mercredi 30 novembre 2022
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Fiesta des Suds, la trentaine épanouie

Le festival marseillais de musiques actuelles du monde a fêté ses trente ans dignement. Avec une belle affiche et un public aux anges

On pourra toujours préférer les sinuosités éthylo-festives du Dock des Suds à la platitude d’un parking de supermarché du J4. On pourra toujours regretter que Bashung, Cesária Évora ou Paco de Lucía soient morts. Ou que l’époque où le festival se rapprochait d’un marathon est révolue. On pourra toujours dire « c’était mieux avant » et se lamenter pour le reste de notre vie. Il n’y a qu’une chose qui compte pourtant : la Fiesta des Suds est toujours là. Et elle fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a. Que ce soit en termes de lieu ou de subventions. Pour célébrer les trente ans de l’événement, le nouveau programmateur Frédéric André a construit une affiche brillamment équilibrée, peut-être la plus judicieuse et cohérente depuis plusieurs années. Même la présence de l’hypermédiatisée Juliette Armanet, en ouverture des trois soirées, prenait sens. Non pas par l’originalité de ses compositions – beaucoup cherchent encore à comprendre les raisons d’un tel succès – mais par le basculement récent et inattendu de l’interprète dans la catégorie des artistes populaires, capable d’offrir un show fédérateur et efficace. Ce soir-là, on aura facilement préféré Kutu. La rencontre improbable entre le violoniste jazz Théo Ceccaldi et les chanteuses éthio-rock Hewan G/ Wold et Haleluya T/Tsadik fait éclore un son des plus hybrides, sorte de tribal punk incandescent, bourré d’influences et boosté par les baguettes rageuses de Cyril Atef

Afrique plurielle
Présente tout au long de cette Fiesta, l’Afrique dans sa pluralité musicale délivre chaque soir un antidote à la morosité et à l’abattement. D’abord sous le signe de la transmission entre les générations d’artiste, avec les Angolais Bonga et Pongo, têtes de pont d’esthétiques illustrant la vitalité musicale de leurs terres d’origine. Puis les deux monuments Youssou N’Dour et Oumou Sangaré alignent les arguments scéniques autant que vocaux et instrumentaux justifiant leur carrière internationale. Mais la locomotive de cette panoplie africaine est sans conteste BCUC. La formation sud-africaine mêle rage incantatoire, procession percussive et groove explosif. Une performance qui dope les plus résistants et épuise celleux qui n’y sont pas préparé·e·s. À côté, la fanfare funk hip-hop de la fratrie de l’Hypnotic Brass Ensemble ressemblait presque à une formation pour berceuses. 

Oumou Sangaré © Jean de Peña

Galaxie marseillaise
Pendant ces trois soirées de fête musicale, la galaxie artistique marseillaise brillera de mille feux. Des talents en pleine ascension, des valeurs sûres en constante bonification ou des têtes d’affiche à l’aura internationale. De Social Dance aux Groove Sessions de la bande à Chinese Man, de Temenik Electric à David Walters, de Deli Teli à Docile, de Zar Electrik au Watcha Soundclash. Sans oublier les ambianceurs du Mobylette Sound System. Rien ne pouvait mieux faire scintiller les trente bougies d’un événement qui n’a eu de cesse d’accompagner l’émulation d’une scène qu’on ne peut plus seulement qualifier de locale.

LUDOVIC TOMAS

La Fiesta des Suds s’est déroulée les 6, 7 et 8 octobre au J4, à Marseille
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