jeudi 26 mars 2026
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Yellow letters : Liberté sous tension

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Les lettres jaunes, ce sont celles qu’ont reçues, entre 2016 et 2019, quelque 2000 artistes, suspendus et traduits en justice pour avoir signé une pétition pour la paix. Ilker Çatak est parti de faits réels : depuis la tentative de putsch de 2016, le régime d’Erdogan a poursuivi et intensifié sa politique de musèlement des oppositions. Le réalisateur voulait tirer un signal d’alarme devant ces attaques de plus en plus violentes contre la liberté d’expression. Mais il désirait aussi écrire une histoire d’amour et de mariage. Le scénario, co-écrit avec sa femme Ayda Meryem Çatak et Enis Köstepen, tissera intimement les deux fils.

Derya (Özgü Namal), star du théâtre national d’Ankara et Aziz (Tansu Biçer), dramaturge et professeur à l’université, forment un couple uni. Ils vivent dans un appartement bourgeois qu’ils achètent à crédit, et affrontent avec humour la crise d’adolescence de leur fille, Ezgi ( Leyla Smyrna Cabas). Leur vie bascule quand, comme ses collègues progressistes, Aziz reçoit des autorités la fameuse lettre jaune. Il est suspendu de ses fonctions universitaires, les représentations de sa pièce où jouait sa femme sont annulées. Derya, qui refuse de se soumettre, est éjectée de la troupe. Le procès intenté par le collectif des professeurs contre l’état pour licenciement abusif doit se tenir sept mois plus tard. Privés de travail et d’argent, Derya et Aziz partent à Istanbul où ils retrouvent leur famille. La mère d’Aziz les héberge dans son petit appartement. Le frère de Derya, commerçant aisé, conservateur et religieux, ami du chef de la police, trouve un boulot de taxi de nuit à son beau-frère. A côté de ce job alimentaire, Aziz écrit une nouvelle pièce. Le couple monte le projet avec un ami, directeur d’un théâtre privé : ce sera « Yellow letters » où Aziz se mettra à nu, au propre comme au figuré tandis que Derya se « compromettra » à la télé.

Comme dans son précédent opus, La salle des profs, Ilker Çatak place ses personnages sous une pression qui révèle leur nature et alimente l’énergie de la mise en scène. La caméra se porte au cœur des tensions et tout le film se tend. Aziz, l’idéaliste, convaincu que le théâtre peut sauver le monde, Derya, rebelle mais pragmatique. Jusqu’où peut-on aller pour subvenir à ses besoins et assurer l’avenir de ses enfants ? Le film ne se contente pas de dénoncer l’arbitraire d’un pouvoir autocratique, il observe ses effets pervers dans la conscience même de chaque individu, et presque cliniquement les déchirures qu’il induit dans le couple.

Pas si exotique

Berlin et Hambourg figurent au générique aux côtés des acteurs. Les deux villes allemandes jouant respectivement les rôles d’Istanbul et d’Ankara. Sans souci de masquer cette convention – des inscriptions urbaines peuvent se lire en allemand, mais en effaçant par le cadrage et la dynamique du film, d’artificielles frontières -un ferry à Hambourg sera semblable à ceux du Bosphore. Ce dispositif particulier donne à cet artifice quasi théâtral (on fait comme si) une portée plus générale. Ilker Çatak refuse l’extériorité et l’extraterritorialité. Le mécanisme de mise sous tutelle des artistes et des universitaires dans des régimes fascisants n’est pas un phénomène « exotique ». Il est présent et de plus en plus prégnant dans de nombreuses démocraties occidentales.

Le film s’ouvre et se ferme sur un plateau de théâtre. Non seulement parce que les protagonistes sont des gens de théâtre mais peut-être aussi parce que le théâtre, par son origine, est le lieu privilégié de la cité et de la démocratie.

ELISE PADOVANI

Yellow letters de Ilker Çatak en salle le 1er avril

Avee Mana : Une fusion en 33 tours 

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© Lenaïc Lannoy

On les a découverts à la fin des années 2010 dans les salles marseillaises et d’ailleurs. Un groupe à l’énergie furieuse naissait, et avait semble-t-il pour mission de décalaminer nos oreilles de leur trans-psychédélique jouée à fond les Twin reverb. Un groupe, un son, une expérience, qui s’est fait un nom, Avee Mana, et s’est imposé comme l’un des fers de lance de la foisonnante scène rock marseillaise. 

