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Paula, rester en apnée

Le premier long métrage d’Angela Ottobah raconte l’été sans fin de Paula, qui vit sous la coupe réglée d’un père aimant mais destructeur. Paula a été présenté en avant- première au 40e Festival du Premier Film de La Ciotat

« La vie s’écoule dans l’espoir pour demain. D’une manière ou d’une autre, j’oublierai ton parfum, j’avancerai comme le fait la rivière droit devant, sans jamais retourner en arrière. Et comme chaque souffle nous rapproche de la mort, je resterai en apnée. » La chanson de Rebeka Warrior qui a composé la musique du premier film d’Angela Ottobah, Paula, fait écho aux espoirs du spectateur qui, pendant une heure et demie, a vécu à coté de cette petite fille de onze ans dans un huis clos en pleine nature.

Tout commence à Paris. Paula (Aline Hélan-Boudon) vit avec son père, Joseph, (Finnegan Oldfield) en convalescence, encore sous oxygène. Elle s’occupe des courses, en sortant du collège où elle s’ennuie et multiplie les bêtises. Ses seuls amis, Achille (Salomon Diallo) un jeune garçon et Moncoco, un doux lapin blanc. Pour les deux mois de vacances, son père lui réserve une surprise : une jolie maison dans un cadre idyllique au bord d’un étang. Une aubaine pour Paula qui fait de la plongée en apnée et aime la nature. Mais peu à peu, tout doucement, un malaise s’installe ; ils vont rester dans ce lieu perdu au delà de l’été. Ce père trop présent, trop proche, pris dans ses certitudes existentielles, éducatives, alimentaires, enferme sa fille dans un amour envahissant, exclusif, malade. Pas de lait, c’est pour les veaux ! Pas de sucre qui abime le cerveau ! Exercices physiques obligatoires. Il surveille tout, même les appels téléphoniques avec la mère, en mission en Corée. Il la coupe de tous, l’obligeant même à relâcher en pleine forêt son lapin blanc : elle lui est trop attachée.

Amour fou

Peu à peu, il l’embarque dans sa folie : la séquence où ayant décidé de se débarrasser de choses superflues, ils se mettent à tout casser, à faire un grand feu de joie, est hallucinante. La caméra de la talentueuse Lucie Baudinaud filme les deux corps qui dansent à la lueur des flammes et le visage de Laura souvent entre interrogation, amour pour son père malade ou peur. Car l’emprise grandit de jour en jour ; il lui vole même son espace, sa chambre, abattant les cloisons. Il l’a déscolarisée. C’est lui qui lui donnera des cours « elle a besoin d’un accompagnement spécialisé», affirme-t-il à l’assistante sociale venue contrôler. Il ne faut pas qu’elle lui échappe et il la forge telle qu’il le désire, prêt à écarter par les paroles ou la violence ceux qui pourraient aider Paula à sortir de cet amour envahissant et destructeur. Les deux acteurs, Aline Hélan-Boudon et Finnegan Oldfield sont parfaits. La caméra filme, souvent en plans serrés, la douceur insidieuse, les gestes tendres qui emprisonnent, le manque de la mère, la main de Paula qui caresse un silure au fond du lac ou son lapin blanc dont elle devra toucher les viscères, l’ayant retrouvé mort. On pense à Répulsion de Polanski, à La Nuit du chasseur de Laughton parfois. Les paysages, autour de l’étang de Taysse (en Corrèze) et les séquences sous l’eau sont superbement cadrés et la musique de Rebeka Warrior ajoute à l’ambiance de ce premier film, très fort, qui vous prend à la gorge et vous plonge en apnée dans les eaux troubles de la folie.

ANNIE GAVA

Paula, d’Angela Ottobah
En salles le 19 juillet

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