mercredi 15 avril 2026
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Pas d’avenir sans assos

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Le tissu associatif français, indispensable au quotidien de tous et toutes, est gravement mis en danger par le Projet de Loi de Finances 2026. D’autant qu’il s’inscrit après une longue série de restrictions, et au cœur d’une situation internationale de désengagement humanitaire

Sidaction a changé son logo pour un Sidération explicite. Le 11 octobre le secteur associatif, regroupé à l’initiative du Mouvement Associatifétait dans la rue, pour exprimer cet état de stupeur qui s’est emparé des assos face aux prévisions concrètes du Projet de Loi de Finances 2026. Car pour ce qui est de l’aide au développement, celui-ci s’inscrit dans un contexte international où la France s’honorerait à contrebalancer les choix états-uniens, mais où elle choisit au contraire d’emboîter son pas imbécile [voir encadré].

Un tissu indispensable…

Le Mouvement Associatif, qui regroupe et coordonne la vie associative, rappelait lors de la manifestation quelques chiffres qui parlent d’eux mêmes : les associations à but non lucratif regroupent en France 90 % des clubs sportifs, 80 % des établissements culturels et festivals, 90 % des établissements d’accueil des enfants handicapés, 50 % des centres aérés et accueils collectifs de loisir, 40 % des crèches, 30 % des EPHAD, 10 % des hôpitaux… Que serait notre société sans leur secours multiforme ?

À but non lucratif mais acteur essentiel de l’économie, le secteur associatif emploie près de 2 millions de salariés et plus de 20 millions de bénévoles. Il remplit des missions d’intérêt général, d’utilité sociale et pallie très souvent les carences des services publics en matière de sport, de culture, de santé, d’accueil des personnes dépendantes et des enfants. Et coûte beaucoup moins cher : les personnels y sont moins bien payés… quand ils ne sont pas bénévoles.

Pourtant, malgré l’évidence du caractère indispensable d’un secteur qui coûte bien moins qu’il ne rapporte, c’est encore et toujours sur lui que pèsent les restrictions budgétaires : il reste dans l’angle mort du système capitaliste puisque structurellement non lucratif, donc par essence incapable de fournir des dividendes et d’entrer au CAC 40. Invisible, sans poids capitalistique, personne ne réagit à son massacre.

… qui craque de toute part…

« Ça ne tient plus ! ». Le mot d’ordre du Mouvement Associatif le 11 octobre alerte avec des chiffres très concrets : les liquidations d’associations françaises se multiplient (489 liquidations en 2024, 856 en redressement judiciaire), 50 % d’entre elles ont subi des baisses de subventions, plus de 70 % des baisses de dons de particuliers et de mécénat, 1 association sur 10 a procédé à des licenciements économiques dans l’année, 90 000 emplois sont directement menacés, 1/3 des associations a moins de 3 mois de trésorerie, et 40 % d’entre elles ont renoncé à des activités pour tenir.

Ce bilan est le résultat d’une lente érosion suivie d’un coup de frein inédit : la fin des aides à l’emploi a déjà fortement impacté le secteur associatif, et le désengagement de l’État prévu en 2026 peut provoquer une ultime secousse dans un secteur extrêmement fragilisé : le PLF 2026 agit très directement sur les associations nationales en rabotant de 17,6 % l’aide aux associations sportives, de 5,4 % l’aide aux associations culturelles, de 54 % les aides à l’Économie sociale et solidaire (ESS). Benoît Hamon, Président d’ESS France, parle très clairement d’« enterrement de première classe de la stratégie nationale de développement de l’ESS demandée par l’Europe à la France », alertant sur des « conséquences démocratiques et sociales vertigineuses ».

…et atteint tout le pays

Mais les conséquences les plus graves seront sans doute celles qui contraignent les collectivités publiques à des économies qu’elles ne peuvent tenir qu’en les répercutant sur les subventions : demander aux Départements, en charge de l’aide sociale, aux Villes, en charge de la petite enfance, aux Régions, en charge de la jeunesse et de l’ESS, de restreindre leurs budgets, les contraint à opérer à des coupes conséquentes dans des politiques publiques essentielles qu’elles ont confiées aux assos, faisant ainsi de substantielles économies dans les dépenses publiques territoriales.

Contrairement à l’État, les Collectivités ne peuvent proposer de budgets déficitaires, et chaque économie se compense par une coupe dans une politique de soutien. Et les collectivités ont aussi des compétences partagées en matière de culture et de sport, de lutte contre les préjugés, contre la pauvreté, d’aide alimentaire, de l’accueil des victimes de violences, de la facilitation de la vie des handicapés et de leurs aidant·e·s, mais aussi des associations de commerçants, d’artisans, de soignants, d’aides aux devoirs, d’accueil de jour…

Autant d’activité non lucratives, mais dont la fin coûtera très cher, humainement et économiquement. Et qui condamnent l’avenir bien plus sûrement qu’une dette publique ou qu’un fantasme de fuites des capitaux.

