jeudi 1 décembre 2022
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Petit pays retisse la toile de l’histoire

Avec ingéniosité et humanité, l’adaptation théâtrale du roman de Gaël Faye donne à la tragédie rwandaise un nouvel écho vibrant

Prix Goncourt des lycéens 2016, porté à l’écran par Éric Barbier en 2020, Petit pays, premier roman à succès de Gaël Faye s’ouvre désormais à la scène grâce au travail de Frédéric Fisbach. Gageure s’il en est, la reprise du livre n’est pas conçue comme une réécriture théâtrale, mais reprend le texte, le réorchestrant en une lecture chorale dans laquelle se lovent avec intelligence Lorry Hardel, Marie Payen, Nelson Rafaell Madel, Ibrahima Bah, Nawoile Said Moulidi et Anaïs Gournay. Reprenant le roman par la fin, Gaby, le narrateur, dont le père est français et la mère rwandaise réfugiée au Burundi, retrouve sa mère qui ne s’est jamais remise des horreurs vues et vécues lors de la guerre génocidaire. Elle lui raconte leur histoire familiale ainsi que celle du Rwanda à laquelle elle est intimement liée. 

Du relief 
Trois écrans en fond de scène sur lesquels sont projetées des images de paysages, de rues, de villes, narrent au début et à la fin du spectacle les causes de la guerre rwandaise, ses origines et ses conséquences. Les découpages coloniaux, la naissance du racisme entre Hutus et Tutsies mise en place pour faire oublier les sujets économiques réels de luttes (manipulation politique menée par les théoriciens nazis et qu’analysait déjà Berthold Brecht dans sa pièce éditée en 1938 Têtes rondes et têtes pointues, soit diviser un même pays en deux peuples ennemis dont l’un sera désigné comme le responsable de tous les malheurs). 

Sur un ample tapis tissé, ménageant des volumes symbolisant les reliefs du Burundi et du Rwanda, les mots circulent entre les comédiens qui incarnent tous les rôles, accordant à la mélodie des phrases la puissance d’une oralité qui se transmet. Ainsi les êtres disparus dont les rires ont peuplé les maisons émergent, échappant à l’anonymat et à l’oubli. La tragédie atroce est délimitée par un néon lumineux, tel une frontière, une crête de montagne, tandis qu’un enregistrement fait entendre aussi sur le plateau la voix de l’écrivain, « la nuit allait lâcher sa horde de hyènes et de lycaons ». Destruction, mort, séparations, destins brisés, et pourtant sur scène, se dégage dans le jeu des acteurs, une force vivante qui apporte une inextinguible énergie, celle qui permet de reconstruire, de réfléchir, hymne à la paix et à l’humanité.

MARYVONNE COLOMBANI

Petit pays a été donné les 8, 9 et 10 novembre au Théâtre Liberté, Toulon
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