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AccueilMusiquesBéziers/Lafore : « Une bulle entre oxygène et champagne »

Béziers/Lafore : « Une bulle entre oxygène et champagne »

Au programme de l’Ouvre-Boîte, à Aix-en-Provence, s’affiche le titre ambigu et malicieux David Lafore et Jeanne Béziers font des trucs ensemble. Un duo inattendu et inclassable

Les deux artistes, l’une autrice, metteure en scène et comédienne, l’autre auteur, compositeur, chanteur, poète, partagent l’amour des mots et de la scène. Entretien avant que tout ne commence. (Lire notre article sur le spectacle ici)

Zébuline. Comment avez-vous décidé de travailler ensemble ?
David Lafore
. (à Jeanne Béziers) Je t’attendais et tu es venue ? (Rires)
Jeanne Béziers. Je suis allée écouter David Lafore que je ne connaissais pas à Avignon, l’été dernier. J’y étais en touriste et j’avais coché son spectacle dans le programme sans savoir si j’irais vraiment, c’était à onze heures du soir. Et puis, je suis tombée sous le charme de ce type avec ses grandes chaussettes, en familiarité complète avec le public. À la fois original et inattendu, un artiste que j’ai tout de suite pensé pour l’Ouvre-Boîte qui s’intéresse non à programmer des choses toutes faites mais à offrir des temps de travail et d’expérimentation.  
D.L. Je joue beaucoup tout seul et fabriquer quelque chose de rapide à deux m’a intéressé. La scène c’est fait pour ça. Certes, un spectacle a des ficelles, mais en le montant rapidement on échappe à la lourdeur des grosses mises en scène. On a trois jours, presque quatre pour mettre en place le spectacle. C’est une bulle entre oxygène et champagne.
J.B. Mon dernier spectacle a mûri longtemps durant la période du Covid. Ici s’annonce une partie de plaisir, car tout sera dans la rapidité de l’improvisation.

Vous avez déjà pensé à une trame, un thème ?
(Rires)
J.B. Non ! Cet entretien peut être considéré comme notre première étape de travail !
D. L. Si nous n’avons pas d’idée, on prendra mon concert comme solution de repli.
J.B. Oui, on peut faire entendre David et moi je mettrai les pieds dans le plat. Je peux, par exemple faire du play-back pendant que tu chantes derrière moi, ou établir un dialogue entre chanson et théâtre. J’ai commencé par le chant lorsque j’ai débuté.
D.L. Et moi, j’ai commencé par le théâtre. En croisant tout cela, ça nous fait un bain de jouvence !

Pourriez-vous nous parler du titre du spectacle ?
D.L. Le titre est ultra- simple : la scène c’est pour faire des trucs. Les trucs nous renvoient à la magie. Nous sommes deux magiciens, plus forts en apparitions qu’en disparitions.
J.B. Quoique… On pourrait échanger des parties de nos corps, fabriquer une espèce de chimère. C’est une blague, mais c’est aussi très sérieux.
D.L. J’aime bien l’idée du play-back, du doublage de cinéma. Par rapport aux trucs théâtraux, rien n’est décidé pour l’instant. On pourrait suivre la piste d’une chanson.
J.B. On se lance dans le vide avec l’expérience de chacun derrière. Le théâtre, c’est là où je me sens le plus chez moi, où je n’ai plus d’angoisses, et pour David, c’est pareil. On vit au théâtre l’expérience du moment présent, on en a pleinement conscience dans cette communion profane. Que les spectacles me plaisent ou pas, ils m’apportent une entrée différente dans le monde, un autre regard. 
D.L. De toute façon, c’est toujours une situation étrange de penser que des gens viennent me voir. Le quatrième mur me dérange un peu.
J.B. Il va falloir penser à la règle du jeu, au pacte que l’on passe pour ce spectacle avec le public. La musique peut être ce quatrième mur. Le spectacle est toujours un endroit métaphysique, une aire de jeu ; ce qui n’empêche pas la gravité. Il faut qu’on se laisse de l’espace pour que cela joue.
D.L. On ne pourra pas faire un truc où il n’y a pas de jeu dans les gonds. Avec le jeu du doublage, on peut arriver à des choses assez drôles, à des questions inédites, comme définir ce qu’est une voix. On est parfois surpris de s’entendre parler… La voix donne des indices sur notre origine, notre classe sociale, c’est un endroit où l’on peut s’amuser.

La voix comme un masque ?
J. B. Oui, c’est aussi notre endroit de fragilité. Ce que j’aime chez les grands chanteurs, c’est la conjugaison entre la sûreté des notes et la fragilité des interprètes.

Un mot de la fin ?
Ensemble. Non, car c’est un début.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARYVONNE COLOMBANI

David Lafore et Jeanne Béziers font des trucs ensemble
3 et 4 mars
L’Ouvre-Boîte, Aix-en-Provence
04 42 38 94 38
theatredumaquis.com 
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