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« The Faggots », du queer à petit feu

Philip Venables et Ted Hufmann ont présenté une « fantaisie baroque » drôle et enjouée, mais qui se révèle parfois trop sage et prévisible

Tous deux passés par l’Académie d’Aix, le compositeur Philip Venables et le metteur en scène Ted Hufmann ont depuis noué une réelle amitié artistique, trouvant un premier aboutissement dans l’inégal mais intéressant Denis et Katya créé à l’Opéra de Montpellier en 2021. L’épure de la musique de l’un et la plasticité de la mise en espace de l’autre auraient pu trouver, dans les aphorismes punk de The Faggots and their friends between revolutions, matière à une œuvre indocile et inclassable, à cette « fantaisie baroque » appelée par son sous-titre. Elle peine cependant à prendre forme, malgré l’évident désir des deux auteurs d’appliquer à leur propre travail la liberté au cœur du texte, dans la forme comme dans le propos. La faute, peut-être, au refus d’une ligne directrice autre que le texte même : les interprètes rassemblés sur le plateau, et dont le metteur en scène se refuse – à raison – à gommer les traits distinctifs, s’expriment volontiers en chœur mais ne donnent jamais corps à des protagonistes identifiables.

De l’énergie communicative

Il y a certes l’humour et la grâce de Kit Green, et cette petite chanson qu’elle fera facétieusement répéter au public ; ou encore l’énergie communicative de Yandass, tout en scansion, mouvements hip-hop et musicalité : deux présences rares sur les scènes du Festival d’Aix, de même que celle de l’impressionnante mezzo transgenre Katherine Goforth. Mais le tout finit par s’apparenter à un catalogue de modes de jeux, mettant moins le texte, son mordant et sa poésie en avant que sa répétitivité et son inadéquation avec les préoccupations LGBTQIA+ d’aujourd’hui. Pensé comme un conte de fées ironique et contestataire en 1977, l’appel à la singularité signé alors par Larry Mitchell s’apparente par endroits à un appel plus contestable à l’entre-soi et à une forme d’essentialisme. D’autant que le dispositif se révèle trop prévisible et trop minuté pour prétendre à la joyeuse anarchie attendue. La musique de Venables, inspirée de pages baroques anglaises, trouve dans la voix éthérée du contre-ténor Collin Shay – entre autres ! – une belle incarnation. Mais elle se révèle, elle aussi, trop sage pour secouer ou émouvoir. Reste la complicité des interprètes autour du jeu non pas scénique mais musical : l’entente, entre cette jolie troupe, est bien réelle.

SUZANNE CANESSA

The Faggots and their friends between revolutions a été joué au Festival d’Aix-en-Provence du 7 au 9 juillet.

Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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