mardi 10 février 2026
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Le rendez-vous des poètes

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Voix Vives
© X-DR

Faite de mots, l’humanité a besoin de poésie, et jamais autant que lorsque la vie est dure. Alors que guerres et même génocide font rage, que l’extrême-droite plastronne sur les plateformes aux mains de milliardaires, que l’emprise du réchauffement climatique se fait plus oppressante, que l’IA hallucine et aplatit toute créativité, le festival Voix Vives propose de ralentir, et d’écouter la parole vivante de nos frères humains. Depuis sa création – 2025 est sa 28e édition – la manifestation rassemble poètes et éditeurs de poésie venus des quatre coins de la Méditerranée, envisagée non pas comme une simple aire géographique, mais plutôt comme un creuset séculaire et multiculturel.

Poètes mais pas que

Le spectacle d’ouverture se fera en nocturne le 18 juillet, dans le parc Simone Veil, où, sur la grande scène, tous les poètes et artistes invités seront rassemblés pour annoncer les festivités à venir. Programme en mains, les festivaliers n’auront plus qu’à piocher dans la foule de propositions, à constituer un florilège, voire des rituels, et à déambuler sur les étals de la Place aux Livres pour se procurer les recueils de leurs coups de cœur. Il est largement possible de combiner une « lecture et croissants », par exemple, pour un petit déjeuner littéraire en compagnie d’Isaac Alonso Araque et Amel Boudali, avec une scène libre, avant d’aller se poser dans un transat, auprès de Maria Maïlat et Lali Michaeli. Et trouver dans les divers recoins de Sète des siestes ou apéritifs sonores, des murmures amoureux, de la poésie en langue des signes (Erwan Nomad), etc. Des lectures auront lieu aussi en mer, à bord d’un chalutier ou d’un voilier, en barque sur le canal. 

La plupart des rendez-vous sont gratuits, seul le concert de soutien au festival, le 23 juillet, est payant. Il aura lieu au Théâtre de la mer, avec trois musiciens qui se succéderont sur scène, Michel ArbatzLaurence Vielle et Diego la Onda. Notez que ce dernier, conteur qui s’accompagne en musique, n’est pas le seul maître des arts du récit invité cette année. Le public pourra aussi entendre deux Marseillais expérimentés, Jean Guillon, précédé de sa splendide moustache en guidon de vélo, et Rachid Akbal sous sa distinctive casquette. De quoi régaler toutes les oreilles, jeunes ou moins jeunes.

GAËLLE CLOAREC

Voix Vives
Du 18 au 26 juillet
Sète
Ateliers quotidiens

L'une des spécificités de Voix Vives est de donner à chacun la possibilité, durant huit jours, de s'essayer à l'écriture au travers d'ateliers, tous plus alléchants les uns que les autres. Une proposition déambulatoire, par exemple, à partir des rencontres que l'on peut faire au coin de la rue, une autre en chansons, un rendez-vous In the moule for love (texte et dessins au creux de coquilles bivalves), des acrostiches, haïkus, cadavres exquis, brèves de comptoir, ou encore un « shoot d'écriture vitaminée » animé par les poètes belges Aurélien Dony et Laurence Vielle.

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Extraits de la Nouvelle déclaration d’Avignon

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© A.F.

Nous, femmes et hommes du spectacle, réunis à Avignon parce qu’un tel festival est aussi celui de la parole publique et des exigences civiques, ne nous résignant pas à l’impuissance, ni à l’invisibilisation du crime, déclarons notre solidarité avec le peuple palestinien.

Nous exigeons la cessation du massacre de masse en cours ayant déjà tué un nombre effroyable d’enfants. Nous dénonçons la politique destructrice de l’État d’Israël. Nous appelons à la reconnaissance de l’État palestinien, à l’application des sanctions prévues par le droit international, à la suspension de l’accord d’association UE-Israël, et à l’arrêt de la criminalisation des prises de parole et des associations soutenant la cause palestinienne. Nous appelons enfin toutes et tous à rejoindre les mobilisations en cours.
[…]
En 1995, la Déclaration d’Avignon avait été saluée par le président de la République, […] trente ans plus tard, il est douloureux mais absolument fondamental de devoir rappeler qu’une vie palestinienne vaut une vie israélienne et toute autre vie humaine.
[…]
Nous sommes contemporains, après des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des actes génocidaires, de ce qui se dessine comme la disparition programmée d’un peuple, et notre responsabilité collective à toutes et tous est engagée. 