Epidémie d’imbécillité
Le retrait de l’administration Trump de l’aide internationale au développement met le monde en danger avec un cynisme qui n’a d’égale que la bêtise intense de décisionnaires abrutis par la haine : arrêter les campagnes de vaccination, ou abandonner les porteurs du VIH africains et asiatiques à l’absence de traitements condamne des millions d’hommes, de femmes et d’enfants. 14 millions d’humains, dont un tiers d’enfants d’ici 2030 d’après les prévisions de l’OMS.

La France, au lieu de chercher à compenser ce désengagement, emboîte le pas du chef d’État hors de contrôle et à une Europe soumise : le Projet de loi de finances (PLF) 2026 prévoit une baisse de 19 % par rapport à 2025, ce qui porte la baisse cumulée de l’aide pour le développement entre 2024 et 2026 à plus de 2,2 milliards d’euros.

Un coup très dur pour les ONG mais surtout pour les peuples à l’heure où les guerres s’installent, les catastrophes climatiques s’enchaînent, des épidémies nouvelles menacent et où un génocide reconnu est en cours. Et puisque les maladies transmissibles ne s’arrêtent pas aux frontières et que les humains ont naturellement tendance à fuir la misère et la mort, les pays européens seront touchés par ces épidémies qui s’annoncent, ces rescapés qui émigrent.

Le monde est global, il est temps que les capitalistes prennent conscience que les virus circulent aussi bien que l’argent, et que les frontières sont bien plus artificielles que l’instinct de survie.
Agnès Freschel

Pour plus de précisions lemouvementassociatif.org
Visuel du Mouvement associatif appelant à la mobilisation © X-DR

Vers la liberté

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La Petite dernière d'Hafsia Herzi © June films Katuh studio Arte France mk2films

« Je m’appelle Fatima. Je porte le nom d’un personnage symbolique en Islam. Je porte un nom auquel il faut rendre honneur. Un nom qu’il ne faut pas “salir” comme on dit chez moi. Chez moi, salir c’est déshonorer. » C’est ainsi que commence le roman de Fatima Daas, La petite dernière, que vient d’adapter Hafsia Herzi [Lire notre entretien ici], son troisième long métrage après Tu mérites un amour et Bonne mère.

Une jeune fille qui fait ses ablutions et sa prière matinale est la séquence initiale du film de cette cinéaste qui, on le sait, filme avec talent les scènes du quotidien. Une journée de printemps comme les autres dans un appartement de banlieue ; une mère et ses trois filles dont Fatima, la petite dernière, autour de la table du petit déjeuner et le père sur un canapé à qui on apporte son café. 

Fatima, qui aime la littérature, est le plus souvent en jogging car elle pratique le foot, mais on lui conseille d’être plus  « féminine ». Elle réussit son bac – fierté de sa mère – mais qui,étouffant ce qu’elle est, souffre de crises d’asthme. Elle réussit à rompre avec le garçon qui veut l’épouser,  puis s’inscrit sur un site de rencontres de filles, sous de faux noms et commence à fréquenter des bars de nuit, des lieux lesbiens.

Un jour, elle tombe amoureuse d’une infirmière rencontrée à « l’école de l’asthme », Ji-Na (Ji-Min Park). Tout n’est pas simple et d’un printemps à l’autre, on va suivre cette fille qui découvre l’amour, son corps. On partage sa vie : les cours de philosophie, ses nouveaux amis étudiants, ses découvertes, ses questionnements, ses doutes, ses chagrins.

Musique des corps

La caméra de Jérémy Attard ne la lâche pas ; elle est de tous les plans dans les repas familiaux, les fêtes étudiantes, les soirées lesbiennes embrasées, la manif des fiertés. Fatima c’est Nadia Melliti, éblouissante dans son premier rôle au cinéma, qui lui a valu le Prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes. Souvent filmée en gros plan, elle a su rendre perceptibles tous les sentiments contradictoires qui l’agitent, toutes les émotions qui l’assaillent. La musique d’Amine Bouhafa, discrète, relaie la musique des corps filmés avec beaucoup de sensualité et de pudeur. 

