mardi 10 février 2026
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Verdi sous les étoiles séduit Marseille

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© X-DR

L’Eté Marseillais a fait escale dans cet écrin de verdure à la belle acoustique, à l’invitation de Marseille Concerts et de la mairie du 1/7. Viva Verdi a offert au public marseillais, un florilège des plus grands « tubes » du maître italien, interprétés par quatre solistes talentueux accompagnés au piano par Ismaël Margain.

Celui-ci a introduit le concert avec une adaptation de la Marche triomphale de l’opéra AïdaPuis Olivier Bellamy, directeur musical de Marseille Concerts a présenté les solistes ironisant sur la structure des opéras verdiens « un amour entre un ténor et une soprane, rendu impossible par un baryton jaloux et une mezzo perfide ».

Et en effet, le programme débute avec un duo d’exception Un dì, felice, eterea, tiré de La Traviata dans lequel Alfredo (Samy Camps ténor) déclare sa flamme à Violetta, (Chloé Chaume soprano). Il est suivi par l’air d’Azucena Stride la vampa, du Trouvère. La gitane se remémore la mort de sa mère, brûlée vive par le Comte et crie vengeance. On y découvre une Ambroisine Bréremarquable de puissance et de théâtralité dans ce registre flamboyant. La soirée se déroule comme un voyage dans l’univers du Maestro. Bellamy nous y conte la passion de Verdi pour Shakespeare qui l’inspira pour Mac Beth, interprété avec fougue par Yohann Dubruque ou pour l’opéra Othello dans lequel Chloé Chaume interprète avec passion l’Ave Maria de Desdémone, qui annonce sa mort tragique.

Le gala est une succession de petits cadeaux : la Fantaisie impromptue de Chopin interprétée au piano par Ismaël, l’interprétation bouleversante de Chloé Chaume dans l’Addio del passato d’une Traviata qui se meurt ou celle d’un Samy Camps, irrésistible dans l’air La Dona e mobile, de Rigoletto. Il incarne à merveille un Duc de Mantoue arrogant et cynique envers les femmes. Et bien sûr, impossible de se quitter sans lever son verre avec un Libiamo, libiamo ne lieti calici endiablé repris en chœur par un public ivre… de musique.

Karine Fouchet Isambard, directrice de Marseille Concerts, très émue, s’est félicitée de cette collaboration en confiance avec la mairie de secteur et l’été marseillais , qui devrait en appeler d’autres. L’association, qui organise une trentaine de concerts par an dans des lieux emblématiques comme La Criée, Le Pharo ou le Conservatoire, n’avait jusqu’alors jamais proposé ce type de production, en plein air et entièrement gratuite. Alors, rendez-vous l’été prochain ? On entend déjà des grand Airs de Mozart résonner dans les branches des arbres du Théâtre Silvain… Pas vous ?

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 19 juillet au théâtre Sylvain

« Tout devient insupportable »

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© X-DR

Le temps du festival, la Maison Jean Vilar accueille ses « enjeux du présent », une série de rencontres qui se penchent sur les grands sujets contemporains et d’actualité. Après la guerre en Ukraine et avant les « Voix palestiniennes », la Maison s’est intéressée aux violences sexistes et sexuelles. Autour de cette table ronde animée par Chloé Macaire (journaliste à Zébuline), quatre dramaturges et spécialiste ont répondu à l’appel : Sephora Haymann, Bérénice Hamidi, Servane Dècle et Ronan Chéneau.

Comment aborder le sujet des VSS au théâtre, sans inciter à les reproduire, ni les excuser, ni les envelopper d’un voile sale de romantisme et d’érotisme ? Comment représenter l’horreur du crime sans agresser ni les comédiens ni l’assemblée ? Rien de plus simple si le regard porté dessus est une condamnation claire, si scénariste et metteur·se en scène sont réellement du côté des victimes. Mais difficile de ne pas désespérer quand des pièces, classiques ou récentes, issues d’une « zone grise » qui prétend analyser plus finement les tenants d’un viol, sont préférées à l’explicitement féministe. « Cette zone grise ne profite qu’aux agresseurs », lance Sephora Haymann, du collectif #MeTooThéâtre, et co-metteuse en scène desHistrioniques.