Lire la déclaration en intégralité sur telerama.fr.

Au cœur de nos brûlures

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Chaque été désormais notre région flambe, transformant nos forêts et maquis en désert, détruisant nos maisons et nos mémoires, épargnant encore nos vies, tandis qu’au Texas des enfants se noient par dizaines. La mise à sac des services d’alerte météo a entraîné le pire aux États-Unis trumpiens, il a été évité à Marseille par le courage de l’armée du feu, malgré une flotte de Canadair vieillissante et trop peu nombreuse. 70 maisons détruites, autant de vies dévastées. 

Au Festival d’Avignon, ce sont d’autres dévastations qui reçoivent le soutien des artistes. Alors que la ministre s’annonce et se désiste – viendra viendra pas, la valse-hésitation serait comique si elle ne révélait pas l’intense rejet de sa politique, et son incroyable mépris du plus grand événement de théâtre du monde – les artistes s’engagent. 

Laurence Chable, Anne Teresa de Keersmaeker, Radouan Mriziga, Milo Rau et Martial du Fonzo Bo, artistes signataires programmée au Festival d’Avignon, ont lu la Nouvelle déclaration d’Avignon devant la porte du Palais des papes. Respectivement en français, anglais, arabe, allemand et espagnol, sous le regard de Tiago Rodrigues. La tribune, parue dans Télérama et signée par des centaines d’artistes et professionnels de la culture, réclame la reconnaissance de l’État palestinien et l’application des sanctions prévues par le droit international [lire ici]. 

Mobilisation historique des artistes

Trente ans après Srebrenica, elle rappelle la grève de la faim historique des artistes après la Déclaration d’Avignon en 1995. Ariane Mnouchkine, Maguy Marin, Olivier Py, Emmanuel de Véricourt et François Tanguy avaient efficacement réveillé les consciences. Qu’en sera-t-il aujourd’hui, alors que la disparition de Thierry Ardisson occupe bien davantage les médias et la ministre que l’appel international devant le Palais des Papes ? Qu’en sera-t-il, alors que l’Union européenne hésite à sanctionner un pays « ami » malgré la qualification de génocide, sans ambiguïté, de l’Onu, et les 56 000 morts dénombrés, dont la moitié d’enfants ? Qu’en sera-t-il alors que l’effroyable atrocité du 7-Octobre semble légitimer pour certains la destruction systématique d’un peuple ?  

Les enfants d’Abraham, les enfants de Sem, sont-ils devenus des ennemis irréconciliables ? Les actes antisémites, anti-arabes, anti-migrants vont ils continuer de se multiplier jusque dans nos rues, dans nos lois, nos accords internationaux, nos déclarations publiques ? 

Jamais plus nous ne pourrons dire « nous ne savions pas ». Jamais plus nous ne pourrons dire « Israël a le droit de se défendre ». L’État hébreu a démontré en Iran qu’il sait parfaitement cibler ses objectifs, et perpétrer des frappes chirurgicales s’il le veut. La destruction systématique des hôpitaux, des écoles, des universités, des immeubles d’habitations, des convois alimentaires, des journalistes et des soignants, est un projet politique. Génocidaire. Qu’il est criminel d’excuser.

Agnès Freschel


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Vierge ou putain

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En 2019, la réalisatrice Princia Car avait présenté au Festival de Clermont Ferrand son court-métrage Barcelona, réalisé en atelier avec des jeunes d’un quartier à Marseille. L’histoire : neuf jeunes qui projettent de s’enfuir à Barcelone. Parmi eux, Leïa Haïchour, Houssam Mohamed, Mortadha Hasni que nous retrouvons dans son premier long métrage, Les Filles désir, présenté à la dernière Quinzaine des cinéastes.