Tantôt drôle comme la séquence où elle reçoit un cours de « spécialités lesbiennes » ou émouvant comme celle avec sa mère au moment de son anniversaire, La petite dernière est un film attachant. Hafsia Herzi a su traiter avec sensibilité un sujet délicat et essentiel ; comment une femme lesbienne, arabe et musulmane peut trouver sa liberté et son épanouissement,comment sortir de la « servitude volontaire. »

ANNIE GAVA

La petite dernière, de Hafsia Herzi
En salles le 22 octobre

Retrouvez nos articles Cinéma ici

Elles parlent de « La petite dernière »

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Hafsia Herzi (C) Annie Gava

Elles ce sont la réalisatrice, Hafsia Herzi et son actrice, Nadia Melliti, dans un bureau du cinéma Les Variétés, au moment de l’avant-première du film qui a fait salle comble .Elles se confient sur leur travail, leurs émotions, leurs souvenirs de tournage. Au départ il y a le livre de Fatima Daas, qu’elles ont lu toutes les deux : Hafsia, parce qu’on lui a proposé de l’adapter, Nadia parce qu’Hafsia  l’a choisie pour incarner Fatima, après un casting sauvage, sur photo ; un coup de cœur !

« C’est un personnage que je n’avais jamais vu  au cinéma ; j’ai écrit la première version du scenario, très vite, en trois mois. J’ai laissé reposer ;  n’étant pas spécialiste de l’écriture de scenario, j’aime avoir du recul. Je n’ai pas travaillé avec Fatima Daas car j’avais entendu parler de conflit entre auteur et réalisateur, d’auteurs qui étaient déçus. Et j’aime écrire seule. Le scenario est vraiment très différent du roman qui a une structure un peu particulière, pas un récit classique, un long monologue qui parcourt enfance, adolescence… J’ai gardé l’essence, le Personnage, la famille, ce qui m’intéressait le plus et que j’arrivais à visualiser cinématographiquement. C’est un peu plus doux, notamment, le père qui dans le livre est plus virulent. Je n’avais pas envie d’un tel père et dans le film, il est un peu plus absent.  J’aime les personnages de mère et j’avais envie de montrer une mère qui a du caractère, une mère nourricière, qui comprend tout ; j’aime bien la manière dont Fatima Daas parle de la sienne J’avais aussi envie que la religion fasse partie du décor, de la famille mais cela pourrait être une famille juive, chrétienne, peu importe ! J’aime filmer le quotidien, les histoires d’amour.  Et je me retrouve dans ce personnage.

Nadia Melliti, étudiante en STAPS (études pour devenir professeur d’EPS), surprise d’avoir obtenu le rôle, le premier, qui lui a valu le Prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes, explique comment elle s’est préparée.

« C’est grâce à l’émancipation sportive que j’ai vécue toute petite ; j’ai compris très vite qu’on était dans un monde d’hommes et je ne voulais pas en faire partie. En tant que sportive, on a un mental dur, beaucoup d’exigences vis-à-vis de soi-même. Je ne voulais pas sentir une différence entre moi et les garçons. Je ne voulais pas décevoir Hafsia. Je devais être à la hauteur et sur le plateau j’avais toujours cette exigence »

Hafsia précise que les séquences de football, qui ne sont pas dans le roman, ont été ajoutées par rapport à l’expérience de Nadia. Pour se préparer au rôle, elle lui conseillé quelques lecture dont Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde que Nadia a adoré.

«  Cette histoire rejoignait quelque part ce que traversait Fatima ; elle se confronte à elle-même par rapport à ses erreurs. Il y avait un parallèle avec ce peintre qui se rendait compte de ses erreurs. Cà m’a permis de me mettre dans la peau du personnage, intense, complexe avec ses contradictions, qui seraient pour beaucoup inconciliables. Cette lecture m’a permis une plus grande ouverture d’esprit Quant au livre de Fatima Daas, j’ai adoré l’histoire, cette lutte intérieure. Les femmes, au cours de l’Histoire, ont toujours été en quête de liberté. En 68, que je n’ai pas connu ! (rires), on parlait d’interdiction d’interdire, du droit au plaisir, d’émancipation des femmes. En tant que femmes, on a toujours mené des combats. »

Hafsia Herzi parle de son travail  de documentation pendant l’écriture du scenario, des fêtes auxquelles elle a assisté, des rencontres qu’elle a faites comme ce médecin de Marseille, spécialiste de l’asthme, -d’ailleurs présent dans la salle ce soir- là. Elle évoque le tournage des scènes d’intimité, des scènes tournées avec pudeur.

 « Je n’avais pas envie de filmer des scènes de sexe simulées. On a beaucoup parlé. Ca s’est fait simplement. On a pris le temps et j’ai fait attention au casting, que ce soit des gens bienveillants. J’avais envie de pudeur, j’ai fait attention au décor, à, la manière de filmer. Je préfère filmer u vrai baiser qu’une scène de sexe. Comment filmer le désir : on met en place des lumières, on prête une grande attention aux regards. … »

Ce film qui sort en France  le 22 octobre  ne sera montré ni dans les pays du Maghreb, ni en Russie, ni en Chine, à cause de ses thématiques, sexualité, désir, homosexualité. On aura  la chance de le voir !

