jeudi 1 décembre 2022
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actoral et le magma des identités

Les personnages de Marcus Lindeen nous questionnent sur celui ou celle que nous sommes au plus profond, au-delà des normes sociales et du prêt-à-penser

Marcus Lindeen aura marqué la 22e édition d’actoral. Avec La trilogie des identités, le metteur en scène suédois, issu du cinéma documentaire, s’immisce dans les histoires troublantes et véridiques d’individus existants, retransposées à partir de témoignages qu’il a lui-même collectés. Par un dispositif scénique circulaire ou quadri-frontal de petite jauge, il installe une intimité déstabilisante entre les acteurs·rices et le public. Les un·e·s et les autres étant assis·e·s côte à côte, dans une sorte de thérapie de groupe. Dans Wild Minds d’abord, les cinq interprètes confient leurs rêves compulsifs. Tour à tour, ou dans un échange d’un naturel déconcertant, ils et elles racontent comment les personnages de leur vie fictive – celle qui prend forme dans leurs rêves éveillés – envahissent leur quotidien. Prisonniers d’une imagination incontrôlable et jouissive qu’ils n’osent pour la plupart divulguer à leur entourage, ces rêveurs de l’extrême nous confrontent à nos propres rêveries, enfouies et qui ne demandent qu’à s’émanciper. Orlando et Mikael, deuxième volet de la trilogie, nous met en présence de deux personnes transgenres qui ont fait le choix de retransitionner vers leur genre de naissance.

Trans romance
La vidéo performée de Samira Elagoz, Seek Bromance, nous immerge quatre heures durant dans l’intimité créative de sa relation refondatrice avec Cade Moga. Un cinéma réalité poético-trash où la fusion-répulsion à outrance des deux artistes performers amants et en transition de genres, réuni·e·s par le confinement, crée un huis clos à l’érotisme punk captivant. L.T.

Des parcours dont on parle peu et qui questionnent la complexité de la décision de ces hommes devenus femmes, avant de se résoudre au genre dans lequel la société les a assignés. Samia Ferguene et Jó Bernardo, les deux protagonistes, dégagent une sensibilité communicative, dans ce dialogue intime et sans détour. S’iels partagent une expérience commune, leur vécu comme leurs motivations révèlent de nombreuses différences, affirmant que chaque parcours transidentitaire est singulier. Qu’il ne relève d’aucun déterminisme. Que l’identité de genre peut se vivre de manière évolutive. Et qu’il n’y a aucune raison de la figer. L’aventure invisible est sans doute le chapitre le plus fascinant du triptyque pour l’aspect extra-ordinaire des récits croisés. Ici, Marcus Lindeen imagine une conversation triangulaire entre une neuroanatomiste renommée ayant subi un accident vasculaire cérébral qui lui a fait perdre totalement la mémoire (Claron McFadden), le seul homme au monde à avoir reçu deux greffes totales du visage car atteint de la maladie dégénérative de Recklinghausen – aussi appelée « syndrome d’Elephant Man » – (Tom Menanteau) et un·e cinéaste queer non binaire pris·e de passion pour la photographe lesbienne un temps liée au mouvement surréaliste, Claude Cahun (Franky Gogo). Au-delà des vies hors du commun, c’est la force intérieure et la détermination des trois personnalités à surmonter leurs épreuves, ou simplement à mener à bien leur objectif, qui conquiert le spectateur. Mais aussi comment ces trois jusqu’au-boutistes de la vie tombent en admiration les un·e·s des autres. Et de parvenir à nous faire croire qu’en chacun de nous sommeille un héros.
LUDOVIC TOMAS

Wild Minds a été joué du 9 au 11 septembre au Mucem ; Orlando et Mikael et L'Aventure invisible les 28 et 29 septembre à La Criée, à Marseille.
Spectacles présentés dans le cadre du festival actoral.
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