mardi 11 août 2026
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Bach Mirror

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Thomas Enhco et Vassilena Serafimova © X-DR

Dans Bach Mirror, Thomas Enhco (piano) et Vassilena Serafimova (marimba) tissent un dialogue poétique entre l’univers baroque de Bach et des sonorités plus contemporaines. Virtuosité instrumentale, art du contrepoint et improvisation et patte jazz se combinent pour faire vibrer des pages emblématiques sous un jour nouveau. Le prélude en do mineur du Clavier bien tempéré s’ampute d’un temps et se syncope, la Cantate 208 tinte sublimement, sans fioritures ; la Suite n°3 traîne avec une mélancolie nouvelle. Placée sous le signe, omniprésent dans l’œuvre du Cantor, du miroir, le duo s’ouvre avec complicité et générosité au jeu, à l’émotion et à la circulation des timbres.

S.CA.
5 février
Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence

Retrouvez nos articles Musiques ici

Julia Lepère en tournée

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Julia Lepere©Astrid di Crollalanza

Libraires du Sud, qui regroupe près de 90 librairies, organise chaque année des tournées d’auteurs dans la région. L’association propose, gère les déplacements et les hébergements, rémunère les auteurs… Un gros travail qu’une librairie isolée n’aurait pas les moyens de faire. Pour ce premier round cette année, c’est l’autrice Julia Lepère qui s’arrêtera dans trois librairies pour présenter aux lecteurs son premier roman : La mer et son double (Éditions du sous-sol).

Le roman met en scène deux femmes dont les destins se font écho. La première débarque dans la ville de P., une cité isolée aux allures de western, où règne une chaleur accablante. Elle y filme les lieux et rencontre une galerie de personnages : tenancière de bar, jeune fille, poète, sculpteur, pianiste. La ville est marquée par la méfiance envers la mer et les tensions entre colons et exilés. La seconde femme, amnésique, est repêchée en pleine Atlantique par un cargo, trois jours après qu’un membre d’équipage a disparu lors d’une tempête. Les deux protagonistes doivent reconstituer leur identité en collectant des indices pour sortir de leur situation.

Une autrice de talents

Julia Lepère vient de la scène théâtrale et poétique. Elle a d’abord fait ses armes comme dramaturge avant de publier son premier recueil, Je ressemble à une cérémonie, (Éditions du Corridor bleu) en 2019. Deux autres recueils ont suivi : Par elle se blesse (Flammarion) en 2022, qui a consolidé sa présence dans le paysage poétique français, puis Molly Fall (Angle Mort) en 2024.

Parallèlement à son travail d’écriture, elle mène une carrière de comédienne et développe un travail de performance autour de ses textes, créant des formes hybrides entre lecture, jeu et installation sonore. Ces performances lui ont permis de toucher un public au-delà du cercle strictement littéraire et de construire une œuvre qui interroge les frontières entre les genres artistiques. Cette tournée permettra de découvrir son travail romanesque et d’échanger avec elle sur son parcours d’artiste.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Julia Lepère en tournée
4 février, 18h30
Mima, Marseille
5 février, 18h30 
La Gargouille, Briançon
6 février, 18h30 
De fil en page, Château-Arnoux-Saint-Auban

Écrire est un métier manuel  

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A pied d'oeuvre C) Diaphana

À pied d’œuvre :  être prêt à travailler, à commencer une tâche. C’est aussi le titre d’un roman autobiographique de Franck Courtès, publié en 2023, que Valérie Donzelli a décidé d’adapter.

