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Quelle est cette chose ?

Dans sa dernière pièce, Bruno Meyssat et ses comédiens partent à la recherche de Cette autre chose… et perdent leur public en chemin

Un décor dépouillé, quelques objets au sol et de grands panneaux de cuivre patiné suspendus. Un homme entre, s’assoit sur une nappe, se relève, se dénude, dépose un os en plastique et s’allonge à côté. Deux personnes entrent et déplacent son corps apparemment inanimé. Il se relèvera quelques minutes après, pendant que Gaël Baron, qui est entré entre temps, joue un commissaire-priseur qui tente de vendre un portant à cartes postales dans une langue inventée. Absurde ? Oui, mais pas plus que ce qui va suivre. 

Tout au long de Cette autre chose… de Bruno Meyssat, les tableaux de ce genre se succèdent presque sans parole. Les comédien·nes, le visage impassible, interagissent avec des objets divers mais sans intention, comme s’ils jouaient en pilote automatique. 

Des corps s’effondrent, pour bientôt se relever. Deux comédiens s’affrontent avec des tondeuses à gazon. Stanislas Nordey est crucifié contre un poteau électrique… autant d’images qui s’accumulent, faisant apparaître des motifs (des références à la mort, d’autres à l’accouchement et à la petite enfance, notamment autour d’une bassinette de bébé ; une certaine révérence vis-à-vis des objets, notamment lors d’une scène de troc) sans que l’on en comprenne le sens.

Statu quo 

Apprécier le caractère surréaliste de la pièce nécessiterait de lâcher prise et de se laisser docilement porter d’image en image. Mais le dispositif complique tout : entre les bruits de claquements qui surgissent de toutes parts, et les coupures complètes des lumières qui interrompent régulièrement les scènes, le spectateur est maintenu dans un état d’alerte constant.

Un étrange statu quo est maintenu tout au long de la pièce. Rien n’a de conséquence, malgré la violence de certaines scènes – l’un déshabille l’autre avec sa tronçonneuse, un autre encore fait mine de fouetter un personnage enroulé dans un sac de couchage. Au début de chaque nouveau tableau, on revient à zéro, et si un comédien victimisé dans une scène devient agresseur dans une autre, cela n’est pas une vengeance mais simplement une autre action sans lien de causalité. Dans ce ballet millimétré, ils ne sont que des objets vivants, déshumanisés. 

La récurrence de certains motifs suggère que la pièce a un propos, sur la mort ou le rapport aux choses matérielles peut-être, mais refuse de le délivrer. Au final, on ne sait pas si Meyssat a trouvé Cette autre chose, mais nous, on est bien content d’avoir trouvée la sortie. 

CHLOÉ MACAIRE

Cette autre chose… a été donnée les 12 et 13 janvier 
au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence 

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