Le 4 septembre, la couverture du numéro 100 de la revue L’Incorrect fuitait sur les réseaux sociaux. L’écrivain y paraissait avec lunettes de soleil et blouson noir, sur fond rouge, avec une titraille aux connotations mafieuses annonçant qu’il « braque la rentrée littéraire » et donne son « Entretien final ».
La revue, dont le slogan est « culturel, conservateur et corrosif », a l’habitude de ce genre de couverture qui établit entre image et mots des liens implicites qui seraient attaquables s’ils étaient plus clairement assumés. Ainsi, la couverture où figurait Gisèle Pelicot à la sortie de son livre titrait « Le Culte des victimes, Le Crépuscule des héros ». Sans qu’il soit tout à fait assumé que les héros soient ses violeurs l’association des deux titres, assortis au dessin de Gisèle Pelicot le poing levé, était profondément abject, sinon directement attaquable.
Fachosphère
Le numéro 100 de L’Incorrect consacre un grand entretien à Volodine, qui ouvre ses pages rentrée littéraire. Un entretien qui n’oriente pas l’écrivain sur les voies ultra-catholiques, discriminantes et antiféministes qui sont la ligne éditoriale du journal, et qu’il se garde d’emprunter.
Reste que les pages littéraires avec lesquelles cet entretien voisinent sont très problématiques. Introduites par un paragraphe qui l’annonce « Un grand dossier à notre façon assumant la discrimination nécessaire avec l’éclat qui nous caractérise. » Ils peuvent, effectivement, se vanter d’être discriminants, puisque les interviews consacrent exclusivement des hommes blancs – Louis Michaud, Jean-Pierre Montal, Patrice Jean, puis Yannick Haenel, Philippe Jeaneda et Pierre Bailly leur succédant pour la rubrique « en vrac », c’est à dire les critiques courtes. Dans ces critiques positives les passages problématiques ne manquent pas, pourtant : les profs sont ainsi accusés de « coopérer de toutes leurs forces à l’écroulement de la civilisation », et des adolescents, atteints de « pureté », se voient honorés pour leur « sainte inadéquation avec la comédie du monde ». Les références des uns et des autres sont Alphonse Boudard ou Drieu la Rochelle.
Mais c’est dans la rubrique « Au pilon » que sont tenus les propos les plus violents. On y reproche à Daria Marx d’écrire « le millième roman sur l’inceste » ce qui « pue la recette commerciale ». À Olivier Grondeau, emprisonné en Iran, on reproche l’emploi de l’écriture inclusive, concluant que « le ridicule l’emporte » comme lorsqu’on est « pris d’un fou rire à un enterrement ». Ou plus simplement et directement, le livre de Maylis Besserie est qualifié de « sommet comique de gloubiboulga no pasaran » parce qu’il rappelle que « les collaborateurs, les Waffen SS français et les anciens de l’OAS ont contribué à la création du Front national ».
Jeannette Winterson est moquée parce qu’elle parle de « non-blancs » et d’« inégalités socialement construites », Samuel Dock parce qu’« il a le courage d’assumer non seulement son homosexualité mais aussi son fétichisme ». Faut-il rappeler à ces chantres de la langue pure que dans la locution corrélative « non seulement … mais aussi » la restriction porte déjà sur le premier terme, et qu’il s’agit donc clairement d’une déclaration homophobe ? Ailleurs, une critique en demi-teinte se réjouit que « les vertus du mariage bourgeois embaument ces pages antipatriarcales ».
Il n’y a pas en France de délit de patriarcat, considéré comme une opinion. Mais celui de l’outrage existe… Et que fait donc Volodine en tête de cet immonde fatras ?
AGNÈS FRESCHEL






