Après un week-end quelque peu bousculé par les manifestations à Marseille, le lundi 19 octobre, la Semaine de la Pop philosophie proposait une série de rencontres aux Rotatives de La Marseillaise. Quatre sessions d’une heure chacune pour aborder le thème de l’édition 2026, Séduction et fantasme, sous l’angle de la domination.
Différents types de séduction
La première intervenante, Isabelle Alphandery, à la fois professeure de littérature américaine et philosophe intéressée par la psychanalyse, a axé son propos sur la séduction comme « la plus délicieuse ou la plus traumatique des expériences ». À l’aube de son existence, un être humain en devenir doit être « séduit » par sa mère et autres proches, au sens où ils doivent nourrir par leurs soins, leur affection, son goût de vivre.
Mais la séduction qu’opère un adulte envers un enfant n’est pas toujours sur ce versant positif. Ô combien ! En s’appuyant sur les écrits de Sigmund Freud et son disciple Sandor Ferenczi, Isabelle Alphandary montre à quel point ces « vieilles lunes de la fin du XIXe siècle entrent en résonance avec l’anthropologie contemporaine et les travaux sur l’inceste, qui dévoilent son caractère massif ». D’après les données officielles, un enfant sur 10 est concerné, rappelait-elle. Des chiffres probablement sous-estimés, en raison d’angles morts dans les procédures juridiques, selon le rapport de la commission d’enquête parlementaire publié cet été à ce sujet. Une heure, c’est un peu court pour entrer dans la nuance en matière de viol et de consentement, mais il était important de montrer que ce dernier ne suffit pas toujours, car il peut être arraché, ou induit par une emprise insidieuse.
Sous le discours, les actes
C’est au récit d’une telle emprise que s’est livrée Flora Souchier, la deuxième oratrice. L’hiver dernier, elle publiait au Seuil Méfiez-vous des hommes qui se disent féministes, son témoignage d’une expérience traumatisante vécue auprès d’un gauchiste rencontré à la ZAD de Notre-Dame des Landes. Là encore, une heure n’a pas suffi à aller au delà du simple témoignage, pour insérer plus finement son vécu singulier dans la trame de fond de notre société patriarcale. L’aspect systémique de l’inceste et la culture du viol méritent d’être analysés encore et encore, au travers de multiples lectures. Heureusement, les publications et podcasts ne manquent pas, depuis les révélations de #MeToo. En cela, des rencontres comme celles de cette Semaine de la pop philosophie servent de stimulant intellectuel, invitant autant à lire par soi-même les textes fondateurs de la psychanalyse qu’à découvrir l’œuvre de Neige Sinno.
GAËLLE CLOAREC
La Semaine de la Pop philosophie se poursuit jusqu'au 24 octobre à Marseille.






