mardi 10 février 2026
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Un  haut-lieu musical 

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Festival de Chaillol 2024 © Alexandre Chevillard

«Nous ne sommes pas un « grand » festival au sens d’Aix ou Avignon, mais nous pouvons dire que nous sommes un haut festival, explique Michaël Dian, son directeur artistique. Haut par l’altitude, mais aussi haut-lieu de la musique, espace de production et de création pour les artistes, de relations profondes entre musiciens et habitants ».

Un festival itinérant 

Pour rejoindre Chaillol en venant du Sud, il faut longer la Durance, dépasser Sisteron et sa citadelle, laisser les paysages de Giono et les douceurs de la Provence pour atteindre la Vallée du Champsaur. L’espace culturel de Chaillol et son festival y rayonnent sur une quarantaine de communes. Ici, les concerts ne sont pas achetés mais construits avec les habitants, les écoles, les associations, les Ehpad. A Chaillol, on ne consomme pas de la culture, on la vit. 

Un été entre héritage et création

La programmation 2025 invite à un périple musical où se mêlent création, patrimoine, jazz et récits. Le festival s’ouvrira sur un Prélude le 18 juillet à Saint-Michel-de-Chaillol, concert tout en douceur pour entrer dans l’été. Le lendemain, Trenet en passant, offrira une relecture audacieuse du répertoire du « fou chantant », portée par André Minvielle et ses complices le pianiste Guillaume de Chassy la saxophoniste Géraldine Laurent.

Le 21 et 22 juillet (Veynes, Montgardin), les musiciennes du Quatuor Fidelio nous transportent vers Quasi stellar (qui a l’apparence d’une étoile), sur une planète de musique de chambre liant quatuor de Ravel, premier quatuor de Charlotte Sohy (compositrice du début du XXe siècle) et Qasar, création imaginée par la franco-irlandaise Fiona Monbet. Le 22 toujours, à Ancelle cette fois, le photographe, écrivain Gérald Lucas et la clarinettiste Catherine Delaunay baladeront les amateurs dès le matin, pour un Tendre Demain.

Partir en voyage

A Chaillol, tout peut arriver, il n’est donc pas impossible de croiser un Loup Vert, celui du Julien Grassen Barbe Trio. L’animal poétique rend hommage à Chopin, Feldmann, Hancock mais aussi aux communautés juives ashkénazes d’Europe centrale (25 et 26 juillet à Tallard et Chaillol). 

Car ce Festival est un voyage. A chacun de choisir ses destinations. En Inde avec Sangata, spectacle fusion entre occident et hindoustanies, rythmes ancestraux et improvisation (23 et24 juillet à La Roche-des-Arnauds et St-Jean-St-Nicolas),  dans les Balkans avec Isabelle Courroy et ses flûtes Kaval qui composeront un Éloge à l’oblique (1er août, Chaillol), siciliennes avec les chants traditionnels de Julie Mathevet quartet qui narrent si bien la nostalgie et l’exil (4 et 5 août à Gap et La Rochette). D’autres opteront pour des résonances flamencas avec Dialectiques du compás, dialogue inédit entre le guitariste Maël Goldwaser et Frédéric Cavallin, maître des tablas (30 et 31 juillet à Bréziers et Chauffayer), Enfin, les aventuriers de contrées brumeuses rejoindront le 2 août à Tallard, O’er the Moor (par-dessus la lande) et ses huit solistes bercés de légendes celtiques fantastiques. 

Entre jazz et baroque

Les amoureux de jazz seront aussi de la fête avec le pianiste Jean-Marie Machado d’abord en conversation musicale avec Keyvan Chemirami, maître du Zarb et des percussions digitales, (8 août à Tallard), puis avec l’orchestre Danzas (9 août à Chaillol). 

