Quatre syndicats d’employeurs de la culture en Région Sud – Synavi, Syndeac, Scènes Ensemble et SMA – ont tiré la sonnette d’alarme le 14 octobre, lors d’une conférence de presse à la Friche de la Belle de Mai. En cause : le long blocage budgétaire de la Métropole Aix-Marseille-Provence, qui laisse des dizaines de structures sans réponse concernant leurs subventions, auquel s’ajoutent les baisses de crédits de l’État.
Claire Massabo, du Synavi, rappelle que l’imbroglio autour du budget 2026 de la Métropole a plongé les structures culturelles dans une incertitude totale : « Depuis huit mois, les professionnels travaillent sans savoir s’ils seront financés. Selon des informations récentes, les subventions pour 2027 ne seraient décidées qu’au printemps. Nous serons alors restés dix-huit mois sans réponse », déplore-t-elle.
Une enquête flash
Le Synavi a réalisé une enquête flash : 23 compagnies de théâtre et de danse et lieux de production ont répondu. Sans prétendre à l’exhaustivité, ce panel donne un aperçu de la situation. Parmi ces structures, 11 étaient financées par la Métropole en 2025 à hauteur de 254 000 euros. Pour 2026, seules deux ont reçu une réponse officielle, celles dont la subvention a été votée pour un montant de… 2 000 euros.
Opening Nights, collectif de compagnies sur le point de fêter ses vingt ans, perd 104 000 euros, soit 60 % de son budget. Il a dû licencier son seul salarié, supprimer une quinzaine de spectacles et 40 contrats d’intermittents. Le Citron Jaune, centre national des arts de la rue à Port-Saint-Louis-du-Rhône a appris qu’il ne percevra plus les 40 000 euros qu’il recevait depuis des années, soit l’équivalent d’un emploi et de plusieurs résidences de création. Au Théâtre Antoine-Vitez, Le Festival des bahuts, qui réunit 200 lycéens devant 2 000 spectateurs, attend toujours ses 23 000 euros, déplore sa directrice, Agnès Loudes, représentante de Scènes Ensemble. Le Pic Télémaque, à Marseille, voit sa subvention métropolitaine baisser de 9000 euros, de subvention de la métropole et 3 dates de concerts PAM ( port saint louis du Rhône, Ventabren, estaque)
Côté musiques actuelles, onze adhérents du SMA sont touchés, à hauteur de 135 000 euros. Le cinéma n’est pas épargné comme en témoigne Martial Buisson, de l’association Image de ville, qui organise depuis 2003 un festival consacré à l’architecture et à l’écologie. Jusqu’alors la Métropole, son principal financeur, lui versait 58 000 euros. À son invitation, l’association aixoise avait étendu ses activités à l’ensemble du territoire métropolitain, de Marseille à Vitrolles, Martigues et La Ciotat. Elle a dû annuler cet été ses Rencontres, organisées depuis vingt ans, suppression qui compromet les financements du Département et de la Région. Une double peine.
Les conséquences sont déjà bien concrètes : de six à huit licenciements, 64 contrats d’intermittents non renouvelés, 2 200 heures de travail perdues, et des tensions de trésorerie généralisées. Les syndicats estiment qu’il faudrait multiplier ces chiffres par trois pour approcher de la réalité.
Le PAM sans garantie
Le Parcours artistique métropolitain (PAM), par lequel la Métropole sélectionne des spectacles qu’elle propose aux communes, n’est guère mieux loti. Chaque structure partenaire avait bien reçu une notification officielle de participation, mais l’institution s’est murée dans le silence à la rentrée, sans confirmer ni annuler. Sur la foi de ces engagements, beaucoup avaient déjà investi, réattribué des rôles ou embauché des chargés de diffusion.
L’enquête comptabilise 32 représentations et 25 actions de médiation bloquées. Le préjudice atteint 40 000 euros pour certaines structures. L’Agence artistique perd ainsi six dates et sept médiations. L’ensemble de musique baroque Concerto Soave voit quatre dates en suspens, tandis que le célèbre ensemble aixois Café Zimmermann est aussi lourdement impacté. Et le PIC Télémaque, à Marseille, voit trois dates et 9000 euros de subvention s’envoler.
Pour les intermittents, la suppression de ces cachets menace le renouvellement des droits. Les professionnels dénoncent également des « pertes de chance », certains artistes ayant renoncé à d’autres tournées, ainsi que de profonds « dégâts psychosociaux ».
Autocensure et épuisement
Wilma Lévy, du Synavi, s’inquiète également de la santé mentale des professionnels. « Les gens sont sous l’eau », dit-elle, évoquant une « casse sociale » et la multiplication des discours sur la reconversion. Les commentaires recueillis dans l’enquête traduisent un sentiment de catastrophe imminente : les mots « fusion », « fermeture » et « liquidation » reviennent. « Ça nous épuise. On est à l’os », témoigne un participant.
Derrière les chiffres, c’est un écosystème qui vacille : emplois menacés, spectacles annulés, festivals en danger et actions culturelles qui disparaissent. Pour les syndicats, l’urgence est d’enrayer cette spirale avant que les dégâts ne deviennent irréversibles. Ils réclament un moratoire sur les coupes budgétaires, une concertation sur l’avenir du service public de la culture et une mobilisation commune des employeurs et des salariés.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
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