 Paul marquet, 42 ans, un photographe reconnu, gagnant bien sa vie : de 3000 à 8000 euros selon les mois, a décidé d’abandonner cet emploi confortable pour se consacrer à l’écriture. Il a la chance d’avoir publié trois romans qui ont eu un succès critique, mais aucun succès commercial. Pour son nouvel opus, son éditrice, Alice (Virginie Ledoyen) attend de lui qu’il signe enfin son grand roman. Là, il doit quitter l’appartement où il vivait : son ex-femme part avec leurs enfants, à Montréal. Il se retrouve dans un minuscule studio en sous -sol. Il lui faut aussi trouver un job pour subvenir à ses besoins, ce qu’il va faire en installant sur son téléphone « jobbing », une application qui fonctionne selon un algorithme :  être le premier à répondre tout en proposant le prix le plus bas pour décrocher un petit boulot manuel. Il espère ainsi avoir assez de temps libre pour pouvoir écrire. Il va ainsi enchainer des missions ingrates comme tondre une pelouse… avec des ciseaux   sic), démonter une mezzanine très lourde, déraciner des buis résistants sur un balcon et bien d’autres tâches éreintantes payées une misère : « J’ai pris conscience que je devenais pauvre » Une voix off scande le film, comme une trace de la plume de Courtès. » « Le métier d’écrivain consiste à entretenir un feu qui ne demande qu’à s’éteindre. Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n’augure aucune fortune. »

Appels vidéo avec ses enfants et son ex- femme à des kms de ce qu’il vit. Courses avec la voiture paternelle qu’il a récupérée, devenue taxi. Paroles très dures de son père (André Marcon) qui ne le comprend pas et lui reproche même de « rater sa vie de pauvre », compte tenu de son inaptitude au travail manuel. Moments de solitude dans son logement exigu entre découragement et volonté d’aller au bout de son chemin. Un homme qui ne veut pas se trahir lui-même.

 Bastien Bouillon incarne avec intensité cet homme qui parle peu, note, semblant observer les autres, ceux qu’il n’aurait jamais croisés dans sa vie précédente. La caméra de la directrice de la photo, Irina Lubtchansky, filme les gestes de cet homme sur la pente de la précarité : se lever, effectuer la tâche qu’il a gagnée en baissant le prix, écrire, compter chaque dépense en l’inscrivant sur son carnet…Un homme pauvre qui a faim et en arrive même à dépecer et cuisiner un chevreuil …

 « Je voulais être totalement sincère sur ce que je savais : c’est mon point de vue sur le monde. Je ne voulais pas tricher, pas une seule seconde. Ce film devait être honnête. J’ai cherché ça tout le temps, partout : dans chaque plan, chaque détail sur le tournage. Il y a beaucoup de travail derrière tout ça, mais j’espère que ça a l’air simple, oui. Et pur » a précisé la réalisatrice.

Pari réussi : même si au départ du film on a du mal à être en empathie avec son personnage qu’on peut trouver un peu « bobo » Valérie Donzelli a réussi au fil du film à nous le rendre attachant et à nous faire poser la question : c’est quoi un écrivain aujourd’hui ? Quelle valeur accordons-nous à une vie animée par une passion silencieuse, irrésistible : le besoin de créer, quoi qu’il en coûte ?

Annie Gava

À pied d’œuvre, de Valérie Donzelli
En salles le 4 février

Le film a obtenu le prix du meilleur scénario à la 82e Mostra de Venise.

Raconter l’Est

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L'autrice bulgare Joanna Elmy en dédicace aux Arcenaulx © A.-M.T.

Le roman de Joanna Elmy suit le parcours de Yana, jeune bulgare exilée aux États-Unis, vivant dans la précarité. Elle y est témoin d’un accident mortel impliquant une réfugiée d’Europe de l’Est. Le choc fait ressurgir les voix de sa mère et de sa grand-mère. Entrelacées, elles forment la trame du récit sur trois générations.

« Au départ, il s’agissait d’une nouvelle pour laquelle j’avais gagné une bourse », explique l’autrice. Le grand auteur Georgi Gospodinov, emballé par le texte de la jeune femme – elle n’a alors que 26 ans –, estime qu’il y a matière à un roman. « Cela me semblait impossible. Mais j’ai essayé. Deux ans plus tard, le roman était là. » Et quel roman ! Publié en 2021 en Bulgarie, Porter la faute est aujourd’hui traduit en quinze langues (Lire ici).