On est à Marseille dans une cité où Omar (Houssam Mohamed), la vingtaine, dirige un centre aéré, gère comme un chef ses moniteurs aux propos crus, souvent machos, arbitre les disputes, console les petits quand il le faut. Il fréquente Yasmine, 17 ans (Leïa Haïchour) en tout bien tout honneur. Car pour lui et ses potes, il y a deux catégories de filles. Celles qu’on peut épouser et les autres. La Vierge et la Putain ! Le jour où Carmen (Lou Anna Hamon), une ex-amie, revient au quartier après 7 ans d’absence, ne sachant où aller, tout va changer.  « Pendant 7 ans, j’ai fait la pute ! » proclame-t-elle. Elle veut à présent tout recommencer Mais dans la cité « une pute reste une pute » et pas question qu’elle réintègre la bande. Omar veut l’aider et, pour rassurer Yasmine, il décide de la présenter à sa mère ; c’est elle sa future femme. Mère qui met la jeune fille en garde : elle est très jeune et ce qui l’attend, cuisine, ménage, etc. n’est pas des plus réjouissant. Quant à Carmen, à l’allure et à la parole libres, elle fait naitre chez tous des sentiments et des réactions contradictoires, désir, interrogation, rejet et va permettre à chacun de choisir ou subir son destin.

Dans ce film tourné entièrement à Marseille, en particulier dans la Cité Saint Thys, Princia Car met en scène la vie quotidienne de jeunes, un été sous le soleil, un peu comme un documentaire. Ils vont dans une fête foraine, se rencontrent au pied de leurs immeubles, encadrent les enfants au Centre, filmés superbement, dans des couleurs éclatantes, par le directeur de la photo Raphaël Vandenbussche.  La caméra souvent en mouvement, s’arrête soudain sur des visages ou des corps, plans comme des tableaux. Les comédiens, qui ont participé à l’écriture et aux dialogues, comme pour Barcelona, sont plus vrais que nature, aussi bien Housam Mohamed que les deux filles, en particulier Lou Anna Hamon qui crève l’écran.

Un premier long métrage prometteur.

ANNIE GAVA
Les Filles Désir de Princia Car sort en salles le 16 juillet
© Zinc

« Kouté Vwa » : une histoire de violence

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Maxime Jean Baptiste appartient à la diaspora guyanaise en France. Pour son premier long-métrage, c’est dans sa vie et la relation qu’il entretient avec son pays d’origine qu’il puise son inspiration. Un de ses cousins de Cayenne, Lucas Diomar été poignardé suite à un différend entre jeunes, et a succombé à ses blessures. Cet homicide est au centre de Kouté Vwa, à la fois comme un drame familial personnel, comme le symptôme de la violence endémique d’un territoire colonisé marqué par l’esclavage, et comme le ferment d’un combat collectif.

Pour approcher cette complexité, le réalisateur mêle intimement archives et fiction, documentaire et imaginaire, présent et passé articulant son récit autour de trois personnages. Melrick, un ado de 13 ans, venu passer ses vacances en Guyane chez Nicole, sa grand-mère. Nicole qui, quoique marquée à jamais par la mort de son fils Lucas, oncle de Melrik, sait qu’il faut aller de l’avant. Et enfin Yannick, le meilleur ami du jeune homme assassiné, qui a fui Cayenne après le drame et ne parvient pas à faire son deuil.

Parfaitement intégré à un groupe de copains de la Cité – qui lui demandent comment c’est la France, sans considérer que la Guyane est toujours un département français, Melrik aimerait rester là pour de bon. Il joue au foot, fait du vélo, s’initie au tambour. Alors qu’un concert commémoratif s’organise pour les dix ans de la disparition de son oncle, il  découvre qu’il est aussi doué que lui pour le tambour. Il cherche à mieux le connaître en questionnant Nicole et Yannick. Lucas c’était qui ? Un excellent tambouién, un garçon au grand cœur, un gars toujours élégant, qui s’énervait vite… Son visage s’affiche partout, sur les T-shirts des manifestants de la Marche blanche, sur les peintures murales, les photos, dans les mémoires de ses amis et des siens. C’est avec ce passé et ce présent que Melrik doit se construire.