Enfin, les aficionados de musiques anciennes pourront assister au récital d’orgue donné à la Cathédrale de Gap par Sarah Kim, australienne d’origine coréenne dans une sélection de pièces de Couperin, de Saint Saëns et du jeune et talentueux compositeur Grégoire Rolland (29 juillet). De leurs côtés Robin Pharo et Anaïs Bertrand feront vibrer viole et voix sur des transcriptions inédites de répertoires anciens jusqu’aux créations les plus contemporaines. (6 et 7 août La Beaune et La Bâtie neuve). Et puis, le festival se clôturera le 10 août à Saint-Bonnet avec un concert final en pleine nature.

Une tarification consciente 

Chaillol reste fidèle à ses valeurs : des jauges modestes, des lieux intimes et une tarification consciente. Chacun choisit son prix selon ses moyens, sans justificatif. Pour Michaël Dian « C’est un geste de confiance et de solidarité, pour reconnaître le travail accompli et la valeur du temps partagé ensemble, dans le silence et l’écoute. Ce qui, dans notre monde est de plus en plus rare ».

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Festival de Chaillol
Du 18 juillet au 10 août
Hautes-Alpes, divers lieux

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La culture du viol, une question esthétique et rhétorique

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viol
L'Enlèvement des Sabines © Nicolas Poussin

Zébuline : Ce nouvel ouvrage est très court et marqué par un ton plus familier qu’il n’est d’usage pour des travaux universitaires.  Pourquoi ce choix ? 

Bérénice Hamidi : Au vu des enjeux du sujet, il me paraissait important d’être dans un souci de diffusion de ces idées au plus large public possible. Le ton est direct, mais se veut aussi très clair et imagé, pour aider à comprendre des notions qui sont compliquées (culture du viol, male gaze…), parce qu’elles ne tombent pas sous le sens, et parce qu’elles peuvent être difficiles à accepter. 

La culture du viol repose sur l’écart énorme qui existe entre les valeurs d’égalité que l’on pense avoir tous intégrées, et d’autres, qui valorisent à l’opposé l’asymétrie des rôles de genre et la domination et qui sont toujours ancrées dans nos imaginaires, nos actions et nos réactions. Avec cet ouvrage, j’entends contribuer à nommer cet écart et, j’espère, à réduire un peu la tension qu’il cause. 

Vous choisissez vos exemples dans le cinéma, la littérature et la musique, très peu le théâtre. 

Ce sont les formes plus familières au grand public, qui font écho le plus immédiatement. L’autre raison est que ce livre s’inscrit dans un projet de recherche plus vaste que je mène depuis 2022 avec ma collègue Gaëlle Marti. Nous préparons un ouvrage collectif interdisciplinaire issu d’un colloque et nous avons aussi créé un spectacle de théâtre justement, un procès fictif participatif sur la culture du viol (performance notre procèsndlr).

Auriez-vous tout de même quelques exemples de représentations sexistes dans l’histoire récente du théâtre ?

Le théâtre est riche en exemples, hélas, à toutes les époques. Cela pose d’ailleurs des questions passionnantes : comment jouer aujourd’hui la tirade finale de La Mégère apprivoisée de Shakespeare qui fait l’éloge de la transformation d’une Amazone en épouse soumise ? 

Plus près de nous, le mouvement #MeToo Théâtre a commencé en 2016 par la dénonciation conjointe de faits de violences sexuelles dans les coulisses du festival La Mousson d’été et d’une programmation saturée d’une représentation complaisante de viols et d’agressions contre des personnages de femmes dont les rôles étaient par ailleurs réduits à la triade sexiste MèrA   

Dans un court passage au début du livre, vous tendez à relativiser l’impact de la pornographie sur ces représentations. 

Je ne pense pas le relativiser. Je cherche à contrer la tentation d’une analyse qui réduirait la violence misogyne à certains types de productions culturelles comme le porno et le rap. La stratégie esthétique du porno mainstream, qui consiste à assumer la violence, a le mérite d’être claire. Dans des scénarios où des hommes violent des femmes, les humilient, difficile de cacher/nier la violence et l’absence de consentement. Et le statut social de ces productions fait que les spectateurs ont plutôt conscience qu’elles ne sont pas réalistes. Le problème essentiel du porno, ce sont moins les images produites que leurs conditions de production. 

