dimanche 27 novembre 2022
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« Tu mérites un pays », et être la plus heureuse du monde ?

Sans tomber dans le misérabilisme, Leïla Bouherrafa décrit avec force la France des indigents, des réfugiés et de la précarité

Lorsque Marie-Ange, l’assistante sociale, lui annonce qu’elle est convoquée pour son entretien de naturalisation, Layla devrait se sentir « la plus heureuse du monde ». Or ce n’est pas tout à fait ainsi que ça se passe. Car ce n’est pas une mince affaire que de s’appliquer à devenir française lorsqu’on a dû quitter son pays, sa famille, qu’on vit dans un hôtel sordide, et qu’on nettoie les toilettes d’un café pour gagner quelques sous. Le deuxième roman de Leïla Bouherrafa, Tu mérites un pays, retrace, en une succession de brefs chapitres aux titres parfois surprenants, les étapes de la vie de Layla entre le moment où elle reçoit sa convocation et celui du fameux entretien. Un entretien décisif, auquel elle s’est préparée avec sérieux, apprenant les paroles de La Marseillaise, les noms des « grands hommes », essayant de retenir tout ce qui fait la grandeur de la France. Difficile pourtant d’adhérer aux sacro-saintes valeurs de la République lorsque tout, dans la vraie vie, montre qu’elles sont bafouées.

Layla côtoie l’indigence des autres réfugiés, la précarité des retraités français condamnés à la rue, l’indifférence des pouvoirs publics, les humiliations, bref la misère sous toutes ses formes. Le récit est pourtant tout sauf misérabiliste. Leïla Bouherrafa se glisse habilement dans la peau de la narratrice, au plus près de la langue qui pourrait être la sienne : une langue qui prend les expressions au pied de la lettre, qui se répète – comme des mantras que la jeune femme se réciterait pour se rendre plus forte ? – une langue pleine d’empathie, d’images. Une langue vivante, à apprivoiser, pour la rendre enfin aussi soyeuse que la langue maternelle. Au fil de pages sensibles, d’épisodes marquants, dans l’absurdité et la violence d’un système qui dysfonctionne et malgré les désillusions, Layla évolue. Car le roman est aussi, et peut-être avant tout, un roman d’émancipation. Une libération qui ne va pas sans révolte. Mais qui conduit Layla au plus près d’elle-même. Un émouvant parcours de combattante.

FRED ROBERT

Tu mérites un pays, de Leïla Bouherrafa
Allary Éditions
18,90€
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