Intime et universel

Le titre du film l’indique bien il s’agit d’écouter les voix. Pour l’adolescent, ce sont celles qui l’appellent à la musique (une vraie vocation) et celles plus lointaines qui, par cette musique, le rattachent à sa culture originelle. Dans un parcours initiatique le jeune garçon reconstitue l’histoire familiale et pressent celle de tout un peuple. La voix de sa grand-mère lui apprend la toxicité de la vengeance et l’importance du pardon dans une séquence très forte où elle lui raconte sa confrontation avec l’assassin de son fils, récemment libéré.

Pour nous, il s’agit d’écouter cette histoire intime et universelle, venue d’un territoire d’Outre mer bien peu représenté dans le cinéma national, et de sentir charnellement la pulsation des percussions du Mayouri Tchô Nèg Band.

Primé à Locarno dans la Section Cinéastes du présent, avec ses dialogues naturels et ses maladresses, sa douceur en ferme réponse à la noirceur du monde, Kouté vwa est un premier film émouvant et prometteur.

ELISE PADOVANI

Kouté Vwa de Maxime Jean-Baptiste

En salle, le 16 juillet

Vagues de musique 

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musique
© X-DR

Créée en 1991, l’association Jazz à Mèze a à cœur de développer la diffusion musicale sur le territoire du bassin de Thau, en y organisant chaque été un grand rendez-vous nomade dans les différentes communes qui le bordent. Engagé aussi dans l’écologie, le festival mêle une programmation tournée vers les musiques traditionnelles et du monde à une série d’actions de sensibilisation au développement durable. L’association profite du festival pour proposer des « éco-dialogues » : plusieurs rendez-vous en entrée libre à Montbazin et Mèze autour d’une thématique et de balades-découvertes, rencontres et de visites. Ainsi, les plantes comestibles sont à l’honneur, cette année, avec sept propositions d’échanges avec les publics sur les blés et farines, les plantes voyageuses, les légumineuses, etc. 

Ayant pris une ampleur grandissante au fil des ans, le festival est aujourd’hui inscrit à la vie culturelle de la région et fortement couru par ses habitants. Offrant autant de rendez-vous intimistes que de grandes soirées concerts en plein air, il séduit par l’éclectisme de sa programmation et de ses sites d’accueil, qu’il lie avec pertinence. 

Ballaké Sissoko et Zar Electrik

Le jardin des remparts de Loupian recevra, en ouverture d’exploitation (le 11/07), le Kaleyah Sound System, fruit du duo formé par la chanteuse Marianne Aya Omac et le multi-instrumentiste Marius Keller, qui inventent ensemble une world fusion très dansante. 

Le 15, la très belle abbaye cistercienne Sainte-Marie de Valmagne recevra le musicien Piers Faccini, en duo avec son ami koriste Ballaké Sissoko pour un set entre tradition mandingue et folk britannique. Il invite également en première partie la très talentueuse Christine Zayed, qui offre du bout de son qanoun expert et de sa voix envoûtante un hommage poignant à la Palestine. 

Le 16, le jardin de Montbazin accueille des formations fusionnelles, avec le jazz afghan de Yaran, qui mêle avec tact les instruments traditionnels et les sonorités électroniques. Puis, les Marseillais de Zar Electrik offriront leur transe électrorientale enivrante. 

Du 17 au 20 juillet, le port de Mèze devient le site principal du festival, avec sa grosse scène, ses stands et, bien sûr, une programmation très populaire : Oxmo Puccino, charlie Winston, Dub inc, Zoufris Maracas, Fakear, Flavia Coelho

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Festival de Thau
Du 11 au 20 juillet 
Autour du bassin de Thau (34)