Une anomalie dans le parcours pourtant. Toujours pas d’album au compteur, malgré presque 7 ans d’exercice, et des centaines de concerts. On avait quand même pu écouter leurs pièces couchées sur bande avec deux premiers EP (en 2019 et 2023), mais les voici enfin avec un premier album, Layers. Un dix-titres qui confirme le virage pop du groupe – même si cette pop avait toujours été là, bien cachée derrière les décibels de la jeunesse. 

Exits, par ici l’entrée

L’opus commence par Exits, une première flèche qui donnera le ton du reste de l’écoute. La voix de Rémi Bernard (également à la guitare), droite et cristalline, transperce la rythmique engagée et les nappes de guitares, d’une mélodie accrocheuse, comme ce sera le cas sur tout le reste du sillon. On se perdra d’ailleurs à déceler dans certaines lignes de chant quelques cousinages avec Brian Wilson des Beach Boys. 

Derrière la voix, le reste de la formation s’exécute comme la machine parfaitement huilée qu’est devenu Avee Mana. Emmenée par Sylvain Brémont (batterie), Francky Jones (basse) et Julien Amiel (guitare), les titres s’enchaînent avec une impression de puissance et de fluidité. La rugosité rythmique et sonore s’alliant parfaitement avec les notes de légèreté du chant, ou des parties guitares. Avee Mana marque avec ce disque ce qui fait manifestement sa force et son originalité : un son de fer, un rendu de velours. 

NICOLAS SANTUCCI

Layers, de Avee Mana
Howlin Banana Records
Album disponible en disque vinyle, CD ou en version digitale.

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Rencontres des Ballets Junior Européens

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Cannes Jeune Ballet Rosella Hightower © Patrick Massabo

Après une ouverture tout en éclat [le Junior Ballet de l’Opéra de Paris lire ici],les rencontres organisées par le Ballet Preljocaj se poursuivent sur une deuxième édition particulièrement riche et alléchante au Pavillon Noir. Du 11 au 15 mars, six représentations de Near Life Experience, pièce d’Angelin Preljocaj créée en 2003 sur l’envoûtante musique du groupe Air, sera reprise par le Ballet Preljocaj Junior. Le 17 mars, le Royal Danish Ballet School, le Cannes Jeunes Ballet Rosella Hightower et le Ballet Junior de Bavière unissent leurs forces autour d’un extrait de la Kermesse in Bruges d’Auguste Bournonville, d’une création de Rubén Julliard – Soudainement, ici – puis d’une récente création de Margo Goecke, Devil’s Kitchen. Le 19 mars, le Junior Ballet de l’Opéra de Norvège avec Youth, création d’Alan Lucien Øyen, Inked, pièce d’Arno Schuitemaker interprétée par la formation Coline, et Minus 16, pièce d’Ohad Naharin reprise par IT Dansa, Jove Companyia de l’Institut del Teatre. L’occasion de (re)découvrir des pièces contemporaines portées par la fougue et la douceur de la génération de demain.

S.C.

Jusqu’au 19 mars
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Danser la relève

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Exigeant, contraignant, le répertoire classique attend de ses interprètes un dévouement rare. Porté par la jeunesse et la grâce du Ballet Junior de l’Opéra de Paris, il prend une ampleur inédite. Belle idée, donc, que d’avoir créé en 2024 cette troupe de danseurs et danseuses âgés de 18 à 23 ans, et faisant leurs premières armes sur des œuvres du répertoire. C’est donc sur le bien-nommé Allegro Brillante de Balanchine que s’ouvrent les hostilités. La silhouette et la gestique de Natalie Vikner et Davide Alphandery s’imposent avec finesse et élégance, un sourire radieux toujours aux lèvres. La coordination des danseurs et danseuses impressionne, de même que le sens de l’entente et du détail, sur une pièce certes datée, mais requérant une technique sans faille. 

