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Trois vies en Somalie

Mo Harawe, jeune cinéaste somalien, filme le quotidien de trois personnages, dont la vie s’écoule lentement, malgré la guerre

C’est par extrait de journal télévisé de Channel 4, relatant une attaque de drones en Somalie que démarre Le Village aux portes du paradis, le premier long métrage de Mo Harawe, un jeune cinéaste qui y est né et y a grandi.

Paradis, c’est le village, au bord de la mer, où vit Mamargade (Ahmed Ali Farah). Il élève seul son fils, Cigaal (Ahmed Mohamud Saleban), acceptant tous les boulots : fossoyeur, mécanicien, chauffeur. Sa sœur, Araweelo (Anab Ahmed Ibrahim), habite avec eux depuis qu’elle a divorcé : comme elle ne parvenait pas à avoir d’enfant, son mari voulait lui imposer une seconde épouse. Tenace, elle économise, essaie de récupérer de l’argent prêté, d’obtenir un prêt bancaire, pour s’acheter une petite échoppe.

La vie s’écoule lentement, au rythme des transports que fait Mamargade, des bêtes ou d’autres marchandises moins licites. Ou des trous qu’il creuse pour enterrer ceux que la guerre tue comme cette jeune fille, dont la mère, sous le choc, constate : « Ca ne sert à rien d’avoir des enfants ! Ils meurent jeunes ! »  

Mamargade, lui, est certain de vouloir une vie meilleure pour Cigaal, un enfant sensible, plein d’imagination, et aux dires de la directrice de l’école très, intelligent. Une école qui, faute de maitres, va fermer. Une solution est proposée : envoyer Cigaal en ville dans un internat. Un vrai dilemme : Mamargade va prendre le temps d’y réfléchir d’autant que l’idée ne plait pas du tout à son fils. Quand il prend sa décision, la vie change pour tous les trois… Peu de paroles, peu de discours dans ce film où ce sont les regards qui parlent.

Le directeur de la photographie Mostafa el-Kashef filme avec un grand talent le quotidien de ces trois personnages, dans une région où la guerre est là, toujours. Une palette chromatique à dominante bleue, évitant les traditionnels jaune, ocre, et donnant à voir les paysages désertiques, les rivages où s’activent des pêcheurs, les intérieurs modestes, soignant chaque détail.

La caméra s’attarde sur les visages, sur ces regards où, tour à tour, se lisent l’amour, l’incompréhension, la culpabilité grâce à l’interprétation magistrale des comédiens non professionnels à l’exception d’Anab Ahmed Ibrahim qui incarne Araweelo. Pour Mo Harawe, c’est elle l’héroïne du film. « Les spectateurs s’imaginent qu’on raconte son histoire à lui… et en fait, c’est son histoire à elle. C’est la seule qui accomplit ce qu’elle veut. »

Un film pudique à la mise en scène très maitrisée, au rythme lent, dans lequel le spectateur peut se laisser embarquer (ou pas) mais dont la beauté est incontestable.

ANNIE GAVA

Le Village aux portes du paradis, de Mo Harawe
En salles le 9 avril

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