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L’intimité retrouvée

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Zita Hanrot © X-DR

Du 28 juillet au 1er août, le Domaine des Davids accueille, pour sa cinquième édition, les spectateurs pour quatre jours de festivités littéraires. Les Estivales du Haut-Calavon, c’est une bulle dans un coin de paradis. Une thématique cette année : « Que ma joie demeure ! » tiré du nom du roman du local Jean Giono. Toujours marrainé par Vinciane Despret qui partage la co-programtion avec Sylvère Petit, le rendez-vous une flopée d’auteurs, philosophes et autres chercheurs se réunissent pour des rencontres en public. Parmi tant d’autres, Hélène Roche et Sophie Barreau évoqueront l’anthropomorphisme ; Claire Doutrelant parlera de l’incroyable évolution de la mésange bleue face aux contraintes climatiques, et les comédien·nes Zita Hanrot et Grégory Montel dispenseront la lecture musicale de Sous le vent.

Programmation singulière

Ainsi, dans une ambiance familiale et coniviale, le festival organise des ateliers destinés au jeune public. Cette année, la poétesse Donatienne Ranc s’adonne à une lecture du Grand voyage de Jules Lapin. « Les ateliers pour enfants, c’est quelque chose qui est là depuis le début et qu’on voudrait aussi développer chez les adultes. Faire une proposition créative et manuelle pour les parents »indique Julie Gérin, coordinatrice du festival. 

Donatienne Ranc © X-DR

Au programme de cette édition 2025, également du théâtre itinérant. Comme cette balade-théâtre qui propose cinq tableaux différents de Jean Giono, mis en scène par Clara Hédouin. Outre les escapades théâtrales, la programmation promet aussi des pauses audiogustatives. Parmi elles, un apéro avec Jean-Guihen Queyras, violoncelliste de talent, accompagné en cuisine de Léo Troisgros.

Clara Hédouin © Lisa Lesrourd

Convivialité et intimité

Outre les artistes de talent que le rendez-vous accueille, il tient à préserver son caractère intime. « Il y a cette volonté de créer ce petit village », explique Julie Gérin. C’est dans cet esprit que le festival limite à 120 personnes toutes ses jauges. 

Au petit-déjeuner, au dîner ou sur le domaine, les artistes se croisent et se re-croisent. Cette promiscuité est à l’origine de rencontres et de coopération. « On assiste parfois à des échanges entre les auteurs et les artistes qui débouchent sur des collaborations les années suivantes ou bien lors d’autres événements culturels. »

La masterclass de Vinciane Despret et Sylvère Petit, organisée en ouverture de festival, en est l’illustration parfaite. « C’est la restitution d’une conversation qui a commencé l’année passée et qui cette fois-ci sera partagée avec le public ». Au programme, notre rapport aux 

cours de cette conférence, ils aborderont le rapport aux autres êtres vivants. Vaste programme, qui trouvera peut-être une suite en 2026 ?

MÉLYNE HOFFMANN-BRIENZA

Les Estivales du Haut-Calavon
28 juillet au 1er août
Domaine des Davids, Viens 

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« Rock Bottom » :  vertiges et apnée

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L’album a cinquante ans. Il paraît en 1974, le jour où Robert Wyatt, ancien membre des Soft Machine, épouse la parolière et illustratrice Alfreda Benge. Il est alors paraplégique. Un an auparavant, il est tombé du 4étage depuis la fenêtre de la salle de bain de l’appartement londonien d’un ami.

C’est cette soirée noyée dans la drogue, le sexe et l’alcool qui ouvre le film, transposant l’action à New York, reconstituant les circonstances de l’accident, puis remontant au passé récent à Majorque où Richard (Bob) file un amour fusionnel avec Alfreda (dite Alfie ou Alif  qui par glissement pourrait bien devenir A life). Dans le scénario, Alif est réalisatrice de films expérimentaux. Elle crée des montages surréalistes où les volets et les portes s’ouvrent sur d’étranges créatures, elle peint ses pellicules. Lui compose. Tous deux doutent. L’île les reconnecte aux origines. La beauté sub et sous-marine les fascine, les inspire. Mais les deux artistes boivent beaucoup et se droguent de plus en plus. « Deux hérissons qui ne peuvent plus se rapprocher sans se déchirer ». De l’ambulance, et du lit d’hôpital où Richard est cloué, les flashes back ramènent à la maison villageoise, aux plages majorquines, aux fêtes, à la Guarda civile de Franco qui ferme les yeux sur ces hurluberlus anglais. Ils font revivre les baignades, les délires sous acides, les hallucinations, les affres du manque, la rupture. Good trip. Bad trip.