La Cantate 51 de Maurice Béjart sollicite un effectif plus réduit mais une plus grande expressivité. La grammaire classique est toujours là, tout particulièrement chez les six danseurs et danseuses encadrant une scène marquée par l’art de l’icône et le sens des proportions – le travail tout en symétrie de Nuria Fernandes et Ève Belguet est à ce titre impressionnant. Mais les corps de l’Ange (Isaac Petit)et de la Vierge (Angélique Brosse) redessinent les contours d’un art en pleine mutation : lignes éthérées, tension entre mouvement et fixité. Et surtout l’intimité et la complicité inédites entre deux interprètes redéfinissant le pas de deux, dans un mouvement lent particulièrement poignant.

Rebattre les cartes

Central dans le Requiem for a rose d’Annabelle López Ochoa, le corps tout de chair vêtu de Shani Obadia rappelle celui de la Vierge, sur une tonalité certes plus funèbre mais également plus organique. La danse emprunte ici à un langage plus contemporain – surtout sur la partie solistes –, ses jeux de bras et de mains évoquant, entre autres, le baile. Enfin, la grande pièce de José Martinez Mi Favorita, invite tout le ballet à briller sur ses pas les plus techniques, tout en maniant l’ironie, le goût de l’outrance et du (faux) raté pour revisiter ses pièces les plus classiques : Petipa, Noureev et tous les autres … Belle incursion de l’humour dans un genre qui s’en est rarement soucié. Et jolie conclusion à un panorama enthousiasmant et rassembleur.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été dansé du 8 au 10 mars au Grand Théâtre de Provence (Aix-en-Provence), en co-réalisation avec le Ballet Preljocaj dans le cadre des Rencontres des Ballets Junior Européens.

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D’amour

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D'amour © Frederic Iovino

D’amour ou d’amitié – chantait la jeune Céline Dion pour donner corps à des sentiments naissants et troublants. Grand amateur de chanson et de pop, Thomas Lebrun explore avec D’amour un répertoire s’étendant de Charles Trenet à Shy’m, en passant par Sheila et Lionel Richie, sur lequel il érige un langage chorégraphique pop, coloré et lyrique. Quatre interprètes s’y croisent : Sylvain Cassou, Élodie Cottet, Lucie Gemon et Paul Grassin apprennent à se connaître – et à s’aimer – sur des partitions archi connues et entêtantes. En postlude au spectacle, le Théâtre des Salins proposera à l’issue du spectacle un karaoké Sing or Die, un atelier parent-enfant le 14 mars et un cours tous publics le 15. De quoi célébrer le lien sous toutes ses formes – amoureux, mais pas que. 

S.C.

13 mars 
Les Salins, Scène nationale de Martigues

Draguignan : 10 ans de corps en commun

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Contre-nature © Patrick Imbert

Déjà dix ans de découvertes et de danses. Au fil des éditions, toujours attentive aux chorégraphes de la région, l’ImpruDanse  programme aussi bien  des artistes émergents que de grandes figures de la scène chorégraphique, et les danseurs en formation supérieure. Né sur quatre jours, le festival se déploie désormais sur trois semaines. Cette année, la programmation s’étend sur seize spectacles et mêle danse contemporaine, flamenco, cirque, théâtre et musique, avec l’ambition de célébrer la danse sous ses formes les plus diverses, jusqu’au plus participatives et inclusives.

Luttes et danses urbaines

La compagnie Ayaghma présente Un grand récit, une pièce qui explore la mémoire, le temps et le vivre-ensemble. Sur scène, neuf danseur·euses racontent les histoires des gens ordinaires dans une utopie brute et sincère qui invite à imaginer d’autres récits possibles. Une œuvre qui célèbre l’art comme un espace de résistance. Dans le même registre sur fond de musique électro-acoustique de Romain Dubois, le chorégraphe Kader Attou (Marseille) propose Prélude. Sur la scène du Théâtre de l’Esplanade, une dizaine de danseurs hip-hop investissent la scène dans un élan presque vital qui revisite le parcours de l’artiste, de son enfance en banlieue lyonnaise et la découverte de la boxe. 

Avec Tamjuntu, la compagnie Via Katlehong Dance (Johannesburg) et le chorégraphe brésilien hip-hop Paulo Azevedo font dialoguer l’Afrique du Sud et le Brésil. Sur des rythmes marqués, les styles se mélangent : passinho, samba, influences d’amapiano et de funk. La compagnie emblématique de l’Afrique du Sud défend notamment le Pantsula, danse née dans les townships pendant l’apartheid et devenue un symbole de résistance.