Sortir d’une esthétique stéréotypée

Autrice de l’essai Le viol, notre culture (2025), la chercheuse Bérénice Hamidi demande que l’on sorte d’abord des représentations dominantes du viol. Non, la plupart des agressions ne se fait pas dans la rue, la nuit, et n’est pas issue d’un accès passager de sauvagerie d’un inconnu. 91% des victimes connaissent leur agresseur. Et le crime est commis presque toujours à domicile.

Servane Dècle, co-conceptrice de la pièce coup de poing Le Procès Pélicot, renchérit sur la nécessité de sortir du mythe de la « victime exemplaire », vierge et sans aucun désir sexuel. Le procès de Dominique Pélicot et des 51 autres agresseurs a mis au jour une vérité qu’il est parfois difficile d’admettre : bien souvent, les violeurs sont des hommes ordinaires, mais qui ont intégré l’idée que leur domination sur les femmes est légitime. Pourquoi violent-ils ? Parce qu’ils le peuvent, répond Bérénice Hamidi.

Alors il faut en parler, il faut représenter en condamnant sans détour. Il faut détruire toute ambiguïté, ne plus se demander si oui ou non on peut excuser une violence sexuelle. Représenter c’est conscientiser, c’est sensibiliser. Car une fois sensibilisé, à la misogynie explicite comme implicite, dans des œuvres d’art ou au quotidien, tout devient insupportable, lâche Sephora Haymann.

De la scène aux coulisses

« Alors que peut-on faire, collectivement, dans le monde de l’art, au-delà d’un travail personnel de renseignement et de déconstruction ? » demande Ronan Chéneau, auteur de A la barre. Il faut considérer par exemple les coulisses et la représentation sur scène comme un continuum, explique Bérénice Hamidi.

Sephora Haymann ajoute qu’au théâtre, il est difficile de traiter ces problématiques parce que les metteurs en scène et personnes de pouvoir n’y sont pas formés. Quand une agression se produit dans une troupe, ils se défaussent de leurs obligations d’en virer l’auteur, s’en remettant au Code du travail. Mais ce n’est pas à eux de décider du sort de l’agresseur, c’est au tribunal, et c’est une obligation pénale que de le mettre hors d’état de nuire.

Dommage cependant que l’assemblée ait été en grande majorité composée de femmes, comme si les hommes ne s’étaient pas sentis concernés… 

GABRIELLE SAUVIAT

Précieuse Rebecca Cruz

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© Florent Gardin

À Arles, Les Suds trentenaires proposent durant leur longue semaine d’exploitation juilletiste une liste de rendez-vous musicaux aussi variée en styles qu’en lieux d’accueil. Parmi ceux-ci, les bien nommés Moments Précieux, concerts organisés aux Alyscamps, ont ce quelque chose d’onirique qui enchante à tous les coups. 

Parfois, c’est même avec perfection qu’un projet artistique et un environnement se rencontrent, et s’allient le temps d’un concert. C’est la sensation que donnaient Rebecca Cruz, précédée de ses musiciens, dès leur montée sur scène, vendredi 19 juillet. L’ensemble paritaire, formé de la violoncelliste Léonore Grollemund, de la contrebassiste Léna Aubert, du violoniste Sylvain Rabourdin et du percussionniste Juri Caneiro entrait en scène dans des costumes blanc à l’aspect cérémoniel, avant que la chanteuse, arborant une robe à franges rouge brique et une très longue queue de cheval ébène, ne démarre son concert-rituel. À l’image des morceaux tantôt poétiques, transcendantaux ou puissants, la voix de la vénézuélienne se promène avec une aisance remarquable à travers les techniques du chant lyrique, jazz, pop ou théâtral, servant les compositions qui se font épisodes d’une épopée haletante par les monts et les vaux de l’âme. Une expérience singulière, que le groupe porte avec une précision qui force l’envoûtement. 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Les Suds, à Arles, se sont tenus du 14 au 20 juillet.

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Magnétique Seu Jorge

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© Rosalie Parent

Dans l’arène du théâtre antique d’Arles ce 15 juillet, quelques personnes arborent le drapeau, les maillots et t-shirts du Brésil. Puis le groupe O Conjuntão Pesadão arrive, ils sont neufs, mais pas de Seu Jorge encore. Alors ils commencent à jouer, et dès les premières notes une atmosphère envahit l’amphithéâtre, d’une chaleur palpable. 