Ce qui me parait beaucoup plus problématique, en termes d’influence sur nos imaginaires, ce sont d’une part les œuvres qui dénoncent le viol tout en maniant un regard qui réduit les femmes à leur statut d’objet de désir voire de proie sexuelle ; et d’autre part, le « maquillage » des violences, leur sublimation en humour ou en amour, l’érotisation de la confusion désir et possession-prédation-emprise, et toutes les zones grises esthétiques qu’on trouve dans tant de films, chansons, romans. 

Le fait de limiter la critique à la production pornographique est-elle, pour citer l’une de vos formules, une manière « d’exotiser le viol » ?

Oui, et de l’altériser aussi. Aujourd’hui, on parle de violences sexuelles, ce qui est un mieux, mais on continue de faire comme si c’était l’anormalité par rapport à notre modèle de la bonne relation hétérosexuelle. Tous ces procédés de mise à distance des violences permettent de maintenir notre sentiment de sécurité par rapport à nos normes et nos valeurs et de cacher leurs contradictions. 

Il est aussi beaucoup question de l’invisibilisation des victimes. 

J’insiste plutôt sur un paradoxe, que j’appelle la charge de la visibilité : on surexpose les victimes, et on invisibilise les auteurs. Par exemple, on parle de « violences faites aux femmes » alors que ce serait tout aussi vrai statistiquement de généraliser du côté des auteurs en disant « violences commises par les hommes ». Et cela permettrait de cibler la cause du problème, et les mécanismes divers (impunité, normes de genre) qui poussent trop d’hommes à commettre de tels actes… et trop d’entre nous à les excuser.

On retrouve cette idée de renversement dans votre formule « les abus sexuels sont toujours des abus de langage ».

Oui. L’exemple de la formule « violence faite aux femmes » montre que même les mots de la lutte contre les VSS sont contaminés par une culture qui nous éduque à ne pas voir et ne pas dire les violences, pour préserver les dominants. Les abus de langage recouvrent aussi des stratégies de défense à la fois rhétoriques et psychiques, qui sont utilisées par les agresseurs, mais aussi par les entourages et l’ensemble de la société. Elles consistent à nier les faits, les euphémiser, ou les justifier en renversant la responsabilité sur les victimes.

Vous concluez tout de même l’ouvrage sur une note d’espoir, en promouvant d’autres représentations de masculinités

Oui, d’autres modèles de masculinités et d’autres modèles de scripts sexuels et relationnels existent et ont toujours existé ! Je travaille à nouvel ouvrage portant sur des œuvres qui soit qui dénoncent la culture du viol en préservant ce qui est attaqué par le viol : la pudeur et la dignité des victimes ; soit promeuvent des normes de liberté, d’égalité et de réciprocité du désir et du plaisir quels que soient le genre et l’orientation sexuelle des personnes. 

PROPOS RECUEILLIS PAR CHLOÉ MACAIRE 

Le viol, notre culture de Bérénice Hamidi, éditions du Croquant
À la Maison Jean Vilar… 

Bérénice Hamidi participera à la rencontre Représenter sans agresser : l’art au défi des violences sexuelles aux côté de Ronan Chéneau, Servane Dècle et Séphora Haymann, le 16 juillet. 

Un axe important de la programmation festivalière de la Maison Jean Vilar est consacré aux « Enjeux du présents ». Une voix est donnée aux cultures oppressées par la guerre et forcées à l’exil lors des rencontres et lectures Avignon avec l’Ukraine ! (le 15) et Voix palestiniennes - voix de résistance (le 18). 

L’importance de la culture dans la construction de la jeunesse sera aussi au cœur de plusieurs rencontres : Pourquoi est-il essentiel que la jeunesse vive un Festival tel celui d’Avignon aujourd’hui ? (le 14) et Évaluer l’éducation artistique et culturelle (le 19). C.M.