« Il y a un peu de mon histoire personnelle », poursuit Joanna. « Je suis partie aux États-Unis en 2015, l’année des élections entre Hillary Clinton et Trump. J’observais à la télé cet homme aux cheveux orange qui racontait des choses folles. Cela a été le point de départ : comprendre pourquoi ce pays dont l’Est rêvait basculait dans de tels extrêmes. »

Culpabilité en héritage

Joanna veut aussi faire le récit de la génération des enfants de la transition, nés après la chute du Mur. « On a pensé alors que tout serait “magnifique” comme à l’Ouest. Mais les choses ont été bien compliquées : inflation monstrueuse, rayons vides dans les magasins. Mes parents ont connu une pauvreté que l’on peut à peine imaginer. » Le roman relate aussi la vie d’Eva, la grand-mère, qui incarne la période du communisme : « Je m’intéresse à la violence, celle des hommes et celle de l’État, elles se ressemblent beaucoup. »

Tous les personnages portent en eux une culpabilité héritée de la génération précédente ; une transmission qui se reflète dans la forme même du roman : récit à plusieurs voix, éclaté. « Je n’arrive pas à penser une histoire de manière linéaire. Mon écriture est sans doute le reflet d’une existence moderne où l’on consomme l’information en scrollant. »

Comme son héroïne, Joanna fait partie d’une génération qui a grandi « avec l’idée qu’en Bulgarie, il n’y avait pas de futur, que “réussir”, c’était partir ». Sur six millions de Bulgares, deux millions vivent à l’étranger. Mais aux États-Unis aussi, « où tout se compte en heures et en dollars », la désillusion attend Yana : « Les exilés y sont les petites mains du nettoyage, des restaurants…  Difficile de s’intégrer dans une société qui ne veut pas de vous. »

Avec ce roman dense et intense, l’autrice brosse un portrait d’une Bulgarie méconnue : « L’Europe de l’Est n’est vue que sous l’angle de la dictature. Il me semblait important de raconter une autre histoire qui ne se résume pas à la seule division entre libéraux et communistes. »

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La rencontre s’est déroulée le 30 janvier, à la librairie des Arcenaulx, Marseille

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Trahisons 

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Trahison © Caroline Bottaro

Une femme, un mari, un amant… c’est beau comme du vaudeville, mais avec un twist : la bien-nommée Trahisons, pièce de l’auteur britannique Harold Pinter que met aujourd’hui en scène Tatiana Vialle, se raconte à l’envers. Le public rencontre Jerry alors que sa femme Emma lui apprend qu’elle le trompe avec son meilleur ami, avant de découvrir, de la fin au début, les dessous de cette liaison. 

Il faut des acteur·ices de talent pour jouer et déjouer cette histoire qui déconstruit le manichéisme habituel de ce genre de triangle amoureux, et interroge les rapports de couple comme d’amitié. Et c’est bien d’acteur·ices que Vialle s’entoure : Swann Arlaud, Marc Arnaud, Marie Kauffmann et Tobias Nuytten.

CHLOÉ MACAIRE

Les 3 et 4 février 
Châteauvallon, scène nationale d’Ollioules 

On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie 

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© X-DR

Né de l’écriture et de l’interprétation d’Éric Feldman, mis en scène et élaboré en collaboration avec Olivier Veillon, On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie se situe à la croisée du stand-up, de la conférence et du récit intime, oscillant entre humour corrosif et gravité historique.

Le point de départ de cette autofiction est à la fois une interrogation improbable et un jeu de pensée : « Et si Freud avait été le psy d’Hitler ? » Cette hypothèse, volontairement décalée, sert de fil conducteur à une exploration des traumatismes hérités de la Shoah, Éric Feldman évoquant avec humour, émotion et profondeur l’impact psychologique sur ses proches – ses parents, oncles et tantes, enfants cachés et survivants – ainsi que sur lui-même, leur descendant.

MARC VOIRY

Du 3 au 7 février
Théâtre des Bernardines, Marseille

Entre tradition et modernité, le temps qui fuit

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© L.S.