Annie Gava

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« Imago » : Retour au père

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C’est à Deni Oumar Pitsaev, un cinéaste tchéchène exilé au Kazakhstan puis en Russie avant de se réfugier à 17 ans en France, que Julie Gayet, présidente du Jury, a remis l’Œil d’or 2025, un prix décerné à un documentaire choisi parmi les différentes sections du Festival de Cannes.

Imago est une auto-fiction qui confronte la réalité objectivée par la caméra à une perception plus intime, un voyage dans l’espace et le temps où le réalisateur-acteur passe d’une étape « larvaire » à un stade plus abouti peut-être. Le mot « Imago » renvoie à la fois à la psychologie : la représentation mentale inconsciente d’une personne proche qui structure l’enfant dans son rapport futur aux autres. Et à la biologie : le stade final d’un individu dont le développement passe par différentes phases.

Convoquant toute sa famille qui entre avec une confiance touchante dans le jeu subtil du cinéaste, Deni Oumar Pitsaev à travers de longs échanges aborde des sujets comme la filiation, le sens de la vie, la transmission, la liberté face à la responsabilité de l’individu dans le groupe. A ces thèmes universels s’ajoutent ceux de l’exil d’un peuple malmené par le « grand frère russe », frappé par les guerres, non comme un arrière-plan historique mais comme le substrat du roman familial.

Le film commence à Bruxelles par un coup de téléphone. Déni est attendu en Géorgie par ses oncles, tantes, cousins dans la vallée de Pankissi, frontalière de la Tchétchénie. Là, depuis deux siècles les Tchétchènes ont trouvé refuge. Sa mère, qui veut que ce fils « artiste » et quadragénaire, se marie, fonde un foyer, s’enracine au sens propre du mot dans sa communauté, lui a acheté un beau terrain face aux montagnes. Il doit y bâtir sa maison.

Pour Deni, ce sera une cabane perchée dont il a fait les plans. « La maison de Baba Yaga » se moquera sa tante en les découvrant, et « qui plaira aux touristes », ajoute-t-elle. Une maison qui dit implicitement son refus de s’ancrer dans cette terre.

Les retrouvailles avec sa famille, permettent au cinéaste de faire entendre les valeurs, les rêves, les espoirs, les regrets de ces gens. Un cousin enrichi vante la Géorgie et le bio et se construit un vrai palais pour accueillir une foule d’enfants. Les femmes rappellent le système patriarcal, les interdits religieux et le poids des traditions. L’idée fixe de la mère pour marier Déni tourne au comique. Mais c’est l’arrivée du père qui fait basculer le film dans la palpable et bouleversante douleur du cinéaste. Un père si peu connu, resté au pays quand sa femme l’a quitté emmenant Déni avec elle. Qui a refait sa vie, a donné à Déni deux demi-frères. Fils et père se retrouvent seuls dans la forêt et c’est sans doute la plus belle séquence du film. Déni lui demande des comptes. Le père lui raconte sa version de sa séparation, les raisons de son absence. Il voit bien que son fils, s’il parle encore la langue, « ne pense plus tchétchène » et qu’ils ne peuvent pas vraiment se comprendre. Moment tout en pudeur et retenue où se perçoivent les blessures de chacun.

ELISE PADOVANI

Rencontre donnée le 10 juin à La Baleine, Marseille.
Sortie nationale le 22 octobre.

La disparition des Bruno

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Ceux qui s’amusent aujourd’hui à tester les limites de l’intelligence artificielle ont forcément pensé à ce moment butoir. Celui où l’usager se heurte à des réponses tantôt amusantes, tantôt franchement agaçantes de la machine, incapable de répliquer à des consignes qu’elle ne parvient pas à comprendre. Réponses qui ne sont pas sans évoquer les actuels bégaiements d’un gouvernement réfractaire à toute revendication, et ressassant les mêmes castings essorés à des appels constants et persistants de changement : 

USAGER : On reprend : plus de justice sociale, plus de justice fiscale, un gouvernement plus à gauche. Tu as compris ?
IA : D’accord, j’ai complètement entendu ta demande. Il faut entendre ton mécontentement et tes requêtes. Je te propose donc : Lecornu premier ministre, Gérald Darmanin à la justice, Rachida Dati à la culture …
USAGER AGACÉ : Mais NOOON !

