Il faut qu’il y en ait un peu en moi, sinon ça devient de la comédie et je me suis trompée de métier.

Comment avez-vous vécu l’expérience de l’émission Netflix Nouvelle École ?

Oulala. C’était très stressant parce qu’il y a plein de paramètres que tu n’as pas : c’est une grosse production, c’est la télé, des épreuves, tu es coupé de toi même et des habitudes. tout ce qui t’est familier n’est pas là. Ce qui m’angoissait c’était de savoir que mon image allait être à disposition d’autres personnes, qui pouvaient en faire ce qu’elles voulaient. J’avais raison… Et en même temps, tu vis un rêve de petite fille, je rêvais devant The Voice quand j’avais huit ans, et je suis devenue une de ces personnes qui fait un concours de musique à la télé. C’est aussi stressant que génial.

Comment vit-on l’après d’un concours télévisé très populaire ?

Chacun le vit différemment, je pense. Moi, j’ai reçu beaucoup de haine et de harcèlement, ça a été compliqué. Il y a plein d’étapes, il y a le « vivre après » personnel, puis le professionnel et l’avancée ou non de la carrière… Je suis contente de l’avoir fait mais honnêtement je n’ai pas eu les répercussions que j’espérais en y allant. En gros, ça veut dire que je galère toujours à percer…

Comment vous projetez-vous artistiquement dans l’avenir ? Quels sont vos nouveaux projets ?

Bonne question ! Je ne sais pas, je suis en pleine réflexion sur la suite. J’aimerais continuer à faire des concerts mais la forme que prendra ma musique les prochains mois, je ne peux pas le dire. Je fais pas mal d’ateliers d’écriture avec des jeunes, j’aimerais reprendre ça, et composer des nouveaux morceaux. La vie continue, la musique continue.

Interview réalisée par Yamina, Rabea, Mam’Bousso, Jimmy, Himda, Ilias, Abdel-Aziz et Zineb et retranscrite par Lucie Ponthieux Bertram. Une action éducative imaginée par le Nomad’, avec les jeunes de l’association Because U Art

Quelques réactions et retours en atelier :

Jimmy : « J’ai trouvé le travail de résidence assez drôle, les artistes inventaient des sketchs pour le show à venir, ils étaient complices. »

Yamina : « Le décor de salon créé par les artistes donnait une impression familière, intimiste. »

Ilias : « Sur scène, les artistes étaient sûrs d’eux, confiants ! »

Rabea : « En voyant les photos de presse d’Ekloz, on pouvait s’attendre à une personne froide, mais en fait c’était une personne sympa et normale. »

Yamina : « Ekloz a pris le temps de nous répondre, elle était douce et accueillante, ça aide à être moins stressée. »

Jimmy : « Ses réponses sur Nouvelle École étaient étonnantes, il y a plus de négatif que ce que l’on pense. »

Rabea : « J’ai vu sur les réseaux sociaux qu’Ekloz se prend beaucoup de haine, derrière un écran les gens se sentent plus libres, ils ne lui diraient rien de tout ça directement ! C’est violent. »

Himda : « J’ai compris que l’image qu’on a donné d’Ekloz lui faisait peur, et que ça a créé beaucoup de haine sur les réseaux. »