Le Grand Théâtre de Provence ouvrait ses portes au public, ce samedi, pour une soirée articulée autour de trois musiciens français – Francis Poulenc, Camille Saint-Saëns et Maurice Ravel.Midi-Minuit assemble trois décennies de création : Midi pile ou le Concerto du Soleil sur le Concerto pour deux pianos en ré mineur de Francis Poulenc, Minuit et demi, ou le Cœur Mystérieux sur les mélodies de Saint-Saëns et enfin l’incontournable Boléro de Ravel. Chorégraphiées par Thierry Malandain, ces pièces convoquent 21 interprètes de la troupe dans le décor et les costumes exemplaires de Jorge Gallardo, ainsi que les lumières signées François Menou.

Thierry Malandain conjugue ici trois pièces, toutes différentes, bien qu’appartenant à la même grammaire – ancrées dans un vocabulaire classique mais aux élans modernes et nouveaux. Sur Poulenc, le spectateur rencontre la force et l’intensité des mouvements de ses interprètes, électrifiés par la vivacité espiègle du compositeur. Incarnation du jour, la performance captivante se termine avec, un à un, les danseurs expulsés en dehors de la scène, comme propulsés vers la nuit. Naviguant entre passages doux et tendres, puis des explosions dynamiques, les tableaux dansés en solo, duo, quatuor ou en douzaine soulignent ces courbes mélodiques. 

Lors du Boléro, la pression croissante exercée par le rythme obstiné et continuel au cours des seize minutes de musique est restreinte scéniquement par un décor qui confine ses interprètes dans un carré – quelque peu – ouvert et semi-transparent. Leurs gestes sont petits et synchronisés, accentuant davantage la pression montante. Le rythme toujours présent par des rebonds dans les hanches ou des basculements légers, des gestes qui débordent peu à peu de l’espace et finissent par éclater de leur enclot. À travers l’ensemble de ces danses, le décor minimaliste et épuré laisse place aux mouvements des danseurs. Les costumes minimalistes, en mèche, légers, flottants et ondulants à leurs moindres gestes prennent une nouvelle ampleur lors de la Danse Macabre où, habillés de capes noires, à chaque levé de jambe, le public entraperçoit une magnifique lueur de bleu ciel qu’ils portent en-dessous, rappelant le jour, de midi à minuit.

LAVINIA SCOTT

Spectacle donné les 23 et 24 janvier au Grand Théâtre de Provence 

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Vivre en plusieurs langues

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Écriture de la langue des signes, une utopie ? Léandre Chevreau © Donghee Kim

Quels potentiels créatifs se trouvent à l’intersection entre les langues ? Vivre en plusieurs langues nous parle de l’imaginaire des langues des signes et de la culture sourde, créant des passerelles entre l’écriture, l’oralité, les arts visuels, la musique et la danse. 14 artistes sourd·es, entendant·es, CODA (Child Of Deaf Adult), francophones ou polyglottes explorent l’imaginaire des moyens d’expression et ce qu’ils révèlent de notre rapport au monde. Passionnée par le langage, Ninon Duhamel compose cet espace pluriel à l’occasion des 20 ans du programme PiSourd·e. Ce dispositif, à l’initiative des Beaux-Arts de Marseille, vise à accompagner étudiant·es Sourd·es et malentendant·es dans leurs études artistiques, ainsi qu’à cultiver des travaux interrogeant le langage et à la perception.

PAULINE LIGHTBURNE

31 janvier
Musée d'Art Contemporain [mac], Marseille

Les Clairvoyantes 

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Les Clairvoyantes © Celia Bolzoni

Inspirée par une consultation avec une voyante au sujet de sa vie amoureuse, la comédienne Claire Chastel crée Les Clairvoyantes avec Camille Joviado, autrice et metteuse en scène. Dans ce spectacle pluridisciplinaire, elle invite les membres du public à écrire leurs propres questions sur un bout de papier. À partir de cela, elle mêle son histoire personnelle, des récits intimes anonymes et de la magie – les deux artistes se sont d’ailleurs formées à l’écriture spécifique à l’art de la magie pour cette création.

En mobilisant la cartomancie, le mentalisme et la prestidigitation sur fond d’écriture scénique contemporaine, Les Clairvoyantes accompagne son public dans des réflexions métaphysiques sur le temps et l’invisible.

