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À Avignon, Les Hivernales font le show

Le Centre de développement chorégraphique national d’Avignon propose une programmation aussi riche que variée à l’occasion d’On (y) danse aussi l’été, son festival de danse estival.

En juillet à Avignon, le théâtre est roi. Mais la danse y a eu une place dès les débuts, dans le Festival d’Avignon depuis que Jean Vilar a programmé Maurice Béjart, et dans le Off avec le théâtre Golovine, et depuis trente ans avec Les Hivernales. Le Centre de développement chorégraphique national qui comme son nom l’indique a son temps fort au cœur de l’hiver avignonnais, mais qui travaille sur le territoire à l’année, et en particulier l’été. Dans le foisonnement du Off, il propose avec On (y) danse aussi l’été une programmation choisie, paye les compagnies, souvent régionales, qu’il programme. Une politique de service publique à souligner et soutenir, d’autant que les spectacles présentés sont d’une grande qualité, et d’une variété esthétique loin de l’esprit de chapelle.

À commencer par l’éblouissant Royaume de Hamid Ben Mahi, présenté aux Hivernales – CDCN rue Guillaume Puy à 15h10. La Compagnie Hors série livre une touchante pièce chorégraphique mêlant danse et témoignages de femmes. Les six danseuses racontent, partagent, se questionnent à partir de leurs histoires personnelles qui se mêlent et dénoncent l’emprise des hommes. Les petites phrases comme les pires des harcèlements et des violences.

Au son d’un hip-hop entrainant se déroulent leurs récits et leurs danses, tantôt solo endiablé tantôt ensemble sororal. Sur un sol recouvert de sable rouge, elles dansent ensemble comme une seule femme. Un exutoire, une célébration, une forme de défense aussi quand leurs mouvements prennent un air de danse guerrière.

Une pièce qui entre en écho avec Asmanti, (de midi à minuit), quintet hip-hop de Marina Gomes et de la compagnie marseillaise Hylel, qui a bouleversé le festival Hip Hop Non Stop en 2021, puis le Festival de Marseille tout récemment, par ce qu’elle dit de l’abandon des banlieues, et de sa jeunesse constamment discriminée. 

Hommes entre eux

À La Manutention, petit studio historique des Hivernales, est joué Polémique (recherche d’une pédagogie du conflit) de Naïf Production, compagnie avignonnaise soutenue à l’année, et fondée par trois hommes, danseurs et acrobatesLes deux danseurs nous offrent une performance explorant les relations conflictuelles masculines à travers la lutte des corps et des idées. Les terrains d’entente, lorsqu’enfin ils sont atteints, sont en permanence mis à l’épreuve. L’arrière-plan sonore, une voix neutre lisant des définitions et des listes de synonymes, entre en résonance avec ces deux corps, masculins, qui se jettent l’un sur l’autre et cherchent à ne former qu’un. La compagnie crée également Nice Trip, une pièce sur un adolescent confronté au passage de certaines frontières, sociales et générationnelles. 

Masculin encore, mais avec nettement plus d’ambiguïté de genre, Dos, de la compagnie Delgado Fuchs. Les deux interprètes se tournent autour, se jaugent, s’effleurent parfois. Ils ne parlent pas mais émettent des petits bruits inarticulés. Puis arrive un air de rock anatolien dont l’intensité embarque les danseurs-acrobates qui se lancent dans des portés et des mouvements robotiques une pointe clownesques, et d’une virilité peu convenue !

Corps abstraits

Hear Eyes Move, est présenté en fin de soirée au Théâtre des Hivernales par Elisabeth Schilling. Une des deux seules femmes chorégraphes de cette programmation, dans un art en fort recul sur ce point. Elle et ses cinq danseurs se sont donnés l’ambitieux défi de s’attaquer à la musique puissante et complexe du compositeur hongrois György Ligeti. Ses 18 études pour piano, d’une virtuosité légendaire, développent chacune un élément stylistique précis, polyrythmie, accords de quinte, touches bloquées, mouvement de chute ou de montée qui semblent infinis, canon, entrelacs… 

Dans une performance techniquement parfaite, les danseurs se fondent avec le piano, donnant à voir les structures des œuvres, ou des décalages avec elles. Prenant aussi des libertés, comme lors de troublantes minutes où ils ne dansent pas, restant à terre alors que la musique part en cavalcades. 

Elisabeth Schilling réussit une chorégraphie juste et esthétiquement remarquable, travaillant l’architectonie de la danse dans ce qu’elle a de plus abstrait, fidèle en cela à l’esprit des études de Ligeti. Mais les corps, toujours, lorsqu’ils s’écroulent, lorsqu’ils tremblent, sortent de l’abstraction et représentent. Des images, des sentiments, des émotions. Que la musique contemporaine a longtemps tenu à distance, et qui renait puissamment sous les pas. 

Rafael Benabdelmoumene et Agnès Freschel

Dix spectacles sont présentés par Les Hivernales jusqu’au 20 juillet répartis sur trois sites : le CDCN, La Manutention et La Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon.

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