Est-ce à dire que le peuple français est désormais officiellement gouverné par une intelligence artificielle ? Il y aurait de quoi se le demander. D’autant que ladite intelligence semble plus que jamais peiner à nous proposer des éléments de réponse tangibles. Ainsi, lorsqu’on l’interroge sur les différences notables entre Lecornu I et Lecornu II, elle ne constate qu’un seul changement systémique digne d’intérêt : la disparition inquiétante des Bruno – Retailleau et Le Maire. Une mise à jour s’impose.

Le courage du ridicule

Si le parti d’en rire semble désormais de mise pour surmonter la stupéfaction, et si nous ne savons pas qui seront nos ministres d’ici à quelques jours, ce sont bien les vertus de la persistance et de l’obstination que nous devons aujourd’hui célébrer et solliciter pour nous imposer face à la politique du bégaiement biscornu. Ces vertus qui, à force de persévérance, pousseront peut-être le gouvernement à la réelle dissolution qui s’impose ? 

Ces vertus sont celles qui nous animent, et renforcent les temps forts installés dans notre paysage culturel malgré de constantes hostilités. Transform ! célèbre ainsi cette année dix ans d’existence précurseure, Question de Danse son vingtenaire, TPA sa 27e édition et Instants Vidéo sa 38e ! D’autres rendez-vous plus récents et tout aussi ambitieux rappellent également la vitalité d’une scène en pleine mutation : En Ribambelles, le rendez-vous Au bout la mer… Et l’exposition très attendue que le Mucem consacre à un mythe littéraire et artistique : Don Quichotte. Ce vieux chevalier qui retombe en enfance, persiste face à l’absurde et se relève toujours, nous enseigne une leçon inattendue pour notre époque : il existe des moulins qu’il est absurde de combattre et qui pourtant, à force de persistance et d’inventivité, arrêtent de tourner. Entre une intelligence artificielle qui bute, un gouvernement qui bégaie et un chevalier errant qui persiste, il reste des territoires de résistance à investir. Des lieux où l’obstination est belle, où le rire se fait critique, et où l’imaginaire, même le plus farfelu, peut transformer notre regard sur le monde.

SUZANNE CANESSA


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Transform ! se transforme

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Le festival de création queer marseillais commence dans le Var et s’associe au festival Risco de São Paulo, pour une 6e édition portée par Idem, collectif d’activistes et d’artistes queer. Rencontre avec Sarah Saby, sa directrice

Zébuline. Cette nouvelle édition propose une grande nouveauté.
Sarah Saby
. Pour cette édition Transform s’est associé au festival Risco à São Paulo autour d’un projet intitulé « Marseille-São Paulo, Pratiques Transverses » qui décline les enjeux du vivant dans les dynamiques de la création contemporaine. La curatrice de Risco, Nathalia Mallo viendra avec Maria Beraldo, musicienne accompagnée par ce festival brésilien dans la production de ses disques.

Les artistes sont toutes les deux invitées dans le cadre des résidences croisées qu’on met en place avec ce partenariat, une artiste Transform et une artiste Risco,et les deux curatrices des festivals respectifs. Elles viennent en octobre et nous, on va chez elle en décembre. 

Transform commence aussi dans le Var pour la première fois…
Oui, la programmation se déroule sur deux semaines. Une première semaine à Correns, la deuxième à Marseille. Correns, village très actif culturellement, nous paraissait le bon endroit pour accueillir cette résidence. On va donc faire une expo de Euphorbia peregrina, à La Maisonnée, qui a notamment des espaces d’accueil pour artistes en résidence. Puis on fait une rencontre autour du dynamisme culturel à la campagne qui se déroulera dans le petit café du village, La Petite Corrençoise.

La première sortie de résidence d’Euphorbia aura lieu au Fort Giron, dans la salle Somer, avec une installation à découvrir dès 16 heures. Puis à partir de 18 heures, elle est activée par une performance de l’artiste. On termine la soirée en faisant un concert à la Petite Corrençoise par Maria Beraldo, qui aura passé la semaine, elle aussi, en résidence de création. 

Puis vous venez à Marseille…
Oui, à partir du lundi 20. Maria commence sa résidence de musique au studio de l’A.M.I., qui nous avait accueilli l’année dernière. Et avec Euphorbia peregrina, il va y avoir des propositions de balades, de cueillettes, pour inviter à découvrir l’espace périurbain et l’espace de campagne proche de Marseille. On fait une rencontre au Centre LGBTQIA+ autour de la question « qu’est-ce que des festivals queer peuvent apporter à une communauté locale ? » en mettant aussi en question la collaboration des festivals.

Le 23 c’est la sortie de résidence de Maria Beraldo avec un concert qui est donné au Labo Box, à la Friche de la Belle de Mai. Il y a aussi une première partie avec Myrrh wa Saphira, qui est un duo marseillais.