CHLOÉ MACAIRE

Du 3 au 5 février 
Le Zef, scène national de Marseille 

Eh, oh, vous avez fait philo ? (épisode 2)

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« Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. » 

Après cette semaine … 

où les 15 000 Kurdes de Marseille, terrorisés par ce qui se profile au Nord de la Syrie dans leur territoire autonome, se font traiter de barbares parce qu’ils ont incendié des containers sur la rue de Rome

où des mineurs français, enfants de terroristes de l’État Islamique détenus depuis 8 ans par ces Kurdes de Syrie  pour les crimes de leurs parents, continuent d’être perçus comme une « menace potentielle » par l’Europe

où ICE, milice officielle qui n’a rien à envier à la milice de Pétain, terrorise et tue les habitants d’un pays qui s’est construit par l’immigration, après l’extermination de la population native que les John Wayne d’Hollywood appelaient les Sauvages

où Arno Klarsfeld, citoyen franco-israélien descendant de rescapés de la Shoah propose aujourd’hui d’organiser de « grandes rafles » pour « se débarrasser » des OQTF « comme Trump » le fait aux Etats-Unis

où Martine Vassal accuse de « trafic d’humains » une association qui a sauvé en mer plus de 42000 personnes qui se seraient, sans elle, noyées

où les députés Rassemblement National des Bouches-du-Rhône, front fondé par un SS et un antisémite pluricondamné, portent des gerbes à la mémoire des 16000 raflés de Marseille, devant des associations juives qui leur serrent la main et disent que « l’antisémitisme a changé de visage »…  

Après cette semaine d’enfer sur tous les fronts, où 20000 iranien·nes sont mort·es sans avoir droit aux Unes, la pensée de Claude Lévi-Strauss renvoie la barbarie à une idée qui contamine celui qui la produit, même lorsqu’il le fait pour se défendre. Celui qui « croit à la barbarie » peut à son tour devenir barbare. C’est ce que nous dit, nous répète, une actualité qui contredit notre pensée binaire, notre division campiste du monde en bons et en méchants. 

Renverser, et s’inclure

La phrase et la pensée de Lévi-Strauss ont souvent été rapprochées de celles de Montaigne : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ».  Pour Montaigne, dans son essai Les Cannibales écritau temps de la découverte des « Indiens » d’Amérique, le concept de barbarie restreint l’idée même d’humanité en désignant par un terme dépréciatif celui qui ne fait pas partie de sa propre tribu. Ou celui qui y a des comportements marginaux. Queer, woke, diraient les trumpiens aujourd’hui.  

L’usage du terme « barbare », déshumanisant, a permis au temps de Montaigne d’exercer contre les « Indiens » une violence présentée comme juste, parce qu’ils n’étaient pas humains, pas chrétiens, et si étranges. Ou pas entrés dans l’Histoire, a dit Sarko des peuples africains dans un discours du temps où il était Président et non repris de justice.  

Montaigne, en humaniste, refuse d’exclure des humains de l’humanité, mais la phrase de Lévi Strauss, écrite au lendemain de la Shoah, ouvre un autre abîme de paradoxes, et de renversements.

Car qui, en 1949, ne « croit » pas à la barbarie des Nazis ? Qui est-il, celui qui prévient, à ce moment-là : croire à la barbarie, c’est ouvrir la possibilité de sa propre barbarie, intime ? 

C’est un juif français, petit-fils de rabbin, professeur de philosophie révoqué par le régime de Vichy en raison de sa judéité. Sauvé par Varian Fry à Marseille et réfugié à New York, ethnologue qui a travaillé sur la parentalité des peuples autochtones d’Amazonie. Un juif sécularisé qui a lu Térence et Cicéron et sait que « rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Un scientifique qui a lu la Bible et son récit de l’Exode du peuple hébreu vers Israël : « Tu ne molesteras pas l’étranger ni ne l’opprimeras car vous-mêmes avez été étrangers dans le pays d’Égypte ».

Une pensée qu’il faut relire pour tenter de comprendre ce monde gouverné par une barbarie contagieuse, qui contamine « d’abord » celui qui y croit.

 Agnès Freschel


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