mardi 11 août 2026
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Le Jazz des Cinq Continents dévoile sa partition

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Ezra Collective © Yout

Le festival Marseille Jazz des Cinq Continents investit Marseille chaque année en juillet pour promouvoir la scène jazz et célébrer une ouverture au monde par le croisement des esthétiques. Pour cette 26e édition, le festival a choisi comme thème : « la musique comme nature et la nature comme musique ». Et pour l’illustrer, une très belle affiche signée Luci Pina. Le festival investira, comme chaque année, les lieux emblématiques de la ville tels que la Vieille Charité, le Conservatoire Pierre Barbizet et la Friche la Belle de Mai. Mais nouveauté cette année : son installation au parc Henri Fabre dans le 8e arrondissement de la ville.

Côté programmation, le jazz londonien marque à nouveau Marseille Jazz, avec en grande tête d’affiche Ezra Collective. Le quintet connaît une montée fulgurante depuis l’obtention du Mercury Prize 2023 – le prix le plus convoité de la musique britannique – puis élus meilleur groupe de l’année aux Brit Awards en 2025. Ensuite ce sera au tour de Kyoto Jazz Massive, de la scène acid jazz des années 2000, ils avaient été révélés par Gilles Peterson – pionnier du genre – aussi à l’affiche cette année.

Sous d’autres influences, le festival accueille Abdullah Miniawi, qui avait remporté les Victoires du Jazz pour son album Cri du Caire en 2023. Ici il présente son nouveau projet Peacock Dreams, un album poétique, écrit en arabe littéraire et chanté dans la tradition soufie. Il sera accompagné des deux trombonistes Robinson Khoury et Jules Boittin, et en invité, Erik Truffaz, habitué du festival.

Incarnant le thème de cette édition, Away Ly vient ajouter du folk à la progammation, avec son album spirituel Essence & Elements, un voyage initiatique autour des éléments et de la nature – qui rappelle la chanteuse Ayö. Enfin, l’année 2026 marque le centenaire de la naissance de Miles Davis, jazzman emblématique toujours en perpétuel recherche de création, d’improvisation et d’innovation – incarnant ainsi les valeurs même du festival. Ainsi, pour clôturer l’édition 2026, Marcus Miller rend un hommage à cette icône aux côtés des membres orignaux du groupe qui ont accompagné son retour dans les années 1980.

LAVINIA SCOTT

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Un quatuor, trois ambiances

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© A.-M.T

Pour accueillir le Quatuor Agate, il fallait bien un écrin. Et c’est dans la Salle La Major, dans le Palais historique du Pharo, que les quatre musiciens – Adrien Jurkovik et Juliette Beauchamp aux violons, Raphael Pagnon à l’alto et Simon Iachemet au violoncelle – ont officié ; un lieu à la hauteur d’un programme traversant un siècle et demi d’histoire.

Le concert s’est ouvert avec le Quatuor en mi bémol majeur de Fanny Mendelssohn. Longtemps restée dans l’ombre de son frère Félix à une époque où les femmes ne composent pas – du moins officiellement –, Fanny Mendelssohn démontre une maitrise de la forme et une profondeur émotionnelle qui aurait mérité une reconnaissance de son vivant. Il s’ouvre sur un Adagio ma non troppo sombre, incluant un long passage fugué en mode mineur qui évoque Beethoven. Le scherzo qui suit – et qui fait la part belle à l’alto –, vif et rythmique, exprime une belle énergie. La Romanze, cœur du quatuor, est traité dans le style d’un lied sans paroles, typique du romantisme allemand. Le finale, Allegro molto vivace, s’ouvre de manière enjouée mais les tonalités plus sombres ne se dissipent qu’à la toute fin de l’œuvre.

De Vienne à Hollywood

Changement d’atmosphère avec le Quatuor à cordes n° 3 de Korngold, écrit en 1945 après son exil aux États-Unis pour fuir le nazisme. Compositeur prodige, Korngold s’inspire tout autant de sa formation artistique dans la Vienne du début du XXe siècle que de son expérience hollywoodienne. « On a découvert son œuvre il y a deux ans, explique Iachemet. On adore cette musique. »

L’Allegro moderato évoque un univers cinématographique au lyrisme assumé. Le scherzo, mécanique suggère une foule, filmée marchant en accéléré. Le Sostenuto, construit comme un « folk tune », déploie un paysage minéral de grands espaces, tandis que le finale, vif et rythmique, convoque l’imaginaire du film d’action.