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Zar Electrik

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ZAR_ELECTRIK
© Aucepika

Une nouvelle fois, le Makeda invite à un voyage en Orient introduite par Adil Smaali, un artiste aux multiples facettes prônant le mélange des cultures. Il alterne avec un chant inspiré des traditions orales le guembri, le ngoni, la guitare et les percussions du Maghreb. 

Au tour ensuite de Zar Electrik, trois artistes marseillais qui font résonner les couleurs de l’Orient avec les voix d’Anass Zine et Arthur Penaneau chanteurs-instrumentistes au guembri, à l’oud et à la kora électrique, modernisées par les rythmes électro de Did Miosine. Ce sera l’occasion pour le trio de présenter leur nouvel album Koyo, une musique ancrée autour de la transe. L’odyssée orientale se termine avec KasbaH, DJ et producteur qui marie la culture underground avec les musiques ancestrales maghrébines. 

LILLI BERTON FOUCHET

28 mai
Makeda, Marseille

« C’est un défi physique pour toute la troupe »

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Baptiste Chabauty
Le Soulier de satin © Jean-Louis Fernandez

Zébuline : Quelle est votre relation au Festival d’Avignon, et comment envisagez-vous votre première performance dans la Cour d’honneur ?

Baptiste Chabauty : J’ai eu plusieurs expériences à Avignon. Mon premier Avignon, il y a une quinzaine d’années, était en off sur la Place de l’Horloge. Puis, il y a quatre ans, j’ai découvert le In avec le Nouveau Théâtre Populaire, ma première troupe, en jouant la trilogie Molière à la Cour Minérale, une expérience de sept heures ! 

Cette fois-ci, nous sommes à guichets fermés pour Le Soulier de Satin, ce qui est formidable. Personnellement, c’est ma première fois dans la Cour. C’est un espace bien plus grand : nous allons passer des 780 places de la Salle Richelieu à 2000 spectateurs. Nous sommes encore en répétition : nous travaillons avec des plans pour nous projeter dans cet espace que nous ne connaissons pas. Éric Ruf dit qu’il a l’impression de préparer le casse d’une banque ! (rires)

Nous essayons d’être le plus tranquille possible. La mise en scène abolit le quatrième mur ; il y a un échange très humain, très concret et chaleureux avec le public, initié par l’annoncier et l’annoncière qui racontent l’histoire entre les scènes. C’est un défi physique pour toute la troupe, qui est de tous âges. Les nuits de répétition, puis les représentations de 22h à 6h du matin, demandent une grande forme. Il peut faire très froid la nuit à Avignon. Nous allons tous devoir tenir et projeter notre énergie joyeusement pour ce public.

Comment avez-vous fait corps avec le personnage de Rodrigue ?

C’est un matériel incroyablement riche. J’ai eu l’occasion de monter Le Soulier de Satin il y a deux ans avec le Nouveau Théâtre Populaire, dans une version de cinq heures où je composais la musique, sans jouer les mêmes rôles. Claudel n’est pas forcément facile, certains ne l’aiment pas, je n’étais moi-même pas un claudélien de la première heure. Il y a un côté métaphysique, émotionnel, politique et religieux : maintenant, je l’adore ! 

Le corps est un grand sujet, surtout pour Rodrigue. Le matériau est tellement riche que j’ai l’impression d’en découvrir toujours plus. Et le personnage de Rodrigue est un cadeau. C’est un jeune garçon qui va traverser toute sa vie. La pièce s’ouvre sur son frère, le père Jésuite, qui prie pour lui, afin qu’il apprenne que la vie ne consiste pas seulement à conquérir, mais à se dépouiller, à être désiré plutôt que de désirer, à connaître le manque et l’amour. 