Puis Seu Jorge apparait. Charismatique à l’élégance décontractée – il est vêtu d’habits de lin couleur vert d’eau et de lunettes de soleil – le chanteur n’est pas n’importe qui dans son pays.Enfant des favelas, il est une icône de la musique populaire brésilienne pour ses textes empreints de sentimentalité, de romance et d’un engagement qui se nourrit de l’histoire des noirs de Rio de Janeiro et de Salvador de Bahia. 

Mêlant funk, soul, samba, pop et bossa-nova avec aisance, Seu Jorge crée une musique unique. De son timbre de voix rauque et suave, il interprète au public plusieurs de ses classiques : Carolina, Amiga de Minha Mulher, Burguesinha… repris en chœur par un public conquis. Il nous rappelle aussi ses talents de showman en offrant quelques pas de danse.

LILLI BERTON FOUCHET 

Les Suds, à Arles, se sont tenus du 14 au 20 juillet.

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Les femmes africaines à l’honneur à Marseille 

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© Shellac Films

Baptisé « Empreintes africaines », le cycle se veut représentatif de la diversité et richesse du travail de femmes artistes, activistes, défenseuses de traditions africaines à l’international.Dans une démarche écoféministe, cette 1re édition de JIFA Marseille, organisée en majoritépar des femmes afrodescendantes, célèbre les cultures des diasporas africaines à Marseille, à travers une série de rendez-vous au large spectre social et artistique.  

À la projection du documentaire Germaine Acogny : l’essence de la danse [lire ci-dessous] le 21 juillet, succède un brunch littéraire le 27 à l’Oasis de Noailles. Les discussions tournerontautour de l’ouvrage collectif Terres et liberté : Manifeste antiraciste pour une écologie de la libération (2025) en présence de Nadia Yala Kisukidi, sa co-autrice. À 20 h au Videodrome 2 sera projeté Nha Fala, de Flora Gomes.

Logiquement, le principal temps fort se tiendra le 31 juillet, aux Grandes Tables de la Friche la Belle de Mai, de 18 h à 23 h. Après une inauguration en forme de rituel africain, auront lieu tour à tour : une table ronde d’artistes et entrepreneuses africaines autour de l’héritage des pionnières de la lutte pour l’émancipation des femmes africaines ; un défilé de mode upcyclée et durable par le Collectif Mac NB et Djivani Créations ; un concert multiculturel de Thileli Ahfir, Zeina Ndong et Sandra Richard, et un DJ set final par le collectif queer et racisé Heat.

Le 1er août, on va pouvoir partager son repas en communauté devant un second concert gratuit de la Sénégalaise Zeina Ndong, au centre socio-culturel Del Rio à 20 h. Le lendemain, la plasticienne capverdienne Daja do Rosario propose un atelier de tressage créatif collectif sur la Placette de la Friche, de 15h à 18h. En clôture le 3 août, une masterclass de danse traditionnelle guinéenne par la « griotte des Temps Modernes » Aissata Kouyate.

GABRIELLE SAUVIAT

Une femme d’exception

En prélude au JIFA le cinéma la Baleine accueillait le 21 juillet la projection, suivie d’un débat, de Germaine Acogny, l’essence de la danse un magnifique documentaire de Greta-Marie Becker sorti le 16 juillet, sur trop peu d’écrans en France.

Le film est magnifique, alliant avec douceur et profondeur les images d’archives, de danse, de sable, de vagues et de baobabs, et faisant entrer doucement, discrètement, dans l’intimité de cette femme d’exception, que tous ceux qu’elle a croisés admirent. Et ils sont nombreux tant elle est généreuse. 

Car elle a révolutionné la danse en Afrique, la perception du corps noir en Europe, portant avec ferveur et douceur, bien avant l’heure, la question décoloniale. Ses relations avec Senghor, avec Béjart, avec l’Académie des Beaux Arts ou la Biennale de Venise sont autant de marques d’une reconnaissance publique qui l’a accompagnée tout au long de ses 80 ans, mais semble importer moins, pour elle, que la transmission de longue haleine, précise, à son Ecole des Sables de Dakar. Dont témoignent ses chorégraphies inoubliables, Fagaala sur le génocide des Tutsis, Mon élue noire conçu avec Olivier Dubois, Le Sacre du printemps repris de Pina Bausch. 

