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Une jeunesse mi-figue mi-raisin

Avec Sous les figues, la Tunisienne Erige Sehiri signe un premier long-métrage de fiction plein de justesse, et décrit une jeunesse tiraillée entre désir d’émancipation et conservatisme

Une aube claire. Sur un chemin à la lisière de la terre et du ciel, la silhouette d’une femme, un bâton et un panier à la main. Elle rejoint celles qu’on embarque dans une camionnette, jeunes et plus vieilles. Quelques hommes aussi. La caméra s’approche doucement de leurs visages. C’est le début de la journée de travail des cueilleurs et cueilleuses de figues. « Il se passe plein de choses dans les vergers » dit Fidé, l’une des protagonistes du premier long-métrage de fiction d’Erige Sehiri, Sous les figues. 

Noce de Sana
Un huis clos à ciel ouvert dans une région rurale du nord-ouest de la Tunisie que la cinéaste connait bien. Un lieu où l’on se retrouve, où l’on échange, se confie, se chamaille, se jalouse. Un lieu où ces jeunes filles en fleurs parlent de liberté, d’indépendance, de désir et surtout d’amour. De cet amour qu’on attend, qu’on espère, qu’on craint aussi : « L’amour est un mensonge », proclame l’une d’entre elles. De cette passion qu’on n’a pas eu, quand on n’a pas choisi son mari. « Je ne connaissais pas celui que j’ai épousé » déplore Layla, une des ainées. Alors que la jeune Sana de 17 ans voudrait que Firas, qu’elle espère épouser, soit plus conservateur. Comment échapper au poids du patriarcat ? Les garçons parlent eux aussi ; ils regrettent que les filles soient trop conservatrices, portant le voile et refusant qu’on les touche. Le chef, sûr de son bon droit, poursuit Melek : « je fais de toi ce que je veux », avant qu’elle ne lui échappe. 

Une caméra au parfum
Tourné avec des acteurs et actrices non professionnel·les, excellent·es de vérité, Sous les figues est un film superbe. La caméra de Frida Marzouk s’attarde sur les visages de la (re)belle Fidé (Fidé Fdhili), de l’amoureuse Melek (Feten Fdhili), de la conservatrice Sana (Ameni Fdhili) ou du touchant Abdou (Abdelhak Mrabti). Elle saisit les regards échangés, promesses d’histoires qui s’esquissent ou regrets de celles qui s’achèvent. Elle cadre les gestes de la cueillette, capte les jeux d’ombre et de lumière, nous fait presque sentir le parfum des figues. Et grâce à l’ingénieur du son Aymen Laabidi, qui nous fait entendre le bruissement du vent dans les feuillages, on a l’impression d’avoir passé toute une journée sous les figuiers.
Dans ce film, qui pointe délicatement la précarité, les conditions de travail, le manque d’horizon de la jeunesse tunisienne rurale, mais aussi leur énergie et leur soif de vivre, Erige Sehiriconfirme la bienveillance et la douceur du regard, qu’on avait déjà remarquées dans son documentaire La Voie normale.

ANNIE GAVA

Sous les figues, d’Erige Sehiri
Sorti le 7 décembre

Le film vient de remporter le Tanit d’argent aux Journées cinématographiques de Carthage et représentera la Tunisie aux Oscars. 
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