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AccueilÀ la UneChilly Gonzales : le show déjanté du « pianimal » 

Chilly Gonzales : le show déjanté du « pianimal » 

Voir sur scène Chilly Gonzales est une expérience. À Aix-en-Provence, le pianiste canadien a offert deux heures de concert, du récital intimiste au one-man-show déjanté

Il commence dans le noir intégral, penché sur son piano. On le devine en robe de chambre, chaussé de charentaises qui ne le privent pas d’une dextérité sur la pédale. Légèrement bossu, éclairé par une petite lumière vacillante, on le dirait sorti du bal des vampires. Les premiers morceaux, tous solos, sont classiques ou presque. Par moments, on se croit dans un piano-bar, ou chez un musicien jouant pour lui seul au petit matin, au retour d’une soirée. Parfois, le romantisme rappelle Liszt, parfois Chopin, avec des arpèges pleins d’émotion et un jeu tout en retenue. Il y a des ballades, des instants de jazz pur, des mélodies obsédantes qui se répètent à chaque octave du clavier, des suites virtuoses en accelerando, des traits de gammes, des ritournelles entêtantes. Un mélodiste hors pair, aux doigts immensément longs.

Never stop

Toute cette première partie puise dans sa trilogie Solo Piano (1, 2 et 3). Puis la parole vient. Il rappelle qu’il s’était produit il y a vingt ans au Théâtre du Jeu de Paume. Il explique ensuite qu’il n’attend jamais l’inspiration. Ses modèles n’y croyaient pas non plus, Bach en tête, qui n’avait pas le luxe d’attendre. Pour vivre, il fallait composer, composer encore et vite. Gonzales l’imagine devant son clavecin, trouvant une phrase mélodique, puis la répétant sans que l’auditeur se lasse. Bach, pour cela, avait une astuce. Gonzales la baptise « le Bach truc ». Rejouer la même forme en déplaçant la main sur une autre note. La salle rit. Il le démontre avec Fly Me to the Moon de Sinatra, cinq notes enchaînées par « le Bach truc », puis avec Kurt Cobain et Britney Spears. Une petite leçon de composition, donnée avec un humour fou.

Il est bientôt rejoint par Yannick Hiwat, qui joue d’un violon électro-acoustique à six cordes. Descendant jusqu’au fa grave, l’instrument couvre à lui seul le registre du violon, de l’alto et du violoncelle. Ensemble, ils jouent une suite en trois mouvements pour piano et violon, dont l’un nous emmène au pays du tango.

Et puis nous entrons dans la seconde partie : place au loufoque. Gonzales entraîne la salle dans des rythmes endiablés. Il lance une sorte de rap soft halluciné (I Never Stop). Il exhorte le public à suivre le tempo en tapant au rythme de la « fucking pantoufle ». Hilarant, rock’n’roll, c’est un Glenn Gould punk. Il interprète aussi une chanson en français de sa composition, Coucou, aux paroles totalement absurdes, dans laquelle il se définit comme un « Pianimal », un nom qui lui va comme un gant, lui le « chaman et showman, l’enfant enfoiré de Gabriel Fauré ». Pour finir, il fait chanter toute la salle debout, au rythme, toujours, de la fameuse pantoufle. Un concert ? Non. Une expérience.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 16 octobre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence. 
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