La Baleine a refusé du monde pour cette unique projection de la semaine. Une autre, une seule, a lieu le 26 juillet à 15 h. Désinvisibiliser les femmes africaines passe aussi par la conquête des écrans…

AGNÈS FRESCHEL

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Regards de tempête 

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© Agnès Geoffray

C’est en étudiant les « écoles de préservation » pour jeunes filles qualifiées de « déviantes » avec Vanessa Desclaux qu’Agnès Geoffray a imaginé cette exposition. Dans Elles obliquent, elles obstinent, elles tempêtent, la photographe donne un visage, des émotions, à ces femmes enfermées dans ces institutions de placement pour filles mineures de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle. 

Des portraits fictions aux sourcils froncés et aux regards défiants pour les visiteurs venus à la Commanderie Sainte-Luce. Entre plusieurs documents « médicaux » relatant les comportements « déviants », le public peut apercevoir des femmes qui sautent, qui soulèvent leur jupe, qui courent, qui défient l’ordre établi… Autant de manières de photographier le mouvement, autant de manière de photographier une histoire volontairement embuée. 

LOLA FAORO

Elles obliquent, elles obstinent, elles tempêtent
Jusqu’au 21 septembre
Commanderie Sainte-Luce

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Quand Ravel rencontre Cézanne

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Gabriel Pidoux, hautbois. Bilal Alnemr, violon. Luc Dedreuil, violoncelle. Jorge Gonzalez Buajasan, piano. Musée Granet. Aix-en-Provence, 22/07/2025. © Caroline Doutre

Peinture et musique en harmonie au Musée Granet

Le 22 juillet dernier, le musée Granet d’Aix-en-Provence a ouvert grand ses portes au Festival de Vauvenargues, Ugarit en Provence, pour une soirée unique. Cet événement a offert aux participants une double expérience artistique : la découverte de l’exposition Cézanne au Jas de Bouffan, suivie d’un concert en plein air dans le patio du musée.

Lieu emblématique de la vie du peintre, le Jas de Bouffan fut la demeure familiale de Cézanne pendant de nombreuses années. C’est là, dans cette ancienne bastide du 18 e siècle, qu’il réalisa certaines de ses premières œuvres majeures, inspiré par les paysages alentours, les murs de la maison, les arbres du jardin, ou encore la Sainte-Victoire visible depuis la propriété. L’exposition, riche de 130 œuvres, retrace les liens profonds entre Cézanne et ce lieu fondateur de son parcours artistique. Tableaux originaux, esquisses, lettres et documents d’archives invitent le visiteur à plonger dans l’univers intime de l’artiste.

Modernité

Après l’émotion picturale, le public est convié à prolonger la magie dans le patio, pour un concert sous les étoiles. Le Directeur du Musée Granet, Bruno Ely s’en félicite « Cézanne était le peintre de la modernité. Le programme qui va suivre rend hommage aux compositeurs qui, en musique, ont ouvert les portes de l’ère moderne ».

Crée par le violoniste d’origine syrienne Bilal Alnemr {lire l’entretien ici}, le tout jeune festival de Vauvenargues, prend aujourd’hui toute sa place dans le paysage culturel de la région. Cette soirée musicale a affiché une programmation intimiste et audacieuse. Elle a débuté avec la sonate pour violon et piano de Claude Debussy, duo enlevé entre le violon de Bilal Alnemr et le piano du cubain Jorge Gonzales Buajasan. Ce derniera enchaîné en solo avec unepièce peu connue, dédiée à l’impressionnisme : les Baigneuses au soleil de Déodat de Séverac (1872-1921), comme un écho aux baigneuses de Cézanne exposées à quelques mètres. Puis, dans une fluidité et une aisance absolue, le pianiste a développé les Jeux d’eaux de Maurice Ravel.

Le hautbois à l’honneur

Hommage est rendu à un instrument, le hautbois, rarement mis en avant en dehors des orchestres et défendu par un Gabriel Pidoux virtuose et passionné « Né au 17 e siècle, le hautbois a dû attendre trois siècles pour qu’on lui consacre enfin des partitions », explique-t-il. Il a un grand plaisir à présenter la première pièce : Le poème pour hautbois et piano de Marina Dranishnikova (1929-1994). Écrite en 1953, la pièce, romantique à souhait, aurait été inspirée d’un amour non partagé de la compositrice pour un oboïste de Léningrad. Puis, le musicien enchaîne avec une œuvre pour hautbois solo de Benjamin Britten, composée en 1951 : les 6 métamorphoses après Ovid. Cet exercicede bravoure, qui laisse le public médusé, fait voyager par petites étapes impressionnistes dans le mythe de Pan, Phaéton, Niobe, Bacchus, Narcisse et Arethusa.

