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Sanglant Samson et Dalila à l’Opéra Grand Avignon

Deux actes flamboyants et un dernier malheureux. Le chef d’œuvre de Camille Saint-Saëns laisse un goût amer

Nombreux sont les grands opéras narrant avec passion et sensualité une histoire d’amour érigée sur fond de guerres entre les peuples. Aïda, Norma et l’inoxydable Samson et Dalila en constituent les exemples les plus éloquents. À ceci près que le chef-d’œuvre de Camille Saint-Saëns n’occulte en rien la violence du conflit entre les Hébreux et les Philistins, et la haine viscérale qui sous-tend les rapports entre ses deux protagonistes. En cela, la mise en scène âpre et brutale de Paco Azorin, créée au Festival de Mérida en 2002,se révèle fidèle au propos, qu’elle déplace sur le terrain de l’universel.

Chaud et froid

Cela fonctionne un temps : le premier acte, porté par les Chœurs de l’Opéra Grand Avignon et de Toulon, place la foule des Hébreux au centre de l’action. On y retrouve des personnes en situation de handicap, soutenues et accompagnées par les forces vocales. Les enfants du Grand Avignon incarnent les Philistins sacrifiés à leur tour par les Hébreux. L’Orchestre national Avignon-Provence, sous la direction de Nicolas Krüger, fait briller cette partition dont on n’aura que rarement entendu la noirceur et le désespoir. Les échanges de l’Acte II relèvent du pur chef-d’œuvre : Marie Gautrot et Marc Laho incarnent les rôles-titres avec une aisance vocale admirable. Dalila n’aura de cesse, conformément au livret, de souffler le chaud et le froid, et ici, l’amour et la haine sur un Samson complètement dépassé. Le Grand Prêtre de Nicolas Cavallier récolte également tous les suffrages. Dommage donc que le dernier acte, plombé entre autres par des costumes et surtout une chorégraphie macabre grandiloquente signée Carlos Martos de la Vega, se repaisse de l’imaginaire d’une exécution publique sans recul, et surtout en glissant sur le terrain de l’essentialisation. Le mélange jusqu’alors cohérent entre le réalisme insoutenable du registre guerrier et la métaphore intemporelle laisse ici un goût amer.

SUZANNE CANESSA

Samson et Dalila a été donné les 9 et 11 juin à l’Opéra Grand Avignon.

Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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