Le 24, c’est la journée de restitution de l’ensemble de la résidence, qui se passe aussi à la Friche de la Belle de Mai, au Labo Friche. Elle sera modérée par Sarah Diep et Soizic Pineau, de Manifesto 21. Il y aura une occupation de l’espace avec les travaux d’artistes, notamment de Euphorbia. 

Cette journée-là, se conclut à 19 h avec une rencontre entre Romy Alizée, et Myriam Bahaffou, qui sera modérée par Constant Spina de Manifesto 21. 

Est-ce que les enjeux fondateurs du festival ont eux aussi évolué avec ce changement de format ? 
Cette année est particulière, elle s’articule autour de cette résidence croisée, et concerne surtout deux artistes, l’une trans, l’autre lesbienne. Mais quelle que soit la forme donnée, notre festival de créations queers a toujours à cœur de visibiliser les identités minorisées, et d’adresser comment elles questionnent la création contemporaine, comment on regarde et on donne à voir leur façon de travailler et d’interroger la subsistance et la survie. Ça nous semble vraiment un outil de lutte ce festival, de visibilité qui nous appartient, qui a été créé par nous, pour nous.

NEMO TURBANT
Transform !
Du 14 au 24 octobre
Correns, Marseille

Le TPA repart en balade

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Du 17 octobre au 1er novembre, l’association Aix’Qui propose une série de six concerts dans les villes de Provence. Et associe têtes d’affiches et scène émergente

De Martigues à Aubagne, en passant par Salon-de-Provence, Miramas, Aix-en-Provence et Beaurecueil, le festival TPA (Terre de Provence Amplifiée) revient pour sa 27e édition itinérante, du 17 octobre au 1er novembre. Au programme : du rock, du reggae acoustique, de la fonkademia, du blues, du ragga electro rap et du punk. Une initiative qui, tous les ans, permet de mettre en avant des nouveaux·elles artistes du département et d’animer le territoire.

Comme chaque année, le TPA reste fidèle à sa philosophie et propose de découvrir de jeunes artistes dans sa programmation. L’idée : associer des têtes d’affiche avec des lauréats issus de Class’EuRock, le dispositif de l’association Aix’Qui, qui permet de repérer, accompagner et programmer des artistes émergents.

La fête débutera vendredi à Salon-de-Provence par la venue de Bijou, groupe de rock mythique des années 1970. La soirée continuera dans une ambiance garage rock à l’américaine avec The Needs et In A Daze, deux groupes formés tous deux dans la région.

Le 24 octobre, la salle des fêtes de Beaurecueil accueillera quant à elle une soirée reggae, avec comme tête d’affiche Vanupié. Il sera accompagné par Léo Achenza et Alba, lauréate de Class’Eurock 2025.

La tournée se termine avec une très belle soirée à la Halle de Martigues. Deux formations rap de la région, Chasseur Tie et La Marmité, ouvriront la soirée pour Soom T, et son reggae-soul toujours flamboyant.

CARLA LORANG
TPA
Du 1er octobre au 1er novembre
Martigues, Aubagne, Salon-de-Provence, Miramas, Aix, Beaurecueil

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Culture Pescadou

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Le Château de la Buzine accueille jusqu’au 8 mars 2026 Marsiho e la Mar – Marseille et la mer, exposition patrimoniale qui évoque tout un mode de vie et une culture marseillaise liée à la mer

Après L’Usine de Films Amateurs de Michel Gondry qui s’est clôturée le 31 juillet dernier, la nouvelle exposition temporaire du Château de la Buzine poursuit la volonté affichée par la Ville de Marseille, propriétaire du lieu depuis 1995 mais gestionnaire récent de l’ensemble des activités artistiques et culturelles, de renforcer la programmation culturelle du lieu : expositions, cinéma, masterclasses, ateliers, etc.

Marsiho e la Mar – Marseille et la mer a été élaborée en partenariat avec des associations locales (L’Escolo de la Mar, Le Musée Provençal, Alargo Mazargo, Lei Bouscarlo de Marsiho, Lei Pescadou de l’Estaco…) sous le commissariat d’Alexandre Mahue Deloffre, directeur du Musée Provençal de Château-Gombert.

Du Vieux-Port

L’exposition rassemble plus de deux cents œuvres et objets : tableaux, gravures, lithographies, céramiques, étoffes, objets du quotidien, cartes postales ou encore photographies anciennes.

Le visiteur est invité à suivre le long de cimaises et d’estrades peintes en bleu, un itinéraire thématique en plusieurs étapes, qui commence par le Vieux-Port : sous une reproduction monumentale de la peinture L’Intérieur du Port de Marseille vu du Pavillon de l’horloge du Parc, peint en 1754 par Joseph Vernet, représentant un port cosmopolite, fourmillant d’activités, se trouvent les premiers objets de l’exposition, faisant écho à certains représentés dans le tableau : des cordages, des jarres à huile, une chaise à porteurs, des paniers en osier tressé, un tonneau, et deux coffres de marin décorés.