La musique donne le bal

Indissociable de la danse, la musique occupe une place centrale dans de nombreuses créations. Sandrine Lescourant propose Blossom, une performance participative, déjà créée à Cavaillon et à Marseille, réunissant les artistes de sa compagnie Kilaï et un groupe d’amateurs de chaque territoire. Guidés par la musique, ceux-ci mêlent voix et mouvements pour créer un moment de floraison commune.

À l’Auditorium Chabran, la musique est aussi de la partie. La  flamenca marseillaise Ana Perez s’associe en musique au guitariste José Sanchez pour revisiter le Stabat Mater. Entre flamenco et musique sacrée, leur création tisse une toile sensible entre la danse et la guitare dans une relecture de ce texte liturgique. Les deux artistes présenteront également Stans dans la même soirée. 

Avec Contre-Nature, Rachid Ouramdane (lire ici) livre une ode à l’impermanence. Dix danseurs évoluent entre sol et air dans un spectacle à la croisée de la danse et du cirque. Porté par la musique de Jean-Baptiste Julien et la scénographie de Sylvain Giraudeau, le spectacle compose des tableaux acrobatiques remplis de poésie. 

CARLA LORANG

L’ImpruDanse
14 mars au 4 avril 
Théâtres en Dracénie,Draguignan

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Quand l’art est en situation irrégulière 

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Fulu Miziki est un groupe largement identifié de la diaspora africaine. Créé par six amis d’enfance à Kinshasa, il s’est fait connaître pour sa musique inclassable jouée sur des instruments fabriqués à partir de matériaux de récupération, avec un message explicitement écologique. Repérés en 2019 par la maison de production marseillaise Bi:Pole, ils arrivent en France deux ans plus tard avec un passeport « Talent ». Ces titres, introduits en 2016, sont destinés « aux étrangers qui apportent une contribution au développement et au rayonnement de la France » dans différents domaines, notamment artistique ou littéraire. Ils permettent d’entrer et de séjourner légalement sur le territoire français, mais n’équivalent pas à un titre de séjour de longue durée. Les Fulu Miziki, doivent donc, chaque année, demander le renouvellement de leur titre de séjour, et affronter les dysfonctionnements administratifs des services de l’immigration. 

Un système dysfonctionnel 

Les artistes, comme toute personne souhaitant obtenir ou renouveler un titre de séjour, font face à des temps d’instruction de plus en plus longs, dépassant bien souvent les délais prévus et donc la validité de leurs attestations de prolongation d’instruction (API). Ces attestations, qui garantissent l’accès aux droits et l’autorisation de travailler dans un cadre légal, doivent en principe être délivrées et renouvelées automatiquement. 

Mais ce n’est souvent pas le cas, comme le dénonce une tribune intitulée « Ne suspendons pas la vie des artistes étrangers ! » publiée sur Mediapart le 5 mars et co-signée, entres autres, par Bi:Pôle et Friche La Belle de Mai. On peut y lire que la « diversité, souhaitée par nos publics et encouragée par la diplomatie culturelle, est pourtant de plus en plus difficile à faire vivre ». Ce 10 mars, c’est au tour du Syndicat Français des Artistes Interprètes et la CGT Spectacle d’interpeller l’administration dans un communiqué commun. Ils demandent notamment l’arrêt des radiations de France Travail et le renouvellement automatique des API.  

L’absence de titre de séjour entraîne automatiquement une radiation de France Travail, et donc du régime de l’intermittence. Les artistes ne peuvent alors plus cumuler les heures de travail leur permettant d’accéder à leurs droits, et il n’est pas possible de récupérer rétroactivement ces heures une fois la situation régularisée. Par exemple, l’un des membres du collectif a reçu fin février la fameuse API qui lui manquait depuis janvier, ce qui lui permet de réintégrer le régime de l’intermittence, mais pas de déclarer les heures travaillées durant ces deux mois.  

Pas possible non plus d’obtenir des visas pour voyager à l’étranger. Leur tournée à venir est donc compromise. Pour Sekembele, membre de Fulu Miziki, « la France est l’un des meilleurs pays pour les artistes » grâce au régime de l’intermittence, « mais le problème c’est l’administration ». « Quand on a plus les papiers, on perd nos droits automatiquement, mais quand tout est régularisé ça ne se remet pas en place automatiquement. » renchérit  Tché Tché, autre membre du groupe. 