Le concert s’est conclu en apothéose avec la Sonate pour violon et violoncelle, (un Luc Dedreuil-Monet magnifique de précision et d’expressivité) œuvre majeure de Maurice Ravel.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 22 juillet au Musée Granet

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Dans le champ de Battaglia 

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Famiglia-al-funerale-del-figlio-morto-in-ospedale.-San-Vito-Lo-Cap © Letizia Battaglia

C’est une exposition où l’on pourrait s’arrêter des heures sur chaque photo. Elles sont une bonne centaine, mais elles ont toutes un geste, un regard, une force, un discours. À la chapelle Saint-Martin-du-Méjan, les Rencontres proposent une grande rétrospective de l’œuvre de Letizia Battaglia, photojournaliste italienne engagée, prix Eugene Smith 1985, connue pour son travail sur la mafia dans les années 1970 en Sicile. 

La magie des rétrospectives est souvent de faire voir l’évolution d’un artiste : ses débuts, ses éclats, parfois son déclin. Mais avec Letizia Battaglia, rien ne bouge. Ou peut-être est-ce la société qui ne bouge pas. Car à travers son objectif, c’est la réalité la plus crue qu’elle saisit. « La photographie devient, ou plutôt elle est la vie racontée : je me glisse dans une photographie qui est le monde, c’est à dire que je deviens le monde et que le monde devient moi. » 

L’exposition s’attache donc à retracer chronologiquement le parcours de l’artiste italienne. Il y a ses débuts dans la presse à Milan, où on lui confiait les sujets de mœurs, puis son retour dans son île natale où elle travaillera jusqu’en 1988 pour le quotidien L’Ora. Dans ce journal engagé à gauche, sa photo est à la fois politique et documentaire. Elle montre la réalité des crimes mafieux : les corps assassinés, les mères pleurant leurs enfants, ou le regard d’une jeune fille derrière un corbillard. Et puisque la misère est le terreau de la mafia, on voit aussi ces enfants sous alimentés, ou le doigt de ce bébé rongé par un rat. 

Réalité surréaliste 

© Letizia Battaglia

Sa photo est aussi sociale, quand elle s’immisce dans une veillée funèbre, à la lueur de bougies, ou qu’elle suit les grandes manifestations religieuses siciliennes. Elle est même surréaliste, quand on voit cette colombe fendre la foule et se diriger vers deux garçons, ou ces enfants jouant avec les armes factices que leur offrent leurs parents. 

Toutes ces photos, aux contrastes marqués, témoignent d’une époque qui n’est certainement pas révolue, en Sicile comme ailleurs. Il y a quelques jours à Nîmes, un jeune de 19 ans a ététorturé et assassiné par une bande de narcotrafiquants rivale. Le 11 novembre 1970, au lendemain de la mort du général de Gaulle, un même crime sordide était commis non loin de-là dans le Gard : « Deux cadavres atrocement mutilés ont été découverts hier près d’Orthoux. Les premiers éléments de l’enquête laissent présager qu’il s’agirait d’un règlement de comptes », expliquait alors le journal La Marseillaise. La réalité de Letizia Battaglia est d’une intemporalité glaçante. 

NICOLAS SANTUCCI

Letizia Battaglia
J’ai toujours cherché la vie
Jusqu’au 5 octobre
Chapelle Saint-Martin-du-Méjan

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Simiane : entre troubadours et corsaires

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Guillermo Perez -Ensemble TASTO-SOLO © X-DR

Depuis 43 ans, le Festival des Riches Heures Musicales fait vibrer le village de Simiane-la-Rotonde en offrant aux spectateurs le cadre du château médiéval. C’est au sein de la salle romane de la Rotonde, donjon du XIIᵉ siècle, que les concerts prennent vie comme au temps des Agoult, seigneurs de Simiane, qui y invitaient les troubadours occitans. L’acoustique dulieu confère à chaque concert une grande intensité. Le festival explore le répertoire envoûtant des musiques anciennes. Ce sera une nouvelle fois le cas du 1er au 12 août.