Restitution underground

Marie Trénor auquel Richard Wyatt a donné son accord, s’appuie sur six chansons remastérisées de l’album Rock Bottom –commencé avant son accident mais finalisé après, avec ses amis. Elle complète la BO par des morceaux enregistrés avec l’ancien groupe de Wyatt, Matching Mole. Les paroles n’ont aucun sens précis, dira Wyatt. Prosaïques, abstraites jusqu’à l’onomatopée, bouleversantes comme celles de Sea Song dédiées à Alfie, associées à l’image d’un couple qui rejoint la flore sous marine et s’y rejoint. Des mots entre haut et bas. Hit Rock Bottom signifie « toucher le fond » et dans  Little Red Robin Hood Hit the road, « Des taupes mortes gisent dans leurs trous et Les tunnels sans issue s’effondrent. »  Jazz planant, rock alternatif, recherches sonores et mélodiques, impros, la complexité de l’univers musical de Wyatt entre en écho avec la virtuosité de l’animation de Marie Trénor qui en varie les techniques et ouvre le champ des possibles avec une absolue liberté. 

La réalisatrice raconte une histoire d’amour, la naissance d’une œuvre, le moment de basculement de la carrière d’un grand artiste, elle reconstitue l’esthétique underground et surréaliste d’une époque, s’inscrit dans l’histoire de la musique. Elle écarte les petites fleurs hippies et les arcs en ciel radieux pour immerger le spectateur dans les mouvances psychédéliques, le maelström et le cri des couleurs. Loin d’un biopic, il s’agit ici d’ « accéder à un espace intérieur » fantasmé, onirique, déformé et réinventé.

ELISE PADOVANI

Rock Bottom de Maria Trénor

En salles le 9 juillet

La musique en pays antique

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© X-DR

Sous les étoiles de Saint-Rémy-de-Provence, depuis 10 ans, les concerts se déroulent en plein air au milieu des vestiges romains dans une scénographie de lumière qui souligne la magie de ce lieu exceptionnel. Pour cette édition anniversaire, le directeur artistique Mathieu Herzog signe une programmation à la hauteur de l’évènement.

Le festival débutera le 17 juillet avec le sublime -et unique- Concerto pour violon de Tchaïkovski, une des œuvres les plus célèbres du répertoire pour violon et orchestre, quintessence de l’esprit romantique, composé au printemps 1878 par un homme en pleine exaltation amoureuse au sortir d’une grave dépression. Ce concerto n’a cessé de fasciner les plus grands violonistes par sa puissance expressive. Il sera interprété par Maxim Vengerov. Artiste surdoué, couronné dès son plus jeune âge dans les concours internationaux les plus prestigieux, Vengerov est reconnu pour la puissance émotionnelle de son jeu et sa virtuosité flamboyante.  À ses côtés, l’Orchestre National Avignon-Provence sera dirigé par Debora Waldman, première femme à devenir, en 2019, cheffe titulaire d’un orchestre national en région. Formée en Argentine, au Brésil et en Israël, elle séduit par sa précision, son énergie et la profondeur de ses interprétations.

L’ouverture de la soirée déroulera un moment de grâce. Toujours sur la musique de Tchaïkovski, le Ballet de l’Ouest Parisien évoluera dans une chorégraphie spécialement imaginée pour Glanum.

De New York à L.A.

Le lendemain, le second concert transportera le public dans l’âge d’or de la comédie musicale, des lumières de Broadway aux fastes d’Hollywood. Deux voix complices porteront ce voyage musical : la jeune mezzo-soprano Naïma Naouri, au timbre riche et chaleureux, et le baryton Bastien Jacquemart, figure montante de la scène lyrique française. Ils seront accompagnés par un trio jazz de haut vol : Laurent Coulondre, pianiste surdoué et lauréat des Victoires du jazz, Jérémy Bruyère, contrebassiste et Matthieu Chazarenc, batteur au groove élégant. Le tout enrichi par les cuivres et cordes de l’Orchestre Appassionato, sous la baguette de Mathieu Herzog.