Au début, Rodrigue est défini comme un homme cruel et jaloux par le roi lui-même, qui le choisit pour sa tâche de vice-roi. Pourtant, il y a aussi la joie de l’amour, puis le conquérant, l’homme violent. C’est un homme avec des côtés très durs. La prière de son père Jésuite se réalise petit à petit, à travers des humiliations, jusqu’à ce qu’il devienne ce « vieillard céleste » qui peint des tableaux. Cette évolution, ces différentes périodes de sa vie, sont d’une richesse infinie et inépuisable. Je ne m’y ennuie jamais !

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA

Du 19 au 25 juillet
Cour d’honneur du Palais des Papes

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Lumières d’été

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© Lana Beneteau

Voilà désormais cinq ans que le festival dirigé par la flûtiste Marie Laforge et le harpiste Léo Doumène s’impose dans le paysage aixois. Au fil de cinq jours et six lieux, la Camerata Côté Cour, jeune ensemble de douze musiciens aussi brillant qu’audacieux, fait dialoguer vents et cordes dans un programme exigeant, éclectique et vibrant, donné en plein air et encore nimbé des lumières du jour. Tout commence le 15 juillet à 20h, sur la place de l’Église de Puyricard, avec un concert d’ouverture festif et convivial : programme surprise, ambiance chaleureuse, entrée libre et pot convivial à l’issue du concert. En cas de pluie, la belle Église attenante ouvrira ses portes.

Tous publics

Le lendemain matin, à la Manufacture d’Aix-en-Provence, un rendez-vous pédagogique offert aux enfants des Centres Sociaux et de Loisirs de la Ville d’Aix-en-Provence : Pierre et le Loup de Prokofiev pour les enfants des centres de loisirs. Avant que la troupe ne rejoigne la Cathédrale souterraine de Saint-Martin-de-Pallières à 19h pour un programme autour de Charlotte Sohy, Debussy, et Ravel : une ode à la nature et aux couleurs.

Le 17 juillet, la Camerata fait escale à Pertuis. En matinée, Pierre et le Loup revient pour les plus jeunes, le temps d’un concert offert et réservé aux enfants des Centres de Loisirs de la Ville. Le soir à 20h, l’Espace de Croze de la Chapelle Saint-Jacques accueille un concert toutpublics : Pierre et le Loup y sera rejoint par Ma Mère L’Oye de Ravel, Rhapsody in Blue de Gershwin et les Danses Hongroises de Brahms. Une exposition des dessins des enfants du Centre de Loisirs accompagnera ce concert.

Le week-end à Aix-en-Provence, les 19 et 20 juillet, sera également riche en dialogues et correspondances. Dans le patio du Musée Granet, dès 21h, la musique dialoguera avec les œuvres de Paul Cézanne. Des œuvres de Clara Schumann, Mel Bonis, Brahms, Ravel et Charlotte Sohy, puis de Debussy, Ravel, Chausson et Jean Françaix y composeront des fresques chambristes en miroir d’une grande richesse. Les tarifs concerts incluent la visite libre de l’exposition Cézanne 2025 (de 19h30 à 20h45), pour une immersion complète.

SUZANNE CANESSA

Côté Cour
du 15 au 21 juillet
Pays d’Aix
Les musiciens

Joséphine Besançon – clarinette
Bastien Nouri – hautbois
Antoine Berquet – basson
Félix Polet – cor
Khoa-Nam Nguyen – violon
Roxanne Rabatti – violon
Laetitia Amblard – violon
Oriane Pocard-Kieny – alto
Paul-Marie Kuzma – violoncelle
Marion Jacquard – piano
Marie Laforge – flûte
Léo Doumène - harpe
Frédéric Daumas
 – percussions 

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Éclosion des corps 

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© Thomas Bohl

22 heures, Marseille. Le chant des cigales retentit encore dans la verdure du parc François Billoux qui entoure le Théâtre de la Sucrière. Pour rompre cette B.O. estivale, les danseurs de la compagnie Kilaï, fondée par la chorégraphe Sandrine Lescourant arrivent sur scène, accompagnée d’une musique gospel composée par Abraham Diallo. Ils sont une vingtaine, presque au ralenti, bientôt rejoints par les membres des associations Ramina et Singa, qui ont répondu à l’invitation de la compagnie. 