Cartes blanches

Sans thème imposé, cette édition se distingue par la liberté donnée aux ensembles invités. On aime ce mélange d’excellence musicale mêlé à l’érudition historique qui redonne vie à ces répertoires anciens.

Dès le 1er août, le trio Les Veilleurs de Nuit, qui réunit Alice Pierrot au violon, Angélique Mauillon à la harpe baroque, et Élisabeth Geiger au clavecin et à l’orgue vont faire entendre les Sonates du Rosaire d’Heinrich Biber (vers 1678), chef-d’œuvre du violon baroque.

Deux jours plus tard, l’ensemble Tasto Solo, spécialiste des musiques médiévales, dirigé par Guillermo Pérez, propose La Flor en Paradis, mêlant musiques sacrées et profanes des XIIIeet XIVe siècles. Le timbre de la soprano Anne-Kathryn Olsen se mêlera aux sonorités de la vièle de Pau Marcos, aux percussions de David Mayoral et à l’organetto joué par Pérez lui-même. Ce dernier est l’un des rares virtuoses de cet instrument. En collaboration avec le facteur d’orgues Walter Chinaglia, il reconstruit des modèles inspirés de croquis de Léonard de Vinci.  

Saut dans le temps avec les Tumbleweeds Virevoltants, qui nous baladent dans la Venise du XVIIe siècle à travers canaux et élégances de FrescobaldiKapsberger et Legrenzi qui mettent en valeur la sacqueboute (ancêtre du trombone) de Claire-Ombeline Muhlmeyer, accompagnée par le violon de Valentin Seignez-Bacquet, de la harpe triple de Pernelle Marzorati et du théorbe/archiluth de Thomas Vincent. Le 5 août.

Prendre la mer

La musique défie le temps et l’espace. Nous voilà dans l’Ecosse et l’Irlande des 17e et 18esiècles avec Les Musiciens de Saint Julien sous la direction de François Lazarevitch qui en explorent les airs de danse. Avec Garance Boizot (viole de gambe), David Lombardi(violon), et Eric Bellocq (archiluth et cistre), le groupe restitue l’esprit populaire et festif de ces répertoires. (9 août)

Enfin le 12 août, il sera temps de prendre la mer avec les Corsaires d’Élisabeth, à bord d’un vaisseau de « Sa Très Gracieuse Majesté »François Joubert-Caillet et le Quatuor A’dam évoquent la vie musicale à bord des navires sous le règne d’Élisabeth 1ère. La viole de François Joubert-Caillet accompagnera les voix d’Olivier RaultRyan VeilletLouis-Pierre Patron et Julien Guilloton

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Riches Heures Musicales de la Rotonde
Du 1er au 12 août
Simiane-la-Rotonde

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Formes abstraites et mondes lumineux

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© X-DR

Inspirée par la musique aussi bien que par le théâtre ou l’architecture, la photographe suisse Béatrice Helg mêle dans ses photographies abstraites, espace, lumière et matière. Elles naissent dans son studio d’un travail d’installations de petites dimensions (la taille d’une table pour les plus grandes), où, dans un espace constitué d’un sol et d’un arrière-plan vertical, elle place au premier plan et au centre des formes géométriques, faites d’acier, de plexiglas, de papier, de verre, de pierre, de brique. Des matériaux qu’elle récupère et qu’elle retravaille, tout en se concentrant sur les couleurs et la lumière, créant tensions ou harmonies. Les maquettes ainsi construites sont photographiées, et les photos développées en grand format, donnant l’impression d’œuvres monumentales.

Jaillissement

Pour la photographe, l’image n’exprime pas un sujet précis, identifiable. Elle est l’expression d’une ouverture, du jaillissement d’une émotion, d’une épiphanie. « Je crois à la vibration de l’image, à l’interaction des éléments et des formes qui habitent un espace construit, animé par la luminosité du silence, par la vie ». Dans Géométries du silence est présenté, au sein d’une scénographie épurée, un corpus de plus de 70 photographies, réalisées au cours des 35 dernières années, qui mêlent des images emblématiques de son parcours artistique, et des créations inédites.

MARC VOIRY

Géométries du silence
Du 5 juillet au 5 octobre
Musée Réattu, Arles

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