Mozart en apothéose

Pour clore cette 10ᵉ édition, le festival offrira une soirée consacrée aux plus beaux airs de Mozart juillet, mettant en dialogue voix et clarinette. Le compositeur a toujours entretenu un dialogue intime entre la voix et les instruments à vent. La clarinette, qu’il adorait, occupe une place toute particulière dans cette alchimie musicale, colorant ses mélodies d’une expressivité tour à tour tendre, mélancolique ou malicieuse. Portée par l’Orchestre Avignon-Provence, on pourra retrouver la mezzo-soprano Karine Deshayes, marraine de cœur du festival – elle avait enchanté la toute première édition-. Considérée comme l’une des plus grandes voix françaises, double lauréate des Victoires de la musique classique, elle allie virtuosité et émotion dans ses interprétations mozartiennes. Elle dialoguera avec Pierre Génisson, clarinettiste à la carrière internationale. Son interprétation du Concerto pour clarinette en la majeur, œuvre testamentaire de Mozart, promet un moment d’intense émotion. L’Orchestre National Avignon-Provence, à nouveau sous la direction inspirée de Debora Waldman, donnera toute sa richesse et sa délicatesse à cette soirée de clôture.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Festival de Glanum
du 17 au 19 juillet
Suint-Rémy-de-Provence 

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Croisière de luxe

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Nick Cave © Venetia Scott

Comme chaque année, Arles offre dès le mois de juillet pavés, monuments historiques, placettes ombragées et marché provençal à une foule bien plus fournie qu’à l’année. Lieu de rencontres photographiques, musicales et festives, la belle camarguaise bat alors au rythme effréné d’un tourisme multiple, et son Théâtre Antique en est un des témoins principaux, devenant à chaque haute saison l’auditorium préféré des organisateurs d’événements en tous genres. Il recevait d’ailleurs, le 10 juin, la liesse générale d’un public déchaîné et assoiffé de sensations rock, avec les prémices des Escales du Cargo, qui invitait pour l’occasion les excellents Fontaines D.C. à guichet fermé, avant l’édition officielle du 24 au 26 juillet.

L’événement, qui fêtait ses vingt ans l’an dernier, est imaginé chaque été par la salle de musiques actuelles le Cargo de Nuit : haut lieu de concerts et de fêtes de la ville qui souffle, lui, ses trente bougies. Pour l’occasion, il semble que l’organisation ait décidé de jouer la carte du gros nom unique par soir, accompagné d’invités.

Big bands 

Le 24 au soir, c’est ainsi le duo superstar de la french touch des années 2000 Air, qui offrira à un auditoire qu’on imagine fourni leur premier album : Moon Safari ! Sorti en 1998 et désormais anthologique, le voyage offert par cet opus doit son succès à un univers onirique : une « psychélectronica » sur les rives séductrices de mélodies aussi envoûtantes qu’entêtantes. Pour rappel, on y compte, entre autres, le méga tube Sexy Boy, la B.O. (du même nom) de Virgin Suicides, de Sofia Coppola, ou Ce si joli matin là. Il n’a même pas fallu à l’époque au binôme faire de promo, ou presque, pour qu’il explose, et l’objet sonore n’a pas pris une ride ! 

La talentueuse Jorja Smith, qui naissait tout juste à la sortie de Moon Safari, jouera le lendemain. La chanteuse britannique, qui a collaboré avec Drake, Kendrick Lamar ou Stormzy, marque grand public et critiques par une voix soul très groovée, et un univers balayant R’n’B, reggae, pop et hip-hop. 

Le 26, c’est Nick Cave himself qui clôturera le festival. Le chanteur australien, connu pour son lead charismatique de la super formation Nick Cave and the Bad Seeds, donnera pour l’occasion un live rétrospectif de sa belle carrière, en duo avec le bassiste Colin Greenwood

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Les Escales du Cargo
Du 24 au 26 juillet 
Théâtre Antique, Arles 

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