« La calanque, ça aimante »

Juste à côté, la salle de projection accueille un documentaire, Marseille au fil des ports, élaboré par les associations partenaires, et réalisé par François N’Guyen. On va de l’Estaque à Morgiou en passant par le Vieux-Port, les Catalans, le vallon des Auffes, La Pointe-Rouge, la Madrague de Montredon, les Goudes, Sormiou, accompagnés de témoignages sur le trempage des filets, les différentes sortes de bateaux, les tabliers en voile de bateaux et les bijoux en corail des poissonnières de la Criée, la géologie des poudingues, la pêche à la palangre, les règlements de pêche, et la vie dans les calanques. Le tout entrecoupé de brèves reconstitutions jouées en costumes et images en filtre sépia.

« Femmes de caractère »

S’ensuivent les sections autour des poissonnières, « Femmes de caractère », avec une dizaine de mannequins habillés de différents costumes, munies de balances romaines, représentées également dans diverses gravures et photographies anciennes, ainsi que sur des objets en céramique sous vitrine. On passe ensuite aux pêcheurs et à leur matériel de pêche, épuisettes, nasses et paniers en osier exposés tout autour d’une barquette, le fameux pointu marseillais, accueillant un mannequin en costume de pêcheur. Sur les cimaises des gravures, photographies anciennes représentant pêcheurs au travail et vues du port, accompagnées de quelques maquettes de barques et bateaux.

« Monument gastronomique »

La suite est consacrée à la bouillabaisse, terme qui apparaît à la fin du XVIIIe siècle sous la plume d’un savant marseillais, Claude-Francois Achard, qui la décrit ainsi dans son dictionnaire de 1785 : « Bouilhe-baisso : Terme de pêcheur, sorte de ragoût qui consiste à faire bouillir du poisson dans l’eau de la mer. L’on dit bouilhe-baisso, parce que dès que le pot bout, on le tire du feu. On l’abaisse. »

De nombreuses céramiques dédiées à ce monument marseillais sont présentés sous vitrine, accompagnées sur les cimaises de recettes d’époque et de gravures et photographies de repas de pêcheurs dans les calanques ou sur une terrasse.

Le parcours se termine par une section consacrée aux cabanons du littoral marseillais, aux promenades et loisirs qui s’y sont développés, illustrée par des photographies anciennes.

Fin du parcours avec des photographies du marseillais Florian Jayet, tirées de sa série De fil en aiguille, photographies couleurs grands format, s’amusant d’anachronismes : des modèles en costume folklorique mis en scène sur un paddle, ou tenant des ballons baudruches poissons face à la mer, ou bien encore tel un santon grandeur nature, rangé dans une réserve à côté de skate-boards.

MARC VOIRY
Marsiho e la Mar - Marseille et la mer
Jusqu’au 26 avril
Château de la Buzine, Marseille

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De la musique jusqu’Au bout !

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Ce dimanche, c’est Au Bout la mer Musique ! La Canebière sera animée par des concerts qui reflètent la mixité culturelle d’une ville ouverte sur la Méditerranée

La mairie 1&7 propose une nouvelle édition d’Au bout de la mer programmée par La Clique production. Dimanche, la ville sera animée par des spectacles et des concerts, ainsi que des marchés et ateliers tout au long de la journée. Pensées comme un parcours artistique, les festivités se déploient sur la Canebière jusqu’au Vieux port en passant par le parvis de l’Opéra et la Place Charles de Gaulle. La programmation brasse un large éventail de musiques de la cumbia, à la musique traditionnelle sicilienne ou encore l’afro-punk futuriste et le raï-électro.

Rivages, Horizons, Au large

C’est sur Les Rivages, au port antique, que les concerts débutent avec les polyphonies des vingt femmes d’Arteteca. Ensuite, Spartenza occupera la scène avec les traditions vocales de Sicile. La voix de Maura Guerrera se mêle à la mandole et au guembri – instrument à cordes pincées de l’Afrique du Nord – de Malik Ziad. Le duo est rejoint par Manu Théron, instigateur du renouveau des musiques vocales traditionnelles, notamment du chant occitan. En parallèle, la scène Horizon, à l’angle de la rue Saint-Ferréol, accueille le duo franco-chilien de Chu Chi Cha pour de l’électro-cumbia. Ils sont suivis d’un autre duo – Benzine. Puisant leur inspiration dans la poésie bédouine d’Algérie, ils multiplient les rythmes traditionnels avec l’électro et les sonorités rock ou de musiques actuelles.