Le programme s’achève avec le Quatuor n° 9 op. 59 n° 3 de Beethoven, troisième des Razumovsky (du nom du prince Russe qui lui passa commande) : « Beethoven part de Mozart et Haydn, mais il porte le quatuor à un niveau inégalé » rappelle Iachemet.

Après une introduction haletante, le premier mouvement explose d’allégresse. Le second, plus intérieur, se pare d’accents russes. Le menuet, rustique, prépare un Allegro molto final vertigineux : succession de fugues lancées dans une cavalcade virtuose d’une précision redoutable. La salle retient son souffle. Pour faire retomber la tension, les musiciens offrent, en bis, l’élégant Quatuor n° 21 en ré majeur de Mozart, tout en clarté et équilibre.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 7 février au Palais du Pharo, Marseille.

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Le hip-hop dans la 6e dimensionLes Élancées

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Hip-Hop, Est-ce bien sérieux © Carlier Guy photographieAvec : Cynthia Barbier, Severine Bidaud, Clement James, Blondy Mota Kisoka et Cault Nzelo (photo by Patrick Berger)

Le hip-hop et Séverine Bidaud, c’est une histoire de longue date. Quand la gamine de Drancy traverse l’Atlantique dans les années 1990 à la rencontre des pionniers de cette danse, elle se mue en Lady Severine puis revient prêcher la bonne parole en France, contribue à l’organisation des premières battles, fonde sa compagnie 6e Dimension

C’est par ce petit bout de lorgnette, dont on sent la passion toujours chevillée au corps, que la chorégraphe nous agrippe avec son spectacle Hip-hop, est-ce bien sérieux ?. Une heure durant, épaulée par son équipe de haute voltige – époustouflants danseurs, tous champions dans leur domaine -, elle nous fait naviguer à travers les évolutions du mouvement : l’imparable émission Soul Train, le Campbell locking, le popping…

Une narration efficace

À l’écran, images d’archives et mots pixélisés appellent une époque. En filigrane, l’évocation d’un contexte socio-culturel, le respect gagné par une jeunesse de banlieue, revendiquant ce fameux Peace Unity Love and Having Fun comme un slogan farouchement fédérateur. C’est tout l’historique – lumineux, documenté et fourmillant d’anecdotes -, de la danse hip-hop qui se déroule devant nous, de la Californie – Original Lockers ou Electric Boogaloos et leur inspiration protéiforme mêlant postures d’animaux, dessins animés, gestes du quotidien ou démarches de passants… – à la côte Est, avec l’émergence du breakdance à New-York, porté par les BBoys et Bgirls des blocks parties du Bronx.

La narration, très efficace, mêle démonstration de pas, récit de leurs origines et tuto d’apprentissage – une démarche ludique qui culmine dans le grand bal participatif proposé à l’issue du spectacle : “le but de ce spectacle, c’est quand même que vous repreniez le flambeau !” Si c’est une gageure de verbaliser le mouvement, c’est bel et bien une évidence pour le festival des arts du geste, qui démontrait une fois de plus avec ce galvanisant spectacle intergénérationnel la pertinence de ses partis pris !

JULIE BORDENAVE

Hip-hop, est-ce bien sérieux ? jouait le 7 février à l’espace Gérard Philipe d’Istres, dans le cadre des Elancées.

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La magie du spectacle

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© Célia Bolzoni

Sur le plateau vide du Studio du Zef, une soixantaine de chaises sont installées en cercle, en deux rangées. Claire Chastel, jean, baskets et longue chevelure bouclée de sorcière, accueille chacun·e à l’entrée du cercle, puis l’accompagne vers une chaise précise. Auparavant, on a été prévenu que l’entrée allait se passer de cette façon, qu’il s’agit d’un spectacle participatif, et que, pour commencer, on va devoir écrire une question qui nous tient à cœur, sur un petit bout de papier plié. L’artiste les recueille une à une sur un plateau rond, pour nous indiquer aussitôt, qu’elle n’est pas voyante et qu’elle ne répondra pas aux questions !

