mardi 7 février 2023
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Prégnance coloniale

Dans Kap O Mond, l’amitié profonde entre deux jeunes hommes, l’un Haïtien et l’autre Français, est confrontée aux héritages mémoriels de leur pays respectif

Mathieu (Charles Zevaco) et Kendy (Roberto Jean) se rencontrent le jour du concours de Sciences Po Paris. Le premier, banlieusard et fils d’un professeur d’histoire ; le second, Haïtien venu étudier en France. L’un réussit l’épreuve, l’autre est recalé. Ce qui n’empêche pas une amitié quasi-fusionnelle, une intimité dont le degré reste flou, de s’installer entre les deux jeunes hommes qui finissent par cohabiter. Mathieu est animé par un idéal progressiste, à la fois républicain et internationaliste. Kendy ne cache pas son ambition d’échapper à l’existence à laquelle l’assignent ses origines. Dans un dialogue permanent d’où transparaissent les certitudes de chacun, la perception de l’Occidental va se heurter à la réalité historique, politique et sociale dont le Caribéen est l’héritier. Leurs divergences larvées éclatent au grand jour quand Mathieu envoie tout balader pour s’investir dans une mission humanitaire en Haïti. 

Révolutions
À travers le récit passionné de son ami au téléphone, Kendy ne peut s’empêcher de voir la permanence des rapports de domination, plusieurs siècles après l’indépendance et l’abolition de l’esclavage, exercée par la France sur son ancienne colonie. Le Blanc sachant, bien que sincèrement altruiste, qui raconte les malheurs et dysfonctionnements – et croit pouvoir contribuer à les résoudre – de la pauvre île sur laquelle s’acharnerait le mauvais sort… Car bien que féru d’histoire, et semblant particulièrement au fait de celle de la Révolution française, Mathieu en ignore pourtant certains faits qui, à l’endroit de Kendy, et de la révolution de son propre pays, sont essentiels pour expliquer la situation actuelle de son peuple. Dans cette confrontation d’angles plus que de points de vue, les auteurs·trices Alice Carré et Carlo Handy Charles pointent les stigmates de l’histoire coloniale et esclavagiste dans le quotidien des Haïtien·nes. Mis en scène par Olivier Coulon-Jablonka, Kap O Mond tente de rendre possible l’écriture d’une Histoire commune, qui prône une forme d’égalité mémorielle.

LUDOVIC TOMAS

Kap O Mond a été joué le 30 novembre au Théâtre Joliette, à Marseille, dans le cadre des Rencontres à l’échelle.
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