Les associations alertent

Ces dysfonctionnements administratifs touchent toutes les personnes immigrées. Dans une lettre ouverte au préfet des Bouches-du-Rhône, La Cimade Marseille dénonce des « situations kafkaïennes […] du fait des dysfonctionnements de l’administration. » Les personnes sont « privées de documents attestant de la régularité de (leur) situation », ce qui entraîne une incapacité à travailler légalement et à percevoir les droits sociaux, tels que l’assurance maladie.

Aussi, les démarches administratives représentent une somme non-négligeable, car l’obtention ou le renouvellement d’un titre de séjour nécessite l’achat d’un timbre fiscal spécifique, et le prix de la carte en elle-même. Ce coût varie selon le type de titre de séjour, et une taxe peut s’y ajouter dans le cas d’une présence irrégulière sur le territoire (visa de régularisation). La loi de finance 2026 prévoit une augmentation de 50% de ces taxes et du droit de timbre. À compter du 1er mai, le prix d’un premier titre de séjour s’élèvera ainsi à 350 euros… dans le meilleur des cas. 

CHLOÉ MACAIRE 

On n’arrête pas la musique 
Ce 13 mars, un concert de soutien à Fulu Miziki est organisé au Petit Cab (Friche La Belle de mai), en début de soirée. L’occasion pour le groupe de lever des fonds et d’alerter sur leur situation, mais aussi de présenter de nouveaux morceaux sur lesquels ils travaillent depuis la fin de leur tournée en décembre dernier.
Ces nouveaux titres, qui devraient figurer sur un prochain album, sont justement inspirés par les différents groupes et sonorités qu’ils ont pu entendre dans les festivals internationaux auxquels ils ont participé. Ils ont donc innové, en fabriquant par exemple de nouveaux instruments, toujours avec la même démarche écologique qui a fait leur réputation. Car ils sont formels : leur message doit vivre malgré les difficultés qu’ils rencontrent actuellement. C.M.

13 mars
Friche La Belle de mai, Marseille

La fluctuation des mairesses

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Aragon l’écrivait, Ferrat le chantait, La Femme est l’avenir de l’Homme… Vraiment ? Elle est, pour le coup, enfin devenue en partie son présent. Une femme, Julie Deliquet, prend enfin la direction de La Colline, un des six théâtres nationaux français. Sur nos scènes régionales, dans nos maisons d’édition, sur nos cimaises, les femmes s’imposent et tiennent un discours clairement féministe. Au Centre de la Photographie Les femmes ont faim réhabilitent l’appétit, à La Criée L’Art de la joie célèbre la jouissance féminine, au Théâtre Joliette les mères apprennent à leurs filles à porter des coups. Ici les femmes écrivent, chantent, dansent, revisitent les chefs-d’œuvre, remportent des Césars. Mais elles ne sont toujours pas têtes de listes aux municipales. 

Parité insuffisante

Si la loi sur la parité oblige à l’égalité stricte et à l’alternance H/F sur les listes, y compris aujourd’hui dans les communes de moins de 1000 habitants, rien n’oblige à avoir des mairEs. Qu’on ne sait toujours pas nommer, d’ailleurs. Madame la maire, madame le maire, les mairEs, les femmes maires ou les mairesses ? Comment les écrit-on, comment les prononce-t-on ? Leur dénomination n’est toujours pas fixée, et fluctue. Et assone, lorsqu’on le prononce sans l’écrire, avec les mamans de chacun·e. 

On sait que le flou dans une dénomination incite à l’effacement dans le réel et que nommer correctement les choses, les gens, permet d’affirmer leur existence. 

La fluctuation des mairesses est aussi le signe de leur effacement. 

Il faut dire qu’elles représentent aujourd’hui, à la veille des élections municipales, 20 % seulement des maires sortant·es. Selon le ministère de l’Intérieur, elles sont à peine plus nombreuses, 24,4 %, à briguer pour le scrutin de dimanche la gouvernance des villes. 

