mercredi 15 avril 2026
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Le Nestlégate sur la scène du Zef

Le public s’installe dans une ambiance de fumée, et au son d’un jazz Nouvelle Orléans. Puis on entend dans l’obscurité une voix enregistrée accélérée, pendant qu’un castelet lumineux dessiné par des néons s’avance tout seul sur la scène, bientôt rejoint par les deux actrices manipulant ensemble une marionnette. Dans un playback amusant, la marionnette livre un prologue remettant en contexte le « Nestlégate » : en Suisse dans les années 2000, des agentes, recrutées par un certain Gérard de la société Securitas pour le compte de la multinationale de l’agro-alimentaire, s’introduisent sous les noms de Sara Meylan et Shanti Müller dans des milieux militants (la première chez Attac, au moment de l’écriture d’une brochure Attac contre l’empire Nestlé,  la seconde dans le GAR – Groupe Anti-Répression) pour les espionner. 

Doutes et manipulations

Les deux actrices Joëlle Fontannaz et Claire Forclaz continuent ensuite le spectacle en duo, dans un décor minimal qu’elles manipulent à vue, en restituant les témoignages recueillis auprès des militant·e·s victimes de ces infiltrations. Décrivant certains faits, moments-clés, leurs étonnements d’avoir été ainsi manipulé·e·s, leurs ressentis, leurs certitudes et leurs doutes. Les deux actrices n’incarnent pas les personnages, mais font circuler leurs voix, parfois fermes, parfois hésitantes, déroulant une histoire en fragments, organisés successivement autour des trois personnages de l’opération d’espionnage, dont les prénoms s’allument successivement sur des enseignes lumineuses.

Des témoignages qui décrivent du côté de Gérard le processus de recrutement d’un agent, et de Sara et Shanti la manière dont elles ont construit la légitimité de leurs personnages respectifs. Des militant·e·s se sentant après coup tout à fait trahi·e·s, s’en voulant de leur crédulité, fragilisé·e·s.

Contrastant avec ces paroles sensibles, le spectacle se termine sur un épilogue froid et informatif : un texte projeté sur un écran, amené sur le devant de la scène, qui résume les suites judiciaires (non-lieu au pénal en 2009, condamnation au civil en 2012 – quelques petites amendes) et les zones d’ombre persistantes : notamment des questions qui peuvent se poser sur la collecte de noms de syndicalistes colombiens par Sandra Meylan et une autre espionne découverte en 2008 au sein d’Attac, communiqués à Nestlé, dont certains ont ensuite été assassinés. Aucune enquête en cours.

MARC VOIRY

Une bonne histoire a été présenté au Zef, Scène nationale de Marseille, les 9 et 10 avril.

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