Ce soir-là, leurs corps se délient peu à peu, et s’illustrent sur scène aussi bien le fracas de la solitude qu’un sentiment profond d’unité. Une narration s’esquisse : slam et chant, par roulement, se succèdent, racontant une histoire, immortalisant les liens. Les silences ont un sens, les respirations un rythme, tout compte sur scène. L’énergie circule.

En live, le beatmaker et beatboxer Cjm’s compose des sons sur un looper, et les corps se meuvent en symbiose sur les rythmes qu’il crée. S’y accorde la batterie de Jeremie Tshiala qui marque les pas organiques des danseurs, et chacun trouve peu à peu son flow.

Invitation au lâcher-prise 

La performance devient une interaction dans le réel, où l’on ressent une certaine liberté dans la fragilité de l’instant. Tranquillement, les danseurs se mélangent au public pour parler d’amour, « quelle est ta définition de l’amour ? ». Et la discussion reprend, avant que le public se laisse aller à danser sur scène. 

LILLI BERTON FOUCHET

Blossom s’est joué le 3 et 4 juillet au Théâtre de la Sucrière dans le cadre du Festival de Marseille. 

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Avant le soir – L’absurde ou l’amour, les deux ensemble

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PÉPITES - PINGOUIN © Olivier Quéro

Ce 4 juillet au Square Bertie Albercht, place était donnée aux jeunes comédien·nes de l’Eracm, dans une mise en scène signée Thomas FourneauBenoît BillonGarance Courtial dans Pingouin et Clarisse EnsenatAmélie Kierzenbaum dans Pépites. Deux pièces données quasi simultanément, puisqu’elles se répondaient en ping-pong pendant toute la durée du spectacle. 

Pour Pingouin, le duo vêtu comme des clowns se questionne sur les relations amoureuses, ses gênes, ses normes, les relations hétérosexuelles et homosexuelles. Amazone, une jeune fille, s’ennuie et veut jouer à l’amour. Un peu puérile et fausse naïve, elle poursuit Abélard. Mais celui-ci refuse car il a déjà une amoureuse…

Cette pièce clownesque, de poursuites et de retrouvailles, joue énormément sur les mots et le langage amoureux en questionnant par exemple le rôle des petits noms : chéri, mon choux… ou pingouin, qui lui donne ainsi son nom. Les acteurs jouent avec le public, viennent s’asseoir au milieu des spectateurs, choisissent des amoureux ou des amoureuses au gré de leurs envies. 

Dans le même temps, on assiste avec Pépites à la rencontre de Léo et Mia dans un parc. Il la renverse en courant, pour aller voir sa grand-mère. Au fil des jours de l’été sans école, l’amitié puis l’amour des deux collégiens se noue autour des pépites, ces moments de silence partagé qui permettent de figer le temps.

Les deux actrices sont drôles et touchantes dans leurs interprétations, d’autant plus que la pièce repose plus sur des silences que du dialogue. De la poésie toute en douceur à côté des deux clowns de Pingouins

LOLA FAORO

Spectacle donné le 4 juillet au square Bertie-Albrecht dans le cadre de la programmation Avant le soir, Marseille.

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[FID MARSEILLE] : « BULAKNA », celles qui partent, celles qui restent

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Mindoro, Philippines. Un village de pêcheurs. Baraques sommaires de bois et de tôles ouvertes aux quatre vents et aux pluies tropicales. Les hamacs pour les siestes. Les filets lancés par les hommes depuis de petites embarcations. Le séchage, la vente du poisson sur la grand’route par les femmes. L’église et les processions où se retrouvent ces anciens esclaves évangélisés par les Espagnols. Les gestes du quotidien, les virées en moto. Une vie simple. Pauvre mais pas misérable. On mange à sa faim. La nature est luxuriante. Les familles solidaires. Pourtant, la jeune Mélissa rêve de partir. Les montagnes barrent l’horizon qu’elle contemple et de Manille les agences de recrutement des personnels de maison proposent des contrats à l’étranger. Son amie plus âgée a tenté l’expérience autrefois et est revenue au pays. Elle lui dit la solitude de l’exil, la tristesse de ne pouvoir parler à personne dans sa langue, le chagrin de la séparation et celui de ne pas voir ses enfants grandir, la contrainte de l’effacement de soi : « tu apprendras à tout faire à la perfection et plus invisible tu seras, meilleur sera ton travail »