Ce qui ne devrait pas augmenter de 4,4 points le nombre de mairesses : un autre phénomène, documenté par la chercheuse Régine Sénac (La Parité, PUF), consiste pour les partis à proposer des femmes têtes de listes dans les communes perdues d’avance. Ainsi sont-elles moins nombreuses à être élues que leur 24,4 % de départ, la prime au sortant agissant au demeurant, pour 80 %, en faveur des hommes…

La loi sur la parité n’oblige pas non plus à dégenrer les rôles, et les femmes sont le plus souvent adjointes à la santé, la jeunesse, la culture, le social, ou aux droits des femmes, qu’au budget, à l’entreprise ou à l’urbanisme. Et cela dans tous les partis : les listes de gauche font un peu mieux en pourcentage (30%) que celles du centre/droite (23,3%) et de l’extrême droite (22,6%), mais les mairies de gauche reproduisent ensuite les stéréotypes genrés dans l’attribution des délégations et dans les instances de prise de décisions. Les premières adjointes, à 80 % des femmes puisque 80 % des maires sont des hommes, sont souvent plus décoratives que réellement au cœur du pouvoir. C’est souvent le deuxième adjoint, un homme, qui compte… 

À l’exception des héritières

Il existe bien sûr des exceptions à ces tendances, mais les femmes édiles, celles qui dirigent des partis (aucune, faut-il le rappeler, n’a jamais dirigé la Nation) sont souvent des héritières qui doivent leur notoriété à leur mari, leur père, leur frère. De façon générale, étant donnée la structure du pouvoir, les femmes politiques doivent leurs mandats à des hommes, qui les ont choisies, dans leur parti ou leur commune. Aucune n’a réellement conquis le pouvoir par les vertus de la sororité, et les femmes choisies par les hommes sont souvent les plus cruelles concurrentes de leurs consœurs et concurrentes. 

Pourtant, aujourd’hui, ce que nous disent nos scènes, c’est la puissante nécessité de penser les politiques féministes, et de partager enfin le pouvoir. Au Zef, à La Garance de Cavaillon, les Forteresses [voir ci-dessous] disent ce que les hommes, depuis 50 ans, font aux femmes iraniennes. Ce que tous les tyrans au pouvoir font aux femmes et aux peuples. En les minorant, en les enfermant, en les violant, en excisant leur jouissance, en diabolisant leurs appétits. 

Sur scène et dans les rues les femmes crient, et finiront par se faire entendre, contre les pseudos féministes de Némésis et les Meloni du monde qui veulent assigner les autres femmes, trop étrangères, trop débordantes, pas assez blondes, à la maternité subie et à la féminité naturelle.

Agnès Freschel


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Loin dans la mer

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Loin dans la mer © X-DR

Désir, différence, rejet : dans ce remake de La Petite Sirène, la Compagnie de l’Oiseau s’empare du conte d’Andersen pour l’enrichir de nouveaux imaginaires. En adaptant l’histoire d’une jeune sirène prête à se sacrifier pour suivre un inconnu, Lisa Guez conserve la trame narrative et propose une nouvelle lecture plus actuelle du célèbre conte. À travers le choix d’une mise en scène sobre et de peu de costumes, la création laisse la place aux singularités des comédien·nes en situation de handicap de la troupe permanente, la Compagnie de l’Oiseau. La Petite Sirène version 2.0 promet questionnement, surprises et éclectisme. Que peut-on faire par amour ? Comment aimer quand on ne peut plus parler ? Comment trouver sa place dans un univers dont on ignore les codes ?

C.L.
12 et 13 mars

Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

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Sao Paulo Dance Company

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© Charles Lima

Avec un répertoire mêlant classique et contemporain, la São Paulo Dance Company, dirigée par Inês Bogéa, se produit sur le plancher du Théâtre de l’Olivier. Trois pièces, trois chorégraphes, et des propositions diverses où les corps se mêlent et se démêlent. Nacho Duato ouvre le bal avec Gnawa. Sur fond de musiques d’Afrique du Nord, ce premier tableau explore les relations entre les corps, la vie et les éléments naturels. Il est suivi de Umbó, de Leilane Teles, traversée dansée des désirs portée par les chansons de Tiganá Santana ou Virginia Rodrigues. Enfin, sur de la musique mêlant percussions afro-brésiliennes et rock contemporain, Cassi Abranches investigue le temps à travers le mouvement dans Agora. Une jolie célébration de la danse sous différentes formes.

 C.L.
11 mars
Théâtre de l’Olivier,Istres

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