mercredi 21 février 2024
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Avec de la ficelle et du papier  

À Marseille, Le Marché noirs des petites utopies s’est clôturé en beauté, entre micro-pachyderme philosophe et souvenirs d’exil

En point d’orgue du week-end de clôture de cette 6e édition du festival organisé par Anima Théâtre, les 20 ans de la compagnie célébrés à la Friche la Belle de Mai le samedi soir ! Dès le vendredi, Anima investissait le soir venu le Muséum d’Histoire Naturelle et ses travées de fantomatiques animaux assoupis – une expérience sensorielle en soi, aux allures de traversée clandestine, qu’affectionne la compagnie avec de réguliers safaris nocturnes. Présenté ce soir-là, Laterna regroupait cinq « valises spectacles », courtes formes de théâtre d’objets tenant dans un bagage, chacune réalisée dans le cadre de laboratoires menés avec des groupes d’exilés en Grèce et au Liban en 2021. Au gré des allées, on croisait ainsi du théâtre d’ombres autour des ravages du forage de pétrole, un tour de tango avec la Mort, ou encore les émotions chavirées présidant à la célébration d’un mariage arrangé… En épilogue, un making of retraçait le procédé de fabrication de ces valises, glanant des échanges issus de laboratoires menés à Athènes ou Beyrouth, avec des réfugiés de multiples horizons – mauritaniens, tanzaniens, syriens… Parmi eux, une très jeune fille évoquant la distanciation permise par les marionnettes pour oser une liberté de ton confisquée au quotidien. 

Un théâtre inventif

Le surlendemain, changement de ton avec Pomelo se demande dans la salle Seita de la Friche, adaptation de la série pour enfants créée par l’illustrateur Benjamin Chaud et l’autrice Ramona Badescu. Volontiers psychédélique, posant de vertigineuses questions sans forcément amener de réponses, Pomelo – minuscule éléphant rose, aimant à philosopher sous le pissenlit qui lui sert de demeure – est le héros fétiche d’enfants traversés de questions existentielles, mais parfois démunis de moyens pour les verbaliser ! Belle inventivité pour ce théâtre d’objets totalement artisanal reprenant les principes japonais du butaï – petit théâtre de bois – et du kamishibaï – papier découpé –, sur des chansons jouées au ukulélé à entonner en chœur avec un public complice et ravi. Une création réussie de la locale Et compagnie, autre déclinaison de cet art marionnettique protéiforme, pétri de vertus émancipatrices et vecteur d’imaginaire. 

JULIE BORDENAVE

La 6e édition du Marché noir des petites utopies se tenait à Marseille du 1er au 10 décembre. 
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