Une troisième scène Au Large, située face au Palais de la Bourse, fera entendre l’afro-punk futuriste de Fulu Miziki. Leur son tisse un lien entre afro disco-house et post-soukous, musique congolaise de danse au tempo rapide. Le groupe fabrique ses propres instruments à partir de matériaux recyclés faisant part de conscience écologique ainsi qu’un message panafricain de libération artistique. Place après à Deli Teli qui propose un rock’n’roll infusé des tubes du Laïko, musique populaire grecque née dans les années 50.

Espace public et partagé

Des déambulations musicales animeront également les rues tout au long de la journée. Parmi elles, la chorale de cumbia et rythmes latino-américains – Calle Sol, ainsi que les chansons napolitaines de Nannanì et deux fanfares : les rythmes syncopés des côtes colombiennes avec Brass Koulè et le jazz-funk de Mudanza.

Côté spectacles, la Mesón invite le public au parvis de l’Opéra pour un atelier d’initiation aux danses populaires andalouses – la sévillane et la rumba – menée par Isabel Gazquez et Josele Miranda. Puis le Collectif Minuit 12 organise une restitution chorégraphique participativeavec les marseillais·es autour d’un message pour la préservation de l’Océan intitulé Récifs, suivie d’une représentation qui mélange danse contemporaine, hip-hop et waacking.

Au Bout la Mer prévoit aussi des spectacles pour un jeune public à la Place Général de Gaulle, commençant par le conte musical des sœurs Paloma et Alma – un Voyage au-delà des mers – pour sensibiliser les enfants au respect de la nature. Un peu plus tard, la Cie Archibald Caramantran organise Le Bal des Poissons, une parade marionnettes géantes où se dansent la rumba, la salsa et le calypso.

LAVINIA SCOTT
Au Bout la mer, Musiques !
19 octobre à partir de 11h
La Canebière, Marseille

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Naissances du geste

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Le temps fort Question de danse se décline en deux doubles soirées

Vingt ans que Question de danse rend visible l’invisible : le travail en train de se faire, la pensée en mouvement, la création chorégraphique dans sa plus vive fragilité. Pour Michel Kelemenis, initiateur il y a 20 ans d’un format devenu fréquent dans les centres chorégraphiques, « la rencontre avec le public agit comme un accélérateur d’idées». Dans ces soirées de partage, les artistes livrent leurs projets en cours avant d’entrer en conversation avec la salle : un espace de création et d’écoute rare, où la parole, la danse et l’imaginaire se répondent et se confrontent.

Corps en chantier

Cette édition anniversaire s’ancre plus que jamais à Marseille, en donnant la parole à celles et ceux qui façonnent aujourd’hui la scène chorégraphique du territoire. Le 17 octobre, Michel Kelemenis présentera L’Amoureux de Madame Muscle, un nouveau volet de son répertoire jeune public. Successeur et renversement de L’Amoureuse de Monsieur Muscle, créée en 2008, cette fantaisie ludo-anatomique fait danser une bande dessinée vivante. Trois personnages — l’Amoureux sensible, la puissante « Madame Muscle » et le mystérieux maître de cérémonie Anatom’ — évoluent dans un décor de muscle, de peau et de tendon, aux costumes acidulés signés Agatha Ruiz de la Prada. Sur une bande-son pop composée par André Serré, le spectacle mêle humour, poésie et curiosité du corps pour le jeune public. Avec humour et tendresse, le chorégraphe revisite la puissance du corps féminin et invite l’enfance à se penser en action.
La soirée se poursuivra avec Ana Pérez, accompagnée du guitariste José Sanchez, pour Stabat Mater, les voix du corps. Une relecture profane et contemporaine de la douleur et de la mémoire, où flamenco réinventé, voix et guitare tissent une architecture vibrante autour de la puissance du féminin.

De chairs et de sangs

Le jeudi 23 octobre, place à Flora Détraz seule en scène dans Gorgo. Entre concert-performance et rituel incantatoire, la chorégraphe explore les figures monstrueuses du féminin par la voix, la métamorphose et la défiguration : un manifeste poétique et sauvage, entre rire et effroi. Le monstrueux y devient jeu, outrance, satire : rires, cris, toux, fantaisies vocales se mêlent dans ce solo où l’horreur flirte avec le grotesque.

Enfin, Bastien Charmette clôturera ce second temps fort avec L’Écluse, pièce pour deux danseurs et un musicien où s’entrelacent mécanique et chair. Inspiré par la symbolique du passage, il compose une partition fluide, entre eau et métal, où le geste devient traversée.

SUZANNE CANESSA
Les 17 et 23 octobre KLAP, Maison pour la Danse, Marseille
Entrée libre sur réservation

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