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Au Théâtre des Salins, une nouvelle direction qu’on connaît bien. Entretien avec Éric Gialis

Éric Gialis prend officiellement la tête de la Scène nationale de Martigues, dont il assurait la direction par intérim depuis 2023. Entretien

Zébuline. Il est rare qu’un directeur par intérim soit conforté dans ses fonctions. Comment s’est passé votre recrutement ?
Éric Gialis.
Avec un processus de recrutement standard, un jury qui retient une short list de 4 candidats qui présentent leurs projets, soutenus le 23 septembre. J’ai été retenu à l’unanimité par le jury puis le ministère.

Vous assuriez la direction par intérim en raison de la maladie de Gilles Bouckaert.
Oui il était en arrêt maladie depuis février 2023, et a été déclaré inapte au travail en juin 2025. 

Mais votre présence aux Salins est bien plus ancienne !
Oui, je suis arrivé en septembre 2010 comme administrateur, recruté par Annette Breuil. Avant cela j’étais administrateur de la Scène nationale de Dieppe, et encore avant au Maillon à Strasbourg. 

Il n’est pas courant de passer de la direction administrative à la direction générale et artistique…
Mais j’ai un parcours très atypique. J’ai un diplôme d’ingénieur en physique et même si j’ai toujours aimé le théâtre j’ai commencé comme ingénieur… avant de répondre à une annonce de la Scène européenne de Strasbourg qui cherchait un chargé de relations publiques. J’ai ensuite été adjoint, puis administrateur. Mais en tant qu’administrateur, c’est le projet artistique qui m’intéressait, l’amour du théâtre, pas les tableurs !

Dieppe et à Martigues sont des villes communistes. Est-ce important ?
Oui bien sûr. Je savais que dans ces villes la culture était globalement accompagnée, et que le projet de ces scènes nationales s’inscrirait dans une politique globale, qu’il serait compris et soutenu. 

Comment ce soutien se manifeste-t-il ?
Par la présence de la Ville dans les moments importants, un réel intérêt, et bien sûr un financement essentiel. Mais aussi dans le dispositif pour les scolaires, par exemple. Nous recevons 6 000 scolaires par an, et chaque élève de maternelle et de primaire vient au moins une fois par an au théâtre. C’est la Ville qui paye les transports.

Quelles sont les singularités des Salins dans le réseau des scènes publiques ?
C’est une scène nationale qui a la possibilité d’accompagner des projets d’envergure parce qu’elle dispose d’un outil scénique exceptionnel : un plateau de 24m d’ouverture et 18m de profondeur. Ces dimensions permettent d’accueillir des spectacles qui dépassent notre zone d’implantation, qui attirent du public de Marseille, qui représente 15% de nos spectateurs. Ou d’Aix, Avignon et Arles, et de la Côte bleue. On peut voir ici des spectacles qui passent difficilement ailleurs. Mais toutes les scènes ont leur singularité. Depuis que je dirige j’essaie de coordonner les accueils avec les scènes de la région, de ne pas créer de concurrence, de résonnances négatives, avec les scènes voisines, de prévoir des tournées régionales. 

Le festival du Train bleu n’a pas lieu en 2026 pourtant… 

Oui, il reprend en 2027, il fallait après 10 ans revoir le format de cette manifestation que les Salins avaient initiée, et que nous souhaitions remettre en partage, pour repenser une nouvelle dynamique. C’est chose faite, et le Train bleu redémarre en mai 2027. 

Êtes-vous concerné par les baisses de subventions, et en particulier par le désengagement de la Métropole ?
Non, nous n’avons pas de financement de la Métropole. Mais nous avons subi des baisses, non pas de la Ville de Martigues, qui est notre principal financeur, mais de l’État, qui n’a pas pu nous baisser beaucoup car nous étions au socle minimal de financement d’une scène nationale. Ils ont pourtant supprimé de dispositifs spéciaux qu’ils nous accordaient, comme l’aide à la résidence. Le Département n’a pas baissé cette année, mais la Région oui, pour la deuxième année consécutive. Nous sommes, comme tout le monde, conduits à reconsidérer nos moyens et réduire notre activité. 

Vous portez pourtant un nouveau projet ambitieux…
Oui, dans la continuité mais avec des changements. Le festival Vice Versa en mars veut changer le regard en mettant le public sur le plateau, face à la salle avec une scène et une jauge plus petites. Nous n’avons pas véritablement de petite salle, et nous voulons faire venir des spectacles différents, plus réduits, qui puissent s’enchainer aussi pour construire un vrai temps forts.

Vous renouvelez aussi le soutien aux artistes…
Oui, il est essentiel. Nous allons associer, pour une durée de 3 ans, 5 artistes en création. Pour la première vague ce sont Nacim Battou, Balkis Moutashar, Clara Hédouin, Lorraine de Sagazan et Ben Duke qui se succèderont pour travailler à la création de leur spectacle. C’est vraiment important pour moi de renforcer notre volume financier d’aide à la production. 

Un axe de votre projet s’appelle Habiter ici, rencontrer l’ailleurs…
Oui il s’agit de faire connaitre les cultures européennes, en visitant un pays chaque année. On commence en décembre par la Grèce, avec Christos Papadopoulos, Anna Lemonaki et Mami, le magnifique spectacle de Mario Banushi.

Pourquoi cette volonté ?
Nous vivons dans un monde qui se replie. Nous avons besoin de connaitre l’autre, de le rencontrer. Le théâtre facilite ces rencontres. Je crois profondément qu’il est un puissant antidote au repli identitaire. 

ENTRETIEN REALISE PAR AGNÈS FRESCHEL

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