Puis raconte la première fois qu’elle a consulté une voyante : après une rupture amoureuse très douloureuse, désorientée, elle voulait savoir si son histoire recommencerait. Trois cartes de tarot ont conclu que premièrement : non, deuxièmement : elle n’aurait plus d’histoires d’amour pendant six ans, et troisièmement : qu’elle finirait sa vie toute seule !

Tout autour du cercle

Sa curiosité pour la voyance est piquée à vif. Elle embarque l’audience dans ses récits de voyages et d’explorations de différentes pratiques de voyances dans différentes cultures autour du monde, histoires qu’elle mêle à des tours de cartes et de numéros de mentalisme stupéfiants ! En redoublant le cercle de chaises par le tracé d’un cercle au sol, à la fois cadran d’horloge et cercle des constellations du zodiaque, elle inscrit le spectacle dans l’immensité du temps et de l’espace, tout autant que dans l’introspection personnelle et collective, à travers des séries de questions qu’elle pose au public.

Il y a aussi ce dézingage hilarant de chaque signe zodiacal, puis un texte émouvant et poétique, qu’elle joue jusqu’aux larmes, sur tout ce qu’elle croyait et espérait du monde quand elle était une enfant. Le spectacle se termine par une nouvelle séquence tourneboulante, à partir de la toute première question, entre enchantement et désenchantement, lue au début du spectacle, qu’elle redit : peut-on tout effacer pour tout recommencer ?

MARC VOIRY

Les clairvoyantes a été présenté le 5 février au Zef, Scène nationale de Marseille.

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Dramaturgie de l’in‑humain

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Le ring de Katharsy © Simon Gosselin

Sur un plateau qui semble défier toute futilité décorative, Le Ring de Katharsy se déploie comme une expérience scénique avant tout réflexive, où le théâtre, la danse, le chant et l’art de la marionnette se conjuguent. L’espace est radicalement occupé : un ring, aire de confrontation physique, trône au centre de la scène, surplombé par une maîtresse du jeu aux allures de statue vivante, encadré par deux joueurs installés sur des chaises de gaming. Au centre, des corps se mouvront avec une précision troublante, oscillant entre la chair et l’algorithme, le mouvement saccadé rappelant les avatars que l’on manipule et dont l’on oublie trop souvent la fragilité intrinsèque.

Ce jeu singulier et assez terrifiant, où les interprètes incarnent tour à tour des figures numériques et humanoïdes, s’entend comme une interrogation sur les mécaniques sociales qui gouvernent nos existences. Les noms des manches désignent les nouvelles traductions de l’ordre social contemporain. : « enjoy your meal », « black friday », « green is beautiful » …

De l’art de l’affrontement

Alice Laloy s’illustre depuis ses débuts dans l’art délicat de la marionnette, qu’elle déploie avec sa compagnie depuis plus de vingt ans – trois relectures de Pinocchio à l’appui. Ce sont ici des danseurs et des circassiens qui font office d’androïdes, manipulés par des joueurs leur hurlant des consignes laissant souvent la place à l’erreur et au glissement : « localise », « attrape », « retourne », « avance ». Les interprètes, tous exceptionnels, portent une physicalité qui fait entendre des tensions invisibles : tensions du combat, de l’attraction, de l’élan, de la perte mais aussi, en filigrane, de l’effort et du désir. Au fil de ces affrontements successifs, l’humanité surgit dans ses instants les plus vulnérables – là où le jeu devient lutte, où la lutte devient danse, et où la danse finit par être langage. La scénographie sobre et puissante de Jane Joyet s’associe à une matière musicale riche, où les voix des joueurs et de la maîtresse de cérémonie se font, par percées, opératiques.

Dérangeant et somptueux, le spectacle porte un regard acéré sur les manipulations contemporaines, les illusions de contrôle et les promesses fallacieuses du monde virtuel autant que du monde réel. Une des propositions les plus pénétrantes et singulières vues sur les scènes ces dernières années.