A Lisbonne, à 12 000 kms de là, on suit une autre Philippine, qui, autrefois journaliste, a fait le choix de devenir domestique chez de riches Portugais. Maison d’«architecte » où elle a une petite chambre. Journées qui enchaînent les tâches ménagères et où elle suit les préceptes -donnés comme les tables de la loi, de l’employé modèle. Le jour de congé, les réunions avec ses compatriotes, pour partager ses expériences, se réconforter grâce aux photos des êtres aimés, les retrouver de temps à autre en face time. Pas le bagne, mais la domination tranquille et décomplexée de l’ancien colon devenu patron.

Léonor Nolvo en collant sa caméra à ces femmes, en faisant entendre au travers des dialogues ou par un monologue intérieur, les raisons de leur choix, nous fait percevoir sans manichéisme, ni docte discours, les enjeux humains de l’exil économique. Elle place les trajectoires individuelles dans la perspective historique de la colonisation et du discours dominant des vainqueurs. Et si Magellan n’avait pas fait le tour du monde ; et si on parlait un peu du rôle de son esclave Henrique ? Au théâtre, on réécrit l’histoire du point de vue des vaincus. On rejoue les batailles où les colonisés se sont révoltés contre l’asservissement des Européens. Mais cette prise de conscience n’arrête pas l’émigration de ces Philippines qui vendent leur force de travail dans les pays riches, vont s’occuper des enfants et des parents des autres en laissant les leurs au village, victimes d’un ordre mondial inique comme un héritage maudit.

ELISE PADOVANI

Bulakna a été présenté à la 36è édition du FID en première mondiale et a obtenu le Prix RENAUD VICTOR

[FID]L’Incroyable femme des neiges. Entre Pôle Nord et Jura

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Baie de Baffin. Groendland. Une femme, seule sur l’étendue de glace,  avance contre le vent polaire, dans une lumière rasante et installe un bivouac. Tout à coup un ours et un combat, à mains nues, dans ce froid extrême. Cette femme, c’est Coline Morel jouée par Blanche Gardin dans le nouveau film de Sébastien Betbeder , L’Incroyable femme des neiges . On  retrouve Coline, en France, dans un hôpital  du Jura, où  un diagnostic lui est donné . « J’ai 46 ans et je vais bientôt mourir » nous apprend –elle.  Elle vient de se faire licencier de son emploi de chercheuse, spécialiste des pôles, et revient dans la maison familiale où vit son frère  Basile (Philippe Katerine), surpris et gêné : elle n’a plus donné de nouvelles depuis des années. Un retour qui commence par un coup de poêle sur la tête et ce ne sera pas le seul couac de ce séjour. Elle apprend que son compagnon, Sacha la quitte après 18 ans de vie, presque commune : Coline était souvent en expédition sur les traces du qivittoq, un  être surnaturel errant et mystérieux, issue de la mythologie inuit. « Je t’ai quittée parce que tu me faisais peur, lui dit –il par téléphone. Effectivement, Coline semble incontrôlable et dans le village , elle « sème la terreur » si bien que le frère cadet, Lolo (Bastien Bouillon) est appelé en renfort. Quand Coline croise Christophe, son premier amour, marié et instituteur, elle s’invite dans sa classe de maternelle pour venir raconter ses aventures polaires devant sa classe de maternelle. Une séquence hilarante ; un vocabulaire de spécialiste puis une démonstration, couteau à la main d’un  avec l’ours. Des enfants terrifiés et un prof  affolé chez qui elle va débarquer un soir. Elle agresse sa femme  l’accusant de lui avoir « volé » Christophe, jusqu’à ce qu’elle soit interpellé. Malgré l’aide apportée par ses frères à qui elle n’a toujours pas révélé sa maladie incurable, elle n’arrive pas à vivre là et….disparait. Tous la croient morte  et on laisse aux spectateurs découvrir la nouvelle vie ,  le choix de cette femme, borderline, qui vient de vivre une expérience ; se confronter à sa propre famille pour vraiment être sûre de sa place dans le monde. Une femme libre de choisir « un bon jour pour mourir » comme Dustin Hoffman dans Little Big Man qu’on entrevoit sur un écran.

