dimanche 19 mai 2024
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Survivre à la Shoah

Jean Baptiste Sastre et Hiam Abbas mettent en scène « L’Écriture ou la vie », chef d’œuvre de Jorge Semprun, avec un parti pris étonnant.

Au Théâtre des Halles, plusieurs grands textes sont portés magnifiquement par de grands acteurs : La Question d’Henri Alleg par un Stanislas Nordey exceptionnel, On n’est pas là pour disparaître d’Olivia Rosenthal par Yuming Hey… La force littérale et littéraire de ces textes demande de grands acteurs, et de la simplicité. 

Jean-Baptiste Sastre est indéniablement un très bon comédien, mais la mise en scène qu’il propose pour L’Écriture ou la vie manque de maitrise, d’espace, et repose sur de fausses bonnes idées. Portant des gants blancs, affublé par moment d’un masque, Jean-Baptiste Sastre est entouré de Hiam Abbas qui ne fait presque rien, sinon chantonner assez mal le kaddish, et d’une autre, masquée également, qui ne fait rien du tout. À ses côtés encore Geza Rohrig, magnifique acteur hongrois, qui au bout d’une heure de silence entre enfin en jeu et incarne Henri, compagnon de camp de Semprun. Très expressif, il s’exprime hélas en hongrois et en yiddish, sans traduction, durant de longues minutes incompréhensibles.

Effets indélébiles

Reste que, en dehors de ce parti pris de mise en scène discutable, Jean-Baptiste Sastre lit très bien, un texte essentiel, et magnifique. L’Écriture ou la vie raconte le camp, la libération de Buchenwald, un déporté hongrois qui meurt dans ses bras, les monceaux de cadavres, le refus d’écrire, les années de silence.

Puis le suicide de Primo Levi, qui fait renaitre la nécessité de témoigner, mais surtout de ne plus se nier deux fois : comme victime de la Shoah, et comme écrivain. Car le récit, profondément philosophique, ne s’attarde pas sur l’inhumanité des bourreaux, mais sur leurs effets, indélébiles, sur les victimes. Les fantômes qui les traversent n’ont nul besoin d’être évoqués par des acteurs muets et masqués.

Agnès Freschel

« L’Écriture ou la vie » se joue jusqu’au 26 juillet au Théâtre des Halles.

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