SUZANNE CANESSA

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Jazz à l’auberge

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© Laetitia Macé

C’est dans une Mesón pleine comme un œuf que se réunissaient de nombreux férus de jazz pour assister à ce concert très attendu. Arrivé tôt pour se restaurer et avoir une place de choix (et assise), le public languissait avec une impatience palpable le trio, mené par le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart et augmenté par le batteur guadeloupéen Arnaud Dolmen et le contrebassiste américain Reggie Washington.

Les trois musiciens entrent en scène dans une décontraction coutumière de la salle intimiste. Quelques mots de présentation suffiront à comprendre, que, ce soir, nous découvrirons en avant première le fruit live de l’album Résistance, à peine enregistré, pour le plus grand plaisir de l’auditoire venu pourtant entendre leur précédent opus, The Harlem suite.

Métissage esthétique

Le premier morceau, éponyme, pose l’ambiance d’un jazz singulier. Si les codes du jazz tantôt contemporain, tantôt emprunté aux années 1950 ou teinté de blues, sont lisibles, les thèmes, chantants et entêtants joués d’un souffle de maître par le saxophoniste, sont soutenus par une session rythmique voyageuse et très pointue. De manière remarquable, le batteur Arnaud Dolmen insuffle dans sa batterie des rythmiques percussives afro-caribéennes. Cette capacité impressionnante, exécutée avec une aisance et un sourire accrocheurs, ne manquera pas d’époustoufler le public, conquis. Jacques Schwarz-Bart n’hésite d’ailleurs pas à le présenter comme le « meilleur batteur au monde ».

Hommage(s)

Le deuxième morceau, Sarabande, hommage à la résistante guadeloupéenne des années 1960 Sarah Maldoror, permet au saxophoniste un remerciement appuyé à Sarah Lepetre, directrice de la Mesón. Une mise en abîme d’hommages dans l’hommage à l’image de nombre de morceaux de l’album, qui sont autant d’opportunités pour Jacques Schwarz-Bart d’honorer ses origines et racines ; de saluer son père, « plus jeune résistant de France, à 12 ans », l’écrivain primé André Schwarz-Bart. De se souvenir aussi, ému, de la « magicienne de la cuisine » guadeloupéenne Violetta, amie de se mère, et, bien sûr, de rendre un hommage vibrant à sa guadeloupe natale.

Si le concert fut marqué par ces nouveautés, il donna tout de même l’occasion d’entendre certaines des anciennes œuvres du trio. Il se terminait sur deux encore dont l’un permettait de découvrir la voix du batteur Arnaud Dolmen, laissant ainsi un public ému et ravi, que le trio rencontrait quelques minutes plus tard, près du bar. Un grand moment.

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Concert donné le 6 février à La Mesón, Marseille.

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Les voyages deTéreza

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Les Voyages de Tereza (C) Paname distribution

Le film de Gabriel Mascaro , Ours d’Argent à la Berlinale 2025,  sort en salles le 11 février

Dans une petite ville d’Amazonie Téresa 77 ans qui a toujours travaillé et a élevé sa fille, apprend qu’elle est licenciée. Elle a atteint l’âge limite : le gouvernement impose aux personnes de plus de 75 ans d’aller vivre dans une colonie isolée pour personnes âgées. Pas question pour Teresa d’accepter ce destin imposé ; elle a un rêve : prendre l’avion ; cela se révèle plus difficile que prévu : pour prendre un billet pour n’importe où, il lui faut l’autorisation de sa fille qui ne la lui donne pas. Pas question de baisser les bras.  Embarquée  dans une voiture fourrière jusqu’au bus de transport, munie d’un joli sac à dos fourni aux personnes âgées de la colonie et rempli de couches pour adultes, elle s’échappe pour tenter de ivre son rêve : voler. Elle a appris qu’elle pouvait  trouver un vol illégal à Itacoatiara. Il lui reste à trouver un « passeur ». Ce sera Cadu (Rodrigo Santoro) un marin étrange. Quand  il trouve un escargot dont la bave bleue, utilisée comme collyre éclairerait le chemin vers l’avenir, il l’essaye, devient brûlant de fièvre et ne peut plus diriger l’embarcation. Téresa apprend vite et prend le gouvernail quand la voie est libre. Elle va désormais mener sa barque. Elle fait  une rencontre qui va changer sa vie : Roberta (Miriam Socarrás), une femme de son âge, exubérante,  libre, athée, qui navigue  le long de l’Amazonie et vend des Bibles numériques aux communautés fluviales. Roberta lui apprend à faire des nœuds marins et surtout que  la seule chose en laquelle il vaut la peine de croire est la liberté .Ensemble, elles boivent, dansent, vivent. Le corps même de Teresa semble transformé, lumineux. L’interprétation de Denise Weinberg  est superbe et mériterait un prix.Les paysages de ce road movie sont d’une grande beauté ; les jungles verdoyantes, les ondulations du fleuve, les rives sinueuses sont magnifiées par le directeur de la photographie Guillermo Garza.