Un film au sujet grave, un personnage confronté à la mort, mais que Sébastien Betbeder traite avec humour comme une comédie : « J’assume totalement le film comme une comédie, même si j’aime beaucoup le terme de « dramedy ».Et c’est vrai qu’on rit dans ce film, souvent surpris par ce personnage de femme exploratrice, solitaire, qui a toujours cherché un sens à sa vie, dont Blanche Gardin  a su exprimer toutes les facettes. Quant aux deux frères, l’interprétation de Philippe Katerine et Bastien Bouillon est parfaite.  Un beau travail aussi du directeur de la photo, Pierre-Hubert Martin, aussi bien pour les plans larges aux couleurs froides du Groenland  que pour les intérieurs aux tons chauds,  jaunes ocres.  Un film à découvrir

Annie Gava

L’Incroyable femme des neiges sortira en salles le 12 novembre

[FID} Fuck the polis

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Il y a des films qui avancent comme des trains dans la nuit. Des films qui nous perdent. Des films qui nous laissent sur le bord de la route Et il y a des films qui nous embarquent, tel le dernier opus de Rita Azevedo Gomes, Fuck the polis, qui « vient d’un poème de João Miguel Fernandes Jorge que l’on entend à la fin du film, Rua Doménikos Theotokopoulos, qui se termine ainsi : « sur le mur, en noir – fuck the polis. » Un film qui aurait pu s’appeler A ciel ouvert, précise la réalisatrice.

Un film comme un voyage dans les îles grecques, dans le temps. D’abord, celui de la réalisatrice : en 2007, elle avait réalisé son rêve, voir la Grèce alors qu’on venait de lui annoncer que ses jours étaient comptés. Celui qu’elle refait en 2024 en compagnie de quatre garçons et une fille, qui l’aident à tourner le film partageant aussi paysages et lectures. Un film mosaïque où les histoires se croisent et se tissent : celle de la cinéaste mais aussi celle de l’héroïne de A Portuguesa, une nouvelle que son ami João Miguel Fernandes Jorge a écrite pour elle et qu’elle lit aux escales entre les îles. De Syros à Mykonos, puis Delos, l’île sacrée où elle poursuivait Apollon, la lumière et la beauté. On visite les vestiges d’un sanctuaire, l’on s’attarde devant les kouros …On assiste au ballet des camions qui embarquent, on hume l’air marin assis sur le pont ou accoudé au bastingage. Un film dont la matière même porte les traces de sa fabrication, mêlant images numériques HD, vidéo et super huit, extrait de film, telles les strates du temps, où les langues se mélangent…

 Un film musical où des motifs reviennent comme un refrain : le café avec ses joueurs de pavli, les coquelicots rouge sang, les herbes folles jaune doré, le sillage du bateau, la mer et des chansons grecques, celles que chante Maria Farantouri dont la sublime « Ti oreia pou inéi agapi mou…qu’elle est belle ma bien aimée ! », inspirée du Cantique des Cantiques.  Et soudain, comme une apparition : assise chez elle, la chanteuse à la voix de velours fait écouter un extrait d’Ithaki dont elle traduit les paroles à Rita et aux jeunes gens. Un moment très émouvant qui nous entraine dans nos propres souvenirs.

On sort de ce film, le cœur rempli d’allégresse avec un seul désir : refaire le voyage.

Annie Gava