 On sort rempli d’espoir et de foi dans la résilience humaine à tout âge de ce film de Gabriel Mascaro,

Annie Gava

© Paname distribution

« Les yeux des enfants brillent ! »

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L’Amoureux de Madame Muscle - Michel Kelemenis ©Agnès Mellon

« On est en pleine tournée de création : c’est tout simplement génial. » Après Avignon aux Hivernales, puis Les Élancées, Michel Kelemenis enchaînera les scènes d’Arles, d’Aix-en-Provence, du Revest-les-Eaux, avant Marseille. Un rythme soutenu pour une pièce qui revisite celle de 2008.

« Lorsque j’ai créé L’Amoureuse de Monsieur Muscle en 2008, cette notion d’archétype enfantin a été très immédiate pour moi, et ça marchait très bien. » Mais le monde a changé. « C’est difficile de ne pas constater que la société a traversé des problématiques et une manière aujourd’hui de considérer le rapport de genre différemment. »

Alors il inverse les figures. « J’ai trouvé assez… rigolo, juste rigolo, de s’adresser aux enfants d’aujourd’hui en fouillant un petit peu ces archétypes initiaux. » Un jeune homme sensible, une jeune femme forte. « Il s’est posé comme ça sans propos, c’est-à-dire qu’il n’est pas pour moi nécessaire d’en faire le sujet. Le sujet reste celui d’une découverte du corps. »

Car l’essentiel demeure là : explorer le corps, ses élans, ses formes, ses relations. « C’est d’abord un support dans lequel les adultes doivent trouver un peu des indices faciles à appréhender pour ensuite ramener le souvenir du spectacle auprès des enfants. »

Le spectacle est « vraiment adressé… fabriqué dans son thème et sa construction pour une adresse vers des assez petits », entre « 5 et 11 ans à peu près ». Trop jeunes, ils seraient dans le pur sensoriel ; plus âgés, « ça se décale disons, ce n’est pas la bonne adresse ».

Nommer l’inconnu

La danse reste exigeante. « Mon engagement par rapport à ça reste. » Même niveau de performance, même précision. Même pour une scolaire, à 10 heures du matin ! « Ce que je demande à mes danseurs en général, ce même niveau de performance, ça peut être un peu éprouvant parfois, mais on a un protocole qui est très clair. »

Dans la salle, il observe depuis cette recréation un phénomène qu’il affectionne tout particulièrement : « Ces bruissements… c’est tellement particulier du spectacle vers les petits. Comme s’ils avaient besoin de décrire et de nommer les choses qu’ils voient pour qu’elles existent vraiment. Donc d’un coup, c’est une fleur, et puis c’est l’amoureux… tout est nommé. »

Et puis il y a ce moment suspendu : « Les yeux des enfants brillent, et les yeux des parents brillent parce qu’ils voient les yeux des enfants briller. » C’est là, sans doute, que se joue la réussite de cette pièce colorée, portée par les costumes « très directs, très colorés » d’Agatha Ruiz de la Prada et par une musique « pop, pop rock… très actuelle », enrichie par André Serré. « Ce sont vraiment des temps qui sont très heureux : ces temps-ci, il faut savoir les chérir. »

SUZANNE CANESSA

À venir

11 février
Théâtre d’Arles

13 et 14 février
Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence

5, 6 et 7 mars
Maison des Comoni - Le Pôle, Le Revest-les-Eaux

2, 3 et 4 avril
Friche la Belle de Mai – en collaboration avec le Théâtre Massalia, Marseille

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Figaro ou le vertige de la liberté

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Le Mariage de Figaro © Louie Salto

L’air marin qui s’engouffre ce soir à La Chaudronnerieporte une électricité singulière. Sur scène Philippe Torreton n’interprète pas Figaro, il est Figaro, avec cette fureur de vivre qui balaie instantanément les siècles.Cette Folle journée n’est plus une relique du XVIIIe siècle mais un miroir brûlant tendu à notre époque, où l’insolence devient la dernière politesse du désespoir.

La mise en scène frappe d’abord par sa fluidité. Tout circule, tout glisse, des boudoirs aux jardins, dans un mouvement perpétuel qui rappelle l’urgence de nos vies connectées. Les comédiens, habités par une flamme commune ne jouent pas la comédie : ils livrent un combat face à un Comte Amalviva superbe de morgue -et de talent-, dont l’emprise sur les corps et les âmes rappelle cruellement les rapports de force de notre modernité, le peuple s’organise. Suzanne et Figaro ne sont plus de simples valets, mais les architectes d’une résistance de l’esprit.

La Morale de Beaumarchais est la nôtre

L’audace de la soirée réside dans ces incursions musicales contemporaines. Des chansons d’aujourd’hui ponctuent le récit, brisant le quatrième mur pour imprégner le spectateur. Cette collision sonore souligne l’évidence : la morale de Beaumarchaisest la nôtre. Si les puissants usent toujours de stratagèmes pour asseoir leur domination, l’intelligence populaire, vive et agile, trouve encore la faille.

Torreton, dans un dernier monologue d’une intensité rare nous rappelle que le mérite ne s’hérite pas, il se conquiert. Son Figaro est un stratège de l’ombre qui finit par éclater en pleine lumière, redonnant au peuple sa ferté et sa force. On sort de la salle avec une certitude : le génie de déjouer l’arbitraire n’a pas pris une ride. Une soirée de grâce, où le théâtre a repris sa place de brûlot nécessaire.

DANIELLE DUFOUR VERNA

Le spectacle a été joué le 31 janvier au théâtre de La Chaudronnerie à La Ciotat

Une héroïne plurielle aux Salins

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© César Vayssié

Sous une pluie battante, le public se presse au Théâtre des Salins de Martigues ce mardi 3 février pour assister à l’unique représentation de Commençons par faire l’amour, signée par la chorégraphe Laura Bachman.

Ancienne danseuse de l’Opéra de Paris, cette dernière a construit au fil des années un parcours singulier, nourri de collaborations prestigieuses avec Benjamin Millepied, Anne Teresa De Keersmaeker ou encore la compagnie de Pina Bausch. Interprétée par cinq artistes, la pièce s’inspire librement de la tétralogie M.M.M.M de Jean-Philippe Toussaint. Dès l’ouverture, une danseuse en robe bleue évolue en silence. Progressivement, le dispositif se déploie et la figure centrale émerge : Marie de Montalte.

Nouveaux équilibres

Son histoire est portée collectivement par les interprètes, qui endossent tour à tour la robe bleue et la perruque blonde, symboles d’une héroïne plurielle. Soutenue par la création lumière d’Éric Soyer – fidèle collaborateur de Joël Pommerat – Laura Bachman compose, à partir des mots de Jean-Philippe Toussaint, un véritable théâtre d’images et de mouvements.

L’écriture, profondément physique et cinématographique, fait du corps un langage à part entière et convoque des visions puissantes, sensibles et évocatrices. Même sans connaissance préalable de l’œuvre littéraire, le public est invité à découvrir le portrait d’une femme complexe et fascinante, interrogeant les rapports masculin-féminin au sein d’un monde patriarcal en quête de nouveaux équilibres.

Le but avéré n’est pas de retranscrire le texte de manière littérale mais de créer un dialogue entre l’œuvre originale et la scène. Un pari réussi pour la chorégraphe, qui rappelle avec émotion, à l’issue de la représentation, combien le soutien aux artistes et au spectacle vivant demeure aujourd’hui plus que jamais essentiel.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné le 3 février, au Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues.

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